Autoblog de ploum.nethttp://ploum.net/http://ploum.net/ SiguéPloum, apprenons et partageons ensemble !https://ploum.net/?p=6035http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20180406_095855_SiguePloum__apprenons_et_partageons_ensemble__Fri, 06 Apr 2018 07:58:55 +0000J’ai le plaisir de vous annoncer la création de la société SiguéPloum, société co-fondée avec ma partenaire de vie.

Ces 12 derniers mois auront été pour moi une profonde mutation, tant personnelle, que professionnelle. Mon nouveau rôle de père me rappelle sans cesse l’importance de l’éducation, quel que soit l’âge. Au fil des années, les spectateurs de mes conférences et, plus récemment, mes étudiants à l’université m’ont fait prendre conscience de l’importance de partager mes connaissances. Non pas comme une vérité absolue ou une connaissance infaillible mais plutôt comme un instantané de ce que j’ai appris, de ce que je suis aujourd’hui.

Je ne cherche plus à expliquer ce que je connais mais plutôt à partager l’état de mes réflexions sur un sujet avec pour objectif de faire gagner du temps à mon public. Si j’ai mis 5, 10 ou 15 ans pour arriver aux conclusions que je vous partage, vous pouvez vous en emparer pour aller plus vite, les dépasser, aller plus loin.

À travers la société SiguéPloum, ce goût pour le partage de la connaissance et l’éducation devient une profession, un métier.

Vous vous en doutez, parmi mes sujets de prédilection se trouveront toujours la blockchain, les logiciels libres, l’innovation, la futurologie et l’impact des technologies sur la société. C’est donc avec grand plaisir que je continuerai à donner des conférences et des formations sur le sujet.

Mais, grâce à la complicité de ma partenaire, conseiller en prévention des risques psychosociaux de formation, la mission de SiguéPloum s’étend pour permettre aux entreprises comme aux individus de se questionner sur leur organisation, leur impact et l’influence des outils utilisés. À l’heure des questionnements complexes et pluridisciplinaires comme le respect de la vie privée en ligne ou la dépendance numérique et le burn-out, la complémentarité de notre couple nous est apparue comme une force que nous souhaitions partager.

Nous aimerions également partager ces sujets avec les plus jeunes, qui sont souvent la source d’un éclairage nouveau ou de pensées particulièrement originales.

Si SiguéPloum représente une casquette de plus pour le Ploum blogueur, maître de conférence à l’École Polytechnique de Louvain, chercheur et conférencier, j’ai la fierté de dire que toutes ces casquettes ont une mission commune : “Apprendre et partager”.

Apprendre et partager ensemble.

Mon plaisir, ma vocation et, désormais, ma profession.

 

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Pour l’abolition du Likehttps://ploum.net/?p=6028http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20180310_150602_Pour_l___abolition_du_LikeSat, 10 Mar 2018 14:06:02 +0000Le like est lâche, inutile, paresseux. Il ne sert à rien, il nous entretient dans un état d’hébétude.

Je ne suis pas assez courageux pour assumer, pour repartager à mon audience. Je ne suis pas assez volontaire pour répondre à l’auteur. Alors je like. Et je cherche à augmenter mon nombre de like. Ou de followers qui, subtilement, sont d’ailleurs représentés par des likes sur les pages Facebook.

Je ne cherche plus qu’à flatter mon égo et, grand prince, j’octroie parfois un peu d’ego bon marché à d’autres. Tenez, manants ! Voici un like, vous m’avez amusé, ému ou touché ! Votre cause est importante et mérite mon misérable et inutile like.

Je veux aller vite. Je consomme sans réfléchir. Je like une photo pour l’émotion qu’elle suscite immédiatement mais sans jamais creuser vraiment, sans réfléchir à ce que cela veut dire réellement.

Mon esprit critique fond, disparait, enfoui sous les likes, ce qui est une aubaine pour les publicitaires. Et puis, j’en viens à acheter des likes. Des likes qui ne veulent plus rien dire, des followers qui n’existent pas.

Forcément, à partir du moment où une observable (le nombre de likes) est censé représenté un concept beaucoup plus ardu (la popularité, le succès), le système va tout faire pour maximiser l’observable en le décorellant de ce qu’elle représente.

Les followers et les likes sont désormais tous faux. Ils n’ont que la signification religieuse que nous leur accordons. Nous sommes dans notre petite bulle, à interagir avec quelques idées qui nous flattent, qui nous brossent dans le sens du poil, qui nous rendent addicts. Peut-être pas encore assez addicts selon certains qui se font une fierté de rendre cette addiction encore plus importante.

Il faut sortir de cette spirale infernale.

Le prochain réseau social, le réseau enfin social sera anti-like. Il n’y aura pas de likes. Juste un repartage, une réponse ou un micropaiement libre. Pas de statistiques, pas de compteur de repartarges, pas de nombre de “personnes atteintes”.

Je vais même plus loin : il n’y aura pas de compteurs de followers ! Certains followers pourraient même vous suivre de manière invisible (vous ne savez pas qu’ils vous suivent). Finie la course à l’audience artificielle. Notre valeur viendra de notre contenu, pas de notre pseudo popularité.

Lorsque ce réseau verra le jour, l’utiliser paraitra angoissant, vide de sens. Nous aurons l’impression que nos écrits, nos paroles s’enfoncent dans un puit sans fond. Suis-je lu ? Suis-je dans le vide ? Paradoxalement, ce vide pourrait peut-être nous permettre de reconquérir la parole que nous avons laissée aux publicitaires en échange d’un peu d’égo, nous libérer de nos prisons de populisme en 140 caractères. Et, parfois, miraculeusement, quelques centimes d’une quelconque cryptomonnaie viendront nous remercier pour nos partages. Anonymes, anodins. Mais tellement signifiants.

La première version d’un réseau de ce type existe depuis des siècles. On l’appelle “le livre”. Initialement, il a été réservé à une élite minoritaire. En se popularisant, il a été corrompu, transformé en machine commerciale pleine de statistiques qui tente d’imprimer des millions de fois les quelques mêmes livres appelés “best-sellers”. Mais le vrai libre, le livre anti-like existe toujours, indépendant, auto-édité, attendant son heure pour renaître sur nos réseaux, sur nos liseuses.

Le livre du 21ème siècle est là, dans nos imaginations, sous nos claviers, attendant un réseau qui conjuguerait la simplicité d’un Twitter et la profondeur d’un fichier epub, qui mélangerait l’esprit d’un Mastodon et d’un Liberapay. Qui serait libre, décentralisé, incensurable, incontrôlable. Et qui bannirait à jamais l’effroyable, l’antisocial bouton “like”, celui qui a transformé nos véléités de communiquer en pleutres interactions monétisées par les publicitaires.

 

Photo by Alessio Lin on Unsplash

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Le Bitcoin va-t-il détruire la planète ?https://ploum.net/?p=6014http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20180305_081625_Le_Bitcoin_va-t-il_detruire_la_planete__Mon, 05 Mar 2018 07:16:25 +0000Article co-rédigé avec Mathieu Jamar.

Vous n’avez pas pu manquer les nombreux articles qui comparent la consommation énergétique du réseau Bitcoin à celui de différents pays. Et tous d’insister sur la catastrophe écologique qu’est le Bitcoin.

Bitcoin consomme plus que tous les pays en orange ! Horreur !

Si le Bitcoin consomme autant d’électricité que le Maroc, c’est une catastrophe, non ?

Non.

« Bitcoin pollue énormément et va détruire la planète » est au Bitcoin ce que « Les étrangers piquent notre boulot » est à l’immigration. Une croyance facile à instiller mais fausse sur tellement de niveaux que ça en devient difficile d’énumérer les différentes erreurs. Ce que je vais pourtant tenter de faire.

Pour simplifier, je vais diviser les erreurs de raisonnement en quatre parties :
1. La fausse simplification consommation équivaut à pollution
2. On ne compare que ce qui est comparable
3. Non, l’énergie du Bitcoin n’est pas gaspillée
4. L’optimisation en ingénierie

Consommation électrique n’est pas pollution

En tout premier lieu, consommer de l’électricité ne pollue pas. Ce qui pollue, ce sont certains moyens de production d’électricité.

C’est pareil, me direz-vous. Et bien pas du tout !

Vous êtes certainement convaincu que les voitures électriques, qui consomment de l’électricité, sont un atout dans la préservation de l’environnement. Or, selon les conditions, une Tesla consommerait entre entre 5000 et 10.000kWh pour 20/30.000 km par an.

Cela veut dire que si la moitié des automobilistes d’un petit pays comme la Belgique achetait une Tesla, cette moitié consommerait à elle seule plus que toute la consommation du Bitcoin ! Et je ne parle que de la moitié d’un tout petit pays ! Vous imaginez la catastrophe si il y’avait plus de Tesla ?

Mais trêve de comparaison foireuse, pourquoi est-ce que la consommation électrique n’est pas nécessairement polluante ? Et pourquoi les voitures électriques sont écologiquement intéressantes ?

Premièrement parce que parfois l’électricité est là et inutilisée. C’est le cas des panneaux solaires, des barrages hydro-électriques ou des centrales nucléaires qui produisent de l’électricité, quoi qu’il arrive. On ne peut pas faire ON/OFF. Et l’électricité est pour le moment difficilement transportable.

Selon une étude de Bitmex, une grande partie de l’électricité aujourd’hui utilisée dans le Bitcoin serait en fait de l’électricité provenant d’infrastructures hydro-électriques sous-utilisées car initialement dédiée à la production d’aluminium en Chine, production qui a baissé drastiquement suite à une baisse de demande pour ce matériau. Je répète : le Bitcoin a bénéficié d’une grande quantité d’électricité non-utilisée et donc très bon marché, écologiquement comme économiquement.

Dans certains cas, diminuer la consommation électrique peut même être problématique. Lors de mes études, on m’a raconté que l’éclairage outrancier des autoroutes belges a été conçu pour absorber l’excédent électrique des centrales nucléaires durant la nuit. Je ne sais pas si c’est vrai mais cela était affirmé comme tel par des professeurs d’université.

En deuxième lieu, si on se concentre uniquement sur la pollution de CO2 (qui est loin d’être la seule pollution mais la plus médiatique actuellement), il est tout simplement impossible de faire une équivalence: autant d’électricité produite équivaut à autant de CO2 produit. En effet, le CO2 produit dépend complètement du moyen de production utilisé. Pire, chaque atome de CO2 n’est pas équivalent ! Comme je l’expliquais, le seul CO2 problématique est celui qui provient du carbone fossile (charbon, pétrole, gaz). Le reste est du carbone est déjà présent dans le cycle naturel du carbone (le CO2 de votre respiration ou celui produit par une centrale à cogénération par exemple).

Alors je sais qu’on nous lave le cerveau depuis des années avec “consommer de l’électricité, c’est mal, il faut éteindre les lumières” mais c’est un raccourci très très très raccourci qui peut parfois être faux. Dans son livre “Sapiens”, Harari affirme que tenter de consommer moins d’électricité n’a aucun sens. Ce qu’il faut améliorer, ce sont les moyens de production. Il ajoute que quelques kilomètres carrés de panneaux solaires dans le Sahara suffirait à alimenter toute la planète. Cette solution n’est malheureusement pas réalisable en l’état car l’électricité reste difficile à déplacer sur de grandes distances mais cela illustre bien que le challenge est dans l’amélioration de la production et du transport, pas dans une hypothétique réduction de la consommation.

Bref, pour résumer, il est tout simplement faux de dire que consommer de l’électricité pollue. Cela peut être parfois (ou souvent) le cas mais c’est très loin d’être une vérité générale.

Et oui, c’est très difficile à admettre quand ça fait 10 ans qu’on met des ampoules écolos et qu’on mesure chaque kilowattheure de sa maison pour se sentir l’âme d’un sauveur de planète. Mais ces actions n’ont qu’un impact infime par rapport à d’autres actions individuelles (par exemple réduire l’utilisation d’une voiture à essence).

Comparons ce qui est comparable

Les comparaisons que j’ai vue sont toutes plus absurdes que les autres. Bitcoin consommerait autant que le Maroc. La consommation du Bitcoin aurait annulé les bénéfices de l’obligation des ampoules économiques en Europe. Voire “Bitcoin consommerait plus que 159 pays” (en oubliant de préciser qu’il s’agit d’un classement, pas de la somme de ces pays).

Dit comme ça, ça paraît catastrophique.

Mais vous savez combien consomme le Maroc, vous ? Vous savez que le Maroc a 33 millions d’habitants et qu’on estime entre 13 et 30 millions le nombre d’utilisateurs de Bitcoin ? Bref que l’ordre de grandeur est tout à fait comparable !

Quand aux ampoules, cela ne veut-il pas dire tout simplement que cette mesure d’obligation des ampoules économiques est tout simplement une mesurette qui n’a pas servi à grand chose en termes d’économie ? Je ne dis pas que c’est une éventualité tout à fait plausible.

Bref, il faut comparer ce qui est comparable.

Aujourd’hui, Bitcoin est avant tout un système d’échange de valeur. Il se compare donc aux monnaies, au banque et à l’or.

Surprise, le Bitcoin consomme à peine plus que la production des pièces de monnaies et des billets de banque ! Or, rappelons que les pièces et billets ne représentent que 8% de la masse monétaire totale et plus spécifiquement 6,2% pour la zone euro.

Il consomme également près de 8 fois moins que l’extraction de l’or ou 50 fois moins que la production de l’aluminium. Or, outre la consommation énergétique, l’extraction de l’or est extrêmement contaminante (notamment en termes de métaux lourds comme le mercure).

Source : @beetcoin

La pollution liée à l’or semble d’autant plus inutile quand on sait que 17% de tout l’or extrait dans l’histoire de l’humanité est entreposé dans les coffres des états et ne bougent pas. Comme le disait Warren Buffet, l’or est extrait d’un trou en Afrique pour être mis dans un trou gardé jour et nuit dans un autre pays. Si on ajoute à cela l’or acheté par des particuliers (pour garder dans un coffre ou planquer sous un matelas) ou utilisé dans la joaillerie (dont l’utilité est donc uniquement esthétique), il ne reste que 10% de la production annuelle d’or qui est utilisé dans l’industrie !

Si Bitcoin remplaçait l’or stocké dans des coffres, même partiellement, ce serait donc une merveille d’écologie, comparable au remplacement de toutes les voitures à essence du monde par des voitures électriques.

Et s’il fallait comparer Bitcoin au système bancaire, avec ses milliers d’immeubles refroidis à l’air conditionnés, ses millions d’employés qui viennent bosser en voiture (ou en jets privés), je pense que le Bitcoin ne paraîtrait plus écologique mais tout simplement miraculeux.

Sans compter que nous n’en somme qu’au début ! Bitcoin a le potentiel pour devenir une véritable plateforme décentralisée qui pourrait remplacer complètement le web tel que nous le connaissons et modifier notre interactions sociales et politiques : votes, communications, échanges sans possibilité de contrôle d’une autorité centralisée.

Vous êtes-vous déjà demandé quelle est la consommation énergétique d’un Youtube qui sert essentiellement à vous afficher des pubs entre deux vidéos rigolotes (et donc de vous faire consommer et polluer plus) ? Et bien la consommation des data-centers de Google en 2015 était supérieure à la consommation du Bitcoin en 2017 ! Cela n’inclut pas les consommations des routeurs intermédiaires, de vos ordinateurs/téléphones/tablettes ni de tous les bureaux de Google autres que les data centers !

Face à ces nombres, quelle est selon vous la consommation acceptable pour une plateforme décentralisée mondiale capable de remplacer l’extraction hyper polluante de l’or, les banques, l’Internet centralisés voire même les états ? Ou, tout simplement, de protéger certaines de nos libertés fondamentales ? Avant de critiquer la consommation de Bitcoin, il est donc nécessaire de quantifier à combien nous estimons une consommation « normale » pour un tel système.

Un gaspillage d’énergie ?

Une autre incompréhension, plus subtile celle-là, est que l’énergie du Bitcoin est gaspillée. Il est vrai que les mineurs cherchent tous à résoudre un problème mathématique compliqué et consomment tous de l’électricité mais que seul le premier à trouver la solution gagne et il faut à chaque fois tout reprendre à zéro.

Vu comme ça, cela parait du gaspillage.

Mais la compétition entre mineurs est un élément essentiel qui garantit la décentralisation du Bitcoin. Si les mineurs se mettaient d’accord pour coopérer, ils auraient le contrôle sur le réseau qui ne serait plus décentralisé.

Ce “gaspillage”, appelé “Proof of Work”, est donc un élément fondamental. Chaque watt utilisé l’est afin de garantir la décentralisation du système Bitcoin.

Ce serait comme dire que les policiers doivent rester enfermés dans leur commissariat et n’en sortir qu’après un appel. Les rondes en voiture sont en effet polluantes et essentiellement inutiles (seules un pourcentage infime des rondes en voitures aboutit à une intervention policière). Pourtant, nous acceptons que les rondes de police « inutiles » sont un élément essentiel de la sécurité d’une ville ou d’un quartier (moyennant que vous ayez confiance envers les forces de police).

Pour Bitcoin, c’est pareil : les calculs inutiles garantissent la sécurité et la décentralisation. Des alternatives au Proof of Work sont étudiées mais aucune n’a encore été démontrée comme fonctionnelle. Il n’est même pas encore certain que ces alternatives soient possibles !

L’optimisation, une étape nécessairement tardive

Une des règles majeurs d’ingénierie c’est qu’avant d’optimiser quoi que ce soit dans un projet, il faut garantir que le projet est correct.

On n’essaie pas de rendre plus rapide un programme informatique qui renvoie des valeurs erronnées. On ne rend pas plus aérodynamique un avion qui ne vole pas. On n’essaie pas de limiter la consommation d’un moteur qui ne démarre pas.

Lors de la phase expérimentale, la consommation de ressources est maximale.

Elon Musk a utilisé toute une fusée juste pour envoyer une voiture dans l’espace. Non pas par gaspillage mais parce que concevoir une fusée nécessite des tests “à vide”.

Bitcoin est encore dans cette phase expérimentale. Le système est tellement complexe et se doit de garantir une telle sécurité qu’il doit d’abord prouver qu’il fonctionne avant qu’on envisage d’optimiser sa consommation en électricité. Comme le disait Antonopoulos, dire “En 2020, le Bitcoin consommera plus que tout la consommation actuelle mondiale” revient à dire à une femme enceinte “Madame, à ce rythme, dans 5 ans, votre ventre aura la taille de la pièce”.

Donc oui, comme tout système humain, le Bitcoin pourrait sans doute polluer moins. Et je suis certains que, dans les prochaines années, des propositions en ce sens vont voir le jour. C’est d’ailleurs déjà le cas si on considère la consommation liée au nombre de transactions car l’amélioration “Lightning Network” va permettre de réaliser des milliers de transactions Bitcoin pour un coût quasi nul, y compris en termes de consommation électrique. Mais les comparaisons coût par transaction sont de toutes façons pour la plupart malhonnêtes car elles ne prennent généralement pas en compte toute l’infrastructure bancaire sur laquelle s’appuient les solutions comme VISA ou MasterCard.

Une autre règle de l’optimisation est qu’avant toute optimisation, il faut mesurer pour tenter d’optimiser les points les plus critiques. En effet, rien ne sert de diminuer de même 90% la consommation électrique des ampoules si les ampoules ne représentent que 0,01% de la consommation globale mais que l’air conditionné, par exemple, représente 30% de la consommation globale. J’invente les chiffres mais ça vous donne une idée. C’est un principe bien connu des développeurs informatiques qui, après des jours à diviser par deux le temps d’une fonction, se rendent compte que cette fonction ne prend qu’un millième du temps total d’exécution. Il s’ensuit qu’avant de chercher à optimiser Bitcoin à tout prix, il est nécessaire de voir quelle sera sa consommation lors des utilisations futures et mesurer si c’est bien lui qui consomme le plus. Cela pourrait être nos smartphones. Ou ces écrans publicitaires lumineux qui nous aveuglent la nuit.

Pourquoi un tel acharnement ?

J’espère qu’à ce point de la lecture, vous avez compris le nombre d’erreurs de logique nécessaires pour arriver à la conclusion “Bitcoin est un monstre de pollution qui va détruire le monde et les bébés phoques”.

Mais du coup, pourquoi un tel acharnement ?

Pour deux raisons.

Premièrement, c’est du sensationnalisme et ça se vend. Dire “Le Bitcoin consomme autant que le Maroc” ne veut rien dire rationnellement mais ça fait réagir, ça pousse les gens à s’indigner, à partager l’article et à faire vivre les publicitaires qui financent les médias. Avez-vous une idée de la consommation électrique qu’engendre la publicité sur le net ?

Le deuxième point c’est que les médias sont financés par les publicitaires et par les états. Tout ce petit monde pressent bien que le Bitcoin peut bouleverser les choses. Nulle théorie du complot nécessaire ici, mais il va sans dire qu’un sujet qui décrédibilise une technologie dangereuse pour la souveraineté des états et qui verse dans le sensationnalisme est du pain béni. La peur et l’ignorance sont devenus les deux moteurs de la presse qui n’est plus qu’une machine à manipuler nos émotions.

Vous lirez rarement des articles dont le titre est “Le Bitcoin a consommé moins en 2017 que les datacenters Google en 2015” ou “Si la moitié du parc automobile belge était des Tesla, elles consommeraient plus que le réseau Bitcoin”. Ces titres ne sont pourtant pas moins faux que ceux que vous lisez habituellement. Mais écrire un article comme celui que vous êtes en train de lire en ce moment demande à la fois de la compétence et du temps. Le temps est un luxe que les journalistes, acculés par la rentabilité publicitaire, ne peuvent plus se permettre. Si nous devions facturer notre travail, aucun média financé par la publicité ne pourrait nous rétribuer le temps passé à un tarif raisonnable.

Moralité

De manière étonnante, les personnes les plus convaincues que le Bitcoin est une catastrophe écologique sont celles qui ne connaissent absolument rien au domaine.

Dans la littérature académique, on peut même lire que, potentiellement, le Bitcoin pourrait devenir la manière la plus efficace de transformer de l’électricité en argent, empêchant les états de subsidier l’électricité afin de maintenir un prix artificiellement bas et d’attirer les grosses usines. À terme, le Bitcoin pourrait donc forcer une optimisation du réseau électrique mondial et favoriser le développement des productions d’électricité plus locales, moins centralisées (voir par exemple “Bitcoin and Cryptocurrency Technologies”, p. 122-123, par Narayanan, Bonneau, Felten, Miller et Goldfeder).

Il n’est pas impossible que le Bitcoin signe la fin des centrales à charbon et des méga centrales nucléaires. Mais ce genre de possibilité n’est tout simplement jamais évoquée dans les feuilles de chou sponsorisée par l’état et les vendeurs de voitures.

Ce simple exemple devrait vous alerter sur la facilité avec laquelle nous sommes manipulés, avec laquelle on nous fait avaler n’importe quoi, surtout sur des domaines que nous ne connaissons pas.

Et si vous avez investi dans un « concurrent à Bitcoin qui est écologique et qui va dépasser Bitcoin », et bien, aussi dur à admettre que cela puisse être, vous vous êtes probablement fait avoir (ce qui ne vous empêchera peut-être pas de faire des bénéfices sur le dos d’autres investisseurs arrivés après vous).

Alors, oui, le Bitcoin consomme de l’électricité. Mais c’est normal, c’est un système très complexe qui offre énormément de choses. Il consomme cependant moins d’électricité que bien d’autres systèmes que nous acceptons et qui sont certainement moins utiles ou qui n’ont pas été sélectionnés comme tête de turc par les médias. Vous avez souvent lu des articles sur la consommation électrique de l’industrie de l’or, de l’aluminium ou de l’industrie du surgelé ? Et si, en fait, pour ce qu’il propose le Bitcoin était extrêmement écologique ?

Ce n’est pas une raison pour ne pas encourager les améliorations visant à ce que Bitcoin consomme moins. Mais peut-être qu’on peut arrêter de ne se tourner que sur cet aspect et se concentrer sur des questions certainement plus intéressantes. Par exemple : qu’est-ce que le Bitcoin (ou ses successeurs) va changer dans nos vies et nos sociétés ?

 

UPDATE 10 avril 2018 : suppression d’un paragraphe qui disait de manière erronée qu’un moteur à essence est plus efficace qu’un moteur électrique. C’est bien entendu faux.

 

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Comment Facebook gagne de l’argenthttps://ploum.net/?p=6006http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20180228_134126_Comment_Facebook_gagne_de_l___argentWed, 28 Feb 2018 12:41:26 +0000Savez-vous comment Facebook gagne de l’argent ? Par la publicité, bien entendu. Mais quel est le mécanisme exact ? Qui paie et pour quoi en échange ? Et quelles en sont les conséquences de ce modèle ?

Les pages Facebook

Sur Facebook, les utilisateurs comme vous et moi sont limités à 5000 amis maximum. Devenir ami nécessite l’acceptation des deux parties.

Les pages, au contraire, ne sont pas limitée à des personnes physiques et peuvent être « aimées » par un nombre illimité de personnes.Les contenus d’une page sont toujours publics et leur but est de toucher un maximum de personnes. Pour cette raison, Facebook permet aux administrateurs d’une page d’avoir des statistiques complètes sur le nombre d’utilisateurs qui ont interagi avec une publication.

Il semble donc logique pour tout business, même local, de se créer une page. Cela vaut pour les associations, les artistes, les politiciens, les groupes citoyens ou les blogueurs. La page Facebook semble être un outil idéal pour faire entendre sa voix.

Il y’a cependant une petite subtilité. Si un individu aime cent pages qui publient chacune dix contenus par jour, il est impossible pour cet individu de consulter mille contenus, sans compter ceux de ses amis.

La mise en avant des contenus

Pour résoudre ce problème, Facebook décide des contenus « les plus intéressants » en se basant sur ce qui a déjà été aimé par d’autres utilisateurs. Les contenus nouveaux et originaux ont donc très peu de chance de se propager car pour être aimé, il faut être diffusé et pour être diffusé, il faut être aimé.

L’administrateur de la page sera tout triste et déçu en consultant ses statistiques. 1000 personnes aiment sa page et, pourtant, son contenu n’a été lu qu’une dizaine de fois !

À ce moment, Facebook propose à notre administrateur de payer pour être vu plus de fois. Après tout, qu’est-ce que 10€ pour obtenir 1000 vues supplémentaires ?

Lorsque j’ai créé mon premier site web, au 20ème siècle, il était courant d’avoir un compteur du nombre de visites reçues. Au plus le chiffre de ce compteur était important, au plus le site paraissait avoir du succès. Il n’était pas rare de rafraichir les pages pour incrémenter son compteur.

Facebook a littéralement réussi à faire payer les créateurs de contenus pour incrémenter leur compteur. Tout en fournissant le compteur en question !

Les conséquences de ce modèle

Ce système, très rentable, a plusieurs conséquences.

Premièrement, cela signifie Facebook a tout intérêt à ce que les contenus des pages ne payant pas soient très peu consultés. Si vous avez une page Facebook et que vous ne payez pas, comme moi, vos contenus seront très peu diffusés, même chez ceux qui aiment votre page. Sauf cas exceptionnel où un contenu se révèle très populaire, les gens qui aiment votre page… ne verront pas votre contenu car Facebook n’a pas intérêt à les diffuser.

Malgré 50 « J’aime » et 17 partages (ce qui est pour moi un véritable succès), le nombre de « personnes atteintes » est à peine le nombre de personne qui aime ma page. Et, par « personne atteinte », Facebook veut dire « personne pour laquelle ma publication s’est affichée dans le flux ». Cela ne signifie pas que la personne a vraiment vu ma publication et encore moins qu’elle l’aie lu.

Si vous payez, ce que j’ai testé, Facebook va vous montrer que les chiffres augmentent mais qu’il faudrait payer un poil plus pour vraiment toucher un large public. À l’exception des publications qui visent un public très local et donc limité (un cas particulier pour lequel Facebook fonctionne très bien grâce au ciblage géographique), il est tentant de payer un peu plus chaque fois.

Deuxième conséquence de ce modèle, le système va automatiquement favoriser des contenus commerciaux pour lequel il est rentable de payer de la publicité : essentiellement des sites de vente ou des événements commerciaux. Pire : le nombre de lecteurs potentiels étant limité, au plus les gestionnaires de pages paieront, au moins ils toucheront de personnes ! Mais un auteur comme moi n’a aucun intérêt à payer car il n’a rien à gagner directement. Pareil pour les mouvements citoyens ou les événements non-commerciaux. Les contenus non-commerciaux sont donc moins importants pour Facebook ! Facebook transforme notre monde en gigantesque centre commercial où les voix non commerciales sont étouffées !

À partir d’un certain niveau de paiement, Facebook doit quand même se montrer rentable. Ils vont donc permettre de cibler aussi précisément que possible votre public. Vous voulez toucher des hommes de 35-40 ans dans la région parisienne qui aiment une page liée au vélo ? C’est possible. Vous voulez cibler des jeunes qui se sentent mal dans leur peau pour accroitre l’impact de votre marque ? C’est possible.

Enfin, la dernière conséquence de ce système c’est que tout message que vous postez sur Facebook sert à attirer vos amis afin de pouvoir leur afficher des contenus qui ont été payés. C’est la raison pour laquelle les contenus non-commerciaux existent encore : ils servent à vous faire revenir sans cesse sur Facebook. Et ils permettent de mieux vous étudier afin d’affiner le ciblage publicitaire.

Les producteurs de télévision disent produire des émissions afin de pouvoir glisser des publicités, d’offrir du temps de cerveau aux annonceurs. Facebook n’a même plus à se donner cette peine : nous sommes les producteurs et nous vendons le cerveau de nos amis aux publicitaires. En faisant cela, nous mettons nous-mêmes notre cerveau à disposition. C’est évidemment génial.

Réagir

Si abandonner Facebook n’est pas souhaitable pour tout le monde, il me semble important d’au moins prendre conscience du fonctionnement de ce réseau social et de ce que nous lui offrons à chaque fois que nous postons un message ou consultons notre fil. Il est également primordial que de comprendre qu’un tel réseau social renforce des interactions purement commerciales au détriment de tout le reste du spectre des échanges humains.

Facebook reste malheureusement un outil difficilement contournable et j’expliquais comment nous pouvions l’utiliser à notre avantage. Mais je vous encourage également à me suivre sur des réseaux sans publicités comme Mastodon et Diaspora afin de casser l’hégémonie du tout commercial. Et à me contacter sur Signal ou sur Wire (@ploum) afin que le fait que nous soyons en interaction ne soit pas une donnée de plus dans notre profilage publicitaire (pour rappel, Whatsapp appartient à Facebook).

 

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Est-ce le bon moment pour investir dans les crypto-monnaies ?https://ploum.net/?p=5994http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20180206_001144_Est-ce_le_bon_moment_pour_investir_dans_les_crypto-monnaies___Mon, 05 Feb 2018 23:11:44 +0000Cette question, vous êtes nombreux à vous la poser. Aussi, j’ai décidé de prendre le temps d’y réponde sérieusement. Promis, à la fin de l’article, vous aurez une réponse claire. Mais ce n’est peut-être pas celle que vous attendiez…

Tous les amateurs de crypto-monnaie ne sont pas millionnaires

Personnellement, grâce au Bitcoin et à la blockchain, je suis devenu milliardaire.

Si si, je vous jure !

Bon, c’est en dollars zimbabwéens mais, malgré tout, milliardaire. Et ce grâce à un billet gracieusement offert par Jean-Luc Verhelst lors d’une conférence sur la blockchain que nous avons donnée ensemble.

En euros, évidemment, je suis très loin du compte. Malgré le fait que j’ai commencé à jouer avec des bitcoins alors qu’ils valaient 0,07€.

Vous êtes frustré de ne découvrir le bitcoin que récemment et ne pas être multi-millionnaire ? Dîtes-vous que pour certains, c’est pire encore : ils ont joué avec des bitcoins, ils les ont perdus dans des crashs de disque-durs, oubliés sur d’anciens ordinateurs partis au rebut, re-perdus dans les crashs de plateformes comme TradeHill, MtGox et bien d’autres voire, comme ce fut mon cas pendant longtemps, les ont distribués pour aider les gens à mieux comprendre la technologie. Enfin il y’a également les “technologistes”, dont votre serviteur fait partie, qui se sont passionné pour la technologie du Bitcoin sans jamais s’intéresser à l’aspect financier. Rétrospectivement, une erreur…

D’autres enfin ont gardés leurs bitcoins puis les ont vendus à 30$ ou 100$ ou 1200$ car, à ce moment là, ils avaient besoin d’argent, cela leur permettait de rembourser tout juste leur crédit. Ils en ont bien profité mais, ils ne sont pas multi-millionnaires pour autant.

C’était le cas, par exemple, d’Andreas Antonopoulos, qui a fait beaucoup pour la communauté du Bitcoin depuis 2012 mais qui a avoué être fauché. Certains s’en sont moqués, d’autres, émus, lui ont envoyé un total de… 100 bitcoins ! Mais c’était amplement mérité, beaucoup d’actuels millionnaires ayant découvert le Bitcoin grâce à lui.

Le chiffre symbolique du million d’euros est tout simplement énorme. Il correspond à 40 ans de salaire à 2000€/mois. La plupart d’entre-nous ne gagneront, sur toute leur vie, qu’entre 1 et 2 millions d’euros. Alors, devenir millionnaire nécessite plus que juste acheter des bitcoins au bon moment.

Les 3 facteurs du succès financier

Oui, certains deviennent millionnaires. Mais que ce soit dans les crypto-monnaies ou dans n’importe quel domaine, il s’agit d’une combinaison de 3 facteurs : la clairvoyance, le travail et la chance

Je pense qu’il faut une juste proportion des 3 pour réussir. Le manque d’un des éléments peu être compensé par les deux autres mais c’est très difficile. La chance pure peut permettre de gagner des millions : c’est la loterie. Il faut beaucoup de chance pour gagner au loto ! Par contre, la clairvoyance et le travail acharnés ne sont rien sans une part de chance : être au bon endroit au bon moment. Un peu plus tôt ou peu plus tard et c’est raté.

Dans le cas du Bitcoin, il s’agissait de comprendre très vite l’intérêt des crypto-monnaies. La clairvoyance, je l’ai eue partiellement : l’historique de ce blog est la preuve que j’avais compris l’importance du phénomène. Mais j’ai complètement sous-estimé l’aspect économique et je ne pensais pas voir le Bitcoin au-dessus de 1000$. Et alors même que j’imaginais le Bitcoin à 1000$, il ne m’est jamais venu à l’idée de concrétiser cette vision en investissant 1000€ ou 2000€ de mon compte d’épargne. Le risque me semblait disproportionné. J’ai par contre la satisfaction intellectuelle de savoir que quelques uns ont découvert le Bitcoin à travers mon blog et ont fait fortune.

Le travail acharné, c’est se maintenir à jour, conserver ses bitcoins pendant des années, savoir ce qu’il faut en faire. Personnellement, j’ai eu des passages à vide où je ne me suis pas occupé de crypto-monnaies. En revenant sur les forums j’ai par exemple découvert que l’échange TradeHill avait fait faillite quelques mois avant, emportant une grande partie de mes bitcoins… Je n’étais même pas au courant ! Et je ne me suis pas inquiété car, à l’époque, ça ne valait finalement pas grand chose.

La chance ne se provoque pas, ne s’explique pas. Mais elle est indispensable.

Et vous ? Quel est votre facteur de prédilection ?

Mais toutes ces histoires ne vous intéressent sans doute pas. Tout ce que vous voulez c’est devenir millionnaire. Et si possible en 3 semaines et sans effort. C’est possible, votre tabloïd préféré vous a parlé d’une gamine de 7 ans devenue millionnaire avec des crypto-monnaies.

La réalité c’est qu’un tel plan n’existe pas. Tout plan qui prétend vous faire gagner de l’argent sans effort est une arnaque. Car j’ai un scoop pour vous : vous n’êtes pas le seul à vouloir devenir millionnaire.

Il faut donc compter avec la clairvoyance, le travail et la chance. Alors oui, il est possible qu’une crypto-monnaie sortie de nulle part fasse x100 demain et vous rende millionnaire. Mais je n’y crois pas plus que de gagner à la loterie. Ce serait de la chance pure. Et à la loterie, il y’a par définition plus de perdants que de gagnants… Si vous misez sur le facteur chance, allez plutôt au casino.

Il vous reste donc la clairvoyance ou le travail.

La solution du travail acharné

Il y’a plein d’opportunités de travail dans le domaine des crypto-monnaies. Moi-même, je gagne ma vie grâce à elles : je fais de la recherche sur la blockchain, donne des conférences et fais du conseil auprès des entreprises et des startups. D’autres font du développement. Je vous encourage, c’est un domaine qui me passionne et que j’estime plein d’avenir.

Plus prosaïquement, une autre solution est le trading. Grâce à leur grande volatilité et des commissions très petites, les crypto-monnaies se prêtent admirablement au trading.

D’ailleurs, la plupart des amateurs qui ont acheté un ou deux bitcoins à 5000$ et l’on revendu à 10.000$ se prétendent désormais traders.

La réalité c’est que le trading est une science/un art/un travail extrêmement difficile. Si vous voulez vous y mettre, il faut vous préparer à y passer des heures, à lire des dizaines de livres, à perdre beaucoup d’argent. Car perdre de l’argent est l’une des seules manières de réellement apprendre le trading. Après quelques gains favorisés par la chance du débutant, le trader amateur gagnera en confiance, misera gros et se verra soudain confronté aux pertes. C’est là qu’il se forgera ses premières expériences réelles de trader.

Si vous choisissez l’option du trading pour gagner de l’argent avec les crypto-monnaies, je pense que votre question “Est-ce le bon moment pour investir” n’a plus de sens. Vous êtes le trader, vous êtes le seul à même à répondre à cette question.

La solution de la vision long terme.

Si vous ne souhaitez pas trader ni travailler activement dans le domaine, il vous reste la solution d’investir. Mais, dans ce cas, il est important de faire preuve de discernement et d’investir à long terme dans des projets dans lesquels vous avez confiance.

On dit toujours de ne pas investir plus que ce que l’on peu perdre. C’est vrai en crypto-monnaies plus qu’ailleurs ou un simple piratage peut vider votre compte en banque.

Mais j’ajouterais un conseil de mon cru : si votre objectif est sur le long terme, n’investissez pas une grosse somme d’un coup. Faites un versement mensuel de 20, 100 ou 200€. Convertissez directement en crypto-monnaie. De cette manière, votre portefeuille augmentera petit à petit. Les hausses seront des bonnes nouvelles (car votre capital augmentera) et les baisses le seront également (car ce mois-là, vous pourrez acheter plus). Vous serez beaucoup moins nerveux, beaucoup moins à guetter les hausses et les baisses. Rappelez-vous que vous misez sur le long terme, que vous êtes prêt à tout perdre mais que vous ne voulez retirer l’argent que dans 5 ou 10 ans.

J’ajoute un autre conseil de mon cru : plus un projet à un historique fort, plus il me semble pertinent sur le long terme. Bitcoin et Ethereum me semblent les deux projets qui offrent le plus de garanties de pérennité.

Mais, ici on parle de vision, de clairvoyance. Donc à vous de faire fonctionner là vôtre. Comme le dit Warren Buffet : n’investissez que dans ce que vous comprenez.

Les erreurs à éviter à tout prix

Premièrement, si vous voulez vous faire de l’argent facile, passez votre chemin. Cela n’existe pas, par définition.

Solution 1: vous voulez faire un travail de trader et vous deviendrez capable de faire du profit sans même avoir besoin de savoir si la crypto-monnaie que vous venez de tradez à un potentiel à long terme.

Solution 2: vous croyez en un projet et vous le comprenez. Vous avez la foi que ce projet à de l’avenir et vous investissez dans ce projet en acceptant les risques encourus.

Si votre seul objectif est le gain, alors votre argent ira inéluctablement gonfler les poches des traders professionnels voire, pire, des arnaqueurs qui vous auront promis n’importe quoi. Faites fonctionner votre cerveau : tout le monde n’est pas millionnaire. Qu’est-ce que j’ai de particulier qui me donne une chance de gagner de l’argent ?

En deuxième lieu, agissez en gestionnaire. Transformer 200€ chaque mois en bitcoins vous semble énorme ? Vous ne pouvez pas vous le permettre sans rogner sur votre budget mensuel ? Par contre, vous avez 5000€ d’épargne que vous souhaitez investir ? Prenez une calculette et rendez-vous compte que 5000€, c’est plus de 2 années de 200€ par mois ! L’avantage des 200€ par mois, c’est que vous pouvez le moduler voire l’arrêter à votre convenance. Si vous videz votre épargne, elle est potentiellement perdue à jamais.

Enfin, prenez du plaisir. Un investissement doit vous procurer un intérêt intellectuel, une fierté, du plaisir. Si l’investissement devient stressant, s’il vous prend du temps de vie, alors arrêtez. La vie est trop courte.

Alors, dois-je investir dans les crypto-monnaies ?

Rappelez-vous qu’il n’y a pas de gains faciles sans une énorme part de chance. Que, sur les marchés, les petits amateurs sont appelés “dumb money” (l’argent stupide, facile à gagner car venant de gens inexpérimentés qui font des erreurs). Et que les multi-millionnaires sont les exceptions rarissimes qui nous font rêver mais ne représentent pas la réalité.

Si votre objectif est de gagner de l’argent en quelques semaines ou mois, alors il n’y a pas de bons moments pour investir. Vous n’investissez pas, vous jouez à la roulette. Et si certains auront de la chance, la plupart perdront.

Si votre objectif est d’investir dans un projet qui vous semble réellement prometteur, qui peut potentiellement changer le monde, alors il n’y a pas de mauvais moment pour investir.

Je suis personnellement persuadé que le Bitcoin est durable et que sa valeur dans 5 ans sera nettement supérieure à la valeur actuelle. Je pense qu’il en sera de même pour Ethereum même si j’en suis un peu moins certain.

Pour d’autres crypto-monnaies majeures (Litecoin, Dash, Monero,…), j’avoue ne pas savoir. C’est un pari qui me semble risqué.

Enfin, je suis convaincu que l’immense majorité des cryptomonnaies ne vaudront plus rien dans 5 ans, même si leur site web est super chouette et leur concept génial sur papier. Des nouvelles feront leur apparition, disparaitront.

Je suis bien conscient qu’il s’agit d’une pure conviction personnelle, d’un acte de foi irrationnel et que je peux complètement me tromper. Du coup, je n’investis pas plus que ce que je peux perdre.

Car, même avec une vision claire, même avec un travail acharné, un investissement nécessite une bonne part de chance.

Soyez prudents ! Ne jouez pas vos économies et souvenez-vous qu’on n’a pas besoin de millions pour profiter de la vie.

 

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Le meilleur ou le pire PapaPloum du monde ?https://ploum.net/?p=5984http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20171215_233733_Le_meilleur_ou_le_pire_PapaPloum_du_monde___Fri, 15 Dec 2017 22:37:33 +0000Comme tous les enfants, mes enfants adorent recevoir des bonbons. Et les occasions ne manquent pas en fin d’année : Halloween, Saint-Nicolas, Noël, …  Le tout à multiplier par le nombre de parents, grand-parents, école, clubs, etc. C’est bien simple : il devient parfois difficile de justifier que Saint-Nicolas se déplace aussi vite d’un endroit à un autre. Et d’expliquer pourquoi il semble tellement tenir à engraisser une génération de futurs diabétiques…

Mais la particularité de mes enfants est que, s’ils adorent recevoir, ils consomment finalement très peu de sucreries. Nous les sensibilisons à la surconsommation et aux méfaits de la publicité depuis peut-être un peu trop jeune.

Les bonbons s’entassent donc dans un véritable tiroir au trésor qui déborderait à longueur d’année si PapaPloum n’allait pas de temps en temps assouvir son addiction au sucre.

Pour Saint-Nicolas cette année, j’ai franchi une étape de plus : au lieu d’aller acheter des chocolats, j’ai tout simplement été puisé dans le susdit tiroir et j’ai mis dans les souliers des friandises qu’ils avaient déjà reçues.

Ils ne se sont aperçu de rien et ont été enchantés.

Mais, malgré tout, ma conscience me tiraille…

Ai-je été le meilleur et le plus écolo PapaPloum-Nicolas ? Ou le pire radin qui aie jamais enfanté ?

Photo par Jessica S.

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Pourquoi le réchauffement climatique est indiscutablehttps://ploum.net/?p=5967http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20171031_103648_Pourquoi_le_rechauffement_climatique_est_indiscutableTue, 31 Oct 2017 09:36:48 +0000Le réchauffement climatique est-il l’œuvre de l’homme ou est-ce un phénomène naturel ?

Le discours climato-sceptique est tellement nocif qu’il a réussi à créer un débat là où, si vous réfléchissez un petit peu, il ne devrait pas y avoir l’ombre d’un hésitation.

Nul besoin de recourir à des dizaines d’études, à des consensus de scientifiques ou à un quelconque argument d’autorité. Branchez votre cerveau et laissez-moi 5 minutes pour vous expliquer.

La quantité totale de carbone

Si on considère l’apport des météorites et l’évaporation de l’atmosphère dans l’espace comme négligeables, ce qu’ils sont, on peut considérer que le nombre d’atomes de carbone présents sur terre est fixe.

Il y a donc un nombre déterminé d’atomes de carbones sur la planète terre. Pendant des milliards d’années, ces atomes existaient essentiellement sous forme minérale (graphite, diamant), sous forme organique (tous les êtres vivants) et sous forme de CO2 dans l’atmosphère.

Le carbone sous forme minérale est stable et sa quantité n’a jamais vraiment évolué depuis la création de la planète. On peut donc sans scrupule se concentrer sur les atomes de carbones qui sont soit dans les êtres vivants (vous êtes essentiellement composés d’atomes de carbones), soit dans l’atmosphère sous forme de CO2.

Le cycle de la vie

Les plantes se nourrissent du CO2 de l’atmosphère pour capter le carbone qui leur permet de vivre. Elles rejettent ensuite l’oxygène excédentaire qui est pour elles un déchet. Séparer le CO2 en carbone et oxygène est une réaction endothermique qui demande de l’énergie. Cette énergie est fournie par le soleil grâce à la photosynthèse.

Les êtres vivants aérobiques, dont nous faisons partie, se nourrissent d’autres êtres vivants (plantes, animaux) afin de capter les atomes de carbone dont ils ont besoin. Ces atomes de carbones sont stockés et brûlés avec de l’oxygène afin de produire de l’énergie. Le déchet produit est le CO2. La combustion du carbone est une réaction exothermique, qui produit de l’énergie.

En résumé, vous mangez du carbone issu de plantes ou d’autres animaux, vous le stockez sous forme de sucre et de graisse et, lorsque votre corps a besoin d’énergie, ces atomes sont mis en réaction avec l’oxygène apporté par la respiration et le système sanguin. La réaction produit du CO2, qui est expiré, et de l’énergie dont une partie se dissipe sous forme de chaleur. C’est la raison pour laquelle vous avez chaud et êtes essoufflé pendant un effort : votre corps brûle plus de carbone qu’habituellement, il surchauffe et doit se débarrasser de beaucoup plus de CO2.

Un subtil équilibre

Comme on le voit, plus l’atmosphère va être riche en CO2, plus les plantes vont avoir de carbone à disposition et vont croître. C’est d’ailleurs une expérience simple : dans un environnement à haute teneur en CO2, les plantes sont bien plus florissantes.

Mais s’il y’a plus de carbone dans les plantes, il y’en a forcément moins dans l’atmosphère. Il s’ensuit donc une situation d’équilibre où le carbone capté par les plantes correspond à celui relâché par la respiration des animaux (ou par les plantes en décomposition).

Comme le CO2 est un gaz à effet de serre, cet équilibre carbone va avoir un impact direct sur le climat de la planète. Et, il y’a quelques milliards d’années, cet équilibre entraînait un climat bien plus chaud qu’aujourd’hui.

La fossilisation du carbone et le climat

Cependant, un processus a rompu cet équilibre. À leur mort, une partie des êtres vivants (cellules, plantes ou animaux) se sont enfoncés dans le sol. Le carbone qui les composaient n’a donc pas pu regagner l’atmosphère, que ce soit en se décomposant ou en servant de nourriture à d’autres animaux.

Sous le sol, la pression et le temps a fini par transformé ces cadavres en pétrole, charbon ou gaz naturel.

Toute cette quantité de carbone n’étant plus disponibles en surface, un nouvel équilibre s’est créé avec de moins en moins de CO2 dans l’atmosphère, ce qui entraina un refroidissement général de la planète. Cette ère glacière vit l’apparition d’Homo Sapiens.

L’évidence de la “défossilisation”

Si brûler du bois ou respirer sont des activités qui produisent du CO2, elles ne perturbent pas l’équilibre carbone de la planète. En effet, l’atome de carbone de la molécule de CO2 produite fait partie de l’équilibre actuel. Cet atome était très récemment dans l’atmosphère, a été capté par un être vivant avant d’y retourner.

Par contre, il parait évident que si on creuse pour aller chercher du carbone fossile (pétrole, gaz, charbon) pour le rejeter dans l’atmosphère en le brûlant, on va forcément augmenter augmenter la quantité totale de carbone dans le cycle de la planète et, de là, augmenter la quantité de CO2 dans l’atmosphère et donc la température. C’est la raison pour laquelle il est absurde de comparer les émissions de CO2 d’un cycliste et d’une voiture. Seule la voiture « défossilise » du carbone et a un impact sur le climat.

Un tel chamboulement pourrait être en théorie contrebalancé par une augmentation de la végétation pour absorber le CO2 en excédent. Malheureusement, ce changement est trop rapide pour permettre à la végétation de s’adapter. Pire : nous réduisons cette végétation, principalement via la déforestation en Amazonie.

Brûler des combustibles fossiles a donc un effet direct sur le réchauffement climatique. Si l’on brûlait toutes les réserves de combustible fossile de la planète, l’Antarctique fondrait complètement, la glace et la neige n’existerait plus sur la planète et le niveau des océans serait 30 à 40 mètres au dessus de l’actuel.

Mais alors, pourquoi un débat ?

Si les scientifiques sont absolument unanimes sur le fait que brûler des combustibles fossiles accentue le réchauffement climatique, cette vérité est particulièrement dérangeante pour le monde économique, qui vit littéralement en brûlant des combustibles fossiles.

Pendant un temps, l’idée a donc été émise que la planète était dans la phase de réchauffement d’un cycle naturel de variation du climat. Différents modèles se sont alors affrontés pour tenter de savoir quelle était la part de responsabilité humaine dans le réchauffement.

Mais force est de constater que ce débat est absurde. C’est comme si deux personnes au premier étage d’une maison en feu débattaient de l’origine de l’incendie : court-circuit accidentel ou acte criminel ? Il doit à présent vous sembler clair que brûler des combustibles fossiles accentue le réchauffement climatique, rendant la responsabilité humaine indiscutable.

Cependant, ces débats ont été exploités par le monde économique : « Regardez, les scientifiques ne sont pas d’accords sur certains détails du réchauffement climatiques. Donc le réchauffement climatique n’existe pas. »

Cette stratégie anti-scientifique est souvent utilisée : l’industrie du tabac, le scandale du Roundup, les créationistes. Tous prétendent que si les scientifiques sont en désaccord sur certains détails, on ne peut être certain et si on n’est pas certain, il faut continuer à faire comme avant. Au besoin, il suffit de graisser la patte à quelques scientifiques pour introduire le doute là où le consensus était parfait.

Contrairement aux créationistes ou à l’industrie du tabac, dont l’impact sur la planète reste relativement limité, l’ignorance dangereuse des climato-sceptiques sert les intérêts économiques du monde entier ! Ce faux débat permet à toute personne utilisant une voiture, à tout industriel brûlant des combustibles fossiles, à tout employé vivant indirectement de notre économie de se déresponsabiliser.

En résumé

Brûler des combustibles fossiles rejette dans l’atmosphère du carbone qui était auparavant inerte (d’où le terme fossile). Plus de carbone dans l’atmosphère entraîne un effet de serre et donc une augmentation de la température. C’est imparable et absolument indiscutable. Mais le climatosceptisme nous parle car il nous permet de nous déresponsabiliser, de ne pas questionner notre mode de vie.

Nous sommes dans une maison en feu mais comme certains pensent que le pyromane n’a fait qu’activer un feu qui couvait déjà, nous pouvons déclarer : c’est que l’incendie n’existe pas !

 

Photos par Lukas Schlagenhauf, US Department of Agriculture, Cameron Strandberg.

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Printeurs 45https://ploum.net/?p=5956http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20170827_150859_Printeurs_45Sun, 27 Aug 2017 13:08:59 +0000Il s’est écoulé une seconde et une éternité. Un silence infini s’est installé mais dans ma tête rugit la fureur et le bruit. Les émotions semblent poliment se céder le passage. Dois-je hurler de colère ? Trembler de peur ? Tomber à genoux de tristesse ?

Qu’ai-je vu ? Que s’est-il exactement passé ? Junior est-il vraiment mort ? Qui était Junior ? Que connaissais-je de lui ? Ai-je le droit à la tristesse ? Dois-je d’abord me préoccuper de sauvegarder ma propre vie ?

Peut-être qu’on s’habitue à la violence et la mort. Ou bien le corps est-il merveilleusement programmé pour se mettre en état de choc lorsque c’est nécessaire. J’ai du mal à déglutir mais c’est les yeux parfaitement secs que je me tourne vers Eva et Max. Aucun des deux n’a esquissé le moindre mouvement. Aucun ne semble exprimer la moindre émotion bien que, dans le cas de Max, le contraire aurait été particulièrement étonnant.

Aucun de nous n’a envie de prendre la parole. Nous respectons ce moment silencieux, en dehors du temps, cette unique et minimale cérémonie de dernier adieu. Intuitivement, nous savons que Junior cessera définitivement d’exister lorsque nous commencerons à continuer nos vies sans lui, lorsque nous accepterons son absence, sa métamorphose depuis un être vivant vers un simple souvenir. Et puis, inexorablement, une ultime transformation déjà commencée en oubli. De quelle couleur étaient ses yeux encore ? Avait-il un léger accent trainant ?

Le souvenir et le recueillement sont des conforts dont on ne reconnait la valeur que lorsqu’on en est privé.

Un claquement sec a retentit. La paroi dans mon dos s’est brusquement escamotée, révélant une formidable architecture de métal et de verre. Machinalement, nous suivons les balises lumineuses qui parcourent le plancher comme d’agiles vipères luminiscentes. Est-ce à dessein ? Les créatures de lumière nous emmènent sur une passerelle de verre suspendue par des câbles d’acier. Sous nos pieds plongent les entrailles du batiment, les poutres, les chemins, les câbles de toutes les épaisseurs, les myriades d’étincelles.

— On dirait un ordinateur, souligne Max de sa voix neutre pré-programmée.
— Chaque gadget, chaque accessoire est aujourd’hui un ordinateur, murmuré-je. Les bâtiments sont traditionnellement des ensembles de milliers d’ordinateurs. Mais des ordinateurs interconnectés ne forment-ils pas finalement un seul et unique ordinateur ?
— Un ordinateur capable de se débarrasser des corps étrangers. Un véritable être vivant, souligne Eva !

Un panneau lumineux semble clignoter devant nos yeux.

“Attention ! Vous accédez à une zone protégée. Vos implants et accessoires vont être rendus inopérants.”

Autour de la passerelle sur laquelle nous progressons, un tore métallique flotte silencieusement dans une danse aux apparences surnaturelles.

Machinalement, je tâte mes tempes, à la recherche de mes lunettes inexistantes. J’ai entendu parler de cette désactivation par choc électromagnétique. Cela ne m’inquiète pas, je n’ai plus rien d’électronique. Je veux faire un sourire à Eva mais son visage est déformé par la panique. Elle semble lutter contre un violent instinct de répulsion. Lorsque la voix de Max retentit.

— Merde, fait-il !

Je réalise seulement qu’il va être affecté.

— Max, fais demi-tour ! Attends-nous dehors !

Immobile, Max se tient debout. Avançant d’un pas, je lui tape sur l’épaule.

— Allez Max, ne…

Raide comme un piquet, le corps subtilement composé de chair et de métal s’écroule dans un fracas indescriptible.

— Max ?

Se mordant les poings, les yeux étrangement remplis de larmes de colère, Eva me regarde :

— Laisse tomber Nellio ! Tout… tout s’est arrêté. Son corps ne pouvait plus vivre sans assistance, il était plus robot qu’humain…
— Était ? Tu veux dire qu’il…
— Oui. Une décharge électromagnétique contrôlée du portique. Nous devons notre survie au simple fait d’être…

Elle tousse violemment.

— D’être complètement biologiques! hurle-t-elle.
– Mais… Qui peut bien prendre de telles mesures de sécurité ? Quel est l’intérêt d’une défense aussi impénétrable contre la vie biologique et électronique ?
— C’est peut-être la seule possibilité lorsque tu as des choses à cacher.
— C’est tout de même extrême, non ?
— Nellio, ouvre tes yeux biologiques ! Il n’existe plus un endroit sur terre où un drone microscopique ou un apprenti journaliste ne puisse s’insérer. Tes pensées les plus intimes sont connues par les publicitaires avant même que ton cerveau ne soit entré en action. Vous, les humains, êtes des machines prévisibles et déterministes. Une fois le mode de fonctionnement analysé et découvert, rien n’est plus facile que de faire faire à un humain une série d’actions aléatoires. En fait, il est plus facile de manipuler les humains que les atomes ! Vous êtes tellement simples !
— Nous ? Mais les humains sont tellement différents ! La variété, la richesse…
— Arrête, on dirait que tu récites un mantra. Pour un cerveau humain, les humains sont complexes, c’est vrai. Mais pour un ordinateur, il n’y a pas plus de différences entre deux humains qu’entre deux fourmis. Ils obéissent aux mêmes lois.

Je m’arrête un instant, le souffle coupé. Les images de l’agonie de Junior, de la mort subite de Max dansent devant mes yeux. Je me sens étrangement calme.

— Eva, s’il-te-plait, réponds à deux questions sans m’interrompre.

Elle me fixe d’un regard froid mais garde les lèvres serrées.

— Premièrement, en quoi ton histoire de fourmis explique-t-elle ces mesures de sécurité ?
— Ces mesures, comme tu dis, sont la seule solution pour permettre aux occupants de cet immeuble ne pas devenir une fourmi parmi les autres. Aucune information non-contrôlée ne peut sortir. Aucune influence ne peut pénétrer.
— Donc aucun être vivant, fut-il biologique, électronique ou un mélange des deux ne peut arriver jusqu’ici sans autorisation préalable. C’est d’une logique implacable. Et nous ne devons la vie qu’à une simple erreur de programmation, une faille dans le système de sécurité.

Les lèvres serrées, elle acquiesce tout en soutenant mon regard. Je ferme un instant les yeux, je réfléchis aux implications. Tout cela me dépasse, je suis un être terrorisé, en état de choc. Mon corps biologique est empli de molécules qui agissent en tout sens, activant différents signaux électriques que mon cerveau interprète machinalement : dors, protège-toi, fuis, découvre la vérité, cache-toi, sois-immobile, prépare-toi à combattre, réfléchis et comprends, pleure et appelle maman.

Mais ai-je encore seulement un choix à faire ? Mon destin n’est-il pas définitivement tracé ? Puis-je changer de direction ? Je me sens comme un automate, fatigué, épuisé, prêt à mourir pour retrouver le sommeil et l’apaisement.

Eva n’a pas bougé. Je lui murmure :
— Il nous reste à découvrir si cette faille était intentionnelle ou non…

 

Photo par DS.

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Le meal engineering, le futur de la nutritionhttps://ploum.net/?p=5951http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20170813_132606_Le_meal_engineering__le_futur_de_la_nutritionSun, 13 Aug 2017 11:26:06 +0000Dans ce billet, j’explore le futur de la nutrition en testant différents repas en poudre, comme je l’avais déjà fait il y’a deux ans.

Update : ce billet a été mis à jour le 11 septembre 2017 pour ajouter le test de Saturo, préciser la compatibilité avec les régimes végans et pour ajouter des liens de parrainage.

Pour produire l’énergie nécessaire à la vie, nous n’avons besoin que de deux choses : du carburant et du comburant. Vu sous cet angle, tout notre système digestif ne sert qu’à une seule et unique chose : extraire du carburant de notre environnement en rejetant l’immense majorité qui n’est pas utilisable. Le comburant, lui, est fourni par le système respiratoire.

Toute cette complexité organique, toute cette énergie, toutes ces sources potentielles de maladies et de complications pour une seule et unique chose : extraire de tout ce qui nous entoure du carbone (et quelques autres composants) que l’on pourra ensuite combiner à de l’oxygène pour produire de l’énergie.

Entre parenthèse, cela signifie aussi que si nous sommes trop gros, la seule et unique manière de nous débarrasser du carbone excédentaire est de… respirer. En effet, le CO2 que nous expirons est la seule porte de sortie pour le carbone de notre corps, avec l’urine qui en contient également une toute petite quantité.

Le système digestif étant extrêmement énergivore, un comble vu que son rôle est d’obtenir de l’énergie, l’être humain inventa la cuisine. Les recettes permirent de sélectionner les aliments les plus nourrissants tandis que la cuisson, rendue possible par le feu, facilita la digestion.

Depuis, si les recettes de cuisine sont brandies comme un étendard culturel, force est de constater que nous mangeons majoritairement des ersatz industriels des recettes originelles. Les industriels ont compris comment tromper nos réflexes pour nous faire ingérer de la nourriture bon marché. Le sucre, initialement un indicateur naturel d’un fruit mûr contenant de bonnes vitamines, a été isolé pour être saupoudré dans à peu près tout, nous rendant accros à des produits peu nourrissants voire franchement nocifs.

Quelle sera donc la prochaine évolution en termes de nutrition ? S’il n’est pas question de gaspiller une occasion de manger un bon repas, je suis persuadé que la malbouffe industrielle et le sandwich de midi peuvent avantageusement être remplacés par de la nourriture spécialement conçue pour apporter ce dont le corps à besoin le plus efficacement possible. C’est exactement l’objectif du Soylent, qui a donné naissance à de nombreux clones européens dont je vous avais parlé il y’a deux ans en vous posant la question « Est-il encore nécessaire de manger ? ».

Or, en deux ans, les choses ont bien changé. Des alternatives françaises ont vu le jour et les produits ont gagné en qualité. Je vous propose un petit tour d’horizon des différents repas en poudre que j’ai testé.

Vitaline

Vitaline, c’est le produit santé de cette comparaison. Composé d’ingrédients essentiellement bio, Vitaline cherche avant tout la qualité. D’ailleurs, les premières versions étaient peu nourrissantes et au goût assez fade. La dernière version a grandement amélioré ces aspects même si on est encore limité à 3 goûts (pour moi 2 car je n’aime pas du tout le goût amande alors que je raffole pourtant du massepain).

Autre particularité : Vitaline est le seul des produits testés qui périme assez vite. La poudre devient immangeable après quelques semaines de stockage là où les autres restent identiques durant plusieurs mois, voire années. Peut-être est-ce le prix à payer pour avoir des composants bio et moins de conservateurs mais ce n’est pas très pratique.

À 4€ le repas, je conseille Vitaline à ceux pour qui la santé et le bio passent avant le goût, ce dernier pouvant être un peu amer. J’apprécie aussi énormément les sachets individuels, bien plus pratiques que les gros sachets de 3 repas. Avec mon lien de parrainage, vous aurez 20% de réduction sur le pack découverte et je recevrai 10€ sur ma prochaine commande.

Note : Vitaline m’a spontanément offert deux coffrets de test suite à la lecture de mon article d’il y’a deux ans.

Smeal

Autre alternative française, Smeal ne se démarque pas spécialement. Les goûts sont bons (parfois de manière surprenante, comme Speculoos) mais fort sucrés et fort écœurants. À 3€ le repas, je l’ai plutôt perçu comme une alternative bon marché qui remplit son office : on n’a plus faim pendant plusieurs heures après un Smeal.

Soulignons la poudre goût « légumes du jardin ». Une véritable innovation qui permet de sortir de l’aspect essentiellement sucré de ces repas.

Note : suite à ma demande, j’ai reçu un pack de test gratuit de Smeal.

Feed

Toujours en France, Feed se démarque par son aspect design et pratique. Plutôt que les traditionnels sachets, Feed propose des bouteilles en plastique pré-remplies de poudre. Une innovation d’ailleurs reprise par Vitaline.

Dans une première version, la poudre formait de tels grumeaux que je n’ai jamais réussi à la mélanger correctement dans les bouteilles. C’est de plus particulièrement peu écologique.  Feed a amélioré sa recette pour en plus avoir de problème de grumeaux. Je n’ai cependant pas été complètement convaincu par l’expérience ni par le goût, même si c’est fort pratique de pouvoir se passer d’un shaker à nettoyer lors de journées nomades.

Notons que, comme Smeal, Feed se diversifie dans les goûts salés. Feed propose également des barres repas. Ces barres sont nourrissantes sans être écœurantes et proposent des goûts salés. Bref, de Feed, je retiens essentiellement les barres qui sont particulièrement bonnes et nourrissantes.

Notons que Feed ne contient pas de lactose et est donc adapté à un régime vegan. Si vous commandez pour 50€ chez Feed en utilisant ce lien, je recevrai une ristourne de 10€.

Note : suite à ma demande, j’ai reçu un pack de test gratuit de Feed. Un deuxième pack m’a été envoyé suite à ma critique concernant les grumeaux et, effectivement, ce problème avait disparu.

Queal

Déjà testé il y’a deux ans, Queal, produit hollandais, oriente désormais son marketing sur la performance, physique et intellectuelle. Pour le gag, il faut noter que leur nouveau shaker est le moins performant du marché, à la limite de l’inutilisable avec un bouchon qui se détache et qui est inlavable.

Mais force est de constater que leur poudre reste pour moi la plus digeste, avec une pléthore de goûts dont certains sont délicieux. À 2,5€ le repas, Queal reste un maître achat.

Queal tente de se diversifier avec des barres repas, les Wundrbars, qui sont absolument infectes mais nourrissantes (elles gardent toutes une trace d’amertume très prononcées).

Autre innovation, Queal propose la poudre « boost », un supplément nootropique permettant d’améliorer la mémoire et la concentration. L’effet sur la mémoire de certains composants du Boost serait démontré scientifiquement.

Est-ce que ça fonctionne ? J’ai l’impression que les matins où je rajoute du Boost à mon Queal, je suis plus apaisé et légèrement plus concentré que d’habitude. Je me sens moins grognon et moins enclin à procrastiner. Effet placebo ? C’est fort probable. À 60€ le pot de boost, je n’ai pas envie de gâcher l’effet en glandant sur Facebook !

Note : Queal m’a spontanément contacté pour m’offrir un coffret de test suite à mon article d’il y’a deux ans.

Ambronite

Produit d’ultra luxe, à plus de 8€ le repas, Ambronite se démarque grandement par sa composition.

Là où tous les autres produits sont essentiellement de la protéine de lait avec des suppléments et des arômes, Ambronite est un réel mélange de fruits et légumes secs réduits en poudre. Toutes les vitamines et les minéraux sont issues de produits naturels, les protéines étant essentiellement fournies par de l’avoine.

Il en résulte une espèce de soupe verte avec des arrières goûts sucrés de fruits. Le fait qu’il n’y aie pas de protéine de lait rend Ambronite beaucoup plus digeste et moins écœurant. Ambronite se diversifie désormais avec des goûts mais aucun ne m’a convaincu. Tant qu’à choisir Ambronite, je conseille nettement l’original.

Le problème d’Ambronite reste avant tout son prix. Cela nous confronte à une question intéressante. Si payer 3/4€ pour être nourri en sautant en repas semble « rentable », suis-je prêt à payer plus du double pour un repas qui ne m’apportera aucun plaisir gustatif et qui sera ingéré en quelques secondes ?

Grâce à ce lien, vous pouvez recevoir un paquet de test Ambronite gratuit contenant 4 petits paquets de goût différent. Chaque paquet est l’équivalent d’une collation ou d’un tiers de repas. Vous devez néanmoins payer les frais de port (5,90€).

Note : Je n’ai aucun avantage si vous utilisez ce lien. Tout au plus ai-je reçu ce paquet de test sans payer les frais de port.

Saturo

Saturo pousse le concept du repas en bouteille jusqu’à déjà remplir et mélanger. Il ne reste donc plus qu’à ouvrir et boire.

Et, de manière surprenante, ça fonctionne très bien. Saturo a bon goût et est idéal avant le sport. À 3€ la bouteille, c’est un excellent rapport qualité-prix même si une bouteille n’est pas exactement un repas. Au niveau petit-déjeuner efficace, je recommande Saturo. Notons également que Saturo est particulièrement digeste, ne contient pas de lactose et est vegan friendly !

Je pense qu’en commandant du Saturo via ce lien, vous pouvez obtenir une réduction et moi-aussi (mais je ne suis pas sûr, j’ai pas bien compris le parrainage).

Note : Saturo m’a proposé spontanément un paquet de test suite à la lecture de cet article.

Conclusion du test

Au niveau des marques, si ce n’était son prix prohibitif, je pense que je consommerais essentiellement de l’Ambronite, à la fois bon, efficace et excellent pour la santé. C’est également celui que je recommande sans aucune hésitation à mes enfants. Pour plus de facilité, je garde également toujours du Saturo au frigo et quelques barres de Feed.

Dans une gamme de prix correcte, j’apprécie la démarche de Vitaline, qui fait passer la santé et les aspects scientifiques de son produit avant le goût et le marketing. Malgré la composition essentiellement basée sur la protéine de lait, l’attention portée à l’utilisation d’ingrédients bio me rendent également confortable avec le fait d’offrir Vitaline à mes enfants même si le goût ne le rend pas très attractif.

Mais pour l’usage quotidien, Queal reste une valeur sûre, au goût « facile » qui plaira à tout le monde. Pour les enfants, je me rassure en me disant que ça ne peut pas être pire qu’un hamburger mais je ne pousse pas à l’utilisation trop fréquente de Queal. Je reste également partagé sur le supplément Boost. C’est soit absolument génial, soit une arnaque complète. Je n’arrive pas à me décider.

Une évolution rapide et souhaitable

En deux ans, la qualité des repas en poudre a monté de plusieurs crans. De nombreux produits sont apparus et, parfois, ont disparu aussitôt. C’est d’ailleurs un peu difficile pour le consommateur de s’y retrouver.

Mais force est de constater que ce genre de produits s’installe durablement. En deux ans, il m’est arrivé de manger essentiellement des repas en poudre pendant plusieurs jours et je me sentais particulièrement plein d’énergie. Les selles se font également plus légères. Je ne sais personnellement plus me passer d’un repas en poudre avant une longue randonnée à vélo. Même au niveau du travail intellectuel, je sais qu’un repas en poudre favorise ma concentration par rapport à tout autre repas.

Je pense que l’innovation principale sera dans l’abandon progressif de la protéine de lait et la démocratisation des produits de très haute qualité, comme Ambronite. Une attention particulière sera de plus en plus portée au bilan carbone du repas, à l’absence de produits indésirables (pesticides, sucres raffinés). En parallèle, je prédis l’apparition de produits très bon marché (moins de 1€ le repas) mais à la qualité bien moindre.

Loin de rester des alternatives aux repas, ces poudres en deviendront des composants, avec la popularisation de recettes utilisant les poudres pour les mélanger à d’autres ingrédients. Il deviendra socialement acceptable voire normal de consommer des repas en poudre là où, aujourd’hui, on me regarde encore souvent comme un extra-terrestre.

Et après ?

À plus long terme, je suis convaincu que l’on considérera la manière dont nous nous alimentons aujourd’hui comme préhistorique et morbide. Sans aucune considération pour la valeur nutritive, nous avons en effet tendance à nous laisser diriger par notre goût, notre odorat et notre vue, sens facilement abusés par la publicité, le marketing et les additifs chimiques. Si l’idée d’un repas en poudre en choque certains, il faut peut-être rappeler que nous avons tous passé les premiers mois de notre vie nourris par une source de nourriture unique (que ce soit en poudre ou à travers l’allaitement maternel).

Sur le principe de l’imprimante 3D, nous aurons alors dans notre cuisine un shaker qui mélangera en direct les ingrédients en se basant sur notre envie du moment pour le goût et sur les données de bio-capteurs pour la valeur nutritive nécessaire à notre organisme.

Les imprimantes 3D les plus sophistiquées pourront reproduire le goût et la consistance de la plupart des aliments connus, y compris la viande. Le prix et l’encombrement réserveront néanmoins dans un premier temps ces appareils aux restaurants. Il sera possible de commander un steak saignant vegan, riche en vitamines et pauvre en graisse.

L’époque où nous ingérions des graisses saturées issues d’animaux morts en buvant des sodas nous semblera probablement particulièrement barbare. Tout comme il ne nous viendrait pas à l’esprit aujourd’hui de tuer un animal et d’en arracher la chair encore chaude avec les dents, le visage barbouillé de sang.

Remarque importante : ce blog est financé par ceux d’entre vous qui m’offrent un prix libre pour chaque série de 5 billets. Cela se passe sur Tipeee ou Patreon et je ne vous remercierai jamais assez pour votre contribution. Je considère ce billet comme ayant été financé par la réception d’échantillons Vitaline, Smeal et Feed. Il n’est pas payant et ne compte pas dans la prochaine série de 5.

Photo par Brian Brodeur.

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L’appareil qui nous délivrera des smartphoneshttps://ploum.net/?p=5948http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20170807_225329_L___appareil_qui_nous_delivrera_des_smartphonesMon, 07 Aug 2017 20:53:29 +0000La plupart d’entre-nous avons désormais toujours un smartphone en poche. Lorsque nous devons patienter, ne fût-ce que quelques secondes, il est socialement admis de sortir son téléphone et d’y consacrer son attention. Pire, il est de plus en plus fréquent de voir des gens en pleines conversations être en même temps sur leur téléphone. Des familles entières se promènent, chacun sur son smartphone.

Selon moi, on ne sortira pas de cette dynamique en se forçant à moins utiliser les téléphones ou en se culpabilisant. Il est déjà trop tard. Mais un nouveau type d’appareil pourrait changer la donne. Je l’appelle le « Zen Device ». Et je pense que l’innovation viendra des fabricants de liseuses, pas des fabricants de téléphones.

Le téléphone, roi des micro-tâches

Faire des choses plutôt que s’ennuyer, pourquoi pas ? Surtout que nos téléphones nous permettent de nous connecter à une quantité impressionnante de culture, de réflexions, de contenus, de nous mettre en contact avec nos amis.

Le problème, c’est que lorsque nous avons quelques minutes voire quelques secondes d’ennui, nous ne savons pas combien de temps cet ennui va durer. Nous ne pouvons pas nous lancer dans une tâche qui demande un petit peu de concentration comme répondre à un email ou lire un article de plusieurs centaines de mots sur un sujet intéressant.

Pour éviter d’être interrompu dans une de ces tâches, nous nous cantonnons à des micro-tâches, des tâches qui nous apportent une brève satisfaction même après quelques secondes : consulter Facebook, liker un tweet, poster une photo, envoyer un smiley dans une conversation, parcourir un flux d’images rigolotes, etc. Même les jeux vidéos, riches et profonds sur consoles ou PC, se jouent en quelques secondes sur smartphones.

Inutile de dire que, même mises bout à bout, ces micro-tâches n’apportent absolument rien. Pire, elles rendent accro à ces petits shoots hormonaux. Même avec du temps devant nous, nous avons désormais souvent tendance à favoriser ces micro-tâches et parcourir le flux Facebook au lieu de terminer la lecture de cet excellent article.

Les liseuses, un nouveau type de compagnon électronique

C’est peut-être la raison pour laquelle ma liseuse électronique est rapidement devenue l’objet le plus important pour moi, celui que j’emporte toujours avec moi. Car avec une liseuse, je sais qu’il n’est pas possible de réaliser des micro-tâches, seulement des tâches profondes. Bien sûr, ce n’est qu’un seul type de tâche profonde, la lecture, mais c’est déjà énorme.

Véritable talisman, mon livre électronique contient toute ma bibliothèque. Lorsque je suis en voyage, je caresse parfois d’un geste de la main la couverture de cuir qui me rappelle que j’ai avec moi toutes la connaissance dont je pourrais rêver, quand bien même j’échouerai pour plusieurs années sur une île déserte (avec une prise de courant pour recharger, faut pas déconner).

Sans notifications, sans connexion permanente, sans écran lumineux, sans mouvement rapide, les liseuses apportent un côté zen particulièrement bienvenu dans notre monde trépidant.

Mais ne pourrait-on pas les améliorer pour en faire le compagnon idéal de ma thébaïde ? Et si les liseuses devenaient des objets haut-de-gamme favorisant la concentration, nous permettant d’acheter des téléphones bon-marché qu’on se plairait à oublier complètement en partant en balade ?

Faisons l’exercice de construire ce Zen Device.

Une machine pour favoriser la lecture

Contrairement à ce qu’essayent de nous vendre les plus grands fabricants de liseuses comme Amazon et Kobo, lire ce n’est pas « acheter des livres ». Le Zen Device ne met donc pas en permanence en avant une librairie ou des formules d’abonnement.

Un service web permet de charger n’importe quel fichier Epub. Ceux-ci peuvent être lu sur le Zen Device mais également en ligne, la position de lecture étant synchronisée. L’utilisateur pourra ajouter des catalogues ou des librairies selon ses goûts, le projet Gutenberg étant un bon catalogue par défaut.

À l’heure du web, réduire la lecture aux seuls livres me semble criminel. Le Zen Device (et toute liseuse digne de ce nom) se doit de permettre la lecture d’articles sauvegardés sur Pocket ou Wallabag. La nouvelle littérature émerge sur des plateformes comme Wattpad, Scribay voire Medium. Comment se fait-il qu’aucune liseuse n’y donne à ma connaissance accès ?

Le Zen Device facilite également l’usage du Wiktionnaire et de Wikipédia. Son rétroéclairage peut être réduit fortement afin de ne pas être comme un phare lors des séances de lecture nocturne.

Un remplaçant au carnet de note

La seule et unique raison pour laquelle je ne peux pas me passer de mon smartphone, même la nuit, c’est qu’il a remplacé mon carnet de note, que ce soit manuscrites avec le stylet ou audio avec la fonction dictaphone.

Mais noter des rêves ou des nouvelles idées n’aurait-il pas plus de sens sur un Zen Device que sur un Micro-Task-Hyper-Distracting-Phone ?

C’est pourquoi le Zen Device de mes rêves dispose d’un stylet, permettant des notes manuscrites sur une page blanche et d’une fonction dictaphone. Cela me permettrait enfin de me défaire de ma dépendance à Samsung et ses Galaxy Note, seuls téléphones offrant une expérience stylet suffisamment qualitative pour l’écriture manuscrite.

Les notes peuvent être soit complètement indépendantes, soit liées à la lecture en cours si un extrait a été surligné. Ces notes seraient synchronisées avec un service en ligne, Evernote, Dropbox ou autre. De cette manière, il serait particulièrement aisé de savoir que lorsque j’ai eu telle idée, j’étais à la page 184 de tel bouquin, d’assembler des notes et de faire émerger de vraies idées. Un outil absolument révolutionnaire !

Outre les notes manuscrites et audio, il pourrait être possible d’utiliser un clavier. Mais toute personne ayant utilisé une liseuse sait à quel point l’expérience de clavier virtuel est frustrante sur écran e-ink. Le Zen Device permettra donc de brancher un clavier Bluetooth. Et supporter la disposition BÉPO.

Fonctionnel sans notifications

En évoluant, un Zen Device pourrait même avoir de plus en plus de fonctionnalités mais avec une contrainte majeur : pas de haut-parleur ni de notification.

On pourrait imaginer un accès à son calendrier afin de voir le plan de la journée, écouter de la musique ou des audio livres avec des écouteurs (jack ou bluetooth), un appareil photo permettant de scanner du texte avec reconnaissance de caractère, un accès à Open Street Map permettant de s’orienter (mais peut-être sans avoir besoin d’un calcul d’itinéraire).

On peut imaginer tout un écosystème d’apps qui seraient soumises à plusieurs contraintes : ne pas pouvoir tourner en arrière-plan, en pas envoyer de notifications, fonctionner sur un écran e-ink.

Zen mais sans oublier le côté social et le prix libre

Non, le Zen Device ne permettra pas d’aller sur Facebook. Mais il y’aurait du sens à intégrer certains types de réseaux sociaux comme SensCritique ou Babelio. De cette manière, le Zen Device aurait la liste de mes envies de lecture pour me suggérer mon prochain livre et me permettrait de garder un journal de mes lectures, potentiellement public.

En fait, on pourrait même imaginer un tout nouveau type de réseau social qui ne serait pas uniquement basé sur le « J’aime » mais sur des interactions plus fines comme « Je valide et recommande », « Cela m’interpelle, est-ce sérieux ? » ou « Cette lecture est inintéressante ».

Lorsqu’un lecteur recommande une lecture, une toute petite somme est versée à l’auteur mais un pourcentage va aux recommandeurs grâce à qui le lecteur a découvert cet article.

Mais là on s’éloigne un peu du Zen Device en lui-même…

Le Zen Device existe-t-il ?

Tout cela parait un bien beau rêve mais, techniquement, rien de ce que je décris n’est impossible.

Kobo offre une intégration avec Pocket sur ses liseuses, Bookeen envisagerait sérieusement d’offrir une intégration Wallabag et Tolino permet de gérer en ligne sa bibliothèque de fichiers Epub avec synchronisation de la position de lecture. Tolino embarque une excellente intégration au Wiktionnaire.

De son côté, la liseuse PocketBook Ultra offre un appareil photo et une prise audio pour écouter des audio-books. Il ne devrait pas être sorcier de rajouter un micro pour avoir une fonction dictaphone.

Au niveau du stylet, Sony offre une feuille A4 virtuelle permettant d’annoter des PDF. Mais le plus intéressant est la tablette Remarkable. Malheureusement, la partie « lecture » est peu développée sur le site web et l’engin ne dispose pas du moindre éclairage, le rendant parfaitement inadapté pour la prise de note de nuit ou l’écriture de rêves. De plus, sa grande taille le rend peu pratique à emporter.

Le projet NoteSlate aurait quand à lui pu être une première version du Zen Device, c’est d’ailleurs pourquoi j’ai choisi de l’utiliser comme illustration à ce post. Mais le site annonçant un lancement en Mars 2017 n’a plus été mis à jour depuis janvier. De nombreuses pré-commandes ont été placées et, depuis, silence radio si ce ne sont quelques tweets de marketing. Ce n’est pas de très bonne augure pour la suite.

Un changement de paradigme pour les concepteurs de liseuses.

Bref, comme vous pouvez le constater, le Zen Device ne relève pas de la pure science-fiction. Technologiquement, rien d’impossible. Alors, y’a-t-il un marché ? Personnellement je suis près à payer le prix d’un téléphone très haut de gamme pour un tel engin car je trouve dommage de payer une fortune pour mes micro-tâches/distractions et 150€ pour mon outil le plus important, ma liseuse…

Mais je constate que, tôt ou tard, tous les fabricants de liseuses finissent par vouloir reproduire Amazon. Vendre des livres virtuels selon l’idée très 20ème siècle de « librairie » est plus rentable que de vendre des appareils. Du coup, au fil des mises à jours et des partenariats, les liseuses se transforment en « appareil vous encourageant à acheter des livres ». Tout le contraire d’un Zen Device…

Oui, je pense qu’il est possible de concevoir un nouveau type d’appareil qui nous délivrera de notre dépendance à Facebook/Twitter/Snapshat/WhatsApp. Qui nous permettra de profiter du moment présent tout en nous permettant d’enrichir nos connaissances et notre patrimoine intellectuel.

Mais pour cela, il faudra soit un nouvel acteur, soit un fabricant de liseuses qui prendra le risque de ne pas vouloir être un énième sous-Amazon. Alors, si vous êtes dans la conception de liseuses, que l’idée du Zen Device vous intéresse, n’hésitez pas à me contacter.

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Les 4 manières de dépenser de l’argenthttps://ploum.net/?p=5941http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20170616_113743_Les_4_manieres_de_depenser_de_l___argentFri, 16 Jun 2017 09:37:43 +0000Pourquoi les abus financiers des politiciens sont inévitables dans une démocratie représentative

À chaque fois que quelqu’un se décide à creuser les dépenses du monde politique, des scandales éclatent. La conclusion facile est que les politiciens sont tous pourris, qu’il faut voter pour ceux qui ne le sont pas. Ou qui promettent de ne pas l’être.

Pourtant, depuis que la démocratie représentative existe, cela n’a jamais fonctionné. Et si c’était le système lui-même qui rendait impossible une gestion saine de l’argent public ?

Selon Milton Friedman, il n’y a que 4 façons de dépenser de l’argent : dépenser son argent pour soi, son argent pour les autres, l’argent des autres pour soi, l’argent des autres pour les autres.

Son argent pour soi

Lorsqu’on dépense l’argent qu’on a gagné, on optimise toujours le rendement pour obtenir le plus possible en dépensant le moins possible. Vous réfléchissez à deux fois avant de faire de grosses dépenses, vous comparez les offres, vous planifiez, vous calculez l’amortissement même de manière intuitive.

Si vous dépensez de l’argent inutilement, vous vous en voudrez, vous vous sentirez soit coupable de négligence, soit floué par d’autres.

Son argent pour les autres

Si l’intention de dépenser pour d’autres est toujours bonne, vous ne prêterez généralement pas toujours attention à la valeur que les autres recevront. Vous fixez généralement le budget qui vous semble socialement acceptable pour ne pas paraître pour un radin et vous dépensez ce budget de manière assez arbitraire.

Il y’a de grandes chances que votre cadeau ne plaise pas autant qu’il vous a couté, qu’il ne réponde pas à un besoin important ou immédiat voire, même, qu’il finisse directement à la poubelle.

Économiquement, les cadeaux et les surprises sont rarement une bonne idée. Néanmoins, comme vous tentez généralement de ne pas dépasser un budget donné, les dommages économiques sont faibles. Et, parfois, un cadeau fait extrêmement plaisir. Idée : offrez un ForeverGift !

L’argent d’autrui pour soi

Lorsqu’on peut dépenser sans compter, par exemple lorsque votre entreprise couvre tous vos frais de voyages ou que vous avez une carte essence, l’optimisation économique devient catastrophique.

En fait, ce cas de figure relève même généralement de l’anti-optimisation. Vous allez sans remords choisir un vol qui vous permet de dormir une heure plus tard même s’il est plus cher de plusieurs centaines d’euros que le vol matinal. Dans les cas extrêmes, vous allez tenter de dépenser le plus possible, même inutilement, pour avoir l’impression d’obtenir plus que votre salaire nominal.

Cette anti-optimisation peut être compensée par plusieurs facteurs : un sentiment de devoir moral vis-à-vis de l’entreprise, surtout dans les petites structures, ou une surveillance des notes de frais voire un plafond.

Le plafond peut cependant avoir un effet inverse. Si un employé bénéficie d’une carte essence avec une limite, par exemple de 2000 litres par an, il va avoir tendance à rouler plus ou à partir en vacances avec la voiture pour utiliser les 2000 litres auxquels il estime avoir droit.

C’est la raison pour laquelle cette situation économique est très rare et devrait être évitée à tout pris.

L’argent d’autrui pour les autres

Par définition, les instances politiques sont dans ce dernier cas de figures. Les politiciens sont en effet à la tête d’une énorme manne d’argent récoltée de diverses manières chez les citoyens. Et ils doivent décider comment les dépenser. Voir comment augmenter encore plus la manne, par exemple avec de nouveaux impôts.

Comme je l’ai expliqué dans un précédent billet, gagner de l’argent est l’objectif par défaut de tout être humain dans notre société.

Les politiciens vont donc tout naturellement tenter de bénéficier par tous les moyens possibles de la manne d’argent dont ils sont responsables. Chez les plus honnêtes, cela se fera inconsciemment mais cela se fera quand même, de manière indirecte. Pour les plus discrets, le politicien pourra par exemple accorder des marchés publics sans recevoir aucun bénéfice immédiat mais en se créant un réseau de relation lui permettant de siéger par après dans de juteux conseils d’administration. Pour les plus cyniques, de véritables systèmes seront mis en place, ce que j’appelle des boucles d’évaporation, permettant de transférer, le plus souvent légalement, l’argent public vers les poches privées.

Tout cela étant complètement opaque et noyé dans la bureaucratie, il est généralement impossible pour le citoyen de faire le lien entre l’euro qu’il a payé en impôt et l’euro versé de manière scandaleuse à certains politiciens. Surtout que la notion de “scandaleux” est subjective. À partir de quand un salaire devient-il scandaleux ? À partir de combien d’administrateurs une intercommunale devient-elle une machine à payer les amis et à évaporer l’argent public ? À partir de quel degré de connaissance un politicien ne peut-il plus engager sa famille et ses amis ou les faire bénéficier d’un contrat public ?

Les politiciens sont nos employés à qui nous fournissons une carte de crédit illimitée, sans aucun contrôle et avec le pouvoir d’émettre de nouvelles cartes pour leurs amis.

Que faire ?

Il ne faut donc pas s’empresser de voter pour ceux qui se promettent moins pourris que les autres. S’ils ne le sont pas encore, cela ne devrait tarder. Le pouvoir corrompt. Fréquenter des riches et d’autres politiciens qui font tous la même chose n’aide pas à garder la tête froide. Ces comportements deviennent la norme et les limites fixées par la loi ne sont, tout comme la carte essence sus-citée, plus des limites mais des dûs auxquels ils estiment avoir légitimement le droit. En cas de scandale, ils ne comprendront même pas ce qu’on leur reproche en se réfugiant derrière le « C’est légal ». Ce que nous pensons être une corruption du système n’en est en fait que son aboutissement mécanique le plus logique !

La première étape d’une solution consiste par exiger la transparence totale des dépenses publiques. Le citoyen devrait être en mesure de suivre les flux financiers de chaque centime public jusqu’au moment où il arrive dans une poche privée. L’argent public versé à chaque mandataire devrait être public. S’engager en politique se ferait avec la connaissance qu’une partie de notre vie privée devient transparente et que toutes les rémunérations seront désormais publiques, sans aucune concession.

Cela demande beaucoup d’effort de simplification mais, avec un peu de volonté, c’est aujourd’hui tout à fait possible. Les budgets secrets devraient être dûment budgétisé et justifié afin que le public puisse au moins suivre leur évolution au cours du temps.

Curieusement, cela n’est sur le programme d’aucun politicien…

 

Billet rédigé en collaboration avec Mathieu Jamar. Photo par feedee P.

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Ce texte est publié sous la licence CC-By BE.

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J’ai testé les matelas webhttps://ploum.net/?p=5927http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20170530_095157_J___ai_teste___les_matelas_webTue, 30 May 2017 07:51:57 +0000Comparatif des matelas Tediber, Eve, Ilobed et Casper

UPDATE 24 novembre 2017 : ajout du matelas Casper.

Lorsqu’il est devenu urgent de changer de matelas, plutôt que de me rendre dans un magasin de literie, je me suis tout naturellement tourné vers le web, curieux de voir ce qui se faisait en la matière.

J’y ai découvert que le matelas était un domaine grouillant d’activités avec des startups comme Tediber, Eve, Ilobed et Oscarsleep. Mais quel est le rapport entre un matelas et Internet ? Quel avantage à acheter un matelas sur le web ?

Rassurez-vous, pas de matelas connecté ! La particularité de ces startups matelas c’est qu’elles partagent un concept similaire, lancé par Tuft & Needle en 2012 et popularisé par Casper, deux startups américaines. Un modèle de matelas unique livré roulé sous vide, une période d’essai de 100 jours et un remboursement intégral en cas de non-satisfaction.

Contrairement à un matelas de magasin, vous pouvez donc réellement dormir pendant 100 nuits avant de faire votre choix ! Les matelas retournés sont donnés à des associations.

Chaque startup ne propose qu’un seul type de matelas mais en différentes tailles. L’idée est venue au créateur de Casper en réalisant que, dans les hôtels, on dort généralement très bien alors qu’on ne vous demande jamais le type de matelas que vous préférez. Il serait donc possible de créer un matelas « universel ».

Bref, une fois encore Internet prouve que l’on peut innover sans nécessairement faire de la haute technologie ou du tout connecté. Il n’y a même pas d’app mais seulement un concept commercial que je me devais de tester.

UPDATE : lors de la rédaction initiale de ce billet, Casper n’était pas disponible en France. C’est désormais le cas (même s’ils ne sont pas disponibles en Belgique). Ils m’ont donc envoyé un matelas gratuit pour que je les rajoute à cet article.

Tediber, le bleu nuit

Ne sachant que choisir, les caractéristiques techniques étant très similaires, je me suis tourné vers Twitter où les community managers de Tediber et Eve se sont affrontés un dimanche soir afin de me convaincre.

Ne pouvant tester le matelas, j’ai été séduit par l’image de Tediber : technique mais très classe avec un doux mélange blanc/bleu foncé évoquant pour moi l’apaisement et le sommeil. Le site, très simple et fonctionnel, met en avant le matelas et ses qualités.

Sur Twitter, le community manager de Tediber était très factuel, décrivant son produit. Le compte Eve, par contre, avait tendance à comparer voir à dénigrer les concurrents.

J’ai donc opté pour un matelas Tediber et, autant le dire tout de suite, le produit est magnifique.

La grande force de Tediber, c’est sa housse qui est tout simplement sublime. Du côté du sommier, le matelas est équipée d’une couche antidérapante particulièrement résistante. Du côté du dormeur, le matelas est d’une douceur incomparable et fait regretter d’avoir un drap de lit.

Le matelas est particulièrement moelleux et donne une douce impression de chaleur lorsqu’on s’y enfonce. Ce test ayant été réalisé en hiver, je suis curieux de savoir comment se comporte le matelas lors de fortes chaleurs.

Car, malheureusement, j’ai du renvoyer le matelas Tediber, aussi parfait soit-il. La raison ? Ma compagne, enceinte à l’époque, et moi-même étions aspirés par le centre où notre poids créait une légère dépression.

Peut-être est-ce dû à la taille choisie (140cm de large) ? Quoiqu’il en soit, je décide, un peu à contre-cœur, de renvoyer le matelas Tediber.

La communication, le retour et le remboursement se passent très bien.

Eve, le jaune

Mon second choix se porte en toute logique vers Eve. Comme je partage mon expérience sur Facebook, plusieurs d’entre vous se disent intéressés par un retour d’expérience, que vous êtes justement en train de lire. Je demande alors à Eve s’ils sont disposés à me faire une réduction en échange de mon test.

Ils acceptent de me faire le tarif “membre du personnel” (-30%) et je commande mon matelas Eve.

Contrairement à Tediber, Eve est une déception.

La housse glisse semble faite dans un tissu bon-marché, le jaune est absolument criard. Le matelas est bien moins moelleux que le Tediber mais, au moins, il ne se creuse pas au centre. Pour mon goût, il est soit trop mou, soit trop dur. Je n’arrive pas à trouver les mots mais je ne m’y sens pas bien. Ma compagne avoue avoir le même ressenti, elle qui préfère un matelas ferme.

Deux problèmes m’irritent particulièrement : le matelas glisse sur le sommier et la surface de la housse possède un relief en nid d’abeille que je trouve insupportable, malgré la présence d’une alèse et d’un drap de lit. (Eve m’affirme avoir réglé ces deux problèmes qui étaient des critiques récurrentes)

Bref, je n’aime pas le matelas Eve. Rien que l’idée d’utiliser du jaune pour symboliser le sommeil, quelle horreur !

Je décide de le remballer avec l’alèse que j’avais également commandée. Mais il m’est notifié que l’alèse ne dispose que de 30 jours d’essais, non 100 (la demande de retour ayant été fait aux alentours du 35ème jour). C’est un peu ballot…

Si la communication, le retour et le remboursement se passent bien, je garde un mauvais sentiment de cette expérience. Je n’aime pas les couleurs, le site un peu confus qui insiste plus sur des photos de modèles dénudés que sur le matelas, sur l’approche à la limite de la grosse boite industrielle, un matelas qui est plus beau en photo qu’en vrai. Notons que le site a été récemment simplifié et que les photos se centrent désormais sur le matelas.

Ilobed, le blanc

En désespoir de cause, je me tourne vers Ilobed, le dernier acteur qui n’avait pas participé à la guerre des community managers sur Twitter.

Et pour cause : contrairement aux deux précédents, Ilobed est auto-financé et est beaucoup plus petit. Je suis en contact direct avec Clément, fondateur d’Ilobed, qui répond gentiment à toutes mes questions et me propose 150€ de réduction lorsque je lui annonce écrire cet article. J’avais eu peu d’interaction sur Twitter car lui ne peut se permettre de passer son dimanche sur les réseaux sociaux et c’est très bien comme ça !

C’est également Clément qui me téléphone directement lorsqu’il réalise que ma commande est en Belgique dans une zone où un éventuel retour risque d’être difficile voire impossible. Il préfère me prévenir pour discuter avec moi et j’apprécie la démarche.

Ilobed mise sur le plus simple, moins cher. Le matelas est plus fin car, selon Clément, l’épaisseur n’est qu’un phénomène de mode. La housse est toute blanche, avec un motif agréable.

Des trois, Ilobed est certainement le plus ferme. Et nous y dormons désormais très bien.

Seul gros bémol : il glisse presqu’autant que le matelas Eve. J’ai fini par acheter sur Amazon un sous-matelas antidérapant à 20€ qui a fait des miracles mais c’est dommage. Sans compter que c’est le seul matelas pour lequel l’envers et l’endroit ne sont pas clairs du tout ! Une couche anti-dérapante résoudrait ces deux problèmes.

Le matelas Ilobed n’est clairement pas Tediber, il n’est pas enthousiasmant, il n’est pas moelleux. Mais sa sobriété est peut-être justement son meilleur atout. Et c’est celui que nous avons décidé de garder.

Oscarsleep, le gris foncé

Je me dois de citer Oscarsleep, l’acteur belge du marché du matelas francophone. Oscarsleep était plus cher et proposait un matelas retournables (on peut dormir sur les deux faces). Comme ils n’ont jamais répondu à mes requêtes, je ne l’ai pas testé. Je note cependant que le prix a baissé et que le matelas s’est aligné sur la technologie des 3 autres avec une couche à mémoire de forme du côté du dormeur.

J’avoue, je serais très curieux de l’essayer pour compléter ce test.

Casper, le gris chiné

Lors de la rédaction initiale de ce billet, Casper n’était pas disponible en Europe. Les choses évoluent et Casper s’est lancé sur le marché français (malheureusement, pas le belge). Ils m’ont contacté pour me proposer de tester gratuitement un matelas et une alèse. J’accepte.

Au niveau expérience utilisateur, on sent l’expérience de Casper et on se rapproche presque de Tediber : packaging soigné, petit mot de bienvenue. Ironiquement, j’utilise le cutter Tediber pour déballer le matelas. Bref, Tediber garde une petite longueur d’avance.

La housse de matelas est elle-même presqu’au niveau de Tediber: dessus très moelleux, anti-dérapant dessous, impression de solidité. Ici encore, Tediber me semble avoir encore une toute petite avance à une exception: le matelas Casper est équipé de poignées !  C’est une invention simple mais géniale. Après avoir déplacé un matelas Casper, les autres matelas semblent tellement peu pratiques.

L’alèse est excessivement chère: 100€. Mais, contrairement à Eve, la qualité est au rendez-vous ! L’alèse reproduit exactement la housse de matelas qui est douce et moelleuse. De plus, après avoir testé, son étanchéité est sans faille. Sans compter que, contrairement à Eve, l’alèse est également testable pendant 100 jours.

Mais venons-en au principal: qu’en est-il du confort ? Le matelas Casper est bien plus dur et bien moins moelleux que le Tediber. Mais, du coup, il offre une réelle impression de soutien. Même à deux, il n’y a aucun creux vers le centre, aucun sentiment de s’enfoncer un peu trop (problème du Tediber et du Eve). Au niveau rigidité, le Casper et le Ilobed sont très comparables mais Casper l’emporte par ses fonctionnalités supplémentaires : housse moelleuse, alèse, antidérapant (le gros soucis d’Ilobed) et poignées.

Si j’avoue particulièrement apprécier le matelas Casper, j’ai cependant quelques doutes sur l’éthique de l’entreprise. Aux États-Unis, Casper aurait fait pression sur des blogueurs critiquant négativement le matelas et, en France, Casper a publié un « publi-reportage » sur Numerama, pratique que je n’apprécie pas (les lecteurs de Numérama semble d’ailleurs d’accord avec moi).

(contrairement à ce que j’avais annoncé par erreur, je ne touche aucune commission de Casper)

Conclusion

Un matelas est quelque chose de très subjectif et je sais que des centaines de personnes adorent leur matelas Eve. Mais je déteste quand ce genre de comparatif se termine par une conclusion qui n’en est pas une, disant que toutes les solutions ont plein de qualités et ne prenant pas un parti ferme.

Du coup, ma conclusion est simple : si le budget n’est pas un problème pour vous, que vous souhaitez du moelleux, testez Tediber. C’est un matelas enthousiasmant. Si vous avez été déçu par Tediber ou que vous souhaitez de la fermeté, testez Casper, c’est un matelas qui fait plaisir à déballer et à tester. Par contre, si vous cherchez un meilleur rapport qualité prix, un matelas ferme et simple, adoptez Ilobed. Si l’éthique est un critêre important, j’ai le sentiment qu’Ilobed est également le meilleur choix. Pour l’alèse, aucun doute : Casper l’emporte haut la main (mais au prix fort). À titre personnel, j’ai longuement hésité entre le Casper et Ilobed. Le Casper a gagné pour sa couche antidérapante. Et puis, comme j’ai une commission, j’ai tout intérêt à vous vendre du Casper 😉

Mais le plus important dans cette expérience n’est pas tellement le matelas que j’ai choisi. C’est la réalisation que plus jamais je ne retournerai dans un magasin de literie pour tester un matelas en trois minutes, tout habillé. Désormais, bénéficier de 100 nuits d’essai me semble indispensable avant d’acheter un matelas. Cela parait peut-être anecdotique mais ce genre d’innovations ne cesse de creuser l’écart entre le nouveau monde et les entreprises zombies.

Dans tous les cas, je vous souhaite une bonne nuit !

 

Remarque importante : ce blog est financé par ceux d’entre vous qui m’offrent un prix libre pour chaque série de 5 billets. Cela se passe sur Tipeee ou Patreon et je ne vous remercierai jamais assez pour votre contribution. Ce billet ayant déjà été financé par une réduction de 150€ sur l’achat de mon matelas Ilobed, il n’est pas payant et ne compte pas dans la prochaine série de 5.

 

Photo par Edgar Crook.

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La démocratie effraie-t-elle nos élus ?https://ploum.net/?p=5917http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20170528_181820_La_democratie_effraie-t-elle_nos_elus__Sun, 28 May 2017 16:18:20 +0000Comment les élus d’Ottignies-Louvain-la-Neuve semblent vouloir tout faire pour saboter une consultation populaire d’origine citoyenne.

Le 11 juin, dans ma ville d’Ottignies-Louvain-la-Neuve, se déroulera une consultation populaire. Chaque citoyen de 16 ans ou plus est appelé à se prononcer sur la question « Êtes-vous favorable à une extension du centre commercial ? ».

Demander aux citoyens de se prononcer sur l’avenir de leur ville, cela semble la base d’une société démocratique. Et pourtant, l’incroyable défi que représente cette simple consultation populaire m’emmène à une conclusion terrible mais limpide : les conseillers communaux d’Ottignies-Louvain-la-Neuve sont soit cruellement incompétents soit prêts à tout pour faire échouer cette consultation populaire.

L’histoire d’une initiative citoyenne

Selon le code belge de la démocratie locale, chaque commune est tenue d’organiser une consultation populaire si le projet est porté par au moins 10% des citoyens dans les communes de plus de 30.000 habitants (32.000 à Ottignies-Louvain-la-Neuve).

Peu connue, cette loi n’est que rarement utilisée. Le code de la démocratie locale limite d’ailleurs le nombre de consultation possible à 6 par législature de 6 ans avec minimum 6 mois entre chaque et aucune dans les 16 mois avant la prochaine élection communale.

Lorsque le centre commercial L’Esplanade, dont la construction avait déjà suscité de nombreux émois, a annoncé vouloir s’agrandir, un groupe motivé de citoyens s’est lancé dans la récolte de près de 3500 signatures, obligeant les édiles à organiser une consultation populaire.

Les citoyens enterrent le veau d’or lors de la parade des utopies.

Le bourgmestre Jean-Luc Roland, pourtant issu du parti Écolo, étant un grand défenseur du centre commercial, il y’a fort à parier que cette consultation fasse grincer des dents et que son organisation soit faite à contre-cœur. Je n’ai jamais compris cet engouement politique pour le centre commercial de la part d’un écologiste mais Monsieur Roland ne s’en cache pas.

L’histoire complète de cette consultation populaire est narrée avec force humour et détails par Stéphane Vanden Eede, conseiller CPAS Écolo de la ville.

Les oublis de la brochure officielle

Comme le stipule le code de la démocratie locale, la commune a fait parvenir aux habitants une brochure explicative détaillant l’enjeu et les modalités de la consultation populaire.

Surprise de taille : la brochure insiste plusieurs fois lourdement sur le fait que la participation à la consultation n’est pas obligatoire (contrairement aux élections).

Mais il n’est nul part indiqué que s’il n’y a pas au moins 10% de participation, les urnes ne seront même pas ouvertes ! Si 3200 citoyens de plus de 16 ans ne se déplacent pas, la consultation n’aura servi à rien. Au contraire, le message envoyé sera : « Nous, citoyens, ne voulons pas choisir ». Et oui, on compte bien 10% de la population, enfants compris, ce qui signifie que près de 15% des électeurs doivent participer.

Cette information me semble cruciale et je trouve particulièrement dommage qu’elle ait été omise de la brochure.

Moralité : quel que soit votre avis, allez voter à tout prix lors des consultations populaires et encouragez votre entourage à faire de même. Il est possible de donner procuration à un autre électeur si vous ne savez pas vous déplacer ce jour là. Le taux de participation est un élément crucial pour faire vivre le processus démocratique.

L’illisibilité du bulletin

La pétition signée par 3500 citoyens demandait une consultation populaire sur une question claire et précise :

« Aujourd’hui, le propriétaire de L’esplanade envisage d’agrandir sa surface commerciale. Êtes-vous favorable à une extension du centre commercial ? »

Cependant, un comité de conseillers communaux présidé par Michel Beaussart, échevin de la participation citoyenne, a décidé de rajouter 20 questions sur le bulletin de vote !

Ces 20 questions supplémentaires rendent le bulletin complètement illisible. La question principale, seule qui ait de l’importance, est reléguée sur un tout petit espace en haut à droit et il est facile de la manquer !

Les réactions de citoyens confrontés au bulletin de vote démontrent une confusion certaine : Quelle est la question principale qui a de la valeur ? Est-ce grave si certaines de mes réponses sont en contradiction l’une avec l’autre ? Comment seront dépouillées mes réponses ? À la phrase « Il n’y a pas de nécessité d’agrandir le centre commercial et d’augmenter l’offre commerciale. », je dois répondre oui ou non si je suis contre ?

Force est de constater que si on avait voulu embrouiller les citoyens, on ne s’y serait pas pris autrement. Je pense que si le taux de votes blancs à la première question est important, on pourra sans hésiter accuser la rédaction du bulletin. Ce long bulletin de vote risque également de ralentir le processus et de décourager d’éventuels votants en rallongeant inutilement les files.

L’impossibilité de dépouiller les bulletins

Toute personne un peu au fait de la sociologie vous le dira : rédiger une enquête d’opinion est un travail difficile. La méthodologie d’interprétation des résultats doit être étudiée, testée et validée.

Quand je vois un tel bulletin, je suis très curieux de savoir quel sera le protocole de dépouillement et d’interprétation des résultats.

Toutes les personnes que j’ai consulté m’ont confirmé l’amateurisme apparent de ce formulaire. Si 10.000 citoyens se rendent aux urnes et remplissent consciencieusement les 21 questions, la commune sera tout simplement assise sur une masse de données inexploitable.

Ces 20 questions ne servent donc à rien. Si ce n’est à rendre le bulletin particulièrement illisible, induire les électeurs en erreur et rallonger les files.

Un vote qui n’est plus secret

Mais là où l’incompétence est la plus tangible, c’est que ces 20 questions supplémentaires annulent l’anonymat du vote. Le code de la démocratie locale exige que le vote soit secret. Or, avec un tel bulletin, il ne l’est plus.

En effet, outre la question principale (la seule qui ait de la valeur), il y’a 2^20 bulletins possibles. Ce qui fait plus d’un million !

Il est possible pour une personne mal intentionnée de faire pression pour imposer un vote.

Exemple concret : un employeur annonce à ses 100 employés qu’il exige d’eux de voter pour l’agrandissement du centre commercial. À chaque employé, il donne une combinaison unique de réponses aux 20 questions. Par exemple « 9 oui – 1 non – 9 oui – 1 non ».

Le patron annonce alors que ses agents vont assister au dépouillement et guetter les bulletins qui suivront cette combinaison pour vérifier le vote des employés.

Si aucun bulletin ne répond à cette combinaison, l’employé est viré. Si le ou les bulletins correspondant sont tous contre l’extension, l’employé est viré.

Bien sûr, il est possible que plusieurs bulletins aient la même combinaison. Mais comme il y’a un million de combinaison pour maximum 10.000 ou 20.000 votants, la probabilité d’avoir la même combinaison est d’une pour cent ou une pour cinquante !

Sans compter que certaines combinaisons sont illogiques et que le patron peut accorder le bénéfice du doute si deux bulletins ont la même combinaison mais que l’un est pour et l’autre contre.

Le 11 juin, ne votez que pour la toute première question, bien cachée en haut à droite. Laissez les autres blanches !

Alors, incompétence ou malveillance ?

Sans être un expert en la matière et sans avoir suivi le dossier de près, j’ai relevé ces problèmes essentiels en quelques minutes à peine.

En conséquence, je suis forcé d’accuser publiquement Michel Beaussart, échevin de la participation citoyenne et tous les conseillers communaux qui ont validé ce bulletin d’être soit incompétents soit malveillants par rapport à l’organisation de cette consultation populaire.

Si Monsieur Beaussart me répond être de bonne foi, ce que je présume, il doit adresser les 3 points que j’ai soulevé, notamment en publiant un protocole validé d’interprétation des résultats.

Faute de réponse correcte, je pense que toute personne un peu soucieuse de la démocratie comprendra qu’il est indispensable de modifier d’urgence le bulletin de vote pour que celui-ci ne comporte que la question initialement demandée par la pétition.

En tant qu’échevin en charge, cette modification incombe à Monsieur Beaussart. Selon ma lecture amateur du code de la démocratie locale, rien ne s’oppose à la modification du bulletin de vote en dernière minute.

Un bulletin de vote difficilement lisible et ne permettant pas de garantir le secret du vote est un manquement gravissime au bon fonctionnement démocratique et devrait entraîner la nullité des résultats.

Si l’incompétence me semble dramatique, je peux reconnaître que l’erreur de bonne foi est humaine et excusable lorsqu’il y’a une volonté de réparer son erreur. Faute de cette volonté, les électeurs seront forcés de tirer la seule conclusion qui s’impose : il ne s’agit plus d’une erreur mais d’un acte délibéré de saboter le processus démocratique par ceux-là même qui ont été élus pour nous représenter. Ou, au mieux, le camouflage irresponsable d’une incompétence dangereuse.

Dans tous les cas, j’invite les électeurs à faire de cette consultation du 11 juin un véritable succès de participation, à ne répondre qu’à la première question et à se souvenir des réactions à cet argumentaire lorsqu’ils voteront en 2018. Et à se demander si le régime sous lequel nous vivons est bel et bien une démocratie.

Photo de couverture par Manu K.

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L’humanité a-t-elle trouvé le sens de la vie ?https://ploum.net/?p=5912http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20170514_132411_L___humanite_a-t-elle_trouve_le_sens_de_la_vie___Sun, 14 May 2017 11:24:11 +0000Quel est le sens de la vie ? Pourquoi y’a-t-il des êtres vivants dans l’univers plutôt que de la matière inerte ? Pour ceux d’entre vous qui se sont déjà posé ces questions, j’ai une bonne et une mauvaise nouvelle.

La bonne, c’est que la science a peut-être trouvé une réponse.

La mauvaise, c’est que cette réponse ne va pas vous plaire.

Les imperfections du big bang

Si le big bang avait été un événement parfait, l’univers serait aujourd’hui uniforme et lisse. Or, des imperfections se sont créées.

À cause des forces fondamentales, ces imperfections se sont agglomérées jusqu’à former des étoiles et des planètes faites de matière.

Si nous ne sommes pas aujourd’hui une simple soupe d’atomes parfaitement lisse mais bien des êtres solides sur une planète entourée de vide, c’est grâce à ces imperfections !

La loi de l’entropie

Grâce à la thermodynamique, nous avons compris que rien ne se perd et rien ne se crée. L’énergie d’un système est constante. Pour refroidir son intérieur, un frigo devra forcément chauffer à l’extérieur. L’énergie de l’univers est et restera donc constante.

Il n’en va pas de même de l’entropie !

Pour faire simple, l’entropie peut être vue comme une « qualité d’énergie ». Au plus l’entropie est haute, au moins l’énergie est utilisable.

Par exemple, si vous placez une tasse de thé bouillante dans une pièce très froide, l’entropie du système est faible. Au fil du temps, la tasse de thé va se refroidir, la pièce se réchauffer et l’entropie va augmenter pour devenir maximale lorsque la tasse et la pièce seront à même température. Ce phénomène très intuitif serait dû à l’intrication quantique et serait à la base de notre perception de l’écoulement du temps.

Pour un observateur extérieur, la quantité d’énergie dans la pièce n’a pas changé. La température moyenne de l’ensemble est toujours la même. Par contre, il y’a quand même eu une perte : l’énergie n’est plus exploitable.

Il aurait été possible, par exemple, d’utiliser le fait que la tasse dé thé réchauffe l’air ambiant pour actionner une turbine et générer de l’électricité. Ce n’est plus possible une fois que la tasse et la pièce sont à la même température.

Sans apport d’énergie externe, tout système va voir son entropie augmenter. Il en va donc de même pour l’univers : si l’univers ne se contracte pas sous son propre poids, les étoiles vont inéluctablement se refroidir et s’éteindre comme la tasse de thé. L’univers deviendra, inexorablement, un continuum parfait de température constante. En anglais, on parle de “Heat Death”, la mort de la chaleur.

L’apparition de la vie

La vie semble être une exception. Après tout, ne sommes-nous pas des organismes complexes et très ordonnés, ce qui suppose une entropie très faible ? Comment expliquer l’apparition de la vie, et donc d’éléments à entropie plus faible que leur environnement, dans un univers dont l’entropie est croissante ?

Jeremy England, un physicien du MIT, apporte une solution nouvelle et particulièrement originale : la vie serait la manière la plus efficace de dissiper la chaleur et donc d’augmenter l’entropie.

Sur une planète comme la terre, les atomes et les molécules sont bombardés en permanence par une énergie forte et utilisable : le soleil. Ceci engendre une situation d’entropie très faible.

Naturellement, les atomes vont alors s’organiser pour dissiper l’énergie. Physiquement, la manière la plus efficace de dissiper l’énergie reçue est de se reproduire. En se reproduisant, la matière crée de l’entropie.

La première molécule capable d’une telle prouesse, l’ARN, fut la première étape de la vie. Les mécanismes de sélection naturelle favorisant la reproduction ont alors fait le reste.

Selon Jeremy England, la vie serait mécaniquement inéluctable pour peu qu’il y aie suffisamment d’énergie.

L’humanité au service de l’entropie

Si la théorie d’England se confirme, cela serait une très mauvaise nouvelle pour l’humanité.

Car si le but de la vie est de maximiser l’entropie, alors ce que nous faisons avec la terre, la consommation à outrance, les guerres, les bombes nucléaires sont parfaitement logiques. Détruire l’univers le plus vite possible pour en faire une soupe d’atomes est le sens même de la vie !

Le seul dilemme auquel nous pourrions faire face serait alors : devons-nous détruire la terre immédiatement ou arriver à nous développer pour apporter la destruction dans le reste de l’univers ?

Quoi qu’il en soit, l’objectif ultime de la vie serait de rentre l’univers parfait, insipide, uniforme. De se détruire elle-même.

Ce qui est particulièrement angoissant c’est que, vu sous cet angle, l’humanité semble y arriver incroyablement bien ! Beaucoup trop bien

 

Photo par Bardia Photography.

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Le bouquet de fleurshttps://ploum.net/?p=5908http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20170430_233647_Le_bouquet_de_fleursSun, 30 Apr 2017 21:36:47 +0000Parfois, au milieu du mépris de la cohue humaine, il parvenait à croiser un regard fuyant, à attirer une attention concentrée sur un téléphone, à briser pour quelques secondes le dédain empli de stress et d’angoisse des navetteurs préssés. Mais les rares réponses à son geste étaient invariables :
— Non !
— Merci, non. (accompagné d’un pincement des lèvres et d’un hochement de tête)
— Pas le temps !
— Pas de monnaie…

Il ne demandait pourtant pas d’argent ! Il ne demandait rien en échange de ses roses rouges. Sauf peut-être un sourire.

Pris d’une impulsion instinctive, il était descendu ce matin dans le métro, décidé à offrir un peu de gentillesse, un peu de bonheur sous forme d’un bouquet de fleur destiné au premier inconnu qui l’accepterait.

Alors que la nuée humaine peu à peu s’égayait et se dispersait dans les grands immeubles gris du quartier des affaires, il regarda tristement son bouquet.
— J’aurais essayé, murmura-t-il avant de confier les fleurs à la poubelle, cynique vase de métal.

Une larme perla au coin de sa paupière. Il l’effaça du revers de la main avant de s’asseoir à même les marches de béton. Il ferma les yeux, forçant son cœur à s’arrêter.
— Monsieur ! Monsieur !

Une main lui secouait l’épaule. Devant son regard fatigué se tenait un jeune agent de police, l’uniforme rutilant, la coupe de cheveux nette et fringuante.
— Monsieur, je vous ai observé avec votre bouquet de fleur…
— Oui ? fit-il, emplit d’espoir et de reconnaissance.
— Puis-je voir votre permis de colportage dans le métro ? Si vous n’en possédez pas, je serai obligé de vous verbaliser.

Courte histoire inspirée par ce tweet. Photo par Tiberiu Ana.

 

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Mastodon, le premier réseau social véritablement social ?https://ploum.net/?p=5898http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20170419_001031_Mastodon__le_premier_reseau_social_veritablement_social__Tue, 18 Apr 2017 22:10:31 +0000Vous avez peut-être entendu parler de Mastodon, ce nouveau réseau social qui fait de la concurrence à Twitter. Ses avantages ? Une limite par post qui passe de 140 à 500 caractères et une approche orientée communauté et respect de l’autre là où Twitter a trop souvent été le terrain de cyber-harcèlements.

Mais une des particularités majeures de Mastodon est la décentralisation : ce n’est pas un seul et unique service appartenant à une entreprise mais bien un réseau, comme le mail.

Si chacun peut en théorie créer son instance Mastodon, la plupart d’entre nous rejoindrons des instances existantes. J’ai personnellement rejoint mamot.fr, l’instance gérée par La Quadrature du Net car j’ai confiance dans la pérennité de l’association, sa compétence technique et, surtout, je suis aligné avec ses valeurs de neutralité et de liberté d’expression. Je recommande également framapiaf.org, qui est administré par Framasoft.

Mais vous trouverez pléthore d’instances : depuis celles des partis pirate français et belge aux instances à thème. Il existe même des instances payantes et, pourquoi pas, il pourrait un jour y avoir des instances avec de la pub.

La beauté de tout ça réside bien entendu dans le choix. Les instances de La Quadrature du Net et de Framasoft sont ouvertes et libres, je conseille donc de faire un petit paiement libre récurrent à l’association de 2€, 5€ ou 10€ par mois, selon vos moyens.

Mastodon est décentralisé ? En fait, il faudrait plutôt parler de “distribué”. Il y’a 5 ans, je dénonçais les problèmes des solutions décentralisées/distribuées. Le principal étant qu’on est soumis au bon vouloir ou aux maladresses de l’administrateur de son instance.

Force est de constater que Mastodon n’a techniquement résolu aucun de ces problèmes. Mais semble créer une belle dynamique communautaire qui fait plaisir à voir. Contrairement à son ancêtre Identi.ca, les instances se sont rapidement multipliées. Les conversations se sont lancées et des usages ont spontanément apparu : accueillir les nouveaux, suivre ceux qui n’ont que peu de followers pour les motiver, discuter de manière transparente des bonnes pratiques à adopter, utilisation d’un CW, Content Warning, masquant les messages potentiellement inappropriés, débats sur les règles de modération.

Toute cette énergie donne l’impression d’un espace à part, d’une liberté de discussion éloignée de l’omniprésente et omnisciente surveillance publicitaire indissociable des outils Facebook, Twitter ou Google.

D’ailleurs, un utilisateur proposait qu’on ne parle pas d’utilisateurs (“users”) pour Mastodon mais bien de personnes (“people”).

Dans un précédent article, je soulignais que les réseaux sociaux sont les prémisses d’une conscience globale de l’humanité. Mais comme le souligne Neil Jomunsi, le media est une part indissociable du message que l’on développe. Veut-on réellement que l’humanité soit représentée par une plateforme publicitaire où l’on cherche à exploiter le temps de cerveau des utilisateurs ?

Mastodon est donc selon moi l’expression d’un réel besoin, d’un manque. Une partie de notre humanité est étouffée par la publicité, la consommation, le conformisme et cherche un espace où s’exprimer.

Mastodon serait-il donc le premier réseau social distribué populaire ? Saura-t-il convaincre les utilisateurs moins techniques et se démarquer pour ne pas être « un énième clone libre » (comme l’est malheureusement Diaspora pour Facebook) ?

Mastodon va-t-il durer ? Tant qu’il y’aura des volontaires pour faire tourner des instances, Mastodon continuera d’exister sans se soucier du cours de la bourse, des gouvernements, des lois d’un pays particuliers ou des desiderata d’investisseurs. On ne peut pas en dire autant de Facebook ou Twitter.

Mais, surtout, il souffle sur Mastodon un vent de fraîche utopie, un air de naïve liberté, un sentiment de collaborative humanité où la qualité des échanges supplante la course à l’audience. C’est bon et ça fait du bien.

N’hésitez pas à nous rejoindre, à lire le mode d’emploi de Funambuline et poster votre premier « toot » présentant vos intérêts. Si vous dîtes que vous venez de ma part ( @ploum@mamot.fr ), je vous « boosterais » (l’équivalent du retweet) et la communauté vous suggérera des personnes à suivre.

Au fond, peu importe que Mastodon soit un succès ou disparaisse dans quelques mois. Nous devons continuons à essayer, à tester, à expérimenter jusqu’à ce que cela fonctionne. Si ce n’est pas Diaspora ou Mastodon, ce sera le prochain. Notre conscience globale, notre expression et nos échanges méritent mieux que d’être de simple encarts entre deux publicités sur une plateforme soumise à des lois sur lesquelles nous n’avons aucune prise.

Mastodon est un réseau social. Twitter et Facebook sont des réseaux publicitaires. Ne nous y trompons plus.

 

Photo par Daniel Mennerich.

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Comment les réseaux sociaux ont transformé des attentats en merveilleux cadeau d’anniversairehttps://ploum.net/?p=5887http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20170326_141246_Comment_les_reseaux_sociaux_ont_transforme_des_attentats_en_merveilleux_cadeau_d___anniversaireSun, 26 Mar 2017 12:12:46 +0000Certaines histoires commencent mal. Très mal. Mais, petit à petit, la vie se fraie un chemin à travers les pires situations pour s’épanouir en frêles et merveilleux bourgeons. Cette histoire commence le 7 janvier 2015. Ce jour là, je croise Damien Van Achter, atterré par ce qui se passe à Paris. Il me parle de […]]]>

Certaines histoires commencent mal. Très mal. Mais, petit à petit, la vie se fraie un chemin à travers les pires situations pour s’épanouir en frêles et merveilleux bourgeons.

Cette histoire commence le 7 janvier 2015. Ce jour là, je croise Damien Van Achter, atterré par ce qui se passe à Paris. Il me parle de morts. Je ne comprends pas. J’ouvre alors Twitter et découvre l’ampleur des attentats contre Charlie Hebdo.

Je ne le sais pas encore mais ces attentats vont changer ma vie. En bien. En incroyablement, merveilleusement bien.

Sur le moment, choqué à mon tour, je me fends d’un tweet immédiat, instinctif. Étant moi-même parfois auteur d’humour de mauvais goût, je me sens attaqué dans mes valeurs.

Ce tweet sera retweeté plus de 10.000 fois, publié dans les médias, à la télévision, dans un livre papier et, surtout, sur Facebook où il sera mis en image par Pierre Berget, repartagé et lu par des centaines de milliers de personnes.

Parmi elles, une jeune femme. Intriguée, elle se mettra à lire mon blog et m’enverra un paiement libre. Après m’avoir croisé par hasard à l’inauguration du coworking Rue du Web, elle me contactera sur Facebook pour discuter certaines de nos idées respectives.

Deux ans plus tard, le 9 mars 2017, jour de mon 36ème anniversaire, cette jeune femme dont je suis éperdument amoureux a donné naissance à Miniploum, mon fils. Le plus beau des cadeaux d’anniversaire…

Je souris, je savoure la vie et je suis heureux. Ce bonheur, cet amour que j’ai la chance de vivre, ne le dois-je pas en partie aux réseaux sociaux qui ont transformé un ignoble attentat en une nouvelle vie ?

Rappelons-nous que chaque drame, chaque catastrophe porte en elle les germes de futurs bonheurs. Des bonheurs qui ne font peut-être pas toujours les grands titres de la presse, qui sont moins vendeurs mais qui sont les fondations de chacune de nos vies.

Souvenons-nous également que les outils, quels qu’ils soient, ne deviennent que ce que nous en faisons. Ils ne sont ni bons, ni mauvais. Il est de notre responsabilité d’en faire des sources de bonheur…

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Printeurs 44https://ploum.net/?p=5871http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20170228_144749_Printeurs_44Tue, 28 Feb 2017 13:47:49 +0000Ceci est le billet 44 sur 44 dans la série PrinteursNellio, Eva, Max et Junior sont dans la zone contrôlée par le conglomérat industriel. Dans un silence religieux, nous descendons tous les quatre de la voiture. Tout autour de nous, des immeubles s’élancent dans une architecture torturée donnant une impression d’espace et de vide. Pas […]]]>
Ceci est le billet 44 sur 44 dans la série Printeurs

Nellio, Eva, Max et Junior sont dans la zone contrôlée par le conglomérat industriel.

Dans un silence religieux, nous descendons tous les quatre de la voiture. Tout autour de nous, des immeubles s’élancent dans une architecture torturée donnant une impression d’espace et de vide. Pas la moindre fissure, pas la moindre poussière. Même les plantes ornementales semblent se cantonner dans le rôle restreint et artificiel de nature morte. J’ai l’étrange impression d’être dans une simulation, un rendu 3D d’un projet d’architecture comme on en trouve sur les affiches jouxtant des terrains vagues d’où doivent, bientôt, naître de merveilleux projets immobiliers aux noms évocateurs.

Il me faut un certain temps avant de réaliser qu’aucune publicité n’est visible. Pourtant, les formes des bâtiments s’éloignent avec une certaine élégance d’un fonctionnalisme trop strict. Les murs s’élancent avec une certaine recherche esthétique où les motifs en fractale semblent occuper une place prépondérante.

Une brise un peu brusque dépose soudainement une fine feuille de plastique sur laquelle se distingue difficilement le logo d’une marque de chocolat.

La feuille se pose sur le trottoir et semble s’y enfoncer doucement, comme un fin navire de papier sombrant dans une écume solide.

Je pousse une exclamation de surprise. Junior s’accroupit.

— Du smart sand ! Tout le complexe est en smart sand !

D’un geste de la main, il donne quelques instructions à Max. Obtempérant, celui-ci donne un violent coup dans le mur de béton en utilisant une partie métallique de son corps. Le mur semble s’effriter légèrement. Un trou bien visible se dessine et le sable se met à couler avant de s’arrêter et, sous mes yeux ébahis, de se mettre à escalader le mur pour reboucher le trou. Quelques secondes s’écoulent et le mur semble comme neuf !

Je me tourne vers mes compagnons :

– Je croyais que ce smartsand n’était encore qu’à l’état de prototype. Mais si tout le complexe en est construit, cela a des implications profondes.

Junior me lance un regard étonné.

— C’est impressionnant mais je ne vois pas trop…
— Cela signifie que le bâtiment s’est imprimé tout seul. Un architecte a dessiné les plans et le bâtiment est sorti de terre sans aucune assistance humaine.
— Oui mais où est le problème ?
— Que tout ce complexe peut avoir existé depuis des années ou n’être qu’un leurre, créé de toutes pièces dans les dernières vingt-quatre heures.
— Quel genre de piège ? interroge Max.
— Le bâtiment peut se modifier en fonction de certains stimuli pré-programmés. Nous pouvons très bien nous retrouver enfermés.
— Nous le serions déjà, murmure Eva. Toute la route est dans la même matière et aurait pu nous engloutir.

Je me tourne vers elle.

— Eva, tu m’as dit que tu connaissais FatNerdz. C’est lui qui nous a emmené ici. Peut-on lui faire confiance ?

— Confiance ?

Elle bégaie légèrement, sa lèvre inférieure tremble.

— Il ne s’agit pas de confiance mais uniquement de logique. Tu n’es pas mort, Nellio. Cette seule information devrait te suffire.

Bravement, elle s’avance vers une porte vitrée et, sous mes yeux ahuris, passe simplement à travers comme s’il s’agissait d’un hologramme. Junior exulte !

– Wow ! Du smart glass ! Génial ! Il fond instantanément et se reforme. C’est impressionnant.

Sans hésiter, nous emboitons le pas à Eva. Après tout, nous sommes désormais sous le contrôle total du bâtiment. S’il doit nous arriver quelque chose, il est déjà trop tard.

En franchissant la porte, j’ai l’impression de passer sous une fine chute d’eau. Un léger contact qui s’estompe immédiatement.

Je rejoins Eva, talonné par Max et Junior. Je sens comme une légère vibration et un pincement au creux de l’estomac.

— Nous montons ! Le bâtiment nous pousse vers le haut sans avoir besoin d’un ascenseur. C’est aaaaaah…

Sans prendre la peine de finir sa phrase, Junior se met à hurler. Paniqué, il nous désigne à grand renfort de geste ses pieds. Où plutôt l’endroit où aurait du se trouver ses pieds. À lieu et place de ses chaussures, je vois deux tibias s’enfoncer parfaitement dans le sol.

— Tu t’enfonces ! crie Eva.
— Non, le sol monte mais sans lui, corrige Max de sa voix artificiellement calme et posée.
— Ce n’est vraiment pas le moment d’argumenter à ce sujet, fais-je en me ruant sur Junior.
— Merde ! Merde ! crie ce dernier. Je sens que ça monte.

En effet, le sol est désormais dans la partie supérieure de ses mollets.

— Mais c’est quoi ? Une sorte de sable mouvant ?
— Non, répond Eva. Le bâtiment sais exactement ce qu’il fait.

Comme en écho, une image se forme sur un mur. Une fiche d’identité apparaît avec une photo de Junior, en uniforme, un numéro de matricule et un ensemble de méta-données sur sa vie et sa carrière. En rouge clignote une ligne « Policier déserteur. Dangereux. Protection totale requise. »

Je sens la panique me gagner. Machinalement, je m’approche de Junior pour tenter de le tirer vers le haut. Il hurle de douleur. Sans dire un mot, nous nous affairons tous les trois mais sans succès. Le sol arrive désormais presqu’à la taille de Junior qui se calme subitement.

— Cela devait finir comme cela. Protection totale. Je suis donc à ce point dangereux que toute action est justifiée pour me mettre hors d’état de nuire.
— Il faut faire quelque chose, dis-je. Max, ne peux-tu pas tenter de creuser le béton et que nous le portons au-dessus de nous ?

Eva, qui s’est reculée, me regarde froidement.
— C’est inutile, Nellio. Nous sommes complètement sous l’emprise du bâtiment. Il n’y a rien à faire.
— Mais…

Je tourne la tête vers Junior. Celui-ci tente de me rendre un regard brave. Le sol a désormais dépassé son nombril. Sa respiration se fait plus difficile.

— Je le savais, murmure-t-il. J’étais en sursis. Je suis néanmoins fier. Mais il y’a une chose que je ne comprends pas. Pourquoi suis-je le seul ? Qu’avez-vous de différent ?

Eva s’accroupit pour se mettre à son niveau.
— Cet immeuble est confiant et n’utilise qu’une protection positive : seuls les cas confirmés sont éliminés. Les autres peuvent circuler sans autorisation particulière.
— Ça ne tient pas debout ! Pourquoi serais-je le seul listé ?

Eva réfléchit un instant avant de répondre.

— Parce que tu es un policier déserteur, tu as été repéré. Mais pour les bases de données civiles, Max et Nellio sont morts. Moi, je n’existe tout simplement pas. Ces deux cas ne rentrent probablement dans aucune des conditions du programme de l’immeuble et, par défaut, il prend le programme automatique du personnel autorisé. C’est une énorme faille de sécurité, le programmeur a du pondre ça avec les pieds mais son bug serait passé inaperçu si deux morts et un non-être ne s’étaient pas pointés.

Je pousse une exclamation de surprise mais je n’ai pas le temps d’aller plus loin que Junior pousse un cri. Il vient de constate que sa main droite, qu’il a bougé en parlant, a également commencé à s’enfoncer. Les doigts sont désormais pris dans le sol. Désespérément il tente de lever le bras gauche et de faire des mouvements pour se dégager. Son corps est désormais enfoncé au delà du plexus solaire. Il se débat laborieusement en poussant des petits cris.

— On ne peut pas rester là sans rien faire à le regarder crever d’une mort horrible ? fais-je en tentant de secouer les bras de Max et Eva.
— Visiblement si, répond laconiquement Max.
— Mais…

Paralysé par l’angoisse, j’observe le niveau du sol engloutir les épaules de mon ami, commencer à monter au niveau du cou. Il penche la tête en arrière dans un ultime espoir de gagner du temps. La pression sur ses poumons doit être énorme, il halète en poussant de petits cris aigus.

— Junior, fais-je. Je… Je… Tu es mon ami !

Le visage est désormais au niveau même du sol, comme un hideux bas-relief. Le smart sand commence à emplir la bouche de Junior dont les yeux reflètent une terreur pure, brute. Une terreur abjectes qui me figent et arrêtent les battements de mon cœur.

Le souffle coupé, je reste immobile, paralysé, les yeux rivés sur un sol propre et lisse.

 

Photo par Frans de Wit.

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Les 3 piliers de la sécuritéhttps://ploum.net/?p=5863http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20170222_135716_Les_3_piliers_de_la_se__curite__Wed, 22 Feb 2017 12:57:16 +0000La sécurité est un terme sur toutes les lèvres mais bien peu sont en mesure de la définir et de la concevoir rationnellement. Je vous propose la définition suivante : « La sécurité est l’ensemble des actions et des mesures mises en œuvre par une collectivité pour s’assurer que ses membres respectent les règles de la […]]]>

La sécurité est un terme sur toutes les lèvres mais bien peu sont en mesure de la définir et de la concevoir rationnellement.

Je vous propose la définition suivante :

« La sécurité est l’ensemble des actions et des mesures mises en œuvre par une collectivité pour s’assurer que ses membres respectent les règles de la collectivité. »

Remarquons que la sécurité individuelle n’est garantie que si elle est explicite dans les règles de la collectivité. Si les règles précisent qu’il est permis de tuer, par exemple des esclaves, ces individus ne sont pas en sécurité.

Ces actions et mesures se divisent en trois grandes catégories, que j’appelle les trois piliers de la sécurité : la morale, les conséquences et le coût.

Le pilier moral

Le premier pilier est l’ensemble des incitants moraux qui encouragent l’individu à respecter les règles de la société. Ce pilier agit donc au niveau individuel et se transmet par l’éducation et la propagande.

Un excellent exemple de l’utilisation du pilier moral est le « piratage de musique ». À coup de propagande, les grandes maisons de disque ont fait entrer dans la tête des gens que télécharger une chanson équivalait virtuellement à voler voire blesser un artiste.

Cette affirmation est rationnellement absurde mais l’éducation morale a été telle que, aujourd’hui encore, pirater de la musique est perçu comme immoral. De manière amusante, ce phénomène est bien moindre avec les logiciels ou les séries télé car le côté « artiste spolié » est beaucoup moins pregnant dans l’imaginaire collectif pour ce type d’œuvres.

Le pilier des conséquences

Le second pilier est un facteur résultant de la multiplication du risque d’être pris en train de briser les règles avec la conséquence prévue en cas de flagrant délit.

Par exemple, malgré de nombreuses tentatives d’utilisation du pilier moral à travers les campagnes de la sécurité routière, la plupart des conducteurs ne respectent pas les limites de vitesse.

Des amendes ont donc été mises en place, parfois très élevée. Mais ces amendes ne sont pas dissuasives si le conducteur a l’impression que le risque d’être pris est nul. 0 multiplié par une grosse amende fait toujours 0.

Des contrôles radars ont donc été mis en place, en tentant de les garder secrets et d’interdire les détecteurs de radar. Mais là encore, l’efficacité s’est révélée limitée, le risque étant toujours perçu comme faible et relevant du « pas de chance ».

Par contre, l’installation de radars automatiques avec de grands panneaux « attention radar » a eu un effet drastique sur ces endroits en particuliers. Les conducteurs ralentissent et respectent la limitation, même si c’est pour une durée limitée.

Le pilier du coût

Enfin, il existe des situation où l’on se fiche de la morale et des conséquences. Le dernier pilier sécuritaire consiste donc à augmenter le coût nécessaire à briser les règles.

Ce coût peut prendre différentes formes : le temps, l’argent, l’expertise, le matériel.

Par exemple, je sais qu’un voleur de vélo se fout du pilier moral. Il a également peu de chances d’être pincé et donc n’a pas peur du pilier des conséquences. Je peux cependant légèrement augmenter pour lui le risque d’être pris en faisant tatouer mon vélo, mais c’est faible.

Par contre, je peux rendre le vol de mon vélo le plus coûteux possible en utilisant un très bon cadenas.

Voler mon vélo nécessitera donc plus de temps et plus de matériel que si mon cadenas était basique.

Les serrures sur votre porte ne sont qu’une augmentation du coût nécessaire pour rentrer chez vous sans la clé. Ce coût sera soit du temps (s’il faut fracturer la porte), soit en expertise (un serrurier vous ouvrira votre porte en quelques secondes).

Le théâtre sécuritaire

Toutes les mesures de sécurité qui sont prises doivent agir sur l’un de ces trois piliers. Des mesures peuvent même avoir des effets sur plusieurs piliers. En augmentant le temps nécessaire à enfreindre une règle (pilier du coût), on augmentera également la perception du risque d’être attrapé (pilier des conséquences).

Cependant, il existe également des mesures qui ne rentrent dans aucune de ces catégories. Ces mesures ne sont donc pas des mesures visant à augmenter la sécurité.

Par exemple, les militaires patrouillant dans les rues pour lutter contre le risque qu’un fou terroriste se fasse sauter. Les militaires n’ont clairement pas une influence sur le pilier moral. Ils n’ont pas d’influence sur le pilier des conséquences (un kamikaze se fout des conséquences). Et ils n’ont pas non plus d’influence sur le coût. Si vous voulez vous faire sauter, la présence de militaires armés dans les parages ne change rien à vos plans !

Cette analyse est donc importante car elle permet de détecter les mesures de non-sécurité. Ces mesures ne sont donc pas sécuritaires mais ont d’autres motivations. À titre d’exemple, les militaires dans la rue servent à donner l’impression à la population que le gouvernement agit. En effet, la seule action pertinente contre le terrorisme est le renseignement et l’action discrète mais la population aura alors l’impression que le gouvernement ne fait rien.

On appelle « security theatre » les mesures qui ne renforcent pas la sécurité mais ne servent qu’à donner l’image d’une sécurité renforcée. Dans certains cas, ces mesures sont justifiées (elles rassurent), dans d’autres, elles sont nocives (elles entraînent un sentiment de peur irrationnelle, sont elles-mêmes source d’insécurité).

Autre exemple : aux États-Unis, plusieurs états républicains ont mis en place des mesures pour soi-disant se protéger des fraudes électorales. Problème : ces mesures sont absolument inefficaces, adressent un problème dont l’existence n’a jamais été démontré mais elles ont un effet immédiat. Elle rende le vote très difficile voire impossible pour une grande partie des minorités et des populations les plus pauvres qui ont tendance à voter démocrate. Sous couvert de la sécurité, on prend des mesures dont l’objectif réel est d’avantager un parti.

Identifier les abus de sécurité

Lorsque des mesures de sécurité sont mises en place et qu’elles n’agissent efficacement sur aucun des 3 piliers, il est nécessaire d’être vigilant : la motivation n’est pas la sécurité mais certainement autre chose.

Si l’on prend des mesures pour soi-disant garantir votre sécurité, posez-vous toujours les bonnes questions :

– Est-ce que le problème est quantifié en termes de gravité et de probabilité ?
– Les mesures proposées adressent-elles efficacement au moins un des trois piliers ?
– Le coût et les conséquences de ces mesures sont-elles en relation avec le risque dont elles protègent ?

Mais si on applique la rationalité à la sécurité, on arrive à la conclusion effarante que pour nous protéger, nous devrions prendre des mesures drastiques pour réguler la circulation automobile, la qualité de notre alimentation et de l’air que nous respirons. Au lieu de ça, nous laissons nos émotions être manipulées, nous envoyons des soldats risquer leur vie un peu partout dans le monde ou nous luttons contre les freins à disque sur les vélos.

Au fond, nous ne cherchons pas la sécurité, nous cherchons à être rassuré sans devoir rien changer à notre mode de vie. Quoi de plus approprié pour cela qu’un ennemi commun et un régime totalitaire pour nous empêcher de penser ?

 

Photo par CWCS Managed Hosting.

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Promis, je reste !https://ploum.net/?p=5840http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20170210_141728_Promis__je_reste__Fri, 10 Feb 2017 13:17:28 +0000— S’il-te-plait, ne m’abandonne pas ! Résiste ! Reste ! Écrasé par la douleur, je broie sans m’en rendre compte les doigts frêles posé sur le lit d’hôpital. De longues larmes lourdes et pesantes ruissellent sur ma joue, inondant le drap. Elle tourne vers moi un regard fatigué, épuisé par la douleur. – Je t’aime, […]]]>

— S’il-te-plait, ne m’abandonne pas ! Résiste ! Reste !

Écrasé par la douleur, je broie sans m’en rendre compte les doigts frêles posé sur le lit d’hôpital. De longues larmes lourdes et pesantes ruissellent sur ma joue, inondant le drap.

Elle tourne vers moi un regard fatigué, épuisé par la douleur.

– Je t’aime, fais-je d’une voix implorante.

D’un clignement des yeux, elle me répond.

— Je t’aime, murmure un souffle, une ébauche de sourire.

Soudain, je me sens apaisé. Mon esprit s’est clarifié. D’une voix nette et fluide, je me mets à parler.

— J’ai toujours été deux avec toi. Ma vie s’est construite sur nous. Je n’ai jamais imaginé que l’un de nous puisse partir avant l’autre. L’amour, ce concept abstrait des poètes, a guidé chacun de mes pas, chacun de mes soupirs. C’est vers toi que j’ai toujours marché, c’est pour toi que j’ai toujours respiré.

Comme un barrage soudainement détruit, j’éclate en sanglot. Ma voix se déforme.

— Que vais-je faire sans toi ? Comment puis-je encore vivre ? Ne me laisse pas ! Reste !
— Je… Je te promets de rester, balbutie une voix faible. De rester aussi longtemps que tu le souhaiteras. Je partirai seulement quand tu me laisseras partir. Promis, je reste…
— Mon amour…

Pendant des heures, je baise cette main désormais décharnée, je pleure, je ris.

— Je t’aime ! Je t’aime mon amour !

Rien n’a plus d’importance que l’amour qui nous unit.

Une poigne ferme s’abat soudainement sur mon épaule.

— Monsieur ! Monsieur !

Hébété, je me retourne.

— Docteur ? Que…

— Je suis désolé. Il n’y a plus rien à faire. Nous devons procéder à la toilette du corps.

— Hein ? Mais…

Perdu, je me tourne vers ma bien aimée. Ses yeux sont fermés, un très léger sourire illumine son visage.

— Elle dort ! Elle s’est simplement assoupie !

Dans mes doigts, sa main est devenue glacée, rigide.

— Venez, me dit doucement le docteur en m’accompagnant. Avez-vous de la famille à appeler ?

*

J’entends à peine le chauffeur démarrer et faire demi-tour derrière moi. Sous mes pieds, les familiers graviers de l’allée crissent et se mélangent. Machinalement, j’ai introduit ma clé et ouvert la porte. Un sombre silence m’accueille. Ma bouche est sèche, mes tempes bourdonnent d’avoir trop pleuré.

Sans allumer la lumière, je traverse le hall d’entrée et m’installe dans la cuisine. Ouvrant le robinet, je me sers un verre d’eau.

Un frisson me parcourt l’échine. Une porte claque. Dans l’armoire du salon, les verres en cristal se mettent à chanter.

— Qui est là ?

Une fenêtre s’ouvre violemment et un tourbillon de vent envahit la pièce, m’enveloppant dans l’air froid de la nuit.

À mon oreille, une voix proche et lointaine susurre :

— Promis, je reste…

 

Photo par Matthew Perkins.

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La conscience de l’humanité passera-t-elle par les réseaux sociaux ?https://ploum.net/?p=5836http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20170207_141041_La_conscience_de_l___humanite_passera-t-elle_par_les_reseaux_sociaux___Tue, 07 Feb 2017 13:10:41 +0000Dans « Pourquoi nous regardons les étoiles », j’ai expliqué que l’humanité est pour moi un organisme multicellulaire qui est en train de se doter d’un système nerveux (l’écriture et Internet) et, bientôt, d’une conscience. D’un point de vue anecdotique, il est intéressant de constater que le logiciel d’intelligence artificielle MogIA avait prédit, en analysant les […]]]>

Dans « Pourquoi nous regardons les étoiles », j’ai expliqué que l’humanité est pour moi un organisme multicellulaire qui est en train de se doter d’un système nerveux (l’écriture et Internet) et, bientôt, d’une conscience.

D’un point de vue anecdotique, il est intéressant de constater que le logiciel d’intelligence artificielle MogIA avait prédit, en analysant les réseaux sociaux Twitter, Facebook et Google, que Trump serait élu là où les médias traditionnels étaient convaincus de la victoire d’Hillary Clinton.

J’ai la conviction que, bien qu’encore balbutiante, une conscience globale est en train d’émerger sur les réseaux sociaux.

Et vous avez un rôle primordial à jouer pour donner une direction à cette conscience, pour lui inculquer les valeurs qui vous sont chères.

Le piège des « fake news »

Depuis l’élection de Trump, un débat a lieu sur le partage des “fake news” sur les réseaux sociaux, des canulars présentés comme des nouvelles réelles et qui auraient influencés les électeurs américains.

Mais ces fake news ne sont-elles pas tout aussi représentatives de notre conscience collective que n’importe quelle autre information ? La réalité est une notion complexe et sa représentation est forcément subjective.

Après tout, notre société européenne s’est construite sur un livre, la bible, qui contient tellement de contradictions et d’absurdités que la question de sa réalité ne devrait pas se poser. Pourtant, il fut à la fois le fruit et l’influence de notre conscience collective durant plusieurs siècles.

Si nous voulons faire grandir notre conscience collective, il ne faut pas filtrer les fausses nouvelles, il faut apprendre à devenir critique et à les comprendre comme ce qu’elles sont : une partie légitime de nous-mêmes.

Il n’y a pas de vraies ou de fake news mais des expressions différentes de notre perception commune. Toute “vraie” news reste filtrée par la subjectivité de celui qui l’a écrite.

Construire une conscience collective sur Facebook

Je vous propose donc d’analyser l’influence que les réseaux sociaux ont sur nous et que nous pouvons avoir sur eux, en commençant par Facebook.

Pour chaque action que nous avons la possibilité d’effectuer, j’ai identifié trois effets :

  • L’effet que nous avons sur les autres.
  • L’effet que le réseau social a sur nous.
  • La latitude que nous donnons aux publicitaires.

Aimer une page Facebook

Sur Facebook, “Aimer” est un terme trompeur. Il serait plus juste de dire “Je soutiens publiquement”. Par exemple, en aimant la page Ploum, vous soutenez publiquement mon action de blogueur.

L’effet sur les autres est relativement important car cela revient à recommander Ploum à vos amis. Plus une page à des “J’aime”, plus elle est considérée comme crédible et importante, spécialement par les médias traditionnels. Votre “J’aime” a donc un poids réel (tout comme le fait de me suivre sur Twitter, le nombre de followers étant perçu comme une mesure de l’importance de la personne).

L’effet que cela a sur vous est très faible, voire nul à moins que vous ne cliquiez sur “Voir en premier”. Si vous ne faites pas cela, vous ne verrez presque pas les publications de la page en question. La raison est simple : Facebook fait payer les propriétaires de pages pour toucher leurs fans.

Le business de Facebook est donc de vous encourager à aimer ma page puis à me faire payer pour que mes posts vous parviennent.

Précision importante : vous offrez une part énorme de votre attention aux publicitaires si vous aimez des pages génériques ou liées à des domaines précis. Si vous aimez ce qui touche au vélo, vous serez inondés de publicités liées au vélo. C’est en utilisant cette technique que Trump a pu être élu malgré une campagne ridicule et un budget très limité.

Soyez donc vigilants et passez en revue tous vos “J’aime”, surtout ceux que vous avez fait à un moment ou un autre pour participer à un concours. N’aimez que ce que vous considérez comme un réel soutien public.

Personnellement, j’évite les marques, les grands groupes et les concepts génériques. J’aime les personnes, les artistes peu connus, les organisations ou les commerces locaux dont je souhaite activement assurer la promotion.

Profitez-en pour aimer Ploum.net sur Facebook et Twitter ! Ne suis-je pas un artiste peu connu ?

Aimer et repartager un contenu sur Facebook

En aimant et repartageant un contenu, vous un avez un effet maximal sur Facebook. Non seulement vous donnez du poids à un contenu mais vous augmentez la probabilité que votre entourage y soit confronté.

Attention, il y’a une astuce : ce poids va au contenu et pas au message au-dessus. Si vous aimez un message de type “Ce site d’extrême-droite est scandaleux”, vous donnez du poids… au site en question et favorisez l’apparition de ce site sur Facebook.

Il est donc important de ne pas partager ce qui vous indigne mais bien des sites, des articles, des vidéos que vous soutenez réellement.

Autre revers de la médaille : vous vous mettez à nu face aux publicitaires. Si vous aimez des articles sur le vélo, ils finiront par comprendre que vous aimez le vélo, bien que vous n’aimiez aucune page liée.

En résumé, soyez très prudents avec ce que vous partagez et soyez positifs !

Si vous voulez donner de la « conscience » à notre humanité Facebookienne, je vous encourage à partager des articles, des textes, des vidéos que vous trouvez vraiment intéressants, qui ont du fond, qui vous semblent pertinents.

Personnellement, je tente de proscrire les « révélations » de type « ce que les médecins/politiciens/médias vous cachent », les vidéos ou images amusantes, choquantes mais sans réelle réflexion. J’évite également les posts automatisés de type quizz, sondages ou « quel chat/acteur/personnage êtes-vous ? ». J’essaie également d’éviter ce qui fait réagir mais n’est au fond qu’anecdotique. Je fuis la manipulation des émotions.

En postant des articles ou des vidéos de fond, vous invitez à la réflexion, à échanger des idées. En développant des arguments sereins et positifs dans les commentaires, vous faites grandir notre conscience collective. C’est justement ce que j’essaie de faire, à ma petite échelle, avec les articles que j’écris ou que je partage.

Qui façonne ceux qui nous façonnent ?

En conclusion, il apparaît que Facebook est avant tout une machine à nous façonner. L’influence que Facebook a sur nous est maximale tandis que celle que nous avons sur Facebook est minimale.

Minimale mais existante !

Si nous sommes de plus en plus nombreux à utiliser Facebook avec la pleine conscience de ce que nous faisons, l’effet sera tangible !

Je comprends le désir de beaucoup d’entre vous de quitter ou de ne jamais rejoindre Facebook. Malheureusement, on ne peut plus nier l’importance que cet outil a pris dans le façonnement de notre humanité. À tel point que je le trouve de plus en plus représentatif de la « conscience de l’humanité ». Alors est-il préférable de le quitter complètement ou d’essayer de le façonner à notre image ? À chacun de choisir sa solution en conscience…

 

Photo par Frans de Wit.

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Pourquoi nous ne faisons pas la révolution ?https://ploum.net/?p=5830http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20170205_131939_Pourquoi_nous_ne_faisons_pas_la_re__volution__Sun, 05 Feb 2017 12:19:39 +0000Autour de moi, nombreux sont ceux qui s’indignent sur les différentes injustices, sur la malhonnêteté flagrante et indiscutable des politiciens qui nous gouvernent. Et de s’interroger : « Comment se fait-il qu’on tolère ça ? Pourquoi n’y a-t-il pas de révolutions ? » La réponse est simple : car nous avons trop à perdre. Depuis la […]]]>

Autour de moi, nombreux sont ceux qui s’indignent sur les différentes injustices, sur la malhonnêteté flagrante et indiscutable des politiciens qui nous gouvernent. Et de s’interroger : « Comment se fait-il qu’on tolère ça ? Pourquoi n’y a-t-il pas de révolutions ? »

La réponse est simple : car nous avons trop à perdre.

Depuis la corruption à peine voilée et bien connue de nos dirigeants aux injustices inhumaines de notre système, nous dénonçons mais n’agissons pas.

Nous avons peur de perdre…

Grâce à la productivité accrue, notre société pourrait nous nourrir et nous loger confortablement sans soucis. Cependant, nous sommes encore tous entretenus dans la superstition qu’il est nécessaire de travailler pour mériter le droit de survivre. Nous avons peur de la pauvreté voir même de demander de l’aide, d’être assistés.

Le travail est une denrée de plus en plus rare ? Le travail est le seul moyen de survivre ?

Ces deux croyances sont si profondément ancrées qu’elles rendent difficile de prendre le moindre risque de changer les choses. Car tout changement pourrait être pire. Et induire le changement est un risque individuel !

Nous avons trop à perdre…

Emprunt hypothécaire, grosse voiture, smartphone assemblé en Chine, ordinateur portable, chemises de marque produites par des enfants au Bangladesh. La société de consommation nous pousse à trouver dans l’achat et le luxe ostentatoire une réponse à tous nos maux.

Nous soignons l’hyperpossession par des achats compulsifs. Nous ne sommes même pas intéressés par les objets en question mais par le simple fait d’acheter, de posséder. Sinon, nous achèterions de la qualité.

Et le résultat est que nous possédons énormément de brols, de produits de mauvaises qualité que nous n’utilisons pas mais que nous entassons et refusons de jeter pour ne pas remettre en question notre acte d’achat. Nous possédons tellement que tout changement nous fait peur. Serions-nous prêts, comme nos arrières-grand-parents, à partir sur les routes en n’emportant qu’une simple valise ? Nous avons travaillé tellement d’heures pour acheter ces biens que nous stockons, souvent sans les utiliser une fois l’effet de nouveauté passé.

Prendre des risques

Au plus nous possédons, au plus nous avons à perdre. Ajoutons à cela que, dans le crédo sociétal, toute déviation de la norme est perçue comme une prise de risque incroyable, vitale. Si vous n’avez pas votre maison, vous risquez d’être sans ressource à la pension. Si vous n’avez pas de travail, vous êtes sociétalement un paria et vous serez demain à la rue. Demander de l’aide à des amis ou à la famille serait le comble du déshonneur.

Il est donc préférable de perpétuer le système tel qu’il est, de ne surtout rien changer.

Alors, nous râlons devant les injustices flagrantes, les manquements. Nous nous attacherons à des petits avantages, des augmentations salariales.

Nous voterons pour “le changement” en espérant de tout cœur que rien ne change.

Les révolutions

Il faut se rendre à l’évidence : les révolutions se font par des gens qui sont prêts à sacrifier leur vie.

Or nous ne sommes même pas prêts à sacrifier notre nouvelle télévision et notre carte essence.

Tant que nous nous évertuerons à protéger notre emploi et nos petits avantages, fut-ce au mépris de nos valeurs et de nos propres règles morales, nous nous condamnons à entretenir le système.

Par contre, nous pouvons apprendre à acheter de manière responsable, à ne plus sacrifier nos valeurs pour un emploi, à sortir de nos aliénations. Nous pouvons apprendre à remettre en question ce que nous achetons, ce que nous faisons pour gagner notre vie. Nous pouvons apprendre à refuser de nous laisser manipuler.

Peut-être que c’est tout simplement cela la prochaine révolution : prendre conscience des conséquences de nos actions individuelles, reprendre le pouvoir sur nos vies au lieu de se contenter de remplacer régulièrement ceux à qui nous déléguons le pouvoir.

 

Photo par Albert.

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Stagiaire au spatioport Omega 3000https://ploum.net/?p=5823http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20170129_143012_Stagiaire_au_spatioport_Omega_3000Sun, 29 Jan 2017 13:30:12 +0000Cette nouvelle, illustrée par Alexei Kispredilov, a été publiée dans le numéro 4 du magazine Amazing que vous pouvez dès à présent commander sur ce lien. Un léger choc métallique m’informe que la navette vient de s’amarrer à la station spatiale. Je ne peux réprimer un sentiment de fierté, voire de supériorité en observant mes […]]]>

Cette nouvelle, illustrée par Alexei Kispredilov, a été publiée dans le numéro 4 du magazine Amazing que vous pouvez dès à présent commander sur ce lien.

Un léger choc métallique m’informe que la navette vient de s’amarrer à la station spatiale. Je ne peux réprimer un sentiment de fierté, voire de supériorité en observant mes compagnon·ne·s de voyage. Que ce soit ce triplet verdâtre d’alligodiles de Procyon Beta, ce filiforme et tentaculaire Orionais ou ce couple d’humains à la peau matte, tou·te·s ne sont que de simples voyageur·euse·s qui ne feront que transiter dans la station pour quelques heures.

Alors que moi, j’ai été engagé! Je suis stagiaire!
À pleines narines, je déguste les relents tout particuliers du spatioport Omega 3000. Un remugle de mélange, de mixité, de races, d’espèces. Une odeur indéfinissable, bâtarde, propre à tous les spatioports. L’odeur de la vie dans la galaxie.

— Dis moi, jeune homme, tu n’aurais pas vu dans ta navette une dame répondant au nom de Nathan Pasavan? Je suis certaine qu’elle devait être dans ton vol mais…
Étonné, je suis sorti de ma rêverie par une imposante dame aux cheveux gris et frisés. Ses lèvres semblent s’agiter plus vite que la vitesse à laquelle me parviennent ses paroles.— Je suis Nathan Pasavan, fais-je en tentant de prendre mon ton le plus assuré.
Son corps semble se figer un instant et elle pose sur moi un regard amusé.— Toi? Tu es le stagiaire?
— Oui, j’ai été sélectionné après les années de formation, les examens et les tests physiques. Je suis très fier d’avoir été assigné à Oméga 3000.
— Mais… Tu es un homme! Voire même encore un garçon. Je ne m’attendais pas à un jeune homme. Enfin bon, après tout, pourquoi pas. Combien de spatioports as-tu déjà visité ?— Et bien… Un seul!
— Un seul! Lequel?
— Celui-ci… fais-je en bégayant un petit peu.
Elle éclate soudainement de rire.
— T’es mignon. Allez stagiaire, au boulot !
D’une poigne ferme, elle me traîne à travers les méandres de la station avant de me planter une brosse dégoulinante dans les mains.
— Tiens, me dit-elle en pointant du doigt une porte munie d’un hiéroglyphe abscons. Au boulot stagiaire ! Montre-nous qu’un homme peut accomplir un véritable boulot de femme !

Surpris, je reste tétanisé, la brosse à la main. Derrière moi, j’entends la porte se fermer alors qu’une odeur pestilentielle m’assaille violemment les narines. Dans une semi-pénombre, j’arrive à observer un incroyable carnage: une large toilette débordante d’une matière verdâtre, émettant des effluves nauséabondes miroitant à la limite du spectre visible. Une toilette bételgienne, visiblement peu entretenue et utilisée par une armée de blobs visqueux en transit entre la terre et leur planète natale.

Serrant la brosse dans ma main, je déglutis. Est-ce ainsi que sont accueillis les stagiaires? Avec les tâches les plus indignes, les plus avilissantes? Est-ce parce que je suis un homme ?

Retroussant mes manches, je pousse un soupir avant de… Des souvenirs de mon entraînement me remontent à l’esprit. Ce scintillement est caractéristique des excréments de Bételgiens femâles. Une caste sexuelle qui ne mange et n’excrète qu’une mousse organiquement friable. C’est un piège! Si je trempe ma brosse, la mousse va la coloniser et utiliser les particules de savon pour se nourrir et grandir. C’est certainement ce qui s’est passé dans cette toilette. Les excréments de Bételgiens femâles sont cependant particulièrement sensibles à la lumière. Obéissant à mon intuition, je cherche l’interrupteur et inonde la pièce d’une lumière blanche et crue. Aussitôt, l’immonde matière visqueuse se met à ramper et à fuir vers la seule issue obscure : la toilette. En quelques secondes, la pièce brille comme un sou neuf. La porte s’ouvre et ma mentor me dévisage avec un sourire étonné.

— Pas mal pour un mâle, me dit-elle. Bienvenue sur Omega 3000, je suis Yoolandia, Madame Pipi en chef de tout le spatioport. Te voici désormais Madame Pipi stagiaire. Solennellement, elle me tend le cache poussière rose à fleur traditionnel et l’assiette à piécette, insigne historique de la fonction. Ne pouvant réprimer un immense sentiment de fierté, je me mets aussitôt au garde-à-vous.

***

— Alerte ! Alerte ! Situation au box 137.
Mon écran digital vient de s’allumer et je bondis immédiatement. Cela fait à peine quelques mois que je suis sur Omega 3000 mais mon corps a déjà acquis les réflexes de ma fonction. Yoolandia me toise d’un regard narquois.

— Encore une mission dont notre petit génie va s’extirper avec les félicitations du jury. Tu vas bientôt obtenir le grade officiel de Madame Pipi et me faire de l’ombre si tu continues !

— Pourquoi n’ai-je pas le droit à être appelé Monsieur Pipi ?

Elle soupire…

— Jamais le terme n’a été utilisé. C’est une fonction trop importante pour un homme. Allez, va! Le box 137 a besoin de toi!

Tournant les talons, je m’engouffre dans les méandres de la station. Pourquoi les hommes ne pourraient-ils pas occuper de hautes fonctions? Car le rôle de Madame Pipi est primordial dans une station spatiale! Lorsque les races de l’univers sont entrées en contact, nous nous sommes très vite aperçu·e·s que le concept de sexe était extrêmement variable voire indéfini d’une race à l’autre. Par contre, excréter semblait être une constante de la nature.

Les êtres humains étaient la seule race à proposer des toilettes séparées pour les différents sexes. Alors que même les compétitions sportives avaient depuis longtemps aboli toute catégorisation par sexe, les toilettes restaient encore et toujours un lieu de ségrégation. Le reste de la galaxie trouva cette mode tellement excentrique qu’elle décida de l’adopter. Mais comme la plupart des races ne se divisent pas entre mâles et femelles, il fallut instituer des toilettes séparées pour chaque cas pouvant se présenter. Le lépidoptère amurien, par exemple, passe par 235 modifications de sexe au cours de son existence. Dont 30 au cours d’une seule et unique heure. Heureusement, ils ne voyagent que dans 17 de ces situations.

Le rôle de Madame Pipi est donc primordial dans un spatioport. Il requiert de longues années d’études et un entraînement physique à toute épreuve. Pour, par exemple, résoudre le cas qui se présente à moi au box 137. Un box réservé normalement aux surfemelles. Mais dans laquelle est entrée par erreur une limace tronesque agenrée.

Les excréments d’une limace tronesque ressemblent à des billes transparentes qui croissent au contact de l’eau si elles ne sont pas auparavant dissoutes. En tirant la chasse, les surfemelles Odariennes se sont donc retrouvées coincées au milieu de gigantesques sphères translucides.

Un cas d’école assez routinier.

***

— Alerte! Alerte! Situation au box 59!
Je pousse un profond soupir. Tous ces problèmes me semblent si simples à résoudre, si artificiels. En vérité, je m’ennuie !

***

– Bravo Nathan!
Tout en m’embrassant sur les deux joues, Yoolandia colle symboliquement une pièce dans mon assiette. La directrice du spatioport Omega 3000, en personne, s’adresse à l’assemblée.

— Nous sommes très fières, aujourd’hui, de nommer Nathan «Madame Pipi certifiée».
— Monsieur Pipi, grommelé-je entre mes dents.
— La pièce que vient de coller Yoolandia dans l’assiette de Nathan est une véritable pièce de monnaie préhistorique. Cet acte symbolique rappelle l’importance historique de la fonction…

Mais déjà je n’écoute plus. Je suis impatient d’exposer mon idée à Yoolandia. Une idée qui va révolutionner la fonction de Madame Pipi. Tandis que la directrice continue sa harangue, je tire Yoolandia un peu à l’écart.
— Alors, tu es prêt pour ton discours ? me fait-elle.
— Oui, justement, je compte présenter une idée incroyable !
— Quelle idée?
— Eh bien j’ai imaginé supprimer la ségrégation des toilettes…
— Comme c’est original, fait-elle en éclatant d’un rire jaune. Tu crois que tu es le premier? N’as-tu pas compris que chaque type d’excrément doit être traité différemment ? Que la séparation est nécessaire?
— Justement, fais-je, je m’attendais à cette objection. J’ai développé une méthode très simple qui évacue tous les types d’excréments sans produire la moindre réaction indésirable. Un système basé sur de la lumière pulsée, des vibrations et un assortiment d’enzymes tronesques dont…
— Malheureux !
Comme par réflexe, elle m’a couvert la bouche. Son regard est terrifié. Je tente de me dégager.

—Non, tais-toi ,me fait-elle. Tu ne comprends pas ? Tu ne vois pas que tu es en train de tuer notre métier ! Notre prestige !
—Hein?
— Si tu fais cela, c’est la fin des Madames Pipi! Tu n’es certainement pas le premier à arriver à cette solution. Mais celleux qui l’ont trouvée ont vite compris où était leur intérêt.
— Que veux-tu dire?
— Regarde-les, me dit-elle en pointant la foule hétéroclite des employé·e·s du spatioport. La moitié d’entre elleux nous obéissent. Iels sont plombier·e·s, nettoyeur·euse·s, spécialistes en sanitaires différenciés. Leur job dépend de nous! Tu ne peux pas simplifier la situation! Pense aux conséquences!
— Mais…
— Et maintenant, entonne la directrice dans son micro, je vous demande un tonnerre d’applaudissements pour Nathan, notre nouvelle Madame Pipi!
— Monsieur Pipi, murmuré-je machinalement !
Alors que je me dirige vers l’estrade, la voix de Yoolantia me parvient.
— Pense aux conséquences, Nathan. Pour ton emploi et ceux des autres.
À mi-chemin, je me retourne. Elle me darde de son regard perçant.
— N’oublie pas que tu es un mâle. Un mâle du box 227. Je suis une femelle du box 1. Alors, réfléchis bien aux conséquences…

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Les pistes cyclables n’existent pas, ce sont des routes !https://ploum.net/?p=5810http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20170121_105631_Les_pistes_cyclables_n___existent_pas__ce_sont_des_routes__Sat, 21 Jan 2017 09:56:31 +0000Ceci est le billet 2 sur 2 dans la série Les pistes cyclablesJe pensais avoir découvert la vérité : les pistes cyclables seraient en fait des parkings. Mais j’ai réalisé que ce n’était pas vrai. Les pistes cyclables sont tout simplement des routes comme les autres. Il suffit donc de mettre des flèches sur le […]]]>
Ceci est le billet 2 sur 2 dans la série Les pistes cyclables

Je pensais avoir découvert la vérité : les pistes cyclables seraient en fait des parkings. Mais j’ai réalisé que ce n’était pas vrai. Les pistes cyclables sont tout simplement des routes comme les autres.

Il suffit donc de mettre des flèches sur le sol pour déclarer, avec fierté, être une commune cyclable.

Ce système n’apporte, bien entendu, aucune protection aux cyclistes. Pire : selon le code de la route, ils sont obligés de rester dans cette bande parfois mal définie et les voitures sont obligés de rouler sur cette bande. Ce système est donc pire pour les cyclistes que pas de piste cyclable du tout ! La couleur n’y change rien…

Tout au plus cela fait-il penser au sang versé par les cyclistes renversé. Cette couleur rouge a d’ailleurs la particularité d’être tellement glissante par temps de pluie que je l’évite à tout prix. Ce serait bien trop dangereux !

Une nouvelle idée a alors fait son chemin dans la tête des politiciens désireux de séduire l’électorat cycliste mais sans dépenser un centime. Les rues cyclables !

Une rue cyclable est une rue dans laquelle une voiture ne peut pas dépasser un vélo. Rappelons que, normalement, un automobiliste ne peut dépasser un cycliste qu’en laissant au minimum un mètre entre lui et le vélo. Cette initiative, si elle est sympathique, ne sert donc strictement à rien pour encourager l’utilisation du vélo.

Heureusement, les rues cyclables font rarement plus d’une dizaine de mètres de long. Il ne faut pas déconner non plus. Ces zones tendent donc à confiner l’utilisation du vélo dans certains rares endroits et renforcent la conviction des automobilistes que, ailleurs, ils sont les rois absolus.

Moralité, les pistes cyclables n’existent pas, ce sont tout simplement des routes ! Ou parfois, des trottoirs…

Le cycliste a donc l’obligation de circuler sur un trottoir étroit, mettant en danger les piétons. Car, rappelons-le, l’usage des pistes cyclables (qui n’existent pas), est obligatoire !

Mais heureusement, les pistes cyclables n’existent pas. Ce sont des routes…

…ou des trottoirs !

Les photos de cet article et du suivant illustrent le combat quotidien d’un cycliste à travers les communes de Grez-Doiceau (bourgmestre MR), Chaumont-Gistoux (bourgmestre MR, Ecolo dans la majorité), Mont-Saint-Guibert (bourgmestre Ecolo) et Ottignies-Louvain-la-Neuve (bourgmestre Ecolo).

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Les pistes cyclables n’existent pas, ce sont des parkings !https://ploum.net/?p=5807http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20170120_125000_Les_pistes_cyclables_n___existent_pas__ce_sont_des_parkings__Fri, 20 Jan 2017 11:50:00 +0000Ceci est le billet 1 sur 2 dans la série Les pistes cyclablesÀ force de parcourir le brabant-wallon à vélo, j’ai eu une révélation : les pistes cyclables n’existent pas, ce sont tout simplement des parkings. C’est aussi simple que cela et cela explique tout. Dois-je accuser ce conducteur de me faire risquer ma vie […]]]>
Ceci est le billet 1 sur 2 dans la série Les pistes cyclables

À force de parcourir le brabant-wallon à vélo, j’ai eu une révélation : les pistes cyclables n’existent pas, ce sont tout simplement des parkings.

C’est aussi simple que cela et cela explique tout.

Dois-je accuser ce conducteur de me faire risquer ma vie en m’obligeant à brusquement me rabattre sur la chaussée sans avoir la moindre visibilité ?

Pas si l’on considère que cette bande est tout simplement un parking. Cet usage est encouragé par les pouvoirs publics qui utilisent cet espace pour mettre une signalisation temporaire.

Au moins, l’espace sert à quelque chose et cet usage ne bloque presque pas les possibilités de parking.

Au fond, si cela fonctionne pour les installations temporaires, pourquoi n’en serait-il pas autant pour les installations permanentes ?

Le terme « piste cyclable » est une sympathique blague mais soyons sérieux : qui utilise réellement un vélo pour se déplacer ? Alors qu’une route se doit d’être dégagée immédiatement, notre société considérant un embouteillage de plusieurs heures comme une catastrophe, les pistes cyclab…  pardon les voies de parking, elles, peuvent rester bloquées plusieurs jours.

Bien sûr qu’un cycliste ne pourra pas passer et devra risquer littéralement sa vie sur une voie rapide pour continuer son chemin. Mais il n’avait qu’à prendre la voiture comme tout le monde.

Plus sérieusement, je suis désormais convaincu que les pistes cyclables servent à tout sauf à passer à vélo. La preuve ? Il est explicitement demandé aux automobilistes de ne pas se garer sur les pistes cyclables lors de certaines manifestations.

Ces panneaux empêcheraient le passage d’un vélo mais nous savons désormais que les cyclistes n’existent pas vraiment.

À moins que les pistes cyclables ne soient pas des parkings ?

Mais que seraient-elles dans ce cas ? J’ai ma petite idée…  (à suivre)

 

Les photos de cet article et du suivant illustrent le combat quotidien d’un cycliste à travers les communes de Grez-Doiceau (bourgmestre MR), Chaumont-Gistoux (bourgmestre MR, Ecolo dans la majorité), Mont-Saint-Guibert (bourgmestre Ecolo) et Ottignies-Louvain-la-Neuve (bourgmestre Ecolo).

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Printeurs, l’épopée d’un feuilletonhttps://ploum.net/?p=5801http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20170113_145001_Printeurs__l___e__pope__e_d___un_feuilletonFri, 13 Jan 2017 13:50:01 +0000Un soir d’août 2013, je me mis à écrire un début d’histoire qui me trottait dans la tête. Il est toujours difficile de dire d’où proviennent les idées mais peut-être avais-je fait évoluer « Les non-humains », un couple de nouvelles écrites en 2009 et 2012 dont j’avais préparé un tome 3 sans jamais l’achever. Le […]]]>

Un soir d’août 2013, je me mis à écrire un début d’histoire qui me trottait dans la tête. Il est toujours difficile de dire d’où proviennent les idées mais peut-être avais-je fait évoluer « Les non-humains », un couple de nouvelles écrites en 2009 et 2012 dont j’avais préparé un tome 3 sans jamais l’achever.

Le thème de mon histoire était assez clair et le titre s’était imposé immédiatement : Printeurs.

Par contre, je n’avais aucun plan, aucune structure. Ma seule volonté était de placer la phrase qui clôturera le second épisode :

« Je suis pauvre mais je sais penser comme une riche. Je vais changer le système. »

Mon défi ? Publier un épisode par semaine et voir où me conduirait l’histoire.

Une nuit de septembre 2013, après 5 épisodes publiés, je me suis retrouvé dans un hôtel du centre-ville de Milan sans inspiration, sans envie de continuer.

Mes doigts se sont mis spontanément à écrire une autre histoire qui balbutiait dans mon cerveau, une histoire inspirée directement par les témoignages de survivants des camps de concentration nord-coréens et la découverte que ces prisonniers produisent des jouets ou des biens bon-marchés vendu en ce moment dans le reste du monde.

Avec ce très violent épisode 6, Printeurs se transforma. D’un feuilleton pulp cyberpunk gentillet, il devint une plongée noire et obscène dans ce que notre monde a de plus repoussant.

Le ton était donné : Printeurs n’allait pas ménager la sensibilité du lecteur.

Sans effort, les deux histoires de Nellio et de 689 continuèrent en parallèle tout en convergeant graduellement.

En cours d’écriture, le personnage d’Eva changea radicalement de finalité. Tout se mettait en place sans planification, sans effort conscient de ma part.

Malheureusement, Printeurs passa plusieurs fois au second plan pour de longs mois. Mais quelques lecteurs acharnés n’hésitaient pas à le réclamer et je voudrais les remercier : demander la suite d’un épisode est la plus belle des récompenses que vous pouviez me faire.

Au final, il m’a fallu 3 ans et demi pour finir les 51 épisodes de Printeurs et mettre un point final aux pérégrinations de Nellio, Eva et 689. J’avoue tirer une certaine fierté d’une particularité involontaire : dans une seule histoire cohérente, Printeurs se paie le luxe d’explorer de manière quasi-exhaustive toutes les interactions possibles entre le corps, la conscience et la technologie.

Terminer Printeurs est également un soulagement. En novembre 2013, en plus de Printeurs, je me suis lancé dans le challenge NaNoWriMo avec pour objectif d’écrire le roman : « L’Écume du temps ».

Les premiers 50.000 mots de ce roman ont bien été écrits mais je n’ai jamais achevé le reste, tiraillé en permanence entre me replonger dans l’Écume du Temps ou dans Printeurs.

J’ai donc décidé d’envoyer cette première version bêta et non-relue de Printeurs à tous ceux qui ont soutenu mon NaNoWrimo. Avec une promesse solennelle : désormais, je vais replonger dans l’Écume du Temps qui est très différent et beaucoup plus structuré que Printeurs.

Dans le courant du mois de janvier, j’enverrai également cette première version de Printeurs au format Epub à ceux qui me soutiennent sur Tipeee. Pour les autres, je vous invite à lire la série sur ce blog, dans l’Epub qui contient les 19 premiers épisodes ou sur Wattpad. Les derniers épisodes seront publiés sur ce blog progressivement.

J’espère que vous aurez autant de plaisir à lire Printeurs que j’en ai eu à l’écrire. Et si vous avez un éditeur dans votre carnet d’adresses, sachez que je serais enchanté de tenir dans mes mains une version papier de ce qu’est devenu et deviendra Printeurs.

Merci pour votre soutien, vos corrections, vos encouragements et…bonne lecture !

 

Photo par Eyesplash.

Ce texte est a été publié grâce à votre soutien régulier sur Tipeee et sur Paypal. Je suis @ploum, blogueur, écrivain, conférencier et futurologue. Vous pouvez me suivre sur Facebook, Medium ou me contacter.

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Le trading est-il éthique ?https://ploum.net/?p=5797http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20170111_210010_Le_trading_est-il_ethique__Wed, 11 Jan 2017 20:00:10 +0000Comme beaucoup de gens, vous avez probablement un peu d’argent sur un compte d’épargne. Vous râlez que les taux d’intérêt soient si bas, cela ne vous rapporte rien ! Vous pensez également que les traders sont d’ignobles cyniques qui se font des millions sur votre dos, qu’ils sont responsables de la crise. Moi, en tout […]]]>

Comme beaucoup de gens, vous avez probablement un peu d’argent sur un compte d’épargne. Vous râlez que les taux d’intérêt soient si bas, cela ne vous rapporte rien ! Vous pensez également que les traders sont d’ignobles cyniques qui se font des millions sur votre dos, qu’ils sont responsables de la crise.

Moi, en tout cas, j’étais comme cela il n’y a pas si longtemps.

Et je ne me rendais pas compte à quel point ces positions sont bourrées de contradictions.

Le Bitcoin et la monnaie

Passionné par la décentralisation, je découvre un jour de 2010 le projet Bitcoin, qui construit une monnaie décentralisée. Le principe même du projet m’amène à découvrir le rôle complexe des banques dans la création monétaire.

Naïvement, je pensais que les banques prêtaient l’argent des épargnants. En réalité, un emprunt n’étant que la simple écriture d’une somme sur un compte, les banques peuvent prêter presqu’autant d’argent qu’elles le veulent. Elles créent littéralement de l’argent en prêtant. Cette création est cependant régulée par la loi. Au final, les banques doivent garder 1% de l’argent qu’elles prêtent dans leurs coffres.

Cela signifie que si vous mettez 1000€ sur un compte d’épargne, vous autorisez la banque à créer 100.000€ de prêts.

Les banques contrôlent donc l’argent et, par conséquence, le monde !

Le trading

En achetant, avec beaucoup de maladresse, des bitcoins, je découvris également le trading. Comme le nom l’indique, le trading consiste uniquement à acheter ou vendre un bien. Comme dans tout achat, il y’a un vendeur et un acheteur. Les deux sont convaincus de faire une bonne affaire.

Un trader professionnel cherche à acheter lorsqu’il pense que le bien va prendre de la valeur. Il va vendre lorsqu’il pense qu’au contraire les prix vont chuter.

Le fait d’acheter dans le but de revendre ultérieurement est appelé la spéculation.

Vu comme ça, difficile de trouver quoi que ce soit à redire. Si deux personnes souhaitent faire une transaction commerciale de leur plein gré, c’est parfaitement honnête.

Et pour peu que nous ayons de l’argent qui ne nous est pas utile immédiatement, nous allons naturellement spéculer en “plaçant notre argent”. Exiger un taux d’intérêt sur notre compte d’épargne, au fond, n’est que la spéculation la plus basique.

Alors, en quoi le trading serait-il à ce point amoral ?

Le prix et le cours

Une profonde incompréhension que le grand public a du trading est la fluctuation du prix. Celle-ci est perçue comme magique, dirigée par une sorte de pouvoir suprême.

En réalité, le prix n’est jamais fixé que par les ventes/achats successifs.

Si je possède un lingot d’or que je souhaite vendre 1000€ mais que personne ne veut l’acheter, c’est que je suis sans doute trop cher. De même, si je ne trouve pas de lingot d’or à acheter à 500€, c’est que je dois payer plus.

Le prix se fixe dès qu’il y’a un accord entre deux personnes.

Si plus personne ne veut acheter mon lingot, je vais descendre le prix de plus en plus. Parfois, de manière catastrophique. C’est ce qu’on appelle un crash.

Si, au contraire, une raison quelconque pousse tout le monde à acheter un lingot mais que l’offre n’est pas suffisante, le prix va monter.

En théorie, personne n’interfère dans les prix. L’offre et la demande sont le fruit des émotions humaines et le prix n’en est que le reflet. En ce sens, le trading cherche à comprendre la psychologie de la foule humaine.

Les acteurs économiques

Dans un tel système d’échange, les personnes faisant du bénéfice ne le font que parce que d’autres ont fait des pertes.

Mais il est important de remarquer que ceux qui ont perdu ont pris un risque, de leur plein gré, dans le seul et unique but de faire du gain. Ils ont acheté quelque chose dont ils n’avaient pas besoin en espérant le revendre.

Sur les marchés boursiers, par exemple, l’argent présent provient des grandes entreprises, des riches investisseurs et des banques.

Lorsqu’un trader fait fortune en jouant avec son propre argent, c’est donc sur le dos des grandes entreprises, des riches investisseurs et des banques.

Par comparaison, la majorité des publicitaires et des marketeux tentent de faire en sorte que les gens normaux, voire pauvres, dépensent leur argent. Si trader n’est probablement pas le métier le plus utile à la société, il me semble au fond bien plus moral qu’une panoplie d’autres métiers pourtant considérés comme respectables.

Retournement de situation : le trading ne serait pas une activité foncièrement nocive !

L’argent des banques

Si le trading est un outil moralement neutre, il peut comme tout outil être détourné.

Souvenez-vous qu’avec vos 1000€, les banques peuvent en créer 100.000€. La tentation est grande d’utiliser ces 100.000€ pour faire encore plus de profit à travers la spéculation.

Et c’est bien ça le nœud du problème : les banques peuvent jouer beaucoup d’argent. La probabilité est donc énorme de faire des gains substantiels.

Ces gains bénéficieront en immense majorité aux banques elles-mêmes, c’est pourquoi le milieu de la finance nous semble tellement déconnecté de notre univers. Une minuscule partie des gains vous sera cependant reversée : les intérêts.

En exigeant des intérêts sur votre compte d’épargne, vous encouragez, voire vous exigez que les banques jouent avec votre argent.

Si vous êtes contre le trading, alors assurez-vous de quitter toute banque qui propose un taux d’intérêt pour votre épargne et qui au contraire vous facture pour ses services !

Tout le monde est donc content de ce petit jeu. Jusqu’au jour où les banques perdent.

À ce moment là, soudainement, l’effet de levier qui a multiplié vos 1000€ en 100.000€ a l’effet inverse. Les banques n’ont plus de liquidités et se mettent en faillite.

À l’exception de l’Islande, la plupart des banques dans cette situation ont été renflouées… par l’état et donc par l’argent de nos impôts.

En résumé, les banques sont des entités qui encaissent des bénéfices réalisés grâce à notre argent et que nous devons renflouer en cas de pertes !

L’utilité du trading

Les traders que j’ai rencontré arguent que le trading est une activité utile qui permet aux prix de trouver leur valeur naturelle. Certains outils financiers permettent même aux producteurs de matières premières de s’assurer contre, par exemple, une mauvaise récolte.

Quoi qu’on pense du trading, difficile de considérer qu’il soit immoral pour deux personnes consentantes de faire une transaction commerciale.

Effectivement, on peut penser que les bénéfices du trading sont potentiellement sous-taxés par rapport à ceux du travail, que les lois actuelles avantages les riches. Ce n’est alors pas le trading qu’il faut critiquer mais les lois écrites par ceux que nous avons élus.

Au final, les traders ne font qu’essayer de s’enrichir sur le dos des capitalistes qui cherchent eux-même à s’enrichir toujours plus. Est-ce qu’on peut vraiment les blâmer pour cela ?

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Printeurs 43https://ploum.net/?p=5792http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20170108_155707_Printeurs_43Sun, 08 Jan 2017 14:57:07 +0000Ceci est le billet 43 sur 43 dans la série PrinteursAprès avoir échappé à un attentat, Nellio, Eva, Junior et Max sont dans une voiture de police qui fonce vers le siège du conglomérat de la zone industrielle. — Ah, voilà ! Du doigt, Junior pointe une long ligne noire qui strie le ciel. La […]]]>
Ceci est le billet 43 sur 43 dans la série Printeurs

Après avoir échappé à un attentat, Nellio, Eva, Junior et Max sont dans une voiture de police qui fonce vers le siège du conglomérat de la zone industrielle.

— Ah, voilà !

Du doigt, Junior pointe une long ligne noire qui strie le ciel. La ligne est bientôt rejointe par une seconde et puis une troisième, dessinant une étrange arabesque, la stylisation d’une étroite fleur de pénombre se refermant, s’épaississant, ondulant dans une imperceptible sarabande filaire.

— Les drones, explique Junior ! À proximité de la zone industrielle, les couloirs aériens sont tellement chargés qu’on peut observer de véritables embouteillages de drones.

Rêveur, je contemple les longues ligne noires, étranges chrysanthèmes de pénombre se détachant dans l’uniformité grisonnante. À mesure que nous nous rapprochons, les drones individuels commencent à se distinguer, la ligne se fait discontinue, pointilée.

— Et dire que les politiciens sont fiers de leur intertube !

— À l’époque où le projet d’intertube a été lancé, les drones n’avaient pas encore l’autonomie ni la capacité de levage suffisante. De plus, les drones posent des problèmes au niveau de l’espace aérien sans compter les risques d’interception et de vols.

— Tout ces problèmes ont été résolus, fais-je. Mais c’est justement la constante du métier de politicien : ne pas voir que le monde évolue, que les problèmes peuvent être résolus. D’ailleurs, qu’est-ce qu’un politicien sans problème ? Un politicien qui ne peut pas promettre de solution et ne sera donc pas réélu. Les politiciens ne veulent pas que le monde change. Les électeurs non plus. Ils promettent le changement avec un grand « C », celui où tout restera pareil. Au fond, ils promettent exactement ce que nous voulons entendre.

— Pourtant, intervient Junior, s’ils ont continué à investir dans l’intertube, c’est qu’il doit bien y avoir une raison.

— Oh oui, il y en a une ! Celle de ne pas être celui qui reconnaîtra que le gouvernement ne fait pas d’erreur. Les erreurs, généralement, tu es forcé de les reconnaître quand elles te coûtent de l’argent. Et encore, les individus préfèrent parfois continuer à payer plutôt que d’admettre s’être trompé. Mais si ce n’est pas ton argent que tu dépenses et que reconnaître une erreur peut te coûter ton travail, il n’y a absolument aucun incitant à arrêter les entreprises les plus catastrophiques. Sans compter que le chantier de l’intertube crée de l’emploi. Des milliers de travailleurs qui vont creuser des trous inutiles dans les sous-sols de la ville, qui vont s’échiner, se crever, passer leurs journées sous terre pour faire un travail complètement inutile et qui aurait pu être automatisé. Tout ça pour avoir l’impression d’être moralement supérieur à un télé-pass. Vous voulez que je vous dise ? On accuse les politiciens, les riches, les industriels et même les télé-pass de tous les maux. Mais les véritables responsables, ce sont ceux qui font ce qu’on leur dit, qui accomplissent un travail inutile le plus consciencieusement possible par peur de perdre les maigres avantages qui vont avec. Ceux-là sont responsables.

— Et ceux-là, c’est nous, conclut Junior.

— Oui. C’est nous. Et nous n’avons aucune excuse.

— Nous n’avions peut-être pas le choix…

— Le seul choix que nous n’avons pas est celui de naître. Après cela, chaque respiration, chaque pas est un choix. Le choix, il se prend, il s’arrache, il se gagne. Mais il est tellement plus facile de se persuader que nous n’avons pas le choix, de nous conforter dans les rails que l’infinité de non-choix a tracé pour nous. Le choix, nous le refusons, nous le fuyons comme la peste. Et nous allons un jour payer le prix de notre inconséquence, de notre irresponsabilité.

— Naître est pourtant le seul choix que j’aie jamais fait.

Intrigué, je me tourne vers Eva, qui vient de m’interrompre.

— Que veux-tu dire ?

— Nellio…

— Vous vous expliquerez plus tard car nous sommes arrivés au complexe du conglomérat industriel.

Observant la route défiler, je constate que nous nous approchons d’un contrôle de sécurité. Deux agents se tiennent au garde-à-vous derrière la ligne rouge, tracée sur le sol, où la voiture devra forcément s’arrêter. Je déglutis avec peine en constatant que nous n’avons aucun papier, aucune excuse valable pour être dans ce quartier et que nous sommes recherchés.

— Merde, le contrôle. J’avais oublié. Une solution miracle pour nous sortir de là ?

Au fur et à mesure que nous nous rapprochons de la ligne, un doute m’envahit. La voiture ne semble pas ralentir. Au contraire, nous accélérons. Dans les yeux des agents de sécurité, je lis le même doute se transformer soudain en peur puis en panique. Ils n’ont que le temps de plonger chacun d’un côté alors que la voiture les frôle à pleine vitesse.

— Hein ? Comment est-ce possible ? Nous avons passé le contrôle sans être arrêtés !

Junior me lance un clin d’œil dans le rétroviseur.

— C’est l’avantage du mode manuel. Il est devenu tellement rare et réservé aux forces de sécurité que la plupart des barrages se font uniquement par contrôle du logiciel de conduite.

— Mais cela signifie que le moindre terroriste pourrait…

— Oui. Mais ils ne le font pas. Ce qui prouve bien que les terroristes sont beaucoup moins formés et intelligents que ce qu’on veut bien nous dire. En fait, le but d’un contrôle routier n’est pas vraiment d’arrêter les terroristes mais de convaincre les citoyens que la menace est réelle et que toutes les mesures sont prises.

— Et je suppose que, en prime, ça fait de l’emploi…

— Énormément d’emploi. Depuis les trouffions comme nos deux vaillants plongeurs sur bitume aux responsables des commissariats.

— Quelle système profondément malhonnête ! Et dire que les responsables de tout ça le savent, qu’ils se moquent cyniquement de nous.

— Oh, pas la peine d’invoquer la malhonnêteté lorsque l’incompétence suffit. Tu sais Nellio, j’ai été amené à fréquenter de très haut gradés. Et tous, sans exception, sont convaincus du bien-fondé de leur mission.

— Mais comment expliques-tu pareille incompétence ?

— Premièrement parce que l’être humain a une capacité incroyable de ne pas voir ce qui pourrait perturber sa manière de penser. Le fait que les religions existent encore aujourd’hui l’illustre amplement. Ensuite parce que c’est l’essence même du système ! Si les gens faisaient bien leur boulot…

— …Il n’y aurait plus de boulot. C’est logique ! Du coup, plus on est incompétent, plus on crée de l’emploi, mieux on est perçu !

Nous sommes interrompus par Max, qui de sa voix douce et chaude nous fait une annonce digne des meilleurs vols transatlantiques.

— Incompétence qui atteint son sommet et sa splendeur ici, Mesdames et Messieurs, au siège du conglomérat industriel, épicentre de la création d’emploi et de la concentration des richesses. Bienvenue !

Sans que je puisse en expliquer la raison, mon cœur se serre alors que je lève les yeux vers le grand building.

— C’est donc ici que tout va se jouer…

 

Photo par Jin Mikami.

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Mon second vélo et le piège de l’intuitionhttps://ploum.net/?p=5769http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20161209_114858_Mon_second_ve__lo_et_le_pie__ge_de_l___intuitionFri, 09 Dec 2016 10:48:58 +0000Chez les cyclistes, il y a un dicton qui dit que le nombre idéal de vélos à avoir dans son garage est N+1, où N est le nombre de vélo qu’on possède actuellement. Oui, il y a toujours une bonne raison pour acheter un nouveau vélo : avoir un vélo de route, un VTT, un […]]]>

Chez les cyclistes, il y a un dicton qui dit que le nombre idéal de vélos à avoir dans son garage est N+1, où N est le nombre de vélo qu’on possède actuellement.

Oui, il y a toujours une bonne raison pour acheter un nouveau vélo : avoir un vélo de route, un VTT, un vélo de gravel. Mais si N+1 est le nombre idéal, le nombre minimal est 2. Surtout si vous utilisez votre vélo quotidiennement.

Car il n’y a qu’une seule chose de pire pour un cycliste que de devoir pédaler de nuit dans le froid et la pluie : être forcé d’utiliser une voiture !

J’ai personnellement découvert ce problème lorsque, suite à un bris de dérailleur, j’ai appris que j’allais rester dix jours sans pédaler, la pièce n’étant pas en stock.

Le lendemain, j’avais trouvé un vélo d’occasion.

Un poil vieillotte mais ayant visiblement très peu servi, cette seconde monture joue admirablement son rôle de réserviste. Je l’enfourche lorsque mon fier destrier est à l’entretien, lorsqu’il me révèle une crevaison lente le matin et que je n’ai pas le courage de changer la chambre à air avant d’aller travailler, ou lorsque la simple envie me prend de changer un peu d’air.

Après deux années de ce rythme, j’eus une intuition bizarre.

En deux ans, mon vélo principal, que j’entretiens et que je bichonne, avait subit plusieurs révisions. Il avait connu de multiples crevaisons, plusieurs jeux de pneus. Les chaînes se succédaient, les roulements devaient être changés et les câbles se grippaient.

Rien de tout cela ne semblait atteindre mon réserviste. J’avais changé une fois une chambre à air mais la chaîne et les pneus étaient toujours ceux d’origine malgré des entretiens beaucoup plus succincts voire inexistants.

Cette constatation me conduisait à une explication impitoyable : bien que plus vieux, mon réserviste était de nettement meilleure qualité. Les nouveaux vélos avec les nouveaux pneus sont fragiles et faits pour encourager la consommation.

Intuitif, non ?

Et pourtant complètement faux. Car l’usage d’un vélo ne se compare pas en temps passé dans le garage mais en kilomètres parcourus.

Comme je vous l’ai raconté, je raffole de Strava. Chacune de mes sorties est enregistrée dans l’application avec le vélo utilisé pour l’occasion. J’indique même quand je change une pièce afin de connaître le kilométrage exact de chaque composant.

Je sais ainsi que pour mon vélo principal, une bonne chaine dure 2500km alors qu’une mauvaise s’use après 1500km. Les pneus, à l’arrière, durent entre 800 et 1600km. Facilement le triple à l’avant. Outre cela, mon utilisation du vélo nécessite un passage par l’atelier en moyenne tous les 2000km. Et le vélo va sur ses 8000km.

Mon vélo de réserve, par contre, vient lui tout juste de passer les 500km !

Il est donc parfaitement normal que je n’ai eu aucun ennui, aucun entretien, aucun travail sur ce vélo : il n’a tout simplement pas encore roulé le tiers de la distance à partir de laquelle l’usure de certains composants se fait sentir.

Mon intuition était complètement trompeuse.

Cette anecdote prête à une morale générale : souvent, nous nous laissons emporter par des intuitions, des similitudes. Les deux vélos étant en permanence côte à côte dans le garage, il est normal de les comparer. Le fait de prendre de temps en temps le vélo de réserve me donnait l’impression que les deux vélos vivaient une vie presque similaire. Certes, je pensais l’utiliser trois ou quatre fois moins. Mais les chiffres révèlent qu’il s’agit de quinze fois moins !

Lorsque vous avez des convictions, des intuitions, confrontez-les aux faits, aux chiffres réels.

Beaucoup de nos problèmes viennent du fait que nous suivons aveuglément nos intuitions, même lorsque les chiffres nous démontrent l’absurdité de nos croyances. Aujourd’hui encore, les politiciens prônent l’austérité afin de relancer l’économie, ils prônent l’expulsion d’étrangers pour libérer des emplois là où tous les exemples connus ont démontré l’absurde inanité et la contre-productivité de ce genre de mesures.

Pire : aujourd’hui, il y a encore des gens pour voter pour ces politiciens.

À ceux-là, racontez-leur donc l’histoire de mon second vélo.

 

Photo par AdamNCSU.

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Printeurs 42https://ploum.net/?p=5764http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20161206_123517_Printeurs_42Tue, 06 Dec 2016 11:35:17 +0000Ceci est le billet 42 sur 43 dans la série PrinteursEn parallèle aux aventures de Nellio, Eva et les autres, un étrange personnage continue sa vie : l’ex-ouvrier 689. Je n’en reviens pas. Je n’en crois pas mes yeux. J’étais sûr de l’avoir tué. Pourtant, aujourd’hui, le plus jeune est revenu. Cela fait des cycles […]]]>
Ceci est le billet 42 sur 43 dans la série Printeurs

En parallèle aux aventures de Nellio, Eva et les autres, un étrange personnage continue sa vie : l’ex-ouvrier 689.

Je n’en reviens pas. Je n’en crois pas mes yeux. J’étais sûr de l’avoir tué. Pourtant, aujourd’hui, le plus jeune est revenu.

Cela fait des cycles et des cycles de sommeil que je suis cloîtré dans un confortable appartement. Le plus vieux m’a expliqué qu’il s’agissait de me protéger. En tant que travailleur, je suis un témoin clé dans le procès qu’il veut faire. À qui ? Je ne suis pas sûr de comprendre… Au système, aux riches, aux puissants, aux contre-maîtres. Peu importe, mon pouvoir marche d’autant mieux lorsqu’il est confronté à un idéalisme naïf et béat.

De temps en temps, le plus vieux vient me rendre visite afin de m’interroger, de dresser un tableau de la vie dans l’usine. Au vu de ses réactions à mes révélations initiales, j’ai préféré ne pas tout dire. Il risquerait de ne pas me croire.

Mais lorsque la porte s’est ouverte aujourd’hui, j’ai failli défaillir de surprise. Le plus jeune était là, souriant, complètement insensible à mon pouvoir. Il s’est dit amnésique et j’ai réussi à cacher mon trouble, à prétendre que je le connaissais pas.

Ce monde obéit-il à d’autres lois ? La mort et la douleur ne sont-elles pas les armes ultimes que je croyais maitriser ? Pour la première fois, le doute me gagne, m’envahit. Mon pouvoir s’étiole. Je tremble !

Tout fonctionnait pourtant comme sur des roulettes. Le plus vieux était bel et bien persuadé que le plus jeune était tombé du ballon par accident. Une fois le plus jeune parti, le plus vieux s’est révélé beaucoup plus vulnérable à mon pouvoir. Du moins le croyais-je…

Je regrette les contre-maitres qui étaient tellement facile à manipuler, je…

612 se tient en face de moi. Il sourit béatement et me couvre de son regard apaisant. Baissant les yeux, je constate que je suis un enfant. Machinalement, mon pouce s’est introduit dans ma bouche.

— La vie est pleine de mystère. Elle ne s’arrête pas à l’atelier et aux contre-maîtres. Un jour, l’un de vous le découvrira. Un jour, il percera les mystères de la vie et nous libérera…

Je hurle, je me rue en vociférant sur 612. Dans un craquement sourd, mon corps d’adulte s’écrase sur les parois de l’appartement. La douleur me réveille, me rassure. Ô toi, ma vieille amie, ma fidèle compagne, celle qui m’accompagnera jusqu’à la mort et au delà, celle qui me fera lutter, qui me réveillera, ô toi douleur…

Le crâne de 612 éclate tout autour de moi. Du sang ruisselle sur les murs, des lambeaux de cervelles gluants dégoulinent du plafond et, partout, le visage de 612 flotte en murmurant :
— Tu es noble !

À mes pieds, le sol est jonché de cadavres des travailleurs que j’ai fréquenté. Je reconnais chaque visage, chaque numéro. Les corps se décomposent, l’odeur me prend à la gorge et, soudain, chaque mort donne naissance, dans une explosion de pu et de chairs putrides, à un bébé sanguinolent, hurlant. Tournant leurs têtes vers moi, les bébés se mettent à ramper. Ils tiennent dans leurs petites menottes les jouets, les appareils électroniques, les outils que j’ai fabriqué. Ils les dévorent avant de ramper et de toucher, un par un, tous les objets de l’appartement.

L’un des bébés, mi-homme, mi-fœtus, caresse le rideau qui se gorge aussitôt de sang. Un autre s’empare de la tablette de divertissement qui se décompose en chairs putréfiées. Le plus effrayant se met soudain à flotter jusqu’au plafond avant d’avaler l’ampoule intelligente qui se transforme en millions de mouches bourdonnantes.

Les vêtements que je porte se mettent à hurler, à briller de longs éclairs de douleurs.

Plié en deux, je me met à vomir sous les sordides ricanements des bébés dont les visages se couvrent de rides et d’une barbe blanche.

Combien de temps suis-je resté dans le coma, étendu au milieu de la pièce ? Des heures ? Des jours ?

À mon réveil, tout m’a semblé effroyablement normal. Mais, au creux de mon estomac, j’ai ressenti une émotion nouvelle, angoissante. Une peur non physique. Ma vie n’est pas en danger, je n’ai pas à me défendre et, pourtant, j’ai peur, je tremble. Je veux oublier ! Et si le plus vieux décidait de me renvoyer à l’usine ? J’ai failli à ma mission ! Je serai probablement rétrogradé au plus bas de l’échelle, je redeviendrai le travailleur que j’ai toujours été.

Les genoux tremblants, je tente de me redresser et de me ressaisir. Je n’ai pas le choix, je dois continuer, je dois escalader chaque échelon. S’arrêter, c’est tomber. Monter, encore et encore, tel est mon destin.

Mais pour aller où ? Vers quels sommets ? C’est peut-être la question qu’il ne faut pas poser car seule l’ignorance me permettra de continuer.

Par quel miracle le plus jeune est-il encore en vie ? Je n’en sais rien et je n’ai pas besoin de le savoir. Je dois juste attraper le prochain échelon et monter, encore et toujours. Je dois écraser le plus vieux, je dois l’utiliser et le jeter. Ce n’est qu’à ce prix que je ne tomberai pas.

Prenant une profonde inspiration, je retrouve mon calme. Mon pouvoir est revenu, je le sens ! Il ne m’a jamais quitté. Le plus jeune est encore vivant ? Qu’à cela ne tienne, je le tuerai une seconde fois. Ou dix fois, cent fois, mille fois s’il le faut ! Car mon pouvoir est revenu et rien ni personne ne pourra plus arrêter ma fulgurante ascension.

Rien ! Pas même ces bébés à tête de vieillards qui rampent désormais partout où je porte mon regard, éructant en silence des moues terrifiées, touchant de leurs mains poisseuses chaque objet, chaque meuble, chaque outil.

Mais je les tiens à l’œil. Car eux aussi subiront désormais l’étendue de mon pouvoir.

 

Photo par Antoine Skipper.

Ce texte est a été publié grâce à votre soutien régulier sur Tipeee et sur Paypal. Je suis @ploum, blogueur, écrivain, conférencier et futurologue. Vous pouvez me suivre sur Facebook, Medium ou me contacter.

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L’argent doit-il être notre seul objectif ?https://ploum.net/?p=5756http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20161201_133107_L___argent_doit-il_etre_notre_seul_objectif__Thu, 01 Dec 2016 12:31:07 +0000En tant qu’humains, nous fonctionnons avec des objectifs. La mesure liée à cet objectif, que j’appelle « observable », peut pervertir complètement le système au point de le détourner de son objectif initial. J’ai introduit le concept dans « Méfiez-vous des observables » mais sachez que, dans notre société, l’observable par défaut est l’argent. L’amour, le couple […]]]>

En tant qu’humains, nous fonctionnons avec des objectifs. La mesure liée à cet objectif, que j’appelle « observable », peut pervertir complètement le système au point de le détourner de son objectif initial. J’ai introduit le concept dans « Méfiez-vous des observables » mais sachez que, dans notre société, l’observable par défaut est l’argent.

L’amour, le couple et le restaurant

Comme je l’ai expliqué à travers la fable des voitures en Observabilie, nous vivons dans un monde dont certains aspects sont difficiles à quantifier. Nous nous rabattons alors sur des « observables », faciles à mesurer. Mais si une observable est même très légèrement décorrélée de l’aspect original, le fait de mesurer va amplifier cette décorrélation jusqu’à l’absurde.

« Toute utilisation d’une observable imparfaitement liée à un objectif va tendre à maximiser la décorrélation entre cette observable et l’objectif »

Prenons un exemple simple : si vous souhaitez augmenter l’amour dans votre couple, l’amour est une donnée difficilement mesurable. Par contre, si votre conjoint remarque que vous vous invitez mutuellement plus souvent au restaurant lorsque vous êtes amoureux, vous pouvez décider de prendre le nombre de sorties gastronomiques par mois comme observable de votre amour.

Après quelques temps, vous serez sans même en avoir conscience encouragé à aller au restaurant le plus possible. Idéalement tous les soirs !

Serez-vous pour autant plus amoureux ? Dans le meilleur des cas, rien n’aura changé. Dans le pire, vous pourriez même détruire votre couple par cette absurde obsession des restaurants, vous prendrez du poids et dilapiderez vos économies.

Cela semble évident dans ce cas de figure mais pourtant nous le reproduisons en permanence avec une observable presqu’aussi absurde que le nombre de sorties au restaurant par mois. Une observable devenue universelle. L’argent !

L’argent, notre principale observable

Toute notre société, toutes nos valeurs nous poussent à maximiser l’argent.

Telle personne prétend que sa priorité dans la vie est d’éduquer ses enfants et va tout faire pour… gagner de l’argent afin de payer une école privée même si cela implique d’aller travailler à l’étranger en ne voyant ses enfants qu’une fois par mois.

Une autre veut vivre paisiblement dans un coin tranquille et va, en conséquence, travailler très dur dans une grande ville pendant des décennies afin de… “gagner assez pour arrêter de travailler”.

Ces cas ne sont bien entendu pas universels et nombreuses sont les occasions où nous refusons un gain financier. Mais il est amusant de remarquer que lesdites occasions seront mûrement réfléchies et devront être justifiées de long et en large. Par défaut, gagner de l’argent est la situation la plus intéressante. Nous pousserons la perversité jusqu’à quantifier n’importe quoi, y compris notre bonheur, au moyen d’équivalents financiers.

L’argent est devenu une observable tellement universelle que même le bonheur se mesure en argent. Saviez-vous qu’aux États-Unis le fait de supprimer les trajets quotidiens maison-travail correspondait, en terme de bonheur, à une augmentation salariale de 40.000 dollars par an ? Le bonheur est donc quantifiable en dollars ? N’est-il pas choquant que l’un des arguments majeurs dans la prévention des suicides soit… le coût à la société d’un suicide (849.878 $ au Canada. C’est précis !) ? Une vie de moins importe peu. Par contre, si cela coûte, il faut agir !

Si nous voulons diminuer le nombre de suicide, ce serait uniquement pour économiser de l’argent !

Est-il tout simplement possible de convertir la douleur d’un suicide en une perte financière ? Et quelle conclusion devrait-on tirer si, par hasard, le calcul avait eu pour résultat qu’un suicide rapporte à la société ?

La disparition des abeilles est inquiétante ? Non, pas réellement. Mais il suffit d’affirmer que les pollinisateurs effectuent un travail évalué entre 2 et 5 milliards d’euros par an en France pour obtenir l’attention de l’auditoire. Ajoutons qu’ils créent 1.4 milliards d’emplois dans le monde et le tour est joué. Sans insectes pollinisateurs, nous crèverons littéralement de faim. Mais ce n’est pas grave. Ce qui est grave, ce serait de perdre des milliards d’euros et des emplois…

Même le manque de sommeil est monétisé et est estimé à 411 milliards de dollars par an pour l’économie américaine.

C’est d’ailleurs le piège dans lequel sont tombés les écologistes en prétendant que l’écologie était plus économique et permettrait de créer des emplois. Il suffit de leur répondre que, dans ce cas, le marché s’orientera naturellement vers la solution la plus écologique et qu’il ne faut surtout pas intervenir.

Tout comme compter le nombre de sorties au restaurant, l’argent est une observable bien pratique et, de plus, universelle. À quelques très rares exceptions, tous les êtres humains utilisent aujourd’hui de l’argent qui est convertissable en n’importe quelle autre monnaie.

L’impossibilité des objectifs multiples.

La sagesse populaire nous enseigne qu’à courir deux lièvres, on n’en attrape aucun. Et, inconsciemment, tout humain et toute institution humaine applique ce principe en ne maximisant qu’un seul et unique objectif.

Si plusieurs objectifs sont énoncés, tout le système optimisera l’objectif principal via son observable. Si cela permet d’atteindre également les autres objectifs, tant mieux. Sinon, et bien, par définition, un objectif secondaire cédera le pas face à l’objectif principal. Il s’ensuit que tout objectif secondaire est inutile : s’il est atteint, c’est par pure chance.

Or, comme nous venons de le voir, l’observable par défaut est l’argent. L’objectif par défaut devient donc le fait de s’enrichir.

On peut d’ailleurs remarquer que les personnes dont l’objectif principal n’est clairement pas s’enrichir détonnent dans notre société. Comme l’argent n’est qu’un moyen de subsistance pour eux, ils gagnent un strict minimum et se consacrent à un objectif qu’ils ont choisi en conscience. Ils paraissent rebelles, alternatifs, étonnants. Ironiquement, affirmer vouloir gagner de l’argent est souvent mal perçu. Gagner de l’argent est notre seul et unique objectif mais il faut le cacher, être hypocrite.

Sans une direction très forte et très claire posant une observable autre que l’argent, tout projet se tournera automatiquement vers le profit. Au mieux le projet deviendra commercial, au pire les membres s’entre-déchireront et tenteront de gagner ou de perdre le moins possible d’argent.

Créer un projet dont l’observable n’est pas l’argent implique donc un travail permanent d’affirmation d’un objectif principal et de l’observable qui lui est associée.

Si l’affirmation de cet objectif n’est pas assez forte, l’observable argent reprendra le dessus. Si l’observable commune manque ou est floue, les individus se baseront sur leur observable personnelle. Très souvent, il s’agira de l’argent. La cupidité individuelle détruira le projet ou, au moins, en détournera l’intention initiale.

Dans le monde du business et des entreprises, la question ne se pose même pas : le but d’une entreprise étant de faire de l’argent, tout autre objectif sera graduellement réduit et sera corrompu au moindre signe de conflit entre cet objectif secondaire et celui de gagner de l’argent. L’écologie, le bio, le social sont des exemples frappants : d’objectifs secondaires louables, ils sont devenus de simples arguments marketing, cachant parfois des pratiques d’un cynisme total. Dans le meilleur des cas, ces objectifs secondaires sont devenus des vœux pieux qui donnent bonne conscience aux travailleurs.

L’absurdité ultime : le PIB

Le parangon de l’absurdité des observables revient à la plus grande de nos institutions : l’état, pour qui l’observable principale est également devenu l’argent avec la mesure du PIB.

Je ne détaillerais pas l’absurdité du PIB, certains l’ont fait mieux que moi. Il suffit de savoir que si vous me payez 50€ pour creuser un trou et que je vous paye le même prix pour le reboucher, nous avons augmenté le PIB de 100€ alors que rien, absolument rien, n’a changé dans le monde. Ni le trou (qui est rebouché), ni nos comptes en banque respectifs.

Pourtant cette mesure est désormais celle qui contrôle absolument tout le reste. L’exemple le plus frappant nous vient de la Grèce : alors que la crise a poussé un nombre incalculable de grecs dans la misère la plus totale, que le taux de suicide est au plus haut et que la santé s’y détériore rapidement, personne ne s’en préoccupe réellement.

Mais que le gouvernement grec annonce peut-être prendre des mesures qui pourraient impacter le PIB des pays voisins et toute la classe politique s’indigne soudainement. Il faut vous y faire : votre seule utilité dans un tel système est de faire croître le PIB.

Identifiez l’objectif de votre interlocuteur

Une fois ce principe bien acquis, tout un univers qui semble absurde devient soudainement logique. Il suffit d’identifier l’objectif réel de votre interlocuteur. L’unique objectif d’un politicien, par exemple, sera d’être réélu. Toute action qu’il entreprend ne l’est que dans le seul et unique objectif de maximiser son observable : les voix reçues aux prochaines élections.

Tout argent public dépensé ne le sera donc que de deux manières possibles : soit parce que cela donne de la visibilité au politicien qui a pris la décision, soit parce que cela lui rapporte directement ou indirectement. C’est ce que j’ai appelé « la boucle d’évaporation ».

Tout employé payé à l’unité temporelle (heure, semaine, mois, …) aura pour unique objectif de justifier le temps qu’il passe. Si le travail se réduit au point de disparaître, l’employé fera tout, même inconsciemment, pour inventer une complexité permettant de justifier ce temps. Au contraire, toute personne payée au forfait aura pour unique objectif d’y passer le moins de temps possible.

Tout organe de presse financé par la publicité optimisera son fonctionnement pour maximiser l’exposition de son audience à la publicité. Si cette audience se mesure en “clics”, alors l’organe de presse se transformera en machine à générer des clics, quel que soient les idéaux sincères des personnes qui composent l’organe de presse.

Notons bien que tout ceci n’est ni positif, ni négatif. C’est juste un fait mécanique et, pour moi, inéluctable.

« Toute organisation humaine tend naturellement vers la maximisation du profit des personnes contrôlant l’organisation ».

Si vos objectifs sont en alignement avec ceux de votre interlocuteur, tout va très bien. Si par exemple vous souhaitez organiser un bal populaire, que vous demandez des subsides et que vous proposez à un politicien de devenir le « parrain » du bal et d’y faire un discours, vos objectifs seront alignés et vous obtiendrez plus que probablement le subside.

Et vous, quel est votre observable ?

L’argent est-il le seul et unique observable universel ? Peut-être. Dans tous les cas, c’est aujourd’hui le plus courant et le plus utilisé. Il faut donc en tenir compte sans le rejeter en bloc. Construire une société sans argent me semble une utopie irréalisable et probablement pas souhaitable.

Par contre, au niveau individuel, nous sommes bien peu à considérer l’argent comme le seul moteur de notre vie. Pourtant, par facilité, nous nous y abandonnons. Nous travaillons plus pour gagner plus. Nous repoussons les prises de risque qui pourraient nous faire perdre de l’argent.

Confronté à cette réalité, nous avons tendance à camoufler. À brandir des objectifs secondaires, des déclarations d’intention. À nous tromper nous-mêmes.

Mais alors, quel est l’observable de nos vrais objectifs personnels, ceux que nous n’avons jamais pris la peine d’explorer, de conscientiser ?

Car si nous voulons changer le monde et nous changer nous-même, il faut se fixer un réel objectif principal avec une observable digne de lui.

 

Photo par Glenn Halog.

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Laprimaire.org, une expérience de démocratiehttps://ploum.net/?p=5725http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20161126_123645_Laprimaire.org__une_expe__rience_de_de__mocratieSat, 26 Nov 2016 11:36:45 +0000Étymologiquement, la démocratie signifie le pouvoir par le peuple. Elle s’oppose à l’aristocratie où le pouvoir est détenu par une minorité. Dans la société d’aujourd’hui, force est de constater que ce que nous appelons démocratie n’en est pas une. Le pouvoir réel est toujours détenu par une minorité. Mais, contrairement à une aristocratie traditionnelle héréditaire, […]]]>

Étymologiquement, la démocratie signifie le pouvoir par le peuple. Elle s’oppose à l’aristocratie où le pouvoir est détenu par une minorité.

Dans la société d’aujourd’hui, force est de constater que ce que nous appelons démocratie n’en est pas une. Le pouvoir réel est toujours détenu par une minorité.

Mais, contrairement à une aristocratie traditionnelle héréditaire, l’aristocratie moderne est désormais choisie par le peuple à travers le processus électoral. Nous vivons dans une aristocratie démocratiquement représentative, le processus électoral nous permettant de nous affubler du titre de « démocratie ».

Les faiblesses des élections

Comme je le soulignais dans « Et si on tuait le parti pirate ? », se faire élire et être un élu sont deux métiers fondamentalement différents voire antagonistes. Ceux qui maîtrisent l’art de se faire élire vont conquérir le pouvoir et s’y maintenir, quelles que soient leurs actions. Notre système est donc complètement inféodé aux faiblesses du processus électoral choisi.

Deux qualités sont essentielles pour être élu : la popularité et l’accès à l’argent, l’argent permettant d’acheter la popularité à travers les campagnes électorales. L’élection va donc favoriser l’émergence de personnages riches, représentant les intérêts d’autres riches et étant maîtres dans l’art de l’apparence ou du détournement de l’attention à travers un programme aussi inutile que mensonger.

Les méthodes de calcul des résultats électoraux, elles-mêmes, vont avoir un poids définitif. Ainsi, le système à deux tours français va avoir tendance à tuer tout candidat favorisant le compromis ou l’innovation au profit de celui qui sera inacceptable pour 49% des électeurs mais suffisant pour 51%.

Aux États-Unis, le système des grands électeurs permet l’élection d’un président moins populaire que son adversaire. Deux fois (Bush vs Gore en 2000 et Trump vs Clinton en 2016), le gagnant ne l’est devenu qu’en emportant de manière très suspecte l’état de Floride.

Ce que nous appelons démocratie est donc un ensemble de règles donnant le pouvoir à celui qui saura le mieux les exploiter, légalement ou illégalement.

Le futur de la démocratie

Comme je le décris dans mes billets « Il faudra la construire sans eux » et « Obéir, lire, écrire, les trois apprentissages de l’humain », je pense que nous sommes arrivés à un tournant de l’histoire.

Après l’aristocratie et l’aristocratie démocratiquement représentative (plus communément appelée « démocratie »), il est temps de réinventer une nouvelle forme de gouvernance.

Selon moi, cette post-démocratie sera fondée sur les outils technologiques de son époque, à savoir Internet et la blockchain. Les expériences de démocratie liquide nous ouvrent la voie en ce sens.

Cependant, cette (r)évolution n’est pas encore là et il faut bien composer avec le système en place. Comment apporter de nouvelles idées dans un système structurellement construit pour favoriser le conservatisme ?

Le candidat Jean-Luc Mélenchon, par exemple, promet s’il est élu de former une assemblée constituante puis de démissionner. Dans l’idée, c’est évidemment magnifique. Mais Mr Mélenchon reste un homme politique traditionnel issu d’un parti traditionnel cherchant avant tout à défendre des valeurs. Cette défense de valeurs pourrait être en conflit avec la mise en place d’un nouveau système.

L’expérience de laprimaire.org

Tenter d’utiliser les outils modernes pour perturber, même légèrement, le système en place, c’est exactement ce que tente de faire laprimaire.org pour les élections présidentielles françaises de 2017.

Le principe est assez simple : un règlement fixé à l’avance pour désigner un candidat unique, un candidat issu du net et choisi par tous les citoyens qui le souhaitent.

Début 2016, tout citoyen français pouvait se déclarer candidat. Afin d’être sélectionné pour le second tour, il fallait obtenir 500 soutiens d’autres citoyens français. Une barrière arbitraire, certes, mais facilement franchissable pour qui avait la motivation de devenir réellement candidat.

Sur 215 candidats déclarés, ils furent 16 à passer le cap des 500 soutiens. Tous les citoyens inscrits sur laprimaire.org ont ensuite été appelés à choisir leurs 5 candidats préférés parmi les 16 qualifiés à travers un processus se basant sur le « jugement majoritaire ».

De ces 5 candidats, un seul sera finalement choisi comme le candidat de laprimaire.org pour se présenter réellement aux présidentielles. Mais les organisateurs avaient fixé une limite minimale de 100.000 citoyens inscrits avant de poursuivre l’aventure.

Ils sont actuellement près de 97.000. Alors, si vous êtes citoyen français, vous savez ce qu’il vous reste à faire pour voir se présenter un candidat à la présidentielle issu non pas d’un parti mais bien d’un processus citoyen innovant.

Même si ce candidat n’a aucune chance, sa simple présence sur les bulletins de vote assurera une incroyable publicité au fait que, oui, Internet permet désormais un nouveau mode de gouvernance. Que nous avons faim de remises en question, d’idées nouvelles, d’explorations. Que nous souhaitons prendre en main notre destin !

Laprimaire.org n’est certainement pas parfaite mais c’est une expérience réelle qui innove, qui essaie et qui s’ouvre à toutes les tendances politiques. Étant belge, je ne peux participer mais je recommande chaudement à mes lecteurs français de s’inscrire.

Vite, il ne vous reste que deux semaines !

 

Photo par Will Keightley. Relecture par le gauchiste.

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Obéir, lire, écrire : les trois apprentissages de l’humainhttps://ploum.net/?p=5720http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20161123_143737_Obeir__lire__ecrire___les_trois_apprentissages_de_l___humainWed, 23 Nov 2016 13:37:37 +0000Comme je le soulignais dans « Il faudra le construire sans eux », l’humanité est passée par plusieurs étapes liées à l’écriture. Chaque étape a modifié notre conscience de nous-même et le rapport que nous entretenons avec la réalité. Au commencement Durant la préhistoire, l’humanité est dans sa petite enfance. Sans écriture, l’information est mouvante, sujette […]]]>

Comme je le soulignais dans « Il faudra le construire sans eux », l’humanité est passée par plusieurs étapes liées à l’écriture. Chaque étape a modifié notre conscience de nous-même et le rapport que nous entretenons avec la réalité.

Au commencement

Durant la préhistoire, l’humanité est dans sa petite enfance. Sans écriture, l’information est mouvante, sujette à interprétation. La transmission se fait de manière floue, interprétée et adaptée. La vérité n’existe pas, tout est sujet à interprétation.

Le terme « préhistoire » n’est pas anodin. Les humains n’ont en effet pas la conscience de faire partie de l’histoire, d’une évolution. Ils vivent dans le moment présent.

Cette situation est comparable à celle d’un nouveau-né qui réagit par réflexe aux stimuli extérieurs mais sans conscientiser son existence et ni celle d’une réalité extérieure.

Obéir, le premier apprentissage

Avec l’invention de l’écriture apparaît la notion d’une réalité extérieure immuable, la vérité. Ce qui est écrit ne peut être modifié et, contrairement aux souvenirs ou à la transmission orale, permet la création d’une vérité immuable. Comme toute innovation technologique importante, l’écriture est parfois perçue comme magique, surhumaine.

De la même manière, un enfant comprend que les adultes détiennent un savoir que lui ne possède pas. Il apprend donc à obéir à l’autorité.

Pour l’humanité, l’écriture est un instrument d’autorité à la fois géographique (les écrits voyagent) et temporel (les écrits se transmettent). L’écrit est donc perçu comme étant la vérité ultime, indiscutable. Comme pour un enfant à qui on raconte des histoires, la fiction et l’imaginaire sont des concepts incompréhensibles.

Lire, le second apprentissage

L’imprimerie provoque un véritable bouleversement. Pour la première fois, les écrits deviennent accessibles au plus grand nombre. L’humain apprend à lire.

Le fait de lire permet de prendre conscience que tout écrit doit être interprété. Face à différentes sources parfois contradictoires, le lecteur comprend qu’il doit reconstruire la vérité en utilisant son esprit critique. L’impression de la bible, par exemple, aura pour conséquence directe la naissance du protestantisme.

Si l’imprimerie a permis de diffuser l’information, seule une minorité contrôlait ce qui était imprimé. Cette compréhension du rôle fondamental de l’écriture a d’ailleurs conduit au copyright, outil de censure créé dans le seul et unique but de s’assurer que rien de ce qui était imprimé ne remettait en cause le système (et non pas pour protéger les auteurs).

Comme nous l’a montré la révolution française, le copyright n’a pas été un garde-fou suffisant. La technologie l’a emporté, l’autorité suprême est rejetée au profit du débat et du consensus. Du moins en apparence. L’individu devient citoyen. Il n’accepte plus une autorité arbitraire mais uniquement celle qu’il a choisie (ou qu’il a l’impression d’avoir choisie). C’est l’avènement de la démocratie représentative et de son apanage direct, la presse.

L’enfant apprend à désobéir, à questionner l’autorité et à se faire sa propre opinion. Il n’est pas encore autonome mais souvent rebelle. C’est l’adolescence.

Écrire, le troisième apprentissage

Avec l’apparition d’Internet et des réseaux sociaux, écrire, être diffusé et lu devient soudain à la portée de n’importe quel individu.

Que ce soit pour commenter un match de football, partager une photo ou ce texte, tout être humain dispose désormais de la faculté d’être lu par l’humanité entière.

L’adolescent a grandi et partage son opinion avec d’autres. Il enrichit le collectif et s’enrichit lui-même de ces échanges. Il devient le créateur de sa propre conscience, une conscience qu’il perçoit comme s’insérant dans un réseau d’autres consciences, parfois fort différentes de la sienne : l’humanité.

L’autorité, même choisie, n’est plus tolérable. Chaque humain étant en conscience, il veut pouvoir décider en direct, être maître de son propre destin tout en s’insérant dans la société. C’est un mode de gouvernance qui reste à inventer mais dont on aperçoit les prémices dans la démocratie liquide.

Selon moi, une conscience globale ne sera donc atteinte que lorsque chaque humain sera lui-même pleinement conscient de son libre arbitre et de sa contribution à l’humanité. Qu’il aura la volonté d’être maître de son destin tout en ayant la maturité pour s’insérer dans une société qu’il co-construit.

Le déséquilibre de l’écriture sans lecture

Obéir, lire, écrire. Trois étapes indispensables à la création d’une conscience autonome et responsable.

Le problème est que, pour l’autorité, il est préférable de garder les humains dans le stade de l’obéissance, de la croyance en une seule vérité immuable et indiscutable. La démocratie représentative n’est alors qu’une façade : il suffit de rendre les électeurs obéissants en ne leur apprenant pas à « lire ».

Avec la généralisation des réseaux sociaux, des humains accèdent directement à l’écriture sans jamais avoir appris à « lire », à être critiques. Ils sont confrontés à des débats, à des opinions divergentes, à des remises en question pour la première fois de leur vie.

Comme je l’explique dans « Le coût de la conviction », cette confrontation est souvent violente et conduit au rejet. Les personnes concernées vont se contenter de hurler leur opinion en se bouchant les oreilles.

La solution la plus pertinente serait de patiemment tenter de mettre tout le monde à niveau, d’enseigner la lecture et l’esprit critique.

Le dangereux attrait de l’autoritarisme

Malheureusement, nous sommes enclins à tomber dans nos travers. Ceux qui écrivent ont tendance à se considérer comme supérieurs et ne veulent pas que d’autres puissent apprendre à lire.

Le fait de pointer Facebook et Google dans la propagation de « Fake News » va exactement dans cette direction. Facebook et Google sont intronisés détenteur de la vérité ultime comme l’étaient les médias. En leur demandant explicitement de traiter différemment les “fake news” et les “real news”, nous leur donnons le pouvoir de contrôler ce qui est vrai et ce qui ne l’est pas, nous leur demandons de contrôler la réalité.

Est-ce souhaitable ?

Je pense que ce serait une véritable catastrophe. Au contraire, nous devons être sans cesse confrontés à des informations contradictoires, à des nouvelles qui contredisent nos croyances, à des réflexions qui démontent nos convictions.

Nous devons réaliser que les médias à qui nous avons délégué ce pouvoir de vérité sont mensongers et manipulateurs, même inconsciemment. Ils gardent jalousement l’écriture et sont donc devenus des obstacles à l’évolution de l’humanité.

Si nous voulons sortir de l’obéissance aveugle, nous devons apprendre à critiquer, à accepter nos erreurs. Nous devons apprendre à lire et à écrire !

Désobéir, lire, écrire…

 

Photo par David Fielke.

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La conscience et la fragilité de la viehttps://ploum.net/?p=5709http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20161112_153610_La_conscience_et_la_fragilite_de_la_vieSat, 12 Nov 2016 14:36:10 +0000Si on prend la peine d’y réfléchir, notre vie est un incroyable équilibre, une formidable symbiose entre des milliards de cellules. Chacune est unique, périssable, remplaçable et pourtant toutes sont dépendantes des autres pour exister. Les cellules n’existent que grâce à l’entité supérieure qu’elles forment : un être humain ! Que cette fragile harmonie entre […]]]>

Si on prend la peine d’y réfléchir, notre vie est un incroyable équilibre, une formidable symbiose entre des milliards de cellules.

Chacune est unique, périssable, remplaçable et pourtant toutes sont dépendantes des autres pour exister. Les cellules n’existent que grâce à l’entité supérieure qu’elles forment : un être humain !

Que cette fragile harmonie entre des milliards d’individus se rompe et, aussitôt, c’est le corps tout entier qui souffre. Que quelques cellules décident de ne plus collaborer, d’entrer dans une égoïste croissance incontrôlée et c’est la personne entière qui est atteinte d’un cancer.

Lorsque le déséquilibre devient trop grand, que la symphonie se transforme en fausses notes, vient l’heure de mourir.

La mort signifie la fin de la coopération. Les cellules vivent encore mais ne peuvent plus compter sur les autres. Elles sont condamnées à disparaître, à pourrir.

Le corps devient rigide, froid. Les cellules qui le composent s’éteignent petit à petit. Certaines ne veulent pas l’accepter mais il est trop tard. La conscience a disparu, le corps est condamné.

L’agonie se transforme en repos, le râle en silence, les convulsions en immobilité. La moite et étouffante chaleur est devenue un courant d’air. La vie s’en est allée.

Attendez !

Si on prend la peine d’y réfléchir, l’humanité est un incroyable équilibre, une formidable symbiose entre des milliards d’individus.

Que quelques personnes décident de ne plus collaborer, d’amasser au détriment des autres et c’est la planète entière qui est atteinte d’un cancer.

Mais contrairement à un corps, l’humanité n’est pas encore arrivé au stade de la conscience. Nous pouvons encore la sauver, soigner les terribles cancers qui la rongent.

Si nous pouvons compter l’un sur l’autre, si nous pouvons collaborer, considérer chaque être humain comme une cellule indispensable d’un seul et unique corps, alors, l’humanité survivra.

Pour survivre, nous n’avons sans doute pas d’autre choix que de créer et devenir la conscience de l’humanité.

 

À ma mamy, décédée le 15 octobre 2016. Photo par Sarahwynne.

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(Ré)Apprendre à rêverhttps://ploum.net/?p=5705http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20161110_085032__Re_Apprendre_a_reverThu, 10 Nov 2016 07:50:32 +0000Nous étions satisfaits d’avoir appris à lire et à obéir. Après le Brexit, la victoire de Trump vient douloureusement nous rappeler que nous devons apprendre à réfléchir ensemble. Apprendre à douter et à construire. À écrire, à penser et à remettre en question notre petit confort mondain. Le pouvoir de l’écriture Comme je l’expliquais dans […]]]>

Nous étions satisfaits d’avoir appris à lire et à obéir. Après le Brexit, la victoire de Trump vient douloureusement nous rappeler que nous devons apprendre à réfléchir ensemble. Apprendre à douter et à construire. À écrire, à penser et à remettre en question notre petit confort mondain.

Le pouvoir de l’écriture

Comme je l’expliquais dans « Il faudra le construire sans eux », je pense que l’humanité est rythmée par les technologies de l’information.

L’écriture nous a donné le concept d’histoire, de vérité, de transmission. Avec l’apparition de l’écriture est également apparue l’autorité centralisée, le pouvoir. L’humain a appris à obéir afin de coopérer.

Mais la lecture restait l’apanage des puissants.

L’imprimerie bouleversa complètement cette structure en apprenant à l’humanité à lire. Désormais, tout le monde, ou presque, pouvait lire, apprendre, découvrir de nouvelles idées.

Le pouvoir s’en trouva modifié. Il prit le nom trompeur de démocratie mais resta concentré dans les mains d’une minorité, ceux qui pouvaient écrire. Écrire les lois. Écrire la vérité telle qu’elle devait être à travers la presse puis les médias.

Avec Internet, chaque humain se retrouva soudainement en mesure d’écrire. Chaque humain avait désormais le pouvoir de façonner la vérité, sa vérité.

Mais, comme les rois et empereurs avant eux, les présidents et autres dirigeants furent incapables de percevoir ce changement qui les déstabilisait et qui ne pouvait que les détrôner.

Bouffie d’impunité et d’arrogance, la classe politicienne se complaisait dans sa réalité qu’elle façonnait avec la complicité des médias et de la presse. La réalité n’était-elle pas sous leur contrôle ?

Ils brassaient l’argent et l’économie mondiale, ils façonnaient une réalité qu’ils croyaient universelle et étaient à ce point déconnectés des autres réalités qu’ils ne pouvaient plus en imaginer l’existence.

Ce n’est donc pas une surprise qu’ils ne virent pas que le reste de l’humanité apprenait à écrire et à se passer d’eux.

Une révolte ? Une révolution !

Lorsque des tentatives de changement voyaient le jour, le pouvoir les étouffait ou, confiant, les laissait mourir afin de servir d’exemple. La technique était simple : se convaincre et convaincre les autres que le changement était impossible, voué à l’échec. Que les réponses apportées étaient indiscutables.

Aux États-Unis, par exemple, un réel mouvement progressiste tenta de porter Bernie Sanders à la présidence. L’homme inspirait la passion et, comme Michael Moore, je suis convaincu qu’il aurait gagné contre n’importe quel adversaire. Il représentait l’espoir d’une génération qui avait appris à lire et qui voulait désormais se mettre à écrire.

Mais Hillary Clinton parvint à convaincre tous les partisans qu’un tel changement était impossible, qu’écrire, c’était bien, mais que la lecture était suffisante pour la majorité.

Les jeunes, les intellectuels, les penseurs critiquaient Hillary Clinton mais se pliaient à la réalité qu’on leur avait tellement bien inculquée. C’est beau de rêver mais les sondages et les médias ont toujours raison. Les politiciens ne sont pas parfaits mais ils savent ce qui est bien pour nous.

À l’époque, j’avais dit que les démocrates regretteraient amèrement d’avoir détruit Sanders, qui représentait leur meilleure chance. Puis, je me suis moi-même plié à cette réalité. J’étais persuadé que le Brexit ne passerait pas, que Trump serait défait. J’ai été un parfait petit représentant de cette frange éduquée et indignée qui se résigne.

Mais toutes ces considérations n’atteignaient pas les franges de la population qui avaient toujours été oubliées, spoliées. La masse qui a soudainement appris à écrire avant même de savoir lire.

Dans une leçon magistrale, cette masse a refusé de se plier aux injonctions d’une réalité que, de toutes façons, elle ne comprenait pas. Insensible à la raison, à la logique, elle démontre qu’il n’est pas nécessaire de se plier à une réalité imposée.

La résignation des millenials

Si les « millenials » et les jeunes étaient les seuls à voter, le Brexit ne serait pas passé, Bernie Sanders serait probablement président. Malheureusement, les millenials ont également appris à « être réalistes », à ne pas se laisser aller à leurs rêves si ceux-ci sont plus gros qu’une belle voiture et une maison 4 façades.

Au fond, les millenials auraient aimé changer le monde mais sans prendre le risque de perturber leur petit confort bien douillet.

Ces millenials, dont je fais partie, sont coupables d’avoir oublié la masse qui n’a pas la chance d’être éduquée, qui n’a plus rien à perdre. Les révoltes progressistes et écologiques contre le pouvoir en place sont, fondamentalement, égocentriques et égoïstes. Nous luttons pour notre idéal sans tenir compte des autres réalités.

Enfermés dans nos bulles de confirmation par les algorithmes des réseaux sociaux, nous avons oublié une partie de l’humanité qui ne savait pas lire, pas écrire.

Une partie de l’humanité qui, ironiquement, s’est trouvée un champion qui personnifie tout ce contre quoi nous devrions nous unir : le profit sans scrupule, l’égotisme maladif, la haine, le rejet de la différence et le non-respect de l’autre.

Reconstruire nos rêves

Si nous ne devons retenir qu’une leçon de l’élection de Trump, c’est que l’ancien monde est mort. Que nous ne pouvons pas faire confiance aux politiciens, aux médias, aux sondages. Il est indispensable d’éteindre définitivement notre télévision, de refuser de consulter les médias financés par l’état et la publicité, d’apprendre à ne plus brader nos émotions.

Il est primordial d’arrêter d’élever le « journalisme » au rang d’outil rebelle au service de la démocratie. C’était le cas au 18ème siècle et les médias, comme les politiciens, tentent de nous garder dans ce passéisme suranné tout en nous poussant à la consommation. Les rares exceptions se reconnaissent : elles n’ont ni publicités ni subventions publiques.

Rendons-nous à l’évidence : les politiciens et les journalistes n’en savent pas plus que nous. Au contraire, ils sont fats, imbus de leur ignorance ! Mais ils sont persuadés d’avoir raison, de contrôler la réalité. Nous ne pouvons même plus leur accorder le bénéfice du doute et nous devons accepter que ces fonctions sont devenues essentiellement néfastes.

Mais nous ne pouvons plus non plus nous complaire dans nos bulles qui nous renforcent dans nos convictions. Il est nécessaire d’écouter les autres, de se confronter.

Aurons-nous la lâcheté de léguer le monde tel qu’il est aujourd’hui à nos enfants parce que nous nous limitons à ce qui est “réaliste” ? Aurons-nous l’honnêteté intellectuelle de leur dire que nous avons préféré consacrer notre énergie à payer une maison et une carte essence plutôt qu’à rendre le monde un tout petit peu meilleur ?

Il est urgent de réapprendre ensemble à lire, à écrire et, surtout, à rêver et à désobéir, même au risque de tout perdre. Le monde n’est-il pas façonné par ceux qui n’ont plus rien à perdre ?

 

Photo par Joel Penner.

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Printeurs 41https://ploum.net/?p=5700http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20161104_131707_Printeurs_41Fri, 04 Nov 2016 12:17:07 +0000Ceci est le billet 41 sur 43 dans la série PrinteursNellio, Eva, Max et Junior se sont engoufrés dans une voiture un peu particulière. — Bon sang, mais c’est une voiture de flics ! — Et oui, fait Junior avec un sourire désarmant. J’ai l’avantage de connaître tous leurs petits points faibles. Utilisant sa main […]]]>
Ceci est le billet 41 sur 43 dans la série Printeurs

Nellio, Eva, Max et Junior se sont engoufrés dans une voiture un peu particulière.

— Bon sang, mais c’est une voiture de flics !
— Et oui, fait Junior avec un sourire désarmant. J’ai l’avantage de connaître tous leurs petits points faibles.

Utilisant sa main nouvellement greffée, Junior pianote sur l’écran et, d’une pression, valide la destination. Des instructions s’affichent mais, curieusement, la voiture ne bouge pas. Junior s’empare alors d’un curieux objet circulaire et…

— Accrochez-vous les gars, Junior est au commande !
— Junior, ne me dit pas que tu pilotes ce truc en mode manuel !
— Et oui mon pote, les voitures des policiers d’élite sont avant tout manuelles, pour éviter tout brouillage ou piratage trop simple. J’ai appris à conduire même, si je vous l’avoue, c’est la première fois que je le fais sans avatar !

Max se tourne vers moi.
— En mode manuel, les voitures n’identifient pas les occupants. Ne me demande pas pourquoi, sans doute un vieux bug informatique. Mais cela va nous permettre de gagner du temps et d’arriver au siège du conglomérat avant d’être repérés.
— Et une fois là-bas, on fait quoi ?

Le silence se fait un instant dans l’habitacle.
— On improvise, répond Eva d’une voix très douce. Mais je pense qu’on ne nous laissera pas beaucoup de choix.

Une froide distance semble s’être installée entre Eva et moi. Je n’arrive plus à la percevoir, à la comprendre. J’ai face à moi une étrangère, une inconnue. J’aimerais faire un geste, lui demander des explications, lui montrer de l’empathie mais je ne fais que croiser son regard fuyant, son front contracté, ses lèvres serrées.

Maladroitement, je fais un geste vers elle, je la touche. Elle sursaute mais ne se retourne pas. J’ai l’étrange impression d’être à la fois victime et coupable, de devoir m’excuser après avoir été humilié.

— Eva, dis-je doucement. Est-ce que tu pourrais m’expliquer ce que je suis le seul à ne pas comprendre ? Que sont ces outils de masturbation à ton effigie ?

— Masturbation, c’est peut-être pas le mot que j’aurais employé, nous interrompt Max. Avec le projet Eva, la différence entre la masturbation et le coït devient vraiment ténue. Il s’est toujours dit que les réels progrès technologiques se faisaient d’abord dans l’industrie du porno. Nous n’avions juste pas pensé à appliquer la loi de Turing à cette règle.

— Tu veux dire, fais-je en déglutissant, que l’on pourra considérer l’intelligence artificielle comme douée de raisonnement le jour où les humains feront l’amour à un robot sans le savoir ?

— Quelques choses dans le genre, oui. Et j’avoue que, de ce côté là, le projet Eva est incroyablement innovant et surprenant. Je ne suis pas sûr que les créateurs se soient vraiment rendu compte de ce qu’ils faisaient.

— Ils ne se sont rendu compte de rien, je le garantis, intervient brusquement Eva. Ils n’ont fait que suivre mes instructions. Du moins au début… Avant…

Max semble aussi surpris que moi. Nous n’avons pas le temps d’esquisser un geste qu’une brusque secousse nous projette les uns contre les autres dans la voiture.

— Ah oui, accrochez-vous, nous lance Junior, hilare ! Le mode manuel est généralement un peu moins fluide et beaucoup plus dangereux que la conduite automatique traditionnelle !

Une embardée particulièrement violente projette mon front contre le nez d’Eva. Son visage reste fixe, sans émotion mais une goutte de sang perle le long de sa narine et vient s’étaler sur sa lèvre supérieure. Machinalement, Eva porte un doigt à sa bouche, le frotte et le contemple longuement avant de me jeter un regard étonné, comme apeuré.

— Du sang ! Est-ce que tu…

— Non, fais-je en me dépêtrant de la situation inconfortable dans laquelle je suis tombée. Je n’ai rien. Il s’agit de ton sang.

— Mon sang ? Mon sang ?

Sa surprise me parait étrange mais Junior, concentré sur sa route, ne me laisse pas le temps d’investiguer.

— Waw, ça revient vite la conduite manuelle. Désolé pour les chocs mais y’a du traffic. J’espère qu’on ne va pas tomber sur un autre attentat !

Tout en donnant de violents coups de volant, il continue à grommeler dans sa barbe.

— Saleté de califat. On aurait dû les atomiser depuis longtemps.

Max éclate de rire.

— Parce que tu penses vraiment que ce califat islamique est derrière ces attentats ?

— Bien sûr, qui d’autre ?

— N’importe qui ! Quoi de plus facile que de créer un ennemi virtuel qui aurait tous les attributs que la majorité déteste mais qui séduirait les plus psychopathes d’entre nous ?

Junior sursaute.

— Hein ? Mais quel serait l’intérêt ?

— Facile, continue Max de sa voix douce et convaincante. Un ennemi commun qui unit le peuple sans discussion, qui fait que tout le monde se serre les coudes. Sans compter que les attentats créent beaucoup d’emplois : les morts qu’il faut remplacer, les dégâts à réparer, les policiers pour sécuriser encore plus les périmètres. Ton boulot, tu le dois principalement aux attentats !

— Tu voudrais dire que le califat serait inventé de toutes pièces ? Mais comment seraient recrutés les terroristes ? Ça n’a pas de sens !

— Le califat existe, intervient brutalement Eva. Son existence pose d’ailleurs de plus gros problèmes que de simples attentats. Il est le reliquat animal de l’humanité, cette partie sauvage qui est en chacun de nous et que nous refusons de voir, ce fragment de notre inconscient collectif qui nous transforme en bêtes féroces ne pensant qu’à tuer et à copuler pour propager nos gênes.

— Copuler ? Au califat ? Ils sont plutôt rigoristes là-bas, fais-je avec un pauvre sourire.

Eva me darde de son regard noir.

— Justement ! Le rigorisme n’est que l’apanage des pauvres, la façade. Les puissants, eux, disposent de harems. Le califat est encore à un stade de l’évolution où le mâle tente de multiplier les femelles afin de les ravir aux autres mâles. Cette compétition accrue entre les mâles les rend fous et prêts à n’importe quel acte insensé, même au suicide. Quand aux femmes, elles ne sont que du cheptel et traitées comme tel.

— Heureusement que nous n’en sommes plus là. L’égalité entre les hommes et les femmes…

Je n’ai pas le temps de terminer ma phrase qu’Eva m’interrompt, au bord de l’hystérie. Elle hurle, sa voix résonne comme une sirène dans l’étroit habitacle de la voiture.

— Tu penses que nous avons progressé ? Que nous valons mieux qu’eux ? La vue de l’usine ne t’a pas suffi ? Pourquoi crois-tu que j’ai été fabriquée ?

Je reste un instant bouche bée. Le silence s’est brutalement installé.

— Fabriquée ? Que veux-tu dire Eva ?

Photo par Andy Rudorfer.

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Le mas aux mannequinshttps://ploum.net/?p=5695http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20161031_162937_Le_mas_aux_mannequinsMon, 31 Oct 2016 15:29:37 +0000La petite route grimpait en zigzaguant sous un soleil de plomb. Depuis la sortie du village, nous voguions dans une atmosphère de grillons, d’habitacle surchauffé et de crissement de bitume fondu. – D’après le plan, c’est au bout de cette route, m’annonça ma femme en épongeant la sueur qui ruisselait sur son front. — J’espère […]]]>

La petite route grimpait en zigzaguant sous un soleil de plomb. Depuis la sortie du village, nous voguions dans une atmosphère de grillons, d’habitacle surchauffé et de crissement de bitume fondu.

– D’après le plan, c’est au bout de cette route, m’annonça ma femme en épongeant la sueur qui ruisselait sur son front.
— J’espère car nous venons de dépasser le bout du monde, dis-je avec un énervement perceptible.

Mon corps ankylosé hurlait contre les kilomètres parcourus, contre la soif, la chaleur. J’arrêtai la voiture devant une vieille grille en fer forgé. Un panneau récent annonçait, entre deux autocollants de guides touristiques et un logo de la fédération des chambres d’hôte :

« Le Mas des Cévennes »

– Au moins, ils ont fait dans l’originalité, murmura ma femme en allant écarter les grilles avant de revenir immédiatement se rasseoir dans la voiture.

Les graviers crissaient sous nos pneus et, au détour d’un grand pin, une énorme bâtisse de crépis beige apparut. Des dizaines de fenêtres constellaient la façade sur trois étages. La porte d’entrée, étonnement étroite eu égard au gigantisme du bâtiment, s’ouvrit. Une dame entre deux âges, vêtue d’un tailleur rouge et d’un grand chapeau de paille, apparut et se mit à descendre les quelques marches qui conduisaient au parking.

— Bienvenue au Mas des Cévennes, nous lança-t-elle gaiement. Vous devez être Monsieur et Madame S. ?

Nous acquiesçâmes silencieusement et elle continua sa péroraison de bienvenue.

— J’ai bien reçu votre réservation, je vous ai gardé la chambre du pigeonnier. La plus romantique pour un couple ! Puis-je vous aider à monter vos bagages ?

Elle s’empara d’un de nos plus petits sacs et nous ouvrit le chemin en claudiquant. Pris de pitié, je repris le sac en lui assurant que je monterai les bagages moi-même.

La porte d’entrée ouvrait sur un étroit couloir où un lambris de bois blanc cédait la place, à mi-hauteur, à du velours cramoisi. Une petite console offrait des prospectus sur les différentes activités de la région. À côté, un jeune garçon en culottes courtes et en chapeau se tenait, le regard fixe.

Il me fallu quelques secondes pour réaliser qu’il s’agissait d’un mannequin, du type de ceux qu’on rencontre dans les magasins de vêtement.

Au fond du couloir, assise sur une chaise, se tenait une petite fille affublé d’une robe et d’un chapeau de voiles. Un mannequin elle aussi.

— C’est un ancien pensionnat, expliqua notre hôte. Nous l’avons restauré, mon mari et moi, pour le transformer en partie en chambres d’hôte. J’espère que vous vous y plairez.

Le couloir donnait sur un majestueux escalier de marbre et de porphyre. Tenant la rampe, un mannequin homme vêtu d’une chemise bleu claire semblait nous indiquer la direction. Dans l’embrasure d’une grande fenêtre, un mannequin femme vêtue d’une robe flamenco se prélassait langoureusement. Les murs étaient couverts de peintures grossières représentant des paysages locaux ou des portraits. Dans chaque tableau, le vermillon, l’incarnat et l’écarlate dominaient.

— Le pigeonnier est notre chambre la plus originale mais elle a le défaut d’être au dernier étage. Il va falloir monter…

Je fis comprendre à notre guide que le sport ne nous rebutait pas. Interceptant le regard interrogateur que je posais sur les tableaux, elle se méprit et le confondit avec de l’intérêt.

— C’est moi qui peint, minauda-t-elle avec une certaine fierté. Je m’occupe également de la décoration intérieure. Mais j’espère avoir la chance de vous faire découvrir mon processus créatif.

Sur cette dernière phrase, sa voix avait pris une intonation inquiétante, presque cruelle. Ma femme et moi nous lançâmes un regard horrifié.

Arrivés sur le palier du deuxième étage, où se trouvait un mannequin de jeune fille, les bras étendus comme une somnambule, nous marquâmes une pause. L’étrange dame nous ouvrit une porte dont elle nous tendit la clé. Un étroit escalier de bois montait vers une trappe.

— Voici votre chambre, annonça-t-elle en gravissant les dernières marches.

Le pigeonnier portait bien son nom. La chambre occupait une véritable tourelle au-dessus des toits du bâtiment. Une terrasse permettait d’observer le panorama, depuis le village, en contrebas, jusqu’aux monts qui nous entouraient et derrière lesquels le soleil venait de disparaître.

– Il est déjà tard. Souhaitez-vous dîner ? nous demanda notre hôte. Je vous laisse vous installer. Vous trouverez facilement la salle à manger, elle est au rez-de-chaussée.

Elle tourna les talons et s’engagea difficilement dans l’escalier avant de s’arrêter et nous lancer une dernière précision.

— Au fait, le bâtiment n’est pas entièrement restauré. Je vous demande de ne pas tenter d’ouvrir les portes autres que celle de votre chambre. Certaines ferment mal et donnent sur des pièces inhabitées.

Sur ces mots, elle disparu dans la trappe.

— Qu’en penses-tu ? demandai-je à ma femme tout en défaisant machinalement la valise.
— Qu’elle a autant de talent pour la peinture qu’une vache espagnole.
— Et encore, ce n’est rien comparé à son talent pour la décoration.
— C’est différent. Sa décoration, c’est vraiment glauque.
— Oui, cette femme est assez effrayante. Quand elle a parlé de son processus créatif, j’ai frémis.
— Moi aussi, fis ma femme. Je nous suis imaginés forcés de passer une après-midi et une soirée à la regarder barbouiller ses croutes tout en faisant semblant d’apprécier cela.
— Quelle horreur ! En tout cas, personne n’en parlait dans les commentaires AirBnB.
— Tu oserais le faire, toi ?

Nous éclatâmes de rire et descendîmes jusqu’à la salle à manger.

La pièce était occupée par un couple et deux enfants. Les salutations faites, nous apprîmes qu’ils étaient canadiens, qu’ils étaient là depuis une semaine et comptaient encore rester quelques jours.

Après avoir marqué le minimum d’intérêt requis pour ne pas être complètement grossiers, nous nous installâmes à la table la plus éloignée.

– Ils sont gentils, murmurai-je.
— Oui mais très ennuyeux.
— Comment le sais-tu ? demandai-je, surpris.
— Ils sont ici depuis une semaine et comptent encore rester. Dans ce trou ! Pour trois jours, c’est parfait. On se repose, on dort, on lit, on fait l’amour. Mais après, on se tire ! Passer dix jours avec des enfants dans le trou de cul du monde, ça doit être déprimant au possible !
— Je pense qu’ils se rattrapent dans le choix de leurs vêtements. Vise un peu la chemise du mec : bleue avec des fleurs jaunes et des palmiers ! Quelle horreur !
— Les casquettes des deux gamins ne sont pas mal non plus !

Le repas fut vite expédié et nous remontâmes immédiatement dans notre pigeonnier. De nuit, l’escalier aux mannequins dégageait une inquiétante oppression que les ampoules peinaient à dissiper.

Au fond de chaque couloir, les portes fermées suintaient le mystère et l’interdit. Les vilaines croutes nous dardaient de leur regard mal dégrossi.

Nous regagnâmes avec soulagement l’étroite douceur de notre chambre. Tandis que mon épouse s’affairait dans la salle de bain, je fis quelques pas sur la petite terrasse qui surplombait les toits de tuiles du bâtiment.

En contrebas se dessinait le village. Quelques échos d’une fête locale nous parvenaient à travers l’omniprésence des grillons. La soirée semblait paisible et n’était interrompue que par quelques battements de cloche un peu rouillés issus d’une vieille église.

Je lançai un sourire joyeux aux étoiles. La décoration un peu particulière mise à part, l’endroit semblait idéal pour quelques jours de repos. Bien que petite, la chambre était confortable et étonnamment sobre. La vue sur la vallée était superbe.

Après mes propres ablutions, je me glissai dans les draps de coton et m’endormit aussitôt, bercé par la respiration de ma compagne.

J’ouvris brusquement les yeux. Il faisait encore nuit. Je n’avais aucune idée de l’heure mais les vagues rumeurs de la fête semblaient s’être tues.

Mes sens étaient aux aguets. Mon cœur battait.

Avais-je rêvé ?

Il me semblait avoir entendu un cri, suivi d’un craquement.

Je fis quelques pas sur la terrasse. Tout semblait calme. Alors que j’allais me recoucher, maudissant le trop grand réalisme de mes rêves, j’entendis un second cri, immédiatement étouffé. Un rire ? Un pleur ? Je n’aurai pas pu le dire.

Décidant d’en avoir le cœur net, j’empruntai prudemment l’étroit escalier et ouvrit notre porte pour me retrouver sur le palier de l’étage.

À tâtons, je me mis à descendre le grand escalier de marbre. Ma main chercha à s’appuyer sur le mur et rencontra une surface gluante et humide. J’étouffai un cri avant de me rendre compte que j’avais touché un tableau. Pourtant, j’aurai juré qu’il n’y en avait pas aussi près de notre porte.

Le fait qu’il soit humide signifiait sans doute qu’il venait d’être achevé et accroché.

« Quelle bizarrerie, pensai-je, de peindre de nuit et d’accrocher immédiatement ses œuvres. »

Il est vrai que notre hôte nous avait parlé de son processus créatif particulier. Mais de là à… Enfin, cette méthode expliquait certainement les si piètres résultats.

Descendant d’un étage en me tenant à la rampe, je failli hurler lorsque je sentis des doigts toucher le dos de ma main. Mais mes yeux désormais habitués à la pénombre distinguèrent nettement des mannequins. Je m’approchai pour les contourner et tenter de découvrir la source du bruit.

Balayant le couloir du regard, tous les sens aux aguets, mon attention exacerbée par la pénombre, mes yeux se s’arrêtèrent sur les mannequins que je venais de toucher.

Je sentis une bouffée de panique m’envahir.

Quatre à quatre, je remontai les marches et fit irruption dons le pigeonnier. Sans prendre la peine de lui expliquer quoi que ce soit, je tirai ma femme par le bras et la fit sortir du lit. Sans réfléchir, j’attrapai un sac et une de nos valises. D’un geste ferme, je fis signe à mon épouse d’être silencieuse et de ne pas poser de question avant de dévaler avec elle à toutes vitesses les escaliers.

Je ne prenais plus garde au bruit, tout ce qui m’importait était de sortir le plus vite possible de ce bâtiment maudit.

Au rez-de-chaussée, la porte fit preuve de quelques résistances mais je finis par l’ouvrir d’un coup sec. Nous nous engouffrâmes dans la voiture avant de démarrer en trombe sur l’allée de gravier. Les pins se balançaient doucement au son des grillons sous le regard complice des étoiles, donnant à notre fuite un absurde aspect surréaliste.

Ce n’est que lorsque le soleil pointa ses premiers rayons et que nous eûmes mis plusieurs dizaines de kilomètres entre nous et le Mas des Cévennes que je me permis de souffler et de répondre à la légitime curiosité de ma femme.

Alors je lui expliquai les bruits, les nouveaux tableaux et, surtout, les nouveaux mannequins que j’avais entraperçut dans le noir. Deux adultes et deux enfants coiffés de casquettes de baseball. L’un des mannequins adultes portait une chemise bleue avec des fleurs jaunes et des palmiers que j’aurai reconnue entre mille.

Nous restâmes un long moment silencieux. Puis ma femme éclata de rire.
– Bon, on lui met combien d’étoiles sur AirBnB ?

Je lui souris, rasséréné par son regard et par le soleil du matin.

Mais je ne pouvais détacher mes yeux de la main qui avait touché le tableau fraichement terminé. Elle était poisseuse de ce qui était indubitablement du sang.

 

Chaumont-Gistoux, le 14 octobre 2016. Photo par Marcus Spiske.

Ce texte est a été publié grâce à votre soutien régulier sur Tipeee et sur Paypal. Je suis @ploum, blogueur, écrivain, conférencier et futurologue. Vous pouvez me suivre sur Facebook, Medium ou me contacter.

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Payer pour des services sur Internet ? Vraiment ?https://ploum.net/?p=5682http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20161028_093643_Payer_pour_des_services_sur_Internet____Vraiment___Fri, 28 Oct 2016 07:36:43 +0000Nous allons de plus en plus payer ce que nous utilisons. Et c’est, au fond, une excellente chose… Dans « Vers la fin de la publicité », j’expliquais le caractère destructeur des services gratuits financés par la publicité. Car la publicité n’a de sens que si, à un moment ou un autre, nous achetons des services […]]]>

Nous allons de plus en plus payer ce que nous utilisons. Et c’est, au fond, une excellente chose…

Dans « Vers la fin de la publicité », j’expliquais le caractère destructeur des services gratuits financés par la publicité. Car la publicité n’a de sens que si, à un moment ou un autre, nous achetons des services payants. Au plus les services tenteront de se financer par la publicité, au moins il y aura de services payants et au moins la publicité sera rentable. D’ailleurs, à la surprise générale, la publicité s’avère en effet beaucoup moins rentable qu’initialement espérée.

Comme le souligne Cory Doctorow, même la publicité ciblée s’avère très peu rentable et la seule solution pour des géants comme Facebook ou Google afin de justifier le prix de leurs emplacements publicitaires est de rendre le ciblage de plus en plus efficace et intrusif.

Selon moi, le modèle publicitaire est appelé à se cantonner à quelques acteurs géants. Les « petits » vont soit disparaître soit devenir complètement dépendants de ces géants.

La perversion du modèle publicitaire

Malheureusement, de nombreux services sont dans une dynamique “publicitaire”. Les créateurs de contenus, les plateformes et même les services gratuits qui n’affichent pas (encore) de publicité. Exemple frappant : les startups qui cherchent à capter le plus possible d’utilisateurs sans réfléchir au business model.

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Des milliers de services sont ainsi offerts gratuitement et sans publicité, financés uniquement par les investisseurs. Le résultat ? Soit une faillite pure et simple du service, soit un modèle publicitaire soudain, comme Medium, soit un rachat par une plus grosse structure qui n’a que faire du service mais veut intégrer l’équipe et ses talents à son personnel. On parle alors de « acqui-hire ».

Dans le cas de Medium, cela signifie qu’il faut désormais considérer tout contenu sur Medium comme étant potentiellement une publicité déguisée (native advertising).

Pour les acqui-hire, citons Mailbox, un service de mail et Sunrise, un calendrier en ligne. Deux services que je trouvais absolument géniaux et qui se sont fait racheter avant d’être définitivement coupés. Moralité : un service gratuit n’offre aucune garantie de continuité.

Il ne reste donc plus qu’une solution, une solution considérée comme indigne d’Internet : faire payer l’utilisateur.

La main au portefeuille

Finalement, rien de plus logique ! Si on trouve un service utile, nécessaire et qu’on veut s’assurer une certaine pérennité, il faut mettre la main au portefeuille. Cette simple constatation m’a poussé à prendre un abonnement payant pour le service Pocket alors que mon compte gratuit me suffisait amplement.

C’est un basculement qui est en train de se faire sur le web, non sans douleur. Le cas le plus marquant chez les géants est certainement Evernote, qui, après des années à tester des business models alternatifs (comme vendre des sacs à dos et des carnets de notes) a soudainement augmenté ses tarifs tout en se séparant d’une bonne partie de son personnel.

Les utilisateurs grondent, les blogs posts se multiplient pour présenter des alternatives gratuites. Mais le fait est là, indéniable. Désormais, il va falloir payer ce qu’on aime.

Le cas de Newton

Un exemple que je trouve emblématique est celui de CloudMagic/Newton, service d’email et calendrier, car je vois justement ce service comme un remplaçant possible des défunts Mailbox et Sunrise.

Au départ, CloudMagic était une application mail comme il en existe tant d’autre. Une interface à votre compte Gmail ou Outlook. Cette interface offrait certaines fonctionnalités payantes. L’utilisateur payait une seule fois pour activer une fonctionnalité particulière, un modèle très courant dans le monde des apps et popularisé par les App Store.

Récemment, CloudMagic s’est renommé Newton et est passé au tarif assez important de 50$ par an.

50$ par an uniquement pour avoir une interface mail. À ce prix là, les mails ne sont même pas hébergés, ils restent chez Google, Microsoft ou tout autre serveur. Payer 50$ par an pour une simple interface mail me semblait une hérésie alors qu’un compte Protonmail qui héberge et sécurise vos emails coûte le même prix.

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Exemple de fonctionnalités de Newton

Poussé par la curiosité, j’ai contacté les développeurs de Newton pour en savoir un peu plus. Leur réponse est assez candide : vu le travail qu’ils fournissent et le coût que leur engendre l’infrastructure, un tarif de 1$ par semaine leur semble tout à fait honnête. Ils soulignent également l’hérésie du « one-time payment » imposé par l’appstore. Cela rend le développement de l’application impossible sur le long terme à moins de sortir des nouvelles versions payantes tous les ans, ce qui oblige à généralement maintenir deux versions et fait râler les utilisateurs qui viennent d’acheter une ancienne version lorsque la nouvelle sort.

Mais, sans étonnement, la nouvelle du modèle payant a été très mal perçue par les utilisateurs de CloudMagic qui se sentent pris en otage. À tel point que l’équipe de Newton a dû se fendre d’un mail explicatif soulignant que les seules alternatives au modèle payant sont la publicité et la vente des données utilisateurs à des services publicitaires, modèles qu’ils souhaitent éviter.

Sachant qu’en utilisant Newton, vous leur confiez le mot de passe de vos emails, mieux vaut avoir confiance ! Payer me semble donc une condition nécessaire pour établir une relation de confiance (mais pas suffisante).

La conclusion est simple : si vous ne payez pas un service que vous utilisez, c’est que vous en êtes le produit. Facebook vient immédiatement à l’esprit ! Google, par contre semble sentir le vent tourner. Le géant dispose en effet d’une version payante sans pub de son service mail (Google App) et lance une version payante de Youtube qui permet de retirer les pubs et de rétribuer les créateurs de contenu (Youtube Red) .

L’inéluctabilité du modèle payant ?

Les utilisateurs ne sont pas prêts à payer pour un service ? Et bien, il faut désormais vous y faire : soit votre service va disparaître, soit il va être bardé de publicités et revendre vos données, soit il va devenir payant. Les services très populaires seront les moins chers mais les services plus spécifiques se concentreront sur un petit nombre de clients qui paieront un abonnement important.

L’exemple de Newton (que j’ai vécu à l’identique avec le service Postach.io) démontre l’immaturité à la fois des utilisateurs, qui ne veulent pas payer, et des créateurs de service, pensant naïvement que les utilisateurs vont payer n’importe quel prix choisi au hasard. Et comme je le démontre dans « Quelle est la valeur de votre temps de cerveau », les pubs coûtent énormément à l’utilisateur mais ne reversent qu’une infime aumône au service.

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Au final, je trouve la perspective de payer pour ce qu’on utilise très saine. Cela devrait permettre l’éclosion de services plus petits, plus locaux, plus spécialisés et moins orientés sur la croissance à tout prix.

C’est d’ailleurs, je pense, une superbe occasion de promouvoir le prix libre. Un concept que les développeurs de Newton n’ont même pas envisagé car ils ne le connaissaient pas. Le prix de 50$ par an a été, ils le reconnaissent, choisi un peu au pifomètre en espérant trouver un équilibre entre les coûts réels et ce que les utilisateurs sont prêts à payer. Alors, pourquoi ne pas laisser les utilisateurs le fixer ?

L’alternative du prix libre

Le prix libre serait-il un moyen de conscientiser les utilisateurs ? Je l’espère. Contrairement à l’abonnement fixe, il est également plus juste. Un tarif fixe peut être raisonnable dans un pays et outrancier dans un autre. Enfin, le prix libre est également un bel indicateur de la qualité de votre service. On pourrait même imaginer un abonnement libre à un prix suggéré et de proposer de l’augmenter avec chaque nouvelle fonctionnalité.

Après tout, est-ce que tous ceux qui soutiennent ma page Tipeee ne sont pas en train de payer pour la pérennité d’un service que je leur rends et qu’ils trouvent utile ? Wikipédia et toute la Framagalaxie ne sont-ils pas justement des services à prix libre qui camouflent leur prix libre sous l’appellation « don » ?

L’exemple de Framasoft est pour moi particulièrement éclairant : une panoplie de services gratuits financés par des campagnes de dons ponctuelles. Le tout avec une éthique notable et malheureusement trop rare : code open source uniquement et garantie de la confidentialité de vos données. Dernier exemple en date de leur campagne pour « dégoogliser Internet » ? Une alternative à Evernote, justement.

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La mission de Framasoft illustrée par Gee.

Et si au lieu d’un don ponctuel ou annuel à Wikipédia, à Framasoft, JCFrog ou même à ce blog, nous pensions ces dépenses comme un abonnement annuel à prix libre pour des services utiles ? Un abonnement pour dire « J’aime ce que vous faites et ça m’est utile, continuez ! ».

Au fond, c’est ce que devrait être toute dépense que nous faisons, sans exception. Une manière de dire « J’aime ce que vous faites ». Vu comme ça, acheter un concombre dans une grande surface et faire le plein d’essence chez Total deviennent soudainement des actes moralement difficiles…

 

Précision : lors de nos échanges par mail, les développeurs de Newton m’ont spontanément offert un abonnement à vie à leur service, sans que je leur aie demandé. C’était complètement inattendu mais je les remercie. J’ai également reçu la possibilité d’offrir 3 abonnements d’un an aux lecteurs qui m’en feront la demande.

Les photos sont issues d’une action citoyenne crowdfundée sur Kickstarter visant à remplacer toutes les publicités d’une station de métro londonienne par des photos de chat.

Ce texte est a été publié grâce à votre soutien régulier sur Tipeee et sur Paypal. Je suis @ploum, blogueur, écrivain, conférencier et futurologue. Vous pouvez me suivre sur Facebook, Medium ou me contacter.

Ce texte est publié sous la licence CC-By BE.

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L’inlassable quête de rivageshttps://ploum.net/?p=5677http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20161021_105926_L___inlassable_quete_de_rivagesFri, 21 Oct 2016 08:59:26 +0000D’un coup sec, j’enfonce le clou dans la planche vermoulue. Avec un bruit mat, le marteau s’écrase sur le bois, éclaboussant l’obscurité d’un remugle de saumure. Du bout des doigts, je caresse l’intérieur de la coque, explorant les sillons, les mousses et les algues se frayant un passage à travers les planches. — Tu n’en […]]]>

D’un coup sec, j’enfonce le clou dans la planche vermoulue. Avec un bruit mat, le marteau s’écrase sur le bois, éclaboussant l’obscurité d’un remugle de saumure.

Du bout des doigts, je caresse l’intérieur de la coque, explorant les sillons, les mousses et les algues se frayant un passage à travers les planches.

— Tu n’en as plus pour longtemps, murmuré-je à l’intention du Corsaire.

Dans la pénombre, un long craquement mélancolique me répond. Je souris d’une silencieuse tristesse avant d’être interrompu par le claquement joyeux des bottes résonnant au dessus de ma tête.

Traversant la cale, enjambant par réflexe les éléments de charpente, je me dirige vers l’échelle.

— Oh camarades ! Que nous vaut ce brouhaha, m’exclamé-je ?
— Regarde, Petit père ! Regarde ! Il s’approche, il nous accoste !

Mais face à l’azur adamantin, mes pupilles chthoniennes clignent, se froissent et capitulent. Je ne suis qu’une escarbille embrasée dans l’éclatante blancheur de l’air libre.

— Qui nous accoste ?
— L’Espérance ! Les voilà !

Un choc sourd fait trembler la coque, immédiatement suivi d’une clameur de joie. Des voix nouvelles m’envahissent, des rythmes de pas inconnus se font entendre, des odeurs de vies assaillent mes narines.

— Bravo ! Bienvenue ! Vie l’Espérance ! Vive le Corsaire.

On s’embrasse dans les coursives, on se roule dans les cabestans, on rit, on chante, on mélange les odeurs et on danse au son de l’onde.

Je devine l’approche du contremaître qui, d’un coup sec, arrache la bâche sur notre pont et dévoile la carcasse que nous étions en train de construire. Je sens sa fierté jaillir par tous les pores de sa peau alors qu’il entonne le discours traditionnel.

— Camarades ! Nous, marins du Corsaire, avons construit une carcasse qui nous succédera et continuera notre inlassable quête de rivages. Cependant, il nous manque la coque. Nous avons les mâts, apporterez-vous les voiles ?
— Camarades ! répond une voix nouvelle, feutrée, profonde, chargée d’embruns. Nous, marins de l’Espérance, avons tissé des voiles et avons en suffisance des planches pour réaliser une coque.
— Comment appellerons-nous ce fier navire qui portera vos voiles sur nos mâts ?
— Le Bienvenue !

Comme un seul homme, les deux équipages se lèvent et entonnent un chant fait de vivas, de battements de pieds et d’applaudissements.

Je souris à cet ouranien univers avant de replonger vers le fond de cale afin d’annoncer la nouvelle au Corsaire.

C’est un fameux voyage que le Corsaire et l’Espérance vivent côte-à-côte. Souvent, j’entends la coque de l’Espérance râper un peu plus profondément les planches déjà moisies du Corsaire. J’ai beau l’enduire de goudron, le colmater d’étoupe, il râle, souffle et craque.

— Petit père ! Petit père ! Viens donc voir le Bienvenue !

Une main jeune et ferme me guide sur le pont, mêlant de lumineuses effluves d’épice à la douceur ligneuse du sapin frais.

— Attention Petit père ! Il y a des trous. Nous avons utilisé les planches pour le Bienvenue.
— Attention Petit père, le cordage a été coupé et placé dans le Bienvenue.

Que de changements ! Que de transformations ! Le Corsaire est-il donc désossé ?

— Le Bienvenue me semble si petit. Pourra-t-il emporter beaucoup de monde ?
— Tu sais, Petit père, nous l’agrandirons durant le voyage. Alors, certes, nous serons serrés au début. Mais, très vite, nous prendrons nos aises ! Et puis, le voyage ne sera plus long. Nous sommes convaincus que le Bienvenue accostera !
— Accoster…

Je pousse un profond soupir et adresse à cette jeune voix pleine d’énergie ma plus belle larme de sourire.

— Camarades, il est temps de mettre le Bienvenue à l’eau ! Hardi ! Ho Hisse ! Ho Hisse !

Une éclaboussure d’écume me trempe de son vibrant fracas. Par toutes les écoutilles jaillit la joie et la clameur. Une main s’accroche à mon paletot défraîchi.

— Tu embarques Petit père ?

J’hésite. Je déglutis.

— Non. Je reste sur le Corsaire.
— Mais n’as-tu pas dit qu’il n’en avait plus pour très longtemps ?
— Je sais, mais c’est encore suffisamment longtemps pour moi.
— Mais nous avons utilisé ses planches, ses cordages, ses poulies. Il ne peut plus naviguer.
— Il naviguera bien assez pour moi.
— Es-tu sûr Petit père ?
— Oui, certainement.
— Alors, larguez les amarres !

Les voix et les rires se font soudainement lointaines.

— Bonne chance Petit père ! Merci !
— Bon voyage Bienvenue ! Bons rivages !

Pendant de longues minutes, de longues heures, je continue à agiter la main en direction du Bienvenue. Je sais qu’il ne me voient plus mais j’ai l’intime conviction de les sentir, que mon adieu est nécessaire, pertinent.

À pleins poumons, je respire cet air silencieux dans lequel le Corsaire s’est encalminé.

Me guidant prudemment sur les restes dépecés de rambardes, enjambant les outils oubliés et les planches arrachées, je retourne paisiblement vers la confortable moiteur de la cale.

— Dis-moi Corsaire, tu crois qu’ils vont aborder ? Tu crois qu’ils ont une chance de trouver un rivage ?

Le bruit sec d’une planche qui casse me fait sursauter.

— Ou peut-être pourront-ils construire un bateau qui, lui atteindra le rivage ?

Des doigts, je frôle une concrétion marine tandis que l’odeur de la mer me pénètre.

— Le rivage existe-t-il vraiment ? N’est-il pas une invention, une chimère ?

Mes sabots se remplissent d’une eau clapotante, mes doigts s’engourdissent.

— Au fond, cela a-t-il la moindre importance ?

Un grincement humide suivi d’un craquement bref. Le Corsaire se penche brusquement au point de me faire chanceler.

— Au fond Corsaire… Au fond j’ai toujours voulu savoir… Au fond, nous allons…

 

Mont-Saint-Guibert, le 2 décembre 2015. Photo par Peter Kurdulija.

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Elon Musk est-il un voyageur du futur ?https://ploum.net/?p=5669http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20161014_145649_Elon_Musk_est-il_un_voyageur_du_futur___Fri, 14 Oct 2016 12:56:49 +0000Je viens de terminer un livre qui m’a convaincu qu’Elon Musk, le célèbre CEO de Tesla et SpaceX, est un voyageur du futur perdu dans notre époque. Que ses actions nous révèlent ce qu’il connaît de notre avenir immédiat. Le résumé du livre Alors qu’il se ballade tranquillement dans la rue, un homme sans histoire […]]]>

Je viens de terminer un livre qui m’a convaincu qu’Elon Musk, le célèbre CEO de Tesla et SpaceX, est un voyageur du futur perdu dans notre époque. Que ses actions nous révèlent ce qu’il connaît de notre avenir immédiat.

Le résumé du livre

Alors qu’il se ballade tranquillement dans la rue, un homme sans histoire se retrouve brutalement ramené 1400 ans dans le passé.

Grâce à sa culture générale, il arrive à comprendre ce qui lui est arrivé et à se débrouiller dans la langue de l’époque. Préoccupé par sa survie immédiate, il va tout d’abord monter une petite affaire en utilisant ses connaissances du futur. Un produit basique, facile à réaliser qui rencontre immédiatement le succès.

Cette petite réussite permet à notre voyageur temporel de lancer d’autres entreprises. Il sait que, d’ici quelques années, le monde va connaître de grands bouleversements et tomber pour plus d’un millénaire dans un âge sombre de ténèbres, de misère, de famine et de maladie. Un millénaire dont il faudra plusieurs siècles pour s’extraire.

En tentant d’apporter le plus d’innovations possibles, notre héros va chercher à préserver l’humanité de ces ténèbres. Sans répit, sans relâche, il crée des entreprises qu’il doit toutes diriger lui-même, les artisans et les travailleurs de l’époque n’étant souvent tout simplement pas capable de suivre ses instructions à la lettre ou s’évertuant à en tirer un petit profit personnel.

Il tente également d’alerter les intellectuels sur l’imminence de la catastrophe mais elle semble bien lointaine ou irréaliste à toute une population qui trouve bien plus important de se perdre en arguties théologiques ou à comploter pour obtenir un ersatz de pouvoir déliquescent.

Souvent incompris, traité comme un fou mais respecté pour ses succès économiques, notre infatigable voyageur temporel ne prendra même plus le temps de dormir, tentera vainement d’avoir une vie amoureuse mais sera à chaque fois rattrapé par l’urgence absolue de tout tenter pour protéger l’humanité. Il aura à lutter contre l’incrédulité et les croyances absurdes d’un peuple confondant modernité et décadence.

Une coïncidence troublante

Écrit juste avant la seconde guerre mondiale par l’écrivain américain Lyon Sprague de Camp, « De peur que les ténèbres » nous fait suivre Martin Padway, jeune archéologue qui est, dès la seconde page, transporté au VIème siècle dans les derniers jours de l’empire romain.

Fin connaisseur de l’histoire, il va tenter de conjurer l’inéluctable chute de l’empire en tentant des actions à court terme, afin d’éviter les erreurs les plus flagrantes, et des actions à long terme, par l’introduction de technologies comme les chiffres arabes, le sémaphore, l’imprimerie et la presse écrite. À court terme, il cherche à éviter que l’Italie tombe dans le chaos. À long terme, il souhaite éviter l’obscurantisme religieux et l’ignorance qui mènera à un millénaire de misère.

Hormis son caractère de classique de la SF des années 30 et de précurseur de l’uchronie, « De peur que les ténèbres » n’a rien de transcendant. Si ce n’est le particulièrement troublant parallèle que je n’ai pu me retenir de faire avec la vie d’Elon Musk, fondateur de Tesla et de SpaceX.

Tout comme Martin Padway, Elon Musk semble pris par une frénésie d’entreprises, d’innovations. Rien n’est jamais assez bien à son goût et il supervise la plupart des développements importants. Tout comme Martin Padway, Elon Musk ne semble pas attiré par l’argent ou la réussite. À chaque succès, il réinvestit absolument tout dans une nouvelle aventure. Il y’a chez Elon Musk, comme chez Martin Padway, une urgence vitale, obsessionnelle.

Chaque entreprise est considérée comme folle, vouée à l’échec. Pourtant, elles finissent souvent, mais pas toujours, par se révéler des succès même si ce n’est pas immédiat.

Elon Musk serait-il, comme Martin Padway, un voyageur temporel ? Est-il un homme parfaitement banal né en 3400 ? Par sa culture générale, il sait alors que l’humanité s’apprête à vivre une catastrophe.

Cette catastrophe initiale est l’invasion de l’Italie par le général romain Bélissaire pour Martin Padway et la crise du réchauffement climatique pour Elon Musk. Cela expliquerait cette urgence de développer Tesla et Solar City. De faire sortir l’humanité du pétrole en quelques années et non en quelques générations. Car chaque mois compte dans cette course contre la montre afin de prévenir la destruction inéluctable de la planète.

Un période sombre pour l’humanité

Nos voyageurs temporels sont également convaincus que l’humanité va connaître un millénaire de disette et de misère. Pour Martin Padway, la religion et l’ignorance seront les principaux responsables de ce moyen-âge. Il introduit donc l’imprimerie, le télégraphe, les chiffres arabes, la gravitation, l’héliocentrisme. Des innovations qui devraient permettre de conjurer les ténèbres sur le long terme.

Elon Musk, lui, introduit OpenAI dont le but est d’encadrer la recherche sur l’intelligence artificielle afin de s’assurer que celle-ci ne soit pas néfaste pour l’humanité. La crainte d’une intelligence artificielle partagée par de nombreux intellectuels dont le physicien Stephen Hawking.

Si les deux hommes semblent avoir sacrifié leur sommeil et une vie amoureuse normale, ils ont néanmoins leur point faible, leur petit plaisir qui sera banal à leur époque mais est strictement impossible dans le passé où ils ont été projetés. Martin Padway veut lancer la construction de bateaux capables de rejoindre les Amériques afin de ramener du tabac. Elon Musk a lancé SpaceX afin d’aller sur Mars. Mais à quelle fin ?

Les enseignements du futur

Si l’on accepte  l’idée qu’Elon Musk soit bel et bien un voyageur du futur égaré dans notre époque, ses actions nous apprennent beaucoup sur notre avenir. Et ce n’est pas particulièrement réjouissant.

Tout d’abord, le réchauffement climatique et la consommation de pétrole vont créer très rapidement une catastrophe importante. La bonne nouvelle c’est qu’il est sans doute encore possible de l’éviter ou de la limiter mais il faut agir tout de suite. Tout comme Martin Padway, Elon Musk fait face à un déni bâti sur l’immobilisme, l’idiotie et la superstition.

En deuxième lieu, les intelligences artificielles vont asservir les humains et leur faire connaître une période terriblement difficile. La bonne nouvelle c’est que les humains vont survivre, au moins assez longtemps pour nous envoyer Elon Musk. Mais il serait sage de prendre au sérieux les avertissements sur le sujet.

Le troisième enseignement c’est qu’en 3400, il est relativement facile d’aller sur Mars et, visiblement, cela en vaut la peine. Enfin une bonne nouvelle !

Finalement, il paraît évident que pour un individu du 35ème siècle nous sommes tous des arriérés superstitieux et obtus, incapables d’avoir une compréhension globale du monde. Malgré tous les efforts que le voyageur temporel fait pour nous sauver de nous mêmes et de nos ridicules guerres religieuses ou nationalistes, nous nous évertuons à nous croire invincibles et à ne pas voir plus loin que le bout de notre nez.

Au fond, l’enseignement immédiat que nous pouvons tirer de la connaissance du futur d’Elon Musk c’est que le réchauffement climatique et les intelligences artificielles non-contrôlées sont des problèmes graves à régler bien plus rapidement que de savoir qui fait partie de quel pays et quel livre sacré est le meilleur.

Peut-être que tout ceci n’est qu’une coïncidence et qu’Elon Musk ne vient pas du futur.

Mais voulons-nous vraiment prendre ce risque ? Que pensez-vous que penseront les humains de l’an 3400 de nos actions, de nos comportements quotidiens et de notre immobilisme ?

 

Photo par Thierry Ehrmann.

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L’humanité est-elle condamnée à disparaître comme les dinosaures ?https://ploum.net/?p=5662http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20161010_124139_L___humanite_est-elle_condamnee_a_disparaitre_comme_les_dinosaures__Mon, 10 Oct 2016 10:41:39 +0000Depuis leur découverte, le gigantisme des dinosaures passionne les hommes. Comment la nature a-t-elle pu produire de tels monstres ? Et comment ont-ils pu disparaître massivement alors qu’ils étaient les rois de la planète ? Sommes-nous condamnés à subir le même sort ? Trois questions qui sont étroitement liées. Une question de taille et d’énergie […]]]>

Depuis leur découverte, le gigantisme des dinosaures passionne les hommes. Comment la nature a-t-elle pu produire de tels monstres ? Et comment ont-ils pu disparaître massivement alors qu’ils étaient les rois de la planète ? Sommes-nous condamnés à subir le même sort ?

Trois questions qui sont étroitement liées.

Une question de taille et d’énergie

Le gigantisme des dinosaures n’est, après tout, que le résultat d’une évolution parfaitement logique.

Dans un monde où règne la loi de la jungle, manger ou être mangé, être gros est un avantage indéniable. Plus on est gros, plus on est difficile à attaquer.

Suite à cette stratégie évolutive, les sauriens sont donc devenus de plus en plus grands, de plus en plus forts. Même les herbivores sont devenus gigantesques afin de ne pas représenter une proie trop facile.

Cependant, plus un corps est grand, plus il a besoin d’énergie pour se maintenir en vie et pour se déplacer. La seule source d’énergie utilisable par les dinosaures est la nourriture. Chasser ou cueillir, afin de trouver de l’énergie, demande donc paradoxalement énormément d’énergie.

Cette croissance en taille est donc limitée par la capacité physique à extraire de l’énergie de l’environnement. Et, tout simplement, par la capacité de l’environnement à se régénérer pour fournir cette énergie.

Acculés dans les limites physiques du rendement énergétiques, condamnés à passer leur vie à extraire de l’énergie de leur environnement, les dinosaures étaient donc à la merci du moindre changement rendant l’énergie plus rare.

Si l’on explique souvent la disparition des dinosaures à cause d’une météorite, hypothèse très plausible, il faut préciser que le météorite en question n’a fait qu’accélérer un déclin qui était de toute façon inéluctable. Les dinosaures ne pouvaient pas survivre.

Remplacer le gigantisme par l’intelligence

L’évolution a donc suivi une autre stratégie. Le gigantisme physique étant un cul-de-sac, les espèces qui survécurent à la raréfaction des ressources développèrent une autre caractéristique : l’intelligence.

Avec l’intelligence, les individus pouvaient se défendre (éviter d’être mangé) et trouver à manger sans nécessiter des ressources gigantesques.

L’intelligence est-elle donc la solution ?

Les dinosaures ont régné sur la terre durant 160 millions d’années avant de disparaître. Après seulement 65 millions d’années, l’intelligence est sur le point de détruire la planète. Tout semble indiquer que l’intelligence serait donc encore pire que le gigantisme !

En effet, l’intelligence a permis très vite l’apparition de la collaboration afin d’optimiser la protection des individus et la recherche de ressources.

Les groupes d’individus suivirent la même logique évolutive que les dinosaures et il s’avéra que plus un groupe était gros, plus il était puissant. Les groupes n’eurent donc d’autres ambitions que de devenir de plus en plus gros. Pour les tribus, les empires, les pays, les religions et désormais les entreprises, la croissance était le seul moyen de survivre.

Tout comme les dinosaures, les groupes d’individus sont donc désormais devenus gigantesques, consommant des quantités incroyables de ressources uniquement pour se maintenir en vie.

Contrairement aux dinosaures, il n’a pas été nécessaire d’attendre une météorite : la consommation de ressources et la production de déchets sont telles que le cataclysme est généré par les groupes d’individus eux-mêmes !

Une extinction inéluctable

L’histoire des dinosaures illustre que ce système ne peut que s’écrouler violemment. Les dinosaures ne se sont pas adaptés en devenant plus petits, plus raisonnables. Ils ont tout simplement disparus, laissant la place à d’autres espèces.

Il est illusoire d’espérer une autre issue pour notre situation particulière.

Par ailleurs, contrairement aux dinosaures, ce ne sont pas les individus qui sont inadaptés mais les groupes d’individus.

Une question reste donc ouverte dont la réponse ne dépend que de nous : la disparition des groupes gigantesques d’être humains doit-elle entraîner la disparition des êtres humains ?

Notre système va-t-il laisser la place à une toute autre espèce qui colonisera une terre ravagée ? Ou bien les homo sapiens sapiens vont-ils évoluer afin de survivre ?

Quelques soient nos choix, la disparition du système peuplé de nations, de religions et de multinationales est désormais inéluctable.

Si nous ne nous en détachons pas rapidement, nous disparaitrons avec, comme des marins accrochés à la coque de leur navire en train de sombrer.

Notre seul espoir, en tant qu’espèce, est donc de nous distancier au plus vite de ce système. D’inventer un nouveau système qui n’est plus fait de groupes en compétition mais d’individus en collaboration. De ne plus chercher à grossir au détriment des autres mais de nous entraider.

Pour éviter de disparaître comme les dinosaures, nous devons devenir Homo Collaborans !

 

Photo par Jordan.

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Printeurs 40https://ploum.net/?p=5659http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20161008_155016_Printeurs_40Sat, 08 Oct 2016 13:50:16 +0000Ceci est le billet 40 sur 41 dans la série PrinteursLe taxi dans lequel Nellio, Eva, Max et Junior s’enfuient est soudainement balayé par une explosion terroriste.   Très vite, je repère les journalistes qui filment l’événement. Les terroristes font toujours très attention de ne pas les blesser afin de donner une visibilité maximale à […]]]>
Ceci est le billet 40 sur 41 dans la série Printeurs

Le taxi dans lequel Nellio, Eva, Max et Junior s’enfuient est soudainement balayé par une explosion terroriste.

 

Très vite, je repère les journalistes qui filment l’événement. Les terroristes font toujours très attention de ne pas les blesser afin de donner une visibilité maximale à leur action.

— Par ici ! crié-je.

Mais les terroristes semblent de plus en plus nombreux. Tous les clients sortant du centre commercial de l’autre côté de la rue sont abattus sans pitié. Des grenades sont lancées à travers les vitrines des magasins.

— C’est pas un petit attentat de misère, murmure Junior. On n’a pas intérêt à se faire remarquer.

Trop tard ! Un terroriste isolé nous a aperçut et pointe son arme vers notre petit groupe.

— Nous sommes journalistes ! crie Eva.
— Continuez ! renchérit Junior. Vous êtes en train de devenir le hashtag top trending du jour.

Le terroriste baisse son arme, indécis, mais continue à se rapprocher de nous. Il est vêtu comme n’importe quel étudiant, il est jeune et son regard ne respire aucune haine particulière.

— On est vraiment le hashtag top trending ? demande-t-il d’une voix hésitante.
— Oui, répond Eva. Faut dire que vous avez fait du beau boulot.
— Fait voir tes chaussures ? demande Junior. Génial, c’est justement la marque qui sponsorise notre émission ! Tu peux prendre une pause un peu aggressive ? Je vais te filmer avec mes implants rétiniens.

Flatté, le terroriste obtempère. Je l’entends murmurer en pointant le doigt vers le ciel :
— Tu es vengé mon frère ! Toi dont l’attentat n’avait eu aucun retentissement médiatique, c’est à toi que je dédie ce hashtag top trending !

Prudemment, nous opérons une retraite stratégique. La voix chaude et grave de Max me parvient, comme un souffle d’été :

— Reculons progressivement. Les collègues de Junior ne vont pas tarder. Abritons-nous derrière les journalistes.
— Tiens, ajoute Junior, je n’ai jamais compris pourquoi certains blogueurs étaient appelés des journalistes et d’autres des blogueurs. Y’a une raison particulière ?
— Les journalistes reçoivent de l’argent public en plus de la publicité traditionnelle, fais-je.
— Mais pour quelle raison ?
— C’est historique. C’est pour s’assurer de leur objectivité.
— Ah ? Et ça marche ?
— À ton avis ?
— À mon avis, c’est complètement stupide.
— Ça s’appelle une tradition.
— C’est ce que je dis, c’est complètement stupide. Mais sinon, je trouve ça cool de voir un attentat autrement qu’à travers un avatar. Avec mon vrai corps !
— Ça change quelque chose ?
— Rien du tout ! C’est juste cool.
— L’euphorie de l’implant… intervient Max.

À pas prudents, nous nous sommes éloignés de l’attentat de manière suffisante pour pouvoir nous mêler aux badauds qui, à distance prudente, apprécient le spectacle.

— Bon, et bien il nous reste à trouver un moyen de rejoindre le siège du conglomérat. Le tout sans utiliser le moindre ordinateur ni appareil électronique. Ça va être du gâteau. Je ne sais même pas dans quelle direction il faut aller.
— Et si on demandait ?

Je reste un instant étonné de ne pas y avoir tout simplement pensé. Le sentiment d’être traqué m’a transformé en coupable. J’ai peur de toute interaction. Selon tous les algorithmes de surveillance, mon comportement doit être éminemment suspect pour la seule et unique raison que je sais être suspect. Prenant une profonde inspiration, je m’approche d’une des passantes qui se met sur la pointe des pieds pour tenter de filmer l’attentat et, qui sait, obtenir une vidéo qui deviendrait virale.

— Excusez-moi…
— Vous avez vu ? Vous venez de là-bas, non ? C’est dangereux ? Ça vaut la peine de filmer ?
– C’est plein de journalistes mais…
– Oh, les journalistes, vous savez ce que c’est. Ils filment tout puis ne montrent que ce qui les arrange après montage. De toutes façons, les journalistes, ils sont tous complices.
– Est-ce que vous pourriez…
– Oh, je sais ce que vous allez dire. Ils ne sont pas tous pareil, il y’en a des biens. Mais à partir du moment où ils sont payés par l’état, que voulez-vous, c’est la porte ouverte au clientélisme !
– Je cherche à…
– Alors je ne cautionne pas du tout les journalistes subventionnés mais si je pouvais faire une vidéo dont ils me rachèteraient l’exclu, ça m’arrangerait, vous comprenez ? Ou alors je la revends aux sites privés. Ils paient mieux !
— Mais…
— Je sais ce que vous allez dire : pourquoi ne pas mettre moi-même la vidéo en ligne et toucher les royalties des publicités ? J’avoue m’être posé la question mais si jamais je ne fais pas le buzz, je perds tout ! C’est un fameux risque, vous ne trouvez pas ?

Impuissant face à l’intarissable torrent de paroles de mon volubile interlocuteur, je cherche machinalement de l’aide dans le regard de sa voisine qui s’est rapprochée, interpellé par cet étrange monologue. Celle-ci réagit à mon appel silencieux en brandissant une caméra montée en bague sur son poing serré.

— Quoi ? Vous préférez donc les pseudo-journalistes publicitaires aux journalistes d’état ? Les journalistes d’état, eux au moins, n’ont pas pour métier de nous abrutir avec de la publicité !
— Ah non, répond mon premier interlocuteur ? Pourtant ils utilisent également de la publicité !
— Pas tous ! Et ce n’est qu’une aide supplémentaire.
— Donc vous voulez dire que ce sont des publicitaires sponsorisés par l’état ?
— Ils ont une éthique ! Et je préfèrerais cent fois leur vendre ma vidéo même si cela signifie en toucher un prix inférieur !
— Une éthique ? Quelle vaste blague !
— Parfaitement ! Et ils ont au moins la décence de désactiver les publicités joyeuses pour les événements dramatiques, eux ! Il y a des gens qui se font tuer à quelques mètres de nous et des charognards comme vous ne cherchent qu’à les filmer pour faire vivre des publicitaires !
— Vous faites pareil, madame !
— Non, moi je cherche à fournir du matériel à des journalistes responsables afin d’informer les citoyens, c’est complètement différent !

Je recule prudemment. Max me touche l’épaule de sa main mi-écorchée, mi-métal. Personne ne semble faire attention à lui. Tout au plus lui demande-t-on s’il a été blessé dans l’attentat.

Par gestes, il me montre une automobile semi-blindée un peu à l’écart dans laquelle Eva et Junior sont en train de s’afférer. Emboitant le pas à Max, je m’y engouffre sans poser de questions.

Une rafale retentit, suivit d’un léger bruit de réacteur. À la place où je me tenais, les deux cadavres de mes interlocuteurs gisent, déchiquetés.

— Un drone de combat, ai-je le temps de murmurer.
— Oui, m’explique Max. Ils sont programmés pour détecter les comportements pré-terroristes en se basant sur les données comportementales des individus, leurs utilisations des réseaux sociaux, etc. La conversation que ces deux là viennent d’avoir a sans doute du activer une série de mots clés.
— Mais ils n’étaient pas terroristes !
— Un faux positif… La rançon de la technologie.
— Et les terroristes eux n’ont pas été arrêtés !
— Un faux négatif…

Je ne réagis même pas. Tout cela me semble normal. Je me contente de regarder l’intérieur de la voiture dans laquelle je viens de m’asseoir.

 

Photo par Elizabeth Amore Bradley.

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Repensez l’argent et expérimentez le prix libre !https://ploum.net/?p=5640http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20161004_205832_Repensez_l___argent_et_experimentez_le_prix_libre__Tue, 04 Oct 2016 18:58:32 +0000Lorsqu’on entend parler des pauvres travailleurs licenciés qui perdent leur emploi, on oublie souvent de préciser que ce n’est pas l’emploi que les travailleurs souhaitent préserver : c’est le salaire qui va avec. Mais la plupart des gens ne savent pas comment obtenir de l’argent autrement qu’avec un salaire. Le parallèle est frappant lorsqu’on pense […]]]>

Lorsqu’on entend parler des pauvres travailleurs licenciés qui perdent leur emploi, on oublie souvent de préciser que ce n’est pas l’emploi que les travailleurs souhaitent préserver : c’est le salaire qui va avec.

Mais la plupart des gens ne savent pas comment obtenir de l’argent autrement qu’avec un salaire.

Le parallèle est frappant lorsqu’on pense à la publicité sur le net : la plupart des éditeurs de contenu se plaignent des bloqueurs de publicité. Mais, au fond, ils n’ont que faire d’afficher la publicité chez leurs lecteurs, ils veulent uniquement être payés pour leur travail. Et ils ne voient pas d’autres alternatives. La publicité n’est donc qu’un intermédiaire nécessaire pour transmettre l’argent entre les producteurs et les consommateurs.

Pour certains, l’argent est la racine de tous les maux. Ils rêvent d’une société sans argent.

Mais, comme les deux exemples précédents l’illustrent, je pense que l’argent n’est pas vraiment le problème. Le réel problème c’est notre incapacité à imaginer d’autres modèles pour faire circuler l’argent que des modèles destructeurs et dans lesquels les plus pauvres sont les plus exploités.

Lors d’une rencontre à Lille, Simon, du collectif Catalyst, a utilisé une analogie que j’apprécie beaucoup : l’argent est à la société ce que le sang est au corps. Il est nécessaire, il doit pouvoir se diffuser partout. Mais le but n’est pas d’en avoir le plus possible dans un organe ou un membre, sinon on explose.

Personnellement, je promeus le prix libre : payez si vous le souhaitez, dans la mesure de vos envies et de votre capacité.

Ce système est particulièrement sain : il me pousse à me concentrer sur la qualité et non pas sur le marketing qui va vous amener à acheter mon produit, quitte à ce que vous soyez déçu par après. Il est également très équitable, permettant à tout le monde d’accéder à ce que je produis, sans restriction économique.

On pourrait croire le prix libre cantonné à la sphère internet mais je le rencontre de plus en plus fréquemment. Depuis les cours d’apnée à prix libre aux formations ouvertes avec une tirelire proposant de « contribuer en conscience ».

Pour beaucoup, le prix libre est une utopie : les gens profiteront sans payer. Mais cette manière de penser est justement ce qu’il nous faut changer. Elle provient de cette croyance que tout le monde ne cherche qu’à amasser le plus d’argent, se gonfler de sang jusqu’à éclater. C’est également cette mentalité qui est la cause de l’absurdité de notre vision de l’emploi et de la dégradation de beaucoup de services, dont seul le marketing est efficace. En effet, dans une vision traditionnelle, une fois que le client a payé, on peut se contenter de lui donner le strict minimum.

Et pourtant, la croyance en la cupidité universelle, si fermement ancrée, n’est jamais vérifiée par les faits. Pour beaucoup, y compris pour moi, le prix libre fonctionne mieux que d’autres sources de revenus pour peu qu’il soit bien expliqué et que les « clients » soient conscientisés.

Mieux ! L’équipe du développement Gratipay et le collectif Catalyst ont réalisé des expériences au cours desquelles chacun pouvait choisir son salaire en fonction de sa contribution. Il s’avère que, dans leurs expériences, les humains collaboraient naturellement et ne cherchaient pas à tirer un maximum de profit !

Tout modèle économique autre que le prix libre implique un contrôle total du produit vendu : empêcher le “client” de s’approprier le contenu, de le consulter de la manière dont il le souhaite, de le repartager. Ce contrôle est incompatible avec la vision que j’ai d’Internet et de la société d’abondance.

Je suis convaincu que nous n’aurons à termes que le choix entre une économie basée sur le prix libre ou une censure totale, un contrôle de nos comportements et de nos pensées, que ce soit pour nous faire consommer ou pour nous empêcher de “pirater”.

Il est donc temps de repenser notre rapport à l’argent. De donner l’argent aux gens qui font des choses qui nous plaisent, à des personnes plutôt que pour se procurer des produits sans âme et sans histoire. La publicité n’étant qu’un intermédiaire, elle est en train de connaître le sort qu’Internet réserve à tous les intermédiaires : l’obsolescence. Il est temps de promouvoir le prix libre en l’acceptant lors de nos contributions à la société.

Personnellement, mon blog est payant ! En sus de Flattr, qui est malheureusement en perte de vitesse, j’accepte les dons ponctuels ou réguliers sur Paypal, Liberapay et Tipeee.

Tous les 5 articles, j’activerai Tipeee. Cela signifie que si je n’écris pas, je ne reçois rien. Si j’écris beaucoup, je reçois beaucoup. À vous de décider combien valent 5 articles de ce blog et d’expérimenter concrètement le prix libre en me soutenant sur Tipeee. En mettant 2€ sur Tipeee, vous pensez que chacun de mes articles vaut, en moyenne, 40 centimes. Si vous préférez me soutenir, même symboliquement, à la semaine afin de favoriser les projets d’écriture au long cours, je vous invite à tester Liberapay.

Et si payer pour ce qu’on aime plutôt que ce qu’on nous vend était une de ces nombreuses libertés que nous avons oubliées ?

 

Photos par Pictures of Money.

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Laissez-moi la nuit !https://ploum.net/?p=5635http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20160916_220940_Laissez-moi_la_nuit__Fri, 16 Sep 2016 20:09:40 +0000Pour Stoyan, mon ami et lecteur de ce blog, décédé le 8 septembre 2016. Laissez-moi la nuit ! Depuis que je suis tout petit, J’ai été entouré et vous m’avez appris Que le soleil est source de toute vie. Aujourd’hui, regardez, j’ai grandi. Alors laissez-moi la nuit. Laissez moi ma colère contre les traditions, Contre […]]]>

Pour Stoyan, mon ami et lecteur de ce blog, décédé le 8 septembre 2016.

Laissez-moi la nuit !

Depuis que je suis tout petit,
J’ai été entouré et vous m’avez appris
Que le soleil est source de toute vie.
Aujourd’hui, regardez, j’ai grandi.
Alors laissez-moi la nuit.

Laissez moi ma colère contre les traditions,
Contre les religions et toutes ces règles à la con
Auxquelles on devrait obéir sans poser de question.
Laissez-moi leur hurler, leur crier mon nom
Les secouer dans un grand bruit,
Dans un tohu-bohu, un charivari,
Oui, laissez-moi la nuit.

Laissez moi la nuit
Laissez moi partir dans le noir
Laissez moi vierge de vos espoirs
Laissez moi hurler
Laissez moi choquer
Laissez-moi même si vous n’aimez pas
Laissez-moi même si vous ne comprenez pas
Laissez-moi choisir
Laissez-moi haïr
Laissez-moi être incompris
Laissez-moi la nuit

Ne cherchez pas de responsabilité
Ne vous demandez pas comment me changer
N’essayez pas de modifier le passé !
De l’amour, vous m’en apportez,
Comprenez que personne n’a failli, j’ai choisi
Alors, laissez-moi la nuit.

Lorsque s’évanouit l’illusion d’éternité,
Lorsque meurt le voile de la naïveté,
Lorsque la lumière fait place à l’obscurité,
Il ne reste plus qu’une insatiable quête de liberté.
Laissez-moi ce chemin que j’ai choisi.
Laissez-moi la liberté de la nuit.

20130409_143819

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Sunrise, le calendrier du futurhttps://ploum.net/?p=5622http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20160901_143135_Sunrise__le_calendrier_du_futurThu, 01 Sep 2016 12:31:35 +0000En février 2015, Pierre Valade, co-fondateur du calendrier Sunrise, m’a demandé de collaborer avec lui à la rédaction d’un texte explorant le futur possible de notre utilisation d’un calendrier électronique. La société Sunrise a ensuite été rachetée par Microsoft et le calendrier Sunrise a malheureusement été définitivement mis hors-service ce 1er septembre 2016. Avec l’accord […]]]>

En février 2015, Pierre Valade, co-fondateur du calendrier Sunrise, m’a demandé de collaborer avec lui à la rédaction d’un texte explorant le futur possible de notre utilisation d’un calendrier électronique. La société Sunrise a ensuite été rachetée par Microsoft et le calendrier Sunrise a malheureusement été définitivement mis hors-service ce 1er septembre 2016. Avec l’accord de Pierre, j’ai décidé de rendre ce texte public afin de célébrer, une dernier fois, Sunrise et ce qu’il aurait pu devenir : le calendrier du futur !

 

– À ce soir mon chéri !

Je hurle depuis le hall d’entrée tout en enfilant ma veste. La réponse de mon époux me parvient, lointaine.

— À ce soir ! J’ai vu que tu ne rentrais pas trop tard. Je m’occupe de nous préparer un bon petit plat.

Esquissant un sourire, je sors en refermant la porte derrière moi. La voiture est justement en train de se garer. Une légère vibration à mon poignet me confirme que je dois embarquer. La portière s’ouvre et une voix neutre me demande si je suis prêt à partir.

— Oui, confirmation de départ immédiat, annoncé-je machinalement.

Je m’étire et m’installe confortablement dans le fauteuil. Le temps estimé de trajet est inscrit sur un écran : 1h15. Mon interview du jour aura lieu en plein cœur de New York, dans le lounge d’un grand hôtel. Un hôtel que ni Pierre Valade, mon interviewé, ni moi ne connaissons. Mais qui, selon les algorithmes de Sunrise, est le plus propice à notre rendez-vous. Il faut dire que je me suis contenté d’envoyer une demande de rencontre avec quelques explications. Pierre a accepté. Nos agendas ont fait le reste.

À peine ai-je sorti ma tablette de mon sac qu’elle me propose des lectures et des vidéos qui correspondent au temps du trajet. Pratique mais, aujourd’hui, j’ai seulement envie de rêver, de regarder le paysage défiler, de méditer. Je me sens particulièrement zen.

En quelques années à peine, j’ai perdu ce réflexe de stress permanent que nous imposaient nos conventions. Peur d’être en retard, peur de rater un train ou un avion, peur de ne pas avoir le temps. Nous étions tellement obnubilé par la crainte de perdre du temps que nous en passions la majeure partie à organiser nos agendas, à arriver à l’avance à nos rendez-vous. Notre société était pauvre en temps et ceux qui ne le rentabilisaient pas étaient perçus comme des paresseux, des gaspilleurs de temps.

L’utilisation du temps relatif a, de manière surprenante, apporté une solution à ce paradoxe. Désormais, il est rare que je sache l’heure absolue. Je sais juste le temps qu’il me reste avant de me rendre quelque part. Je ne m’occupe même plus de choisir les moyens de transport : je me contente d’inviter mon mari à un week-end romantique à Paris, j’accepte une offre de voyage si elle correspond à mon budget et, après avoir fait nos bagages suite à un rappel judicieusement placé dans mon emploi du temps par Sunrise, nous embarquons dans la voiture qui nous conduit à l’aéroport.

S’arrêtant doucement, la voiture me sort de ma rêverie. Un coup d’œil à mon téléphone m’indique que Pierre vient également d’arriver. Je le repère au fond du lobby.

– Bonjour Pierre !

– Bonjour, enchanté de faire votre connaissance.

Après les présentations d’usage, je me lance directement dans l’interview.

— Pierre, comment vous est venu l’idée de fonder Sunrise ?

— Étant un grand distrait, j’avais tout simplement besoin d’un très bon calendrier.

— Qu’est-ce qui n’était pas satisfaisant avec les solutions existantes ? La plupart des entreprises étaient très satisfaites avec leur calendrier Exchange.

— Microsoft Exchange, comme la majorité des outils de cette époque, cherchait à organiser le problème, pas à le résoudre. Le but d’Exchange était de gérer un calendrier. Le but de Sunrise, c’est de vous permettre de profiter de votre temps. C’est très différent.

— Concrètement, en quoi Sunrise s’est-il démarqué ? Quelle a été l’innovation majeure ?

— Sunrise n’est pas une invention unique, soudaine. C’est un ensemble d’innovations continues, d’améliorations perpétuelles. Google, Microsoft, Facebook et Apple ne s’intéressant pas vraiment au problème, il y avait une place à prendre. Sunrise est né et nous avons acquis de l’expérience, nous sommes devenus des spécialistes, des experts. Nous étions les seuls !

— Et quel est ton rôle dans cette aventure ?

— Je suis un peu le chef d’orchestre. J’ai une vision précise et je cherche à recruter les personnes qui seront capables faire passer cette vision du rêve à la réalité.

— Pourrais-tu me donner un exemple concret de ta vision ?

— Et bien j’etais convaincu que l’optimisation du temps était un problème relativement simple pour un ordinateur alors que les outils existants étaient particulièrement laborieux à utiliser. Sunrise s’est donc concentré sur le design et l’interaction utilisateur. Pas besoin d’algorithme intelligent si personne ne peut utiliser ton application !

— En effet. Mais vous avez cependant introduit beaucoup d’intelligence par la suite…

Il acquiesce avant de jeter un coup d’œil machinal à son téléphone.

— Dîtes, je vois dans mon agenda qu’une parade musicale passe à deux rues d’ici. Ça vous dirait d’aller la voir.

— J’avais prévu de m’atteler à la rédaction de votre interview mais je pourrai faire ça durant mon retour en voiture.

— Elle viendra vous chercher là bas. Et puis, une parade musicale dans les rues de New York, c’est une occasion à ne pas manquer. Autant en profiter !

Me prenant par le bras, il m’emmène vers la sortie. Je résiste pour la forme.

— Au fait, quelle heure est-il ? me demande-t-il mystérieusement.

— Aucune idée ! fais-je, étonné.

— Parfait ! Ignorer l’heure est la meilleure façon de profiter du temps présent.

— Après tout, tant que je suis rentré pour le repas que me prépare mon mari…

— Vous utilisez Sunrise ? Alors, aucun risque ! me fait-il avec un clin d’œil complice.

Au loin, je perçois déjà les premiers échos de la fanfare.

 

Photo par Clément Cousin. Also available in English.

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Printeurs 39https://ploum.net/?p=5602http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20160721_162342_Printeurs_39Thu, 21 Jul 2016 14:23:42 +0000Ceci est le billet 39 sur 40 dans la série PrinteursNellio, Eva, Max et Junior fuient l’usine de mannequins sexuels à bord d’un taxi automatique gratuit. Le taxi nous emmène à toute allure. — Junior, tu es sûr que l’on ne sera pas tracé ? — Pas si on utilise le mode gratuit. Les données […]]]>
Ceci est le billet 39 sur 40 dans la série Printeurs

Nellio, Eva, Max et Junior fuient l’usine de mannequins sexuels à bord d’un taxi automatique gratuit.

Le taxi nous emmène à toute allure.
— Junior, tu es sûr que l’on ne sera pas tracé ?
— Pas si on utilise le mode gratuit. Les données sont agrégées et anonymisées. Un vieux reliquat d’une ancienne loi. Et comme le système informatique fonctionne, personne n’ose le mettre à jour ni triturer un peu trop les bases de données. Par contre, si on achète quoi que ce soit dans le tunnel, nous serons immédiatement remarqués !

Tout en répondant, il regarde avec émerveillement les doigts métalliques que Max lui a greffé.

— Waw, dire que j’ai attendu tout ce temps pour me faire greffer un implant auriculaire ! C’est génial !
— C’était nécessaire pour t’implanter le logiciel de gestions des doigts, ajoute Max. Mais l’implant auriculaire est fournit avec une légère euphorie pour atténuer la douleur.
— Au fait, Max, où va-t-on ?
— J’ai contacté FatNerdz sur le réseau. Il m’a filé les coordonnées du siège du conglomérat de la zone industrielle.
— Peut-on réellement faire confiance à ce FatNerdz que personne n’a jamais vu ni ne connait ?

Max semble hésiter un instant.

— À vrai dire, que peut-il nous arriver de pire que nous faire descendre par des drones explosifs ? Et c’est ce qui nous arrivera si nous ne faisons rien. Il y a un combat certain pour te capturer, Nellio. Autant tirer tout cela au clair une bonne fois pour toute…

Je me tourne vers Eva.

— Eva ? Parle moi ! Aide-nous !

Elle me darde d’un regard froid, cruel.

— Je pense savoir qui est FatNerdz. Je n’ai pas de preuve mais j’ai l’intime conviction que je le connais bien. Trop bien même…

Je n’ai pas le temps d’exprimer mon étonnement que la voiture ralentit soudainement. Toutes les vitres descendent et nos sièges se tournent automatiquement vers l’extérieur. Junior nous hurle un ordre avec un ton incroyablement autoritaire.

— Surtout, ne touchez rien, n’achetez rien ! Gardez les mains coincées en dessous de vos fesses.

Devant nos yeux se mettent à défiler des distributeurs nous présentant toutes sortes de produits : barres sucrées, boissons colorées, alcools, vêtements, accessoires…

— Junior, fais-je un peu honteux d’avouer mon ignorance, je n’ai jamais pris les tunnels gratuits. J’ai toujours pu me payer des courses individuelles…
— Heureux veinard ! Les tunnels gratuits n’ont de gratuit que le nom. À force de les utiliser, ils coûtent bien plus cher à l’usager que de payer directement des courses individuelles. C’est ce qui rend les pauvres encore plus pauvres : ils vendent la seule chose qui leur reste, leur personnalité et leur libre arbitre, pour une illusion de gratuité.

Des hologrammes commencent à danser devant mes yeux, des femmes et des hommes nus se trémoussent, boivent d’alléchantes boissons et me tendent langoureusement des cuillerées de yaourt ou des morceau de fruits recomposés. Je sens monter en moi un mélange d’appétit, de désir sexuel, de fringale… Instinctivement, je tends le bras vers une délicieusement rafraichissante bouteille de jus…

— Non ! me hurle Junior en me tapant violemment sur le bras. Si tu touches le moindre objet, il te sera crédité via un scan rétinien. Les transactions financières étant étroitement surveillées dans le cadre des lois anti-terroristes, nous serons pulvérisés dans la seconde ! Tiens bon !

La voiture me semble de plus en plus lente. Ce tunnel est interminable.

– Tant qu’on n’achète pas, la voiture ralentit, me souffle Junior. Mais il y a une durée maximale. Tiens bon !

Je ferme les yeux afin de soulager mes pulsions mais les phéromones de synthèse aguichent mes sens. Mes nerfs sont à fleur de peau, je me sens agressé, écorché, violé. Le désir monte en moi, j’ai envie de hurler, je me mords les mains jusqu’au sang. Je…

Lumière !

— Nous sommes sortis !

La voiture reprend de la vitesse Je respire douloureusement. De grosses gouttes de sueur perlent sur mon front. De sa main cybernétique, Junior me caresse l’épaule.

— C’est vrai que ça doit être violent si c’est la première fois. Le problème c’est que lorsqu’on y est exposé enfant, on développe une forme d’accoutumance. Les réflexes d’achats sont ceux ancrés dans la petite enfance. Les publicitaires sont donc dans une concurrence de plus en plus violente afin d’outrepasser ces habitudes.

Je me tourne vers Eva, qui semble être restée impassible.

— Eva, pourtant toi aussi tu m’avais dit ne pas avoir été exposé à la publicité. Encore moins que moi ! Tu m’as raconté que tes parents avaient fait d’énormes sacrifice pour cela.

Elle hésite. Se triture les lèvres. Un silence gêné s’installe que Max rompt.
— Eva, il est peut-être temps de lui dire la vérité.
— Je ne sais pas s’il est prêt à l’entendre…

Je hurle !

— Bon sang, je suis manipulé, pourchassé et traqué, j’ai bien le droit de savoir ce qui m’arrive ! Merde, Eva, je croyais sincèrement que je pouvais compter sur toi.
— Tu as toujours pu compter sur moi, Nellio. Toujours ! Je ne t’ai menti que sur une seule chose : mon origine.
— Alors dis moi tout !
— Je croyais que ce que tu as vu à l’usine Toy & Sex était suffisant.
— Et bien non ! Cela a rendu tout encore plus confus pour moi ! Pourquoi ces poupées gonflables nouvelle génération sont-elles à ton effigie ?

Max émet un son qui, s’il avait un larynx biologique, ressemblerait sans doute à un toussotement.

— Nellio, continue Eva doucement. Ces poupées ne sont pas à mon effigie.
— Mais…
— C’est moi qui suis…

Une formidable explosion retentit soudain. La voiture est soufflée et projetée violemment sur le flanc. Des crépitements d’armes à feu se font entendre.

— Ils nous ont repéré, hurlé-je !
— Non, me répond Junior. Si c’était le cas, nous serions mort. C’est certainement un attentat.

Nous sommes tous les quatre emmêlés, culs par dessus tête. Max tente de s’extirper du véhicule. Ses pieds et se genoux me broient les côtes mais la douleur reste supportable.

— Oh merde, un attentat, soupiré-je en portant la main à mon front ensanglanté. Encore ces foutus militants du sultanat islamique !
— Ou alors, des policiers en service commandé, ajoute Junior avec un sourire narquois.
— Hein ?
— Oui, s’il n’y a pas assez d’attentat, on en organise des petits histoire de justifier les budgets. Parfois ce sont des initiatives locales. Parfois, c’est carrément des ordres qui viennent d’en haut afin de faire passer des lois ou de prendre des mesures. Dans tous les cas, ça fait consommer de l’info, ça occupe les télépass.

La voix de Max nous parvient de l’extérieur.

— Dites, vous vous magnez le train ? Ils sont en train de descendre tout le monde de l’autre côté de la rue. Mais ils risquent bien de venir canarder les survivants de l’explosion.
— Après toi, fais-je à Junior d’un air blasé, heureux de vivre enfin une explosion dont je ne suis pas la cible prioritaire.

 

Photo par Oriolus.

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Reliez Ottignies et Bruxelles en vélo grâce au VERhttps://ploum.net/?p=5527http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20160624_142754_Reliez_Ottignies_et_Bruxelles_en_velo_grace_au_VERFri, 24 Jun 2016 12:27:54 +0000Une piste cyclable parfaitement sécurisée et sur site propre pour relier Ottignies à Bruxelles en seulement 16km ? Le tout entièrement financé par l’argent du contribuable ? Un rêve ? En fait, c’est déjà une réalité que vous avez déjà financé à hauteur de plusieurs milliards d’euros. Seul petit problème à régler : les contribuables qui […]]]>

Une piste cyclable parfaitement sécurisée et sur site propre pour relier Ottignies à Bruxelles en seulement 16km ? Le tout entièrement financé par l’argent du contribuable ?

Un rêve ?

En fait, c’est déjà une réalité que vous avez déjà financé à hauteur de plusieurs milliards d’euros.

Seul petit problème à régler : les contribuables qui ont financé cette merveille sont interdits d’accès.

Car cette merveilleuse piste cyclable, c’est le tracé du futur RER. Un chantier qui a déjà englouti des milliards d’euros d’argent public pour un résultat qui serait, au mieux, utilisable en 2024. Mais les prévisions les plus réalistes tablent pour une arrivée du RER aux alentours de 2030. Si jamais il est finalement terminé et n’est pas déjà périmé avant même sa mise en service.

De Ottignies à Bruxelles (gare de Boitsfort), il existe donc une véritable route goudronnée, lisse, plate, sans aucune côte et sans aucun trafic. Cette route en parfait état ne s’approche jamais à moins de trois mètres des voies de chemin de fer et en est toujours séparé par une bordure et un écran minimal de végétation. Nous l’avons baptisé le VER, Vélo Express Régional.

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Cliquez pour voir l’animation

L’association cycliste Gracq a très récemment annoncé que certains de ses membres utilisaient certains tronçons du VER. La réaction d’Infrabel, gestionnaire des voies, ne s’est pas fait attendre : l’accès à cette route est strictement interdit voire serait dangereux.

Cette route en parfait état devrait donc rester inutilisée et se dégrader inutilement pendant au minimum une décennie.

C’est pour en avoir le cœur net que cinq cyclistes ont décidé de relier Ottignies à Boitsfort en vélo, un jour de grève générale : Stéphane, Nils, Natacha, Yves et votre serviteur.

20160624_053113

Preuve que l’idée est dans l’air du temps : nous préparions notre action alors qu’aucun de nous n’était au courant de l’action très similaire du Gracq.

Le résultat est sans appel : seul le tronçon entre les gares de Genval et La Hulpe (2km) n’est pas encore aménagé. Le passage est strictement impossible sans s’approcher dangereusement des voies ou en les traversant (l’aménagement étant fait de l’autre côté des voies). Il est donc impératif de quitter le VER avant la gare de Genval et de le reprendre à la gare de La Hulpe, impliquant un détour de 15 minutes.

Le reste du trajet se fait de manière entièrement sécurisée sur une route large et dégagée. Deux passages d’une centaine de mètres sont en sable et en terre mais restent praticables en VTT, le premier à Profondsart et le second dans la gare de Boitsfort même.

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Passage boueux à Profondsart

Au total ? Un VER d’un peu plus de 16km sur un terrain absolument plat. Pour un cycliste entraîné, ce trajet est réalisable en une demi-heure. Et pour ceux qui préfèrent prendre le temps et admirer le cadre très agréable, 45 à 50 minutes semble un grand maximum. Tant que la jonction Genval vers La Hulpe n’est pas finalisée, une petite heure semble un temps raisonnable, même pour un cycliste néophyte.

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Une partie du trajet est même couverte

Autre obstacle imprévu : une étendue de verre brisé dans la gare de Rixensart qui déchirera le pneu de votre serviteur, le forçant à faire demi-tour tandis que les quatre autres continuaient vers Boitsfort.

Mais rien de mieux pour vous convaincre qu’une petite vidéo (d’où il ne manque que les derniers kilomètres).

Alors, est-ce dangereux ?

Oui, clairement. Le fait de devoir faire un détour entre Genval et La Hulpe nécessitant de passer par des rues ouvertes au trafic automobile et sans pistes cyclables est certainement la partie la plus dangereuse du trajet. Un danger que les cyclistes vivent au quotidien mais qui pourrait désormais être évité grâce au VER.

En dehors du tronçon Genval/La Hulpe, les trains restant toujours à une bonne distance ne peuvent en aucun cas représenter le moindre danger.

Est-ce légal ?

Non. Bien qu’il n’y ait ni dégâts matériel, ni victimes, cette action que nous avons entreprise est illégale.

Cette illégalité est-elle justifiable ?

Suite à l’action du Gracq, la réaction d’Infrabel ne s’est pas fait attendre : des bacs de ciment ont été volontairement placés pour bloquer l’accès aux cyclistes. Cette réaction vous semble-t-elle responsable et utile ?

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Infrabel ne supporte pas la concurrence intolérable du vélo

Le pouvoir politique qui lutte pour la mobilité, la réduction des polluants peut-il légitimement décider que les cyclistes n’ont pas le droit d’être protégés et ne doivent en aucun cas bénéficier du VER ?

Ces politiciens ne seront-ils pas moralement responsables si un cycliste se fait renverser par une voiture car il a décidé de respecter l’interdiction d’utiliser le VER et roule au milieu de routes pensées pour l’automobile ?

Un état démocratique qui a financé le VER avec l’argent du contribuable a-t-il le droit d’interdir ces mêmes contribuables de l’utiliser ?

Ne devrait-on pas au contraire finaliser au plus vite la jonction Genval/La Hulpe et inaugurer une formidable voie verte sur laquelle pourrait naître une véritable économie de proximité : buvette pour cyclistes assoiffés, ateliers de réparation, salles de réunions et espaces de travail.

La créativité est sans limite. Il ne reste plus qu’à finaliser l’effort accompli.

Mesdames et Messieurs les politiciens, vous avez aujourd’hui l’opportunité de transformer le plus grand des travaux inutiles belges, véritable gabegie d’argent public (le RER) en un formidable investissement écologique et économique, le VER.

Mesdames et messieurs les politiciens, il suffit d’une impulsion pour finaliser le VER. La balle est dans votre camp !

 

Photo de couverture : départ du VER depuis le pont de Jassans à Ottignies. Photos et vidéos par Stéphane Vandeneede et moi-même.

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Travailler, un luxe que nous ne pouvons plus nous permettrehttps://ploum.net/?p=5509http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20160623_155548_Travailler__un_luxe_que_nous_ne_pouvons_plus_nous_permettreThu, 23 Jun 2016 13:55:48 +0000De tous temps, la jeunesse est entrée en rébellion contre les vieillards afin de faire évoluer une société que les conservateurs, par essence, veulent figée. La jeunesse finit toujours par gagner même s’il faut parfois plusieurs générations de jeunes pour faire admettre une idée, avec potentiellement des retours en arrière. Au final, il suffit d’être […]]]>

De tous temps, la jeunesse est entrée en rébellion contre les vieillards afin de faire évoluer une société que les conservateurs, par essence, veulent figée.

La jeunesse finit toujours par gagner même s’il faut parfois plusieurs générations de jeunes pour faire admettre une idée, avec potentiellement des retours en arrière. Au final, il suffit d’être patient.

Mais aujourd’hui, il y’a un problème pour lequel nous n’avons malheureusement plus le temps d’attendre : la sauvegarde de notre planète.

Nous n’avons plus le loisir de discuter et de laisser le conservatisme accepter péniblement l’idée que, tiens, peut-être que les ressources de la planète sont limitées. Nous ne pouvons plus nous permettre de mettre quinze ans à apprendre à mettre les déchets plastiques dans des sacs bleus pour avoir l’impression de faire un geste pour l’environnement.

Il faut agir radicalement aujourd’hui et maintenant. Il faut repenser fondamentalement tout ce qui, dans notre société, détruit ou justifie la destruction de la planète.

Et l’une des principales sources de destruction est clairement identifiée : l’emploi ! Personne n’ose le dire voire le penser car il s’agit d’un pilier de notre société et de notre identité.

Car quel est le réel problème auquel nous sommes confrontés ? Nous consommons et nous produisons trop ! C’est aussi simple que cela : tout notre modèle de société est basé sur produire plus pour pouvoir consommer plus et consommer plus pour pouvoir produire plus.

Et comme nous sommes de plus en plus productifs pour produire avec moins de travail, nous n’avons d’autre choix que d’augmenter la consommation.

Les emballages biodégradables, les réductions d’émissions, l’isolation des bâtiments et même les marches pour l’environnement pleines de bons sentiments ne sont que cela : des bons sentiments, des vœux pieux.

Tous les discours, toutes les décisions politiques et toutes les technologies “vertes” ne pourront rien faire d’autre que légèrement ralentir l’inéluctable tant que nous n’aurons pas conscience que le seul et unique problème est notre relation au travail.

Car un travail n’est finalement rien d’autre que prendre une partie de ressources de la planète et la transformer en autre chose, en produisant au passage des déchets.

Tant que nous nous évertuerons à vouloir “créer des emplois”, nous consommerons, nous polluerons, nous détruirons la planète.

Or, loin de remettre en question cette cause fondamentale, nous en sommes arrivé à la suprême hypocrisie qui consiste à “créer des emplois verts”. Le discours des partis écologistes est de dire que “être écologique crée de l’emploi”.

Nous essayons de faire en sorte que les voitures polluent un peu moins par kilomètre parcouru, quitte à truquer les tests pour faire semblant, alors que l’unique problème est que nous parcourons bien trop de kilomètres pour… nous rendre au travail. Kilomètres qui nécessitent des routes de plus en plus larges afin d’attirer de plus en plus d’automobilistes qui sont de plus en plus ralentis et donc polluent encore plus.

Nous ne pouvons plus nous permettre de “polluer moins”. Nous ne pouvons plus accepter que les mentions “écologique” ou “vert” soient apposées à coté de tous ce qui est légèrement moins polluant que la concurrence. Nous devons radicalement changer notre mode de vie pour ne plus polluer du tout voir pour régénérer la planète.

La remise en question du travail génère des peurs fondamentales : plus personne ne va rien faire, les gens vont être désœuvrés, la civilisation va s’écrouler.

Mais le pire des scénarios n’est-il pas préférable à l’issue vers laquelle nous nous dirigeons inexorablement ?

Car si nous observons ce que les gens font en dehors du travail, que ce soit en bénévolat, en activité artistique, en entraide, en faisant de l’artisanat ou du sport, une tendance nette s’observe : ces activités détruisent très peu la planète (à l’exception de quelques sports moteurs ou de la chasse).

À l’opposé, le travail est une activité rarement réalisée avec plaisir qui a pour essence même de détruire la planète ou d’encourager à sa destruction à travers la consommation.

Dans le pire et le plus effrayant des futurs, une société de loisirs entraînerait des inégalités, un appauvrissement général voire un écroulement de la civilisation. Le tout potentiellement agrémenté de famines, d’épidémies, de guerre. Nous sommes d’accord que ce scénario catastrophe est improbable mais considérons le pire.

Nous constatons que, pour l’humanité, ce scénario catastrophe n’est pas mortel. Une nouvelle civilisation finira toujours pas renaître.

Tandis qu’en continuant à travailler, à créer de l’emploi et à valoriser le travail, nous détruisons peut-être définitivement notre planète.

Par peur des incertitudes, nous préférons offrir à nos enfants une quasi-certitude : celle d’être l’une des dernières générations d’êtres humains.

L’humanité peut se remettre de toutes les catastrophes. Sauf une. La perte de son unique planète.

Il est urgent de nous débarrasser de l’emploi le plus vite possible. D’arrêter d’essayer de négocier avec les conservateurs inquiets et d’agir sans tenir compte de leur avis. Nous devons unir nos forces aujourd’hui car nous n’aurons pas de seconde chance.

Alors ? Comment fait-on pour arrêter de nourrir le système ?

 

Photo par Alan Cleaver.

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La liberté que nous avons oubliée…https://ploum.net/?p=5491http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20160606_111208_La_liberte_que_nous_avons_oubliee___Mon, 06 Jun 2016 09:12:08 +0000Nous avons cru que tout était propriété, que chaque atome appartenait au premier qui le réclamerait. Mais nous avons oublié que la matière a toujours existé, qu’elle nous a été transmise et que nous la transmettrons à notre tour, peu importe les transactions, les ventes et les achats. Nous n’en sommes que les dépositaires temporaires. […]]]>

Nous avons cru que tout était propriété, que chaque atome appartenait au premier qui le réclamerait.

Mais nous avons oublié que la matière a toujours existé, qu’elle nous a été transmise et que nous la transmettrons à notre tour, peu importe les transactions, les ventes et les achats. Nous n’en sommes que les dépositaires temporaires.

Nous avons cru que tout se vendait et tout s’achetait. Que pour subsister, il fallait acheter et donc vendre pour gagner de quoi acheter.

Mais nous avons oublié que, parfois, nous n’avons même plus de quoi acheter le minimum vital. Alors nous avons puni ceux qui étaient dans cette situation, nous les avons accusé et nous nous sommes convaincu que nous ne serions jamais comme eux. Nous avons séparé l’humanité en deux.

Nous avons cru que nous devions gagner plus afin de vivre plus et de posséder plus. Que nous n’avions pas le choix. Que nous devions vendre notre corps, notre intelligence ou bien des objets. Ou vendre des idées afin d’aider d’autres à vendre plus. Ou d’enseigner à d’autres la meilleure manière de vendre.

Mais nous avons oublié que le choix, il se prend. Qu’accepter un travail plus loin mais mieux rémunéré afin de consommer plus est un choix. Qu’accepter un travail qui pousse d’autres à consommer est un choix. Nous avons refusé de voir que nous étions chacun responsable de notre travail, de l’impact que celui-ci avait sur le monde.

Nous avons cru que le fait de posséder était notre objectif ultime, que nous devions amasser, acheter, consommer.

Mais nous avons oublié que les objets n’ont pas de maître. Qu’ils peuvent tout au plus nous procurer quelques soupçons de joie lorsque nous les utilisons durant quelques minutes ou quelques heures. Et que, le reste du temps, ils nous encombrent, nous rendent malheureux et nous convainquent d’acheter encore plus.

Nous avons cru que la propriété apportait la liberté. Que le propriétaire pouvait jouir de son bien à sa guise sans se préoccuper des conséquences.

Mais nous avons oublié que les frontières et les tracés ne sont que des délimitations virtuelles. Que nous ne possédons qu’une seule et unique planète qui souffre globalement de chacune de nos actions.

Nous avons cru que les idées étaient une propriété. Que même les semences et le génome devait être breveté. Que partager revenait à voler.

Mais nous avons oublié qu’une idée qui ne se partage pas se fige et s’oublie. Que le vivant n’a que faire de nos brevets. Qu’en tentant de contrôler la propriété, nous ne pouvions qu’arrêter de penser.

Nous avons cru jouir de la propriété.

Mais nous avons oublié que nous ne faisons qu’emprunter au futur chaque molécule, chaque journée.

Nous avons cru ne pas avoir le choix et devoir acheter la liberté.

Mais nous avons oublié que la liberté, c’est avant tout de faire des choix. Nos choix.

 

Photo par Stefano Corso.

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Google, le géant asocialhttps://ploum.net/?p=5447http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20160602_151854_Google__le_geant_asocialThu, 02 Jun 2016 13:18:54 +0000Les raisons de l’échec de Google+ et des tentatives sociales chez Google. Avec 90% du marché mondial des recherches web, 1 milliard de personnes utilisant des téléphones Android, 1 milliard de visiteurs mensuels sur Youtube et 900 millions d’utilisateurs de GMail, difficile pour un internaute de passer à côté de Google. Aussi, quand Google a […]]]>

Les raisons de l’échec de Google+ et des tentatives sociales chez Google.

Avec 90% du marché mondial des recherches web, 1 milliard de personnes utilisant des téléphones Android, 1 milliard de visiteurs mensuels sur Youtube et 900 millions d’utilisateurs de GMail, difficile pour un internaute de passer à côté de Google.

Aussi, quand Google a décidé de se lancer dans les réseaux sociaux en 2011, personne ne donnait cher de la peau de Twitter et Facebook.

Pourtant, Google Buzz, la tentative de concurrencer Twitter, fut un échec cuisant et Google+, l’équivalent Google de Facebook, reste vivement controversé et assez peu utilisé alors même qu’il est intégré avec la plupart des smartphones vendus dans le monde aujourd’hui !

Et s’il est impensable pour une marque ou une célébrité de ne pas avoir une page Facebook ou un compte Twitter, qu’en est-il d’une page Google+ ? La plupart ne sont-elles pas créées par acquis de conscience ?

Trouver une personne, la base d’un réseau social

Google+ serait-il techniquement tellement inférieur à ses concurrents que, même imposé, il soit si peu utilisé ? Au contraire, certains, parmi lesquels l’auteur de ces lignes, considèrent que Google+ est techniquement plus abouti et plus riche que Facebook : possibilité d’avoir des relations asymétriques entre personnes, facilité de regroupement des amis dans des “cercles”, meilleur contrôle des permissions, …

Mais alors, pourquoi même les aficionados les plus accros à Google ont-il le réflexe d’aller sur Twitter et Facebook ?

La réponse la plus souvent pointée est que tout le monde est sur Facebook et que les utilisateurs vont où les autres sont. Facebook aurait l’avantage d’avoir été le premier à bénéficier de cet effet de réseau à large échelle.

Mais c’est sans compter que Google bénéficie déjà d’énormes réservoirs d’utilisateurs que sont Gmail, Android et Youtube. S’il ne s’agissait que d’atteindre une masse critique, Google+ aurait pu être un succès instantané.

Un réseau social, ce n’est jamais qu’un groupe de personnes avec des liens entre eux. Et ce réseau ne peut se construire qu’avec les personnes. La première fonctionnalité d’un réseau social est bien celle-là : trouver une personne, étape indispensable avant la création d’un lien. La motivation première pour ajouter un ami sur Facebook n’est pas de voir ses photos de vacances, c’est de rester en contact. Les photos de vacances ne sont qu’une conséquence !

Certains utilisateurs sur Facebook n’utilisent d’ailleurs pas le flux d’activité. D’autres n’ont jamais ouvert la messagerie. Mais tous ont un point commun : ils ont confiance de pouvoir trouver n’importe qui ou presque sur Facebook. Même le « Jean Dupont » que je cherche se démarquera au milieu de ses homonymes grâce à nos amis communs, ses centres d’intérêts, ses photos ou sa description.

Sur Twitter, aucun doute possible grâce à l’identifiant unique que Jean Dupont m’aura très aisément communiqué.

Google+, un réseau asocial ?

Google, par contre, a complètement perdu de vue la fonctionnalité de base : « trouver une personne ». Google+ s’est immédiatement concentré sur les conséquences (avoir un flux d’activité, partager des photos, chatter) en oubliant la raison première d’un tel produit : rester en contact. De l’aveu même des ingénieurs travaillant sur le projet, il fallait toujours « développer une nouvelle fonctionnalité ».

Que ce soit dans mon téléphone ou dans Gmail, le fait de taper « Jean Dupont » me donne des dizaines d’occurrences dont certaines sont des doublons et d’autres des homonymes. À qui appartient ce numéro de téléphone associé à un « Jean » qui a sans doute été importé depuis ma carte SIM à un moment donné ? Est-ce l’ancien numéro de Jean Dupont ? Au contraire un nouveau numéro ? Ou bien un homonyme ?

Impossible, depuis GMail, d’envoyer un mail à certaines personnes avec qui je suis pourtant en contact sur Google+ ! Et si les innovations de Google Inbox ont largement amélioré la situation, elle n’en reste pas moins loin d’être parfaite !

 Google Inbox me propose deux fois la même personne. Laquelle choisir ?


Google Inbox me propose deux fois la même personne. Laquelle choisir ?

Détail révélateur : la photo de profil d’une personne varie d’un produit Google à l’autre voire, au sein même de GMail et Google Inbox, d’un mail à l’autre ! Certaines anciennes photos de profils Google+, pourtant supprimées depuis longtemps, apparaissent parfois comme par enchantement au détour d’un mail. Mais le plus souvent, aucune image ne s’affiche. Il m’est donc impossible d’associer avec confiance une personne à une photo de profil unique, contrairement à Twitter ou Facebook.

Facebook l’a bien compris et, sur cette plateforme, le changement de photo de profil d’un de vos contacts est un événement majeur qui sera particulièrement mis en avant.

Hangouts et Contacts, des échecs lourds.

Sur Android, l’application Hangout est incroyablement lente quand il s’agit de lancer une conversation avec un nouveau contact. Parfois, elle ne trouve tout simplement pas ce contact ou n’associe pas le numéro de téléphone avec le profil de la personne, ne me laissant que le choix d’envoyer un message Hangout à la place d’un SMS. À d’autres moments, elle me met en avant des « suggestions » de profil Google+ que je ne connais pas et cache ceux que je connais.

 Hangout me propose 5 fois Marie qui sont la même et unique personne sur G+ !


Hangout me propose 5 fois Marie qui sont la même et unique personne sur G+ !

Avant ce mois de mars 2016, l’interface web de Google Contacts n’avait jamais connu de refonte complète depuis sa mise en service. Google n’a même jamais pris la peine de développer une application Android de gestion de contacts.

Si cette nouvelle version rassure sur le fait que cette partie de Google n’a pas été complètement laissée à l’abandon, elle est néanmoins très frustrante : il ne s’agit que d’un changement purement esthétique sans réelle nouvelle fonctionnalité ni meilleure intégration avec les autres produits Google.

L'interface de Google Contacts, restées inchangée pendant des années.

L’interface de Google Contacts, restées inchangée pendant des années.

C’est comme si Google considérait qu’unifier et gérer une liste de contacts n’avait aucun intérêt. Google s’est contenté de développer les fonctionnalités d’un réseau social en oubliant ce qui est selon moi la fondation même de l’interaction sociale : entrer en contact avec une personne donnée.

Une fonctionnalité que Google a laissé, peut-être volontairement, aux fabricants de smartphones. Avec un résultat assez catastrophique.

3 vincents identiques, 2 vincents différents et de nouveau 3 vincents identiques. Merci Samsung !

3 vincents identiques, 2 vincents différents et de nouveau 3 vincents identiques. Merci Samsung !

Un désintérêt que Google paie très cher, y compris dans le domaine de la messagerie où, malgré une position dominante confortable, Gmail et Hangouts se sont vite fait dépasser par Whatsapp.

Le désespoir de l’incompréhension

Est-ce que Whatsapp offre une fonctionnalité incroyable, nouvelle ou particulièrement utile ?

Non, la principale caractéristique de Whatsapp est de trouver mes amis qui utilisent Whatsapp en se basant sur les numéros stockés sur mon téléphone. Que ce soit sur Facebook, Twitter ou Whatsapp, j’ai donc confiance de facilement trouver une personne donnée. Oui, Google est très fort pour me faire explorer, pour me suggérer des nouvelles personnes. C’est d’ailleurs ce qui fait la joie des aficionados de Google+. Mais la plupart du temps, je veux simplement contacter une personne donnée le plus vite possible.

Avec sa nouvelle version, Google+ semble d’ailleurs faire progressivement son deuil de l’aspect social pour se concentrer sur la découverte de nouveaux contenus, de thématiques et de centres d’intérêt.

Le lancement d’un enième produit social, Google Spaces, et d’une enième application de chat, Google Allo, sont la confirmation de la totale incompréhension de Google face au social. Plutôt que de réfléchir, d’essayer de trouver les racines du problème, le géant américain lance des dizaines d’applications en espérant trouver, par hasard, le succès. On lance tout contre un mur et on regarde ce qui reste collé…

Mais, ce faisant, il ne fait que créer des espaces supplémentaires où potentiellement chercher une personne. Il rend encore plus complexe la recherche d’une personne précise.

Peut-être car, dans la culture des ingénieurs de chez Google, on ne recherche que des solutions à des problèmes, des informations. Pas des personnes. Jamais des personnes.

Ceci expliquerait tout : Google ne peut développer un réseau social car il est, tout simplement, profondément asocial.

 

Photo par Thomas Hawk.

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Une dernière bière avant la fin du mondehttps://ploum.net/?p=5430http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20160530_115612_Une_derniere_biere_avant_la_fin_du_mondeMon, 30 May 2016 09:56:12 +0000D’un claquement légèrement éméché sur le comptoir, la femme repose le verre de bière vide tout en écartant une mèche rousse de son front rougeaud. D’un doigt tremblant, elle ouvre un bouton de son chemisier, laissant dévaler une goutte de sueur entre ses seins. — Eh bien moi, je dis qu’il faut les laisser se […]]]>

D’un claquement légèrement éméché sur le comptoir, la femme repose le verre de bière vide tout en écartant une mèche rousse de son front rougeaud. D’un doigt tremblant, elle ouvre un bouton de son chemisier, laissant dévaler une goutte de sueur entre ses seins.
— Eh bien moi, je dis qu’il faut les laisser se démerder. Après tout, c’est eux qui ont élu Trump, ce n’est pas notre problème.
— Tu n’y connais rien Véro, répond un homme mal rasé, le nez dans son demi, le regard trouble.
— Parce que toi t’es subitement un expert en géopolitique internationale ?
— Ils ont dit à la télé que…
— Je rêve ! Tu regardes encore la télé ? Y’a autre chose que des pubs à la télé ?
— N’empêche qu’il y avait Nicolas Hulot et qu’il expliquait que Trump avait mis l’écologie sur la liste des idéologies terroristes, tout comme l’islam.
— Pour l’islam, il n’a pas tort. Et pour le reste, ils n’ont qu’à se détruire eux-mêmes…
— Sauf que les polluants déversés dans les mers affectent directement les espèces des océans et que c’est pour ça que la pêche est désormais interdite chez nous. C’est à cause de lui que nos pêcheurs n’ont plus de boulot !
— Ben de toute façon, personne n’a plus de boulot. On va pas se transformer en soldats juste parce qu’il n’y a plus de boulot. Entre chômeuse ou chair à canon, j’ai choisi. Hein Malou ?

Derrière son comptoir, une femme entre deux âges hoche la tête tout en essuyant un verre. Sa chevelure blond platine laisse doucement la place à des mèches grisonnantes qui se mélangent à ses montures de lunettes argentées.

— Moi, tant que vous serez en vie, je suis sûre d’avoir du boulot.
— Ça c’est sûr, renchérit l’homme en levant sa bière, tu nous dois une fière chandelle !

Il boit une gorgée mousseuse avant d’émettre un rot sonore. Mais la rousse ne se laisse pas décontenancer.

— Malou, tu trouves normal qu’on déclare la guerre aux États-Unis ? Qu’on devienne allié avec les pays islamiques ?
— Islamiques, il ne faut rien exagérer, tempère la patronne. On ne s’allie pas avec Daesh et le califat tout de même.
— Oui mais le Pakistan, la Tchétchénie, l’Iran et même la Russie et la Corée du Nord. On est passé du côté des terroristes ou quoi ?
— Faut que tu comprennes qu’on lutte pour la survie de la planète là ! Trump fait brûler des gisements de gaz exprès pour nous provoquer, réplique l’homme dont les narines peuplées de poils noirs huileux palpitent de colère. Les experts sont unanimes : le réchauffement climatique ne pourra plus être arrêté.
— Ben justement, s’il ne peut plus être arrêté, pourquoi aller s’entretuer ? Hein Malou ?
— Pour pas faire pire, tiens ! Le Tsunami de Knokke, tu crois que ça n’a pas suffi ?

L’homme se caresse nerveusement la calvitie naissante. Il s’agite, ses tempes se couvrent de veinules bleuâtres.

— Bien fait pour ces flamins, répond Véro avec un sourire goguenard.
— À ce rythme-là, dans 15 ans, on parlera du tsunami de Louveigné ! On devra tous se réfugier au signal de Botrange !
— Moi je maintiens qu’on va faire pire que mieux. Trump est capable de nous balancer des missiles nucléaires. Tant qu’à faire, je préfère passer mes dernières années à Botrange-plage. Et si je dois mourir noyée, autant que ce soit dans une eau non-radioactive !
– Dans de l’eau, tu ne risques pas ! Tu mourras d’une cirrhose bien avant.
– Ça me va, santé Malou ! À ma cirrhose et à la fin du monde !

Mais l’homme n’admet pas sa défaite :
— Si on s’y met tous les pays ensemble, en quelques jours les États-Unis sont rayés de la carte…
— Qu’ils disent ! Comme en 14 !
— C’est notre seul espoir ! Détruire les États-Unis ou la planète entière, c’est le choix qui s’offre à nous !
— Bref, y’a plus d’espoir, je te rejoins sur ce point !
— Moi j’ai toujours voté Écolo, intervient Malou.
— C’est gentil Malou. Grâce à toi on va aller faire la guerre à Trump en vélo partagé…
— À choisir entre les missiles de Trump et les toilettes sèches… Planquez-vous, la Wallonie sort les armes bactériologiques !

Le couple s’esclaffe. Réconciliés, les deux clients se tapent mutuellement sur la cuisse.

— Oh, moi je disais ça, répond Malou d’un ton vexé. Les écolos, ils ont quand même proposé des sanctions économiques et le boycott dès l’élection de Trump !
— Ça fait cinq années que la plupart du monde boycotte les États-Unis. L’effet est nul ! D’un côté personne ne veut se passer d’un Iphone ou d’un juteux contrat pour la défense américaine, de l’autre, ce qu’on ne vend pas à Trump, il vient le chercher.

Un silence s’installe dans le troquet, laissant un ventilateur essoufflé brasser l’air lourd et moite de la fin de journée alors que le crépuscule enflamme les dizaines de verres aux couleurs des différentes bières du pays qui s’alignent en rang d’oignon sur une étagère vieillissante.

— Faut reconnaître, dit l’homme, que les écolos ont au moins fait semblant de se préoccuper du problème. Les autres partis, eux, ils étaient encore en train de se battre pour des histoires communautaires auxquelles personne ne comprend rien.
— D’ailleurs, est-ce qu’ils sont encore en train de négocier un gouvernement ou est-ce qu’ils se sont tous tirés en Suisse comme les députés français ? répond sa comparse.
— Aucune idée. Mais je crois que ça n’a plus beaucoup d’importance…

Malou semble réfléchir un instant.

— Mais si on n’a pas de gouvernement, qui a voté le fait qu’on déclarait la guerre aux États-Unis ? Parce que c’est bien beau de discuter, la décision est prise, non ?

L’homme hoche la tête.

— On n’est pas dans la merde…

D’un air désabusé, la femme regarde le fond de son verre vide avant de le tendre par dessus le comptoir.

— Allez Malou, mets-moi son petit frère ! J’ai une cirrhose qui attend !

 

Photo par Ramón. Relecture par le gauchiste.

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Comment la réalité augmentée m’a transformé…https://ploum.net/?p=5415http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20160528_123539_Comment_la_realite_augmentee_m___a_transforme___Sat, 28 May 2016 10:35:39 +0000…en cycliste. La plupart de mes lecteurs sont sans doute familiers avec le principe de réalité virtuelle. Un univers entièrement fictif dans lequel on s’immerge totalement afin de se couper du monde extérieur. Mais un autre concept très intéressant est en train d’émerger : celui de réalité augmentée. Le principe de la réalité augmentée est de […]]]>

…en cycliste.

La plupart de mes lecteurs sont sans doute familiers avec le principe de réalité virtuelle. Un univers entièrement fictif dans lequel on s’immerge totalement afin de se couper du monde extérieur.

L'auteur, plongé dans une réalité virtuelle…

L’auteur, plongé dans une réalité virtuelle…

Mais un autre concept très intéressant est en train d’émerger : celui de réalité augmentée.

Le principe de la réalité augmentée est de rajouter des interactions virtuelles au sein monde réel.

Les exemples les plus spectaculaires sont certainement Microsoft Hololens et Magic Leap. Ces deux technologies, encore expérimentales, projettent sur des lunettes des objets virtuels qui viennent se juxtaposer à ce qui se trouve dans votre champs de vision. Vous pouvez, par exemple, voir un personnage fictif évoluer dans la pièce où vous vous trouvez.

Mais pas besoin d’aller aussi loin pour expérimenter la réalité augmentée. Le jeu Ingress, développé par Google, ne nécessite qu’un simple smartphone : vous devez vous rendre dans des endroits précis afin de conquérir du territoire. Sa popularité conduit les joueurs à s’organiser et se rencontrer régulièrement. Run Zombie vous pousse à faire de l’entraînement fractionné en course à pieds en vous faisant entendre des zombies auxquels vous devez échapper en sprintant.

De mon côté, le jeu en réalité augmentée qui certainement a bouleversé ma vie est Strava.

Je vois des sourcils se froncer.

Strava n’est-il pas une application qui enregistre les ballades en vélo ?

Oui. Mais Strava dispose d’une fonctionnalité incroyable : les segments.

Un segment sur Strava est un chemin qui relie un point de départ à un point d’arrivée. N’importe quel utilisateur de Strava peut en créer.

Avec la subtilité qu’un classement de tous les utilisateurs Strava passés par chaque segment est affiché publiquement. Il devient donc possible de se comparer à des dizaines voire des centaines de cyclistes.

Mieux : les membres Premium peuvent désormais voir en temps réel leur position dans un segment par rapport à leur meilleur temps personnel et le meilleur temps de tous les autres utilisateurs. Le smartphone rivé sur le guidon, j’ai réellement le sentiment d’être en course acharnée avec moi-même et avec un autre utilisateur Strava. C’est à peine si mon imagination ne me fait pas ressentir l’aspiration quand l’écart passe sous la seconde !

strava-live-segments

Certains segments sont sans grand intérêt mais soyez certains que toutes les côtes de votre région ont leur segment Strava où des dizaines de cyclistes s’affrontent chaque semaine pour le tant convoité titre de KOM ou QOM (King/Queen Of the Mountain).

Lorsque vous êtes détrôné de votre KOM, une notification vous parvient immédiatement sur votre smartphone. La tentation est alors immense de tout plaquer, d’enfiler son casque et d’aller montrer à ce jeune freluquet de quoi vous êtes capable. Surtout si celui-ci a eu l’outrecuidance de laisser un commentaire de type : « Je reprends ce qui m’appartient » (exemple vécu).

Grâce à Strava, j’ai pu mener des compétitions acharnées contre des cyclistes que je n’ai jamais rencontré, chacun reprenant le KOM à l’autre à chaque tentative. Ces compétitions virtuelles se soldent même parfois par de cordiaux échanges dans les commentaires, chacun félicitant l’autre pour sa performance mais lui annonçant avec humour de profiter du KOM tant qu’il peut le garder.

Pour ne pas se limiter aux segments, Strava propose également des challenges réguliers basés sur la distance parcourue, sur le dénivelé escaladé voire sur l’exploration de nouveaux parcours.

Chez moi, le résultat est incroyable : chaque fois que j’enfourche ma bécane, je vais « jouer à Strava ». J’ai l’appétence de découverte de nouveaux segments de qualité, l’envie de m’améliorer, de me dépasser. À l’incroyable plaisir de sentir les kilomètres défiler sous mes roues, je rajoute la petite jouissance intellectuelle que connaissent bien les amateurs de jeux vidéos.

Alors, oui, Strava a changé ma vie. De cycliste utilitaire, je me suis transformé en cycliste passionné. Strava m’a donné envie d’explorer, de partir à la découverte. À la fois dans ma propre région et partout où j’aurai l’occasion d’aller donner quelques coups de pédale.

Grâce à Strava (ou à cause ?), de plus en plus de mes kilomètres utilitaires se font en vélo, au détriment de la voiture…

La réalité augmentée, malgré qu’elle n’en soit qu’à ses balbutiements, est donc déjà en train de changer le monde, de nous changer.

Après tout, quoi de plus normal ? La frontière entre le réel et le virtuel n’est qu’arbitraire, historique. Les deux sont appelés à se fondre l’une dans l’autre et il est probable que nos enfants ne parleront pas de réalité virtuelle ni de réalité augmentée. Ils diront tout simplement… « la réalité ».

Ils ne joueront plus à des « jeux vidéos » mais à des jeux tout court. Ils nous mettront dans une situation inconfortable, ils nous donneront l’impression d’être déconnectés du réel alors qu’ils seront en train de l’étendre. Ils seront tristes pour nous, les vieux, limités à une toute petite frange du réel.

Nous traverserons forcément des phases d’inquiétude ou de rejet mais, dans ces moments là, rappelez-vous que cette réalité augmentée m’a transformé de conducteur en cycliste. Une transformation dont je suis fier et que je considère comme positive ! Une transformation que j’ai acceptée voire que je recherchais car elle me convenait. Tous les Strava du monde n’auront jamais aucun effet sur quelqu’un qui abhorre le vélo.

Notre tâche n’est donc pas de tenter de limiter cette incursion du virtuel dans le réel. Ce serait peine perdue. Non, notre responsabilité est de faire en sorte que les incroyables pouvoirs liés à ce progrès ne soient pas entre les mains de quelques uns mais entre les mains de chacun. Notre mission est d’encourager nos enfants à développer, démocratiser et utiliser tous les outils possibles et imaginables. De leur offrir les technologies et de leur faire confiance quant à l’usage qu’ils en feront.

Et pour répondre à la question qui vous brûle les lèvre, je ne dispose que de peu ou prou de KOM sur les segments prisés. Mais je tire une certaine fierté à être, avec le même vélo, dans les tops 10 de certains segments VTT à travers bois et de quelques segments pour purs routiers. Tiens, je proposerais bien à Strava un badge “passe partout”…

 

Photo par Jijian Fan.

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Changer le monde sans travailler, mon expérience TEDxhttps://ploum.net/?p=5389http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20160506_111318_Changer_le_monde_sans_travailler__mon_experience_TEDxFri, 06 May 2016 09:13:18 +0000Il y a quelques semaines à peine, j’ai reçu un coup de téléphone m’invitant à venir donner une présentation TEDx à Liège. Honoré, je me suis aussitôt empressé d’accepter. Le temps pour la préparation m’était compté mais j’étais à la fois fier et motivé. Sous le titre énigmatique « Changer le monde sans travailler », j’ai […]]]>

Il y a quelques semaines à peine, j’ai reçu un coup de téléphone m’invitant à venir donner une présentation TEDx à Liège. Honoré, je me suis aussitôt empressé d’accepter.

Le temps pour la préparation m’était compté mais j’étais à la fois fier et motivé. Sous le titre énigmatique « Changer le monde sans travailler », j’ai décidé de parler du revenu de base.

Grâce à la collaboration active de ma compagne, je produisis un texte dont j’étais assez content, texte que je me suis mis à étudier frénétiquement. Le texte amenait le sujet du revenu de base et possèdait un moment assez confrontant au cours duquel j’accusais explicitement toute personne vivant de près ou de loin de la publicité de contribuer à la surconsommation et au mal-être de la planète. J’espérais oser, malgré l’aspect terrifiant que cela représentait pour moi, attaquer directement le public et l’organisation de la conférence elle-même pour n’être, en fait, qu’un grand panneau publicitaire au service des sponsors.

Le 8 avril, je me suis donc retrouvé un peu stressé dans les coulisses de l’extraordinaire salle philharmonique de Liège, à faire connaissance avec les autres intervenants, tous aussi passionnants les uns que les autres.

Pour l’anecdote, juste avant d’entrer en scène, je discute avec le conférencier Steven Laureys. Son visage me dit quelque chose. Je suis sûr de l’avoir déjà vu.

Et soudain, je comprends : il a écrit plusieurs articles sur la conscience dans le magazine Athéna, articles qui m’ont passionnés et inspirés, entre autres, pour écrire le billet « Qu’est-ce que la conscience ».

Mais à peine ai-je le temps de savourer cette rencontre inattendue qu’il est temps d’entrer en scène et de jouer ma partition.

Jusqu’au moment où…

Un trou de mémoire ! L’impensable !

Vous l’avez vu, non ? Mais si, entre 8:10 et 8:30 !

Durant ce qui me semble être une éternité, je fixe le vide, j’improvise. Puis, je retombe sur mes pattes et continue mon texte.

Horreur. Tout en récitant, je constate que j’ai sauté précisément le moment clé, le moment choc de ma présentation.

Ma compagne, qui était assise au second rang et qui connaissait mieux le texte que moi a hésité de me souffler la suite mais, voyant que je me reprenais très rapidement, pensa que j’avais volontairement adoucit mon texte.

Alors que je quittai la scène, je reçu les félicitations des organisateurs puis du public. Tout le monde semblait content. Ce trou de mémoire n’avait que peu ou prou été perçu. Cette éternité de silence n’avait été, pour le public, qu’une brève pause.

Mais, au fond de moi, je bouillonnais de colère. Ma présentation que j’avais voulu confrontante avait été amputée et, de ce fait, transformée en un réquisitoire certes pertinent mais fade et consensuel.

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Essayant de faire fi de ma déception, j’allai m’installer dans la salle afin de profiter des autres orateurs dont la diversité brassait tous les styles et tous les goûts. En écoutant le public, je constatai que les plus acclamés étaient également les plus détestés. Chaque membre du public avait sa préférence, sa vision.

Mais, surtout, malgré les nombreux TEDx que j’avais visionné en vidéo, je découvris quelque chose que le web ne m’avait jamais transmis : certains conférenciers faisaient vibrer le public. Ils ne parlaient pas spécialement biens, ils n’étaient pas spécialement les meilleurs. Mais ils s’exprimaient avec leurs tripes, ils s’exposaient, ils partageaient une expérience unique. Ils me transportaient.

Ce que je n’avais pas fait. Ce que je n’avais même jamais imaginé faire.

J’avais abordé l’expérience comme toutes mes conférences : une idée intellectuelle à exposer.

Et je n’avais pas réussi aussi bien que je l’aurais voulu. J’avais fait une erreur.

J’ai adoré l’expérience de ce TEDx Liège. Les organisateurs ont été parfaits, l’ambiance entre les conférenciers était incroyable et j’ai fait des rencontres passionnantes.

Alors, oui, j’ai envie de refaire un TEDx. J’ai envie de revivre cette expérience.

Mais cette fois, j’ai envie de venir m’exposer, me mettre à nu. Je veux parler d’un sujet qui me touche profondément, émotionnellement et non plus d’une théorie intellectuelle.

Le thème s’est immédiatement imposé. J’ai envie de faire un TEDx où j’expliquerai pourquoi je me ressens la publicité comme un étouffement, un contrôle absolu de la créativité humaine et comment j’expérimente le prix libre, en tant que créateur et public, afin de favoriser la création et la liberté artistique.

Alors, merci TEDx Liège pour m’avoir permis de vivre cette expérience !  Et si vous organisez un TEDx et êtes à la recherche d’un orateur qui cherche à s’améliorer, je me porte volontaire !

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Freiner moins bien pour entretenir l’illusion de la sécurité ?https://ploum.net/?p=5337http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20160430_005434_Freiner_moins_bien_pour_entretenir_l___illusion_de_la_securite__Fri, 29 Apr 2016 22:54:34 +0000Si vous ne vous intéressez pas du tout au cyclisme, vous n’êtes peut-être pas au courant d’un débat qui fait rage actuellement au sein du peloton professionnel : doit-on autoriser les freins à disque sur les vélos de compétition ? Peut-être que le cyclisme ne vous intéresse pas mais cette anecdote est intéressante à plus […]]]>

Si vous ne vous intéressez pas du tout au cyclisme, vous n’êtes peut-être pas au courant d’un débat qui fait rage actuellement au sein du peloton professionnel : doit-on autoriser les freins à disque sur les vélos de compétition ?

Peut-être que le cyclisme ne vous intéresse pas mais cette anecdote est intéressante à plus d’un titre car elle illustre très bien l’incapacité que nous avons à évaluer rationnellement un danger et l’importance que les médias émotionnels peuvent avoir sur des processus de décision politique.

Au final, elle nous démontre que nous ne recherchons pas la sécurité mais seulement une illusion de celle-ci.

Les freins à disque, kézako ?

Le but d’un frein est de ralentir voire de stopper un véhicule. La plupart du temps, cela se fait en transformant l’énergie cinétique en chaleur.

Sur la plupart des vélos jusqu’il y a quelques années, un frein consistait en deux patins qui venaient pincer la jante. En frottant sur les patins, la jante ralentit tout en chauffant.

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Un frein sur jante, par Bart Heird.

Sont ensuite apparus les freins à disque : le principe est exactement le même mais au lieu d’appliquer le patin sur la jante, on va l’appliquer sur un disque spécialement conçu pour cela fixé au centre de la roue.

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Un frein à disque, par Jamis Bicycle Canada.

 

Les avantages sont multiples :

  • Contrairement à la jante, le disque est très fin et n’est pas soumis à de constantes torsions mécaniques. Il est donc possible d’appliquer une pression précise. Sur une jante très légèrement voilée, le freinage est assez aléatoire. Le frein peut frotter sans être activé ou ne pas bien s’activer quand on freine. Pas de problème avec le disque.
  • Le disque reste généralement beaucoup plus propre que la jante (qui passe dans la boue et la poussière), ce qui permet un meilleur freinage par tous les temps.
  • Le disque est conçu uniquement pour le freinage. Il est donc possible de choisir le matériau le plus adapté. La jante, elle doit obéir à des contraintes mécaniques de solidité et de légèreté. La qualité de freinage est accessoire.
  • Le disque est conçu pour évacuer la chaleur générée. La jante pas. En cas de trop long freinage, la jante peut chauffer tellement que le pneu se décolle. (Ce qui est arrivé en 2006 à Beloki, forçant Amstrong à faire une désormais célèbre sortie de route).

Le résultat est qu’un frein à disque fournit un freinage cohérent et constant quelle que soient les conditions météo, la vitesse et le revêtement. Un cycliste équipé de freins à disque dispose d’un contrôle sans commune mesure avec les freins sur jantes.

Le frein à disque en compétition

Les freins à disque ont donc conquis tous les domaines du cyclisme, en commençant par le VTT et le cyclocross. Tous ? Non, pas le cyclisme sur route.

Les raisons ? Tout d’abord, les freins à disque sont plus lourds et moins aérodynamiques, données particulièrement importantes dans cette discipline. Mais les professionnels ont aussi peur qu’un disque puisse causer de vilaines blessures en cas de chutes en peloton où les cyclistes s’empilent les uns sur les autres.

L’union internationale de cyclisme avait néanmoins décidé de les autoriser à titre provisoire afin de tester graduellement en 2015 puis 2016.

Tout semblait bien se passer jusqu’à ce que le cycliste Fran Ventoso se coupe au cours d’une chute sur la célèbre course Paris-Roubaix. Sa blessure est impressionnante et aurait, selon lui, été causée par un disque de frein. Le plus grand conditionnel est de rigueur car le coureur lui-même n’a pas vu qu’il s’agissait d’un disque et qu’aucun coureur équipé de freins à disque n’est tombé ou n’a rapporté avoir été touché dans ce secteur.

Néanmoins, les photos de la blessure ont fait le tour du web et les témoignages comparant les disque à des lames de rasoir ou des trancheuses de boucherie ont rapidement fait le buzz.

La preuve est-elle donc faite que les freins à disque sont dangereux et qu’il faut les bannir ?

Analyser le danger

Comme toujours, l’être humain est prompt à se saisir des anecdotes qui lui conviennent afin de se convaincre. Mais si on analyse rationnellement le problème, on voit émerger une réalité toute différente.

Un vélo est, par nature, composé d’éléments pouvant être particulièrement dangereux : une chaîne, des roues dentées, des rayons de métal très fins sur des roues tournant à haute vitesse. Aucun de ces éléments n’a jamais été considéré comme un problème, ils font partie du cyclisme. Une vidéo sur Facebook semble démontrer que le frein à disque n’est pas particulièrement coupant . Tout au plus peut-on noter les risques de brûlures si on le touche juste après un très long freinage.

Durant la période de tests 2015-2016, le cyclisme de route professionnel a donc connu un et un seul accident impliquant (potentiellement) un frein à disque.

Au cours de la même période, les courses ont connu un nombre importants d’accidents majeurs impliquant des motos ou des voitures faisant partie de l’organisation de la course. Le plus cocasse est certainement celui de Greg Van Avermaet, alors en tête de course et qui sera propulsé dans le fossé par une moto de télévision. Le second de la course, Adam Yates, dépassera Van Avermaet sans le voir et passera la ligne d’arrivée persuadé d’être arrivé deuxième. Mais l’accident le plus dramatique reste la mort du coureur Antoine Demoitié, heurté à la tête par une moto de l’organisation après avoir fait une chute sans gravité.

Une course cycliste, de nos jours, est en effet une débauche de véhicules motorisés tentant de se frayer un passage entre les vélos. Avec des conséquences graves : il ne se passe plus un tour de France sans qu’au moins un coureur soit mis à terre par un véhicule.

Si la sécurité physique des coureurs était réellement un souci, l’utilisation de véhicules lors des courses cyclistes serait sévèrement revue. C’est d’ailleurs ce que demandent beaucoup de coureurs mais sans écho auprès de la fédération ni des médias. Après tout, les motos de la télévision sont la seule motivation des sponsors qui payent les salaires des coureurs…

Les enjeux du débats

Aujourd’hui, une seule blessure statistiquement anecdotique va potentiellement repousser de plusieurs années l’apparition des freins à disque au sein du peloton professionnel pour la simple raison que les photos sont impressionnantes.

Pourtant, il est évident que pour un cycliste isolé, les freins à disque améliorent grandement la sécurité. Ils sont également utilisés avec succès depuis des années au plus haut niveau en VTT et en cyclocross. Le cyclisme sur route est-il une exception ? Les gains évidents de sécurité d’un meilleur freinage ne compensent-ils pas le risque de se couper ?

N’ayant pas l’expérience de la course, je ne peux absolument pas juger.

Tout au plus puis-je remarquer que les coureurs cyclistes ont, pendant des années, lutté contre le port obligatoire du casque, pourtant élément de sécurité aujourd’hui indiscutable. L’opposition a été telle qu’il a été nécessaire d’établir une période de transition durant laquelle les cyclistes pouvaient se débarrasser de leur casque en arrivant sur la dernière montée d’une course.

Ne devrait-on pas également considérer l’exemple qu’ils donnent à une époque où la promotion du cyclisme face à la voiture devient un enjeu sociétal ?

Suite au buzz des photos particulièrement impressionnantes de la blessure de Ventoso, j’ai entendu des particuliers refusant d’acheter un vélo de balade avec freins à disque voire croyant que ceux-ci allaient désormais être interdits sur tous les vélos. Les organisateurs des courses amateurs amicales parlent aussi d’interdir les disques. Interdir une technologie qui pourrait potentiellement éviter des accidents ! Interdire des amateurs, utilisant majoritairement leur vélo dans le traffic quotidien, d’avoir des freins à disque s’ils veulent participer à des « sportives » mi-balades, mi compétition amicales.

La résistance au changement

Vu sous cet angle, les implications et les enjeux de cette histoire sont bien plus importants qu’une vilaine coupure. Mais cela illustre à quel point l’être humain est en permanence en train de lutter contre le changement, quelle que soit la forme qu’il puisse prendre.

Dans la narration des médias sociaux, la proposition suivante paraît logique : « Un cycliste professionnel dans une course très particulière se coupe et pense que sa blessure est due à des freins. Tous les vélos du monde devraient donc désormais utiliser des freins moins efficaces. »

Notre perception du danger est complètement tronquée par les médias (dans ce cas-ci une photo de blessure), par la narration (l’usage d’analogies avec des lames de rasoirs) et complètement irrationnelle (les motos et les voitures étant familières, elles n’apparaissent pas comme dangereuses, l’accident est un cas unique,etc).

Sous de fallacieux prétextes de risques supposés, nous refusons généralement de voir en face les risques que nous courons déjà pour la simple raison que nous voulons nous complaire dans notre confortable immobilisme suranné. Nous exagérons les risques apportés par toute nouveauté. Et nous refusons les innovations qui pourraient nous apporter une réelle sécurité.

Finalement, l’être humain ne cherche absolument pas la sécurité. Il cherche l’illusion de celle-ci. Du coup, nos politiciens ne nous donnent-ils pas exactement ce que nous cherchons ?

Le fait que les vélos freineront désormais moins bien à cause d’une photo sanguinolente sur les réseaux sociaux n’est-elle pas une merveilleuse analogie, un extraordinaire résumé de toute la politique sécuritaire que nous mettons en place ces dernières décennies ?

 

Photo par photographer.

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Enfoirés d’altruistes !https://ploum.net/?p=5328http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20160425_205411_Enfoires_d___altruistes__Mon, 25 Apr 2016 18:54:11 +0000En éternel optimiste, je suis confiant dans le fait que l’immense majorité de l’humanité est bienveillante. Nous ne souhaitons que le bonheur pour nous-mêmes et les autres. Mais alors, comment expliquer la multiplication des conflits, des guerres, des disputes et des violences ? Ma réponse est toute simple : parce que nous ne sommes pas […]]]>

En éternel optimiste, je suis confiant dans le fait que l’immense majorité de l’humanité est bienveillante. Nous ne souhaitons que le bonheur pour nous-mêmes et les autres.

Mais alors, comment expliquer la multiplication des conflits, des guerres, des disputes et des violences ?

Ma réponse est toute simple : parce que nous ne sommes pas assez égoïstes et que nos différentes cultures nous poussent à “penser d’abord aux autres”.

« Et alors ? » me diriez vous avec un air étonné en vous tapant la tempe de l’index. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, avoir des bonnes intentions pour les autres ne fait que paver l’enfer, pour paraphraser le proverbe. La solution ? Soyons égoïstes et arrêtons un peu d’essayer de penser pour les autres !

Petit exemple introductif

Marie a offert une boîte de pralines à Jean. Ils viennent de la manger ensemble. Il n’en reste plus qu’une dans la boîte. Marie en a très envie. Mais elle veut avant tout faire plaisir à Jean.

— Tiens, prends la dernière !

Jean n’a pas du tout envie de la praline car il sait qu’elle est à l’alcool et il a horreur de ça. Cependant, il ne veut pas froisser Marie ni montrer que son refus est purement égoïste.

— Non, merci, je te la laisse.
— J’insiste, tu en as pris moins que moi !
— Vraiment, sans façon !
— Ce serait bête de la jeter !
— Bon, d’accord…

Moralité : Marie et Jean sont tous les deux frustrés mais sont persuadés de s’être frustrés pour le bien de l’autre. Ce qui a eu l’effet inverse !

Peut-on généraliser cet exemple ? Oui, je le pense !

Une hypocrite bienveillance

Le problème d’une société altruiste, c’est qu’il devient virtuellement impossible d’exprimer son propre désir, celui-ci étant perçu comme égoïste. Il devient également impossible de signifier à une personne bien intentionnée que son intention n’a pas eu l’effet escompté.

Il s’ensuit que les altruistes sont, par construction, forcés de vivre leurs propres plaisirs par procuration. Dans notre cas, c’est Marie forçant Jean à manger la praline qu’elle aurait bien voulu avoir.

La praline parait peut-être anecdotique mais remplaçons le chocolat par la morale et nous avons la source même des conflits et du fanatisme. Si un homme pense qu’il n’est pas sain que ses enfants soient exposés à de la pornographie, il va militer pour interdire la pornographie dans toutes la société afin de protéger tous les enfants ! Les opposants du mariage homosexuels militent pour, selon leur propre mot, le bien de tous et de la société. Ils sont donc essentiellement altruistes.

Exemple extrême : les extrémistes religieux ne cherchent jamais qu’à sauver les âmes égarées, quitte à les torturer et les tuer un petit peu en passant. Mais c’est pour leur bien.

L’inévitable frustration

Mais ces enfoirés d’altruistes font encore pire !

En effet, frustrés inconsciemment par le non-assouvissement de leurs désirs, ils en viennent à haïr les égoïstes qui n’ont rien demandé à personne.

Sans le savoir, ils exigent que tout le monde fasse le même sacrifice qu’eux. Ou, au minimum, ils veulent être reconnus pour leur sacrifice.

Certains vont jusqu’à affirmer tirer leur bonheur du bonheur des autres ! Cette rhétorique est paradoxale. Car si la phrase est vraie, alors l’altruiste est en fait profondément égoïste. Comme l’égoïsme n’est pas acceptable pour l’altruiste, il s’en suit que la proposition est hypocrite.

En résumé, les altruistes imposent leur vision du monde aux autres et ne supportent pas ceux qui s’occupent d’eux-mêmes.

Les conflits

Vous m’objecterez que si tout le monde était égoïste, il y aurait encore plus de conflits car, forcément, les envies sont parfois incompatibles.

Mais je pense le contraire. Car tout être humain normalement constitué est capable d’accepter une frustration si celle-ci est consciente et justifiée.
— J’ai envie de la dernière praline.
— Moi aussi.
— Tu en as mangé plus que moi.
— Effectivement, je te la laisse pour cette fois.

L’égoïsme améliore la communication, la transparence. De manière contre-intuitive, il est beaucoup plus facile de faire confiance à un égoïste : il ne cherche pas à nous faire plaisir, il suffit que ses intérêts soient alignés avec les nôtres. La frustration, elle, est verbalisée et rationalisée : « J’avais envie de la dernière praline mais il est juste que Marie aie pu la manger. »

L’égoïsme et la franchise entraîne donc une diminution des incompréhensions. Les conflits restants sont, au moins, clairement identifiés et négociables.

L’harmonie

Mais la véritable raison qui me fait abhorrer les altruistes est bien plus profonde.

Comment voulez-vous apporter de l’harmonie au monde si vous n’êtes pas en harmonie avec vous-mêmes ? Comment voulez-vous écouter les autres si vous n’êtes pas capable de vous écouter ? Comment satisfaire les envies de ceux que vous aimez si vous êtes vous même frustrés ?

L’altruisme est essentiellement morbide.

Vous voulez changer le monde ? Rendre les autres heureux ? Apporter du bonheur à vos proches ?

Charité bien ordonnée commence par soi-même ! Travaillez à être heureux, à votre propre bonheur et arrêtez de penser à la place des autres.

 

Photo par Lorenzoclick.

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La moitié du monde qui vit dans la peurhttps://ploum.net/?p=5317http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20160414_233434_La_moitie_du_monde_qui_vit_dans_la_peurThu, 14 Apr 2016 21:34:34 +0000J’aime me balader seul la nuit dans les rues désertes. Couper par un bois obscur. Respirer l’air de la nuit. Je me sens bien. Peur ? Je ne connais pas vraiment la peur. J’ai confiance dans mes capacités de défense. J’ai confiance dans ma pointe de vitesse. J’ai surtout confiance dans le fait que m’agresser […]]]>

J’aime me balader seul la nuit dans les rues désertes. Couper par un bois obscur. Respirer l’air de la nuit. Je me sens bien.

Peur ?

Je ne connais pas vraiment la peur. J’ai confiance dans mes capacités de défense. J’ai confiance dans ma pointe de vitesse. J’ai surtout confiance dans le fait que m’agresser est un acte très grave, complètement condamné par la société. Les agresseurs sont donc relativement peu nombreux et doivent être vraiment acculés. De plus, une agression éventuelle aurait très peu de chance de laisser des séquelles durables. Même si c’était le cas, je sais que j’aurais le support de l’ensemble de la société, que mon agresseur serait unanimement condamné.

Je suis donc en confiance, j’ai la chance de vivre dans un endroit sûr.

Parce que je suis un homme.

Si je me transforme en femme, le monde est immédiatement différent. Physiquement, j’ai moins de chance d’être plus forte ou plus rapide qu’un éventuel agresseur. Je suis obligée de considérer chaque homme comme un agresseur potentiel. Les regards, les remarques, même les plus gentilles, me rappellent à chaque instant que je suis avant tout une proie sexuelle dans le regard des mâles.

Que ce soit dans un contexte professionnel, intellectuel ou de détente, les premières remarques concerneront toujours mon physique et, implicitement, ma baisabilité. Et si l’on sort des considérations sexuelles, ce sera essentiellement pour parler de mon rôle potentiel d’épouse et de mère.

Des agresseurs potentiels n’ont pas besoin d’être acculés, désespérés pour passer à l’acte avec moi : il suffit qu’ils aient des pulsions sexuelles un peu trop vives.

De plus, je sais que la société les condamne très peu. Si je suis victime d’un viol, les policiers commenceront par me culpabiliser en me demandant pourquoi je me suis promené à tel endroit dans telle tenue. Pourquoi j’étais seule. Victime d’un viol, je suis en partie coupable. Et, pour toujours, impure et détruite à vie au regard des hommes, même les plus bienveillants.

Dans le meilleur des cas, mon agresseur sera puni comme s’il m’avait donné quelques coups. Si on le retrouve.

Je ne suis donc pas en confiance, je vis dans la peur. Que ce soit dans la rue, dans un événement professionnel, une soirée, un concert. Sans aucune gêne, les hommes à faible distance parlent de mon décolleté, des positions sexuelles qu’ils vont essayer avec moi ou une autre, du fait que je suis baisable ou non. Ils ne se cachent même pas, ils n’imaginent pas que je les entends. Ils sont même persuadés d’être gentils et attentionnés en soulignant mes qualités physiques. Et je suis forcée de me sentir flattée de peur d’être perçue comme prude, d’être exclue de leurs cercles et, dans le cas professionnel, de voir se volatiliser les opportunités de carrière.

Une immense majorité d’hommes et de femmes me critiquent, ouvertement ou sans s’en rendre compte car je tente de m’octroyer les mêmes libertés de parole et d’action que les hommes. Ils me trouvent bizarre, dérangeante, choquante. Pour les femmes, je ne suis pas assez féminine, sensible. Un simple gros mot ou une allusion sexuelle prend dans ma bouche une ampleur insoupçonnée. Je n’ai pas le droit de les dire, seulement d’en rire quand elles proviennent d’un homme.

Me plaindre est hors de question : mon audience me soulignera immédiatement la chance que j’ai de vivre dans un pays où les femmes ont déjà tellement de droits, que j’exagère, qu’en Arabie Saoudite, c’est bien pire mais qu’au moins les hommes ont la paix là bas (rires gras). Mais ces droits dont je jouis sont si fragiles… Chaque jour, nous devons lutter pour les faire exister, les matérialiser et la lutte est d’autant plus difficile que la plupart sont persuadés que le combat est terminé, que l’égalité est acquise.

Pire, certains hommes vont jusqu’à se sentir opprimés du fait que je tente de jouir des mêmes droits qu’eux. Il est vrai qu’après des millénaires de privilèges, le retour à l’égalité doit ressembler à de l’oppression.

Aujourd’hui, j’ai peur d’être ce que je suis, j’ai peur de perdre les droits pour lesquels les femmes se sont battues et, malgré tout, je dois cacher cette peur, être belle et forte pour avancer.

Enfin, heureusement, je ne connais pas cette peur. Car je suis un homme.

Mais, souvent, la honte m’étreint à l’idée de vivre dans un monde soi-disant libre où plus de la moitié de la population est forcée de vivre dans la peur de l’autre moitié.

 

Photo par Nicola Albertini.

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Il faut agrandir le centre commercial !https://ploum.net/?p=5228http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20160221_163311_Il_faut_agrandir_le_centre_commercial__Sun, 21 Feb 2016 15:33:11 +0000Comment ? Mais bien sûr qu’il faut agrandir le centre commercial ! Ceux qui vous disent le contraire ne sont qu’une poignée de véhéments passéistes. Voyez-vous, le centre commercial est devenu un endroit de ralliement, d’échanges. Tous, jeunes, vieux, s’y retrouvent, seuls ou en familles, pour consommer et se faire plaisir. En se retrouvant dans […]]]>

Comment ? Mais bien sûr qu’il faut agrandir le centre commercial ! Ceux qui vous disent le contraire ne sont qu’une poignée de véhéments passéistes.

Voyez-vous, le centre commercial est devenu un endroit de ralliement, d’échanges. Tous, jeunes, vieux, s’y retrouvent, seuls ou en familles, pour consommer et se faire plaisir.

En se retrouvant dans le centre commercial, nous sommes exposés à des opportunités, des couleurs, des offres alléchantes et nous dépensons alors que si nous avions simplement passé du temps chez nous, chez des amis ou en forêt, nous n’aurions jamais fait tourner l’économie.

Et, sans centre commercial, qui fournirait de l’emploi ? L’extension du centre commercial, c’est avant tout plusieurs dizaines de personnes qui, au lieu de perdre du temps à lire sur internet, vont passer leurs journées dans ce cadre fermé magnifique à vous vendre la production d’enfants indiens ou chinois. Le centre commercial est donc également une ouverture à l’autre, un geste vers les pays défavorisés.

Je sais que, dans notre culture, nous avons tendance à voir cela d’un mauvais œil mais le petit thaïlandais est lui bien content de coudre des vêtements plutôt que de mourir de faim.

De plus, l’extension du centre commercial, c’est également un engagement écologique durable. Toute l’énergie que nous utilisons pour refroidir fortement le centre en été et le réchauffer à outrance en hiver sera produite par un fournisseur de gaz russe qui s’est engagé à ce que 10% de sa production soit certifiée durable par une agence de certification locale dont le fondateur siège dans le conseil d’administration de notre entrepreneur. C’est vous dire à quel point nous sommes attentifs à la nature et à la préservation de la planète !

Mais l’agrandissement du centre commercial, c’est avant tout un projet économique qui aura des retombées non négligeables. Bien sûr qu’il faudra réduire fortement la taille du parc boisé, mais certainement pas le raser comme quelques manifestants le prétendent. N’oublions pas qu’un parc n’est pas économiquement viable ni rentable. Tandis que le projet de centre commercial, lui, promet de verser des dividendes aux investisseurs après seulement cinq années grâce à la participation des pouvoirs publics et le versement de différentes aides de l’état. Sans compter une défiscalisation astucieuse que nous permet l’établissement de notre siège au Luxembourg et une classe politique locale convaincue que la création de quelques emplois ne doit pas être mise en péril par une application trop stricte de la fiscalité.

Non, franchement. Je ne vois pas comment on peut oser s’opposer à l’agrandissement du centre commercial ! Du plaisir, de l’emploi et une économie ronflante, n’est-ce pas ce que nous désirons tous ?

 

Photo par Logan Elliott.

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Demain, la conquête de la galaxie !https://ploum.net/?p=5199http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20160209_160700_Demain__la_conquete_de_la_galaxie___Tue, 09 Feb 2016 15:07:00 +0000Nous parlons beaucoup des voitures sans conducteurs mais il est un autre domaine où l’intelligence artificielle va certainement bientôt jouer un rôle disruptif : la conquête spatiale. Si les humains sont encore cantonnés à la proche banlieue de la terre, il n’en est pas de même pour les robots : ils ont déjà été sur […]]]>

Nous parlons beaucoup des voitures sans conducteurs mais il est un autre domaine où l’intelligence artificielle va certainement bientôt jouer un rôle disruptif : la conquête spatiale.

Si les humains sont encore cantonnés à la proche banlieue de la terre, il n’en est pas de même pour les robots : ils ont déjà été sur Mars, sur Vénus, sur une comète, sur Titan. Ils ont photographié Jupiter, Saturne et Pluton et ils sont en train de quitter le système solaire.

Bien entendu, ces robots sont extrêmement rudimentaires. Ils n’ont peu ou prou d’intelligence et se contentent d’obéir aux ordres directement donnés par la terre. Avec le gros défaut que, plus la distance est grande, plus l’ordre met du temps à parvenir.

Pour un rover roulant sur Mars et apercevant un rocher barrant sa route, il faut 20 minutes pour envoyer l’information jusqu’à la terre puis, en admettant une réponse immédiate de l’opérateur, 20 minutes pour transmettre l’ordre d’éviter le rocher.

Rendre les sondes exploratrices plus intelligentes et plus autonomes est donc particulièrement approprié. Elles seraient en mesure de prendre les décisions les plus pertinentes et n’envoyer sur terre que les clichés et les résultats scientifiques les plus intéressants.

L’énergie et les réparations

Le principal problème d’une sonde spatiale est celui de l’énergie. Le soleil s’éloignant, il devient de plus en plus difficile d’obtenir de l’énergie. Il faut donc le stocker et l’économiser. En étant plus intelligent, les sondes pourraient développer des stratégies inédites propres à leurs environnements.

En étant plus intelligentes, les sondes devraient également être capables de réparer les problèmes qu’elles pourraient rencontrer en exploitant, si possible, les ressources du milieu où elles se trouvent. Ce qui nécessite la capacité d’extraire des matériaux.

Si vous mettez ensemble une intelligence de préservation de l’énergie et une intelligence réparatrice, il est vraisemblable que les sondes se mettront à construire de nouveaux moyens de capter l’énergie. Par exemple, une sonde pourrait fabriquer une éolienne sur Mars.

Tout cela est bien entendu encore très théorique. Est-ce complètement fou ? Au vu des progrès actuels, il est vraisemblable que ce genre de sondes soit lancé dans le système solaire d’ici vingt ou trente ans. Peut-être cinquante.

La collaboration

Sur une planète comme Mars, imaginons que les sondes se mettent à coopérer entre elles. Ou, pourquoi pas, qu’elles se mettent à communiquer entre elles à travers tout le système solaire. Elles seraient également capables de communiquer avec les anciennes sondes et d’apprendre de leurs observations, comme le font les opérateurs humains aujourd’hui. Après tout, pourquoi pas ?

Nous aurions donc un véritable réseau de robots spatiaux lancés dans le cosmos, apprenant, communiquant, s’auto-réparant, s’entraidant. Certes, la plupart des sondes finiraient par mourir jusqu’au jour où…

La singularité

Tout ceci n’est pas foncièrement excitant. Des sondes qui se réparent toutes seules et qui communiquent, c’est joli mais ça ne change pas la vie. Vraiment ? Pourtant, une conséquence immédiate serait l’adaptation progressive des sondes, devenant à chaque réparation un engin de moins en moins reconnaissable par ses concepteurs. Certaines sondes pourraient devenir microscopiques ! D’autre sondes ayant trouvé une abondance de ressources auront une tendance naturelle à construire leurs propres robots autonomes qui les aideront à se réparer, à obtenir de l’énergie et à explorer.

En construisant des sondes qui se réparent et cherchent à obtenir de l’énergie, nous aurons insufflé l’instinct de survie !

Dans ces nouvelles sondes de seconde génération, certaines seront elles-mêmes lancées pour explorer le cosmos et contribuer au réseau de sondes ou à leur sonde mère. La conquête de la galaxie aura commencé !

Le temps

Lorsqu’on parle d’exploration spatiale, l’ennemi numéro un est le temps. Selon les théories actuelles, il serait strictement impossible de voyager plus vite que la lumière (ce que j’explique ici). L’espace étant immense, voyager d’étoile en étoile prendrait des décennies voire des siècles, une durée bien trop grande pour des humains.

Mais pas pour des robots. Les robots, eux, ont tout leur temps.

Si un robot met cent ans pour gagner une nouvelle étoile et que les informations qu’il envoie mettent dix ans ou vingt ans à parvenir aux autres robots, ce n’est pas un problème. De plus, si chaque robot donne naissance à plus d’un autre robot, la conquête sera exponentielle. En quelques centaines de millénaires, la galaxie pourra être conquise par les sondes spatiales humaines. Chaque étoile, chaque planète de la galaxie sera explorée, exploitée et les robots pourraient se mettre à coopérer afin de gagner une autre galaxie.

La race humaine aura probablement disparu d’ici là mais ses descendants, les robots, continueront son œuvre.

L’inquiétude

Cette singularité spatiale, ce moment clé où nous aurons enclenché irrémédiablement la conquête de la galaxie n’est pas si loin. Il est vraisemblable que certains d’entre nous connaîtront ce moment de leur vivant, même si personne ne s’en rendra forcément compte.

Mais du coup, une question existentielle se pose : pourquoi n’avons-nous pas encore détecté le moindre signe d’une intelligence extra-terrestre qui aurait suivi le même chemin ? Où sont les sondes spatiales issus d’autres planètes ? Doit-on s’inquiéter ou se réjouir d’être, a priori, les premiers dans notre zone du cosmos ?

Dans un prochain billet, je tenterai d’apporter des réponses à ces questions, mais, autant vous le dire, ce ne sont pas des réponses rassurantes quant à notre avenir immédiat.

 

Photo Nasa.

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Printeurs 38https://ploum.net/?p=5180http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20160123_121350_Printeurs_38Sat, 23 Jan 2016 11:13:50 +0000Ceci est le billet 38 sur 38 dans la série PrinteursNellio et Junior sont arrivés dans une usine de mannequins sexuels à l’effigie d’Eva. La voix d’Eva retentit derrière eux. — Qu’est-ce qui me prouve que tu es la vraie Eva ? — Nellio, je suis l’Eva que tu as toujours connue, que tu as […]]]>
Ceci est le billet 38 sur 38 dans la série Printeurs

Nellio et Junior sont arrivés dans une usine de mannequins sexuels à l’effigie d’Eva. La voix d’Eva retentit derrière eux.

— Qu’est-ce qui me prouve que tu es la vraie Eva ?
— Nellio, je suis l’Eva que tu as toujours connue, que tu as rencontrée à la conférence de CrazyDog.
— Tu n’as pas répondu à ma question ! D’ailleurs, pourquoi m’as-tu envoyé les coordonnées de cette usine ?
— Mais je n’ai pas…
— C’est moi !

La voix est douce, chaude. Elle jaillit dans mon dos comme celle d’un commentateur d’une vidéo animalière. Je me retourne et tombe face à face avec un amas de chairs, de métal et de plastiques.
— Max !
— Et oui, poursuit-il de son timbre incroyablement chaleureux. Comme tu peux l’entendre, j’ai même réparé mon générateur vocal.

Les deux employés s’approchent de nous. Je constate qu’aucun ne semble manifester de curiosité excessive ni même d’étonnement. Le plus grand des deux s’adresse familièrement à Max.
— Max, bordel, ce sont tes amis ? C’est toi qui les a amenés ici ? Tu risques de nous attirer des emmerdes !
– Relax, poursuit la voix chaude et envoutante du générateur. C’était le seul endroit auquel je faisais suffisamment confiance pour pouvoir rencontrer Nellio en toute sécurité. C’était également nécessaire en vue de son édification.
— Hein ? Je pige rien Max. Tout ce que je sais c’est que vous êtes quatre personnes non autorisées et que nous risquons de perdre notre boulot.
— Votre boulot ?

Max éclate de rire. Son corps hybride se tord et se dandine mais, étrangement, seul un rire calme et sympathique se fait entendre.

— Tu parles d’un boulot ! Vous passez votre temps à consulter des sites pornos et à baiser des mannequins désarticulés. Vous êtes les deux seuls humains de toute l’usine car le contrat d’exploitation exigeait la création d’emplois locaux !
— Ça, ce n’est pas ton problème Max ! L’important c’est que nous évitons le statut de télé-pass. Et c’est un avantage que je tiens à garder, même si cela nécessite que j’appelle une milice.
— Et qui te filerait tes shoots si j’étais arrêté par les flics ?
— Tu n’es pas le seul dealer, Max !
— Non, mais je suis le meilleur. Allez, je te taquine. Je comprends votre inquiétude. Merci pour votre aide et votre accueil ! Allez, je vous offre une dose, c’est ma tournée.

Un large sourire illumine le visage des deux employés. D’un geste incroyablement rapide, Max leur tend deux petites gélules noires. Ils se l’insèrent immédiatement dans l’oreille gauche avant de s’écrouler instantanément sur le sol, pantins désarticulés, la bouche déformée par un rictus baveux.

Je pousse un cri :
— Max, tu ne les as pas…
— Non, je te rassure. Ils sont juste endormi pour un quart d’heure. Après, ils auront droit à leur shoot normal et n’auront pas conscience d’avoir été dans le coma. Ils se souviendront à peine de notre entrevue.

Junior s’exclame :
— Nom d’un clavier ! Tout mon service est à la recherche des trafiquants de neuro-logiciels.
— Trafiquant est un bien grand mot. Je suis le seul réel fournisseur.

Max appuie sa phrase d’un mouvement du visage qui s’apparente à un clin d’œil. Mais, entre les vis, les muscles luisants mis à nus et les pièces imprimées, j’avoue ne pas être à même de lire ses émotions.

— Les neuro-logiciels ? Mais n’est-ce pas une belle saloperie ? Tu me déçois beaucoup Max ! fais-je d’un ton outré.
— C’est ce que la propagande essaie de nous faire croire. Mais les neuro-logiciels sont, au contraire, la drogue idéale ! Il suffit d’un implant dans le tympan qui va se connecter à ton réseau neuronal. Ensuite, pour peu que tu t’y connaisses, tu peux programmer absolument n’importe quel trip. Je me suis spécialisé dans les micro-doses. La puce électronique fond avec la chaleur du corps humain et se dissout totalement. Sans cela, les trips seraient illimités, ce qui n’est pas très bon pour mon business ! Un petit trip bien cinglant, c’est parfait, mes clients en redemandent !
— Mais… c’est répugnant ! Tu manipules le cerveau des gens !
— Oui. Mais sans tous les effets secondaires que peuvent induire les drogues chimiques. Mes trips sont complètement safes. J’ai même en magasin des trips compatibles avec une activité sociale normale. Ton conjoint t’emmerde ? J’ai un trip qui te fait vivre l’extase intérieure pendant que tu passes la soirée avec un air attentif à répondre aux questions.
— Dis, murmure Junior, tu n’aurais pas un truc à me filer pour supporter la douleur le temps qu’on me rafistole ?

Max se penche sur l’oreille de Junior. Je l’interromps d’un air solennel.
— Max, pourquoi m’as-tu amené ici ?

Il hésite une fraction de seconde.
— Parce que je ne pense pas qu’on vienne te chercher ici.
— Qui “on” ?
— Les flics, Georges Farreck, les industriels, … J’avoue que je ne sais pas trop qui tire les ficelles. Tu es traqué, recherché mais je n’arrive pas à mettre la main sur la personne qui chapeaute tout.
— Georges Farreck, fais—je, mais je ne comprends pas son acharnement.
— Georges Farreck n’est qu’un pion, assène Max. Il n’a été qu’un instrument, un catalyseur pour faire naitre le printeur. Tout comme toi et…

D’un geste ample, il désigne le hangar remplit de mannequins immobiles.

— … Eva !

Je me tourne vers Eva, la vraie. Elle n’a pas bougé, son regard est éteint et son visage trahit l’angoisse.

Je réalise que Max ne l’a pas pointée elle mais a bel et bien désigné l’ensemble du hangar.

— Eva ? Quel est ton rôle exactement !

Une larme perle le long de sa joue.

— Nellio ! Je te supplie de me faire confiance. Je suis de ton côté !
— Réponds à ma question : es-tu, oui ou non, la vraie Eva ? L’originale ?
— Je croyais que tu avais compris, nous interrompt Max d’une voix douce. Les vraies Eva sont là, dans ce hangar. Tu n’as jamais connu que la copie.
— Hein ?
— C’est pas que j’ai envie de jouer les troubles-fête mais je continue à pisser du sang et les deux zozos vont bientôt se réveiller. Est-ce que ça vous arracherait la gueule de vous occuper un peu de moi ? Bordel, j’ai mal !

En regardant Junior se tordre de douleur, j’ai soudain une illumination.
— Max, occupe-toi de Junior et arrange-toi pour que les deux employés restent endormis.
— Mais je ne peux modifier leur shoot sans…
— Écoute Max, tu te démerdes. J’ai besoin de deux heures. Et puis on se casse d’ici.

De la main, j’empoigne le bras d’Eva.
— Viens avec moi !
— Que fais-tu Nellio ?
— Ils veulent le printeur ? Et bien on va leur donner le printeur !

 

Photo par 7-how-7.

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Échappez à la manipulation de vos émotions !https://ploum.net/?p=5148http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20160113_174051_Echappez_a_la_manipulation_de_vos_emotions__Wed, 13 Jan 2016 16:40:51 +0000Cela fait déjà deux ans et demi que j’ai écrit Le blog d’un condamné (republié sur Wattpad pour ceux qui veulent le redécouvrir). Anecdote intéressante : deux ans après, je reçois encore régulièrement des insultes. Le motif ? Ce que j’ai écrit serait scandaleux car « je joue avec l’émotion des gens ». J’ai écrit une fiction […]]]>

Cela fait déjà deux ans et demi que j’ai écrit Le blog d’un condamné (republié sur Wattpad pour ceux qui veulent le redécouvrir).

Anecdote intéressante : deux ans après, je reçois encore régulièrement des insultes. Le motif ? Ce que j’ai écrit serait scandaleux car « je joue avec l’émotion des gens ». J’ai écrit une fiction sans panneaux clignotants affirmant qu’il s’agissait d’une fiction. Cela ferait de moi un manipulateur d’émotions.

Ces critiques font preuve d’une désarmante naïveté face aux dures réalités du monde.

Car nous sommes avides d’émotions

Utiliser la raison est difficile, fatiguant. Les émotions, elles, s’assimilent facilement. La littérature à l’eau de rose, les films d’horreur, les blockbusters, les publicités ont tous pour volonté de nous donner des émotions brutes, sans aucune réflexion, en jouant sur la manipulation de nos sens au travers couleurs, musiques, bruitages, montages étudiés, etc.

On nous montre des gens en proie à des émotions extrêmes, on nous sature d’émotions pour qu’elles débordent un peu sur nous. Les séries télés, dont les histoires sont souvent sans intérêt et truffées de contradictions, tiennent le public en haleine en nous “attachant à un personnage”.

La télé-réalité et les potins de stars sont encore plus efficaces. Il n’y même plus de tentative de construction, vous êtes simplement exposé au fait que d’autres personnes dans le monde ont une vie et des émotions. Vous pouvez alors vivre ces émotions par procuration.

Sur Internet, le marché des émotions low-cost est devenu une véritable caricature avec les titres accrocheurs : « Vous ne croirez pas ce que ce petit chien va faire » ou « Une maman a pleuré en voyant cette vidéo ».

Le contenu est toujours inutile et absolument sans intérêts. Mais il contient une émotion simpliste.

Car nous vivons dans une fiction

Prenez les buzz sur Internet ou dans les médias. Peu importe que l’histoire soit vraie ou pas : la plupart sont soit complètement fausses, soit très vieilles, soit tellement déformées qu’elles n’ont plus aucun sens.

Le « journalisme » et les « médias », si généreusement aidé par des subventions publiques, sont devenus tout entier des participants à ce grand marché de l’émotion. Ils ne cherchent pas à informer, même s’ils en sont convaincus, mais uniquement à fournir de l’émotion, versions locales à petit budget de Hollywood ou Endemol.

La mauvaise foi ou l’incompétence de la plupart des rédacteurs transforme d’ailleurs toutes les histoires que nous lisons. Le journal parlé n’est plus qu’un concentré de flash émotionnels qui vous vend de la bonne conscience ( « J’aime être informé » ) tout en préparant votre cerveau pour la page de publicité.

Car c’est un business dont nous sommes les pigeons

Une conséquence intéressante des émotions, spécialement les plus vives, c’est qu’elles ouvrent toutes grandes les portes du cerveau et de la mémoire.

La raison est simple : pour un homme vivant dans la savane, se souvenir à la perfection des événements marquants (la rencontre d’un prédateur) permet d’obtenir un avantage évolutif non-négligeable (se rappeler comment on s’en est sorti).

Cette particularité de notre cerveau est exploitée à merveille par les publicitaires qui peuvent ainsi inscrire leurs messages dans notre cerveau comme dans un livre blanc.

Nous avons besoin de notre dose d’émotion et, en échange, nous fournissons notre personnalité à modeler.

À votre avis, quand vous allumez la télé ou que vous cliquez sur un lien Facebook inattendu, le deal est-il à votre avantage ? L’émotion reçue a-t-elle une valeur plus importante que la parcelle de votre personnalité que vous avez cédée à un annonceur quelconque ?

Car nous abandonnons trop facilement notre libre arbitre

Lors de certains événements, ce fonctionnement médiatique de marchandisation des émotions s’emballe. Les médias entrent dans la surenchère et il devient virtuellement impossible de ne pas être informé en temps réel du-dit événement. Tout le monde se rue, tient à “être informé”, regarde en boucle les mêmes images. Il est même socialement inacceptable de ne pas participer à l’émotion collective !

Une aubaine pour les publicitaires et les sites de “presse” vivant de la publicité qui, en véritables charognards des drames, voient leurs revenus exploser. Les algorithmes publicitaires se greffent d’ailleurs automatiquement sur les événements les plus juteux.

Image

Ce terrorisme émotionnel n’a pas que des retombées économiques, il est également extrêmement profitable pour tous ceux qui profitent de l’irrationnel et de la peur. Quoi de mieux pour faire passer des mesures politiques absurdes, sécuritaires et dangereusement rétrogrades qu’une population abrutie par la peur ?

Car nous devons apprendre à nous protéger

Pour lutter contre cet incessant flot d’émotions manipulatrices, je vous ai déjà expliqué que je fuyais les sites de presse et que je séparais la “cueillette d’informations” de la lecture proprement dîtes.

Lors d’un événement particulièrement médiatisé et marquant, j’applique dorénavant les préceptes suivants :

  • Fuir tous les médias traditionnels, y compris les sites de presse. Fuir le “direct”.
  • Éteindre la télévision (mais ce conseil vaut n’importe quand).
  • Ajouter dans Pocket tout article ou vidéo que j’ai envie de lire.
  • Ne pas ouvrir Pocket mais lire un livre, sortir, avoir une activité quelconque.
  • Attendre une semaine.

Avec une semaine de recul, je me rends compte que les dizaines d’articles dans Pocket sont déjà obsolètes, qu’ils disent tous la même chose et que j’aurais vraiment perdu mon temps. De temps en temps, un article écrit avec un peu plus de recul et d’analyse résume très bien tout l’événement. Je n’ai alors plus besoin d’en savoir plus.

Car vos émotions sont ce que vous avez de plus précieux

Notre cerveau est le bien le plus précieux. Et, malgré tout les comités d’éthique, personne ne le protégera à notre place. C’est pour cette raison que j’encourage fortement l’installation de logiciels bloqueurs de pub.

Mais la publicité n’est pas la seule forme de manipulation et de contrôle des émotions. Dans un monde hyper connecté, nous devons individuellement apprendre à nous responsabiliser et à mettre en place des stratégies pour garder notre individualité et notre libre arbitre.

Nos émotions sont si belles, si personnelles qu’il serait dommage de les brader au premier média ou publicitaire venu…

 

Photo par Alexis.

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Ce texte est publié par Lionel Dricot sous la licence CC-By BE.

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Comment j’ai étendu les capacités de mon cerveauhttps://ploum.net/?p=5132http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20160105_143227_Comment_j___ai_etendu_les_capacites_de_mon_cerveauTue, 05 Jan 2016 13:32:27 +0000Notre cerveau est formidable mais il a ses limites. Surtout le mien. J’ai remarqué que l’utiliser comme une mémoire induisait un stress, celui d’oublier, et empiétait sur ma créativité et mon humeur. Sans compter que j’oubliais malgré tout certaines choses. J’ai donc graduellement confié tout ce qui concernait le fait de “se rappeler” à un […]]]>

Notre cerveau est formidable mais il a ses limites. Surtout le mien.

J’ai remarqué que l’utiliser comme une mémoire induisait un stress, celui d’oublier, et empiétait sur ma créativité et mon humeur. Sans compter que j’oubliais malgré tout certaines choses. J’ai donc graduellement confié tout ce qui concernait le fait de “se rappeler” à un outil externe. Mon cerveau est donc entièrement consacré à la créativité. Une véritable source de bonheur et d’apaisement !

Du coup, j’ai eu envie de partager la manière dont j’outsource une partie de mon cerveau vers des outils informatiques.

workflow

Inbox

Tout nouvel input arrive dans une de mes inbox. La première inbox historique étant mon mail, traité avec Google Inbox. Cependant, grâce à une stratégie Inbox 0 très efficace, le mail devient de moins en moins prépondérant. Je peux me permettre de le regarder une ou deux fois par jour.

En fait, mon inbox principale est un dossier Evernote appelé Inbox. Toute nouvelle note Evernote va dans ce dossier par défaut et je le vide une fois par semaine.

Pour arriver dans mon inbox, il y a :

– La saisie d’une note manuscrite avec mon stylet. La reconnaissance d’écriture d’Evernote est absolument stupéfiante et je ne pourrai plus vivre sans.
– La saisie d’une note depuis mon ordinateur via l’icône de notification Evernote sur mon desktop.
– La capture d’un document via le scan Evernote de mon smartphone (toute facture ou document papier que je reçois et qui part ensuite directement à la poubelle).
– Quand je reçois un mail contenant des actions à faire ou des documents à archiver, je le forwarde à Evernote.
– Quand je marque un article comme favorite dans Pocket, il est automatiquement ajouté à Evernote via une règle IFTTT.
– Quand je tombe sur un contenu web que je souhaite utiliser d’une manière ou d’une autre, je l’ajoute via le web clipper Evernote.

Ce qui est primordial, c’est de séparer complètement l’acte de saisie et celui de trier/traiter. Par définition, je ne réfléchis pas et toutes mes idées, mes notes, mes actions à faire plus tard va dans mon inbox Evernote sans que j’ai besoin de réfléchir.

Todo

J’utilise depuis peu Todoist pour gérer mes todos. Je rajoute mes tâches directement dans Todoist ou en marquant une note evernote du tag “todo”, auquel cas une règle IFTTT crée la tâche pour moi.

Dans Todoist, j’utilise le concept de date limite comme la date à laquelle je vais travailler à la tâche. Chaque matin, je reporte donc au lendemain un maximum de tâches afin de n’avoir que 3 ou 4 tâches qui sont celles sur lesquelles je vais me concentrer aujourd’hui.

Notons que, du coup, lorsque j’ai terminé une tâche qui est aussi dans Evernote, je dois penser à aller retirer le tag “todo”. Ce qui est un peu embêtant.

Auparavant, j’utilisais Swipes, qui possède nativement l’intégration Evernote et une meilleur gestion du “report de tâches à demain” mais la synchronisation entre les appareils est plus que capricieuse, l’application est encore fort buguée et n’est plus activement développée, l’équipe se concentrant sur Swipes for Slack.

Agenda

J’utilise Sunrise et j’en suis extrêmement satisfait. Je n’utilise pas les fonctionnalités de rappel d’Evernote ou très rarement car les rappels restent affichés, même après qu’ils aient eu lieu.

Je trouverais génial d’avoir un agenda où chaque événement est une note Evernote car j’ai une confiance totale envers mon agenda. Pour moi, ce qui n’est pas dans mon agenda n’existe tout simplement pas.

Malheureusement, Sunrise n’est plus maintenu et Google Agenda est encore loin derrière en termes d’ergonomie sur mobile et de jonglage entre les différents calendriers, sans parler de client inexistant pour le desktop.

Veille

Histoire d’alimenter mon cerveau, j’utilise Feedly avec un nombre restreint de flux afin de les vider rapidement. Si je long-click sur un item, il est automatiquement ajouté dans Pocket. Mon feedly est donc vidé en quelques minutes.

En sérendipité sur les réseaux sociaux ou sur le web, je ne lis jamais rien directement. Si ça a l’air intéressant, je rajoute à Pocket (via le bookmarklet). Twitter est mon principal fournisseur de liens pertinents, suivi de près par G+. Facebook l’est moins mais est beaucoup plus addictif à cause de son fourmillement d’interactions.

Depuis peu, Pocket permet également de suggérer des articles et je suis un adepte de cette fonctionnalité. Je vous invite d’ailleurs à vous abonner à mes suggestions.

Lecture

Je suis complètement accro à Pocket, que je consulte depuis mon téléphone, ma tablette ou mon Kobo. Quand un article mérite selon moi d’être réutilisé ou d’être partagé ou quoi que ce soit, je le marque comme favori et il est envoyé dans Evernote via une règle IFTTT.

Lorsque je lis sur le Kobo, j’utilise énormément la fonctionnalité “surlignage” pour repérer les citations, les mots ou les phrases que j’aime bien. Malheureusement, ce surlignage ne fonctionne pas dans les articles Pocket et, surtout, je n’ai pas trouvé de manière simple d’accéder à tous les passages surlignés (j’ai réussi une fois la manip via Calibre mais c’était compliqué). Dans mon monde idéal, les passages surlignés devraient automatiquement être ajouté à mon Inbox Evernote.

À noter que j’ai étendu le principe de liste de lecture à toute ma consommation culturelle. Dès qu’on me parle d’un film, d’un livre ou d’une BD, je le note dans mon Inbox Evernote puis, lorsque je traite cette note, je rajoute le titre dans ma liste d’envie SensCritique.

Gestion de la connaissance

J’ai un dossier Evernote « Notes » qui contient à peu près tout ce dont je veux me souvenir ou que je pourrai potentiellement utiliser. Ce dossier est véritablement une annexe à mon cerveau. Régulièrement, il m’arrive de fusionner des notes afin de les grouper sur un thème similaire et de préparer un billet de blog ou d’ébaucher une idée. La fonctionnalité de merge d’Evernote est malheureusement à la limite de l’utilisable et a parfois des effets inattendus.

J’ai également un dossier « Administratif » qui contient ce dont je ne veux pas me souvenir mais qui pourrait m’être demandé (factures, déclaration d’impôts, etc).

J’utilise également beaucoup les tags et les smart searches mais Evernote n’est pas top : les nested tags n’ont aucun effet, il n’est pas possible de trouver les documents sans aucun tag, il est impossible de rechercher dans la Trash mais il est également impossible de marquer un dossier comme étant archivé et n’apparaissant pas dans la recherche.

Il m’arrive également de rechercher un article dans Pocket mais c’est relativement rare.

Une fonctionnalité que j’adore est la géolocalisation des notes : je peux voir une carte de toutes les notes en fonction de l’endroit où je les ai créée. Ce n’est pas vraiment utile, juste agréable à regarder.

Partage professionnel

Lorsqu’une information ou une idée doit être partagée au niveau professionnel, j’utilise Knowledge Plaza, l’outil de Knowledge Management que nous développons et utilisons en interne.

S’il s’agit d’un lien que je veux partager, je le fais directement depuis mon navigateur via un bookmarklet. Mais la plupart du temps, il s’agit d’une idée, d’un lien ou d’une information qui est arrivée d’une manière ou d’une autre dans mon Inbox Evernote. Ce que je poste va de l’ébauche d’idée, de la question à mes collègues, de la vidéo de chats rigolote à une analyse fouillée ou une information cruciale.

Comme pour le reste, il est primordial d’avoir confiance en l’outil. Je sais que si j’ai posté sur Knowledge Plaza, je pourrai retrouver ce contenu avec une simple recherche. À la différence d’Evernote, il s’agit ici d’une véritable mémoire partagée entre collègues, enrichies des interactions sociales.

Écriture

La frontière entre le moment où j’ai rassemblé des idées et où je me mets à rédiger sur le sujet est assez floue. C’est encore un point d’accroche. J’écris dans Ulysses mais parfois directement dans Evernote (j’ai également tenté le client alternatif Alternote mais sa synchronisation avec Evernote est encore trop bugguée).

Il m’arrive donc parfois d’écrire dans Ulysses des choses qui sont déjà dans une note Evernote. Parfois, je ne me rappelle même plus dans quel éditeur j’ai commencé la rédaction d’un texte particulier.

Quand j’écris dans Evernote, la fonctionnalité pro me suggère des notes corrélées et, souvent, c’est justement très utile pour voir que j’ai déjà un brouillon en préparation sur un sujet.

Pour publier, je copie-coller le texte dans mon blog et parfois dans Wattpad ou Medium. Ce qui entraine que le texte existe à la fois dans Evernote, dans Ulysses sous forme d’un fichier txt, sur WordPress et sur Wattpad. Situation assez insupportable quand il faut faire des corrections post-publication.

Un autre problème d’Ulysses est qu’il est centré sur l’univers Mac. Si je veux pouvoir éditer mes textes depuis un ordinateur ou un smartphone non-apple, je dois le configurer pour sauver les documents dans Dropbox, au prix de la perte de certaines fonctionnalités. Sur Android, j’utilise Jotterpad pour éditer ces textes.

Idéalement, j’aimerais que Ulysses me permette d’éditer mes notes Evernote afin d’avoir une seule copie de travail. Mes notes Evernote pourraient être directement publiées sur mon blog. C’est exactement ce que propose Postach.io. Malheureusement, je n’ai aucune confiance envers la pérennité de postach.io qui n’a guère évolué dernièrement.

À noter qu’il est possible de publier sur WordPress et Medium depuis Ulysses mais ces automatismes ne règlent pas mon problème de base : avoir plusieurs versions du texte à différents endroits.

Il est intéressant de remarquer que j’ai beaucoup écrit ces derniers mois mais très peu publié à cause de ces deux barrières : je dois faire l’effort de me dire qu’une note peut à présent passer de Evernote à Ulysses puis de Ulysses à WordPress. Je procrastine à chaque fois ces deux étapes. Si elles étaient automatiques, je pense que vous auriez plus de lecture !

Pour finir

Comme vous avez pu le lire, ce workflow a encore de nombreux points de frictions mais force est de constater qu’il m’a permis d’étendre les capacités de mon cerveau. Une autre app essentielle à mon cerveau est Headspace, app de méditation guidée qui m’a rendu accro à cette pratique.

Et si je perds mon smartphone, me demanderiez-vous ? Et bien oui, je serais fortement handicapé. Tout comme vous l’êtes probablement dans vos déplacements quand votre voiture tombe en panne.

Le transhumanisme n’est donc pour moi pas de l’anticipation mais bel et bien une réalité que nous vivons tous au quotidien, à des niveaux différents.

 

Photo par Enki22.

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Ce texte est publié par Lionel Dricot sous la licence CC-By BE.

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Le magasin de motshttps://ploum.net/?p=5112http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20160101_114110_Le_magasin_de_motsFri, 01 Jan 2016 10:41:10 +0000Au détours des pavés glissants d’une rue obscure dans laquelle je m’étais engouffré, une enseigne m’est apparue. En lettres dorées mais épuisées, un mot résonnait en se cognant sur la brique trempée : « Dictionnaire ». Le grincement de la porte fit tousser une clochette asthmatique. Derrière un nuage de poussières apparu une barbe souriante et […]]]>

Au détours des pavés glissants d’une rue obscure dans laquelle je m’étais engouffré, une enseigne m’est apparue. En lettres dorées mais épuisées, un mot résonnait en se cognant sur la brique trempée : « Dictionnaire ».

Le grincement de la porte fit tousser une clochette asthmatique. Derrière un nuage de poussières apparu une barbe souriante et une paire de verres fêlés.

— Bonjour, en quoi puis-je vous aider ?

— Bonjour, fis-je. Je… je cherche un mot !

— Un mot ! Alors vous êtes à la bonne adresse ! Quel genre de mot ?

— Et bien… un mot d’amour. Un mot de passion. Un mot empli d’émotions.

— Aha ! Je vois que monsieur est un connaisseur ! Voyons ce que je peux vous proposer…

Fouillant parmi son stock, virevoltant entre les armoires, mon curieux vendeur sautillait et me faisait milles propositions. Mais, à chaque fois, ma réponse était invariable.

— Non, mon amour est bien plus fort !

— Oh non, je le souhaite bien plus doux.

— Celui-ci est trop plat, trop banal. Ma passion est tellement hors du commun.

— Il est trop petit. Mon cœur explose d’amour ! Ce mot là ne le fait pas comprendre.

— …

Un silence s’installa soudainement entre nous. Plissant les yeux, le boutiquier me tourna le dos et appela :

— Germaine ! Peux-tu descendre un moment ? Nous avons un client difficile !

Sous un vieux châle de laine, une vieille dame apparu et m’offrit un sourire de lèvres ridées.

— Que cherchez-vous, jeune homme ?

— Et bien un mot qui exprime l’amour que j’ai dans le cœur, l’amour de toute une vie, l’amour de toute la vie. Un mot emplit de palpitations, un mot qui jouit du présent, un mot qui fourmille de milles futurs, un mots qui transpire de bonheur…

— Et pourquoi souhaitez-vous ce mot en particulier ?

— Parce que j’aimerais communiquer mon amour à la femme de ma vie. Parce que je souhaite lui dire, lui faire comprendre ce que je ressens. Parce qu’elle illumine mon présent, parce qu’elle trace mon avenir, parce qu’elle est ma solitude.

La dame se tourna vers son compagnon.

— Barnabé, lui avez-vous vraiment montré tout le stock ?

— Oui ma mie, jamais je n’ai vu un client aussi difficile.

— Je m’en doutais…

Puis, se tournant vers moi, elle ajouta en souriant :

— Il n’y a aucun mot pour cela, jeune homme. Mais avez-vous essayez d’offrir un sourire ?

— Non, avouais-je !

— Alors allez-y de ce pas, ne perdez pas une minute !

À l’idée de revoir mon amour, un large sourire illumina mon visage.

— Merci, répondis-je ! Combien vous dois-je ?

— Vous venez de me payer, voici votre monnaie, me fit-elle en riant.

— Merci, merci, j’y cours, j’y vole !

Je sortis du magasin en dansant, un sourire dans le cœur, du bonheur jusqu’aux oreilles…

 

Photo par RebeccaVC1.

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Aux Tortueshttps://ploum.net/?p=5093http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20151230_153702_Aux_TortuesWed, 30 Dec 2015 14:37:02 +0000Également disponible sur Wattpad. Le soleil caresse ma peau de ses rayons ardents.  Les tortues sont là, à se prélasser sur la plage.  Lentement mon regard embrasse l’île.  Mon île !  Mon domaine !  Aujourd’hui encore, je scrute le ciel infiniment bleu et lumineux.  Les tortues rampent doucement sur la plage.  Je suis délicieusement allongé sur le […]]]>

Également disponible sur Wattpad.

Le soleil caresse ma peau de ses rayons ardents.  Les tortues sont là, à se prélasser sur la plage.  Lentement mon regard embrasse l’île.  Mon île !  Mon domaine !  Aujourd’hui encore, je scrute le ciel infiniment bleu et lumineux.  Les tortues rampent doucement sur la plage.  Je suis délicieusement allongé sur le sable, à contempler les reflets que l’eau fait ondoyer sous mes yeux.  Le ciel est toujours obstinément vide, pas la moindre trace.  Serait ce fini ?  Cela fait tellement longtemps que cela a commencé.  C’était avant que je me retire sur l’îlot.  Avant, lorsque personne ne songeait à se protéger.  Je n’ai pas compté les années, car mon âme solitaire n’est plus rythmée que par l’alternance des nuits et des jours.  Mais le ciel est silencieux depuis trop longtemps.  Ce n’est pas normal.  Je contemple mon cabanon et l’île qui l’entoure.  Les tortues se prélassent.  S’il y en a d’autres comme moi, ils seront les bienvenus dans ma hutte.  « Aux Tortues ».  Bienvenue « Aux Tortues ».  Toi, le solitaire miraculé ou encore toi, le survivant affolé, viens chercher le réconfort « Aux Tortues » !  Je suis seul.  Seul depuis si longtemps.  Je souffle sur les braises de mon feu et jette un dernier regard à la tortue qui reste.  L’autre s’en est allée, mais je sais pertinemment qu’elle reviendra.  Elle est toujours revenue.  Je me retire à l’ombre des branchages, dans un demi-sommeil.  Excepté le déferlement des lames sur la plage, rien ne vient troubler le silence.  Ce silence qui dure maintenant depuis des dizaines de jours.  Depuis des centaines de nuits.  Non, ce n’est pas normal.  Serait-ce fini ?  Est-il possible qu’ils aient arrêté ?  Ou bien ont-ils été forcés de s’interrompre ?

*

Il fait nuit. Sous ces latitudes, la voûte nocturne est vraiment superbe.  J’observe les astres.  Avant, je n’avais jamais appris le nom des étoiles.  Au fond, quelle importance ?  J’ai rebaptisé chaque constellation.  Le palmier tourne durant la nuit autour de la constellation du dauphin.  Et là, les deux tortues illuminent l’horizon comme tous les ans.  C’est d’ailleurs comme cela que je définis le mot an.  Cela fait donc bel et bien un an que le silence s’est fait.  La nuit, la différence est encore plus remarquable car les longues bandes de feu ne strient plus le ciel.  Est-ce donc fini ?  Suis-je le seul ?  Mais si d’autres existent encore, où sont-ils ?  Ils seront dans tous les cas bienvenus « Aux Tortues », le petit paradis rescapé.

Que les nuits sont belles depuis que je suis ici. Ou bien est-ce moi qui n’avait jamais pris le temps de les admirer ?

*

Le jour est revenu, et avec lui les deux tortues.  Étrangement, je n’ai jamais pensé à les baptiser.  N’est-il pas absurde que l’homme veuille à tout prix mettre un nom sur les choses et les êtres.  Comme si un nom garantissait la soumission et l’appartenance, la compréhension et la maîtrise.

Je regarde mon radeau.  Depuis le temps que je le prépare, il est désormais prêt à affronter le large.  Curieusement, l’idée de l’utiliser ne m’avait jusqu’ici pas effleurée. Il me maintenait occupé, il me donnait un objectif lointain.  Mais à force de voir le vide dans le ciel et d’entendre le silence, mon esprit ne peut plus qu’imaginer un ailleurs peuplé de souvenirs.  Toutes ces années que j’ai passées sur l’île ont toujours été rythmées par les langues de feu de missiles et les nuages de vapeur des fusées stratosphériques.  Il ne passait pas un jour sans que le bruit assourdi d’une explosion nucléaire à fractales ne parvienne à mes oreilles.  Les gigantesques champignons faisaient partie intégrante de mon quotidien.  Mais depuis ce que j’appelle une année, plus rien.  Les tortues sont même arrivées.  Est-ce donc fini ?  Ou est-ce un leurre ?  Je ne veux pas repartir vers ce que j’ai fui mais s’ils avaient été forcés de s’arrêter, s’il n’y avait plus de guerre faute de combattants ?  Le doute est la pire des tortures.  Je ne voudrais pas abandonner mon éden pour un silence.  Mes sens ne m’abusent-ils pas ?

Et si la guerre était au comble de sa férocité mais que les armes étaient devenues invisibles ?

Et si personne ne pouvait jamais venir « Aux Tortues » ?

Et si j’étais le dernier des hommes, jouissant encore du bonheur de l’ignorance ?

Si le monde n’était plus que l’étendue de sable qui m’entoure ?

*

La nuit est chaude, enveloppante. La lumière des astres me caresse, entraînant mon esprit dans de doux vagabondages.  Je devine dans l’obscurité la silhouette de mon radeau.  Une des tortues est toujours là.  Je crois qu’elle est morte.  Je contemple les étoiles.  Ne suis-je pas condamné ? Tout homme n’est-il pas condamné d’avance.  Suis-je heureux ?  Je n’en sais rien.  Pas plus que malheureux, sans doute.  Je manque de points de repères, de comparaisons.  J’essaye de percer l’horizon de mon regard.  Y a-t-il encore une terre, là bas, tout droit ?  Suis-je le seul rescapé «Aux Tortues » ?

Je regarde mes mains.  Elles sont vieilles et froissées.  Cela fait trop longtemps qu’elles frottent le sable et le sel.  D’ailleurs la mort de la tortue est un signe.  Bien trop longtemps !  L’Homme n’est pas immortel.  Les hommes encore moins.  Il faut que je sache.  Ai-je le droit de laisser la race humaine s’éteindre sur ce petit morceau de sable ?  Mon radeau est prêt.

Dans le ciel, les étoiles brillent doucement.  Pour la première fois depuis tant de temps, mon corps frisonne.  Il fait plus froid.  C’est un signe, cela ne fait aucun doute.

Je suis prêt.

Il y a toujours un dernier.  Toujours.  Serais-je celui qui partira, doucement, comme pour ne pas déranger davantage l’univers, emportant avec lui toute une création, tout un cheminement ?

Je vais prendre un peu de repos maintenant. Il fait de plus en plus froid, une nouvelle ère commence.  Demain le jour se lèvera, le soleil pointera comme tous les jours.  Mais rien ne sera plus comme avant. Demain la vie s’éteindra peut-être.  Ou peut-être pas. Malgré l’absence de vie, les planètes continueront à tourner, les étoiles à brûler, les univers à exister.  Mais plus personne ne sera là pour les nommer.

La nature aura-t-elle le courage d’un jour recommencer ?

La tortue est morte, la mer est empoisonnée. Suis-je le dernier ?

Demain je prendrai mon radeau et je verrai.

Demain…

 

Waterloo, le 20 mars 1999. Photo par Al Case.

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La science n’a pas réponse à tout…https://ploum.net/?p=5073http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20151203_153423_La_science_n___a_pas_reponse_a_tout___Thu, 03 Dec 2015 14:34:23 +0000…mais elle y travaille Quand je lis une histoire de revenants,ou que je regarde un film d’épouvante, je ne peux m’empêcher de penser à ce que je ferais si je tombais nez-à-nez avec un fantôme. Ma réaction serait certainement : « Waw, c’est passionnant ! Alors comme ça vous êtes un esprit ? Avez-vous une idée […]]]>

…mais elle y travaille

Quand je lis une histoire de revenants,ou que je regarde un film d’épouvante, je ne peux m’empêcher de penser à ce que je ferais si je tombais nez-à-nez avec un fantôme. Ma réaction serait certainement : « Waw, c’est passionnant ! Alors comme ça vous êtes un esprit ? Avez-vous une idée de la manière dont vous interagissez avec le monde ? ».

En effet, les mots « paranormal », « surnaturel » ou « magie » sont, au fait, des aberrations linguistiques. Par essence, un phénomène est soit normal, naturel, scientifique, soit inexistant.

Mais, pour beaucoup, la science « ne peut pas tout expliquer ». On parle de « croire à la science » comme on croit en une religion. On dit que « la science se trompe » ou que « ce n’est pas explicable scientifiquement ». C’est à la fois amusant et inquiétant car cela démontre une profonde incompréhension du concept même de science.

L’inanité de l’inexplicable

Le principe de base de la science est en effet de reproduire des phénomènes afin d’en comprendre les causes et les mécanismes.

Bien entendu, la science se trompe. Elle donne une explication qui se révèle, par après, scientifiquement fausse. Mais cela n’invalide en rien le mécanisme de la science car l’acte de démontrer qu’une explication scientifique est fausse est, lui-même, de la science.

Tout est donc science !

Et si des tas de phénomènes n’ont pas encore d’explication scientifique, vouloir déclarer qu’un phénomène particulier n’est pas explicable par la science est d’une prétention infinie : cela revient à dire que personne dans l’univers et jusqu’à la fin des temps ne pourra expliquer ledit phénomène ! C’est affirmer haut et fort qu’on est soi-même plus intelligent que tous les êtres vivants passés, présents et à venir, que personne ne pourra jamais nous dépasser sur cette question !

C’est même également infiniment absurde : pour pouvoir démontrer formellement qu’un phénomène n’est pas explicable, il faut pouvoir l’expliquer et le comprendre en détail et, par là même, lui apporter une explication scientifique !

La faiblesse de la science

Si la science semble toute puissante, elle a néanmoins un talon d’Achille : elle ne s’intéresse, par construction, qu’à des phénomènes reproductibles.

Or, à notre niveau humain, chaque instant est différent. Rien ne se produit deux fois à l’identique. La science doit donc tenter de trouver des généralités, des descriptions regroupant arbitrairement plusieurs observations sous le même vocable.

Cette particularité de la science peut même parfois déteindre sur des personnes hyper-rationnelles qui en déduisent que ce qui n’est pas reproductible ou n’a pas encore d’explication n’existe pas.

L’attrait de la non-science

Comme la science ne peut étudier que ce qui est actuellement reproductible, il est tentant de déclarer que la science ne peut pas tout expliquer. Et une fois ouverte cette boîte de Pandore, d’y fourrer tout ce qu’on ne veut pas que la science explique car ce serait trop inconfortable.

La vie après la mort, l’âme ou la dualité esprit-matière sont des exemples de concepts qui ont été complètement détruits par la science mais que beaucoup refusent d’abandonner sous le fallacieux prétexte que la science n’explique pas tout, la science a fait des erreurs donc je décide que la science se trompe sur ce domaine particulier car j’ai envie de croire le contraire. Ou parce que je suis trop inconfortable avec l’idée de m’être trompé si longtemps.

La peur de la science

La science fait peur car elle détruit des modèles du monde bien confortables. Dans bien des cas, la science non seulement explique en quoi le modèle est erroné mais va jusqu’à expliquer pourquoi nous avons une tendance naturelle à construire et nous attacher à un modèle particulier. La science explique ainsi pourquoi nous voyons des dieux là où la physique n’en voit pas, pourquoi nous nous attachons au concept de vie après la mort là, où, par définition, la mort représente la fin de la vie.

Mais plus que ça, nous avons également peur de voir les plus beaux mystères se résoudre en de simples équations.

La science explique-t-elle l’amour ? L’émotion à la vue d’une œuvre d’art ?

Dans certains cas, oui, la science l’explique. Dans d’autres, pas encore car ce sont justement des événements tellement uniques qu’il est, pour nos connaissances, difficile de les regrouper et les reproduire.

Mais ne pourrait-on pas imaginer une équation qui détermine indiscutablement si deux personnes vont tomber amoureuses l’une de l’autre au premier regard ? Ne pourrait-on pas définir les caractéristiques précises qui font qu’une œuvre touche un public particulier ?

Oui, on peut tout à fait l’imaginer. Nous en sommes d’ailleurs beaucoup plus proches que certains veulent bien le croire.

Et cela fait peur à ceux qui ont bâti leur vie sur le fait que certaines choses étaient inexplicables. Cela rend malheureux ceux qui pensaient être uniques, mystérieux. Ils décident alors arbitrairement que l’humanité doit s’arrêter pour les attendre.

Ils ne disent plus « La science ne peut pas expliquer cela » mais « La science ne doit pas expliquer cela ». Ils ne donnent par leur permission à la science. Comme si la science leur avait demandé leur avis !

La science n’est pas une croyance

Si demain nous devions entrer en contact avec une espèce intelligente extra-terrestre, il est probable que notre première base de discussion, notre premier point commun serait la science. La manière de la décrire serait sans doute très différente mais les fondations sont universelles : la physique, la chimie…

Cela ne veut pas dire que les théories scientifiques, même les plus établies, ne peuvent pas être critiquées. Au contraire, elles doivent être remises en question, c’est le fondement de la science. L’utilisation que nous faisons de certaines connaissances doit également en permanence être questionnée !

Nous pouvons en permanence remettre en question certains pans de la science en réalisant des observations ou des expériences qui illustrent des faiblesses de la théorie actuelle, en proposant des théories alternatives qui font des prédictions vérifiables. Bref, en devenant soi-même un scientifique…

Mais beaucoup se satisfont de l’argument “Mon intuition profonde, ma foi de moi petit être humain est que toute l’évolution scientifique de ces derniers siècles est fausse.” “J’ai réfléchi 2h sur le sujet et j’en arrive à la conclusion que des dizaines de personnes dans des laboratoires pendant des décennies se trompent.” Ils accusent les scientifiques d’être prétentieux et dans l’erreur.

Ironiquement, ils font justement preuve d’une prétention et d’une idiotie infinie.

 

Photo par Stuart Rankin.

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À ceux qui sont morts pour rien !https://ploum.net/?p=5052http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20151111_133747_A_ceux_qui_sont_morts_pour_rien__Wed, 11 Nov 2015 12:37:47 +0000En 2014, parcourant une exposition consacrée à la première guerre mondiale, je tombe sur une photo d’un monument local souligné de la légende suivante : « À charge des parents, des éducateurs de la jeunesse, etc. d’entretenir chez les enfants le culte sacré de la Patrie par de fréquentes visites devant ce monument au cours desquelles […]]]>

En 2014, parcourant une exposition consacrée à la première guerre mondiale, je tombe sur une photo d’un monument local souligné de la légende suivante :

« À charge des parents, des éducateurs de la jeunesse, etc. d’entretenir chez les enfants le culte sacré de la Patrie par de fréquentes visites devant ce monument au cours desquelles il s’agira de leur expliquer pourquoi sont morts ceux dont les noms y sont inscrits… »

monument

Pourquoi sont-ils morts, ceux dont le nom est gravé dans la pierre ?

À vous, les enfants que j’aurais peut-être la chance de voir grandir, je répondrais en vous pointant ce monument :

Ils sont morts pour rien.

Ils sont morts naïvement, par tradition. Ils sont morts car quelques vieillards cacochymes ont réussi à leur instiller une passion pour trois mots morbides, trois inepties, trois insultes à la vie : culte, sacré et patrie.

Ils sont morts car ils se sont laissés convaincre qu’un homme était fondamentalement différent s’il parlait une autre langue et était né de l’autre côté d’une ligne imaginaire.

Ils sont morts car ils se persuadaient qu’il existait un “nous” et un “autre”. Ils sont morts car ils disaient “notre culture, nos valeurs” à la place de “ma culture, mes valeurs”.

Ils sont morts car ils n’ont pas pu se révolter, même au summum de la boucherie, emprisonnés dans une hiérarchie et un carcan éducationnel débilitant.

Ils sont morts de ne pas avoir compris que leurs ennemis n’étaient pas ceux contre qui ils se battaient mais ceux pour qui ils se sacrifiaient.

Ironiquement, leur mort n’aura pas été vaine. Sur leurs cadavres poussaient déjà les germes de la seconde guerre mondiale et de ses horreurs. Loin de protéger leurs enfants, ces parents sont morts en leur léguant la guerre, la violence et la haine.

Oui, il est de notre devoir d’apprendre l’histoire. Peut-être avons-nous une chance d’éviter de reproduire inexorablement le passé si nous comprenons que ces noms dans la pierre ne sont pas des modèles. Ce sont les noms de ceux qui sont morts stupidement, de ceux qui ont participé à massacrer avant de tomber à leur tour, de ceux qui ont permis à d’autres noms d’être gravés dans les monuments d’en face. Ces noms et ces drapeaux sont une marque d’infamie.

Par leur seule existence, par leur seule obéissance, ces noms ont légitimé une autorité cruelle, soutenant la lutte contre les véritables héros, ceux que chaque enfant devrait prendre comme modèle : les déserteurs, les lâches, les fuyards, les objecteurs…

Pour ceux-là, pour ceux qui ont aimé la vie, il n’y a pas de monuments. Pas de fanfare. Pas de fleurs. Pas de médaille.

Car tout cela, malheureusement, est réservé à ceux qui sont morts pour rien.

Photo par Dominique Salé. Update : ce billet n’est pas tout à fait juste car il existe de (trop) rares monuments pacifistes.

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Ce texte est publié par Lionel Dricot sous la licence CC-By BE.

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Printeurs 37https://ploum.net/?p=5039http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20151109_222528_Printeurs_37Mon, 09 Nov 2015 21:25:28 +0000Ceci est le billet 37 sur 38 dans la série PrinteursG89 a été surpris dans le hangar par Nellio et Georges Farreck.   J’ai réussi à me débarrasser du plus jeune. Il devenait trop méfiant. Le plus vieux, lui, ne me soupçonne même pas. Il me croit trop faible, tant mentalement que physiquement. Mais, contrairement […]]]>
Ceci est le billet 37 sur 38 dans la série Printeurs

G89 a été surpris dans le hangar par Nellio et Georges Farreck.

 

J’ai réussi à me débarrasser du plus jeune. Il devenait trop méfiant. Le plus vieux, lui, ne me soupçonne même pas. Il me croit trop faible, tant mentalement que physiquement. Mais, contrairement au plus jeune, il dispose du Pouvoir. Je ne sais pas encore s’il représente pour moi un danger ou un allié. Un allié ! Concept que je n’avais jusqu’ici jamais envisagé.

Lorsqu’ils m’ont surpris dans le hangar, j’ai décider d’accréditer leur propre version en racontant que je venais du sultanat islamique. Je ne sais pas ce qu’est le sultanat islamique mais le fait que j’en provienne semblait tellement correspondre aux désirs du plus vieux.

Il a expliqué au plus jeune à quel point j’étais désormais un allié important, une preuve qui pouvait bouleverser l’opinion publique et, par ricochet, le monde politique. Il a tout de suite décider de me protéger. Est-ce son pouvoir qui perturbe mon jugement ou puis-je réellement lui faire confiance tant que ses intérêts sont alignés avec les miens ?

Nous sommes sortis du hangar sur une gigantesque esplanade de dalles de bétons. La lumière m’a brusquement assailli et je fus pris de vertiges en constatant que je n’apercevais plus le plafond.

Dehors ! J’étais dehors ! Ce bleu adamantin qui m’englobait était donc le ciel… J’ai senti ma gorge se serrer face à cette lumineuse altitude.

Obéissant aveuglément à leurs injonctions, je suis monté dans une étrange cabine surmontée d’une enveloppe ovaloïde. Ce n’est que lorsque les dalles de béton ont paru rapetisser que j’ai compris. Nous étions en train de partir vers le ciel. Des histoires fabuleuses du vieux me revenait à l’esprit. J’eu un instant peur de me brûler sur le soleil mais je gardai pour moi mon inquiétude.

Le plus jeune est resté avec moi. Il me posait des questions, semblait soupçonneux, curieux. Le plus âgé, lui, s’occupait essentiellement de la navigation dans une pièce adjacente à la cabine. Il n’est sorti qu’une seule fois pour nous faire une annonce.

— Nous survolons à présent le désert du sultanat islamique. C’est plus risqué mais beaucoup plus court. Et puis avec un Zeppelin, le risque est virtuellement nul de se faire accrocher par un de leurs radars moribonds. Le navigateur autonome est de toutes façons suffisamment intelligent pour esquiver tout danger éventuel. Par mesure de sécurité, il m’a annoncé que nous allions voler à basse altitude dans la partie réputée la plus dangereuse. Je vous laisse admirer le paysage, je dois envoyer des messages pour préparer l’arrivée de notre invité tout en assurant sa sécurité.

Je n’ai rien dit, je suis resté immobile. Le plus jeune s’est approché de moi et a pointé le sol :
— C’est donc de là que tu viens ?

J’ai acquiescé silencieusement. Son regard m’a transpercé.
— Pourtant, a-t-il continué, tu n’as pas le type islamique ! Où es-tu né ?
— Dans l’usine, ai-je répondu en toute sincérité. Je n’en étais jamais sorti jusqu’à présent.
— Ça ne colle pas, a-t-il fait. Pourquoi utiliser de vieux vaisseaux spatiaux pour un transport de quelques centaines de kilomètres ?

Le sol s’était dangereusement rapproché. Parfois, au détour d’un rocher ou d’une dune, un groupe de tentes apparaissait. Des tentes bariolées, loufoques. Des reliques gisaient également, telle cette gigantesque structure de bois calciné représentant un homme stylisé, pathétique dans sa grandeur surannée, son antique vaillance.

Mais lui ne se laissait pas distraire par le paysage.
— Et puis ta manière de te déplacer, la difficulté et la lourdeur de tes mouvements. On dirait que tu as vécu dans un environnement en gravité réduite. Es-tu sûr de provenir de la terre ?

C’est à cet instant que j’ai pris ma décision. Comme un automate, j’ai ouvert la porte de la cabine qui donnait sur le vide et l’immensité du sable plusieurs dizaines de mètres sous nos pas.

Croyant que je voulais sauter, il a poussé un cri et s’est avancé pour m’arrêter. J’ai esquivé et, continuant son mouvement, je l’ai poussé dans le vide.

Du bout des doigts, il a tenté de s’accrocher au chambranle, glissant, s’entaillant les phalanges avant de rester suspendu au marche-pied grillagé. Il hurlait. Du sang coulait sur ses mains, descendant le long de son bras et de son coude.

Je me suis agenouillé et, lentement, j’ai commencé à décrisper ses doigts. Ses cris se perdaient dans le souffle du vent. Ses yeux me lançaient des regards implorant où se mélangeaient avidement la peur et la haine.

J’ai souris. Le Pouvoir était donc toujours en moi. J’étais calme, apaisé.

— Pourquoi ? Pourquoi ? Aidez-moi ! Pitié !

Les mots s’enchainaient sans réelle signification en une panique tumultueuse. Il ne voulait pas lâcher prise. Alors je me suis couché sur le sol et j’ai mordu ses mains à pleines dents. J’ai serré les dents jusqu’à entendre craquer les articulations. Le sang chaud inondait ma bouche. Il a fallu que je sectionne deux doigts pour qu’il lâche complètement. Son corps est descendu vers le sol avant de devenir un petit point noir. Je n’ai pas vu l’impact.

Je me suis relevé en m’essuyant la bouche. Rapidement, j’ai effacé les traces de sang les plus visibles avant de me composer un visage terrorisé, ce visage que je maîtrise désormais à la perfection. Un visage propre à rassurer ceux qui, comme moi, ont le Pouvoir.

En hurlant, j’ai été frapper à la porte de la cabine où le plus vieux s’était enfermé.

— Il est tombé ! Il est tombé ! ai-je crié.

Le plus vieux est sorti, hébété.
— Quoi ? Que veux-tu dire ?

Du doigt, j’ai pointé la porte ouverte par laquelle s’engouffrait des tourbillons d’air chaud et de sable.
— Il est tombé !
— Quoi ? Nellio ? Ce n’est pas possible !

Il s’est rué sur l’ouverture béante. J’hésitai un instant à le pousser lui aussi mais je réalisai ô combien il pouvait m’être utile. Je décidai donc de rester discret, amorphe.

— Bon sang, que s’est-il passé ?
— Il a voulu me montrer un grand homme de bois brûlé. Il a glissé et est tombé !
— Merde, merde et remerde ! Je lui avais justement expliqué l’histoire de cette relique à l’aller ! Nellio, Nellio, qu’as-tu fait ? Pourquoi ?

L’homme se tenait la tête entre le mains.

— Nous sommes au-dessus du sultanat islamique. Je ne peux pas faire demi-tour. Et puis il n’a aucune chance. À cette hauteur…

Alors, j’ai vu une larme perler au coin de l’œil de l’homme. Une larme qui n’était pas de douleur, une larme qui n’était pas due à la torture. Une larme qui n’était pas contrôlée par le Pouvoir.

Une larme que je n’ai pas compris.

 

Photo par Martin Teschner.

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Les imposteurshttps://ploum.net/?p=5018http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20151104_115236_Les_imposteursWed, 04 Nov 2015 10:52:36 +0000Je sursaute ! Sur ce coup, je ne l’avais pas entendu venir. Nerveusement, je ferme le jeu Facebook ouvert dans mon navigateur et adresse un sourire à mon chef de service. – Ça va Gérard, je peux t’aider ? Il me répond d’un regard absent et continue sa tournée entre les bureaux. Ouf ! Ce […]]]>

Je sursaute ! Sur ce coup, je ne l’avais pas entendu venir.

Nerveusement, je ferme le jeu Facebook ouvert dans mon navigateur et adresse un sourire à mon chef de service.
– Ça va Gérard, je peux t’aider ?
Il me répond d’un regard absent et continue sa tournée entre les bureaux.

Ouf ! Ce n’est pas passé loin. Une goutte de sueur glisse le long de ma colonne vertébrale. Un jour, il finira bien par se rendre compte, par me convoquer.

Je regarde fixement mon écran. Aujourd’hui, c’est décidé : je travaille sérieusement. Aujourd’hui, je suis productif.

Machinalement, ma souris se déplace et retourne sur Facebook. Je ne lis même plus les messages : la plupart sont générés automatiquement ou sont des publicités. Je me contente de jouer. Pour le moment, je suis accro à millionaire-land. Je gagne des millions afin de m’acheter un yacht, un jet privé et une collection de voitures.

Bon sang, pas moyen de travailler ! En fait, je ne sais même pas ce que je suis sensé faire. Cela fait 6 mois que j’ai coché l’option pour autoriser Google à répondre automatiquement à mes mails lorsque c’est possible. Et depuis quelques semaines, je n’ai même plus besoin de répondre au moindre mail. Ceux qui n’ont pas de réponse automatique ne sont pas urgents. Au pire, je peux dire qu’ils étaient dans mes spams.

Au début, mes collègues m’ont félicité pour ma rapidité. Mais j’ai un peu trop fait confiance, je ne sais même plus exactement ce qui se passe dans ma boîte mail.

Une notification ! Un meeting en salle Tessa Martin ! Sans doute accepté automatiquement par les algorithmes.

Emportant mon portable, je me glisse dans la salle avant de me figer d’effroi : Philippe, mon N+2, est présent ! C’est un meeting important ! Je n’ai pas la moindre idée du sujet traité et je tremble à l’idée d’être démasquée.

Tentant de garder mon calme, je déplie l’écran de mon ordinateur. Tout le monde parle, je fais semblant d’écouter tout en regardant, dans un coin de mon écran, évoluer mon score à millionaire -land. Les minutes se succèdent, je peine à garder les yeux ouverts, l’air me semble étouffant.

— On va demander à Carmen !

Je sursaute à l’énoncé de mon prénom. Philippe me darde d’un regard pénétrant.
— Alors Carmen, qu’en penses-tu ?
— Et bien, mon avis est-il vraiment pertinent ? balbutié-je.
— Tout à fait ! En l’absence de Sylvia, nous devons savoir qui va envoyer un mail au nouveau project manager afin de le prévenir du retard pris par le projet.
— Je pense que Gérard serait qualifié, dis-je, pris d’une inspiration soudaine. Je vais lui envoyer un mail immédiatement pour lui demander de prévenir le project manager.
— Bravo Carmen, j’aime ton esprit d’initiative.

Sans attendre, j’ouvre mon client mail et je rédige quelques lignes :

Gérard,

Sylvia étant absente, peux-tu mettre le nouveau project manager au courant du retard pris par le projet ?

Bien à toi,

Carmen

Je pousse un soupir de soulagement et ferme l’écran de mon ordinateur. Philippe m’adresse un sourire chaleureux :
— Une réunion productive comme je les aime. 45 minutes, top chrono ! Bravo Carmen !

Tout le monde se lève et quitte la pièce avec un grand sourire. Je pousse un énorme soupir. Cette fois encore, je suis passé à travers les mailles du filet. Mais ça va bien finir par se savoir, je vais finalement faire un faux pas. Je n’ose pas imaginer ce qui se passerait avec les traites de la maison et mon dernier à l’université…

Si je perdais cet emploi, qui voudrait de moi ? Que faire d’une addict à millionnaire-land tout juste bonne à écrire un email toutes les deux ou trois semaines ?

Tout en ruminant ces sombres pensées, je passe à côté du bureau de Gérard. Je vais profiter de l’occasion pour redorer mon blason, pour lui donner l’impression que je suis active, que je suis indispensable.
— Je sors de réunion avec Philippe, il a demandé que tu préviennes le nouveau project manager, je t’ai envoyé un email à ce sujet.
— Hein ? Quoi ? Ah oui, oui…

Il sursaute et nerveusement ferme une fenêtre millionaire-land.

 

Photo par Michael Lokner.

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Printeurs 36https://ploum.net/?p=4971http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20151019_232358_Printeurs_36Mon, 19 Oct 2015 21:23:58 +0000Ceci est le billet 36 sur 38 dans la série PrinteursNellio aide Junior blessé à s’extirper de l’intertube et découvre un homme en train de violer Eva. Mon corps ne m’obéit plus. Sans la moindre hésitation, je me rue furieusement sur l’homme en blanc. Il a peine le temps de tourner vers moi un regard […]]]>
Ceci est le billet 36 sur 38 dans la série Printeurs

Nellio aide Junior blessé à s’extirper de l’intertube et découvre un homme en train de violer Eva.

Mon corps ne m’obéit plus. Sans la moindre hésitation, je me rue furieusement sur l’homme en blanc. Il a peine le temps de tourner vers moi un regard surpris que je l’agrippe et que nous roulons sur le sol. Mes doigts cherchent instinctivement à le blesser, le griffer, déchirer. Je ne suis plus que colère et violence.

Il suffoque et tente de se défendre contre mes attaques désordonnées. Reprenant ses esprits, il parvient à esquiver mes coups inefficaces et me repousser d’un grand coup de pied loin de lui.

— Mais vous êtes complètement dingue ? Qui êtes-vous ? Qu’est-ce qui vous prend ?
Je me relève en hurlant d’une voix rauque, déformée par la rage.
— Salaud ! Ordure !

Je cours vers lui mais mon attaque était trop prévisible. D’un mouvement souple, il m’entraîne vers le sol et m’immobilise d’une clé de bras.

— Vous êtes vraiment un grand malade ! Ça vous prend souvent d’attaquer comme ça les gens qui bossent ?

Je n’ai pas le temps de méditer sur l’étrangeté de sa réplique qu’une voix nous interrompt.

— Mitch, voici la suiv… mais qu’est-ce que tu fous ?

Malgré la douleur, je tourne la tête et entraperçois un homme vêtu de la même combinaison blanche. Il avance en tenant par le bras une femme nue qui semble se laisser conduire docilement, le regard vide de toute expression. Je manque de m’étouffer de surprise : Eva !

— Ce type a surgit de nulle part et m’a attaqué sans raison. Son pote dans le coin ne bouge pas et a l’air plutôt mal en point.
— Il était en train de violer… tenté-je de me défendre. Mais la surprise et la douleur qui tiraille mon bras étouffent ma phrase.

L’autre éclate de rire.
— La violer ? T’entends ça Mitch ? Tu serais un violeur maintenant ! Je dirais même un violeur en série car je t’apporte ta prochaine victime.
— Mais… fais-je sans grande conviction.

Je sens l’étreinte autour de mon bras se relâcher subtilement.

— Note que ça expliquerait tout. S’il a cru qu’il s’agissait d’une vraie femme, je comprends qu’il aie vu rouge. J’aurais eu la même réaction à sa place.
— Une vraie femme ?

Sentant bien que la colère a désormais laissé la place à l’interrogation et la curiosité, mon bourreau me relâche complètement. Civilement, il m’aide à me relever. Je reste abasourdi.
— Je ne comprends pas.
— Vous ne savez donc pas où vous avez mis les pieds ?

Je réponds par la négative. En quelques phrases, je dresse le tableau simplifié de la situation, omettant volontairement les détails, insistant simplement sur le fait que nous sommes poursuivi par des policiers. Je baragouine une excuse impliquant notre volonté de travailler et notre refus de devenir des télépass. À ces mots, je sens naître une profonde sympathie parmi mes deux interlocuteurs.
— N’en dîtes pas plus ! Si vous êtes poursuivis par des policiers, nous sommes du même bord.
— Sale engeance, renchérit l’autre. Les flics et les télépass, c’est vraiment tous du même tonneau.
— D’ailleurs, j’ai encore vu une vidéo publiée par le syndicat où on voit des flics collaborer avec des télépass dans une manifestation de travailleurs.

Je me risque à les interrompre.
— Mais je ne comprends toujours pas…
— Ah, c’est juste ! Vous ne savez pas dans quelle usine vous êtes entré.

Il me prend par la main et me dirige vers la sortie de la pièce. La porte donne sur un gigantesque hangar baigné dans une vive lumière blanche. De gigantesques étagères s’étendent à perte de vue, chargées de corps nus, de… Eva !

Je manque de défaillir. Tout le hangar n’est qu’un gigantesque étalage de la peau d’Eva. Où que je tourne la tête, je découvre le regard fixe, vide d’Eva qui me toise, me transperce.

Eva ! Eva !

— Bienvenue à Toy & Sex, m’annonce mon partenaire de lutte d’une voix goguenarde.
— L’innovation au service du plaisir, de votre plaisir ! reprend son collègue sur le ton d’un jingle publicitaire bien connu.
— Vous avez devant les yeux le premier batch de production de notre modèle EVA, fruit de plusieurs années de recherche et développement.

Je fais quelques pas, abruti par la surprise et l’incompréhension. Des milliers d’Eva nues s’alignent et défilent dans mon regard vide.
— Le sex toy le plus réaliste du monde. En tant que testeur et responsable qualité, je suis vraiment impressionné par la texture et la sensation.
— Sans compter que tous ces modèles doivent encore être programmés. Il parait que les gars du labo ont pondu une intelligence artificielle absolument réaliste avec différentes configurations : depuis ingénue à vicieuse totale.

Leur voix me semblent lointaines, comme étouffée par un manteau d’ouate. Je ne sens plus mes doigts, ma poitrine est opprimée. Je tente de me sortir de cette brume étouffante :
— Mais… Pourquoi avoir choisi ce physique particulier ? Pourquoi ce visage ?
— Ça mon gars, faut voir avec le service marketing. Mais j’ai entendu certaines rumeurs. Pour réduire les coûts de production, il a été décidé de ne produire qu’un seul modèle, le plus universel possible. Même la couleur de la peau a été choisie car une peau foncée est plus facile à produire en série tout en gardant un certain réalisme. Charge aux publicitaires de faire en sorte que tout le monde soit attiré par ce physique particulier.
— J’ai discuté avec Anne-Do, de la com expérimentale. Elle m’a dit que les premiers tests étaient hyper concluants. Même des homosexuels notoires étaient attirés par Eva.
— En fait, on travaille à la salubrité publique : on remet les tarlouzes dans le droit chemin.

Les deux compères éclatent de rire. Mon estomac se révulse, j’ai envie de vomir, de cracher, de hurler. Mes entrailles se tordent de douleur, j’aimerais m’évanouir, ne plus savoir, ne plus connaître, disparaître.

— Dîtes, les mecs, je sens que l’effet des médicaments commence à se dissiper. Je crois que je vais avoir besoin d’aide.

Junior ! Je l’avais complètement oublié. Il s’approche en claudiquant, serrant sa main ensanglantée dans un linge. Sans que nous ayons besoin de fournir la moindre explication, les deux testeurs s’emparent d’une trousse de secours et commencent à lui fournir des soins.

— Saloperie de flics ! Ça, c’est bien leur genre d’enfoirés de couper des doigts.

Mais je n’écoute déjà plus. Mon cerveau est engourdi par ce que je vois, par ce qui s’aligne sous mes yeux. Alors que je m’avance dans l’entrepôt, j’aperçois une sorte de mise en scène, une tentative de vitrine publicitaire. Eva se tient, se tiennent dans de multiples positions suggestives au milieu de néons bariolés.

Je tombe à genoux et vomit, secoué de spasmes. Une bile verdâtre suinte le long de mes lèvres, me laissant un goût amer et âcre sur la langue.

À travers mes larmes, je perçois un mouvement, un frémissement. Un mannequin s’approche de moi, je gémis de terreur. Une voix familière retentit alors, tellement déplacée, étonnante et pourtant si appropriée.

— J’aurais préféré que tu ne voies pas tout cela, Nellio.

La voix d’Eva. La vraie ! Mon Eva !

 

Photo par Tom Waterhouse.

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Le paradoxe de la corridahttps://ploum.net/?p=4868http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20150804_101357_Le_paradoxe_de_la_corridaTue, 04 Aug 2015 08:13:57 +0000Un homme est devenu, en quelques heures, l’être le plus détesté des réseaux sociaux car il a tué un lion pour son propre plaisir. En même temps, l’Europe s’émouvait du massacre « traditionnel » de dauphins aux îles Féroé. De la conscience émotionnelle collective semble émerger un consensus sur le fait qu’il soit indigne pour un […]]]>

Un homme est devenu, en quelques heures, l’être le plus détesté des réseaux sociaux car il a tué un lion pour son propre plaisir. En même temps, l’Europe s’émouvait du massacre « traditionnel » de dauphins aux îles Féroé.

De la conscience émotionnelle collective semble émerger un consensus sur le fait qu’il soit indigne pour un être humain de massacrer des animaux conscients pour son seul plaisir. Parfois, tuer n’est pas nécessaire : faire souffrir l’animal est amplement suffisant pour s’attirer les foudres du monde entier. Vu notre réaction collective, cela semble même plus grave que la mort d’êtres humains.

C’est ce que j’appelle « le paradoxe de la corrida ». Parce que il semble de plus en plus difficile de trouver des justifications à la corrida dont le seul et unique objectif est de divertir en faisant souffrir et en tuant des animaux.

Mais pourquoi est-ce paradoxal ?

Tout simplement car nous cautionnons par notre alimentation des systèmes de souffrance et de mort sans aucune mesure avec une partie de chasse ou le fait de planter des banderilles dans un taureau. L’industrie de la viande est devenue l’industrialisation de la souffrance d’animaux comme la vache, de la même espèce que le taureau que nous défendons tant en luttant contre la corrida !

Pourtant, il est aujourd’hui tout à fait possible de se nourrir de manière entièrement végétarienne. L’alimentation végétarienne est non seulement moins génératrice de souffrance, elle est également bien plus écologique et, en règle générale, plus équilibrée et garante d’une meilleure santé. Tuer des animaux n’est plus nécessaire à notre survie.

Mais alors que nous sommes prompts à nous indigner pour un lion, un dauphin ou un taureau, nous ne pouvons renoncer à massacrer industriellement, dans des souffrances atroces, des animaux extrêmement intelligents et sympathiques comme la vache, le cochon ou le poulet.

La raison ?

Car c’est trop bon ! Car je ne pourrais pas me passer de viande. Car je suis carnivore, c’est une tradition. Car je suis passionné de gastronomie typique.

Les seuls arguments pour justifier la souffrance et le massacre sont donc le pur plaisir personnel égoïste et la tradition. Y’a-t-il une différence avec la chasse, le massacre de dauphins ou la corrida ?

Non mais tu ne comprends pas. Je ne peux pas vivre sans un délicieux hamburger.

Et Walter Palmer ne peut pas vivre sans ce frisson d’adrénaline que lui procure le fait de pourchasser un animal. Où est la différence morale ? En plus, toi tu peux trouver des alternatives à ton plaisir que lui n’a pas, alternatives qui seront bientôt parfaites.

Cette hypocrisie est tellement ancrée qu’elle touche même les personnes les mieux informées. Ainsi, les apnéistes sont traditionnellement de grands défenseurs du milieu marin, sauveurs des requins et autres espèces menacées. Les mêmes, pourtant, adorent la pêche sous-marine au harpon. Pour le sport. Et avec pour maigre justification morale :

Oui mais je mange tout ce que je pêche !

En période de famine et de déficit calorique, cet argument serait tout à fait recevable. Mais dans une société où l’on mange trop, où l’alimentation végétarienne est disponible dans tous les supermarchés, le fait de volontairement tuer et de potentiellement déséquilibrer un éco-système extrêmement fragile n’est moralement pas cohérent pour qui se targue de défendre l’écologie et la vie animale.

Car, au fond, il ne s’agit « que » de poissons. Pour une raison obscure, le fait que ces animaux nagent fait des poissons une espèce sous-animale qu’on peut torturer et exploiter à volonté, les restaurants n’hésitant pas à proposer du poisson ou des fruits de mer dans les plats végétariens, nonobstant le fait que la pêche, sous quelque forme, est un désastre écologique, que la plupart des espèces en voie de disparition le sont dans nos océans à cause de la pêche.

Avant d’attaquer le dentiste Walter Palmer et les toreadors, nous devrions plutôt scruter nos propres comportements et regarder dans notre propre assiette.

En fait, nous sommes même pires qu’un Walter Palmer ! À cause du gaspillage et de la surconsommation, nous abattons industriellement des animaux afin de pouvoir simplement jeter leur viande à la poubelle sans même procurer le moindre plaisir !

Il est bien entendu possible d’adopter une morale dite « spéciste » : les animaux sont inférieurs aux humains et l’humain n’a aucun compte à leur rendre, il peut les traiter comme il veut. Tout comme le racisme il y a quelques décennies, le spécisme est moralement rationnel et peut former un système arbitrairement cohérent pour peu qu’on en accepte les conséquences : un animal est un animal, on ne va pas s’émouvoir pour un animal, poisson, vache, chat ou lion.

Mais si les images d’animaux ensanglantés servant de trophées et de divertissement ne vous laissent pas indifférents, si vous pensez que l’acte de Walter Palmer relève de la barbarie, si les photos d’une mer rougie par le sang des dauphins vous prend à la gorge, peut-être n’êtes vous pas un véritable spéciste. Mais comment agir de manière concrète pour changer le monde ? C’est simple : arrêtez de tuer des animaux pour votre plaisir, même si vous les mangez, et réduisez, même symboliquement, votre consommation de viande et de poisson.

Un geste simple et progressif qui, même s’il ne s’agit que d’un seul repas par semaine, fera beaucoup plus pour la planète et les animaux que toutes les pétitions et likes sur Facebook du monde.

 

Photo par Chema Concellón.

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Printeurs 35https://ploum.net/?p=4858http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20150803_162441_Printeurs_35Mon, 03 Aug 2015 14:24:41 +0000Ceci est le billet 35 sur 37 dans la série PrinteursNellio, Junior et Eva se sont engouffrés dans des capsules intertube les conduisant aux mystérieuses coordonnées communiquées par Max.   Les méandres de l’esprit humain sont impénétrables. Alors que mon corps est inconfortablement compressé dans un espace exigu contenant à peine de quoi respirer, je […]]]>
Ceci est le billet 35 sur 37 dans la série Printeurs

Nellio, Junior et Eva se sont engouffrés dans des capsules intertube les conduisant aux mystérieuses coordonnées communiquées par Max.

 

Les méandres de l’esprit humain sont impénétrables. Alors que mon corps est inconfortablement compressé dans un espace exigu contenant à peine de quoi respirer, je ne peux m’empêcher de philosopher.

Comment expliquer que cette partie de l’intertube soit déjà fonctionnelle alors que la définition d’un projet gouvernemental implique généralement un retard conséquent ?

La réponse demande un certain cheminement mental. En dehors de se faire élire, le rôle des politiciens qui composent le gouvernement est de faire en sorte que l’argent public s’évapore le plus vite possible.

Il n’est bien sûr plus question, de nos jours, de détournements directs. Le risque serait bien trop grand de se faire prendre et condamner. Un minimum de subtilité est devenu nécessaire.

Dès qu’un peu d’argent public est disponible, le politicien le dépensera de manière à optimiser sa visibilité sur les réseaux. Inaugurer la toute première liaison d’intertube semble, sur ce point, une excellente idée. Mais le plus important est assurément d’obtenir, légalement, un pourcentage sur ces dépenses. Et quoi de plus facile que de financer des grands travaux, une liaison intertube par exemple, en utilisant comme prestataire surpayé une société dont on est actionnaire ? Ou qui nous engagera comme consultant après notre retraite politique bien méritée ?

Le fait que je sois bringuebalé dans cet intertube signifie donc qu’il y a dans les parages un politicien en fin de parcours qui vide les caisses. En annonçant une station d’intertube, il laissera l’image d’un gestionnaire visionnaire et entreprenant. Son successeur, par contre, héritera de l’impopularité due à une situation budgétaire catastrophique.

Alors que je suis emporté à des centaines de kilomètres/heure dans le noir absolu, je ne peux m’empêcher de m’indigner. Comment se fait-il que notre système de gouvernement soit à ce point corrompu ?

Mais au fond, cela a-t-il encore la moindre importance ? Les élections sont vécues comme un divertissement, à mi-chemin entre les compétitions sportives et les séries si chères aux télé-pass. Les commissariats privés imposent leurs propres règles et plus personne ne fait vraiment attention aux lois que débattent les politiciens, lois qui réglementent de toutes façons des domaines dans lesquels ils sont complètement incompétents. Nous nous contentons de leur verser un impôt avec le seul espoir qu’ils nous foutent la paix. Ces impôts servent à financer une administration qui tourne désormais en vase clos : les différents ministères travaillent les uns pour les autres en déconnexion totale du reste du monde.

Dans l’étanche obscurité de mon cercueil projectile, l’absurdité de notre société me frappe soudainement comme un éclair. J’ai l’impression de découvrir le monde, d’être un nouveau-né, un extra-terrestre.

Dans un monde automatisé, le travail n’apporte plus de valeur mais, au contraire, de l’inefficacité. De qualité il devient une tare. Sans changement de paradigme économique, la valeur ne se crée plus, elle se dissipe. Le seul moyen de s’enrichir est donc de devenir soi-même un point d’évaporation. Soit en récoltant la valeur et en prétendant la redistribuer au nom du bien public, ce que fait la politique, soit en convaincant le public de nous acheter un bien ou un service quelconque, quelle que soit son inutilité.

Il ne s’agit donc plus d’être utile mais de convaincre le monde qu’on l’est. L’apparence a pris le pas sur l’essence, donnant naissance à la publicité ! La publicité ! Le maillon central ! C’est la raison pour laquelle je n’avais jamais pris le recul nécessaire. La publicité nous formate, nous empêche de nous concentrer. Son omniprésence transforme le cerveau en simple récepteur. Il m’a fallu cette cure sans lentille de contact et cet isolement sensoriel pour que, enfin, mes neurones se remettent à fonctionner.

Face à ce modèle de société, le printeur représente la menace ultime. En mettant à nu l’inutilité de la plupart des emplois actuels, le printeur poussera les travailleurs à remettre en question l’utilité de tous, y compris de leurs dirigeants. La rigidité morale qui fait des télé-pass des parias, des sous-hommes, des fainéants, n’est possible que s’ils sont en minorité et si on continue à leur fournir un espoir, celui de devenir un jour utiles. Si cet espoir disparaît, si la compétition entre eux n’a plus lieu d’être, si la majorité de la population devient télé-pass…

Je frissonne. Jamais encore je ne n’avais envisagé les conséquences sociétales du printeur. Les motivations de Georges Farreck me semblent désormais moins obscures : après tout, malgré sa richesse et sa notoriété, il n’a jamais été qu’un pion, un outil publicitaire, un homme sandwich de luxe. Les printeurs auraient inéluctablement été inventés et finiront, quoi qu’il puisse arriver, par chambouler l’ordre social. Autant être du bon côté…

Je…

Un choc ! Je m’assomme à moitié sur la paroi de mon récipient avant de constater que toute vibration, tout changement de direction a cessé. Je suis certainement arrivé à destination.

Poussant la trappe, je m’extirpe et pose le pied dans un court couloir bien éclairé. Pas la moindre trace d’Eva, qui devrait pourtant m’avoir précédé. Elle n’a pu que sortir pas cette porte rouge, brillante. Tout est incroyablement propre. Il flotte dans l’air cette odeur caractéristique des nouveaux bâtiments.

Un bruit. Junior vient d’arriver. J’ouvre la trappe de sa capsule et je suis immédiatement accueilli par un hurlement. Il est couvert de sang et se tient la main droite en gémissant.
– Mes doigts ! Mes doigts !
Tout en le hissant sur le sol du couloir, j’examine sa blessure. Les doigts de sa main droite ont tous été coupés nets à hauteur des métacarpes. Je frémis d’horreur. Il a fait tout ce trajet dans le noir en hurlant et en se couvrant de son propre sang !
— Que s’est-il passé ?
— Le départ était trop rapide, j’ai pas eu le temps de retirer ma main.
Arrachant un morceau de mon t-shirt, je lui fais un bandage de fortune.
— Saloperie de corps biologique de merde ! Rien ne serait arrivé avec un avatar. Et je ne pourrai même plus taper au clavier !
— T’as pas une pilule sur toi qui pourrait faire office d’anti-douleur ?
— Dans ma poche droite… Du tiroflan… Argh, ça fait mal !
Lui fouillant le pantalon, je prends aussitôt deux gélules oranges que je lui fais gober.

Sa respiration se fait moins rapide, plus espacée.
– Viens ! Il faut qu’on trouve un moyen pour soigner cela un peu mieux.

L’attrapant par la taille, je l’aide à marcher et nous nous dirigeons vers la porte rouge. À notre approche, celle-ci s’ouvre automatiquement, sans le moindre bruit.

La pièce dans laquelle nous nous trouvons est emplie d’appareils électroniques de mesure et d’écrans d’ordinateurs. Je sursaute et manque de pousser un cri d’effroi. Sur une table, Eva est étendue, complètement nue, les yeux grands ouverts, le regard vide. Elle ne fait pas le moindre mouvement.

Debout entre ses jambes, un homme en combinaison blanche, le pantalon sur les chevilles, est en train de la violer consciencieusement.

 

Photo par Glen Scott.

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Printeurs 34https://ploum.net/?p=4827http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20150721_231446_Printeurs_34Tue, 21 Jul 2015 21:14:46 +0000Ceci est le billet 34 sur 37 dans la série PrinteursJunior, Eva et Nellio se sont échappés de l’appartement de Junior et sont désormais en fuite, à la recherche d’une station intertube, un système de livraison qui n’est pas encore officiellement en service.   — Nel… Nel…lio ! — Junior, arrête toi une seconde ! Je prends […]]]>
Ceci est le billet 34 sur 37 dans la série Printeurs

Junior, Eva et Nellio se sont échappés de l’appartement de Junior et sont désormais en fuite, à la recherche d’une station intertube, un système de livraison qui n’est pas encore officiellement en service.

 

— Nel… Nel…lio !
— Junior, arrête toi une seconde !

Je prends Eva dans mes bras et l’assieds doucement sur un parpaing éventré. Autour de nous, la rue est déserte. Les herbes folles s’ébattent avec allégresse entre les lézardes du béton, dessinant une silencieuse sarabande organique. Inconsciemment, je remarque les pissenlits entourant une florissante achilée ainsi que la bourrache et la camomille s’épanouissant entre les plaques de digitaire. Nous avons beau lutter de toutes nos forces, polluer, désherber, asperger, construire, recouvrir, nous ne sommes pas les maîtres de cette planète. Si nous devions disparaître demain, il ne faudrait qu’une poignée d’années avant que la nature ne reprenne complètement ses droits et nous relègue dans les ruines de l’oubli.

Je ne suis pas le seul à contempler les plantes car Eva enroule avec attention ses doigts dans un myosotis dont l’éclat électrique se détache sur la noirceur du bitume.

— Eva ? Comment te sens-tu ?

Elle prend une profonde inspiration.

— Encore… difficile… parler. Mais je… m’habitue.
— Tu t’habitues ? Mais à quoi ?
— Je… Nellio… Je dois te dire…

Avec toute la douceur dont je me sens capable, je lui touche la main. Elle sursaute à mon contact et arrache involontairement la petite fleur bleue.

— Aïe !

Interdite, Eva reste un long moment à regarder les racines diaphanes qui saupoudrent son poignet d’un peu de terre noire et sablonneuse. Une larme perle au coin de sa paupière, glisse sur sa pommette et tombe sur la minuscule fleur. Je l’entends murmurer, comme dans un souffle :
— Pardon…
— Bon les amoureux, on peut y aller ? Je n’ai pas envie de traîner et on y est presque !

Je sursaute et me tourne vers Junior dont le visage écarlate ruissèle de sueur.

— Pourtant tu as l’air de vouloir faire une pause toi aussi. Ton corps n’a pas l’habitude de l’effort physique.
— Je ferai une pause dans un endroit avec l’air conditionné. Sinon, ce n’est pas une pause, c’est de la torture. Comment peut-on encore se déplacer à pieds et dehors ? Cela me dépasse ! On n’est plus au moyen-âge, non ?
— Sais-tu où tu nous emmène au moins ?
— Oui, je te dis qu’un des premiers terminaux citadins de l’intertube est dans un immeuble officiel désaffecté à deux blocs d’ici. Allez, en route !

Je tends la main à Eva mais celle-ci la refuse et se relève en m’adressant un regard dur. Elle semble reprendre peu à peu ses moyens et est désormais capable de marcher seule.

Qu’elle soit hors de danger est à la fois un soulagement et le déclencheur d’une avalanche de questions dans mon esprit torturé. Eva dont j’étais artificiellement amoureux, Eva que je croyais morte, Eva pour qui je ne sais plus quoi ressentir. Est-ce que j’éprouve de l’amour, de l’amitié ? Suis-je désormais libéré de toute influence artificielle ? Mon attirance sexuelle pour elle n’est-elle pas un simple réflexe, une habitude acquise ? D’ailleurs, ai-je vraiment envie de coucher avec une femme ? Je me rends compte que cela fait des mois que je n’ai plus couché ni avec un homme ni avec une femme et que mon jugement doit en être affecté.

— Merde, s’exclame Junior. Ils ont réaffecté le bâtiment. Je pensais qu’il était désert. Qu’est-ce qu’on fait ?
— On tente le coup, fais-je en haussant les épaules.

Sans prendre le temps de réfléchir, nous poussons tous les trois la porte d’entrée et pénétrons dans une pièce visiblement aménagée en salle d’attente. Quelques personnages hétéroclites semblent tuer le temps. Personne ne lève les yeux à notre approche.

— Le terminal doit être à la cave, me chuchote Junior en pointant la cage d’escalier.

Alors que nous tentons de nous faufiler discrètement, une main se pose sur mon épaule.
— Et vous là ! Cet escalier, l’est réservé aux startupeurs !

Je me retourne brusquement, les poings serrés. Un cri de surprise s’étrangle dans ma gorge. Ces boucles rousses, ces joues bouffies…
— Isa !
— Nellio ! Et l’autre là, c’est l’flic ! Putain de merde !

Dans la salle d’attente, des regards amorphes commencent à s’éveiller et à se tourner vers nous. Je tente de garder l’initiative.
— Que fais-tu donc ici Isa ?
— Et ben, j’suis devenue conseillère. C’moi qui contrôle les télé-pass. Ma spécialité, c’est les startups ! Comme ça, les télé-pass, ils doivent pas trouver du travail, ils ont qu’à en créer un.

Je reste un instant étonné.

— Tu t’y connais en startups ?
— J’m’y connais super bien en recherche de travail, ça c’est sûr. Et puis, j’suis super bonne pour les tests. En tout cas, là, vous pouvez pas descendre, sauf si vous voulez créer une startup.
— Et bien justement, intervient Junior, on est là pour ça. On a besoin de conseils.
— Ah c’est marrant ça ! Alors venez avec moi.

Un protestation s’élève dans la salle d’attente. Une jeune fille fluette aux cheveux turquoises et au nez transpercé de clous métalliques s’insurge.
— Moi aussi je suis là pour créer ma startup et devenir millionnaire et j’attends depuis plus longtemps, c’est dégueulasse, pourquoi il peuvent passer avant ?

Isa la toise d’un air important.
— C’qui votre conseiller ?
— Madame Dubrun-Macoy.
— J’peux pas prendre les télé-pass qui ont déjà un conseiller attitré.
— Mais elle a pris sa retraite !
— Et alors ?
— Elle n’est plus là, je n’ai plus de conseiller.

Elle agite une liasse de papiers. Isa s’en saisit.
— C’est marqué Dubrun-Macoy sur votre dossier, j’peux pas vous prendre.
— Mais comment je peux faire alors ?
— Faut vous désinscrire et vous réinscrire pour avoir un nouveau conseiller.
— Mais…
— Et ça, c’est pas ici ! Faut voir avec la centrale.
— Mais je veux créer une startup moi !
— Si vous n’avez pas de conseiller, vous n’en avez pas le droit. C’est pourtant simple, non ?

La jeune femme se met soudainement à pleurer.
— Mais… mais vous ne savez pas ce que j’endure. Depuis des semaines, on m’envoie de bureaux en bureaux. Je veux travailler, je veux créer !
— J’sais très bien. Moi aussi j’étais comme vous. Et je me suis bougé, j’ai réussi à être à ce poste à force de volonté, pas en pleurnichant.

Lui tournant le dos, Isa nous entraîne à sa suite dans la cage d’escalier. J’ai à peine le temps de percevoir la voix d’un des hommes de la salle d’attente s’adressant à la jeune femme.

— Dîtes, c’est quoi la technique pour devenir millionnaire ? Parce que ça me plairait bien moi…

Le reste est étouffé par le bruit de nos pas sur les marches. Des néons éclairent une pièce blafarde hâtivement aménagée en bureau.

— Alors comme ça, vous voulez créer une startup ? C’est pas une combine foireuse comme l’aut’fois ?

Elle glousse.

— Note que j’ai vu Georges Farreck. Et ça, je te le dois Nellio. J’suis assez fière. Mais il est moins bien en vrai. J’ai même pas mouillé !
— Écoute Isa, il faut que tu nous aides, nous…
— Ah non ! C’est fini ça ! Terminé Isa la bonne poire ! J’ai une situation et je tiens à la garder. Soit vous passez les tests avec moi pour créer une startup, soit vous partez. Mais pas de magouilles ! J’suis honnête moi !
— Mais…
— Vous voulez créer une startup ou pas ?
— Oui, oui, on veut créer une startup, intervient Junior en me poussant du coude. Il enchaîne :
— Nous sommes tous les 3 programmeurs et nous voulons créer une app de rencontre pour relations sexuelles d’un soir.

L’œil d’Isa se met soudain à pétiller.
— Ah ! C’est pas mal comme idée ça. Original. Et z’avez déjà une idée avant de commencer le test. C’est bien.
— Tiens, demandé-je d’un air innocent. Ça fait longtemps que t’es dans ce sous-sol ? Toutes les pièces sont transformées en bureau ?

Elle me regarde d’un air étonné.

— Y’a juste mon bureau parce qu’il y’avait plus de place au dessus. Pour le reste, j’sais pas trop. Bon, je vais aller chercher les billes pour le test. Préparez-vous !
— Se préparer ?
— Ben oui, les startups c’est cool, c’est fun, c’est une équipe. Faut pas juste trier les boules blanches et noires. Faut aussi montrer de l’enthousiasme.

Junior me regarde en fronçant les sourcils. Je ne suis moi-même pas sûr de bien comprendre.
— Et les autres, ils font quoi d’habitude ?
— Ils chantent. Ou ils dansent. Ou ils font un truc un peu fun.
— Et ça les aide pour créer une startup ?
— Ben oui, c’est moi qui leur fait signer le papier de création à la fin du test.
— Je veux dire : ils créent des business rentables ?

C’est au tour d’Isa de me lancer un regard étonné. J’insiste :
— Est-ce qu’ils gagnent de l’argent par après ?
— Que veux-tu que j’en sache ? Je leur fais passer le test, je signe le papier et, parfois, je les revois quelques mois après pour une nouvelle startup. Des sérial-entrepreneurs qu’ils s’appellent ceux-là. Bon, je vais chercher les billes. Restez bien là !

Au moment de sortir, Isa me fait un imperceptible clin d’œil et m’indique d’un petit mouvement de tête une porte au fond de la pièce. J’attends une seconde avant de bondir :
— Vite !

Junior m’emboîte le pas. Nous découvrons un couloir qui va en s’évasant. En son centre se trouve un espace dégagé où s’amoncèlent des containers ovoïdes de différentes tailles.
— Le terminal, souffle Junior. Logique, il est en plein milieu du bâtiment.
— Je ne vois rien que des boîtes. Où est ce fameux intertube ?
— Sous tes pieds !

Se penchant, Junior révèle une large trappe à même le sol.
— C’est le moment de vérité. Prends la plus grande boîte que tu puisses trouver !

J’en saisis une au hasard. Junior la glisse dans la trappe. Les deux ouvertures coincident parfaitement.
— Bon, et bien, au premier d’entre nous.
— Moi, répond aussitôt Eva, sans hésiter.

Avant que j’aie le temps de réagir, elle se glisse dans l’espèce d’œuf en plastique et s’y recroqueville. Je réalise alors que chaque boîte possède un minuscule écran sur sa facade. Junior y tapote les coordonnées « A12-ZZ74 ».

— Eva, je ne mets pas le verrou de sécurité. N’essaie donc pas d’ouvrir la boîte tant que tu ne seras pas complètement immobilisée.

Sans lui laisser le temps d’acquiescer, il referme la trappe et appuie une dernière fois sur l’écran. Un bruit de courant d’air se fait entendre. Junior réouvre la trappe. L’espace est désormais vide, Eva a disparu.

— Au suivant ! annonce-t-il avec un sourire en jetant une seconde boîte dans l’ouverture.
— Mais il y a un problème ! Comment vas-tu entrer les coordonnées pour ta propre boîte ? fais-je en m’introduisant dans l’exigu réceptacle.
— Va falloir que j’aille très vite.

À peine ai-je réussi à entrer tous mes membres dans une inconfortable position fœtale que la trappe claque au-dessus de ma tête. Mes poumons sont soudainement comprimés et, pendant une seconde, j’ai l’impression que mes yeux tentent de sortir de leur orbite.

 

Photo par It is Elisa.

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Pour un dopage éthique et proprehttps://ploum.net/?p=4806http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20150719_114446_Pour_un_dopage_ethique_et_propreSun, 19 Jul 2015 09:44:46 +0000Comme chaque année, le mois de juillet nous apporte le traditionnel tour de France et son inséparable débat sur le dopage, débat qui permet de doper, c’est le cas de le dire, l’audience des médias traditionnels en ces périodes creuses. Le fond est toujours le même : les performances de certains cyclistes sont trop incroyables […]]]>

Comme chaque année, le mois de juillet nous apporte le traditionnel tour de France et son inséparable débat sur le dopage, débat qui permet de doper, c’est le cas de le dire, l’audience des médias traditionnels en ces périodes creuses.

Le fond est toujours le même : les performances de certains cyclistes sont trop incroyables pour être naturelles.

L’argument, qui démontre soit une hypocrisie totale soit une incompréhension profonde, a désormais pris une nouvelle dimension depuis que le vocabulaire s’est mué en « tricherie » et les victoires mises en doute comme étant « volées ». Désormais ils y a les « bons » et les « tricheurs-voleurs »

 

Qu’est-ce que le dopage ?

Car, au fond, avant tout débat, la question est primordiale. Je vous laisse donc réfléchir un instant.

En fait, il n’y a pas de définition claire ou unanimement acceptée de dopage. Il s’agit ni plus ni moins d’une liste parfaitement arbitraire de comportements et de produits qui sont bannis car considérés comme du dopage.

Historiquement, le fait même de s’entraîner était considéré comme « indigne d’un gentleman » car cela donnait un avantage non-négligeable sur les adversaires.

Avec les progrès de l’entrainement scientifiquement calibré et de l’alimentation, les limites entre le dopage et le simple fait de se nourrir/soigner/s’entraîner deviennent de plus en plus floues !

Le nageur Michael Phelps avait même été accusé de dopage pour avoir… écouté de la musique favorisant la concentration avant des compétitions !

 

Oui mais il y a bien une liste de produits interdits !

En effet. Mais cette liste est variable d’années en années et peut être différente en fonction du pays ou du sport pratiqué (même si un travail d’harmonisation a été fait) !

Pour ajouter à l’arbitraire, certains produits sont considérés comme du dopage sauf en cas de prescription médicale. Ce qui fait que la plupart des sportifs d’endurance ont désormais un mot du médecin attestant qu’ils sont asthmatiques.

D’autre part, certains produits nous parviennent à travers l’alimentation. C’est d’ailleurs l’un des arguments en faveur des produits bios : nous sommes bourrés de tous les antibiotiques/hormones qui servent à… doper les animaux dont nous nous nourrissons.

Enfin, la plupart des produits dopants ne font qu’augmenter la quantité de certaines substances déjà présentes à l’état naturel dans notre corps.

À cela, il faut rajouter des produits qui, bien que dopants, sont parfaitement autorisés pour des raisons culturelles. La caféine, par exemple, qui est un excitant notable. Après tout, on ne va pas interdire une tasse de café, non ? Du coup, les cyclistes ont tout à fait le droit de prendre des gélules de caféine concentrée à quelques kilomètres de l’arrivée, histoire de se booster pour le sprint final. Ce n’est pas du dopage !

 

Il n’y a qu’à fixer une limite pour chaque produit, comme l’alcoolémie au volant !

C’est exactement ce qui est fait actuellement mais c’est, encore une fois, complètement arbitraire.

Certains sportifs, que ce soit génétique ou à cause de leur entrainement, ont des valeurs très élevées pour certains indicateurs. Doivent-ils être pénalisés ? D’autres, au contraire, prennent ces indicateurs comme la limite de dopage tolérée. Est-ce acceptable ?

Ce qui est encore plus rigolo c’est que certains comportements sont parfaitement autorisés (comme s’entraîner en altitude) mais d’autres, qui ont exactement le même effet, sont bannis (l’auto-transfusion ou les « tentes d’altitude », qui permettent de simuler l’altitude en créant un espace de faible pression).

 

Oui mais les performances sont quand même surnaturelles !

Une fois encore, c’est mal comprendre le dopage. Le dopage augmente très peu la performance brute : ce n’est pas en s’injectant un produit qu’on devient un champion.

Admettons que le dopage augmente même de 10% les performances brutes (et ce serait vraiment incroyable), il s’ensuivrait qu’un cycliste escaladerait un col à 19km/h au lieu de 21km/h. Une différence qui est absolument imperceptible pour le spectateur qui est devant sa télévision : les deux performances sont surhumaines !

À côté de ça, d’autres facteurs ont des influences énormes. Prenons un exemple au hasard : un coureur cycliste bien abrité du vent par ses équipiers pendant la durée d’une étape diminue son effort de près de 50%. Si son matériel est très aérodynamique, il gagne encore 3 ou 4%. Cela lui donne un avantage considérable au pied du col ! S’il a mieux dormi, si sa digestion est un poil meilleure, si son pic de forme a été calibré pour ce jour particulier, il va donc écraser la concurrence. Il est donc complètement irrationnel d’accuser un coureur de dopage juste parce qu’il prend l’ascendant sur ses adversaires au cours d’une montée !

Rajoutons que, généralement, on parle de performance surhumaine pour un cycliste qui est arrivé avec… une ou deux minutes d’avance sur son concurrent après près de 200km ! Comme si cette minute établissait la limite entre le naturel et le surnaturel.

À titre de comparaison, lorsque je suis très en forme, je peux gagner une minute sur un parcours… de moins d’un kilomètre ! Les cyclistes sont donc tous d’un niveau incroyablement proches. Un journaliste avec un peu de recul et d’intelligence devrait, au contraire, s’interroger sur le fait que les performances soient à ce point similaires.

Statistiquement, le problème n’est donc pas que le gagnant aie une minute d’avance. C’est que le second n’aie qu’une minute de retard !

 

On fait pas 200km par jour sans être dopé ! Ce n’est pas humain !

À peu près tous les sports produisent des records inhumains. La plupart d’entre-nous sont incapables d’atteindre la vitesse de 20km/h en course à pied, même sur une courte distance. Pourtant, c’est bel et bien la moyenne à laquelle courent les recordmen du marathon durant 40km, une distance qui semble inimaginable pour un jogueur débutant.

Est-il humain de sauter au dessus d’une barre à près de 2,50m de hauteur sans la toucher ? Est-il humain de sauter une longueur de près de 9m ? De sauter une barre à plus de 6m avec une perche ? De rester sans respirer plus de 10 minutes ? De descendre sans respirer à plus de 100m de profondeur en nageant simplement la brasse ?

Par définition, les champions d’un sport sont des surhommes. Dans les sports les plus populaires, les futurs champions sont repérés très jeunes et suivent un programme spécifique visant à ce que leur croissance optimise les muscles qui seront utilisés dans leur sport de prédilection.

Ils s’entrainent toute leur vie et tout au long de l’année, ils ne font jamais le moindre écart alimentaire. Leur assiette, leur temps de sommeil (et parfois leur activité sexuelle) sont réglementés par une armée de médecins. Ils sont calibrés, au jour et à l’heure près, pour être à leur pic optimal de forme physique le jour de la compétition.

Le jour même, ils bénéficient du meilleur matériel imaginable, d’un entourage complet, d’une concentration optimale.

Alors, est-ce tellement étonnant qu’ils aient des performances anormales ?

 

Es-tu en train de dire que les cyclistes ne sont pas dopés ?

Pas du tout. C’est même très possible que la plupart le soient, d’une manière ou d’une autre et à des degrés divers. D’où l’hypocrisie totale de s’attaquer au gagnant, qui n’est sans doute pas plus dopé que les autres, surtout si ceux-ci ont a peine une ou deux minutes de retard.

Le dopage n’est pas blanc ou noir, c’est une affaire très complexe.

De plus, et j’insiste sur ce point, les performances brutes ne sont en aucun cas des preuves de dopage.

Le dopage ce n’est pas que la performance le jour de la compétition, c’est également utilisé durant l’entrainement, afin de construire la masse musculaire, afin de dépasser le coup de mou inévitable qui doit survenir un jour où le sportif resterait bien en pantoufles à la maison. Le dopage est donc beaucoup plus subtil qu’une simple pilule qui doublerait la vitesse de pédalage du jour au lendemain.

 

Tu ne proposes quand même pas qu’on légalise le dopage ?

Pourquoi pas ? Au moins, ce serait clair. Il n’y aurait pas d’hypocrisie.

Posons la question autrement : pourquoi ne veut-on pas accepter le dopage ?

La seule réponse que je trouve c’est que, comme la drogue, le dopage est dangereux. Les athlètes dopés mettent leur santé sérieusement en danger. Avec un dopage extrême, devenir athlète serait suicidaire (ce qui augmenterait à mon avis les audiences mais passons…). Les règles anti-dopage sont donc là pour les protéger.

Or, comment luttons-nous contre le dopage ? En pourchassant et punissant… ceux que l’on veut protéger ! Tout comme la lutte contre les junkies, la lutte contre le dopage ne peut pas fonctionner de cette manière. Le dopage n’est, pour les sportifs, pas une manière de gagner : c’est avant tout une manière de ne pas perdre ! Dans le sport de haut niveau, il n’est pas rare que l’athlète aie le sentiment que si ses performances ne sont plus au top, il se retrouvera du jour au lendemain à la rue. Le dopage est donc extrêmement tentant voire indispensable. Il se retrouve même en dehors du sport dans le monde du travail où, là aussi, les performances sont passées à la loupe.

Je peux donc difficilement en vouloir à un sportif qui se dope. À la limite, le fait de mentir et d’être hypocrite me choque plus. J’aurais le plus grand respect pour un sportif qui avouerait et expliquerait en détail le « système » sans y être acculé par un juge.

Par contre, je me demande comment un médecin qui participe à tout cela peut encore se regarder dans la glace ?

Pourquoi punit-on les sportifs et laisse-t-on les médecins continuer leur métier impunément ? Ainsi que ceux qui, en connaissance de cause, ont payé le salaire de ces médecins.

Pour moi, tout médecin qui aurait aidé ou encouragé un patient à prendre des produits potentiellement nocifs pour sa santé devrait être radié de l’ordre des médecins et jugé comme un dealer de drogue. Les sponsors et financiers devraient être condamnés de la même manière.

Ce n’est sans doute pas une solution ultime mais je reste persuadé que s’attaquer aux sportifs est injuste et contre-productif. Ce serait comme vouloir lutter contre la drogue en punissant les junkies mais en laissant ouvertement les dealers et les barons opérer.

Peut-être qu’on pourrait arrêter de parler de dopage et condamner ceux qui, par leurs actes ou leurs prescriptions, mettent en danger la santé d’autrui. Le sport de haut niveau permettrait alors de développer des produits et des aliments qui nous aideraient à mieux vivre et qui auraient un impact positif sur la santé. Tout produit qui se révélerait nocif, même à très long terme, serait immédiatement rejeté par les coureurs eux-mêmes.

Le sport de haut niveau deviendrait donc un moteur positif d’innovation, un laboratoire pour la santé et la connaissance du corps humain, ce qu’il est déjà pour le matériel et la technologie.

De toutes façons, comme je le décrivais dans « À l’ombre de la Grande Boucle », le dopage va bientôt devenir indétectable. N’est-il donc pas préférable de le changer en quelque chose de positif plutôt que de continuer à se voiler hypocritement la face ?

 

À long terme, le Coca-Cola ou la cigarette sont également extrêmement nocifs. Avec ton raisonnement, il faudrait condamner ces fournisseurs !

Voilà, tu as parfaitement compris où je voulais en venir.

 

Photo par Cold Storage.

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Enfant, j’espérais un jour…https://ploum.net/?p=4782http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20150715_193010_Enfant__j___esperais_un_jour___Wed, 15 Jul 2015 17:30:10 +0000Enfant, je n’aimais déjà pas manger. J’espérais, sans trop y croire, pouvoir un jour me contenter de prendre des pilules contenant tout ce dont j’avais besoin et ne plus être préoccupé par la nourriture. Après tout, cela existait dans la majorité des livres de science-fiction dont je m’abreuvais. Aujourd’hui, si ce ne sont pas des […]]]>

Enfant, je n’aimais déjà pas manger. J’espérais, sans trop y croire, pouvoir un jour me contenter de prendre des pilules contenant tout ce dont j’avais besoin et ne plus être préoccupé par la nourriture. Après tout, cela existait dans la majorité des livres de science-fiction dont je m’abreuvais.

Aujourd’hui, si ce ne sont pas des pilules, nous n’en sommes guère loin et je suis un homme comblé.

 

Enfant, je n’étais pas soigneux avec la paperasserie. Mon écriture manuscrite n’était pas très jolie et toutes mes feuilles se chiffonnaient immédiatement. Les trous se déchiraient et les feuilles volaient au milieu de classeurs. Je détestais mettre des œillets sur les trous. Être soigneux me semblait une perte de temps et sans le moindre intérêt. Adolescent, j’ai même dessiné les plans d’une perforatrice qui mettait automatiquement les œillets (appelée plus tard la « dricoratrice » par des camarades de classe).  Reprenant le problème, j’ai ensuite imaginé d’injecter de la résine directement dans le trou pour le solidifier. Puis, à la lecture d’un article de Science & Vie Junior sur un prototype de « papier électronique », j’ai imaginé avoir un classeur qui contiendrait une seule feuille électronique et un clavier, pour prendre des notes directement. En classe, plutôt que photocopier, le professeur se contenterait de transmettre une « feuille électronique » qui s’afficherait automatiquement dans notre classeur.

Aujourd’hui, je n’imprime plus. Tous les documents que je souhaite sont scannés en un clic sur mon téléphone et sont accessibles sur mon ordinateur, mon téléphone et ma tablette.

 

Enfant, j’adorais lire et chaque seconde passée loin des livres me semblait une seconde perdue. Mais les lourds et volumineux volumes restaient pour la plupart du temps à la maison et n’étaient guère pratiques. Lors de trajets en voiture, je ne pouvais lire qu’à la lumière du jour, m’usant les yeux jusqu’à l’ultime seconde du crépuscule. J’avais imaginé ce que j’appelais « la lecture du pouce ». Une petite puce électronique qui contiendrait toute ma bibliothèque et qui enverrait directement à mon cerveau, à travers le nerf de mon bras, l’histoire contenue dans le livre. Je pourrais lire en permanence, même dans le noir et sans même m’arrêter pour changer de livre.

Aujourd’hui, mon livre électronique ne me quitte plus. J’emporte en permanence une bibliothèque ultime qui contient également des nouveautés mises en ligne la veille par leur auteur et qui ne seront, peut-être, jamais imprimées. Je peux lire debout, dans une file d’attente, le soir, dans le noir. Sans même m’arrêter entre deux livres.

 

Enfant, j’étais incroyablement frustré par le fait que les sondes Voyager ne soient pas passées à proximité de Pluton. J’étais passionné par le système solaire, l’exploration spatiale et je voulais me représenter Pluton, ma planète préférée.

Aujourd’hui, après avoir découvert la surface de Titan, je suis tout ému de découvrir le visage de Pluton.

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Chaque jour, j’apprécie la chance que j’ai de vivre dans le futur, de réaliser mes rêves d’enfant.

 

Photos par Sergey Galyonkin et Nasa.

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Ce texte est publié par Lionel Dricot sous la licence CC-By BE.

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Printeurs 33https://ploum.net/?p=4759http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20150713_173855_Printeurs_33Mon, 13 Jul 2015 15:38:55 +0000Ceci est le billet 33 sur 37 dans la série PrinteursNellio, Eva et Junior doivent quitter précipitamment l’appartement de Junior par l’escalier de secours. Ils sont interceptés par un drone que Junior désactive en sautant par dessus la rambarde avant de tomber dans le vide. Tout cela s’est passé en une fraction de seconde mais, […]]]>
Ceci est le billet 33 sur 37 dans la série Printeurs

Nellio, Eva et Junior doivent quitter précipitamment l’appartement de Junior par l’escalier de secours. Ils sont interceptés par un drone que Junior désactive en sautant par dessus la rambarde avant de tomber dans le vide.

Tout cela s’est passé en une fraction de seconde mais, par réflexe, j’ai poussé Eva sur le sol grillagé avant de me précipiter à la balustrade. Au dernier moment, j’arrive à saisir un poignet de Junior.
— Aaaaah ! continue-t-il.
— Aaaaah ! répondis-je.
La rambarde me scie l’aisselle. Chaque mouvement de Junior m’inflige une douleur insupportable. Mes doigts commençant à faiblir, je tends mon autre bras.
— Attrape ma main !
— Bordel ! Ça fait mal !
Il grimace tout en tentant d’agripper mon poignet.
— Ça te fait mal ? Étrange, moi j’adore, fais-je sans déserrer les dents.
— C’était plus facile avec l’avatar !

D’un coup de reins, je parviens à le hisser. D’une main, il s’agrippe à la rambarde contre laquelle je m’arc-boute. L’attrapant par le caleçon, je le balance d’une manière fort peu élégante à côté d’Eva sur le plancher métallique de notre palier. Nous nous retrouvons tous les trois couchés, hors d’haleine.
— Je croyais que tu faisais ça à l’entrainement, fais-je haletant.
— Ben oui… Mais c’est la première fois que je le fais sans avatar.
Il regarde ses mains écorchées.
— Bordel, ça fait mal ! Et ces bras sont d’une faiblesse. Sans compter ce cœur qui est maintenant tout palpitant. Quel corps biologique de merde !
Je me relève tout en tentant de reprendre un rythme respiratoire normal.
— Peut-être, mais c’est le seul disponible pour le moment. Et comme je viens de risquer ma peau pour le sauver, ce corps biologique de merde, t’as intérêt à en prendre soin !

Sans prendre le temps de nous ressaisir, nous reprenons la descente. J’essaye de me concentrer sur notre problème immédiat : comment interpréter le message que m’a envoyé Max ? Ce AA-ZZ quelque chose ? J’espère que Junior l’a bien noté !

Mais, très vite, hypnotisés par le décompte régulier des marches, mes yeux se fixent sur les murs entièrement nus qui nous entourent. Où que porte mon regard, je ne vois qu’uniformité. Aucune couleur. Aucune décoration. Il me faut plusieurs minutes avant de réaliser que je ne perçois le monde de cette façon que depuis que j’ai retiré mes lentilles. Auparavant, les publicités, les animations ou les simples indications concourraient à rendre l’espace vivant, changeant. Mes pensées étaient sans cesse interrompues par une nouveauté quelconque.

Depuis que j’ai dénudé mes pupilles, le monde est devenu hideux, terrifiant. Je suis devenu un rebelle traqué, je dois lutter à chaque seconde pour survivre.

Est-ce uniquement le monde extérieur ? Ne plus avoir de lentilles m’offre une lucidité nouvelle quand à ce que je suis, ce que je pense être, ce qui me motive et ce qui me paralyse. Peut-être que cette vision est encore plus effrayante que les façades lépreuses et tristes.

Cette descente introspective me semble interminable. Le bruit métallique des marches devient insoutenable, je lutte mécaniquement pour ne pas ralentir. Un profond soupir de soulagement s’échappe de mes lèvres au moment où mes pieds foulent le sol de la ruelle. J’ai cru ne jamais y arriver !
Afin de ne pas éveiller l’attention des drones, nous commençons à nous éloigner de la manière la plus naturelle possible. Eva marche comme un somnambule et je me contente de la guider d’une pression sur l’avant bras.
— Où va-t-on ? me demande Junior.
— Un endroit calme pour réfléchir au message qu’on vient de recevoir.
Tout en continuant à avancer, il me tend un morceau de papier toilette sur lequel je déchiffre « A12-ZZ74 000-000 » en lettres brunâtres. Je ne peux réprimer une moue de dégoût.
— Beurk ! Tu l’as vraiment écrit avec ta… ton… ?
Junior éclate de rire en pointant une petite cicatrice rouge sur son front.
— Non, je ne devais pas. Alors j’ai gratté un bouton. Je préférais écrire avec du sang.
— Étrange comme le fait de savoir que c’est du sang et pas de la merde me soulage, souligné-je sans ironie.
— Par contre, je ne vois pas du tout ce que ça pourrait être. Il s’agit certainement des coordonnées d’un point de rendez-vous suivies de coordonnées temporelles. Mais je ne vois pas comment les déchiffrer. Parle moi un peu de Max. Quel genre de type est-ce ? Quel indice te donnerait-il pour le retrouver ?

Max. Son souvenir est étrange, brumeux. Il y a l’individu monstrueux, blessé qui m’a aidé, qui a disparu, qui n’est plus qu’un amalgame de chair et de métal.
— Mais comment s’est-il blessé ?
Je lui raconte alors notre entrevue dans son appartement, notre conversation et la manière dont il m’a confié l’accès à un chan IRC où je pouvais demander de l’aide à FatNerdz.
— C’est d’ailleurs suite à cette expérience que je considère ton appartement comme condamné.

Junior s’arrête brutalement avant de se taper le poing dans le plat de la main.
— Mais oui, c’est évident !
Je le regarde étonné.
— L’intertube ! Il n’est officiellement pas encore en service mais est disponible dans une bonne partie de la ville. Les coordonnées correspondent, j’avais étudié la possibilité de l’utiliser pour déplacer les avatars. Le 0000-0000 signifie « livraison immédiate sans temporisation aux nœuds redistributeurs ». J’aurais du m’en douter !
— Bien joué. Mais comment déterminer l’emplacement du terminal A12-ZZ74 ?
— Il n’y a qu’une seule manière de le savoir, fait-il avec un clin d’œil avant de continuer :
— Par contre, j’ai peur que Georges Farreck intercepte le message et en comprenne le sens.
— Ces coordonnées m’ont été transmises via un message privé crypté sur un nœud Tor2. Il saura très vite que j’ai reçu un message de Max mais ça va lui prendre un temps certain avant d’en déchiffrer le contenu. Probablement plusieurs jours.

Junior se frappe subitement le front du plat de la main.
— Merde, j’ai oublié de verrouiller l’écran de ma tablette et d’encrypter la mémoire ! Ils pourront retrouver facilement le message en fouillant l’appartement.

Une explosion se fait soudain entendre derrière nous. Le souffle nous précipite sur le sol, des éclats de verre se mettent à tomber comme de dangereux flocons de neige.
— Qu’est-ce que c’est ? demande Junior.
Je lève la tête et aperçois un nuage de fumée là où, quelques minutes plus tôt, nous étions encore en train de discuter calmement.
— Ton appartement !
— Hein ? Tu veux dire que…
— Qu’il ne faut pas s’inquiéter pour ta tablette, ces andouilles viennent de régler le problème eux-même.

 

Photo par TintedLens-Photo.

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Ce texte est publié par Lionel Dricot sous la licence CC-By BE.

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Printeurs sur Wattpadhttps://ploum.net/?p=4734http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20150711_192616_Printeurs_sur_WattpadSat, 11 Jul 2015 17:26:16 +0000TL;DR: Printeurs est désormais disponible sur Wattpad. Suivez-moi sur cette plateforme et commencez votre lecture.   Il y a plus de deux ans, je m’interrogeais sur le futur du livre et l’édition. J’imaginais une plateforme où n’importe qui pourrait publier des séries, des romans, des articles, une plateforme qui abolirait la frontière entre lecteurs et […]]]>

TL;DR: Printeurs est désormais disponible sur Wattpad. Suivez-moi sur cette plateforme et commencez votre lecture.

 

Il y a plus de deux ans, je m’interrogeais sur le futur du livre et l’édition. J’imaginais une plateforme où n’importe qui pourrait publier des séries, des romans, des articles, une plateforme qui abolirait la frontière entre lecteurs et auteurs. Deux ans plus tard, la plateforme qui semble avoir le plus de succès sur ce créneau est sans conteste Wattpad.

Encore peu connu chez les adultes « sérieux », Wattpad, dédié entièrement à l’écriture et à la lecture, semble rencontrer son plus grand succès… chez les adolescents. Ceux dont on dit qu’ils ne lisent pas, qu’ils n’ont pas de culture. Sur Wattpad, les adolescents se déchaînent, écrivent des kilomètres de fan-fictions, lisent, commentent, critiquent le style d’un texte.

Testé et recommandé par les blogauteurs Greg, Alias, Neil Jomunsi et analysé par Thierry Crouzet, qui y voit le contraire d’un blog, j’avoue être très en retard pour le train Wattpad.

Alors, certes, Wattpad est plein de défaut : il affiche des pubs si on n’a pas installé Adblock, il ne permet pas de rémunérer les auteurs, il n’est pas lisible sur ma liseuse Kobo (un énorme frein en ce qui me concerne). Dois-je pour autant l’éviter à tout prix ?

Au même moment, je constate que je ne progresse pas aussi vite que je le voudrais sur ma série Printeurs et que je n’arrive pas à terminer le dernier chapitre de l’Écume du temps. Pourtant, l’écriture de ces romans me procure un plaisir autrement plus important que celle d’un billet de blog. Mais je perçois un frein, une gêne.

Et si ce frein c’était tout simplement le fait que je n’utilise pas le bon outil ? Comme le théorise très bien Thierry Crouzet dans La mécanique du texte, l’outil façonne autant que l’auteur. Et l’outil ne se limite pas au clavier ou au stylo, il représente toute la chaine entre l’auteur et son lectorat. Ne suis-je pas en train d’essayer de sculpter du marbre avec un tournevis ?

Il est donc temps pour moi de tester ce nouvel outil et de vous annoncer l’arrivée de Printeurs sur Wattpad.

Pour les lecteurs, la recette est simple :

  1. Installez l’application Wattpad sur votre smartphone ou tablette (ou créez un compte via le site web).
  2. Suivez moi !
  3. Commencez à lire Printeurs.
  4. N’oubliez pas de voter pour chaque épisode.

Pourquoi voter ? Tout simplement car cela donne de la visibilité à l’histoire sur la plateforme Wattpad, cela attire de nouveaux lecteurs et, au final, cela peut être un incitant très fort à poster l’épisode suivant. Je fais donc l’expérience d’un pur chantage qui semble être la norme chez les utilisateurs de Wattpad : vous voulez la suite ? Votez !

Bonne lecture !

 

Remarque : je continuerai à publier les épisodes de Printeurs sur mon blog, par soucis d’uniformité. Mais l’expérience nous dira si cette approche vaut la peine d’être continuée.

Photo par Tim Hamilton.

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Printeurs 32https://ploum.net/?p=4728http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20150706_205711_Printeurs_32Mon, 06 Jul 2015 18:57:11 +0000Ceci est le billet 32 sur 36 dans la série PrinteursEn se connectant à un avatar, Nellio a gagné le laboratoire où il a lancé l’impression du contenu de sa carte mémoire. Eva semble hystérique et hurle. Reprenant le contrôle de la situation, Junior Freeman a injecté un sédatif à Eva avant de déconnecter Nellio et […]]]>
Ceci est le billet 32 sur 36 dans la série Printeurs

En se connectant à un avatar, Nellio a gagné le laboratoire où il a lancé l’impression du contenu de sa carte mémoire. Eva semble hystérique et hurle. Reprenant le contrôle de la situation, Junior Freeman a injecté un sédatif à Eva avant de déconnecter Nellio et de l’envoyer dans un avatar hors d’usage.

— Nellio ? Nellio ? Nellio, réveille-toi !

J’ouvre brutalement les yeux et me redresse. J’ai le sentiment de naître, de m’extraire du néant. Où suis-je ? Quand suis-je ? Quel est mon passé ? Je suis complètement désorienté, je ne trouve aucun souvenir auquel me raccrocher. Un visage flou coiffé d’une broussaille rousse se penche sur moi.

— Désolé Nellio ! Mais je n’avais pas le temps de discuter. Je t’ai transféré dans un avatar hors d’usage afin que tu ne puisses pas faire de dégâts.

Avatar ? Dégâts ? Lentement les pièces du puzzle se remettent en place.
— Où… où sommes-nous ?
— Chez moi, dans mon appartement. Mais nous n’avons guère de temps à perdre. Mes collègues vont très vite comprendre ce qui s’est passé.
— Mais… comment sommes-nous ici ?

Du doigt, il me désigne un avatar qui se tient debout dans l’embrasure de la porte d’entrée, immobilisé dans une position grotesque.
— J’ai amené ta copine ici avec l’avatar avant de partir chercher nos deux corps au commissariat et de programmer une déconnexion différée. J’ai été un peu optimiste, je me suis fait éjecter de l’avatar à peine le pas de la porte franchie. Je me suis connecté à mon corps biologique alors qu’il était en pleine chute vers le plancher. Je te raconte pas l’atterrissage…
Il me montre des ecchymoses sur les coudes. Le brouillard qui m’engourdit le cerveau se dissipe petit à petit.
— Ma copine ? Quel cop… Eva !
— Ne t’inquiète pas, elle dort paisiblement et va se réveiller d’un instant à l’autre.
Tournant la tête, j’aperçois le corps d’Eva reposant paisiblement sur un vieux canapé en plastique souple. Junior l’a bordé d’une vieille couverture. Doucement, je m’approche et lui caresse les cheveux. Sa respiration se fait plus rapide, ses yeux s’entrouvrent et une sorte de cri étouffé commence à jaillir de sa bouche. La prenant dans mes bras, je fais de mon mieux pour la rassurer. Elle articule avec peine.
— Nel… lio ?

Junior me tend un gobelet d’eau que je porte à ses lèvres. Eva tente de boire mais, comme un enfant, ne semble pas comprendre comment utiliser ses lèvres. Sa déglutition est saccadée, comme désynchronisée. L’eau ruisselle sur son visage et inonde la couverture.

— Je vais lui prêter des vêtements, continue Junior. Et puis il faudra filer. Nous avons très peu de temps. Nous allons devoir nous barbouiller de maquillage anti-reco et trouver une planque.

Il se tourne brutalement vers moi.

— T’imagines ? Tu débarques dans ma petite vie peinard et, quelques heures plus tard, je suis un criminel recherché. Je devrais t’en vouloir mais, honnêtement, je ne me suis jamais autant marré. C’est vachement excitant ! Surtout que maintenant on va continuer sans avatar, dans un simple corps biologique. Sacré challenge !

Tout en me décrochant un grand éclat de rire, il se met à me lancer des t-shirts trop larges et des vêtements peu seyants.
— C’est parfait, ça va casser la reconnaissance de silhouette des drones. Ce sont de vieilles loques, aucune puce ou fonction électronique intégrée. Par contre, je n’ai aucune idée de où nous pourrions nous réfugier.
— Tentons de mettre un peu d’ordre dans nos idées, raisonné-je. Quel est l’objectif de Georges Farreck dans cette histoire ? S’il voulait me supprimer, il aurait déjà pu le faire. S’il ne l’a pas fait c’est que je lui suis encore indispensable pour mettre en place les printeurs. Il n’a donc pas tous les éléments.
– Cela expliquerait la relative facilité avec laquelle j’ai pu m’échapper : les policiers ont l’ordre de ne pas te tuer !
— Il a perdu Eva, il ne veut pas me perdre moi, cela se tient. Mais son comportement reste étrange.
— Ok, mais on fait quoi maintenant ? C’est le plus important !

Je réfléchis un instant.
— Junior, t’es prêt à sacrifier ton appartement ? À ne plus y revenir ?
— Ben je pense que c’est déjà le cas, je suis grillé ! Je t’avoue que, de toutes façons, en tant qu’unité spéciale ma vie était surtout au commissariat.
— Donne moi une tablette avec une connexion vers un nœud Tor2.

Il attrape un fin écran et me le tend. Pianotant rapidement, je me connecte à IRC. Impossible de me souvenir du nom du chan que Max m’avait recommandé, une longue série de caractères hexadécimaux, mais je me rappelle très bien du serveur sur lequel se connecter. En quelques secondes, je crée un compte et rejoint le chan public le plus fréquenté.

« Max, FatNerdz : Eva a perdu la clé du wifi de maman. Merci de me l’envoyer en MP. »

Junior me regarde avec un air interrogatif.
— Mais qu’est-ce que cela signifie ?
— Ça, tu vois, c’est un appeau à emmerdes. Cela signifie que ton appartement va bientôt être rayé de la carte et qu’on doit le quitter au plus vite.
— Hein ?

Son sourire s’est brutalement effacé.

— Mais pourquoi t’as fait ça ?
— Parce que j’espère que Max ou FatNerdz m’enverront une réponse avant l’explosion.
— Et si ils ne le font pas ?
— On n’aura pas le temps de s’inquiéter.
— Merde ! Merde ! Merde !

Une ligne s’affiche soudainement dans le client IRC.
— Un message privé ! C’est de Max. Un seul mot : « A12-ZZ74 000-000 ». Note-le !
— Ben copie-colle le dans mon logiciel de prise de note.
— Non, on ne doit prendre aucun matériel électronique. Note-le sur un papier.
— Un papier ? T’es comique ! Je n’ai pas ce genre de trucs, je ne suis pas un musée !
— Même dans tes toilettes ?
Il me regarde, étonné.
— Tu as bien du papier dans tes toilettes ? Ne me dis pas que tu te contentes de trois coquillages !
— Ben… Oui, j’ai du papier. Mais avec quoi j’écris ?
— Avec ce que tu trouves dans tes toilettes et qui permet d’écrire sur ce genre de papier, fais-je avec un clin d’œil.
— Mais… c’est absolument dégueulasse !
— Ton appart va sauter d’une minute à l’autre.
— Merde ! Merde !
— C’est le cas de le dire !
— Espèce d’enfoiré, fait-il en se ruant vers la toilette.
J’entends sa voix, étouffée par la porte.
— Répète ce que je dois noter.
— A12-ZZ74 000-000
— A12-ZZ74 000-000 ?
— Oui, c’est bon. On dégage !

Chacun par un bras, nous empoignons Eva qui nage dans son vieux t-shirt trop large. Elle a l’air hébétée mais nous suit sans opposer la moindre résistance. Son déplacement maladroit semble gagner en vigueur. Quatre-à-quatre, nous dévalons les escaliers de secours à l’arrière du bâtiment.

Les escaliers sont rouillés, un vent tourbillonnant ne cesse de me déséquilibrer et je réalise avec effroi que Junior vivait dans l’un des étages les plus élevés. Les moins chers dans ce genre d’immeubles où les ascenseurs ne sont plus assurés.

Chaque marche me semble un calvaire. Histoire de détourner mon attention, je tente de me mettre dans la peau de Georges Farreck. Quelles sont ses motivations ? Quel était son plan depuis le début ? Quel sera son prochain mouvement ? Ne suis-je pas complètement paranoïaque ? N’essaie-t-il pas de m’aider ?

Un drone se met soudainement à voleter autour de nous. Une voix en jaillit.
— Vous utilisez les escaliers de secours sans qu’aucune alerte n’aie été enregistrée. Veillez me montrer votre visage et énoncer la raison de votre présence.
— Il ne reconnait pas nos visages grâce à ton maquillage, murmuré-je en tournant le dos au drone.
— Il n’a sans doute pas encore contacté le central, me répond Junior. Si on arrive à activer le killswitch en le retournant, il va s’éteindre et s’écraser 30 étages plus bas.
— Problème, il se tient hors d’atteinte, à plus d’un mètre de la balustrade.
— J’ai fait ce genre de choses à l’entrainement.

Junior m’adresse un clin d’œil et, soudainement, saute sur la barrière tout en se jetant dans le vide les pieds en avant. Au dernier moment, ses mains s’accrochent à la balustrade tandis que, d’un prodigieux coup de bassin, il a saisit le drone entre ses chevilles et le retourne. L’engin automatique tombe aussitôt comme une pierre tandis que Junior reste suspendu du bout des doigts.
— Aaaaah ! hurle-t-il.
Ses doigts résistent une seconde avant de céder et de s’entrouvrir, le précipitant dans une chute mortelle.

 

Photo par Ioan Sameli.

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Les 5 réponses à ceux qui veulent préserver l’emploihttps://ploum.net/?p=4718http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20150629_205122_Les_5_reponses_a_ceux_qui_veulent_preserver_l___emploiMon, 29 Jun 2015 18:51:22 +0000  Si vous avez été redirigé vers cette page, c’est que d’une manière ou d’une autre vous vous êtes inquiété pour la préservation d’un type d’emploi voire que vous avez même proposé des idées pour sauvegarder ou créer de l’emploi. Les 5 arguments contre la préservation de l’emploi Chacun des arguments peut être approfondi en […]]]>

 

Si vous avez été redirigé vers cette page, c’est que d’une manière ou d’une autre vous vous êtes inquiété pour la préservation d’un type d’emploi voire que vous avez même proposé des idées pour sauvegarder ou créer de l’emploi.

Les 5 arguments contre la préservation de l’emploi

Chacun des arguments peut être approfondi en cliquant sur le ou les liens appropriés.

1. La technologie a pour but premier de nous faciliter la vie et, en conséquence, de réduire notre travail. Détruire l’emploi n’est donc pas une conséquence de quoi que ce soit, c’est le but premier que recherche notre espèce depuis des millénaires ! Et nous sommes en train de réussir ! Pourquoi voudrions-nous revenir en arrière afin d’atteindre l’inefficace plein-emploi ?

2. Le fait de ne pas travailler n’est pas un problème. C’est le fait de ne pas avoir d’argent pour vivre qui l’est. Nous avons malheureusement tendance à confondre le travail et le social. Nous sommes convaincus que seul le travail rapporte de l’argent mais c’est une croyance complètement erronée. Pour approfondir : Qu’est-ce que le travail ?

3. Vouloir créer de l’emploi revient à creuser des trous pour les reboucher. C’est non seulement stupide, c’est également contre-productif et revient à construire la société la plus inefficace possible !

4. Si créer/préserver l’emploi est un argument recevable dans un débat, alors absolument tout peut être justifiable : depuis la destruction de nos ressources naturelles à la torture et la peine de mort en passant par le sacrifice de milliers de vies sur les routes. C’est ce que j’appelle l’argument du bourreau.

5. Quel que soit votre métier, il pourra être fait mieux, plus vite et moins cher par un logiciel dans la décennie qui vient. C’est bien sûr évident quand on pense aux chauffeurs de taxi/Uber mais cela comprend également les artistes, les politiciens et même les chefs d’entreprises.

 

Conclusion : s’inquiéter pour l’emploi est dangereusement rétrograde. Ce n’est pas facile car on nous bourre le crâne avec cette superstition mais il est indispensable de passer à l’étape suivante. Que l’on apprécie l’idée ou pas, nous sommes déjà dans une société où tout le monde ne travaille pas. C’est un fait et le futur n’a que faire de votre opinion. La question n’est donc pas de créer/préserver l’emploi mais de s’organiser dans une société où l’emploi est rare.

Personnellement, je pense que le revenu de base, sous une forme ou une autre, est une piste à explorer sérieusement.

 

Photo par Friendly Terrorist.

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Le « gravel » ou quand les cyclistes bouffent du gravierhttps://ploum.net/?p=4692http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20150623_181755_Le____gravel____ou_quand_les_cyclistes_bouffent_du_gravierTue, 23 Jun 2015 16:17:55 +0000Attention, ce bolg est bien un bolg sur le cyclimse. Merci de votre compréhension ! Dans cet article, j’aimerais présenter une discipline cycliste très populaire aux États-Unis : le « gravel grinding », qui signifie littéralement « broyage de gravier », plus souvent appelé « gravel ». Mais, pour ceux qui ne sont pas familiers avec le vélo, je […]]]>

Attention, ce bolg est bien un bolg sur le cyclimse. Merci de votre compréhension !

Dans cet article, j’aimerais présenter une discipline cycliste très populaire aux États-Unis : le « gravel grinding », qui signifie littéralement « broyage de gravier », plus souvent appelé « gravel ».

Mais, pour ceux qui ne sont pas familiers avec le vélo, je vais d’abord expliquer pourquoi il y a plusieurs types de vélos et plusieurs façons de rouler en vélo.

 

Les différents types de cyclisme

Vous avez certainement déjà remarqué que les vélos des coureurs du tour de France sont très différents du VTT que vient d’acquérir votre petite nièce.

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Un cycliste sur route, par Tim Shields.

En effet, en fonction du parcours, le cycliste sera confronté à des obstacles différents. Sur une longue route dans un environnement venteux, le cycliste sera principalement freiné par la résistance de l’air. Il doit donc être aérodynamique. Sur un étroit lacet de montagne, le cycliste se battra contre la gravité et doit donc être le plus léger possible. Par contre, s’il emprunte un chemin de pierres descendant entre les arbres, le principal soucis du cycliste sera de garder les roues en contact avec le sol et de ne pas casser son matériel. Le vélo devra donc amortir au maximum les chocs et les aspérités du terrain.

Enfin, un vélo utilitaire cherchera lui à maximiser le confort du cycliste et l’aspect pratique du vélo, même au prix d’une baisse drastique des performances.

 

Les compromis technologiques

Aujourd’hui, les vélos sont donc classés en fonction de leur utilisation. Un vélo très aérodynamique sera utilisé pour les compétitions de contre-la-montre ou les triathlons. Pour les courses classiques, les pros utilisent un vélo de route de type “aéro” ou un vélo ultra léger en montagne.

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Vélo aérodynamique en contre-la-montre, par Marc

Pour rouler dans les bois, on préfèrera un VTT mais les VTT eux-mêmes se déclinent en plusieurs versions, le plus éloigné du vélo de route étant le vélo de descente qui est très lourd, bardé d’amortisseurs et qui, comme son nom l’indique, ne peut servir qu’en descendant.

Ceci dit, la plupart de ces catégories sont liées à des contraintes technologiques. Ne pourrait-on pas imaginer un vélo ultra-léger (adapté à la montagne) qui soit ultra-aérodynamique (adapté à la route ou au contre-la-montre) et ultra-confortable (adapté à la ville) ? Oui, on peut l’imaginer. Ce n’est pas encore possible aujourd’hui et rien ne dit que ce le sera un jour. Mais ce n’est théoriquement pas impossible.

 

Le compromis physique

Par contre, il existe un compromis qui lui est physiquement indiscutable : le rendement par rapport à l’amortissement. Tout amortissement entraîne une perte de rendement, c’est inévitable.

L’amortissement a deux fonctions : maintenir le vélo en contact avec la route même sur une surface inégale et préserver l’intégrité physique du vélo voire le confort du cycliste.

Le cycliste va avancer en appliquant une force sur la route à travers son pédalier et ses pneus. Le principe d’action-réaction implique que la route applique une force proportionnelle sur le vélo, ce qui a pour effet de le faire avancer.

L’amortissement, lui, a pour objectif de dissiper les forces transmises au vélo par la route. Physiquement, on voit donc bien que rendement et amortissement sont diamétralement opposé.

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Un vélo de descente, par Matthew.

Pour vous en convaincre, il suffit d’emprunter un vélo pourvu d’amortisseurs et de régler ceux-ci sur amortissement maximal. Tentez ensuite de gravir une route montant fortement pendant plusieurs centaines de mètres. Vous allez immédiatement percevoir que chaque coup de pédale est partiellement amorti par le vélo.

 

Montre-moi tes pneus et je te dirai qui tu es…

L’amortisseur principal présent sur tous les types de vélos sans exception est le pneu. Le pneu est remplit d’air. La compression de l’air atténue les chocs.

Une idée largement répandue veut que les vélos de routes aient des pneus fins car les pneus larges augmentent le frottement sur la route. C’est tout à fait faux. En effet, tous les pneus cherchent à frotter au maximum sur la route car c’est ce frottement qui transmet l’énergie. Un pneu qui ne frotte pas sur la route patine, ce que l’on souhaite éviter à tout prix.

Il a même été démontré que des pneus plus larges permettaient de transmettre plus d’énergie à la route et étaient plus efficaces. C’est une des raisons pour lesquelles les Formule 1 ont des pneus très larges.

Cependant des pneus très larges signifient également plus d’air et donc plus d’amortissement. Les pneus larges dissipent donc plus d’énergie à chaque coup de pédale !

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Roues de VTT, par Vik Approved.

C’est pourquoi les vélos de route ont des pneus très fin (entre 20 et 28mm d’épaisseur). Ceux-ci sont également gonflés à très haute pression (plus de 6 bars). La quantité d’air étant très petite et très comprimée, l’amortissement est minimal.

Par contre, en se déformant les pneus larges permettent d’épouser les contours d’un sol inégal. En amortissant les chocs, ils sont également moins sensibles aux crevaisons. C’est la raison pour laquelle les VTT ont des pneus qui font généralement plus de 40mm d’épaisseur et qui sont moins gonflés (entre 2 et 4 bars). Des pneus plus fins patineraient (perte d’adhérence) et crèveraient au moindre choc.

En résumé, le pneu est certainement l’élément qui définit le plus un vélo, c’est véritablement sa carte d’identité. Pour en savoir plus, voici un lien très intéressant sur la résistance au roulement des pneus.

 

Entre la route et le VTT

Nous avons donc défini deux grandes familles de vélos sportifs. Tout d’abord les vélos de routes, avec des pneus de moins de 30mm, taillés pour la vitesse sur une surface relativement lisse mais incapables de rouler hors du bitume. Ensuite les VTTs, avec des pneus de plus de 40mm, capables de passer partout mais qui sont tellement inefficaces sur la route qu’il est préférable de les emmener en voiture jusqu’à l’endroit où l’on veut pratiquer. Il existe également bien d’autres types de vélos mais ils sont moins efficaces en terme de performance : le city-bike, inspiré du VTT qui optimise l’aspect pratique, le « hollandais », qui optimise le confort dans un pays tout plat aux pistes cyclables bien entretenues ou le fixie, qui optimise le côté hipster de son possesseur.

Mais ne pourrait-on pas imaginer un vélo orienté performance qui serait efficace sur route et qui pourrait passer partout où le VTT passe ?

Pour répondre à cette question, il faut se tourner vers une discipline particulièrement populaire en Belgique : le cyclocross. Le cyclocross consiste à prendre un vélo de route, à lui mettre des pneus un peu plus larges (entre 30 et 35mm) et à le faire rouler dans la boue en hiver. Lorsque la boue est trop profonde ou que le terrain est trop pentu, le cycliste va descendre de sa machine, l’épauler et courir tout en la portant. L’idée est que, dans ces situations, il est de toutes façons plus rapide de courir (10-12km/h) que de pédaler (8-10km/h).

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Une coureuse de cyclocross, par Sean Rowe

Le vélo de cyclocross doit donc être léger (pour le porter), capable de rouler et virer dans la boue mais avec un amortissement minimal pour être performant sur les passages les plus lisses.

Ce type de configuration se révèle assez efficace sur la route : un vélo de cyclo-cross roule sans difficulté au-delà des 30km/h mais permet également de suivre un VTT traditionnel dans les chemins forestiers. L’amortissement moindre nécessitera cependant de diminuer la vitesse dans les descentes très rugueuses. Les montées les plus techniques sur les sols les plus gras nécessiteront de porter le vélo (avec parfois le résultat inattendu de dépasser les vététistes en train de mouliner).

 

La naissance du gravel

Si une course de vélo de route peut se parcourir sur des longues distances entre un départ et une arrivée, le cyclo-cross, le VTT et les autres disciplines sont traditionnellement confinées à un circuit court que les concurrents parcourent plusieurs fois. La première raison est qu’il est de nos jours difficile de concevoir un long parcours qui ne passera pas par la route.

De plus, si des motos et des voitures peuvent accompagner les vélos de routes pour fournir le ravitaillement, l’aide technique et la couverture médiatique, il n’en est pas de même pour les VTTs. Impossible donc de filmer correctement une course de VTT ou de cyclocross qui se disputerait sur plusieurs dizaines de km à travers les bois.
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Le  genre de route qui donne son nom à la discipline.

L’idée sous-jacente du « gravel » est de s’affranchir de ces contraintes et de proposer des courses longues (parfois plusieurs centaines de km) entre un départ et une arrivée mais en passant par des sentiers, des chemins encaissés et, surtout, ces longues routes en gravier qui sillonnent les États-Unis entre les champs et qui ont donné leur nom à la discipline. Le passage par des routes asphaltées est également possible.

Des points de ravitaillements sont prévus par les organisateurs le long du parcours mais, entre ces points, le cyclistes sera le plus souvent laissé à lui-même. Transporter des chambre à air, du matériel de réparation et des sparadraps fait donc partie du sport !

Quand à la couverture média, elle sera désormais effectuée par les cyclistes eux-mêmes grâce à des caméras embarquées sur les vélos ou sur les casques.

 

L’essor du gravel

Au fond, il n’y a rien de vraiment neuf. Le mot « gravel » n’est jamais qu’un nouveau mot accolé à une discipline vieille comme le vélo lui-même. Mais ce mot « gravel » a permis une renaissance et une reconnaissance du concept.

Le succès des vidéos embarquées de cyclistes parcourant 30km à travers champs, 10km sur de l’asphalte avant d’attaquer 500m de côtes boueuses et de traverser une rivière en portant leur vélo contribuent à populariser le « gravel », principalement aux États-Unis où le cyclo-cross est également en plein essor.

La popularité de courses comme Barry-Roubaix (ça ne s’invente pas !) ou Gold Rush Gravel Grinder intéresse les constructeurs qui se mettent à proposer des cadres, des pneus et du matériel spécialement conçus pour le gravel.

 

Se mettre au gravel ?

Contrairement au vélo sur route ou au VTT sur circuit, le gravel comporte un volet romanesque. L’aventure, se perdre, explorer et découvrir font partie intégrante de la discipline. Dans l’équipe Deux Norh, par exemple, les sorties à vélo sont appelées des « quêtes » (hunt). L’intérêt n’est pas tant dans l’exploit sportif que de raconter une aventure, une histoire.

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L’auteur de ces lignes au cours d’une montée à travers bois.

Le gravel étant, par essence, un compromis, les vélos de cyclo-cross sont souvent les plus adaptés pour le pratiquer. D’ailleurs, beaucoup de cyclistes confirmés affirment que s’ils ne devaient avoir qu’un seul vélo pour tout faire, ce serait leur vélo de cyclo-cross. Cependant, il est tout à fait possible de pratiquer le gravel avec un VTT hardtail (sans amortissement arrière). Le VTT est plus confortable et passe plus facilement les parties techniques au prix d’une vitesse moindre dans les parties plus roulantes. Pour les parcours les plus sablonneux, certains vont jusqu’à s’équiper de pneus ultra-larges (les « fat-bikes »).

Par contre, je n’ai encore jamais vu de clubs de gravel ni la moindre course organisée en Belgique. C’est la raison pour laquelle j’invite les cyclistes belges à rejoindre l’équipe Belgian Gravel Grinders sur Strava, histoire de se regrouper entre gravelistes solitaires et, pourquoi pas, organiser des sorties communes.

Si l’aventure vous tente, n’hésitez pas à rejoindre l’équipe sur Strava. Et si vous deviez justement acheter un nouveau vélo et hésitiez entre un VTT ou un vélo de route, jetez un œil aux vélos de cyclo-cross. On ne sait jamais que vous ayez soudainement l’envie de bouffer du gravier !

 

Photo de couverture par l’auteur.

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Ce texte est publié par Lionel Dricot sous la licence CC-By BE.

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L’argument du bourreauhttps://ploum.net/?p=4683http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20150612_170501_L___argument_du_bourreauFri, 12 Jun 2015 15:05:01 +0000C’était il n’y a pas si longtemps, à une époque où l’air était pur et les forêts recouvraient notre pays. L’eau des ruisseaux était limpide et l’on mourait d’une rage de dent à trente ans. Le village était florissant et reconnu dans tout le comté pour le savoir-faire de ses habitants : la plupart étaient […]]]>

C’était il n’y a pas si longtemps, à une époque où l’air était pur et les forêts recouvraient notre pays. L’eau des ruisseaux était limpide et l’on mourait d’une rage de dent à trente ans.

Le village était florissant et reconnu dans tout le comté pour le savoir-faire de ses habitants : la plupart étaient bourreaux de père en fils.

Chaque famille avait sa spécialité. Faire souffrir lentement. Faire avouer rapidement. Torturer de manière spectaculaire. Tuer efficacement et sans douleur. Ces derniers étaient particulièrement appréciés par l’administration publique. Quoiqu’il en soit, chacun avait sa clientèle, son histoire, son patrimoine et sa fierté. Le village exportait sa compétence dans tout le pays et même au-delà !

Un jour d’été, une étrange rumeur se fit dans le village. Le gouvernement étudierait en secret la ratification d’une charte des droits de l’humain. Cette charte comportait l’abolition pure et simple de toute peine de mort, qu’elle soit rapide ou longue et douloureuse. De même, la charte prohiberait la torture sur l’ensemble du territoire.

Le village était bien entendu fortement opposé à cette charte. Elle signifiait la ruine économique pure et simple. La fin d’une tradition séculaire, d’un art transmis de génération en génération.

Le village était souvent pris en exemple dans les débats politiques qui dégénéraient souvent en violentes manifestations.
— Il faut bien que les gens du village vivent ! disaient les uns.
— Comment voulez-vous offrir une reconversion professionnelle à ces centaines de familles ? renchérissaient les autres.
— On peut ne pas être d’accord, ils ne font que leur boulot ! assénaient les troisièmes.

Le mouvement étudiant prit fait et cause en faveur de la charte. Après quelques sanglants débordements, les meneurs furent arrêtés et condamnés à mort. Le bourreau qui vint du village était justement un jeune homme qui avait beaucoup voyagé. Avant de porter le coup fatal, il s’adressa discrètement à ses victimes.
— Vous savez, je pense que vous avez raison. On ne peut pas tuer les gens, le progrès nécessite d’abolir la peine de mort. Je tenais à vous remercier pour votre combat. Puis-je vous serrer la main ?
— Mais ne vas-tu pas nous tuer ?
— Que voulez-vous, c’est mon boulot. Je n’ai pas le choix. Mais je suis de tout cœur avec vous.

Le bourreau accomplit son œuvre sans discuter. Les étudiants survivants en firent un symbole et le remercièrent pour son humanité et son courage.

Il devint un médiateur entre les deux parties et mit fin au conflit en prononçant un discours désormais célèbre.

« Tuer et faire souffrir les gens est une coutume barbare. Nous sommes d’accord que le progrès ne peut se construire que sur le respect de l’homme. L’humanité ne peut progresser qu’en défendant l’intégrité de chaque individu.

Cependant, des familles entières sont héritières d’une tradition millénaire. Elles ont investi dans de la formation et du matériel de pointe. Elles vivent, boivent, mangent et consomment. Elles font tourner l’économie. N’ont-elles pas le droit de vivre elle aussi ? N’ont-elles pas le droit de voir leur travail respecté ?

Mettre à mort un humain ne me plaît pas. Mais c’est un mal nécessaire afin de faire vivre la société et les individus qui la composent. »

L’argument du bourreau fit mouche. Certes, le recours aux bourreaux devint de moins en moins populaire. Plus personne ne payait pour leurs services ou pour assister à une exécution. Les exécutions devinrent gratuites et étaient parrainées par des grandes marques de boisson ou de nourriture. Malgré une baisse notable de la criminalité, l’état encouragea les juges à se montrer sévères et lança un grand plan de subventions pour les bourreaux qui, sans cela, n’existeraient sans doute plus de nos jours.

Aussi, lorsqu’on vous explique que votre travail est inutile voire néfaste, lorsqu’on prétend qu’il est nécessaire de faire évoluer la société, rappelez-vous l’argument du bourreau : c’est votre job. Vous n’avez pas le choix. Et il y a des dizaines de gens comme vous qui vivent de ce travail. Certains sont trop vieux pour espérer une reconversion. Ils ont le droit de vivre. Alors, même si c’est néfaste, dangereux, inutile ou stupide, même si vous n’êtes pas vraiment d’accord avec ce que vous faites, il est nécessaire de défendre ceux qui, comme vous, ont le courage d’obéir et de faire leur boulot sans poser de questions.

 

Photo par Joan G. G.

 

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Printeurs 31https://ploum.net/?p=4679http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20150608_184043_Printeurs_31Mon, 08 Jun 2015 16:40:43 +0000Ceci est le billet 31 sur 34 dans la série PrinteursDepuis combien de temps suis-je enfermé sans bouger ? Depuis cet instant mythique que j’appelle naissance. Depuis combien de temps… Mais qu’est-ce que le temps si ce n’est une perception, une sensation, une douleur. Le temps, c’est la vie qui s’écoule goutte après goutte de […]]]>
Ceci est le billet 31 sur 34 dans la série Printeurs

Depuis combien de temps suis-je enfermé sans bouger ? Depuis cet instant mythique que j’appelle naissance. Depuis combien de temps… Mais qu’est-ce que le temps si ce n’est une perception, une sensation, une douleur. Le temps, c’est la vie qui s’écoule goutte après goutte de notre corps. Le temps n’est que de la souffrance distillée, un tourment qui nous donne l’impression d’exister.

Les points blancs dansent devant mes yeux. La boule bleue grandit. Je suis seul face à l’univers. Enfin en sécurité. Pour la première fois de ma vie, j’ai la certitude que je ne vais pas recevoir de coups, que je ne vais pas me faire insulter. Étrange sensation. Je ferme les yeux. Lorsque je les réouvre, la boule bleue a envahi mon champs de vision. Je les referme. Des coups secouent mon corps, mon estomac se noue, un bruit furieux m’inonde et m’envahit tandis que je rôti sous l’effet d’une intense chaleur. Je ferme les yeux, je hurle et j’accueille la douleur comme une vieille amie trop longtemps absente. Mes yeux se révulsent et je disparait dans un torrent de noirceur infinie.

Le silence me réveille en sursaut. Tout mon corps semble peser une tonne et me tire vers le plancher. Avec difficulté, je m’extrait du vaisseau et me met à ramper sur le plancher. Éclairé par une blafarde lumière orangée, le hangar dans lequel je me trouve me semble gigantesque. Tournant la tête, je découvre une large ouverture donnant sur une boule lumineuse. Mon astéroïde ? Non, il n’est pas si rond. Sans doute un autre, rempli lui aussi d’usines, de travailleurs et de gardiens. Mais il ne fait aucun doute que mon vaisseau est arrivé par cette ouverture.

Je me débarrasse du scaphandre. Ma respiration est plus aisée mais je me sens tout de même particulièrement alourdi. Le silence m’étonne. Personne ne vient donc réceptionner la cargaison ? Après m’être trainé derrière une caisse, je me recroqueville, espérant pouvoir guetter sans être vu.

Les voix me réveillent. Une lumière vive et blessante inonde à présent le hangar. Deux hommes se rapprochent. Deux hommes grands, droits. Ils passent près de ma cachette et j’ai le temps d’examiner leur visage. Ils sont beaux. Leurs cheveux et leurs dents sont ordonnés. Ils marchent d’un pas énergique tout en discutant. Le plus âgé respire la confiance et l’expérience. Ses cheveux sont grisonnants et pourtant il parle et bouge comme un jeune homme. Leur accent m’est difficilement compréhensible, leur vocabulaire m’échappe le plus souvent. Mais je perçois l’essentiel de leur discussion.

— Tous ces travailleurs me semblent bien traités. Certes, leur travail est répétitif et peu épanouissant mais peut-être est-ce ce qui leur convient. Pourquoi veux-tu absolument les remplacer par des printeurs ?
— Ne soit pas naïf Nellio. Tous ces gens que tu as vu avec des belles casquettes bleues, des gants bleus et un tablier bleu ne font strictement rien. Ce sont des télé-pass à qui on fait croire qu’ils travaillent.
— Mais j’ai pourtant vu qu’ils vissaient des pièces, qu’ils assemblaient…
— Bien sûr. Un département assemble des pièces, un second les démonte et un troisième s’occupe du transport entre les deux premiers.
— Mais pourquoi ? Quel est le but ?
— Diminuer le nombre de télé-pass.
– C’est absurde !
— Pourquoi ? Les télé-pass veulent du travail. Les travailleurs veulent qu’il y ait moins de télé-pass qui soient payés à ne rien faire. Tout le monde est content.
— Mais dans ce cas, Georges, pourquoi avoir créé une fondation pour le bien-être des ouvriers ? Ne me dit pas que c’est juste pour ton image ?
— Il y a un peu de ça, c’est vrai. Le pouvoir a également besoin de contre-pouvoirs fantoches afin d’occuper les esprits et de dissuader les rebellions les plus profondes. Depuis que la religion est tombée en décrépitude, nous avons du nous rabattre sur les médias et les syndicats.
— Quoi ? Mais… Tu n’es donc qu’une ordure ?

Le jeune homme s’est arrêté et regarde le plus âgé avec une fureur à peine contenue. Je sens poindre une vague de violence, de haine. Intérieurement, je me réjouis du spectacle. Mais, à ma grande surprise, l’homme plus âgé lance un regard, un seul accompagné d’un sourire.

— Voyons Nellio. Tu te doutes bien que si je t’ai fait venir ici c’est que j’ai des motifs bien plus nobles.

Incroyable ! Cet homme semble également disposer du Pouvoir. Ou du moins d’une variante. Il est dangereux. Très dangereux !

— Ce que je viens de te dire est la version officielle, celle qui m’a permis d’arriver jusqu’ici sans éveiller les soupçons. Celle qui m’a permis de découvrir une horreur sans nom à laquelle le printeur peut mettre un terme.
— N’essaye pas de m’embrouiller Georges !
— Réfléchis Nellio, pourquoi t’ai-je amené ici si ce n’est pour te convaincre ? Où crois-tu que nous sommes ?
— On dirait une base souterraine pour les cargos spatiaux automatiques. Comme celui-ci. Une véritable pièce de musée qui doit dater de l’époque des mines spatiales.
— Tout juste !
— Enfant, je rêvais de voyager dans l’espace, de devenir astronaute, que ce soit comme mineur ou déboucheur de chiottes. Je ne savais pas encore que toute l’exploitation spatiale avait été abandonnée. Trop peu rentable.
— C’est effectivement ce qu’on peut lire sur les sites historiques. Une belle propagande.
— Car ce n’est pas le cas ?
— Regarde ce vaisseau, il est arrivé cette nuit.
— Quoi ? Mais…
— Il est chargé de marchandises.
— Hein ?

Les deux hommes sont entrés dans le vaisseau. Je tente de m’approcher mais leur voix ne me parvient plus. Qui sont-ils ? Et que font-ils ici ? Est-ce que le Pouvoir aura de l’effet sur eux ? Le plus vieux m’inquiète.

Ils ressortent, tenant à la main une poupée en plastique.
— Mais ces jouets sont complètement démodés. Plus aucun enfant n’en utilise de nos jours.
— Oui, ce vaisseau m’étonne. Il vient de coordonnées auxquelles nous n’avons plus fait de commandes depuis longtemps. Leurs produits ne se vendent plus.
— Que veux-tu dire George ? De quoi parles-tu ?
— Il me reste encore beaucoup à comprendre. Tout ce que je sais c’est que lorsqu’une usine a besoin d’un chargement d’un produit donné, elle remplit un vaisseau de rations alimentaires et l’expédie avec des cordonnées déterminées par le produit désiré. Au retour, le cargo est plein.
— Comment est-ce possible ? Qui remplit le cargo ?
— Je n’ai à ce jour aucune certitude mais toutes les hypothèses que je peux émettre sont toutes plus terribles les unes que les autres.
— Je sais ! Les prisonniers ! Je me souviens qu’il y a quelques années on a expédié les condamnés pour crimes graves dans les astéroïdes miniers désaffectés. Une forme de peine de mort moralement justifiable dans les médias qui avait fait scandale chez les étudiants.
— Ce n’est pas impossible mais ces prisonniers n’ont jamais été plus de quelques milliers, répartis dans toute la ceinture d’astéroïdes. Trop peu nombreux pour créer une industrie.
— Mais pourquoi ne pas faire travailler les télé-pass ? Et qui fabrique donc ces fichus jouets périmés ?
— Les télé-pass sont très protégés, ils ont de la famille, des amis. Et ils sont incompétents. Si nous les formons, il vont commencer à réfléchir, à déstabiliser le système. Si nous les exploitons, cela finirait par se savoir. C’est pourquoi je suis convaincu que ces fichus jouets, comme tu dis, sont produits par des humains qui souffrent, des humains exploités. Peut-être des enfants. Je suis persuadé que cette histoire d’astéroïde n’est qu’un écran de fumée qui sert à masquer un commerce peu avouable avec le sultanat islamiste.
— Quoi ? Tu voudrais dire que les musulmans…
— Quoi de plus logique ? Ils n’ont pas de scrupules, pas de sécurité sociale. Ils ont de la main d’œuvre et de la matière première. Par contre toute la région est un désert ultra-pollué par le pétrole et les retombées radioactives. Ils crèvent donc littéralement de faim.
— C’est… C’est affreux !
— Oui. C’est pourquoi le printeur est un outil primordial. Il nous permettra de mettre fin à cet odieux échange.
— Mais il faut le dénoncer tout de suite ! Il faut arrêter ça immédiatement.
— Nellio, tout ce que nous achetons, tout ce que nous utilisons provient de ces usines cachées. Tes vêtements, ton neurex, ton ordinateur. Sans eux, nous ne sommes plus rien. Sans eux, il deviendra évident que les télé-pass font un travail inutile. Toute notre société risque de s’écrouler ! Le chaos ! L’anarchie !

J’ai cru un moment qu’ils parlaient de l’astéroïde mais les phrases sont complexes, les mots étranges. Changeant d’appui pour mieux entendre, je heurte mon casque de la main. Ce dernier roule sur le sol en un bruit de tonnerre qui se répercute dans tout le hangar. Les deux hommes se figent et se tournent brutalement vers moi.

— Mais qu’est-ce que…
— Qui…

Je me redresse avec lourdeur et, tout en gardant mon regard fixé sur l’extrémité de mes orteils, articule une présentation improvisée :
— G89, à vos ordres chef !

 

Photo par Photophilde.

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Ce texte est publié par Lionel Dricot sous la licence CC-By BE.

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Est-il encore nécessaire de manger ?https://ploum.net/?p=4661http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20150602_185333_Est-il_encore_necessaire_de_manger___Tue, 02 Jun 2015 16:53:33 +0000Une étude et une comparaison des différents substituts à la nourriture traditionnelle (de type Soylent) disponibles en Europe. Il est amusant de constater que la moindre remise en question de votre alimentation transformera tout votre entourage en diététiciens expérimentés prêts à vous apprendre la vie. Vous tentez un régime vegan ? Tout le monde s’inquiétera […]]]>

Une étude et une comparaison des différents substituts à la nourriture traditionnelle (de type Soylent) disponibles en Europe.

Il est amusant de constater que la moindre remise en question de votre alimentation transformera tout votre entourage en diététiciens expérimentés prêts à vous apprendre la vie. Vous tentez un régime vegan ? Tout le monde s’inquiétera soudainement pour votre apport en vitamine B12, même ceux qui n’en avaient jamais entendu parler et ne s’en étaient jamais tracassés. Vous suggérez un menu végétarien ? L’être humain est soudainement “naturellement carnivore”, ce qui devrait clore tout débat.

Bref, la bouffe c’est sacré, c’est une religion. Remettre en question une vie d’habitudes alimentaires, c’est se heurter à la barrière de la foi, c’est dresser contre vous les ayatollahs de la tradition.

Mais au fond, quel est le rôle premier de la nourriture ? Réponse : apporter à votre corps une série de nutriments.

Est-ce qu’on ne pourrait pas optimiser cela en apportant au corps directement les nutriments dont il a besoin plutôt que de passer par un processus extrêmement complexe qui comporte l’achat de matériaux nutritifs, leur conservation, leur préparation, leur ingestion suivant un rituel bien codifié et le nettoyage final de tous les outils mis en œuvre ?

Après tout, on le fait bien pour les animaux : mon vétérinaire m’a assuré que les croquettes contenaient tout ce dont mon chat a besoin. Depuis, je regarde mon chat avec envie. Pourquoi n’y a-t-il pas des croquettes pour les humains ?

C’est exactement le défi que s’est lancé Soylent, une startup américaine qui a pour but d’offrir une poudre à mélanger dans de l’eau qui contient exactement ce dont le corps a besoin. J’en vois certains d’entre vous bondir…

Mais on ne sait pas mesurer précisément ce dont notre corps a besoin. Nous sommes différents.

En effet. Mais est-ce que la nourriture traditionnelle est meilleure en ce sens ? Avez-vous la moindre idée des nutriments que vous avez avalés au cours des dernières 24h ? Pire, notre alimentation traditionnelle a tendance à nous apporter trop de certains types de nutriments, pas assez d’autres et également nous faire ingérer des substances non-nécessaires qui peuvent s’avérer nocives (les pesticides, certains conservateurs ou additifs, …).

Si vous avez commencé votre journée avec une tartine au choco, un café, pris un sandwich et un coca à midi avant de finir avec un spaghetti bolo, pouvez-vous réellement affirmer que votre alimentation a été plus saine qu’une personne qui a passé toute la journée avec du Soylent ? Est-ce réellement préférable de manger des céréales le matin, une salade à midi et un menu trois services au restaurant le soir ? La réponse objective est que vous n’en savez rien, vous vous fiez à vos sensations pour savoir ce qui est bon pour vous.

Mais le repas a également une fonction sociale !

Est-ce que vos trois repas par jour ont une fonction sociale ? Vraiment ? Si c’était le cas, les fast food, les sandwichs n’existeraient pas.

Historiquement, le fait de se nourrir prend tellement de temps qu’il est devenu traditionnel d’associer ce temps perdu avec d’autres fonctions : sociabiliser, se reposer le corps et l’esprit. Mais il n’existe aucune corrélation avec les repas autre que l’habitude. Dissocier les repas peut même être une excellente chose. Il m’arrive souvent d’être concentré et productif mais que mon corps aie faim. Cela me force à m’arrêter, à prendre une pause, cassant mon rythme. Plus tard, lorsque mon esprit sera fatigué, je culpabiliserai à l’idée de prendre une seconde pause.

Mais manger est un plaisir. La cuisine est un art.

Manger peut en effet être un plaisir pour certains. Il existe également des gens pour qui manger est tout simplement une corvée nécessaire à la vie. D’autres qui l’apprécient quand ils ont le temps mais qui ont d’autres priorités dans la vie. Si manger est un plaisir pour vous, pourquoi ne pas accepter que d’autres s’en passent ? Il existe des milliers de façons pour les humains d’exprimer leur art et chaque individu a le droit de choisir ce qui lui convient. Après tout, la fécondation in-vitro n’a jamais menacé votre sexualité.

Mais…

Bref, n’ayant jamais été particulièrement attiré par la nourriture, le concept de Soylent m’a tout de suite plu et j’ai décidé de le tester. Soylent n’est pas encore disponible en Europe mais la formule étant ouverte et libre, beaucoup de startups s’en sont inspiré. Pour vous, mes chers lecteurs, j’ai donc décidé de tester les alternatives européennes au Soylent.

Joylent (NL)

Joylent est actuellement le leader sur le marché européen et le premier que j’ai testé. Le produit se veut fun et se décline en 4 goûts : Fraise, Banane, Vanille et Chocolat.

joylent1

Une caisse de Joylent (photo issu du blog Joylentfor30days)

Utilisant de la protéine de lait comme base, le Joylent est légèrement écœurant. Le goût est fort sucré et les arômes font très artificiels. L’ingestion de Joylent doit donc se faire calmement et ne plaira pas à tout le monde. Ceci dit, on s’habitue assez vite.

L’effet est assez étrange : la faim ne semble pas tout à fait calmée mais on ne ressent aucun manque. Contrairement à un repas normal, pas de somnolence, pas de pic glycémique. Étonnamment, je n’ai constaté aucune fringale à l’heure du goûter. Lorsque la faim revient réellement, c’est généralement à l’heure du prochain repas.

Joylent est fourni par sac de 3 portions, ce qui n’est pas très pratique mais réduit sensiblement les déchets. Les livraisons sont rapides, le support est hyper réactif. Le repas coûte 2€.

À noter que Joylent travaille sur une version vegan sans produits laitiers.

Mana (CZ)

Mana est une alternative qui fait également beaucoup parler d’elle. À l’opposé de Joylent, Mana se veut sérieux, de qualité, garanti sans OGM. Mana n’est pas aromatisé et ne se base pas sur du lait. La poudre est donc entièrement vegan. Par contre, Mana doit être mélangé avec de l’huile, fournie en petites bouteilles. L’huile originale était un mélange d’huile végétale et d’huile de poisson. Elle est désormais entièrement végétale ce qui rend Mana compatible avec un régime vegan.

MANA-front-starter

Contrairement à Joylent, Mana n’est pas poudreux mais fait de “flocons” qui tombent dans le bas du verre. Le fond du verre donne l’impression de manger une sorte de porridge.

De toutes les solutions testées, Mana est la seule qui m’a donné un gros coup de barre digestif. J’ai du m’allonger et faire une sieste. À mon réveil, je crevais de faim. Expérience peu concluante donc.

UPDATE : Avec l’habitude et en ne tenant pas compte du dosage recommandé, Mana s’est révélé de plus en plus agréable. Une fois le bon dosage personnel trouvé, c’est celui qui nourrit et « cale » le plus longtemps. Son goût neutre se marie également parfaitement avec des fruits ou du chocolat, selon le goût. Bref, à tester.

Les commandes sont particulièrement longues à être livrées (plusieurs semaines). Les sachets contiennent trois portions et sont livrés avec des petits flacons d’huile gradués contenant également 3 portions. Le repas revient aux alentours de 3,5€.

Queal (NL)

Tout comme Joylent, Queal est néerlandais. Mais la ressemblance ne s’arrête pas là : Queal est vraiment très proche de Joylent. Une base de protéine de lait (donc non vegan) mais une plus grande variété de goûts.

Contrairement à Joylent, les goûts semblent moins artificiels. Certains sont même franchement bons (j’adore le chocolat-cacahuète) et il existe un goût “neutre” sans arôme ajouté qui est parfait pour mélanger avec les goûts plus prononcés.

Queal-Product-Shott

Il est nécessaire d’ajouter une cuillerée d’huile végétale. L’huile est fournie sous forme d’une unique bouteille qu’il faudra doser à l’œil. Un peu moins pratique donc.

Au niveau de l’effet, Queal me semble légèrement plus nourrissant que Joylent. De mon expérience, Queal est le plus adapté avant le sport : il n’alourdit pas, calme la faim et fournit de l’énergie pendant plusieurs heures. Un Queal à 14h pour remplacer mon repas de midi m’a permis de tenir sans effort, sans fringale et sans le moindre autre apport jusqu’à 8h du soir au cours d’une après-midi de vélo intense.

Queal est livré par sachet de 3 portions (2€ la portion) mais ces portions sont tellement larges que 3,5 portions me semble plus indiqué. Le support est réactif et la livraison rapide même si l’image générale est moins dynamique et plus orientée marketing que Joylent, qui se veut vraiment proche de ses consommateurs. Notons que Queal est également garanti sans OGM.

Jake (NL)

Toujours chez les Néerlandais, Jake obtient la palme du boulot sérieux : sachet individuel très pratique (mais du coup moins écologique), valeur nutritive détaillée sur le site et les sachets, un blog très informatif sur la nutrition, un compte Twitter réactif. Le tout étant 100% vegan à 3,5€ la portion.

JakeOriginalR340

Le défaut ? Le goût. Il n’existe qu’une seule saveur : vanille. Et c’est assez infâme. Vous avez l’impression de boire du lait de soja vanillé ultra-sucré… en poudre. C’est à la limite gerbant. Et, malheureusement, c’est très peu nourrissant : après 2h, on crève de faim.

Jake est assurément la grosse déception de ce test.

Veetal (DE)

À l’opposé de Jake, le site de Veetal ne donne presqu’aucune information. Et la notice qui accompagne les sachets est entièrement en allemand. Certaines informations sont particulièrement bien cachées : Veetal n’est pas Vegan car il contient de la protéine de lait. Par contre, il est garanti sans OGM.

veetal_soylent

Il est également nécessaire de rajouter de l’huile qui n’est pas fournie. Les sachets contiennent trois portions et reviennent à 3€ le repas.

Contrairement à Jake, le goût est une bonne surprise : c’est le seul produit de ce test qui fait ressortir une pointe de salé pas du tout désagréable. Le goût est neutre, un mélange équilibre de salé/sucré qui se laisse boire.

Les autres

Il existe bien d’autres variantes. Dans ma liste, j’ai également noté :

  • Ambronite. Le super luxe, 100% vegan et naturel. Mais à 12€ la portion, ce n’est tout simplement pas raisonnable.
  • Solvio. Dont ma commande n’est jamais arrivée et qui a nécessité que je porte une plainte sur Paypal pour me faire rembourser. À éviter donc. Le site n’est d’ailleurs plus disponible.
  • Space Nutrients Station. Livraison depuis les US donc fort cher et peu écologique.
  • Purelent. Semble une copie conforme de Joylent. Je n’ai donc pas vu l’intérêt de tester.

Conclusion

Ce qui m’a fortement marqué avec cette expérience c’est, comme annoncé, l’efficacité. Si, comme moi, vous n’êtes pas un maniaque du goût, un Joylent ou un Queal apporte la valeur nutritive d’un repas avec un temps de préparation de l’ordre de la minute !

La plus grande surprise a été de me rendre compte que je pouvais être productif l’après-midi, n’ayant pas le fameux coup de barre digestif. Je n’imaginais pas que la digestion consommait autant d’énergie chez moi.

Les jours où je consomme un Soylent-like à midi, je n’éprouve plus le besoin de me ruer sur l’armoire à chocolat à 4h. Je consomme également beaucoup moins de plats préparés, de sandwichs, de pizzas surgelées ou de cornets de pâtes. Ma compagne, qui est pourtant passionnée de cuisine, trouve cette alternative particulièrement pratique pour les jours où son business ne lui laisse pas le temps de manger correctement. Avant le sport, les Soylent-like se sont révélés une solution idéale et bon marché.

D’un point de vue productivité, tant intellectuelle que sportive, les Soylent-like sont une véritable révélation et m’apportent un nouveau confort de vie dont j’aurais désormais du mal à me passer.

Bien entendu, je continue à apprécier un restaurant ou un repas avec des amis ou de la famille. Mais je les perçois plutôt comme des événements exceptionnels. J’ai désormais plus l’envie de manger des bonnes choses plutôt qu’en grande quantité. L’envie de manger est moins présente et, étonnamment, après un gros gueuleton, je suis content de pouvoir faire une journée “diète Soylent” pour reposer mon système digestif.

Système digestif qui, entre nous, se porte d’ailleurs beaucoup mieux. J’ai des intestins particulièrement irritables et les soylents semblent une bénédiction pour eux. Même si, je vous préviens, la courte période d’adaptation à ce type de nourriture n’est pas sans une certaine propension aux flatulences.

Photo par l@mie. Cet article n’a reçu le soutien d’aucune des marques citées et a nécessité un investissement non négligeable afin de se procurer un échantillon représentatif. S’il vous l’avez trouvé intéressant, n’hésitez pas à y contribuer librement.

Merci d'avoir pris le temps de lire ce billet librement payant. Prenez la liberté de me soutenir avec quelques milliBitcoins, une poignée d'euros, en me suivant sur Tipeee, Twitter, Google+ et Facebook !

Ce texte est publié par Lionel Dricot sous la licence CC-By BE.

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Printeurs 30https://ploum.net/?p=4653http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20150601_180956_Printeurs_30Mon, 01 Jun 2015 16:09:56 +0000Ceci est le billet 30 sur 33 dans la série PrinteursUtilisant un avatar, Nellio est parvenu jusqu’au printeur dans son labo secret. Il a lancé l’impression de la mystérieuse carte mémoire. Mais les policiers, guidés par Georges Farreck, sont à la porte.   La porte du laboratoire vient de sauter. Paniqué, je me retourne. Le […]]]>
Ceci est le billet 30 sur 33 dans la série Printeurs

Utilisant un avatar, Nellio est parvenu jusqu’au printeur dans son labo secret. Il a lancé l’impression de la mystérieuse carte mémoire. Mais les policiers, guidés par Georges Farreck, sont à la porte.

 

La porte du laboratoire vient de sauter. Paniqué, je me retourne. Le printeur est en pleine action: un vent terrible balaie la pièce, un bruit de tempête bourdonne à mes oreilles, le liquide d’impression bout.

Les cris des policiers me parviennent. Je risque un œil par dessus la montagne de débris qui me sert de barricade. Une fusée jaillit de mon bras et explose en flammes à leurs pieds.
— Mais…
— C’est moi, me rassure la voix de Junior. Je contrôle l’armement. Contente-toi de les regarder, je balance la purée. La majeure partie de ta défense est de toutes façons assurée par des algorithmes automatiques.

Un déluge de feu et de hurlements se déchaînent vers l’entrée du laboratoire. Je me sens totalement passif, déconnecté. Déboussolé, je tourne en vain la tête en tout sens. Des coups de feu jaillissent de mes mains, de mon torse et de ma tête mais je ne contrôle rien. Un uniforme de policier que je n’avais pas vu apparaît soudain face à moi. Il doit avoir rampé le long des murs. Mon coeur s’arrête un instant alors que je le vois lever une arme vers mon visage. J’observe trois brefs éclairs avant d’entendre trois détonations. Je ne sens rien. Sous le casque, le visage se décompose. Le visage d’une jeune femme d’une vingtaine d’années semblable à toutes les jeunes femmes que j’ai fréquenté.
— Merde ! Un avat…
Un trou rouge se dessine sur son front et, comme au ralenti, je vois ses yeux se révulser. Elle tente un dernier sursaut incrédule avant de s’affaisser à mes pieds, les bras étrangement désarticulés trempant dans la cuve du printeur. Ses yeux ouverts continuent à me fixer par delà la mort. Je l’ai tuée ! J’ai tué un humain ! Ou n’était-ce qu’un policier ? Est-ce bien moi le coupable ? Est-ce mon corps ? Et qui le contrôle ? Qui a pressé la détente ? Junior, l’algorithme ou mon propre subconscient ?

Une explosion violente retentit et la scène semble se figer. Un épais silence s’installe dans notre ancien laboratoire. Seul me parvient encore le clapotis du printeur.
— Première vague repoussée, m’annonce Junior. Ils se replient pour préparer la seconde vague. Cela peut prendre plusieurs heures. Tactique classique en cas de résistance imprévue. Ils pensent sans doute que nous sommes plusieurs, cela va nous donner l’opportunité de filer. Où en est l’impression ?

Je baisse les yeux. Dans la cuve de fortune, une masse rougeâtre et filandreuse a fait son apparition alors que le corps sans vie du policier semble se décomposer.
— Nom d’un processeur ! Un corps humain !
Le rouge des muscles se couvre rapidement d’une peau matte et foncée. Je manque de hurler.
— Eva !
Le son n’a pas finit de franchir mes temporaires lèvres de métal que ses yeux s’ouvrent. Durant une éternité, son regard semble fixer le plafond. Je n’ose effectuer le moindre mouvement, le temps s’est arrêté.

Et puis, brusquement, son visage émerge du liquide d’impression et se met à hurler. Un hurlement rauque, inhumain, un feulement, une agonie. Elle hurle en se débattant, se contorsionnant. Son corps nu glisse hors de la baignoire improvisée. Couchée sur le sol, elle semble reprendre son souffle avec difficulté. Du bout des doigts, elle touche sa peau, son avant bras, son visage. Et se remet à hurler.

Maladroitement, je m’approche d’elle et tente de la rassurer.
— Eva ! Eva ! C’est moi, Nellio !
Ses grands yeux effrayés croisent mon regard électronique. Je sens qu’elle essaie de me dire quelque chose mais ses lèvres ne sont qu’un cri de détresse infinie. La voix de Junior me parvient. Il semble sous le choc.
— Merde… Nellio… Ne me dis pas que…
— Si, c’est Eva. Elle s’est scannée pour sauver sa peau.
— Merde… Merde… Merde… C’est pas croyable ça !
— Mais ce n’était pas censé fonctionner pour les êtres vivants…
— Et bien si tu veux mon avis, ça n’a pas l’air de fonctionner super bien. Ou, en tout cas, c’est extrêmement douloureux.

Le laissant à son soliloque ponctué de « Merde ! », j’entoure Eva de mes bras. Arrachant un morceau de tissu quelconque des décombres, je protège ses épaules et la serre contre moi. Inlassablement, je murmure.
— Eva, c’est moi, Nellio !
Son long cri finit par se calmer et se transforme en hoquet saccadé. Sa respiration semble pénible, forcée. Elle tourne vers moi un visage inondé de larmes. Ses lèvres frémissantes tentent avec peine de former un mot. Elle déglutit, crache, tousse et articule finalement :
— Nel… lio ?
— Oui Eva, c’est moi !
Ses yeux se ferment et elle tombe, inerte, dans mes bras.
— Eva ? Eva ?
Je tente de la réveiller, de lui faire reprendre conscience. Une vague de panique m’envahit. Et si le printeur ne fonctionnait réellement pas pour les êtres vivants ?
— Eva ? Eva ?
Écartant ma main, je constate une petite plaie rouge sur son épaule, à l’endroit exact où je la tenais.
— Qu’est-ce que…
— Ne t’inquiète pas Nellio, je lui ai administré un sédatif. Il faut que nous sortions d’ici avant la deuxième vague.
— Quoi ? Un sédatif ? Mais tu l’as peut-être tuée espèce de salopard ! Tu ne sais rien de son corps et…
— Stop ! Tu arrêtes tout de suite ! On règlera nos comptes après. Pour le moment, nous avons un intérêt commun : ramener l’avatar et Eva en sécurité. Le reste peut attendre.

Je rêve ! Eva revient à la vie, ce type me la tue aussitôt et il voudrait que je lui obéisse ? Mais c’est quoi ce délire ?
— Salopard, tu es un traître, je le savais depuis le début, tu as…

Aucun son ne sort plus de mes lèvres. Autour de moi, tout est devenu soudainement sombre et calme. Je suis dans un hangar. Contre le mur qui me fait face je distingue vaguement un alignement de silhouettes immobiles. Des avatars ! J’ai beau essayer de tourner la tête, mon regard est définitivement fixe. Je veux avancer, bouger. Rien à faire, mon avatar semble déconnecté. Je crie mais aucun son ne me parvient. Un épais sentiment de claustrophobie m’étreint la poitrine. Eva et Junior me sont sorti de l’esprit, je ne pense qu’à une chose : bouger ou sortir de ce corps éteint !

Le temps lui-même semble avoir disparu. Je n’ai aucun moyen d’évaluer depuis quand je suis dans ce hangar. Même les battements de mon cœur ont disparu ! Suis-je fou ? Suis-je enfermé depuis des années ou seulement depuis quelques secondes ? Comment savoir ?

Un néon clignote brusquement. Une porte se referme. Des pas. Deux être humains se rapprochent. Ami ou ennemi ? Peu me chaut, il faut que je sorte d’ici.
— Aidez-moi ! Je suis ici ! Pitié !
Mais, bien entendu, je n’émet aucun son.

Les deux silhouettes se rapprochent et s’arrêtent en face de moi. Deux femmes en tenue de travail, casquettes vissées sur la tête. Je tente de concentrer mon regard sur elles, de leur faire comprendre que j’existe.
— C’est celui-ci ? fait la plus grande des deux en pointant mon voisin de droite.
— Oui, répond l’autre. Les capteurs visuels présentent des défaillances.
— Retire-les, on va voir ce qu’on peut faire à l’atelier ! Et remplace les capteurs par ceux de celui-ci ! C’est un modèle qui ne sort pas et qui sert pour les pièces détachée.

J’entends un grincement sur le sol. Du coin de l’œil, je les vois tirer une escabelle de métal vers moi. Le visage de la plus petite apparait soudainement dans mon champs de vision. Son nez frôle le mien. Elle tient un tournevis automatique qu’elle approche de mon œil. Je hurle, je me débats. La pointe du tournevis emplit mon champs de vision, un petit bruit de moteur suivi d’un grincement se fait entendre. Noir.

Je suis désormais plongé dans l’obscurité absolue. J’entends le couinement de l’escabelle qu’on déplace, le bruit de la visseuse.
— Voilà, au moins celui-ci est opérationnel.
— Parfait, portons le capteur à l’atelier.
Respirations. Rangement de matériel suivi de pas qui s’éloignent et de la porte qui se referme. Noir.

Je suis seul dans le noir absolu. J’aimerais pleurer, greloter ou même ressentir. Je n’ai que le noir…
— Eva…

 

Photo par 7th Army JMTC.

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Les 10 millions de conducteurs du train magique tueurhttps://ploum.net/?p=4644http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20150519_182331_Les_10_millions_de_conducteurs_du_train_magique_tueurTue, 19 May 2015 16:23:31 +0000Fermez les yeux. Imaginez un long train contenant toutes les marchandises transportées durant une année en Europe. Ce train est magique : il part le 1er janvier, roule quelques millions de kilomètres sur une voie sans fin et, automatiquement, toutes les livraisons de l’année sont effectuées dans tous les magasins et usines du continent. Maintenant imaginez […]]]>

Fermez les yeux.

Imaginez un long train contenant toutes les marchandises transportées durant une année en Europe. Ce train est magique : il part le 1er janvier, roule quelques millions de kilomètres sur une voie sans fin et, automatiquement, toutes les livraisons de l’année sont effectuées dans tous les magasins et usines du continent.

Maintenant imaginez qu’une personne soit couchée sur la voie et empêche le train de passer. Si le train freine, c’est toute l’économie de l’année qui est par terre. Le train doit-il s’arrêter pour sauver la vie de cet individu ? Ou bien, au contraire, la société doit-elle sacrifier une vie pour faire tourner l’économie ?

Aux États-Unis, avec 4000 personnes sur la voie, le train ne s’arrête pas. Et je pense que les chiffres seraient similaires partout dans le monde. 4000, c’est en effet le nombre de personnes tuées chaque année dans des accidents causés par des camions de transport (et, dans la plupart des cas, par une faute humaine du conducteur). Par comparaison, les attaques du 11 septembre qui ont chamboulé le monde et fait dépenser des trilliards en « mesures de sécurité » ont fait… 3000 victimes. Les camions de transport représente à eux-seuls plus d’un 11 septembre chaque année rien que sur le sol américain.

Et si nous avons été hypnotisé par les cadavres du onze septembre, nous ignorons superbement les milliers de morts de la route, les considérant comme d’anonymes tragédies individuelles. Peut-être que si, comme pour le onze septembre, on nous repassait en boucle les images des gens en train de mourir, nous aurions une autre perception de la conduite automobile ? Personnellement, c’est la raison pour laquelle je ne veux plus conduire.

Mais j’ai une bonne nouvelle pour vous : j’ai dernièrement eu l’occasion de m’asseoir au volant d’un camion moderne. Tout est désormais automatisé : le camion anticipe les freinages, surveille la conduite du conducteur, avertit des obstacles et ralentit. De quoi éviter bien des accidents et sauver des vies.

Mieux ! Ce mois de mai 2015 voit la mise en circulation aux États-Unis du premier camion entièrement autonome. Pas de conducteur, pas d’erreur. Comme l’a démontré la Google Car, le remplacement progressif des conducteurs par des intelligences artificielles va drastiquement réduire le nombre de victimes. En plus d’un millions de miles, les Google Cars n’ont en effet connu que 11 accidents mineurs, tous sans exception ayant été causés par une erreur humaine (dans 7 de ces accidents, la voiture s’est fait emboutir par l’arrière alors qu’elle était à l’arrêt).

Génial, non ?

Il y a juste un petit problème. Il y a 3,5 millions de conducteurs de camion aux États-Unis. Dans son excellent article que je vous encourage à lire, Scott Santens estime qu’avec les motels, les restoroutes et tous les services associés, la conduite de camion représente 10 millions d’emplois.

10 millions d’emplois qui vont devenir obsolètes. Ou plutôt qui le sont déjà vu que le camion automatique existe. Un camion qui pollue moins car il peut conduire de manière optimale. Un camion qui allège la route car il peut rouler 24h/24 et donc remplacer 3 camions qui sont forcés de faire des pauses régulières.

10 millions d’emplois qui seront réalisés de manière plus efficace, plus rapide et plus sûre par des intelligences artificielles. 10 millions d’emplois qui sont, chaque année, responsables de 4000 morts.

On pourrait se réjouir sans rien changer à la société. On sauve 4000 vies et on envoie 10 millions de personnes dans la misère. Le revenu actuellement perçu par ces 10 millions de personnes se partagera entre les quelques milliers de veinards qui auront acheté des camions automatiques. Ils vivront dans le luxe en le louant sans réellement rien faire de leur journée, accusant les anciens chauffeurs d’être des paresseux. C’est une possibilité.

On pourrait également lutter de toutes nos forces contre une innovation de toutes façons inéluctable, on pourrait prétendre que rien ne vaut un bon camion manuel conduit par un routier qui sent la sueur. On pourrait tenter de faire passer des lois pour interdire les camions automatiques, permettant à 10 millions de personnes de continuer à faire un travail inutile de creusage et rebouchage de trous tout en tuant 4000 personnes par an. C’est une autre possibilité.

Je vous laisse choisir la meilleure.

Ça y’est ? Vous avez choisi votre camp ?

Ne trainez pas car les camionneurs ne sont bien entendu qu’un exemple. Si votre gagne-pain actuel n’est pas encore obsolète aujourd’hui, cela ne va guère tarder. Tout ce qu’un humain peut faire, y compris créer ou inventer, peut ou pourra être réalisé demain par une intelligence artificielle. En mieux, plus rapide et moins cher.

Alors, dépêchez-vous de faire votre choix : allez-vous investir massivement en espérant être parmi les riches et que les pauvres crèveront de faim avant de vous couper la tête ? Allez-vous lutter de toutes vos forces pour empêcher le moindre progrès technologique afin que tout le monde puisse creuser des trous et les reboucher inutilement, même au prix de nombreuses vies humaines ?

Ne pourrait-on pas imaginer une alternative, une troisième voie ? Contrairement aux politiciens, que le manque total de vision cantonne à l’équation emplois = social et donc à la dualité ci-dessus, je suis persuadé qu’il existe bien d’autres voies. Et tout comme Scott Santens, je suis convaincu que le revenu de base est une condition nécessaire à ces alternatives.

Si vous êtes contre le revenu de base, je vous laisse choisir entre les deux solutions précédentes.

 

Photo par Daniel Bracchetti.

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Printeurs 29https://ploum.net/?p=4634http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20150511_195952_Printeurs_29Mon, 11 May 2015 17:59:52 +0000Ceci est le billet 29 sur 32 dans la série PrinteursDans le commissariat où il a trouvé refuge, Nellio a sympathisé avec Junior Freeman, le policier qui lui a sauvé la vie. Ensemble, ils décident d’imprimer le mystérieux contenu de la carte mémoire qu’Eva avait implantée sous la peau de Nellio. Mais pour arriver au […]]]>
Ceci est le billet 29 sur 32 dans la série Printeurs

Dans le commissariat où il a trouvé refuge, Nellio a sympathisé avec Junior Freeman, le policier qui lui a sauvé la vie. Ensemble, ils décident d’imprimer le mystérieux contenu de la carte mémoire qu’Eva avait implantée sous la peau de Nellio. Mais pour arriver au printeur avant Georges Farreck, il va falloir utiliser un avatar, un robot dans lequel les policiers uploadent leurs esprits.

J’ouvre les yeux et contemple étonné les murs de béton du réduit. J’avais beau m’y attendre, la sensation reste particulièrement surprenante. Un diffus sentiment de panique parcours mon corps. Mon corps ? Ou plutôt ce corps artificiel que contrôle momentanément mon esprit. Cet assemblage mécanique enfermé dans un oppressant cercueil de béton.

— La sortie est devant toi ! Ne perd pas de temps. Si nécessaire, je te transmettrai le flux vidéo de l’escadre Farreck.

La voix de Junior est étrange, tellement proche et tellement lointaine. Il a insisté pour que je prenne sa place dans l’avatar. Lui ne pourrait pas faire fonctionner le printeur sans hésitation ou guidage de ma part. Et chaque seconde peut être critique.

Je prends une profonde inspiration. Avec quel corps ? Pas le temps de répondre à cette question pour le moment. J’avance.

La marche et l’ouverture de la porte se révèle incroyablement intuitive. À peine ai-je fait quelques pas à l’air libre que l’idée d’être dans un corps artificiel disparait. Par réflexe, je tourne mon visage vers le soleil. Il fait beau. Est-ce mon imagination ou ai-je véritablement senti cette odeur de bitume ramolli, de tarmac recuit qui est la caractéristique des villes les jours de chaleur ?

— Nellio, arrête de rêvasser ! Georges Farreck se rapproche et ta copine ne l’a pas encore intercepté !

Obéissant à l’injonction, je me mets à courir dans les ruelles familières. À mon passage, les passants s’écartent craintivement sans se poser de questions. Après tout, quoi de plus naturel qu’un policier en train de courir ?

La vitesse de ma course me surprend moi-même. En quelques bonds, j’arrive à l’entrée de notre ancien repère. Traversant le petit salon et le laboratoire dévasté, je me retrouve face au frigo d’azote renversé. Sans effort, je le soulève et dégage l’entrée du réduit où Max m’avait fait passer le fameux scanner multi-modal auquel je dois vraisemblablement mon amnésie. Mais pourquoi Max aurait-il fait cela ? Au fond, était-ce bien Max ?

J’ai un éclair soudain de compréhension en revoyant les lieux : je ne suis pas amnésique ! J’ai été gardé, drogué et nourri, pendant plusieurs mois. Un autre a pris ma place, sans doute pour sous-tirer des informations à Georges Farreck. À moins qu’il ne soit lui-même complice ? Et, dans ce cas, qui avait donc intérêt à me cacher dans un endroit que Georges Farreck ne connaissait pas ? Max bien entendu ! Pour me protéger ! Georges Farreck m’a probablement fait assassiner ou, pour le moins, aura fait assassiner mon double ! Tout se tient !

— Nellio, il faut que tu voies ça. Je crois que ta copine a réussi !
Une image apparait soudain dans mon champs de vision. Elle est filmée depuis l’intérieur du véhicule policier. On y voit Georges Farreck regardant par une fenêtre. Des poings tapent sur la carrosserie.
— Georges Farreck ! Georges Farreck !
— Ils sont trop nombreux, nous n’arrivons plus à avancer.
— Mais comment ont-ils pu être au courant de ma présence ? C’est incompréhensible ?
— Cela pue le coup monté. Je vais envoyer deux-trois gars pour tenter d’identifier les meneurs, cela va aller vite.

C’est toujours ça de gagné, murmuré-je. Entrant dans la pièce aveugle, je commence à vérifier l’état du printeur. La structure est renversée mais semble intacte. Par contre, la cuve d’impression s’est cassée lors de mon réveil brutal. Je tente de réfléchir à tout vitesse. Le liquide n’est pas un problème. Il suffit de l’imprimer : il est auto-générant. Par contre la cuve est plus problématique. Elle doit être étanche et nous n’en avions pas de réserve.

— La cuve est cassée ! Pas moyen d’imprimer !

Ma voix est-elle sortie de mon avatar ou de mon corps abandonné ? Peut-être les deux ? Quoi qu’il en soit, la réponse désincarnée de Junior me parvient immédiatement.

— De quoi as-tu besoin ?
— Un récipient étanche.
— Quelle taille ?
— La taille de l’objet qui est sur cette foutue carte mémoire.
— Bref, tu n’as aucune idée.
— Non, si ça se trouve, c’est grand comme la pièce !

Une intuition subite me parcourt. Retournant dans le labo dévasté, je cours vers le minuscule coin que nous appelions familièrement « cafétéria ». La zone a été vaguement épargnée et je retrouve sans peine les restes de la table écroulée.
— Elle est toujours là !
D’un geste, je saisis la nappe. Une nappe en toile cirée inusable, du genre de celles introuvables en magasin mais qui apparaissent spontanément sur la table de votre cuisine le jour où vous avez des petits enfants. Peut-être qu’on les fournit avec le kit « tisane de grand-maman » ? Retournant dans la pièce secrète, je me mets à disposer des tables de manière à délimiter un espace fermé à même le sol. Par dessus tout, j’étend la nappe. Elle pourrait couvrir une table de huit personnes.
— Et voilà ! Une véritable baignoire de luxe.
— Nellio, j’ai une mauvaise nouvelle. Jette un œil à ce qui se passe du côté de chez Georges Farreck !
— Isabelle !

Dans mon champs de vision, je vois apparaitre une image d’Isabelle entourée de deux policiers. Elle hurle :
— Georges Farreck ! Laissez moi parler à Georges Farreck ! J’ai des révélations à lui faire.
La voix de Georges retentit dans mes oreilles, extrêmement proche.
— Amenez moi cette femme !
— Mais c’est une télé-pass hystérique, sans doute une de vos fans. Elle veut juste vous violer ou un truc du genre.
— Vous êtes capable de me protéger, non ? Cette foule qui bloque notre passage ne me semble pas un hasard.
Une main gantée apparait à l’écran et fait un signe à destination des autres policiers. Isabelle est conduite sans ménagement. Je distingue sa figure échevelée, ses joues rubicondes. Son essoufflement est visible. Elle s’arrête un instant, interdite.
— Oh merde ! Georges Farreck ! Le Georges Farreck ! J’ai la culotte qui dégouline ! Je… J’ai vu tous vos films, je vous adore !
Georges ne peut se retenir de dégainer un sourire charmeur. Ses dents étincellent.
— Merci, c’est très gentil à vous. Je suis flatté. Mais vous me parliez d’une révélation ?
— Ouais, justement, est-ce que vous allez tourner un nouveau film ici dans la ville ?
— Je ne sais pas encore, pourquoi cette question ?
— Parce que voilà, on m’a d’mandé de venir faire la fan rapport à votre film. Une obligation qu’y disaient. Mais j’suis pas conne. Je sens bien que c’est autre chose.
— Attendez, je suis pas sûr de vous suivre. Vous voulez dire qu’on vous a demandé de réunir des personnes pour m’acclamer ici ?
— C’est ça !
— Dans quel but ?
— J’sais pas. Et c’est ça qui semble bizarre.
— Et pourquoi l’avez-vous fait ?
— Ben c’t’une obligation. J’ai pas envie de perdre mes allocs. Mais je me dis que si je vous aide, vous pouvez p’têtre m’aider en retour. J’ai toujours su que j’serais une star. J’pourrais jouer dans vos films.
— Qui vous a donné cette obligation ?
— Attends mon pote, d’abord on négocie ce que j’aurais en échange !

J’éclate de rire. Sacrée Isabelle. Elle a réussit le tour de force de retarder Georges Farreck tout en lui extorquant un quelconque avantage.
— Nellio, ne traîne pas ! Isabelle nous offre un répit inespéré mais les policiers ne sont vraiment pas loin.

Mécaniquement, je remets en place le printeur. D’une pression sur le clavier, je lance l’impression du liquide d’impression. Je note mentalement d’optimiser l’algorithme pour imprimer le liquide dynamiquement, en fonction de l’objet à traiter.

— Connecte-toi à l’ordinateur que j’uploade le fichier à imprimer !
— Connecter ? Mais comment ?
— Les avatars disposent de la plupart des ports standards. Regarde dans ton torse.

C’est la première loi de l’ère électrique. Depuis qu’il est possible de brancher deux appareils entre eux, le format des prises a évolué de manière aussi explosive qu’irrationnelle. Chacun tentant de créer un format standard que tout le monde utilisera. Au final, tout terminal implémente une quinzaine de ports avec l’espoir d’une intersection avec la quinzaine implémentée par le terminal d’en face.

La seconde loi, quant à elle, stipule que c’est toujours le dernier câble que vous testez qui rentre dans le trou. Loi qui se révèle, une nouvelle fois, empiriquement exacte.

— Voilà, je suis branché !
— Fichier uploadé, en cours de transfert sur l’ordinateur.
— Quoi ? Si vite ? Mais ce n’est pas possible !
— Les avatars ne passent pas par le réseau traditionnel. Trop dangereux. D’ailleurs, la pièce où tu te trouves semble être une cage de Faraday parfaitement isolée.
— Mais…
— Chaque avatar est lié au centre par quantum entanglement. Deux photons émis au même moment. L’un est stocké dans l’avatar, l’autre au centre de contrôle, le tout grâce à des ralentisseurs de lumière. Cela permet une communication instantanée dont la vitesse n’est théoriquement pas limitée.
— Je croyais que ce n’était encore qu’un prototype !
— C’est l’avantage de travailler dans un commissariat à haut tarif !
Ébahi, je tente de me reconcentrer sur ma tâche.
— Bon, je lance l’impression !
— Merde ! Les flics ! Ils sont là, j’étais distrait ! Nellio !

Un bruit d’explosion retentit soudainement dans l’entrée du laboratoire.

 

Photo par Trey Ratcliff.

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Ce texte est publié par Lionel Dricot sous la licence CC-By BE.

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Écrire un livre ? Quelle drôle d’idée !https://ploum.net/?p=4624http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20150422_222819_Ecrire_un_livre____Quelle_drole_d___idee__Wed, 22 Apr 2015 20:28:19 +0000Régulièrement, des lecteurs de mon blog ou des personnes assistant à une de mes conférences me demandent si j’ai publié des livres reprenant les idées que je développe. Malheureusement, je dois répondre que non. Et ce n’est pas dans mes projets. La raison en est toute simple : si je publiais un livre, il serait […]]]>

Régulièrement, des lecteurs de mon blog ou des personnes assistant à une de mes conférences me demandent si j’ai publié des livres reprenant les idées que je développe.

Malheureusement, je dois répondre que non. Et ce n’est pas dans mes projets.

La raison en est toute simple : si je publiais un livre, il serait déjà obsolète avant même que vous puissiez le tenir entre vos mains.

Mes idées évoluent en permanence. Je publie des billets sur ce qui m’interpelle, sur ce qui m’intéresse. Un nouveau billet peut parfois contredire un plus ancien. Ou le compléter. Chaque billet a d’ailleurs un lectorat différent, imprévu.

Un livre fige un instant passé. Il remplit pour faire plus sérieux. Si pour la fiction ou pour les expériences intemporelles le livre peut être approprié, il ne l’est plus pour un phénomène aussi mouvant que les idées et la réflexion. Si, de plus, vous le voulez sur arbre mort, diffusé par une maison traditionnelle, son obsolescence n’en sera que plus grande. Quel serait votre intérêt de lire une version longue des idées que j’ai eu il y a près d’un an ?

Pourtant, le livre garde une aura. Publier un livre fait de vous quelqu’un d’important. Les médias font énormément de bruit autour des livres. La sortie d’un livre est un événement. Être auteur publié, c’est un gage d’autorité. C’est la garantie d’être invité comme expert sur les plateaux télé, surtout si le titre est accrocheur : Et nous cédons la parole à Ploum, auteur du remarqué « Internet et ses dangers », publié chez Plouc.

Peu importe les âneries que vous ayez écrite, peu importe que votre livre se soit vendu à 200 exemplaires, vous êtes un auteur, vous êtes un expert, vous êtes détenteur de la Vérité. Car, tout texte imprimé représente la Vérité. Un blogueur, même s’il est lu par des dizaines de milliers de lecteurs, c’est un amateur. Rien à voir avec cet auteur que personne n’a lu excepté celui chargé de rédiger la critique.

C’est entièrement logique car, comme je l’expliquais dans mon billet « Il faudra la construire sans eux », les médias appartiennent à la génération de l’information centralisée dont l’élément principal reste l’imprimerie. En publiant un livre, vous devenez un média, vous faîtes partie de leur monde, ils vous soutiennent. À leurs yeux, le web n’est qu’un outil de promotion pour leurs livres, leurs émissions ou leurs journaux.

Si je publiais un livre, je le percevrais au contraire comme un outil de promotion de ce blog ! Une simple porte d’entrée pour inviter les gens à me lire sur le web, à apprendre un mode de pensée dynamique, changeant, décentralisé.

Si je publiais un livre, ce serait pour obtenir la reconnaissance d’institutions que je juge obsolètes et délétères. Des institutions qui sont des freins au progrès.

Au fond, c’est le web qui me nourrit, me fait grandir. C’est le web qui m’apporte des idées, me fait réfléchir. C’est donc sur le web que je veux contribuer et apporter ma modeste contribution.

Moi, publier un livre de non-fiction ? Vous ne voulez pas que je l’écrive à la plume sur du vélin tant que vous y êtes ? Ça aurait son charme, je le reconnais, mais en attendant je vous encourage vivement à lire sur le web. Vous verrez, c’est un nouveau monde !

 

L’illustration s’intitule « Vanité », de Pieter Claesz et est photographiée par Thomas Hawk. Vous seriez sans doute intéressé par la lecture de La mort de la presse ? Tant mieux ! et par mes techniques pour Lire rapidement sur le web.

Merci d'avoir pris le temps de lire ce billet librement payant. Prenez la liberté de me soutenir avec quelques milliBitcoins, une poignée d'euros, en me suivant sur Tipeee, Twitter, Google+ et Facebook !

Ce texte est publié par Lionel Dricot sous la licence CC-By BE.

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La liberté, c’est la poubelle !https://ploum.net/?p=4616http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20150408_191952_La_liberte__c___est_la_poubelle___Wed, 08 Apr 2015 17:19:52 +0000Comment le développement logiciel m’a appris à réfréner mes envies de consommation en jetant à la poubelle. Il est tard, vous avez travaillé toute la journée, vous avez faim. Vous ouvrez le frigo : il contient divers récipients et une dizaine de produits variés. Non, décidément, rien. Vous vous résignez à commander une pizza. C’est […]]]>

Comment le développement logiciel m’a appris à réfréner mes envies de consommation en jetant à la poubelle.

Il est tard, vous avez travaillé toute la journée, vous avez faim. Vous ouvrez le frigo : il contient divers récipients et une dizaine de produits variés. Non, décidément, rien. Vous vous résignez à commander une pizza.

C’est une journée importante. Vous voulez faire une bonne impression. Vous ouvrez votre garde-robe. Elle déborde. Deux t-shirts en tombent. Vous la refermez : non, décidément, vous n’avez plus rien à vous mettre. Il devient urgent d’aller au magasin. Et justement ce sont les soldes…

Le point commun de ces deux situations ? Le paradoxe du choix !

Bien connu des concepteurs de logiciels, le paradoxe du choix stipule que présenter des choix à l’utilisateur offre une mauvaise expérience. En effet, lorsque nous sommes confrontés à une décision, nous avons inconsciemment la conviction qu’il existe une solution meilleure que les autres, optimale. Nous ne voyons pas un choix comme une option mais bel et bien comme un test qui nous met au défi de retrouver la meilleure solution. Avec la crainte sous-jacente de ne pas choisir la bonne.

Le stress induit par le choix est particulièrement flagrant auprès des débutants en informatique : confrontés à une boîte de dialogue, ils paniquent au point d’être incapable de lire rationnellement. En désespoir de cause, ils ferment la boîte de dialogue en utilisant la croix afin d’éviter de faire un choix.

Ce stress du choix est omniprésent dans notre société de consommation. Des milliers de produits, des milliers de marques qui célèbrent « la liberté de choix ». Or, comme dit ci-dessus, cette liberté n’est que factice et est au contraire contraignante.

Face à tant de choix, nous préférons nous laisser guider, rôle rempli à merveille par la publicité. Plus subtilement, le fait d’avoir trop de choix au sein même de notre maison nous découragera, découragement que nous interpréterons comme un manque. Et qui nous poussera donc à remplir encore plus notre maison. Ce qui augmentera notre découragement et notre insatisfaction.

Plus nous achetons, plus nous possédons, plus nous éprouvons un manque et le besoin d’acheter !

Ayant pris conscience de cela, chaque fois que j’ai l’impression d’avoir un manque de vêtements, que j’éprouve le besoin d’acheter du neuf, je trie et je jette ou je porte à donner une grande partie (parfois jusqu’à la moitié) de mes vêtements existants. L’effet est saisissant : j’ai réellement l’impression d’avoir renouvelé ma garde-robe. Réduire mes choix me procure une impression paradoxale d’avoir désormais plus de choix.

Sans que nous nous soyons concertés, ma compagne a fait de même avec les armoires de la cuisine, jetant ce qui était périmé et non-mangeable, donnant ce que nous ne consommerions sans doute jamais, cuisinant ce qui était périmé mais mangeable. Le résultat a été également sans appel : nous avons beaucoup moins le besoin de commander ou de manger à l’extérieur. Le frigo, qui n’a jamais été aussi vide, contient toujours de quoi préparer un repas.

Jeter, c’est regagner sa liberté, ses choix ! Jeter est une véritable satisfaction et procure un réel sentiment de libération.

Par un amusant retour aux sources, j’ai réalisé que cette conclusion s’appliquait également… au développement logiciel ! J’ai vécu récemment l’exemple d’un client demandant à chaque fois des nouvelles fonctionnalités puis, après plusieurs mois, se plaignant que l’interface était trop complexe.

Il est facile de remettre la faute sur le client, de dire qu’il ne sait pas ce qu’il veut. Mais, au fond, nous sommes en tant qu’utilisateurs face à un logiciel comme face à un frigo ou une garde-robe : si nous éprouvons le besoin de rajouter une fonctionnalité, c’est que le logiciel en comporte trop. Il est temps de jeter des fonctionnalités, de le simplifier.

Finalement, faire des économies ou regagner sa liberté est assez simple : Jetez lorsque vous avez envie de consommer, simplifiez lorsque vous éprouvez le besoin de rendre complexe.

Jetez pour consommer moins !

 

Photo par Jes. Vous pourriez être également intéressé par la cueillette des biens matériels.

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Ce texte est publié par Lionel Dricot sous la licence CC-By BE.

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Je ne veux plus conduire !https://ploum.net/?p=4603http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20150316_170454_Je_ne_veux_plus_conduire__Mon, 16 Mar 2015 16:04:54 +0000Je ne veux plus conduire car j’ai l’impression de perdre mon temps. Lorsque je conduis, je ne peux ni lire, ni écrire, ni admirer, ni respirer, ni rêver, ni me défouler, ni aimer, ni faire plaisir, ni me faire plaisir. 1h30 de conduite par jour, et on y est plus vite qu’on ne l’imagine, représente […]]]>

Je ne veux plus conduire car j’ai l’impression de perdre mon temps. Lorsque je conduis, je ne peux ni lire, ni écrire, ni admirer, ni respirer, ni rêver, ni me défouler, ni aimer, ni faire plaisir, ni me faire plaisir. 1h30 de conduite par jour, et on y est plus vite qu’on ne l’imagine, représente un sacrifice de 10% de notre temps éveillé, 10% de notre vie.

Je ne veux plus conduire car la conduite est morbide. Assis, sans pouvoir bouger, mes muscles s’atrophient, se contractent, se rigidifient. La position force mes poumons à se refermer. De toutes façons, je ne fais que respirer les gaz d’échappement de ceux qui me précèdent. Il suffit de voir la couleur que prend la neige au bord d’une route pour réaliser que nos poumons font de même. Au fond, conduire n’est pas très éloigné de la torture physique.

Je ne veux plus conduire car je n’aime pas risquer ma vie en permanence. Lancé dans un bolide de métal à des vitesses folles, mon esprit doit être en permanence alerte, aux aguets. Je dois prévoir les comportements erratiques des autres conducteurs, anticiper les conditions difficiles. Ma vie est en jeu ! Si je l’oublie et que je me détends, bercé par l’habitude d’un trajet journalier et la confiance en mes talents, je ne fais qu’ignorer un danger exacerbé par mon insouciance. Et je me transforme en criminel potentiel…

Je ne veux plus conduire car je ne veux plus soutenir le véritable culte qui entoure désormais l’automobile. D’utilitaire, elle est devenue religion. Les constructeurs les font brillantes et volontairement fragiles. L’adoration liturgique se fait dans les grands salons annuels et dans les discussions de tous les jours. Effleurer une voiture en stationnement la fera hurler, y laisser une griffe, même ténue et involontaire, vous transformera en ennemi public, en criminel haï et poursuivi. Rien que critiquer le dieu automobile fait de moi un paria.

Je ne veux plus conduire car toute notre société est aux ordres de l’automobile. Tous nos paysages sont entièrement adaptés à la conduite. Nos routes ne déservent plus nos maisons, ce sont nos maisons qui déservent les routes. De monstrueuses arches de bétons s’élèvent autour des villes et à travers les campagnes. Un grondement continu rugit et assourdit. Personne n’oserait bloquer, ne fut-ce que quelques minutes, les passages d’automobiles. Alors qu’au même endroit il n’est pas rare de laisser des trottoirs ou des pistes cyclables encombrées pendant des mois, forçant les non-automobilistes à risquer leur vie. C’est bien simple : me rendre à vélo au travail compte plus de kilomètres qu’en voiture car les voies rapides les plus directes sont strictement réservées aux automobiles.

Je ne veux plus conduire car l’automobile est devenue une guerre. J’ai vu trop de sacrifices, de jeunes vies fauchées. Les personnes que j’ai connues et qui sont mortes avant leur 50 ans ont, dans leur immense majorité, été tuées par l’automobile. Certains qui ne sont pas morts sont restés handicapés à vie. Aujourd’hui encore, malgré parfois plusieurs lustres, je revis régulièrement ces terribles secondes où j’ai appris la mort d’un proche, d’une fréquentation ou d’une vague connaissance. Je reste profondément choqué par la violente soudaineté de ces injustices. Tout en sachant que je pourrais bien être la prochaine victime ou le prochain assassin.

Je ne veux plus conduire car quand je vois des jeunes pleins de vie dilapider leur premier salaire dans l’automobile, quand je les vois faire vrombir leur moteur, faire crisser les pneus, je sais qu’un jour ils se retourneront contre nous, qu’ils nous montreront leurs blessures, leurs morts, leur terre meurtrie et qu’ils nous diront : “Pourquoi nous avez-vous enseigné cette religion ? Pourquoi nous avez-vous laissé faire ? Pourquoi avez-vous retardé toutes les innovations qui permettaient de se débarrasser de l’automobile ? Est-ce que l’industrie de l’automobile méritait une seule de nos vies ?”.

Je ne veux plus conduire car je sais que mes descendants me regarderont comme un criminel en me disant “Tout cela uniquement dans le but de se déplacer ?”. Et ils auront raison.

 

Photo par F Mira. Lectures suggérées : La proclamation, L’inauguration du RER, La voiture, 1er front de la guerre à l’innovation.

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Comment pourrait-il en être autrement ?https://ploum.net/?p=4596http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20150303_224558_Comment_pourrait-il_en_etre_autrement__Tue, 03 Mar 2015 21:45:58 +0000Les méandres de la psychologie humaine font que, du cyclisme à la politique, on peut être un honnête tricheur, un menteur qui dit la vérité et un corrompu de bonne foi. Et si ce n’était pas les hommes qui corrompaient les institutions mais bien les institutions qui, par construction, ne laissaient aucun choix aux hommes […]]]>

Les méandres de la psychologie humaine font que, du cyclisme à la politique, on peut être un honnête tricheur, un menteur qui dit la vérité et un corrompu de bonne foi. Et si ce n’était pas les hommes qui corrompaient les institutions mais bien les institutions qui, par construction, ne laissaient aucun choix aux hommes ?

 

J’ai toujours imaginé qu’un jeune cycliste qui débutait devait être idéaliste. Il devait avoir entendu parler de dopage. Peut-être même l’avoir constaté. Mais lui s’en passerait. Quitte à ne pas toujours gagner. Son talent compenserait. Et puis gagner une seule étape était l’objectif de sa carrière, pas enfiler plusieurs grands tours.

Au fur et à mesure, il avait rencontré des difficultés. Des opportunités s’étaient présentées. Suite à des conseils et à un rhume, un médicament l’avait beaucoup aidé pour la course du lendemain.

Était-ce du dopage ? Certainement pas. Et puis, au fond, qu’est-ce que le dopage ? Une liste arbitraire de produits ? Sans le médicament, les performances s’écroulaient. Mais cette substance combinée à un traitement particulier du soigneur de l’équipe avaient un effet revigorant. Sans pour autant être du dopage. Pas du « vrai ».

Et puis il y a eu cette course. La veille, il se sentait un peu patraque. Mais il y avait un gros contrat de sponsoring à la clé s’il terminait dans les dix premiers. Il y avait une prime qui couvrirait amplement les travaux de la maison pour laquelle il s’était endetté. Ce n’était juste qu’une fois. Pas vraiment du dopage comme on en parle dans les journaux avec des grosses seringues. Non, juste une aide. Juste une fois.

Lorsque la nouvelle de sa disqualification est parue dans les journaux, le cycliste a fondu en larmes. Non, il ne s’était jamais dopé. Pas « vraiment ». Pas « dopé ». C’était injuste. Et puis il était un de ceux qui prenaient le moins de produits alors qu’il obtenait des résultats. Il était honnête. Il se croyait très sincèrement victime d’une injustice.

Non il ne mentait pas ! Il était profondément convaincu. Ce n’était pas vraiment du dopage. Au fond, qu’est-ce que le dopage ? Et puis, entre nous, avait-il seulement le choix ? Comment aurait-il pu faire autrement ?

 

*

Après des années de militantisme politique et suite à un concours de circonstances impliquant plusieurs démissions, vous voilà assis dans un bureau occupant vos premières fonctions d’élu. Vous ne pouvez vous empêchez d’être fier. Idéaliste, vous voyez là enfin un moyen d’agir, de rendre le monde qui vous entoure meilleur, plus humain, plus juste.

Votre travail, vous le réalisez très vite, consiste à dépenser l’argent public. Mais attention, vous allez faire ça correctement ! En bon gestionnaire ! Même si c’est la première fois de votre vie que vous avez le pouvoir de distribuer des millions, vous ne comptez pas vous laisser éblouir.

Sur votre bureau se trouve une demande pour subsidier l’organisation d’un festival de musique ésotérique.

Vous n’avez jamais entendu parler de musique ésotérique mais vous avez l’attention attirée : l’organisateur n’est autre qu’un ami d’enfance ! Le dossier est bien ficelé et ce festival a lieu chaque année. Ça a l’air très bien. La requête n’est que de 100.000€. Une paille dans votre budget ! Bref, vous ne voyez pas de raison de refuser cela à un ami d’enfance et vous accordez le budget.

Le lendemain, votre neveu vous annonce qu’il cherche un boulot comme graphiste. Au cours de la conversation, il vous apprend qu’il puise son inspiration dans la musique ésotérique. Cela vous donne une idée. Vous passez un rapide coup de fil à votre ami d’enfance pour lui annoncer que vous avez accordé le subside. Et vous demandez si le festival, fort de ce subside, n’aurait pas besoin des services d’un graphiste. Votre ami demande les coordonnées de votre neveux.

Vous êtes satisfait, vous avez rendu service à tout le monde. Vous vous sentez utile.

Quelques semaines plus tard, vous recevez une demande pour un festival similaire. En toute honnêteté, vous refusez. Un festival de musique ésotérique, c’est bien assez. Même si, cette fois, la demande émane d’une grande société spécialisée dans l’organisation de ce type d’événements.

Le lendemain, le directeur de la boîte de production vous appelle pour demander un rendez-vous. Une fois dans vos bureaux, il demande les raisons de votre refus. Vous les exposez. Le directeur vous annonce alors qu’il a découvert que le festival dont vous parlez est organisé par un de vos amis. Et que c’est dommage de favoriser ses amis.

Vous êtes estomaqués ! Vous ne favorisez pas vos amis. C’est juste que son festival a demandé les subsides avant, des subsides deux fois moins importants et qu’il a lieu chaque année. N’est-ce pas suffisant ?

Le directeur de la boîte de production propose alors de racheter la société organisant le festival actuel. Vous organisez donc une réunion avec votre ami et ce directeur.

Votre ami argue que la structure actuelle est une organisation sans but lucratif. Le directeur propose alors de racheter les droits à l’image et le nom pour 50.000€. Votre ami sera également engagé par la société comme organisateur et touchera un bon salaire. Vous placez alors le fait que votre neveu est également employé par l’association. Le directeur vous promet de l’engager.

L’affaire est conclue et vous participez à la mise en place de tout ce processus, en dehors de vos heures de travail. Le directeur vous demande alors d’envoyer vos factures pour vos heures prestées sur ce dossier. Le directeur lui-même veut bien payer « jusqu’à 200h de travail ». Vous créez en catastrophe une société avec votre époux afin d’établir cette facture au tarif de 100€ de l’heure.

L’année d’après, vous découvrez que le subside demandé est passé à 200.000€. Mais le festival a grandi, c’est normal, vous l’accordez.

Comme vous avez gagné 20.000€ avec le festival précédent, vous prenez conscience que vous êtes doué. Le tarif n’est-il pas proportionnel à la compétence ? Dire qu’il vous fallait un an pour gagner une telle somme auparavant ! Enfin, vous avez trouvé votre voie, votre talent ! Vous proposez alors à votre ami d’organiser le lancement d’un autre type de festival afin d’également revendre le concept. Cette fois-ci, vous créez une société directement avec votre ami. Mais votre ami crée une ASBL qui sous-traitera l’organisation à la société en question. Parce qu’on ne peut pas donner de subsides à une société. Votre société s’appelle donc désormais « Festival Consult ».

Votre ami démissionne officiellement pour continuer à occuper les mêmes fonctions qu’avant mais cette fois en faisant facturer ses heures via Festival Consult. Une excellente idée. De plus, cela lui permet de payer moins d’impôts. La grande société vous demande également des conseils dans l’organisation de plusieurs autres festivals et vous pouvez facturer votre expertise.

Une feuille de chou à sensation s’empare soudain de l’affaire et vous découvrez que vous êtes accusé de corruption. Corruption ! 
Vous ? Jamais ! Quel scandale ! Vous n’avez fait que mettre vos compétences dans vos heures de loisir au service de l’organisation de festivals musicaux.

Vous ne comprenez même pas ce que qu’on vous reproche. Vous ne pouvez qu’être innocent. D’ailleurs, qu’est-ce que la corruption ? Si c’était à refaire, vous ne voyez même pas ce que vous pourriez changer ! En toute honnêteté, comment auriez-vous pu agir autrement ?

 

Photo par Coolmonfrere.

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La fin de la publicité chez Apple ?https://ploum.net/?p=4590http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20150228_182053_La_fin_de_la_publicite_chez_Apple__Sat, 28 Feb 2015 17:20:53 +0000À moins de vivre sur une autre planète, vous ne pouvez avoir manqué l’annonce faite par Tim Cook lors de la dernière keynote d’Apple. Le moins que l’on puisse dire c’est qu’Apple s’y entend pour créer le buzz. Et que vous soyez un Apple fanboy ou, au contraire, profondément indigné par cette annonce, force est […]]]>

À moins de vivre sur une autre planète, vous ne pouvez avoir manqué l’annonce faite par Tim Cook lors de la dernière keynote d’Apple. Le moins que l’on puisse dire c’est qu’Apple s’y entend pour créer le buzz. Et que vous soyez un Apple fanboy ou, au contraire, profondément indigné par cette annonce, force est de constater que nul ne peut rester indifférent.

Car, malgré un chiffre d’affaire record, l’année 2016 était placée par de nombreux analystes comme l’année de tous les dangers pour la firme de Cupertino.

Après le rachat définitif de Cyanogenmod par Microsoft et le mode compatibilité annoncé dans Windows 11, Android s’est installé définitivement comme la plateforme mobile de référence, depuis les montres aux télévisions géantes en passant par les liseuses et les ordinateurs. Après les Chromebooks de Google, les Kindle Amazon et les télévisions Samsung, c’est au tour de Microsoft de se rendre 100% compatible avec les applications Android.

Une aubaine pour les développeurs qui ne doivent plus développer que pour une seule plateforme ? Non car une plateforme résiste encore et toujours à l’envahisseur : Apple, jadis la préférée des développeurs, elle est aujourd’hui subtilement délaissée. Il n’est plus rare de trouver des applications tournant sur Android mais sans équivalent sur Iphone, chose impensable il y a seulement deux ans.

Apple en difficulté et en perte de vitesse ? Même si la faiblesse est toute relative, Google ne pouvait laisser passer l’occasion de porter un coup fatal à son adversaire. Rompant la trêve tacite de non-aggression, les avocats du géant de Mountain View ont donc décidé de porter plainte contre Apple pour utilisation illégale de plusieurs brevets. Brevets majoritairement dédiés à l’affichage de publicités dans les applications mobiles et les app stores. L’idée est très simple : priver Apple d’une partie substantielle de ses revenus tout en forçant le paiement d’une amende salée.

Mais la réponse de Tim Cook avant-hier a laissé Internet sans voix.

Désormais, les publicités ne seront tout simplement plus acceptées dans les applications sur l’App Store. Safari intégrera par défaut un bloqueur de publicités. Un ouragan dans le monde du mobile. Une véritable révolution pour toute l’industrie du logiciel.

« Apple a pour mission d’offrir la meilleure expérience à ses utilisateurs. Une expérience de confort, de luxe et de productivité, a déclaré Tim Cook, évitant toute référence directe au litige en cours. La publicité ne répond pas à ces critères. Pire, la plupart des applications embarquant de la publicité le font dans le but de dégrader l’expérience afin de convaincre l’utilisateur de passer à la version payante. »

Mais la firme ne compte pas s’arrêter là.

« Nous allons progressivement mettre en place un abonnement qui donnera accès gratuitement à toutes les applications de l’app store, sans aucune restriction. Les auteurs des applications toucheront un pourcentage de cet abonnement en fonction du nombre d’utilisateurs et de l’usage de ces applications. Nous espérons de cette manière mettre en place un système plus égalitaire et plus intéressant pour les petits développeurs mais également plus simple et plus efficace pour les utilisateurs, qui peuvent installer et désinstaller en fonction de leur besoin. Nous poursuivons donc la logique Pay Once and Play mise en place en 2015. »

Pour la plupart des éditeurs de contenus vivant de la publicité, la nouvelle est une catastrophe. Certains organismes de presse envisage même d’attaquer Apple en justice. Mais comme l’a expliqué Tim Cook, les alternatives existent.

« Depuis des années, les produits Apple bloquent automatiquement les tentatives d’intrusions et d’installations de logiciels malveillants. Techniquement, la publicité peut être perçue comme l’installation d’un logiciel malveillant dans le cerveau de l’utilisateur. D’un point de vue éthique, une société qui a la vocation de servir ses utilisateurs ne peut pas ne pas les bloquer. »

« Quand aux sites webs qui vivent de la publicité, nous les encourageons à developper une application dédiée. Cela leur permettra de toucher un pourcentage sur les abonnements à l’App Store souscrit par leurs utilisateurs. Ils pourront donc se concentrer à satisfaire leurs utilisateurs et non plus les intermédiaires du monde de la publicité. »

Sur Twitter, les messages se déchainent et les plus cyniques ont bien entendu relevé l’hypocrisie du fait qu’Apple est une entreprise au marketing particulièrement rodé dont les publicités sont dans toutes les grandes villes. Le compte Twitter officiel d’Apple y a d’ailleurs répondu :

There’s a thin line between informations and advertising.

(La frontière est floue entre l’information et la publicité)

Our goal is to ensure that our communication is like our product : efficient, elegant, useful and never intrusive.

(Notre objectif est que notre communication soit comme nos produits : efficace, élégant, utile mais jamais intrusif)

Quoiqu’il en soit, voici une nouvelle qui va certainement faire bouger les choses et qui, à termes, pourrait s’avérer bénéfiques pour les utilisateurs.

 

Photo par Mike Deerkoski.

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Trouvez le job de vos rêves avec Facebook !https://ploum.net/?p=4582http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20150125_214126_Trouvez_le_job_de_vos_reves_avec_Facebook___Sun, 25 Jan 2015 20:41:26 +0000Mark Zuckerberg vient de se saisir du micro. Les applaudissements se sont tus. Comme à son habitude, le jeune prodige de la Silicon Valley est à la fois décontracté et mal à l’aise. — En janvier 2015, il y a tout juste un an, des chercheurs ont démontré que ce que nous likons sur Facebook […]]]>

Mark Zuckerberg vient de se saisir du micro. Les applaudissements se sont tus. Comme à son habitude, le jeune prodige de la Silicon Valley est à la fois décontracté et mal à l’aise.

— En janvier 2015, il y a tout juste un an, des chercheurs ont démontré que ce que nous likons sur Facebook permet de dessiner un profil psychologique de notre personnalité. Ce profil est plus précis que ce que nos amis pensent de nous, ce que nos proches pensent de nous et même de ce que nous même pensons être notre personnalité. Facebook nous connait donc mieux que nous nous connaissons nous-mêmes !

Silence dans l’assemblée. Le ton tranche étrangement avec les habituelles conférences de presse ponctuées de “Awesome ! Awesome !”.

— Dans un sens, cela fait peur. Moi-même, je l’avoue, j’ai eu un instant de doute en apprenant cette nouvelle.

Dans la salle de conférence plongée dans la pénombre, on entendrait un drone voler. Même le sempiternel cliquètement des claviers s’est éteint.

— Puis je me suis souvenu que si ce merveilleux outil nous connait mieux que nous-mêmes, il ne reste qu’un outil. Un outil n’est ni bien, ni mal. Il ne fait qu’accomplir la volonté de son utilisateur. Pourquoi ne pas profiter de cette aubaine pour améliorer sensiblement la vie de chacun ? Transformer notre peur irrationnelle en outil au service du bien !

Il fait quelques pas sur la scène et s’approche d’un membre de l’assistance.

— Est-ce que votre travail vous prend beaucoup du temps ?
— Euh oui, bredouille la journaliste dans le micro qui lui est tendu. Les voyages, les relectures, les corrections, ça prend beaucoup de temps.
— Il vous prend beaucoup de temps. Mais est-ce que cela vous plait ?
— Euh… oui. Oui, certainement, ajoute la reporter d’une voix incertaine.
— Est-ce le meilleur travail que vous puissiez faire en ce moment ? Celui qui est le plus enrichissant ?
— Je n’en sais fichtre rien !
— Vous n’en savez rien !

Le mondialement célèbre CEO remonte sur l’estrade.
— Elle n’en sait rien. Et vous n’en savez rien non plus ! Même moi je n’en sais rien. Nous consacrons la plus grande partie de notre temps et de nos efforts à une activité dont nous ne savons pas si elle est celle qui nous convient. En fait, selon nos algorithmes, 67% de nos utilisateurs sont frustrés par leur travail ! Ne pourrait-on pas les aider ?

Il fait une pause et adresse un clin d’œil à l’assemblée.

— C’est pourquoi nous avons conçu Facebook Dream Job. Facebook Dream Job est une fonctionnalité presqu’invisible qui va analyser les personnalités mais également les interactions des personnes au sein d’une entreprise afin de vous suggérer l’entreprise la plus adaptée à votre personnalité. La proximité de votre domicile ou, si vous êtes voyageur, la possibilité d’un déménagement sont pris en compte. Les entreprises qui recrutent peuvent, sur leur page Facebook, poster des offres d’emploi. Comme votre degré d’intéressement à votre travail est également mesuré grâce à vos activités Facebook, si un job apparement plus intéressant que l’actuel apparaît, il vous sera automatiquement suggéré. Les entreprises utilisant Facebook for Business se verront automatiquement suggérer des profils susceptibles de renforcer leurs équipes.

L’audience se lève d’un coup. Le brouhaha est général. Les mains se lèvent.

— Mark ! Mark ! Ne trouvez-vous pas que vous forcez la main aux utilisateurs, que vous envahissez leur vie et leurs sentiments ?
— Nous ne prenons aucune décision. Lorsque vous cherchez un travail, vous allez sur des sites spécialisés et vous vous fiez à la chance. Nous ne faisons que rendre automatique ce processus, nous vous affichons une annonce. Libre à vous d’y répondre ou non.
— Mark ! Mark ! Ne craignez-vous pas de faire concurrence à Linkedin ?
— À une époque où le travail et la vie privée sont étroitement mêlé, je pense que Facebook est le mieux placé pour améliorer la vie professionnelle de ses utilisateurs. Le succès de Facebook for Business l’illustre amplement.
— Mark ! Mark ! Quel est le business model ?
— Nous n’avons pas besoin de business model pour chaque fonctionnalité. Notre business model, c’est de rendre les gens plus heureux, plus épanoui.
— Mark ! Mark !
— …

*

Le programme Facebook Recruitement Care

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— Notre programme Facebook Recruitement Care est extrêmement confidentiel. En signant ce contrat, vous vous engagez en ne pas en révéler l’existence.
— Je sais, je sais. Finissons-en !
— Je tiens à préciser les termes exacts : votre ingénieur clé, dont le profil Facebook est identifié sur le contrat, ne verra plus d’annonces pour des opportunités soumises par Facebook Dream Job. S’il consulte Dream Job manuellement, il se verra répondre que son travail actuel est idéal pour sa personnalité.
— Oui, c’est ce que j’ai demandé.
— Par contre, s’il cochait activement l’option “Je veux changer de travail, suggérez-moi des opportunités”, de son panneau de configuration, le comportement normal sera restauré.
— Il n’y pas moyen de l’empêcher ?
— Non, absolument pas. Le contraire révélerait l’existence de ce programme.
— Peut-être pourrais-je en être simplement informé ?
— Voyons ! Que faîtes vous de l’éthique ?
— Oui, pardon. Et bien, je suppose que je n’ai pas le choix.
— Signez ici ! Le contrat est renouvelable annuellement. Nous attendons votre paiement.

 

Images par Marco Paköeningrat et Sean MacEntee.

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Je suis un prisonnierhttps://ploum.net/?p=4573http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20150117_111729_Je_suis_un_prisonnierSat, 17 Jan 2015 10:17:29 +0000Un homme a sacrifié son mariage, sa vie de famille et a délaissé l’éducation de ses enfants afin de subvenir aux besoins de son frère handicapé. Et il a toujours considéré ce sacrifice comme allant de soi. Jusqu’au jour où… Rendez-vous ici pour visionner le court-métrage et connaître la suite. N’hésitez pas à soutenir le […]]]>

Un homme a sacrifié son mariage, sa vie de famille et a délaissé l’éducation de ses enfants afin de subvenir aux besoins de son frère handicapé. Et il a toujours considéré ce sacrifice comme allant de soi. Jusqu’au jour où…

Rendez-vous ici pour visionner le court-métrage et connaître la suite. N’hésitez pas à soutenir le court-métrage s’il vous a plu.

 

« Je suis un prisonnier » est le premier court-métrage dont j’ai écrit le scénario sans l’avoir réalisé moi-même. Réalisé par Thomas van der Straeten dans le cadre du Festival Nikon, l’écriture de « Je suis un prisonnier » était assortie de lourdes contraintes : 140 secondes max, le thème du choix, un titre commençant par « Je suis… » et un budget minimal. Cette très courte durée m’a donc donné l’idée d’utiliser le titre non pas comme un élément descriptif mais comme un élément explicatif de l’histoire. Finalement, c’est peut-être un peu obscur…

Écrire un scénario sans le réaliser soi-même a été une expérience nouvelle pour moi et particulièrement instructive. En effet, plus question de combler les lacunes du scénario au moment du tournage voire du montage (cela m’est arrivé de tourner en catastrophe une scène en cours de montage). Au vu du résultat, je note plusieurs points :

  • Travailler avec Thomas est un plaisir ! Il a une vision claire du rôle de réalisateur/chef de projet et m’a fait énormément confiance pour le scénario tout en étant très pertinent dans ses remarques.
  • Contrôler la durée tout en préservant la compréhension est ce qu’il y a de plus complexe. Ici, à force de raccourcis, il n’est par exemple pas évident que les frais d’hôpitaux du personnage principal sont engendrés par son frère handicapé. Une simple phrase qui, a force d’être retravaillée, a perdu un peu de sa force. Leçon à retenir !
  • Le vocabulaire doit être adapté à l’acteur. J’ai visionné la vidéo du casting et je n’ai pas pensé à retravailler le monologue qui ne semble pas du tout naturel pour le personnage tel que l’acteur l’interprète. C’est également une leçon que j’imprime.
  • C’est génial de voir quelqu’un d’autre mettre en image les idées que j’ai imaginé. Et d’en ressortir des émotions, des concepts auxquels je n’avais même pas pensé !

Moralité : c’est en forgeant qu’on devient forgeron. Alors que j’ai toujours rêvé d’être acteur, réalisateur et scénariste, je me rends compte que le scénario est l’élément qui m’intéresse le plus et me passionne. J’ai donc une réelle envie de continuer dans cette voie et je suis ouvert aux propositions de collaborations, dans les limites de mon agenda. Appel aux réalisateurs en manque d’idées !

Et bravo Thomas pour ta première réalisation et notre première collaboration. J’espère qu’il y en aura d’autres.

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Ce texte est publié par Lionel Dricot sous la licence CC-By BE.

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La cueillette des biens matérielshttps://ploum.net/?p=4536http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20150112_140027_La_cueillette_des_biens_materielsMon, 12 Jan 2015 13:00:27 +0000Ceci est le billet 4 sur 4 dans la série La consommation cueilletteLorsqu’un lecteur m’envoie un paiement libre d’une dizaine d’euros, j’en tire une grande fierté et une réelle source de motivation. J’ai également l’impression d’accomplir quelque chose d’important, d’utile, de nécessaire. Après tout, si les gens sont près à me payer des dizaines d’euros […]]]>
Ceci est le billet 4 sur 4 dans la série La consommation cueillette

Lorsqu’un lecteur m’envoie un paiement libre d’une dizaine d’euros, j’en tire une grande fierté et une réelle source de motivation. J’ai également l’impression d’accomplir quelque chose d’important, d’utile, de nécessaire.

Après tout, si les gens sont près à me payer des dizaines d’euros pour mon travail, n’est-ce pas légitime ?

Ce raisonnement est tenu par absolument tout commerçant. Ma compagne, qui vend des Bubble Teas à un prix non-libre tout à fait traditionnel, se fait exactement la même réflexion lorsqu’elle a eu une bonne journée.

On peut en déduire que même les pires industriels pensent de cette manière. Le cigarettier à qui vous donnez des dizaines d’euros non pas par an, mais par semaine ? Il se sent encouragé par votre argent. L’éleveur industriel de bétail aux hormones ? Il se sent utile grâce à votre choix d’une entrecôte sous blister grosse et pas chère.

La consommation cueillette peut-elle améliorer la situation ?

 

Étape 1 : la cueillette

J’ai donc décidé de maintenir une liste de mes envies d’achats. Cette liste ne comporte pas les achats quotidiens récurrents ni les biens culturels mais toutes les autres envies : un nouveau vélo, un gadget électronique, un abonnement à un service web, un accessoire, de l’équipement, des vêtements. Bref, à peu près tout.

Personnellement, je garde cela dans une note Evernote.

Lorsqu’une envie apparait, j’en prends note. Si besoin, je passe du temps de recherche à affiner mon envie : trouver le modèle exact qui me conviendrait le mieux, les éventuelles options, les accessoires, etc.

À côté de chaque envie, je note le prix total que cela va me coûter ainsi que, et c’est très important, la raison pour laquelle j’ai cette envie. Le fait d’écrire la raison se révèle, parfois, plus ardu que prévu. Je mets également la raison en relation directe avec le prix : suis-je prêt à payer autant pour satisfaire ce besoin particulier, indépendamment de l’objet ? Je rajoute également dans ma liste d’envies les services ou artistes gratuits que je souhaite soutenir.

Une amélioration que je n’applique pas encore pleinement est de rajouter, en plus, une note explicitant à qui va l’argent.

 

Étape 2 : la consommation

Avoir cette liste est un réel atout pour éviter les achats impulsifs. Lorsqu’une envie me vient, j’ouvre ma liste et je compare toutes mes autres envies dans la même gamme de prix.

Je réalise alors que je suis près à dépenser une certaine somme pour un achat futile alors que la même somme me permettrait d’acheter une envie que j’ai depuis plusieurs mois et dont j’éprouve de plus en plus le besoin.

Je rajoute alors ce nouveau désir impulsif dans ma liste et, parfois, je dépense malgré tout la somme mais pour une envie antérieure et confirmée.

Souvent, certaines envies sont supprimées au bout de quelques semaines, sans raison particulière.

 

Au final

Avec un outil tout simple, une liste d’envies, je suis parvenu à diminuer drastiquement mes achats impulsifs. Lorsqu’on me demande ce qui me ferait plaisir, j’ai également toujours sous la main une idée utile et pertinente.

J’ai pris le contrôle sur ma consommation et, sans la moindre douleur, j’ai découvert que je dépensais beaucoup moins.

Mais j’ai également découvert un certain sentiment de richesse ! En effet, le total des prix dans ma liste d’envies représente la somme nécessaire à combler toutes mes envies, tous mes besoins. Et, surprise, ce montant est assez peu élevé.

Du coup, j’ai parfois l’impression d’être riche. Je sais que, si je veux, je peux me payer ce dont j’ai envie. Je retrouve également plus souvent à donner des prix libres ou à soutenir les services que j’utilise. J’avais notamment ajouté l’achat d’un abonnement pro au service Pocket. Je n’en avais pas besoin, les fonctionnalités pro ne m’étant pas utile. Mais je me suis posé la question : « Si ce service m’était offert gratuitement, aurais-je envie de le soutenir ? ». La réponse m’a soudain semblé évidente…

Certains reprochent à la méthode de manquer de spontanéité. Pourtant, c’est le contraire : je m’autorise absolument la moindre envie sans hésiter. Une idée, même folle ? Je l’ajoute à liste d’envies, ça ne coûte rien ! D’ailleurs, nous fonctionnons tous plus ou moins consciemment avec des listes d’envies. Si vous ne prenez pas le temps de structurez la vôtre, d’autres le feront à votre place. Ce que vous pensez être spontané n’est souvent qu’une envie sournoisement instillée dans votre liste grâce au marketing ou à la publicité.

En séparant la cueillette de la consommation, je pose un geste politique fort, je fais des économies et je me sens, contre toute attente, satisfait et comblé. Étonnant, non ?

 

Photo par Igal Kleiner.

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Le mur du cimetièrehttps://ploum.net/?p=4559http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20150111_115320_Le_mur_du_cimetiereSun, 11 Jan 2015 10:53:20 +0000Déambulant le long du vieux mur de briques qui sépare le cimetière des humains de celui des robots, le promeneur trouvera une plaque commémorative gravée d’un fémur croisé avec un ressort. On peut y lire, en français et en binaire : « À Alfred Janning, qui ne sut choisir ».   Cette histoire est un fifty, […]]]>

Déambulant le long du vieux mur de briques qui sépare le cimetière des humains de celui des robots, le promeneur trouvera une plaque commémorative gravée d’un fémur croisé avec un ressort. On peut y lire, en français et en binaire : « À Alfred Janning, qui ne sut choisir ».

 

Cette histoire est un fifty, une histoire de pile 50 mots. Elle m’a été inspirée par le concours Fifty Cyberpunk de Saint Epondyle. Photo par fauxto_digit.

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Éradiquons la source du terrorisme !https://ploum.net/?p=4543http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20150110_152938_Eradiquons_la_source_du_terrorisme__Sat, 10 Jan 2015 14:29:38 +0000Ne nous voilons pas la face, faisons fi du politiquement correct : il est désormais évident que la plupart des terroristes sont issus d’une partie bien identifiée de la population. Certes, la majorité des individus la composant ne deviennent pas terroristes. Mais cette population reste néanmoins le terreau, le berceau qui permet à l’horreur de […]]]>

Ne nous voilons pas la face, faisons fi du politiquement correct : il est désormais évident que la plupart des terroristes sont issus d’une partie bien identifiée de la population.

Certes, la majorité des individus la composant ne deviennent pas terroristes. Mais cette population reste néanmoins le terreau, le berceau qui permet à l’horreur de grandir et d’exister.

Aujourd’hui, je pense qu’il est indispensable d’ouvrir les yeux et de prendre des mesures pour éradiquer cette partie de la population, pour faire en sorte qu’elle ne puisse plus exister dans nos pays. Nous n’avons rien à attendre des politiques ou de l’état. Nous ne pouvons compter que sur nous-mêmes. Et nous en avons les moyens. Aujourd’hui, individuellement, nous pouvons prendre des mesures, nous pouvons lutter afin de réduire cette partie de la population qui donne naissance au terrorisme : la classe sociale humainement pauvre et peu éduquée.

 

Le premier réflexe

Notre premier réflexe après une agression est bien entendu de haïr, de souhaiter la mort. On amalgamera sans discernement. Par exemple, si les aléas de l’histoire font qu’il y’a proportionnellement plus d’Arabes parmi la classe pauvre et peu éduquée que parmi la classe riche, on associera les Arabes au terrorisme, oubliant que c’est la pauvreté et la misère intellectuelle qui sont en cause, que corrélation n’implique pas causalité. Et que, peut-être, les Arabes ne sont pas la majorité des terroristes mais ceux dont les médias parlent le plus.

Dans un second temps, toujours pris par l’émotion de l’agression, on voudra se défendre, se venger, se protéger. Dans l’urgence, nous prendrons des mesures qui seront, au mieux, inutiles face au terrorisme.

Car il leur suffit d’une tentative d’attentat, même complètement ratée, pour terrifier. Il leur suffit d’un seul et unique mort pour réussir.

Empêcher tout attentat terroriste par la force est donc illusoire et dangereux. Se défendre avec les armes des terroristes, c’est accepter la guerre, c’est leur faire l’honneur de les reconnaître comme ennemis, c’est se mettre à leur niveau.

Porter une arme, c’est bâtir un monde où posséder une arme est nécessaire. Soutenir la peine de mort, c’est bâtir un monde où tuer est acceptable. Encourager la surveillance, c’est bâtir un monde d’insécurité où la surveillance est indispensable.

Paradoxalement, en luttant de front contre les terroristes, nous augmentons l’insécurité et la violence. Nous coopérons avec eux pour bâtir le monde qu’ils cherchent à construire. Nous leur donnons raison.

 

Offrons l’humanité

Pour pouvoir tuer de sang-froid, avec préméditation et sans discernement, il faut avoir perdu toute notion d’humanité. Il faut avoir appris à haïr l’humain, le détester. Il faut n’avoir jamais reçu d’humanité.

Grandissant dans la haine, n’ayant jamais été reconnu, félicité, admiré, aimé par les autres humains, il est tellement facile de perdre toute considération, de se réfugier dans la première superstition surhumaine venue puis de l’utiliser comme un prétexte afin d’assouvir sa rage.

Nous sommes tous coupables d’oublier d’offrir de l’humanité à toute une couche de la population. Nous l’endoctrinons à la consommation, nous lui offrons une fausse image de luxe obscène. À la première incartade, nous la brimons et nous l’accusons de tous nos maux. Nous qui avons une vie confortable et luxueuse, nous accusons ceux qui peinent pour survivre de ne pas faire d’efforts et d’être coupables du fait que nous ayons un peu moins de luxe ce mois-ci.

Combien de vies auraient été sauvées si chaque terroriste avait, au cours de sa vie, rencontré une seule personne qui lui aurait dit : « Tu es quelqu’un de bien. Tu as du talent. Tu es unique. Tu n’es pas un adjectif, une culture, un compte en banque ou une superstition. Tu es un humain et tu n’as pas à te comparer à d’autres. »

 

Enseignons à apprendre

Empli de haine envers l’humanité, envieux d’une classe sociale supérieure fantasmée, l’individu sans éducation se découvre également sans sens à sa propre vie. Il tente de s’oublier dans l’alcool, la drogue jusqu’au jour où on viendra lui offrir un sens tout fait. Un but. Un objectif qui est compatible avec sa haine.

Alors arrêtez de nous casser les pieds avec vos valeurs. Elles ne sont pas meilleures que d’autres. S’il est acceptable de choisir un sens à la vie préfabriqué, alors ne vous étonnez pas si certains en choisissent un autre que le vôtre. En érigeant en idéal absolu votre sens de la vie, vos valeurs, vous justifiez que d’autres fassent la même chose avec les leurs.

Nous devons au contraire enseigner à construire un sens individuel, à refuser les solutions toutes faites, les valeurs de groupes. Celui qui a lu Proust, Hugo ou King et Rowling ne verra dans la Bible et le Coran qu’un livre de plus dont il pourra éventuellement tirer des enseignements en rejetant certaines parties. Il comprendra l’inanité d’un manifeste nationaliste ou indépendantiste.

Celui qui n’a jamais lu, émerveillé par le pouvoir de l’écriture, grisé par le fait d’apprendre, ce qui est nouveau pour lui, ne voudra plus jamais rien lire d’autre de peur de perdre cette magie initiale. Il se radicalisera et basera sa vie sur un seul et unique livre ou sur une seule et même idée. N’ayant jamais appris à être critique, il abhorrera ceux qui le sont.

Combien de vies auraient été sauvées si, avant de rencontrer un manipulateur, les futurs terroristes avaient appris à lire et à apprendre, à construire leurs propres idées, à critiquer ?

 

Ne remettons pas la lutte à demain !

Malheureusement, il est déjà trop tard pour certains. Nous allons encore connaître des attentats. Les terroristes de demain sont déjà embrigadés. Mais peut-être pouvons nous éviter cela à la génération qui nous suivra ? En refusant un monde armé, surveillé. En donnant de l’humanité à tous et en enseignant le fait d’apprendre.

Nous ne pouvons rejeter la tâche sur d’autres. Nous ne pouvons pas espérer de soutien des politiciens ni des médias. Au contraire, ils lutteront contre nous : un monde qui va bien n’est pas vendeur dans leur business model.

Au fond, éradiquer la misère humaine et la pauvreté intellectuelle, faire disparaître le terrorisme, cela ne tient qu’à chacun de nous.

 

Lectures complémentaires :
– 10 conseils concrets pour changer le monde.
– Analyse historique sur l’importance de l’écriture, des médias et de la religion.

 

[Edit 1] : Ajout d’une phrase pour clarifier le fait que je ne dis pas que les terroristes sont majoritairement Arabe (car je n’en sais rien et le savoir ne m’intéresse pas).

 

Photo par Ryan McGuire.

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La cueillette des livres, films et autres biens culturelshttps://ploum.net/?p=4531http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20150106_084301_La_cueillette_des_livres__films_et_autres_biens_culturelsTue, 06 Jan 2015 07:43:01 +0000Ceci est le billet 3 sur 4 dans la série La consommation cueilletteN’avez-vous jamais soupiré en refermant un livre parce que vous ne saviez pas quoi lire ensuite ? N’avez-vous jamais eu envie de voir des dizaines de films classiques pour vous retrouver, le soir avec des amis, sans aucune idée d’un film à suggérer […]]]>
Ceci est le billet 3 sur 4 dans la série La consommation cueillette

N’avez-vous jamais soupiré en refermant un livre parce que vous ne saviez pas quoi lire ensuite ? N’avez-vous jamais eu envie de voir des dizaines de films classiques pour vous retrouver, le soir avec des amis, sans aucune idée d’un film à suggérer si ce n’est le blockbuster dont la publicité passe en boucle dans tous les médias ?

Je suis un consommateur particulièrement vorace de livres, de films et de bandes dessinées. Historiquement, mon choix se limitait à ma bibliothèque, laquelle était enrichie ponctuellement par les achats, les cadeaux et les découvertes aléatoires dans les bouquineries.

À l’heure du web, la bibliothèque d’un pirate comme moi est virtuellement illimitée. Et, pourtant, je ne regardais que très rarement des « grands films ». Je lisais des livres « faciles » en série. L’immensité de ma bibliothèque illimitée me terrorisait et me faisait me replier dans mon petit univers connu.

J’ai donc décidé d’appliquer la consommation cueillette à ma consommation culturelle.

 

Étape 1 : la cueillette

Après moultes essais de solutions diverses, j’ai fini par établir mon panier de cueillette sur le site SensCritique, sous forme d’une « liste d’envies ».

J’y marque comme « Envies » tout film, livre, bande dessinée ou série télévisée qui m’est conseillé par une connaissance ou par un article.

Mais là où SensCritique se démarque, c’est par sa capacité de compiler des sondages. Par exemple, chaque membre du site qui le souhaite sélectionne ses 10 films de SF préférés. Les résultats sont agrégés et une liste des meilleurs films de SF est publiée. Il est également possible de « suivre » des utilisateurs qui deviennent nos « éclaireurs ». Vous pouvez, par exemple, m’ajouter comme éclaireur.

Toutes ces fonctionnalités, au final, ne servent qu’à une et une seule chose : ajouter des éléments à ma liste d’envies. Élargir mon domaine de cueillette ! Mais tout autre panier de cueillette peut bien entendu faire l’affaire.

 

Étape 2 : la consommation

Lorsque j’ai envie de regarder un film, je consulte ma liste d’envies. Lorsque j’ai finis un livre, je consulte ma liste d’envies. Lorsqu’un ami me demande quelle bande dessinée me ferait plaisir, je consulte ma liste d’envies.

Parfois, je retrouve des éléments qui sont dans ma liste pour une raison que je n’explique pas. Je n’ai pas envie de les consommer. Les critiques semblent généralement négatives, surtout chez mes éclaireurs. Alors je n’insiste pas : je supprime cet élément sans remord.

Et si, au cours d’une soirée cinéma, on me propose un film qui n’était pas dans mes envies, je me pose consciemment la question : pourquoi n’y était-il pas ? Et l’ajouterais-je à mes envies ? Si non, ne puis-je pas proposer une alternative ?

 

Étape 3 : l’action

Après la consommation, je note l’œuvre sur SensCritique et, parfois, je me risque à rédiger une critique. Le but n’est pas tant d’être lu que de marquer mon passage et de pouvoir, dans quelques années, me remémorer une œuvre particulière.

À cette étape, j’aimerais également pouvoir remercier le ou les auteurs, s’ils sont encore vivants. Malheureusement, les artistes acceptant des prix libres sont encore de rares exceptions. Dommage !

 

Au final

Tout cet effort mais pour quels résultats ? Des résultats tout simplement inespérés !

Depuis que j’applique cette méthode, mon quotient cinéphilique a effectué un bond magistral. J’ai enfin pris le temps de regarder de vieux classiques que « je me devais de voir » depuis des années. Mieux : j’ai pris énormément de plaisir à les découvrir et j’ai pris goût aux films de qualité.

Le fait de noter négativement un film parce que j’estime avoir perdu mon temps est une sorte de rappel, de marqueur inconscient. J’ai envie de regarder des films que je vais noter positivement ! Une fois désintoxiqué, je réalise à quel point les blockbusters décérébrés sont ennuyeux et écœurants.

L’effet est identique sur les livres : je lis beaucoup plus de classiques qu’auparavant. J’éprouve un besoin de qualité, de profondeur. Si je ne referme pas un livre en m’en sentant grandi, je suis déçu.

Un petit blockbuster ou un petit polar pour se vider l’esprit ? Non merci ! Je ne veux pas me vider l’esprit, au contraire, je veux le remplir, le construire, le travailler, le faire progresser ! Je ne veux pas entraîner mon cerveau à ne plus réfléchir ni l’habituer à la bêtise ! Le cerveau est un muscle qui s’atrophie quand on ne s’en sert pas.

Après les médias, la consommation cueillette s’est donc révélée donc particulièrement adaptée à la culture. Il ne manque que les spectacles, concerts et expositions ! Mais pourrait-on appliquer cette méthode à des biens matériels ? La réponse au prochain épisode !

 

Photo par Matt McGee.

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Ce texte est publié par Lionel Dricot sous la licence CC-By BE.

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La cueillette de l’actualité et des informationshttps://ploum.net/?p=4527http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20150105_084426_La_cueillette_de_l___actualite_et_des_informationsMon, 05 Jan 2015 07:44:26 +0000Ceci est le billet 2 sur 4 dans la série La consommation cueilletteLe principe de base de la « consommation cueillette » que j’ai introduit dans le billet précédent est de dissocier complètement l’acte de « récolte » de la consommation elle-même. Je maintiens donc une liste de ce que je veux consommer. Lorsque je trouve quelque […]]]>
Ceci est le billet 2 sur 4 dans la série La consommation cueillette

Le principe de base de la « consommation cueillette » que j’ai introduit dans le billet précédent est de dissocier complètement l’acte de « récolte » de la consommation elle-même.

Je maintiens donc une liste de ce que je veux consommer. Lorsque je trouve quelque chose d’intéressant à consommer, je le rajoute dans cette liste. Et lorsque j’ai envie de consommer, je choisis un élément de cette liste. J’évite, autant que possible, la consommation directe.

Les lecteurs attentifs remarqueront que j’ai auparavant critiqué les listes. Effectivement, les listes sont dangereuses lorsque l’objectif est de les vider. Dans ce cas particulier, l’objectif n’est pas de vider la liste, au contraire, mais de la garder remplie pour subvenir aux envies de consommation. Je garde également à l’esprit que la liste n’est pas une obligation : je supprime régulièrement de la liste des éléments non consommés mais dont je n’ai tout simplement plus l’envie.

 

Les informations et articles d’intérêt général

L’exemple le plus simple est la consommation de « nouvelles ». À travers de nombreuses techniques, les sites web nous rendent accros à la consommation d’information. Cette consommation est compulsive, directe.

Les effets sont délétères à tout point de vue : nous perdons du temps à consommer des vidéos inutiles et des articles émotionnels ce qui peut induire une frustration. Nous perdons également progressivement notre capacité de concentration en recherchant la satisfaction immédiate. L’émotion provoquée inhibe la réflexion plus large. Nous sommes exposés aux publicités propres à ce type de contenus. Savez-vous que, statistiquement, le monde est de moins en moins violent ? Que l’année 2014 a été une année avec un taux extrêmement faible d’accidents d’avions ? Étonnant ? C’est tout simplement parce que votre vision du monde est façonnée par les médias afin de faire de vous un consommateur émotionnellement compulsif.

Pire : en cliquant sur ces liens, nous renforçons les industries qui valorisent ce type