Autoblog de ploum.nethttp://ploum.net/http://ploum.net/ La sculptrice et le regret du créateur.https://ploum.net/?p=6792http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20210226_134227_La_sculptrice_et_le_regret_du_createur.Fri, 26 Feb 2021 12:42:27 +0000À la mémoire de Gilberte De Windt, décédée en février 2021

Fin février 2020, je décidai, sur un coup de tête, d’appeler un numéro trouvé dans l’annuaire. Celui de la sculptrice Gilberte De Windt.

Mon épouse et moi l’avions rencontrée lors de ses expositions. Nous étions tombés amoureux de ses statues comme de sa personnalité. Cette vieille dame au corps frêle, mais à l’esprit incroyablement agile nous avait charmés par la finesse de son art. Nous avions sympathisé et beaucoup discuté.

Au téléphone, de but en blanc, je lui annonçai que nous souhaitions acquérir une de ses œuvres. Avec une incroyable gentillesse, elle nous invita à venir visiter son atelier.

Nous passâmes une après-midi passionnante en compagnie de son mari, Guy Berbé, artiste peintre de renom. Alors que mon épouse discutait peinture avec Guy, dans son incroyable atelier, je parlais inspiration, méditation et création avec Gilberte. Par le plus grand des hasards, nous étions tous deux en train de lire le même livre de Steven Laureys, « La méditation, c’est bon pour le cerveau ». Curieux, je tentais de m’inspirer des techniques de Gilberte pour apprendre à sculpter les mots comme elle la matière.

L’entente entre nos deux couples fut immédiate et nous convînmes de nous revoir régulièrement. Mon épouse et moi hésitions entre deux sculptures et, pour tout avouer, le budget nous faisait un peu frémir. Il s’agissait d’un pur coup de cœur irrationnel, une hérésie économique.

Deux semaines plus tard, le confinement commençait. Les enfants furent rapidement déscolarisés et nos priorités furent bouleversées.

Cependant, cette rencontre m’obsédait. J’en rêvais. Je me demandais comment allaient Gilberte et Guy. Je me rendais compte que les visiter n’était plus imaginable en ces temps de confinement. J’en souffrais, car nous avions fait la promesse de revenir. Je prenais également conscience que si l’esprit de Gilberte était brillant, son corps n’était pas immortel. Un pressentiment me hantait.

C’est avec stupeur que je découvris, presque un an jour pour jour après notre après-midi partagé, un message m’annonçant son décès. Un an que, comme beaucoup, je n’ai pas vu passer. Qui s’est envolé, emportant Gilberte avec lui. Je regarde avec tendresse la photo où elle pose près de la statue préférée de notre fils. J’ai une pensée pour Guy, son mari. Je n’ose pas l’avouer, mais je suis triste. Qui suis-je pour prétendre à la tristesse, moi qui ne les ai rencontrés que quelques fois ?

Si ce décès est naturel, dans l’ordre des choses, je ne peux m’empêcher de penser à cette dame qui, comme elle le racontait elle-même, a mené plusieurs vies fort différentes. Elle ne se mit à la sculpture qu’après sa retraite de l’enseignement ! À travers ses statues, elle transmettra pour toujours un mouvement, une finesse, une énergie aux générations à venir.

Égoïstement, je maudis cette pandémie pour avoir empêché que je passe plus de temps avec Gilberte, que je la connaisse mieux. Je suis heureux de cette après-midi lumineuse dans sa maison, son atelier. C’est un souvenir impérissable. J’aurais tant aimé la rencontrer plus tôt.

J’ai le regret de ne pas avoir pu lui acheter une statue. Secrètement, je rêvais de trouver chez moi un écrin merveilleux, d’inviter Gilberte pour lui montrer, pour lui rendre la pareille et lui faire découvrir mon atelier d’écriture orné de son œuvre. Pour lui expliquer qu’elle m’avait enseigné qu’un manuscrit est comme une de ses sculptures en terre. Un matériau de base qui doit ensuite passer par tout un processus, qu’elle nous a décrit en détail, avant de devenir la statue en bronze qu’est le livre final.

Mon atelier d’écriture n’existe pas encore et je n’ai pas de statue de Gilberte. Je n’ai plus que son souvenir.

Au fond, j’ai la chance rare de l’avoir rencontrée et de garder avec moi le souffle d’inspiration qu’elle m’a donné. Lorsque j’ai l’impression de devenir trop vieux pour être créatif, lorsque je réalise que les jeunes artistes talentueux du moment sont plus jeunes que moi, je repense souvent à son expérience, à l’admiration que j’ai éprouvée lorsqu’elle m’a confié l’importance pour elle de continuer à apprendre chaque jour, lorsque j’ai compris l’énergie qu’elle mettait dans une création.

C’est peut-être pour ça que je souhaitais tant avoir une statue de Gilberte à proximité de ma machine à écrire. Parce que ses personnages longilignes caractéristiques me rappellent les regards que nous avons échangés dans son atelier, parce qu’ils m’ancrent dans le désir de création matérielle qu’elle avait sublimé et qui m’échappe trop souvent. Parce qu’en une seule après-midi chez elle, elle a eu une influence notable sur ma vision de la création.

Merci, Gilberte, et bonne chance pour les prochaines de tes nombreuses vies, celles qui apparaissent chaque fois qu’un regard se pose sur l’une de tes nombreuses œuvres.

Salut l’artiste !

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Ce texte est publié sous la licence CC-By BE.

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Et si les conspirationnistes avaient raison ?https://ploum.net/?p=6774http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20210217_124144_Et_si_les_conspirationnistes_avaient_raison__Wed, 17 Feb 2021 11:41:44 +0000De la nocivité des ondes à la bouffe bio et aux réseaux pédophiles, de la politique de la crise COVID à la distribution de vaccins : et si les complots étaient bien réels ? Réels mais pas tout à fait comme on les imagine.

Le complot des ondes électromagnétiques

Lorsque je me retrouve face à une personne qui me parle de la nocivité des ondes électromagnétiques, je lui demande d’abord si elle sait ce qu’est, physiquement, une telle onde. Dans la totalité des cas que j’ai vécus, la personne avoue son ignorance totale.

Une onde électromagnétique n’est qu’une série de particules, appelées photons, qui voyagent en vibrant à une certaine fréquence. Pour une certaine plage de fréquence, les photons deviennent visibles. On appelle cela… la lumière. Il y’a d’autres fréquences que nous ne voyons pas : l’infrarouge, l’ultraviolet et, bien entendu, les ondes radio.

Les ondes radio sont tellement difficiles à détecter qu’il est nécessaire de fabriquer des antennes particulièrement sophistiquées pour les capter. Antennes qui équipent nos téléphones.

Les ondes électromagnétiques peuvent être absorbées. L’énergie de leur vibration se transforme alors en chaleur. Pour vous en convaincre, il vous suffit de vous promener sous la plus grande source électromagnétique à notre disposition : le soleil. Les ondes émises par le soleil vous réchauffent. À trop grandes doses, elles peuvent même vous brûler. C’est le fameux « coup de soleil ». C’est également le principe qu’utilise votre four à micro-ondes, qui envoie des ondes à une fréquence dont l’énergie se transmet particulièrement bien à l’eau. C’est pour cela que votre four reste froid : il ne réchauffe que l’eau.

Les ondes électromagnétiques qui possèdent une très grande quantité d’énergie peuvent faire sauter un électron de l’atome qu’elles vont toucher. Cet atome est ionisé. Si un trop grand nombre d’atomes de notre ADN est ionisé, cet ADN ne pourra plus être réparé et cela peut induire des cancers. Il faut bien entendu une exposition longue, répétée à une source très puissante.

Par exemple le soleil. Responsable de nombreux cancers de la peau. Ou bien les rayons X, utilisés pour faire des radiographies médicales. L’avantage des ondes à très haute énergie, c’est qu’elles interagissent avec la première chose qu’elles touchent et qu’elles sont donc arrêtées facilement. C’est pour ça qu’il y’a des petits rideaux de caoutchouc plombé sur le tapis à rayons X  des aéroports. Ces protections servent essentiellement à protéger les employés qui, sans cela, seraient exposés en permanence aux rayons X. Pour le voyageur qui ne fait que passer deux fois par an, c’est bien moins essentiel.

En ce sens, les antennes GSM sont un peu comme des phares. Ils émettent des rayons électromagnétiques de la même façon. Seule la fréquence est différente.

Si un phare peut éblouir voire même brûler si on s’approche à quelques centimètres, personne n’ose imaginer que l’exposition à un phare puisse provoquer des cancers ou être nocive. De même pour votre routeur wifi : il n’émet pas plus d’énergie que votre ampoule halogène.

S’inquiéter de l’impact des ondes électromagnétiques semble donc absurde. Même si on venait à découvrir que certaines fréquences très précises pouvaient avoir un effet délétère, nous sommes dans un bain permanent d’ondes électromagnétiques depuis l’aube de l’humanité. Il est donc raisonnable de penser que tout impact actuellement inconnu, si un tel impact existe, est anecdotique.

Pourtant, je pense que les « anti-ondes » ont raison.

Les ondes sont nocives. Non pas parce qu’elles sont des ondes, mais à cause de l’usage que nous en faisons. Aujourd’hui, nous sommes en permanence hyperconnectés. Nos téléphones bruissent de notifications indésirables que nous ne savons pas désactiver. Nos maisons regorgent de petites lampes qui clignotent pour nous dire que le réseau est actif, que la tablette recharge. Quand je dors dans une chambre d’hôtel, je dois démonter la télévision pour accéder au routeur caché derrière et le débrancher. Non pas à cause des ondes, mais parce que je ne supporte pas ces lumières vertes clignotantes dans l’obscurité, lumière agrémentée de l’insupportable œil rouge luisant de la télévision en veille.

Comment ne pas être stressé à l’idée des millions de bits qui nous transperce en permanence pour aller notifier notre voisin de restaurant qu’une nouvelle vidéo YouTube est disponible ? Comment dormir en sachant toute cette activité qui nous traverse ? Les expériences ont montré que la sensibilité électromagnétique est belle et bien réelle. Que les gens en souffrent. Mais qu’elle n’est pas causée par la présence d’ondes électromagnétiques. Elle est causée par la croyance qu’il y’a des ondes électromagnétiques.

Les anti-ondes ont intuitivement perçu le problème. Avant de l’assigner à une raison qui n’est pas sous leur contrôle.

D’une manière générale, toutes les théories conspirationnistes sont des constructions basées sur un problème très juste. Problème auquel on a créé une cause artificielle absurde ou exagérée, cause qui symbolise et personnifie le problème afin d’avoir l’impression de le comprendre.

C’est pour cela que prouver l’absurdité d’une théorie du complot ne fonctionne pas. Le complot existe généralement réellement. Mais il est beaucoup trop simple, banal. Ce qui donne un sentiment d’impuissance. En lui donnant un nom, on se crée un ennemi identifié et la possibilité d’agir, de le combattre activement.

Le complot du deep state

Selon la légende, Dame Carcas libéra la ville de Carcassonne, assiégée par Charlemagne depuis cinq ans. La population mourant de faim, Dame Carcas eut l’idée de prendre le dernier porc de la ville, de nourrir avec le dernier sac de blé avant de le jeter du haut des remparts sur les assaillants. Ceux-ci se dirent que si la ville pouvait se permettre de balancer un porc nourri au blé, c’est qu’elle avait encore de nombreuses ressources et qu’il était préférable de lever le siège. Charlemagne ne se posa pas la question de savoir comment la ville pouvait avoir encore autant de ressources après cinq années de siège. Alors que les troupes s’éloignaient, Dame Carcas fit sonner les cloches de la ville qui en tirera désormais son nom : Carcas sonne !

La plupart des théories du complot se heurtent à un problème fondamental : leur réalité implique des milliers de spécialistes de domaines extrêmement différents travaillant dans le secret le plus total au sein d’une organisation incroyablement parfaite et efficace qui ne ferait jamais la moindre erreur. Or, il suffit d’ouvrir les yeux pour voir que dès que trois personnes travaillent ensemble, l’inefficacité est la loi.

Pour vous en convaincre, il vous suffit de regarder des films d’espionnage. L’histoire est toujours là même : un service ultra-secret de contre-espionnage lutte contre une organisation ultra-secrète d’espionnage qui cherche à accomplir son rôle en mettant au grand jour le service de contre-espionnage, qui s’engage donc dans une lutte de contre-contre-espionnage. C’est particulièrement marquant dans les « Missions Impossibles » ou dans la série Alias. Un peu de recul permet de se rendre compte que toutes ces organisations… ne servent strictement à rien. Même les scénaristes, spécialistes de la fiction, n’arrivent pas à trouver des idées pour justifier l’existence de telles organisations. On parachute alors artificiellement un terroriste qui veut faire sauter une bombe nucléaire, afin de camoufler légèrement la fatuité du scénario.

La réalité des services d’espionnage est tout autre. Des fonctionnaires qui, pour justifier leur budget et l’existence de leurs nombreux emplois, vont jusqu’à inventer des complots (un truc qui revient aussi dans Mission Impossible). Contrairement à Tom Cruise, les milliardaires surpuissants et les espions sont des humains qui mangent, dorment, font caca et se grattent les hémorroïdes. Ils font des erreurs de jugement, se laissent emporter par leur idéologie et leur sentiment de toute-puissance.

Et oui, ils tentent de favoriser leurs intérêts, même de manière illégale ou immorale. Cela consiste essentiellement à tenter de convaincre le monde d’acheter leur merde (le marketing), de commettre des délits d’initiés sur les plateformes boursières et de financer du lobbying politique pour que les lois soient en leur faveur. Là se trouvent les véritables complots, les véritables scandales qui ne requièrent la complicité que de quelques personnes, qui ne nécessitent pas de compétence ou de technologie particulière et qui ne sont, la plupart du temps, même pas secrets du tout !

La plupart des innovations secrètes de la guerre froide n’étaient que des canulars qui servaient à effrayer le camp adverse : rayons de la mort, rayon de contrôle des esprits, contacts extra-terrestres. D’ailleurs, les innovations réelles étaient tout sauf secrètes. La bombe nucléaire, la conquête spatiale, l’informatique et les prémices d’Internet. Comme le cochon de Dame Carcas, tout était entièrement public et les seules choses vraiment secrètes étaient ce qui n’existait pas, dans une tentative d’intoxication informationnelle.

Dans certains cas, la recherche des services secrets mènera à quelques rares avancées réelles. Ce fut par exemple le cas de Clifford Cocks qui inventa la cryptographie asymétrique en 1973 pour le compte des services secrets anglais. Malheureusement, cette invention purement théorique ne pouvait être mise en pratique sans un développement que Cocks ne pouvait réaliser seul. Elle fut dont jetée aux oubliettes avant que le concept ne soit redécouvert de l’autre côté de l’Atlantique, 3 ans plus tard, par Diffie, Hellman et Merkle qui la publieront et lanceront les bases d’une nouvelle science : la cryptographie informatique. Une fois encore l’histoire démontre que rien n’est réellement possible dans le secret et l’isolement. Le mythe de l’entrepreneur scientifique solitaire fonctionne dans les romans d’Ayn Rand (quand c’est un bon) et Ian Flemming (quand c’est un mauvais), pas dans la réalité.

La notion de « Deep state » ou d’élites secrètes prenant les décisions est plus rassurante que la vérité selon laquelle, oui, nos dirigeants sont corrompus, mais tout simplement comme des humains, pour favoriser leurs petits intérêts personnels en lieu et place de l’intérêt général. Le tout, en faisant des erreurs et en tentant de se justifier moralement que leur profit est bien pour l’intérêt général (comme la théorie du ruissellement des richesses ou l’idée selon laquelle la richesse se mérite). Les complots existent, mais ils sont petits, mesquins et pas particulièrement secrets.

Le complot des vaccins

L’idée d’un vaccin avec des puces pour nous surveiller ou des chemtrails pour contrôler nos esprits (technologies qui semblent complètement impossibles dans l’état actuel de nos connaissances et qu’il serait donc particulièrement difficile de développer en marge de la communauté scientifique, dans le secret le plus total) nous sert à oublier que nos téléphones nous surveillent déjà très bien et fournissent plus de données que ne peuvent en exploiter les gouvernements, que la télévision nous abrutit parfaitement, et que nous avons choisi de les utiliser, que personne ne nous a jamais forcés.

De même, les anti-vaccins pointent, avec justesse, le fait que l’oligopole pharmaceutique a un intérêt commercial évident à ce que nous soyons le plus possible malade pour consommer le plus de médicaments. Qu’à travers les brevets, l’industrie pharmaceutique privatise d’énormes budgets publics pour les transformer en juteux profits, parfois au détriment de notre santé. Mais il est difficile de se passer des médicaments. Il est donc plus simple d’attaquer les vaccins, médicaments dont la procédure est impressionnante (une piqure) et qui ont, à très court terme, un effet néfaste (fièvre ou durillon). Pire, on ne perçoit jamais l’utilité d’un vaccin. Si un vaccin fonctionne, on se dira toute sa vie qu’il n’était pas nécessaire… Et qu’on a été victime d’un complot.

Le vaccin, qui est probablement la plus belle invention de l’humanité en ce qui concerne le confort et l’espérance de vie, sert donc très injustement d’étendard à l’intuitif conflit d’intérêts et à la rapacité (réelle) de l’industrie pharmaceutique. La plupart des médicaments sont beaucoup moins efficaces que ce qu’ils prétendent, ils sont vendus à grands coups de marketing. Le simple fait que les devantures de pharmacie soient transformées en gigantesques panneaux publicitaires est un scandale en soi. Les vaccins sont peut-être l’exception la plus sûre, la plus bénéfique et la plus surveillée. Mais c’est aussi intuitivement la plus facile à critiquer.

Et ces critiques sont parfois nécessaires : les vaccins étant peu rentables (on ne les prend qu’une fois dans sa vie), l’industrie pharmaceutique tente de les faire développer sur des fonds publics à travers les universités avant de s’arroger tous les bénéfices en les revendant très cher aux états… qui ont financé leur mise au point ! L’université d’Oxford avait d’ailleurs annoncé son souhait de mettre son vaccin COVID dans le domaine public, sur le modèle de l’Open Source, avant de se raviser sous, à ce qu’il parait, la pression de la fondation Bill Gates. Un complot qui, sans remettre en cause la qualité du vaccin, me semble parfaitement plausible et réaliste. À  croire que les complots absurdes comme les puces 5G dans les vaccins sont inventés exprès pour décrédibiliser la moindre des critiques et nous détourner des véritables problématiques. À noter que la fondation Bill Gates joue un rôle positif prépondérant dans l’éradication de la polio. Rien n’est jamais parfaitement noir ni blanc. Le monde est complexe.

Le complot des réseaux pédophiles

Pour faire une bonne théorie du complot, il suffit donc de reprendre les souffrances réelles, de les amalgamer avec une histoire séduisante et choquante. Un exemple parmi tant d’autres est la persistance des théories de réseaux pédophiles très sophistiqués pour les élites. Parfois mâtinée de satanisme et de cannibalisme pour le décorum.

La pédophilie est bel et bien un problème de notre société. Hélas, elle est majoritairement présente au sein des familles elles-mêmes. Les enfants sont le plus souvent abusés par un parent ou un proche de confiance (comme l’ont souvent été les prêtres). Mais imaginer qu’un oncle ou un père puisse violer un enfant de sa propre famille est tellement affreux que nous rejetons la faute sur les ultra-riches. Ultra-riches qui ne font qu’ajouter de l’huile sur le feu en ayant parfois une sexualité débridée par un sentiment d’impunité, sentiment exacerbé par une culture machiste du viol menant parfois réellement à la pédophilie comme les affaires Weinstein ou Polanski.

Le traumatisme de l’affaire Dutroux en Belgique s’explique en partie, car il est difficile d’admettre qu’un pauvre type complètement malade puisse tout simplement enlever des gamines dans sa camionnette et les planquer dans sa cave. Que son nom était bien sur la liste des suspects, mais que la lenteur de la police à le démasquer s’explique essentiellement par l’application aveugle des procédures administratives en vigueur à l’époque, procédures ralenties par certains conflits de pouvoir au sein de la hiérarchie (ce qui a conduit, d’ailleurs, à une refonte complète de la police en Belgique). Il y’a un certain réconfort à imaginer que le crime n’est pas juste une série de malchances et de mesquineries administratives, mais bien la volonté d’une organisation toute puissante impliquant jusqu’à la famille royale.

Les complots de la juiverie internationale et de QAnon

Les théories du complot sont généralement l’illustration d’une perte de confiance justifiée envers les garants de la moralité et de l’autorité. Elles fleurissent le plus souvent en période de désarroi profond. La misère économique des années 30, juste après le krach boursier, permettra de mettre en avant la théorie séculaire de la cabale juive avec les conséquences que l’on sait en Allemagne. Je ne peux d’ailleurs m’empêcher de vous recommander l’excellent « Le cimetière de Prague », d’Umberto Eco, pour une illustration romancée de cette cabale.

La crise financière de 2008 n’échappe pas à la règle. Sur ses cendres naitront Donald Trump et QAnon qui n’ont, d’un point de vue historique, aucune originalité. Tout semble être, à la lettre près, issu des théories complotistes du passé.

Des thèses absurdes, mais avec, encore une fois, une intuition d’un problème très juste. Le problème de l’existence de l’industrie de la finance. Comment se fait-il qu’une industrie qui ne semble produire rien de concret pour les citoyens lambdas, qui génère des milliards, qui semble rendre chacun de ses membres millionnaires, comment se fait-il que cette industrie aux pratiques incompréhensibles reçoivent autant d’argent du gouvernement lors d’une difficulté qu’elle a elle-même créé ? Comment se fait-il que, dans ce qui se présente comme une démocratie, le principal facteur pour arriver au pouvoir soit la richesse ? Comment se fait-il que tous nos meilleurs cerveaux issus des écoles d’ingénieurs, de science ou d’administration soient recrutés dans le domaine de la finance ?

À ce sujet, je conseille le magnifique discours de Fabrice Luchini (préparé, mais jamais déclamé) dans le film « Alice et le maire ». Un film qui illustre de manière très réaliste les dessous de la politique : des gens stressés, qui enchainent les réunions et qui n’ont plus le temps de penser. Comment voulez-vous que ces organisations dont la vision à long terme relève de la prochaine élection puissent sérieusement mettre en place des complots d’envergure ?

Le complot de la malbouffe

Les théories du complot ne peuvent que diviser. Les intuitifs savent qu’elles représentent un problème réel. Les rationnels peuvent démontrer qu’elles sont absurdes et en viennent à nier l’existence du problème initial. Les deux camps ne peuvent donc plus se parler. Les comportements sensés et absurdes se mélangent.

Entrez dans un magasin de nourriture bio et vous serez abasourdi par le fatras de concepts dont une simple boîte de conserve peut se revendiquer.

Votre boîte est « bio ». Cela signifie qu’elle a reçu un label comme quoi elle utilisait une quantité limitée de certains pesticides.

La démarche est rationnelle. Si la nocivité des pesticides sur l’humain n’est pas toujours démontrée, elle l’est sur le vivant. L’absorption des pesticides par le corps a été démontrée et l’hypothèse que ces pesticides puissent avoir un impact sur la santé est sérieusement étudiée.

Votre boîte est également dans un emballage « écologique ». Cela semble intuitif, mais, malheureusement, la culture biologique produit énormément plus de CO2 que la culture avec pesticide. Ceci dit, les pesticides ont également un impact environnemental non négligeable, même si ce n’est pas du CO2.

L’aliment est également garanti sans OGM. Là, cela devient plus étrange. La nature produit en effet des OGM en permanence. C’est même le principe de l’évolution. Les OGM pourraient donc être particulièrement bénéfiques, par exemple en étant plus nutritifs. Rejeter les OGM, c’est rejeter le principe du bouturage, vieux comme l’agriculture. Mais le rejet des OGM est, encore une fois, le symptôme d’un réel problème, à savoir la volonté d’apposer une propriété intellectuelle sur les semences, procédé monopolistique dangereux. La lutte anti-OGM n’est pas tant contre le principe de l’OGM lui-même (la plupart des anti-OGM ne savent d’ailleurs pas ce qu’est un OGM) qu’une défiance envers ceux qui prétendent manipuler la nourriture sans vouloir nous dire comment ni nous permettre de le faire nous-mêmes. La défiance envers l’industrie qui pratique l’OGM  est pertinente. La défiance envers le principe même de l’OGM ne l’est sans doute pas.

Enfin, il arrive que votre nourriture (ou vos produits de beauté, s’ils sont de la marque Weleda) soit issue des principes de la biodynamie. La biodynamie est un concept inventé par Rudolf Steiner, un illuminé notoire qui a décidé de réinventer la philosophie, les sciences, la médecine, l’éducation et la religion en se basant uniquement sur son intuition. Il n’y connaissait strictement rien en agriculture, mais a un jour improvisé une conférence devant une centaine d’amis, dont seule une minorité d’agriculteurs, sur la meilleure manière de cultiver. Cette conférence a été retranscrite par une sténographe, mais Steiner lui-même a dit plusieurs fois qu’il n’avait pas relu cette transcription et que sa conférence avait pour objectif d’être orale, pas écrite. Que la transcription devait comporter énormément d’erreurs. Il mourra peu après sans jamais relire ni même mentionner le terme « biodynamie » qui sera inventé par après.

Il n’empêche que cette transcription erronée d’une conférence improvisée par un non-agriculteur passionné d’occultisme et de magie sert aujourd’hui de référence à toute une industrie. Les règles sont du style : « Telle plante doit être plantée quand Mars est visible dans le ciel parce que les fleurs sont rouges et que Mars est rouge. Et il faut répandre des rats morts dans le compost durant les nuits de pleines lunes parce que ça le fait ». Tout livre ou agriculteur qui se revendique de la biodynamie aujourd’hui ne fait qu’une chose : reprendre les élucubrations sans aucune substance empirique issues de la transcription erronée d’une seule et unique conférence d’un illuminé. Bref, la définition même de la théologie. Cependant, si on supprime toute la partie ésotérique, on retrouve les fondements de l’agriculture biologique. Comme n’importe quelle religion, la biodynamie est donc loin d’avoir tout faux. Tout simplement parce que, statistiquement, avoir tout faux est aussi improbable que d’avoir tout vrai et parce que, comme le souligne Kahneman, l’intuition est souvent juste. Mais pas toujours. Ce qui est son gros problème.

Donc, en achetant de la nourriture bio, ce que je fais personnellement, je mélange le plus souvent du sensé, du pas complètement sensé et de l’absurde total.

Tout cela à cause d’un problème intuitif bien réel : on possède désormais un confort suffisant pour faire le difficile concernant notre nourriture et force est de constater qu’on bouffe de la merde. À travers le sucre et les graisses saturées, les producteurs de nourriture ne cherchent qu’à nous rendre addicts à moindre coût au mépris le plus total de notre santé. Les aliments sont manipulés pour paraitre jolis en magasin, au détriment de leur composition. Depuis des décennies, des arnaques intellectuelles, parfois promues par nos gouvernements, ont servi les intérêts industriels (par exemple le fait de boire du lait pour renforcer les os ou le principe de la pyramide alimentaire, principe sans aucun fondement scientifique). Le complot est donc bel et bien réel !

Le complot des complotistes

Nous le sentons alors nous cherchons à préserver notre santé, à diminuer nos cancers en nous protégeant des ondes électromagnétiques et en bouffant bio. Ce qui, objectivement, pourrait avoir un impact positif. Très faible, mais ce n’est pas impossible.

Mais vous savez ce qui a un impact majeur sur notre santé ?

La cigarette, les pots d’échappement de voiture, l’alcool. Supprimez ces trois-là, dont deux sont à votre portée immédiate, et cela aura un million de fois plus d’effet que de bouffer bio et de mettre son GSM en mode avion la nuit. Pour un effet maximal, diminuez également la viande rouge, cancérigène établi, et faites 30 minutes d’exercice par jour.

Ils sont là les complots qui en veulent à votre santé. Ils crèvent les yeux. C’est le lobby du tabac qui fait qu’il est légal de fumer en public, en empestant autour de soi. C’est le lobby automobile qui vous vend des SUV en vous faisant pester sur les embouteillages et en tuant les jeunes adultes inconscients qui roulent à pleine vitesse. C’est le lobby de l’alcool qui fait des cartes blanches contre le concept de « tournée minérale » en Belgique et qui subventionne les cercles étudiants, ce sont les Facebook et Google qui accaparent toute votre vie privée et mettent en place des procédés monopolistiques qui les rendent incontournables.

Nous pouvons tous lutter contre ces complots qui nous menacent directement dans notre intégrité physique et mentale. Les plus grandes causes de mortalités évitables, hors suicide, peuvent se résumer à alcool, tabac et bagnole.

Mais c’est très difficile de renoncer à sa clope, à sa bagnole et à son compte Facebook. Alors on poste contre les vaccins, contre les OGMs et contre la 5G. On manifeste contre ce qu’on ne peut pas vraiment changer. Quitte à se mettre en danger un fumant de l’herbe « bio », en buvant des alcools distillés artisanalement et en refusant les vaccins pour ses enfants. Tout en le clamant haut et fort sur Facebook.

À force de remettre en question l’autorité, on se tourne alors vers des sources d’autorités sans aucune légitimité, mais qui nous font du bien. On prétend ne pas vouloir se faire manipuler et on va se mettre dans les pattes des intérêts commerciaux des gourous, des shamans et des vendeurs de cruches qui énergétisent l’eau. Sous prétexte de ne pas vouloir obéir, on en vient à faire exactement le contraire de ce que les autorités disent, sans réfléchir au fait qu’on est encore plus facilement manipulable, comme l’enfant qui dit toujours non et à qui on dit « Ne mange surtout pas ta soupe ! ».

Si vous pensez qu’un domaine quelconque est corrompu, de l’industrie alimentaire à la recherche scientifique, vous avez probablement raison. Mais ce n’est pas contre le domaine en question qu’il faut lutter, c’est contre la corruption. L’industrie de l’alimentation biologique, celle du cannabis, celle des cristaux énergétiques et des réseaux de coaching anti-cancer astrologique sont tout aussi corrompus, tout comme l’est la politique écologique. Ils comportent une partie de gens honnêtes dilués dans une population ne cherchant qu’à vider votre portefeuille.

Le plus dur à accepter c’est que, non, on ne nous cache pas la vérité. Elle est là, devant les yeux de qui veut bien la voir. Il n’y a rien de secret, rien de mystérieux. L’intelligence moyenne reste la même, quel que soit le niveau de richesse ou de pouvoir politique. Mais cette réalité est difficile à accepter, car elle n’offre pas de réponse toute faite, parce qu’elle n’offre aucune certitude, que des probabilités, parce qu’elle va très souvent en contradiction avec nos convictions et nos actions passées. Et parce que, si le complot est le plus souvent inventé ou exagéré, la souffrance qui en résulte est elle bien réelle.

Pour aller plus loin :  complot du Covid et autres lectures

« Vaincre les épidémies », par Didier Pittet et Thierry Crouzet.

Inventeur du gel hydroalcoolique que nous utilisons désormais tous les jours, Didier Pittet est un spécialiste suisse mondialement reconnu des maladies infectieuses et des épidémies. Dans ce livre, il retrace sa découverte du Covid, sa comparaison avec les autres épidémies (H1N1, grippe aviaire) et son expérience de devenir l’expert de référence pour Macron, qui enverra un jet privé le chercher pour l’amener à une réunion de l’Élysée. Ce livre illustre donc à merveille la vision d’une personne qui fait partie du plus haut niveau de pouvoir en ce qui concerne le COVID. Au menu : incompétences à tous les niveaux de décisions, conflits politiques qui impactent des décisions qui devraient être purement scientifiques, tentatives pas souvent efficaces de manipuler l’opinion publique « dans le bon sens » à travers le marketing. Dans le COVID comme partout, les complots sont bel et bien présents, mais tellement petits, humains, mesquins…

Didier Pittet vient d’être fait Docteur honoris causa de l’université où j’enseigne l’Open Source. Ce que je salue, car, avec la formule de son gel hydroalcoolique, il est un pionnier de l’Open Source dans le domaine de la santé.

Thierry Crouzet revient sur la nécessité de créer un vaccin Open Source.


https://tcrouzet.com/2020/12/02/je-veux-la-paix-dit-le-vaccin-mais-je-fais-la-guerre/

Ce qui n’est malheureusement pas le cas, comme je l’ai raconté, à cause de la fondation Bill Gates.


https://khn.org/news/rather-than-give-away-its-covid-vaccine-oxford-makes-a-deal-with-drugmaker/

Dans son intervention, le parlementaire belge François De Smet tente de trouver un juste milieu entre les mesures anti-Covid et les libertés publiques. Loin de crier au complot, dans un sens ou dans l’autre, il milite pour un équilibre raisonnable. Cela devient tellement rare que cela mérite d’être souligné. De la même façon, il avait dénoncé les procédures entourant le marché des vaccins anti-covid tout en militant pour plus de transparence. Un politicien qui me fait plaisir. Il risque de ne pas avoir beaucoup de voix. D’ailleurs, il ne semble intéresser personne d’autre que moi.

https://francoisdesmet.blog/2021/02/05/chambre-debat-covid-et-libertes-publiques/

https://francoisdesmet.blog/2020/12/22/chambre-vaccins-et-transparence/

Bad science, un livre et une chronique qui revient sur les arnaques scientifiques de l’industrie pharmaceutique, depuis Big Pharma aux laboratoires bio/indépendants qui fournissent les compléments alimentaires « alternatifs » (je n’ai pas lu le livre, je me fie à la critique de Cory Doctorow).


https://memex.craphound.com/2010/10/19/bad-science-comes-to-the-usa-ben-goldacres-tremendous-woo-fighting-book-in-print-in-the-states/

« Le cimetière de Prague », d’Umberto Eco. Avec sa verve habituelle, Eco nous plonge dans la vie d’un faussaire obligé de créer de toutes pièces les preuves d’un complot. Jouissif.

Compte-rendu de l’incompétence des services secrets anglais


https://www.bbc.co.uk/blogs/adamcurtis/entries/3662a707-0af9-3149-963f-47bea720b460

Un très long témoignage sur comment les théories du complot nous manipulent et sur le parallèle entre la diététique « alternative », les religions et les complots politiques.


https://wisetendersnob.medium.com/this-secret-message-could-change-your-life-wellness-culture-jesus-and-qanon-cd576e53c9c8

Photo by Markus Spiske on Unsplash

Je suis @ploum, ingénieur écrivain. Abonnez-vous par mail ou RSS pour ne rater aucun billet (max 2 par semaine). Je suis convaincu que Printeurs, mon dernier roman de science-fiction vous passionnera. Commander mes livres est le meilleur moyen de me soutenir et de m’aider à diffuser mes idées !

Ce texte est publié sous la licence CC-By BE.

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The computer built to last 50 yearshttps://ploum.net/?p=6756http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20210204_143808_The_computer_built_to_last_50_yearsThu, 04 Feb 2021 13:38:08 +0000How to create the long-lasting computer that will save your attention, your wallet, your creativity, your soul and the planet. Killing monopolies will only be a byproduct.

Each time I look at my Hermes Rocket typewriter (on the left in the picture), I’m astonished by the fact that the thing looks pretty modern and, after a few cleaning, works like a charm. The device is 75 years old and is a very complex piece of technology with more than 2000 moving parts. It’s still one of the best tools to focus on writing. Well, not really. I prefer the younger Lettera 32, which is barely 50 years old (on the right in the picture).

Typewriters are incredibly complex and precise piece of machinery. At their peak in the decades around World War II, we built them so well that, today, we don’t need to build any typewriters anymore. We simply have enough of them on earth. You may object that it’s because nobody uses them anymore. It’s not true. Lots of writers keep using them, they became trendy in the 2010s and, to escape surveillance, some secret services started to use them back. It’s a very niche but existing market.

Let’s that idea sink in: we basically built enough typewriters for the world in less than a century. If we want more typewriters, the solution is not to build more but to find them in attics and restore them. For most typewriters, restoration is only a matter of taking the time to do it. There’s no complex skills or tools involved. Even the most difficult operations could be learned alone, by simple trial and error. The whole theory needed to understand a typewriter is the typewriter itself.

By contrast, we have to change our laptops every three or four years. Our phones every couple of years. And all other pieces of equipment (charger,router, modem,printers,…) need to be changed regularly.

Even with proper maintenance, they simply fade out. They are not compatible with their environment anymore. It’s impossible for one person alone to understand perfectly what they are doing, let alone repair them. Batteries wear out. Screen cracks. Processors become obsolete. Software becomes insecure when they don’t crash or refuse to launch.

It’s not that you changed anything in your habits. You still basically communicate with people, look for information, watch videos. But today your work is on Slack. Which requires a modern CPU to load the interface of what is basically a slick IRC. Your videoconference software uses a new codec which requires a new processor. And a new wifi router. Your mail client is now 64 bits only. If you don’t upgrade, you are left out in the cold.

Of course, computers are not typewriters. They do a lot more than typewriters.

But could we imagine a computer built like a typewriter? A computer that could stay with you for your lifetime and get passed to your children?

Could we build a computer designed to last at least fifty years?

Well, given how we use the resources of our planet, the question is not if we could or not. We need to do it, no matter what.

So, how could we build a computer to last fifty years ? That’s what I want to explain in this essay. In my notes, I’m referring to this object as the #ForeverComputer. You may find a better name. It’s not really important. It’s not the kind of objects that will have a yearly keynote to present the new shiny model and ads everywhere telling us how revolutionary it is.

Focusing on timeless use cases

There’s no way we can predict what will be the next video codec or the next wifi standard. There’s no point in trying to do it. We can’t even guess what kind of online activity will be trendy in the next two years.

Instead of trying to do it all, we could instead focus on building a machine that will do timeless activities and do them well. My typewriter from 1944 is still typing. It is still doing something I find useful. Instead of trying to create a generic gaming station/Netflix watching computer, let’s accept a few constraints.

The machine will be built to communicate in written format. It means writing and reading. That covers already a lot of use cases. Writing documents. Writing emails. Reading mails, documents, ebooks. Searching on the network for information. Reading blogs and newsletters and newsgroups.

It doesn’t seem much but, if you think about it, it’s already a lot. Lots of people would be happy to have a computer that does only that. Of course, the graphic designers, the movie makers and the gamers would not be happy with such a computer. That’s not the point. It’s just that we don’t need a full-fledged machine all the time. Dedicated and powerful workstations would still exist but could be shared or be less often renewed if everybody had access to its own writing and reading device.

By constraining the use cases, we create lots of design opportunities.

Hardware

The goal of the 50-year computer is not to be tiny, ultra-portable and ultra-powerful. Instead, it should be sturdy and resilient.

Back in the typewriter’s day, a 5 kg machine was considered as ultraportable. As I was used to a 900 g MacBook and felt that my 1,1kg Thinkpad was bulky, I could not imagine being encumbered. But, as I started to write on a Freewrite (pictured between my typewriters), I realised something important. If we want to create long-lasting objects, the objects need to be able to create a connection with us.

A heavier and well-designed object feels different. You don’t have it always with you just in case. You don’t throw it in your bag without thinking about it. It is not there to relieve you from your boredom. Instead, moving the object is a commitment. A conscious act that you need it. You feel it in your hands, you feel the weight. You are telling the object: « I need you. You have a purpose. » When such a commitment is done, the purpose is rarely « scroll an endless stream of cat videos ». Having a purpose makes it harder to throw the object away because a shiny new version has been released. It also helps draw the line between the times where you are using the object and the times you are not.

Besides sturdiness, one main objective from the ForeverComputer would be to use as little electricity as possible. Batteries should be easily swappable.

In order to become relevant for the next 50 years, the computer needs to be made of easily replaceable parts. Inspirations are the Fairphone and the MNT Reform laptop. The specifications of all the parts need to be open source so anybody can produce them, repair them or even invent alternatives. The parts could be separated in a few logical blocks : the computing unit, which include a motherboard, CPU and RAM, the powering unit, aka the battery, the screen, the keyboard, the networking unit, the sound unit and the storage unit. All of this come in a case.

Of course, each block could be made of separate components that could be fixed but making clear logical blocks with defined interfaces allows for easier compatibility.

The body requires special attention because it will be the essence of the object. As for the ship of Theseus, the computer may stay the same even if you replace every part. But the enclosing case is special. As long as you keep the original case, the feeling toward the object would be that nothing has changed.

Instead of being mass-produced in China, ForeverComputers could be built locally, from open source blueprints. Manufacturers could bring their own skills in the game, their own experience. We could go as far as linking each ForeverComputer to a system like Mattereum where modifications and repairs will be listed. Each computer would thus be unique, with a history of ownership.

As with the Fairphone, the computer should be built with materials as ethical as possible. If you want to create a connection with an object, if you want to give him a soul, that object should be as respectful of your ethical principles as possible.

Opiniated choices

As we made the choice to mostly use the computer for written interaction, it makes sense, in the current affair of the technology, to use an e-ink screen. E-ink screens save a lot of power. This could make all the difference between a device that you need to recharge every night, replacing the battery every two years, and a device that basically sit idle for days, sometimes weeks and that you recharge once in a while. Or that you never need to recharge if, for example, the external protective case comes with solar panels or an emergency crank.

E-ink is currently harder to use with mouses and pointing devices. But we may build the computer without any pointing device. Geeks and programmers know the benefit of keyboard oriented workflows. They are efficient but hard to learn.

With dedicated software, this problem could be smartly addressed. The Freewrite has a dedicated part of the screen, mostly used for text statistics or displaying the time. The concept could be extended to display available commands. Most people are ready to learn how to use their tools. But, by changing the interface all the time with unexpected upgrades, by asking designers to innovate instead of being useful, we forbid any long-term learning, considering users as idiots instead of empowering them.

Can we create a text-oriented user interface with a gradual learning curve? For a device that should last fifty years, it makes sense. By essence, such device should reveal itself, unlocking its powers gradually. Careful design will not be about « targeting a given customer segment » but « making it useful to humans who took the time to learn it ».

Of course, one could imagine replacing the input block to have a keyboard with a pointing device, like the famous Thinkpad red dot. Or a USB mouse could be connected. Or the screen could be a touchscreen. But what if we tried to make it as far as we could without those?

E-ink and no pointing would kill the endless scrolling, forcing us to think of the user interface as a textual tool that should be efficient and serve the user, even if it requires some learning. Tools need to be learned and cared. If you don’t need to learn it, if you don’t need to care for it, then it’s probably not a tool. You are not using it, you are the one used.

Of course, this doesn’t mean that every user should learn to program in order to be able to use it. A good durable interface requires some learning but doesn’t require some complex mental models. You understand intuitively how a typewriter works. You may have to learn some more complex features like tabulations. But you don’t need to understand how the inside mechanism works to brink the paper forward with each key press.

Offline first

Our current devices expect to be online all the time. If you are disconnected for whatever reason, you will see plenty of notifications, plenty of errors. In 2020, MacOS users infamously discovered that their OS was sending lots of information to Apple’s servers because, for a few hours, those servers were not responding, resulting in an epidemic of bugs and error. At the same time, simply trying to use my laptop offline allowed me to spot a bug in the Regolith Linux distribution. Expecting to be online, a small applet was trying to reconnect furiously, using all the available CPU. The bug was never caught before me because very few users go offline for an extended period of time (it should be noted that it was fixed in the hours following my initial report, open source is great).

This permanent connectivity has a deep effect on our attention and on the way we use computers. By default, the computer is notifying us all the time with sounds and popups. Disabling those requires heavy configuration and sometimes hack. On MacOS, for example, you can’t enable No Disturb mode permanently. By design, not being disturbed is something that should be rare. The hack I used was to configure the mode to be set automatically between 3AM and 2AM.

When you are online, your brain knows that something might be happening, even without notification. There might be a new email waiting for you. A new something on a random website. It’s there, right on your computer. Just move the current window out of the way and you may have something that you are craving: newness. You don’t have to think. As soon as you hit some hard thought, your fingers will probably spontaneously find a diversion.

But this permanent connectivity is a choice. We can design a computer to be offline first. Once connected, it will synchronise everything that needs to be: mails will be sent and received, news and podcasts will be downloaded from your favourite websites and RSS, files will be backuped, some websites or gemini pods could even be downloaded until a given depth. This would be something conscious. The state of your sync will be displayed full screen. By default, you would not be allowed to use the computer while it is online. You would verify that all the sync is finished then take the computer back offline. Of course, the full screen could be bypassed but you would need to consciously do it. Being online would not be the mindless default.

This offline first design would also have a profound impact on the hardware. It means that, by default, the networking block could be wired. All you need is a simple RJ-45 plug.

We don’t know how wifi protocols will change. There are good chance that today’s wifi will not be supported by tomorrow’s routers or only as a fallback alternative. But chances are that RJ-45 will stay for at least a few decades. And if not RJ-45, a simple adaptor could be printed.

Wifi has other problems: it’s a power hog. It needs to always scan the background. It is unreliable and complex. If you want to briefly connect to wifi, you need to enable wifi, wait for the background scan, choose the network where to connect, cross your fingers that it is not some random access point that wants to spy your data, enter the password. Wait. Reenter that password because you probably wrote a zero instead of a O. Wait. It looks to be connected. Is it? Are the files synchronised? Why was the connection interrupted? Am I out of range? Are the walls too thick?

By contrast, all of this could be achieved by plugging a RJ-45 cable. Is there a small green or orange light? Yes, then the cable is well plugged, problem solved. This also adds to the consciousness of connection. You need to walk to a router and physically connect the cable. It feels like loading the tank with information.

Of course, the open source design means that anybody could produce a wifi or 5G network card that you could plug in a ForeverComputer. But, as with pointing devices, it is worth trying to see how far we could go without it.

Introducing peer-to-peer connectivity

The Offline First paradigm leads to a new era of connectivity: physical peer to peer. Instead of connecting to a central server, you could connect two random computers with a simple cable.

During this connection, both computers will tell each other what they need and, if by any chance they can answer one of those needs, they will. They could also transmit encrypted messages for other users, like bottles in the sea. If you ever happen to meet Alice, please give her this message.

Peer-to-peer connectivity implies strong cryptography. Private information should be encrypted with no other metadata than the recipient. The computer connecting to you have no idea if you are the original sender or just one node in the transmission chain. Public information should be signed, so you are sure that they come from a user you trust.

This also means that our big hard disks would be used fully. Instead of sitting on a lot of empty disk spaces, your storage will act as a carrier for others. When full, it will smartly erase older and probably less important stuff.

In order to use my laptop offline, I downloaded Wikipedia, with pictures, using the software Kiwix. It only takes 30Go of my hard drive and I’m able to have Wikipedia with me all the time. I only miss a towel to be a true galactic hitchhiker.

In this model, big centralised servers only serve as a gateway to make things happen faster. They are not required anymore. If a central gateway disappears, it’s not a big deal.

But it’s not only about Wikipedia. Protocols like IPFS may allow us to build a whole peer-to-peer and serverless Internet. In some rural areas of the planet where broadbands are not easily available, such Delay Tolerant Networks (DTNs) are already working and extensively used, including to browse the web.

Software

It goes without saying that, in order to built a computer that could be used for the next 50 years, every software should be open source.

Open source means that bugs and security issues could be solved long after the company that coded them has disappeared. Once again, look at typewriters. Most companies have disappeared or have been transformed beyond any recognition (try to bring back your IBM Selectric to an IBM dealer and ask for a repair, just to see the look on their face. And, yes, your IBM Selectric is probably exactly 50 years old). But typewriters are still a thing because you don’t need a company to fix them for you. All you need is a bit of time, dexterity and knowledge. For missing parts, other typewriters, sometimes from other brands, can be scavenged.

For a fifty-year computer to hit the market, we need an operating system. This is the easiest part as the best operating systems out there are already open source. We also need a user interface who should be dedicated to our particular needs. This is hard work but doable.

The peer-to-peer offline-first networking part is probably the most challenging part. As said previously, essential pieces like IPFS already exist. But everything needs to be glued together with a good user interface.

Of course, it might make sense to rely on some centralised servers first. For example, building on Debian and managing to get all dedicated features uploaded as part of the Official Debian repository already offers some long-term guarantees.

The main point is to switch our psychological stance about technological projects. Let’s scrap the Silicon Valley mentality of trying to stay stealthy then to suddenly try to get as many market share as possible in order to hire more developers.

The very fact that I’m writing this in the public is a commitment to the spirit of the project. If we ever manage to build a computer which is usable in 50 years and I’m involved, I want it highlighted that since the first description, everything was done in the open and free.

More about the vision

A computer built to last 50 years is not about market shares. It’s not about building a brand, raising money from VC and being bought by a monopoly. It’s not about creating a unicorn or even a good business.

It’s all about creating a tool to help humanity survive. It’s all about taking the best of 8 billion brains to create this tool instead of hiring a few programmers.

Of course, we all need to pay bills. A company might be a good vehicle to create the computer or at least parts of it. There’s nothing wrong with a company. In fact, I think that a company is currently the best option. But, since the very beginning, everything should be built by considering that the product should outlast the company.

Which means that customers will buy a tool. An object. It will be theirs. They could do whatever they want with it afterward.

It seems obvious but, nowadays, nearly every high technological item we have is not owned by us. We rent them. We depend on the company to use them. We are not allowed to do what we want. We are even forced to do things we don’t want such as upgrading software at an inappropriate time, sending data about us and hosting software we don’t use that can’t be removed or using proprietary clouds.

When you think about it, the computer built to last 50 years is trying to address the excessive consumption of devices, to fight monopolies, to claim back our attention, our time and our privacy and free us from abusive industries.

Isn’t that a lot for a single device? No because those problems are all different faces of the same coin. You can’t fight them separately. You can’t fight on their own grounds. The only hope? Changing the ground. Changing the rules of the game.

The ForeverComputer is not a replacement. It will not be better than your MacBook or your android tablet. It will not be cheaper. It will be different. It will be an alternative. It will allow you to use your time on a computer differently.

It doesn’t need to replace everything else to win. It just needs to exist. To provide a safe place. Mastodon will never replace Twitter. Linux desktop never replaced Windows. But they are huge successes because they exist.

We can dream. If the concept becomes popular enough, some businesses might try to become compatible with that niche market. Some popular websites or services may try to become available on a device which is offline most of the time, which doesn’t have a pointer by default and which has only an e-ink screen.

Of course, those businesses would need to find something else than advertising, click rates and views to earn money. That’s the whole point. Each opportunity to replace an advertising job (which includes all the Google and Facebook employees) by an honest way to earn money is a step in destroying our planet a bit less.

Building the first layers

There’s a fine equilibrium at play when an innovation tries to change our relationship with technology. In order to succeed, you need technologies, a product and contents. Most technologists try to build technologies first, then products on top of it then waits for content. It either fails or become a niche thingy. To succeed, there should be a game of back and forth between those steps. People should gradually use the new products without realising it.

The ForeverComputer that I described here would never gain real traction if released today. It would be incompatible with too much of the content we consume every day.

The first very small step I imagined is building some content that could, later, be already compatible. Not being a hardware guy (I’m a writer with a software background), it’s also the easiest step I could do today myself.

I call this first step WriteOnly. It doesn’t exist yet but is a lot more realistic than the ForeverComputer.

WriteOnly, as I imagine it, is a minimalist publishing tool for writers. The goal is simple : write markdown text files on your computer. Keep them. And let them published by WriteOnly. The readers will choose how they read you. They can read it on a website like a blog, receive your text by email or RSS if they subscribed, they can also choose to read you through Gemini or DAT or IPFS. They may receive a notification through a social network or through the fediverse. It doesn’t matter to you. You should not care about it, just write. Your text files are your writing.

Features are minimal. No comments. No tracking. No statistics. Pictures are dithered in greyscale by default (a format that allows them to be incredibly light while staying informative and sharper than full-colour pictures when displayed on an e-ink screen).

The goal of WriteOnly is to stop having the writers worrying about where to post a particular piece. It’s also a fight against censorship and cultural conformity. Writers should not try to write to please the readers of a particular platformn according to the metrics of that platform moguls. They should connect with their inner selves and write, launching words into the ether.

We never know what will be the impact of our words. We should set our writing free instead of reducing it to a marketing tool to sell stuff or ourselves.

The benefit of a platform like WriteOnly is that adding a new method of publishing would automatically add all the existing content to it. The end goal is to have your writing available to everyone without being hosted anywhere. It could be through IPFS, DAT or any new blockchain protocol. We don’t know yet but we can already work on WriteOnly as an open source platform.

We can also already work on the ForeverComputer. There will probably be different flavours. Some may fail. Some may reinvent personal computing as we know it.

At the very least, I know what I want tomorrow.

I want an open source, sustainable, decentralised, offline-first and durable computer.

I want a computer built to last 50 years and sit on my desk next to my typewriter.

I want a ForeverComputer.

Make it happen

As I said, I’m a software guy. I’m unlikely to make a ForeverComputer happen alone. But I still have a lot of ideas on how to do it. I also want to focus on WriteOnly first. If you think you could help make it a reality and want to invest in this project contact me on lionel at ploum.net.

If you would like to use a ForeverComputer or WriteOnly, you can either follow this blog (which is mostly in French) or subscribe here to a dedicated mailing list. I will not sell those emails, I will not share them and will not use them for anything else than telling you about the project when it becomes reality. In fact, there’s a good chance that no mail will ever be sent to that dedicated mailing list. And to make things harder, you will have to confirm your email address by clicking on a link in a confirmation mail written in French.

Further Reads

« The Future of Stuffs », by Vinay Gupta. A short, must-read, book about our relationship with objects and manufacturing.

« The Typewriter Revolution », by Richard Polt. A complete book and guide about the philosophy behind typewriters in the 21st century. Who is using them, why and how to use one yourself in an era of permanent connectivity.

NinjaTrappeur home built a digital typewriter with an e-ink screen in a wooden case:
https://alternativebit.fr/posts/ultimate-writer/

Another DIY project with an e-ink screen and a solar panel included:
https://forum.ei2030.org/t/e-ink-low-power-cpu-solar-power-3-sides-of-the-same-lid/82

SL is using an old and experimental operating system (Plan9) which allows him to do only what he wants (mails, simple web browsing and programming).
http://helpful.cat-v.org/Blog/2019/12/03/0/

Two artists living off the grid on a sail boat and connecting only rarely.
https://100r.co/site/working_offgrid_efficiently.html

« If somebody would produce a simple typewriter, an electronic typewriter that was silent, that I could use on airplanes, that would show me a screen of 8 1/2 by 11, like a regular page, and I could store it and print it out as a manuscript, I would buy one in a second! » (Harlan Ellison, SF writer and Startrek scenarist)
http://harlanellison.com/interview.htm

LowTech magazine has an excellent article about low-tech Internet, including Delay Tolerant Networks.
https://solar.lowtechmagazine.com/2015/10/how-to-build-a-low-tech-internet.html

Another LowTech magazine article about the impact typewriters and computers had on office work.
https://solar.lowtechmagazine.com/2016/11/why-the-office-needs-a-typewriter-revolution.html

UPDATE 6th Feb 2020 : Completely forgot about Scuttlebutt, which is an offline-first, p2p social network. It does exactly what I’m describing here to communicate.

https://scuttlebutt.nz/get-started/

A good very short introduction about it on BoingBoing :

https://boingboing.net/2017/04/07/bug-in-tech-for-antipreppers.html

UPDATE 8th Feb 2020 : The excellent « Tales from the Dork Web » has an issue on The 100 Year Computer which is strikinly similar to this piece.

https://thedorkweb.substack.com/p/the-100-year-computer

I also add this attempt at a Offline-first protocol : the Pigeon protocol :

https://github.com/PigeonProtocolConsortium/pigeon-spec

And another e-ink DIY typewriter :

https://hackaday.com/2019/02/18/offline-e-paper-typewriter-lets-you-write-without-distractions/

UPDATE 15th Feb 2020 : Designer Micah Daigle has proposed the concept of the Prose, an e-ink/distraction free laptop.

https://medium.com/this-should-exist/prose-a-distraction-free-e-ink-laptop-for-thinkers-writers-4182a62d63b2

Je suis @ploum, ingénieur écrivain. Abonnez-vous par mail ou RSS pour ne rater aucun billet (max 2 par semaine). Je suis convaincu que Printeurs, mon dernier roman de science-fiction vous passionnera. Commander mes livres est le meilleur moyen de me soutenir et de m’aider à diffuser mes idées !

Ce texte est publié sous la licence CC-By BE.

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Condorcet, les réseaux sociaux et les producteurs de merdehttps://ploum.net/?p=6747http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20210115_130657_Condorcet__les_reseaux_sociaux_et_les_producteurs_de_merdeFri, 15 Jan 2021 12:06:57 +0000Le XVIIIe siècle et les réseaux présociaux

En 1793, au cœur de la Révolution française, la plupart des députés girondins, particulièrement les brissotins, sont arrêtés et exécutés par les Montagnards dirigés par Robespierre. C’est la fameuse Terreur durant laquelle Robespierre voit dans la moindre idée modérée une menace contre la révolution.

Bien qu’il ne soit pas officiellement Girondin, un mandat d’arrestation est également émis contre le député, mathématicien et philosophe Condorcet, ami de Brissot. Condorcet est un idéaliste optimiste. Opposé à la peine de mort, il s’est refusé à voter pour l’exécution de Louis XVI, crime contre-révolutionnaire s’il en est.

Piètre orateur, Condorcet est un homme d’écrit d’une grande finesse et d’une grande intelligence, mais avec des compétences sociales limitées. S’il a utilisé sa plume essentiellement pour étudier les mathématiques, notablement celle du vote, et défendre ses idéaux (très en avance sur leur temps, notamment sur l’égalité des droits des hommes, des femmes, des noirs, sur la nécessité d’une éducation gratuite obligatoire et de qualité voire même sur une forme de revenu de base), il n’hésite pas à la tremper dans le fiel pour critiquer vivement les différents extrémistes que sont pour lui Robespierre ou Marat.

Car, au 18e siècle, pas besoin de Facebook pour s’insulter publiquement. Les publications, souvent éphémères et autoéditées, se suivent et se répondent avec virulence pour le plus grand plaisir des Parisiens. Le troll le plus célèbre étant assurément Voltaire.

Forcé de se cacher dans une petite chambre pour ne pas être guillotiné comme ses camarades, Condorcet va d’abord écrire toute sa rage, tenter de rétablir la vérité à travers des missives qu’il fait parvenir à différentes publications.

Percevant qu’il s’épuise et dépérit, Sophie de Condorcet, son épouse et complice, lui enjoint d’arrêter d’écrire contre les autres et le convainc d’écrire pour lui. Écoutant les conseils de son épouse, Condorcet va se mettre à rédiger ce qui sera son Opus Magna : « Esquisse d’un tableau historique des progrès de l’esprit humain ».

Bien que pourchassé et ayant vu ses amis guillotinés, Condorcet aux abois et sentant sa fin proche livre un plaidoyer humaniste et optimiste sur le futur de l’humanité. Le manuscrit achevé, il quittera sa chambre au bout de neuf mois par crainte de faire condamner sa logeuse. La brave dame sait qu’elle sera guillotinée sans procès si Condorcet est trouvé chez elle, elle refuse néanmoins à le laisser sortir et celui-ci doit user d’un subterfuge pour s’éclipser. Après deux jours d’errances, Condorcet est arrêté comme étant suspect, mais pas reconnu. Le temps de l’enquête, il est placé dans une petite prison locale où il décèdera mystérieusement. Suicide ou crise cardiaque liée à une piètre santé ? On ne le saura jamais.

L’histoire de Condorcet me revient à l’esprit chaque fois que je vois passer des débats, des attaques, des réponses détaillées à ces attaques (souvent de bonne foi). C’est une histoire à garder en mémoire chaque fois que l’envie vous prendra d’interagir sur les réseaux sociaux ou de pondre un virulent billet de blog à charge.

Livres vs réseaux

Car les réseaux sociaux sont mathématiquement bien pires que ce qu’on imaginait. Même si on construisait un réseau social éthique/bio/fairtrade/cycliste/sans gluten qui ne tente pas de nous vendre n’importe quelle merde ni de nous faire réagir à tout prix, le simple fait que ce soit un réseau social est suffisant pour que la qualité des messages mis en avant soit inversement proportionnelle au nombre de messages sur ledit réseau.

En résumé : au plus il y’a de messages, au plus votre lecture ne sera qu’un petit pourcentage des messages (logiques) et au plus la qualité moyenne des messages baissera.

=> http://meta.ath0.com/2020/12/social-notwork/

La conclusion optimiste c’est qu’il est difficile de faire un plus grand réseau que Facebook, que leurs algorithmes tirent encore plus la qualité vers le bas et que, mathématiquement, on aurait touché le fond. Ce que vous lisez sur Facebook serait donc la lie de l’humanité, le pire du pire.

La bonne nouvelle, c’est que si vous vous éloignez un instant de l’écran, que vous allez jusqu’à la bibliothèque municipale (voire celle de votre salon qui est devenue purement décorative depuis que vous avez un smartphone), vous trouverez des tas de choses à lire qui représente généralement le meilleur de l’humanité (particulièrement les vieux livres qui restent classiques ou populaires). Je vous invite à essayer, vous allez voir, l’effet est saisissant ! (même si c’est perturbant de ne pas avoir des notifications et des discussions qui interrompent la lecture).

Bon, encore faut-il que les éditeurs jouent leur rôle :  celui de forcer les artistes à innover, à sortir des sentiers battus. Malheureusement, ils font exactement le contraire en tentant de formater les œuvres, d’éviter de prendre des risques pour s’assurer une rentabilité. Or, les réels succès seront originaux.

=> https://unspicilege.org/index.php?post/Des-auteurs-et-des-artistes

Grandir pour vendre de la merde

Il semble y avoir un fil conducteur. Plus on devient grand, plus on produit de la merde. Comme le souligne Vinay Gupta dans son excellent « The Future Of Stuff » (livre très court qui ressemble au Capital de Marx live-tweeté par un cyberpunk sous amphés), le but du tailleur est de faire des vêtements qui vous aillent bien. C’est l’essence de son métier, de sa réputation, de son business. Le but d’un producteur de vêtements est de les vendre. C’est très différent. Le métier est différent et les produits seront différents. En fait, le vêtement peut même être immettable, on s’en fout s’il se vend.

Et lorsqu’une grosse entreprise se retrouve, par erreur, à faire un bon produit, elle s’arrange immédiatement pour corriger le tir. Désolé, on l’a pas fait exprès.

Pour ceux qui ont installé des réseaux wifi dans les années 2010, le WRT54G de Linksys était le meilleur routeur qu’il était possible d’acheter. La raison ? On pouvait flasher le firmware pour le remplacer par un logiciel open source permettant plein de choses (comme de servir de répétiteur, de configurer la puissance de chacune des antennes, d’installer un firewall, etc. Perso, j’utilisais DD-WRT). Mais ce n’était en fait pas volontaire. Linksys avait sous traité la gestion de la puce à Broadcom qui avait lui-même sous-traité le développement du firmware à une obscure boîte asiatique, laquelle avait tout simplement mis un Linux. Or, Linux étant sous GPL, il a bien fallu rendre les sources publiques.

Cela ne faisait pas les affaires de Cisco, qui venait de racheter Linksys, pour une raison toute simple : le firmware open source offrait des fonctionnalités normalement réservées aux produits bien plus onéreux. L’astuce qu’a trouvée Cisco ? Sortir une nouvelle version du WRT54G avec un processeur moins puissant et moins de mémoire, histoire d’empêcher la version open source de tourner.

Ce qui illustre bien que le but d’une entreprise n’est, en règle générale, pas de faire un bon produit pour les consommateurs, mais, au contraire, tenter de les forcer à acheter la plus mauvaise qualité possible.

=> https://tedium.co/2021/01/13/linksys-wrt54g-router-history/

L’idéologie de la Silicon Valley est qu’il faut soit croître au point de contrôler le monde, soit se faire racheter par un plus gros, soit disparaitre. Gardons à l’esprit que ce n’est qu’une idéologie. Et que nous sommes en train d’en subir les effets néfastes. Non, Gemini ou Mastodon ne remplaceront pas le web et Twitter. On s’en fout. Le but est d’être une alternative, pas un remplacement.

Mon premier conseil ? Évitez de travailler pour les grands monopoles.

Drew DeVault explique pourquoi c’est une mauvaise idée de bosser pour les GAFAM. Une mauvaise idée à la fois pour vous et pour le monde. Même si vous êtes super bien payé, vous jouez à la roulette russe avec votre avenir.

=> https://drewdevault.com/2021/01/01/Megacorps-are-not-your-dream-job.html

La vie privée et le respect mutuel

Mon second conseil ?

Même si tout cela vous passe par-dessus la tête, faites un effort d’écouter lorsque les gens qui s’intéressent au sujet expliquent des choses. Pour le moment, si vous utilisez Whatsapp, on vous demande certainement d’installer Signal.

Et bien, faites-le ! Ça ne vous coûte que quelques minutes d’effort et quelques mégaoctets d’espace sur votre téléphone.

Je sais bien que vous avez déjà trois messageries, que vous vous en foutez, que vous n’avez rien à cacher.

Mais c’est par simple respect des autres. En installant Whatsapp, vous avez fourni à Facebook tout votre carnet d’adresses, y compris ceux qui ne souhaitent pas être sur Facebook. La moindre des choses que vous pouvez faire est de permettre à vos amis pour qui c’est important de vous contacter sur Signal. Personne ne vous demande d’abandonner Whatsapp. On vous demande juste de ne pas rajouter à la pression sociale d’utiliser un service Facebook.

C’est comme pour les fumeurs : on ne vous demande pas d’arrêter de fumer, mais juste de ne pas nous forcer à fumer (même si, pour reprendre l’analogie, nous continuons à subir le tabagisme passif).

Alors, oui, Signal n’est pas parfait. Mais il est très bien alors installez-le par simple soutien citoyen envers ceux qui ne souhaitent pas être totalement pistés par Facebook. C’est bien leur droit, non ? En fait, la question est plutôt inverse : en quoi auriez-vous le droit d’imposer Whatsapp à vos contacts qui ne le souhaitent pas ?

=> https://standblog.org/blog/post/2021/01/13/Par-quoi-remplacer-WhatsApp

Si vous voulez aller plus loin dans l’exploration de la protection de la vie privée, voici le plug-in pour navigateur que j’attendais : Privacy Redirect. Il redirige Twitter, Instagram, Youtube, Reddit, Google Maps et Google vers des « miroirs » ou des alternatives qui préservent la vie privée tout en vous permettant d’accéder au contenu. C’est bien entendu complètement configurable et il est facile de désactiver un filtre particulier temporairement. J’utilise Teddit pour accéder aux liens Reddit et j’ai installé le logiciel Freetube, qui s’ouvre en dehors du navigateur, et permet de visualiser les vidéos Youtube rapidement et sans pub! J’ai également découvert que si l’interface d’Open Street Maps n’est pas aussi facile que celle de Google Maps, les résultats sont tout à fait utilisables. Je n’ai même pas besoin de me forcer : je tape machinalement « maps » et arrive sur openstreetmaps. Bon, pour la recherche, je reste à Duckduckgo parce que Searx est vraiment très expérimental.

Bref, un excellent outil pour tenter de changer ses habitudes à moindre effort.

=> https://github.com/SimonBrazell/privacy-redirect

S’informer hors des monopoles

Pour s’informer en dehors des réseaux sociaux, il reste les bons vieux flux RSS, les mailings-liste et même… Gemini. Je vous explique ma routine matinale pour lire Gemini grâce au client en ligne de commande AV-98. C’est très geek, ce n’est pas pour tout le monde, mais ça me change des onglets ouverts dans tous les sens.

=> https://linuxfr.org/users/ploum/journaux/augmenter-le-rendement-de-votre-moulage-de-pres-de-174

J’ai d’ailleurs lancé mon gemlog, en anglais.

=> gemini://rawtext.club/~ploum/

Si Gemini ne vous intéresse pas, vous pouvez vous en passer sans soucis. Si vous avez raté mon billet expliquant ce qu’est Gemini, le voici.

=> https://ploum.net/gemini-le-protocole-du-slow-web/

Ce qu’il y’a de rafraichissant avec Gemini, c’est l’impression de lire des textes tout simplement humains. Il n’y a pas de volonté de convaincre, pas de followers, pas de likes, pas de statistiques. Il y’a un plaisir calme à lire des avis, même complètement divergents, sur Gemini. Le fait d’être en ligne de commande et sans images y est également pour beaucoup.

Mais j’avoue que Gemini est encore limité. Je m’informe et m’inspire principalement par flux RSS.

Si je ne devais garder qu’un seul flux RSS, ce serait le Pluralistic de Cory Doctorow. Chaque jour, Cory poste un long billet composé de plusieurs sujets qu’il développe brièvement. C’est super intéressant, super bien résumé. Comme il poste ça sur Twitter, Mastodon, sa mailing-liste, son site web et Tumblr, que chaque billet vient avec des images et un colophon, je lui avais demandé quelle était sa technique de travail. Il m’avait répondu qu’il comptait justement en parler pour fêter le premier anniversaire de Pluralistic.

Je trouvais que, même avec de bons outils et bien automatisé, le tout devait être un travail de titan. Il s’avère que Cory n’utilise pas d’outils particuliers. Pire, il se complique la vie en postant tout d’abord dans Twitter puis en copiant/collant dans Mastodon et Tumblr puis en remettant tout dans un fichier XML qu’il édite à la main. Il va jusqu’à écrire à la main le code HTML pour la licence Creative Commons. Et faire ses montages photos dans Gimp. Et ça, tous les jours !

Insupportable pour un programmeur. Un lecteur l’a tellement pris en pitié qu’il lui a fait un script python pour simplifier certaines opérations. Cela reste néanmoins complètement inefficace. Mais une petite référence a attiré mon attention. Son père faisait de la mise en page de publications à la main, en coupant des morceaux de papier et les collant pour faire des compositions. Cory a l’impression de refaire le même travail.

Et peut-être que cette inefficacité est essentielle pour lui permettre de digérer ce qu’il a lu, de relire ce qu’il écrit. En étant inefficace, il est immergé plusieurs heures dans ce qu’il a écrit. Il ne cherche pas à optimiser ses clicks, ses visiteurs. Il ne cherche pas à poster rapidement, à être efficace. Il est tailleur et non pas producteur de vêtements. Force est de constater que cela se sent.

=> https://pluralistic.net/2021/01/13/two-decades/

Bds et pub obligatoire pour Printeurs

Outre les flux et les biographies de Condorcet, je lis aussi des Bds.

Je viens de terminer le 4e tome d’Aspic, par Gloris et Lamontagne. Une série vraiment brillante. Ce n’est pas un chef-d’œuvre absolu, mais lorsqu’un très bon dessin se met au service de personnages particulièrement attachants et d’une véritable histoire, il serait malvenu de bouder notre plaisir.

Loin d’être une série à rallonge avec une intrigue infinie (coucou XIII et Sillage), Aspic propose plutôt des enquêtes en deux tomes, enquêtes qui mélangent allègrement un côté enfantin et un côté adulte assez sombre.

À propos de livres adultes et sombres, Tonton Alias a fait une critique de Printeurs où il me compare… à Cory Doctorrow !

Je rapprocherais Printeurs des romans d’anticipation technologiques de Cory Doctorow. J’y ai trouvé quelques idées vraiment brillantes, comme l’idée du ciblage publicitaire comme outil de drague ou de surveillance.

Il a aussi quelque chose qui manque souvent aux bouquins de Doctorow: une intrigue trépidante. C’est un bon page-turner.

=> https://alias.erdorin.org/printeurs-de-ploum/

Il émet également des remarques négatives avec lesquelles je suis relativement d’accord. Pour les véritables amateurs de SF, Printeurs est un brin désuet. C’était assumé, car pensé au départ comme un hommage aux séries pulp des années 50. Je prends note pour m’améliorer.

Ceci dit, si vous n’êtes pas convaincu, je vous invite à lire ce qu’en disent Sebsauvage et d’autres mastonautes :

=> https://sebsauvage.net/links/?SlHGmQ

Notamment Sebiii et Pyves, qui se plaignent d’avoir failli faire une nuit blanche à cause de moi.

=> https://mastodon.social/@Sebiiiii/105321398407717687
=> https://framapiaf.org/@Pyves/105389956170119860

Purexo m’a également fait le plaisir de publier une critique de Printeurs… sur Gemini ! Je me demande si Printeurs est le premier roman critiqué sur Gemini.

=> gemini://purexo.mom/blog/2020/12-16-critique-printeurs.gmi

Si cela vous a convaincu, voici le lien pour commander :

=> https://www.plaisirvaleurdhistoire.com/shop/38-printeurs

Mais si ce genre de SF n’est pas votre truc, je comprends parfaitement. J’espère vous surprendre agréablement avec mes futurs écrits.

Je vous remercie d’avoir accordé du temps pour me lire. Vous écrire à vous, mes abonnés ou lecteurs occasionnels, est à la fois un plaisir et un processus intellectuel important pour moi. J’espère que ce plaisir est partagé et je vous souhaite une excellente journée.

Image : Mort de Condorcet, musée de la Révolution Française.

Je suis @ploum, ingénieur écrivain. Abonnez-vous par mail ou RSS pour ne rater aucun billet (max 2 par semaine). Je suis convaincu que Printeurs, mon dernier roman de science-fiction vous passionnera. Commander mes livres est le meilleur moyen de me soutenir et de m’aider à diffuser mes idées !

Ce texte est publié sous la licence CC-By BE.

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Les écrivains bientôt remplacés par un algorithme ?https://ploum.net/?p=6740http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20201217_094840_Les_ecrivains_bientot_remplaces_par_un_algorithme___Thu, 17 Dec 2020 08:48:40 +0000Je suis convaincu que des romans très populaires seront bientôt écrits par des intelligences artificielles. Je n’exclus pas la possibilité que ce soit déjà le cas. Pourtant, je réalise que mon métier d’écrivain est essentiel et je n’ai pas peur de la concurrence des algorithmes. En fait, je l’accueille même à bras ouverts.

Car, sous le vocable « Intelligence Artificielle » se cache une réalité plus prosaïque : de simples algorithmes nourris par des quantités astronomiques de données et qui ne font que nous offrir une variation sur ces mêmes données. Tout ce qui est généré par l’intelligence artificielle est obsolète, ressassé. Il n’y a pas d’idée nouvelle. Parfois, on peut trouver une nouvelle manière de voir les choses anciennes, ce qui n’est pas dénué d’intérêt. Mais l’intelligence artificielle considère le passé comme un ensemble de règles immuables, infranchissables.

C’est la raison pour laquelle les intelligences artificielles sont régulièrement accusées de racisme, de sexisme. Elles ne sont que le reflet de notre société, un simple miroir. Elles ne pourront pas nous faire évoluer.

L’écrivain, au contraire, apporte sa sensibilité, sa vision, sa créativité. Son écriture est une relation humaine avec le lecteur, par delà la distance, par delà les siècles.

Le texte est porté par son contexte. Pour le lecteur, une connaissance même succincte de la vie de l’auteur transformera son interprétation personnelle, la manière dont il se l’appropriera. Le texte n’est, au fond, que le début d’une conversation. Une conversation qui peut parfois s’étendre par delà les siècles, englobant des dizaines d’écrivains, des milliers de lecteurs. Une conversation qui peut avoir l’apparence de s’achever, ne faisant que planter une graine invisible, graine qui germera des années plus tard sans que personne ne se souvienne de son origine.

Présent sur ce blog depuis plus de 16 années, j’ai la chance d’expérimenter l’impact de l’écriture sur la création de relations humaines. Depuis la lectrice que j’ai épousée, les lecteurs qui m’écrivent régulièrement à ceux qui m’avouent me lire depuis 10 ans et avoir l’impression de me connaitre intimement alors que je n’ai jamais entendu parler d’eux.

Avec la publication de Printeurs au format papier, je redécouvre cette intimité, cette proximité avec les lecteurs. Je me suis glissé dans leur lit le soir, je leur ai tenu compagnie plusieurs heures voire plusieurs jours. Je les ai empêchés de dormir. Ils ont pesté contre moi au petit matin, m’accusant d’être responsable de leur fatigue. Avant de me retrouver le soir même et de me glisser contre leur oreiller.

Cette relation intime, sensuelle, a forcément un impact sur moi. Je ne me sens pas dans la peau d’un écrivain dans sa tour d’ivoire dont les livres sont des blocs de marbre indépendants. Tout comme quand je suis sur scène et que je « sens » le public, que je m’adapte à lui, j’écris avec mes lecteurs, je me nourris de ces interactions impalpables qui vont complètement faire évoluer mes écrits futurs.

Le paroxysme de cette influence revenant à ma première lectrice, mon épouse. Non contente de remettre régulièrement en question mes croyances, mes habitudes par ses réflexions, elle n’hésite pas à me renvoyer à machine à écrire. À titre d’anecdote, elle a totalement transformé le chapitre 000110 de Printeurs pour en faire un texte qu’une femme peut lire sans pester sur la prétention des hommes blancs à connaitre la physiologie féminine. Elle me transforme et, par la même occasion, transforme mes futurs écrits.

Aucun algorithme d’intelligence artificielle ne peut ni ne pourra jamais évoluer de cette manière. Tout ce qu’un algorithme produit n’est qu’un artefact du passé. Si demain les écrivains venaient à disparaitre pour être remplacés par des logiciels, aucune nouvelle idée n’apparaitrait. Aucun risque littéraire. Aucune remise en question. Nous serions condamnés à lire et à relire toujours la même chose, à végéter dans le marasme de l’immobilité intellectuelle.

Certes, les algorithmes seront certainement meilleurs pour produire des textes « qui se vendent ». Après tout, c’est déjà le cas avec la musique. Mais ces écrits seront dans l’impossibilité de créer des liens humains. Tout simplement parce qu’un lien implique deux humains. Par définition.

À ce jeu, l’écrivain de best-seller, le philosophe académique ou le blogueur anonyme suivi par une poignée de lecteurs seront toujours meilleurs que le plus pointu des algorithmes. Leurs écrits sont des briques essentielles à la construction de l’humanité.

L’écriture est un métier magique, car la concurrence y est toujours la bienvenue. Les lecteurs s’enrichissent de leurs lectures, lisent de plus en plus, découvrent. Tout nouvel écrit, loin d’entrer en compétition avec les autres, est au contraire une porte d’entrée qui élargira le champ des lecteurs.

Le lecteur d’un seul livre se perd dans un fanatisme religieux. Le lecteur de plusieurs livres découvre graduellement la finitude de sa connaissance. À force de lire, il développe une identité, une analyse propre et un appétit insatiable. J’ai confiance que les lecteurs découvriront très vite les limites des textes générés par une intelligence artificielle.

Le seul réel danger, le seul ennemi des écrivains étant ce qui nous empêche de lire, ce qui nous pousse à passer du temps devant les écrans et les publicités plutôt qu’à réfléchir, méditer, apprendre. À consommer du contenu plutôt qu’à apprécier des idées.

Cet ennemi n’est pas seulement celui des écrivains. C’est celui de l’humanité tout entière !

Photo by Possessed Photography on Unsplash

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Le courriel, avec Vim ou avec Emacs ?https://ploum.net/?p=6731http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20201214_105755_Le_courriel__avec_Vim_ou_avec_Emacs___Mon, 14 Dec 2020 09:57:55 +0000Aparté technique sur le choix d’un logiciel d’écriture et de correspondance sous Linux.

Toute la Gaule est occupée. Toute ? Non…

Je suis devenu passionnément linuxien lors d’une des dernières longues nuits du siècle précédent. Pour me guider dans cette conversion, je m’accrocherai religieusement à l’incroyable formation Debian d’Alexis de Lattre. Formation qui m’accompagnera pendant des mois et m’influencera au point de publier mon premier livre sur le sujet après un lustre et de l’enseigner à l’université 15 années plus tard.

https://formation-debian.viarezo.fr/

Alexis de Lattre y présente notamment l’éditeur de texte Vim. Je deviendrai donc un utilisateur de Vim, pestant contre les rares fois où j’aurai à utiliser Emacs.

Bien plus tard, je tenterai plusieurs fois d’approfondir mes connaissances de Vim grâce à l’excellent « Vim pour les humains » de Vincent Jousse, disponible à prix libre.

https://vimebook.com/fr

Note pour ceux qui ne connaissent que peu ou prou le monde Linux : Vim et Emacs sont deux éditeurs de texte aux philosophies d’utilisation radicalement opposées. Ce sont tous les deux des logiciels très puissants, mais qui nécessitent un investissement important avant d’être maitrisés. Il est de coutume, entre technophiles, de se considérer partisan de l’un et de critiquer l’autre. C’est un peu comme se disputer pour du poisson pas frais dans un célèbre village gaulois. Cela fait partie des traditions, c’est bon enfant, mais on reste néanmoins unis face aux hordes de légionnaires.

Le secret de la potion magique

Aimant écrire, aimant le clavier, il est normal que je me passionne pour l’optimisation de mon poste d’écriture. La douloureuse gestation de la nouvelle « Le vampire de Paris » me fera prendre conscience de l’importance de l’ergonomie et me motivera à utiliser une disposition de clavier Bépo.

https://ploum.net/le-vampire-de-paris/

L’effet sera incroyable : j’écris plus, j’écris mieux. J’y prends beaucoup plus de plaisir et je n’ai plus mal aux articulations.

https://ploum.net/216-le-bepo-sur-le-bout-des-doigts/

Entre-temps, une évolution s’est marquée dans ma carrière. Je n’écris désormais plus de code. J’alterne uniquement entre le texte brut et les courriels.

Pour mes textes, j’utilise Zettlr, dont l’organisation et le mode Zettelkasten me conviennent très bien. Il y’aurait certainement moyen d’arriver à un fonctionnement similaire avec Vim, mais je n’y suis jamais parvenu. Zettlr fonctionne suffisamment bien pour que je n’éprouve pas le besoin de trouver une alternative même si, parfois, je regrette de devoir utiliser la souris et je peste sur la lenteur de Zettlr.

En conséquence, je n’utilise presque plus Vim. Pourtant loin d’avoir été un utilisateur avancé, je perds chaque jour un peu plus mes réflexes.

Je peste, par contre, sur le temps passé à écrire dans les logiciels de courriel que je trouve affreux, anti-pratiques, complexes. Plutôt que de simplement lire, écrire archiver et rechercher, il faut gérer des myriades de dossiers, de mouvements de souris, de boutons, de clic droit.

J’ai tenté une configuration Mutt/Notmuch (permettant d’utiliser Vim pour rédiger ses emails), mais la complexité était telle que j’ai abandonné. Je souhaite garder avant tout une configuration simple et facilement reproductible sur plusieurs ordinateurs.

Je lis régulièrement l’enthousiasme des utilisateurs d’Emacs. Parfois, un doute m’étreint : devrais-je abandonner mon identité de Vimeur, historique plus que pratique, et tenter d’apprendre Emacs ? Emacs pourrait-il devenir un prototype de client de correspondance dont je rêve pour écrire mes emails ?

https://ploum.net/pour-un-logiciel-de-correspondance-plutot-quun-client-mail/

Après tout, j’ai le souvenir que Richard Stallman, le créateur d’Emacs, répondait à ses emails de manière complètement déconnectée, que ses mails se synchronisaient automatiquement dès qu’il avait une connexion. De mon côté, la tâche est complexifiée par l’utilisation du Bridge Protonmail, mais rien qui semble insurmontable.

Hélas, j’ai beau avoir passé quelques heures sur des tutoriaux Emacs, je n’ai encore jamais réussi à accrocher.

Ils sont fous ces Romains !

Investir dans Vim/mutt ? Prendre le temps d’apprendre Emacs malgré un cerveau presque quarantenaire ? Ou, tout simplement, accepter l’instabilité de Geary (qui, parfois, n’envoie pas les mails sans me prévenir, ce qui a cassé toute ma confiance) ou la rage permanente qu’est l’exposition à Thunderbird, son interface de vaisseau spatial du siècle précédent et sa recherche inutilisable (lors d’une recherche sur un patronyme, un mail envoyé la veille à la personne concernée apparait derrière une centaine de mails vieux de plus de 10 ans et qui contiennent un mot qui ressemble vaguement à ce nom. Tout bonnement insupportable, je préfère encore recourir à l’interface web) ?

Bref, quel outil pour reprendre plaisir à lire et écrire des emails sous Linux tout en ayant la certitude que les mails sont facilement trouvables et bien envoyés ? Étonnant comme cette question reste difficile à répondre en 2020.

C’est un peu comme si la philosophie monopolistique de la Silicon Valley avait déteint sur notre créativité. Les investisseurs californiens ont en effet ce concept de « kill zone ». Ne surtout pas innover dans un domaine où un monopole s’est déjà établi et semble indétrônable. En conséquence, ce sera soit Gmail et Outlook, qui lisent et trient nos emails, décidant à notre place lesquels doivent avoir de l’importance, soit un vieux Thunderbird en Clickorama dont l’interface n’a pas évolué depuis 20 ans…

Comme si l’offre pléthorique de services de discussion centralisés distrayait les développeurs pour nous faire oublier la correspondance décentralisée. Comme si on voulait nous faire détester l’email, notre dernier espace de liberté.

Il ne me reste qu’à rejoindre l’un des derniers villages peuplés de fous qui résistent encore et toujours à l’envahisseur. Mais vais-je rejoindre le petit guerrier intrépide Vimix et son petit chien Muttix ? Ou bien le livreur de menhir Emacsix, qui est tombé dans la potion magique quand il était petit ?

Je serais curieux de lire vos réflexions et vos expériences sur votre blog, votre gemlog, dans un journal Linuxfr ou, bien entendu, par mail.

Photo par Ferran Cornellà sur Wikimedia.

Je suis @ploum, ingénieur écrivain. Abonnez-vous par mail ou RSS pour ne rater aucun billet (max 2 par semaine). Je suis convaincu que Printeurs, mon dernier roman de science-fiction vous passionnera. Commander mes livres est le meilleur moyen de me soutenir et de m’aider à diffuser mes idées !

Ce texte est publié sous la licence CC-By BE.

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Le cadeau de la sérendipité piratehttps://ploum.net/?p=6724http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20201212_122413_Le_cadeau_de_la_serendipite_pirateSat, 12 Dec 2020 11:24:13 +0000Fêter ses proches avec un échange personnel tout en limitant le consumérisme et le pouvoir d’Amazon.

La période des « fêtes » est l’un des piliers de notre mode de vie consumériste. Pendant une brève période, il devient socialement obligatoire de trouver une série de cadeaux pour ses proches. Or, comme Milton Friedman l’avait déjà analysé, dépenser son argent pour les autres est économiquement sous-optimal. Au mieux, on achète quelque chose qui n’est pas prioritaire pour la personne concernée. Ou on l’achète trop bon marché et de moindre qualité. Ou trop cher par rapport au budget prévu. L’industrie s’est d’ailleurs spécialisée dans les « cadeaux gags », l’objet qui fera rigoler quelques secondes avant de finir dans une armoire ou dans la poubelle, car parfaitement inutile ou inutilisable.

https://ploum.net/les-4-manieres-de-depenser-de-largent/

Signe de la culpabilité écologique de notre embourgeoisement, nous passons des gadgets inutiles en plastique bon marché aux gadgets inutiles en bois bio très cher. Mais le principe est le même. Forcé d’offrir, nous consommons de manière absurde et pour un rapport plaisir/coût bien trop faible. Ce rapport peut même être négatif, le cadeau encombrant le destinataire, le forçant à le stocker avant de s’en débarrasser discrètement après une période socialement acceptable de possession.

Le confinement a accéléré cette tendance, transformant les meutes suantes se pressant dans les centres commerciaux surchauffés par des frénésies de clics sur Amazon. Il en résulte des valses de livraisons incessantes, jusqu’à plusieurs fois par jours de plusieurs entreprises de livraisons différentes. Des livreurs épuisés sonnent à 9h du soir à notre porte pour garantir une livraison en 24h d’un objet absurde sur lequel l’algorithme d’Amazon nous a encouragés de cliquer distraitement la veille.

Amazon pousse même le vice à rendre souvent plus chère la livraison moins rapide, spécialement pour les détenteurs d’un compte Prime. L’urgence, qui devrait être surfacturée et réservée aux cas exceptionnels, est devenue la gestion par défaut. Trois objets différents seront envoyés en trois colis différents pour éviter de retarder la livraison de quelques heures. Le tout se faisant au détriment de la santé des travailleurs, au détriment des petites enseignes locales qui ne peuvent garantir une telle rapidité, au détriment de la planète. Les plus cyniques y verront une stratégie consciente pour éviter aux clients d’Amazon d’annuler les achats impulsifs, les plus pessimistes une simple conséquence de notre compulsion à l’immédiateté.

Pourtant, j’aime bien faire des cadeaux à mes proches. Mais je déteste y être obligé. J’aime la spontanéité, la sérendipité d’une idée imprévue.

Pour moi, il n’est pas de cadeau plus inspirant qu’un livre inattendu. Offrir un livre, c’est offrir une chance pour le destinataire de découvrir un nouveau monde, un nouvel univers. Un livre peut changer une vie. Un livre peut apporter quelques heures de plaisir impromptu. Pas toujours. Mais, dans le pire des cas, le livre finira sur une étagère où il attendra son heure. Son stockage est aisé et sa seule présence peuple un intérieur. Le livre est patient. Il peut attendre des siècles. Il peut passer de mains en mains avant d’être ouvert. Il peut finir dans une bouquinerie où il commencera une nouvelle vie. Il peut se transmettre, se prêter, se donner.

J’adore me balader chez les bouquinistes, avoir le regard attiré, par exemple par un ouvrage de Karl Popper qui finira par faire l’objet d’un billet sur mon blog. Ou trouver un livre, me dire qu’il plaira à mon épouse et le déposer sur son bureau sans rien dire.

Avec le confinement, ces déambulations littéraires sont plus compliquées. L’algorithme Amazon broie toute sérendipité au profit de la rentabilité. Au lieu de découvrir un vieux titre inconnu et oublié, nous sommes sans cesse renvoyés aux livres qui se vendent le mieux. Nous sommes algorithmiquement pressés à la conformité jusque dans nos lectures.

Alias a très bien résumé l’importance de, non pas de boycotter Amazon à tout prix, mais bien favoriser l’émergence d’alternatives.

https://alias.erdorin.org/achats-en-ligne-des-presents-pour-lavenir/

Il m’a notamment fait découvrir le site Stop Amazon qui propose des alternatives.

https://www.stop-amazon.fr/Les-alternatives

De son côté, Korben a listé les manières de se procurer des livres pendant le confinement.

https://korben.info/livres-pour-le-confinement.html

Autre idée pour soutenir les commerces locaux que vous appréciez et qui souffrent du confinement : contactez-les pour commander des chèques cadeaux.

Enfin, il reste bien entendu la possibilité de trouver des petits éditeurs de livres indépendants qui ne sont pas sur Amazon. Au hasard, pourquoi ne pas offrir Printeurs ou le reste de la collection Ludomire comme cadeau de Noël ? (toutes les commandes passées jusqu’au mercredi 16 décembre sont garanties d’arriver pour Noël, au moins en France et en Suisse. Pour la Belgique, prévoyez un jour ou deux de plus).

https://www.plaisirvaleurdhistoire.com/shop/37-collection-ludomire

Pour les plus technophiles, une idée cadeau que j’affectionne est la sélection de livres électroniques. Une clé USB contenant des livres sans DRM et un petit texte l’accompagnant décrivant pourquoi on a choisi ces livres-là pour cette personne.

Un véritable cadeau personnalisé qui ne demande ni transport ni livraison, dont le coût financier est minime, mais qui nécessite un chouette investissement personnel.

Un livre d’occasion trouvé par hasard voire dans sa propre bibliothèque, une sélection de livres électroniques sans DRM. Des cadeaux magnifiques qui créent une réelle complicité, un échange, une relation personnelle entre celui qui offre et celui qui reçoit. Et cela, sans nécessairement dépenser beaucoup d’argent.

C’est ce genre de cadeau que la publicité tente de nous faire oublier, que les fondamentalistes du copyright tentent de dénigrer sous le nom de piratage. S’échapper des algorithmes est devenu une forme de piratage.

La sérendipité pirate ! Le cadeau que j’ai envie d’offrir et de recevoir.

Pour vous, amis lecteurs, je vous souhaite :

Un joyeux Noël anti-consumériste, mais plein de joie enfantine

https://ploum.net/178-j-emmerde-noel/

Un joyeux Newël plein de magie scientifique et de découvertes

https://ploum.net/newel-dans-la-ceinture-d-asteroides/

Et un effroyable solstice plein de Ph’nglui et de R’lyeh wgah’nagl fhtagn.

https://ploum.net/229-un-effroyable-solstice/

PS: Si votre esprit souscrit à l’alléchante perspective de la lecture de Printeurs mais que votre escarcelle s’y refuse, je dispose d’exemplaires suspendus qui vous attendent avec impatience. Contactez-moi simplement par mail pour en bénéficier, confidentialité garantie et aucune justification nécessaire. Si, au contraire, vous souhaitez alléger vos bourses en contribuant à ce programme, vous pouvez simplement passer votre commande sur le lien suivant. Celui Qui Dort Dans Les Profondeurs vous le rendra au centuple.

https://www.plaisirvaleurdhistoire.com/shop/accueil/247-printeurs-version-ludomire.html

Photo by Eddie Junior on Unsplash

Je suis @ploum, ingénieur écrivain. Abonnez-vous par mail ou RSS pour ne rater aucun billet (max 2 par semaine). Je suis convaincu que Printeurs, mon dernier roman de science-fiction vous passionnera. Commander mes livres est le meilleur moyen de me soutenir et de m’aider à diffuser mes idées !

Ce texte est publié sous la licence CC-By BE.

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L’indéterminisme scientifique et le libre arbitrehttps://ploum.net/?p=6718http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20201209_150852_L___indeterminisme_scientifique_et_le_libre_arbitreWed, 09 Dec 2020 14:08:52 +0000Une lecture personnelle de « L’Univers irrésolu, un plaidoyer pour l’indéterminisme » de Karl Popper, complétée par « Les Lois du chaos » et « La Fin des certitudes », d’Ilya Prigogine.

Contrairement à une intuition souvent partagée, la science n’est pas une entité monolithique à laquelle on croit ou pas. C’est un fluide sans cesse mouvant qui tente d’étendre la connaissance globale humaine, de déterminer les règles qui régissent notre univers.

Comme je l’ai écrit dans un précédent billet, prétendre que la science ne peut expliquer tel ou tel domaine relève d’une prétention absolue. Cela revient en effet à affirmer haut et fort que vous savez, avec certitude, que personne ne pourra jamais expliquer quelque chose que vous, vous pouvez identifier. Que vous avez donc atteint la connaissance ultime dans ce domaine particulier, que vous êtes sur ce point plus intelligent que tous les humains passés, présents et à venir.

https://ploum.net/la-science-na-pas-reponse-a-tout/

La science n’a pas réponse à tout ? Non, mais elle y tend de manière asymptotique. Karl Popper utilise souvent l’analogie de la pêche : la connaissance est un filet. Chaque progrès nous permet de resserrer les mailles du filet pour comprendre toujours un peu plus la réalité, mais nous laissons toujours quelque chose passer entre ces mailles.

Le fantasme de Laplace

Au 17e siècle, les Principia Mathematica de Newton suscitèrent un énorme espoir parmi les intellectuels. La science semblait presque complète. Chaque découverte semblait une nouvelle pièce de puzzle qui s’insérait magnifiquement. La « science totale » était à portée de main.

Laplace imagina son célèbre démon qui, connaissant la position et la vitesse exacte de chaque particule dans l’univers à un temps donné, pouvait déduire le futur précis de cet univers.

Selon cette vision, notre ignorance n’était plus qu’un manque de précision. Notre libre arbitre d’humain n’était qu’une méconnaissance de l’agencement des molécules du cerveau. Nous n’étions plus qu’une machine soumise aux lois d’un univers entièrement déterministe.

Le déterminisme est la clarté qui s’oppose au chaos, l’étendard du siècle des Lumières, le triomphe de la raison. Einstein lui-même était un fervent partisan d’un déterminisme qui reste encore populaire.

Au 20e siècle, les succès de la mécanique quantique vont lézarder l’édifice du déterminisme. Il devient en effet impossible de prédire, avant une mesure, les propriétés d’une particule. Tout au plus peut-on prédire une probabilité de résultat de cette mesure.

L’interprétation de cette incertitude n’est pas intuitive. Pour l’école dite « de Copenhague », c’est la mesure elle-même qui détermine aléatoirement la propriété de la particule observée. La matière serait donc, au niveau quantique, intrinsèquement indéterministe. C’est inacceptable pour les déterministes comme Einstein pour qui cette imprécision est un simple manque de connaissance.

Cet indéterminisme quantique donnera naissance à pléthores de théories tentant d’expliquer la conscience et le libre arbitre à travers la mécanique quantique, depuis les plus sérieuses aux plus farfelues (vous avez certainement vu passer des ateliers de méditation quantique, de connexion quantique à l’univers, de revitalisation quantique, etc.).

Le raisonnement qui conduit à ces théories est simple. Si l’univers newtonien est déterministe et si la mécanique quantique est indéterministe, si l’existence du libre arbitre présuppose l’indéterminisme alors le libre arbitre s’explique par la mécanique quantique. Sophisme évident, mais terriblement intuitif et attrayant.

Mais la science implique-t-elle réellement un univers déterministe ? C’est pour répondre à cette question que Karl Popper publie, en 1982, L’Univers irrésolu, sous-titré « Plaidoyer pour l’indéterminisme ».

Quatre ans plus tard, Sir James Lighthill, alors président de l’Union internationale de mécanique pure et appliquée, présente officiellement ses excuses, au nom du monde scientifique, pour avoir induit, par excès d’enthousiasme envers les théories de Newton, le public en erreur en prétendant que le monde était prédictible.

Si les Lumières nous ont appris que la science a bien réponse à tout, le 20e siècle nous apprend que cette réponse n’est pas déterministe.

L’incomplétude de la science

Dans son texte, Karl Poper utilise plusieurs arguments. Le premier c’est celui de l’incomplétude de la science qu’il illustre avec l’analogie du filet que j’ai citée plus haut. Pour que l’univers soit déterministe, il faut que la science soit complète donc que la somme des connaissances possibles soit finie. Une telle affirmation est, on le conçoit, assez prétentieuse.

Mais en admettant que la connaissance soit finie, encore faut-elle qu’elle soit accessible à notre fameux démon de Laplace (qui pourrait être un ordinateur, un scientifique, un dieu) pour qu’il puisse l’utiliser afin de prédire le futur.

Malheureusement, une connaissance finie entraîne le paradoxe de l’autoprédiction. Une entité connaissant les règles finies qui régissent l’univers serait en mesure de prédire ses propres découvertes futures simplement en prédisant ce qu’elle va afficher sur son propre écran ou sa propre imprimante. Elle est donc en mesure de prédire sa propre évolution, son impact sur son environnement et, en conséquence, de prédire les données que va lui fournir son environnement.

Il est possible de démontrer que les calculs d’une telle entité prendront un certain temps et que le stockage informationnel est proportionnel à la taille de l’environnement prédit. Bref, que pour prédire l’univers, il faut… observer l’univers lui-même.

Stricto sensu, cela ne pose pas un argument contre un univers déterministe, mais contre le déterminisme scientifique. Si déterminisme il y’a, les règles de celui-ci seront pour toujours inaccessibles.

En fait, Gödel l’a démontré pour les mathématiques : une théorie ne peut être complète et se prouver elle-même. Une découverte admirablement vulgarisée dans le lien ci-dessous. On retrouve le même principe en informatique où Turing a démontré qu’il était impossible de créer un programme qui détermine si un autre programme s’arrête ou non.

https://stopa.io/post/269

Remarquons au passage que nous pouvons en inférer l’impossibilité mathématique de l’existence d’un dieu omniscient et omnipotent. Un dieu ne peut pas à la fois connaître le monde (il doit avoir la taille de ce monde) et agir dessus (il fait partie du monde).

Quand bien même nous pourrions construire un ordinateur laplacien ultime capable de contenir toute la connaissance de l’univers, il serait impossible de lui fournir cette connaissance. Cela, à cause de la relativité. Un argument magnifique que Poppper a présenté à Einstein en personne alors que celui-ci arguait du déterminisme.

La relativité nous informe en effet que rien ne peut se déplacer plus vite que la lumière. Nous sommes en permanence dans ce qu’on appelle un « cône informationnel ». Si vous voulez prédire ce qui se passera en 2021 sur Terre, vous n’avez besoin que de connaître tout ce qui se trouve à moins d’une année-lumière de notre planète. Si un cataclysme galactique devait se produire demain à deux années-lumière de la terre, il n’aurait aucun impact sur 2021.

Cependant, pour pouvoir prédire 2021, j’ai besoin de savoir comment sont tous les corps célestes situés à une année-lumière de la terre… maintenant. Or, comme aucune information ne peut dépasser la vitesse de la lumière, je ne peux pas le savoir immédiatement. Le seul moment où j’aurai l’information nécessaire pour prédire 2021 sera… le 31 décembre 2021. En gros, la relativité nous condamne à ne connaître que le présent. Par essence même de l’univers, il est impossible de prédire le futur. Tout au plus peut-on vivre le présent.

L’indéterminisme newtonien.

Une autre idée que s’efforce de déconstruire Popper est celle du déterminisme newtonien. Deux corps s’attirent, cela semble une loi immuable et déterministe.

Mais Newton lui-même n’a jamais prétendu au déterminisme. L’attraction entre deux corps n’est qu’une simplification très particulière d’une loi plus générale qui, elle, est statistique.

Avez-vous déjà entendu parler du problème à trois corps ? En gros, si l’on peut calculer très simplement la gravitation de deux corps qui s’attirent mutuellement, il est impossible de prévoir exactement la trajectoire de trois corps qui interagissent. Trois corps en interaction représentent en effet un système dit chaotique.

On croit souvent que chaotique signifie « difficile à calculer ». Que si l’on connaissait suffisamment la position et la masse des trois corps, il n’y aurait plus d’incertitude ! C’est une erreur.

Imaginez trois planètes qui, partant d’une position de départ A, aurait un mouvement donné M. Trouvez une position de départ B qui est aussi proche que possible de A et qui donne, d’après vos instruments, un mouvement M’ très similaire, voire même indistinguable, de M. Il est toujours possible de trouver une position de départ A’, située entre A et B, qui aurait un mouvement complètement différent.

Avec trois corps, même les lois de Newton deviennent statistiques et indéterministes. Il est impossible de connaître avec certitude le mouvement de trois corps soumis aux équations de la gravitation de Newton.

Dans « La Fin des certitudes » et « Les Lois du chaos » (ce dernier étant un livre de moins de 100 pages qui réalise l’exploit de placer des références à Asimov et Turing dès le premier chapitre), Ilya Prigogine démontre exactement la même chose. Certaines réactions chimiques, qu’il appelle des « oscillateurs chimiques », sont imprévisibles au sens strict. Tout au plus peut-on inférer une probabilité, mais même une connaissance parfaite des conditions initiales ne permet pas de connaître avec certitude le résultat.

Prigogine démontre que cette incertitude n’est pas due à un manque de connaissance, mais est belle et bien mathématique et structurellement propre à certains systèmes. En intégrant les équations décrivant ces systèmes, certaines informations disparaissent et deviennent probabilistes. Ce résultat n’est en fait pas nouveau. Il avait déjà été étudié par Poincarré, mais était considéré comme une curiosité.

Dans les années 50, la théorie Kolmogoroff-Arnold-Moser démontrera que le calcul de simples trajectoires peut, lorsque des effets de résonance entrent en jeu, donner des résultats imprévisibles au sens strict. Renversement de situation ! En réalité, ce sont les systèmes prévisibles qui sont des curiosités. L’univers est majoritairement chaotique.

Libre arbitre

Popper va bien entendu beaucoup plus loin et développe de nombreux arguments que je vous invite à explorer par vous-même dans « L’univers irrésolu », qui est d’une lecture agréable. Sa conclusion est cependant contenue dans le titre : l’univers est intrinsèquement indéterministe. Le contraire impliquerait que tout ce que nous sommes aujourd’hui, cet article que vous lisez, nos poèmes d’adolescents et les symphonies de Beethoven soient informationellement contenues entièrement dans l’agencement de la matière lors du Big Bang.

À titre anecdotique, quand j’ai commencé à écrire Printeurs, j’ai posé l’hypothèse d’un univers laplacien entièrement déterministe. Au cours de l’écriture, j’ai trouvé que les personnages subissaient trop l’histoire, qu’ils ne vivaient pas sous ma plume comme mes autres créations. Mais peut-être est-ce une conséquence obligatoire. Le libre arbitre n’existe pas dans un univers déterministe. À travers la fiction, j’explore l’idée que les tentatives pour rendre les profits économiques déterministes (et donc le reste de l’univers) induisent une destruction volontaire de notre libre arbitre (à travers notamment la publicité, la surveillance, etc.).

L’indéterminisme est donc une condition nécessaire, mais, comme le souligne Popper dans son dernier chapitre, pas suffisante pour permettre le libre arbitre. Il souligne que les partisans du libre arbitre tentent à tout prix de le trouver dans les sources de hasard d’une réalité perçue comme quasi déterministe. Au contraire, notre libre arbitre provient des sources de déterminisme, de rationalité, dans un univers chaotique et indéterministe. Libre arbitre qu’il aborde volontairement très peu dans le texte même si on peut lire, au chapitre 23 :

La manière dont le déterminisme scientifique a été réfuté me parait assez intéressante. Elle montre non seulement que nous ne pouvons pas remplacer nos décisions par des prédictions scientifiques sur nos propres actions futures (puisque ce genre de prédictions est impossible), mais également que l’argument décisif en faveur du déterminisme est l’existence de la connaissance rationnelle elle-même. Nous sommes « libres » non point parce que nous sommes sujets au hasard plutôt qu’à d’inflexibles lois naturelles ; nous sommes libres parce que la rationalisation progressive de notre monde — l’effort pour attraper le monde dans le filet de notre connaissance — se heurte, à n’importe quel moment, à des limites inhérentes à la croissance de la connaissance elle-même, celle-ci étant également, bien entendu, un événement à l’intérieur du monde.

Sans une certaine connaissance anticipée, toute action rationnelle est impossible. Or, c’est très précisément cette connaissance anticipée qui, en définitive, s’avère tellement limitée qu’elle laisse une marge ouverte pour l’action, c’est-à-dire pour l’action « libre ».
(Karl Popper, L’Univers Irrésolu, éditions Hermann 1984)

Appliquer son libre arbitre n’implique donc pas de rejeter la science, de croire que « la science n’a pas réponse à tout ». Au contraire, devenir un libre penseur et un penseur libre implique de saisir tous les outils rationnels à notre disposition pour tenter d’influencer notre propre vie dans un monde éminemment chaotique. La science et la rationalité sont nos seules réelles libertés.

Le futur est incertain, plus incertain encore que nous le faisait présager la mécanique quantique traditionnelle.
(Ilya Prigogine, Les lois du chaos, Champs Flammarion 1994)

La plupart des mouvances populistes utilisent des arguments et des théories anti-scientifiques pour précisément cette raison : nous ôter notre libre arbitre. Prétendre nous libérer pour mieux nous imposer une quelconque domination par l’ignorance, la foi et les certitudes. Au fond, il n’est d’humain réellement libre que celui qui n’est prisonnier que du doute et de la raison.

La pensée n’avait pas de place dans l’image que la physique classique donnait de l’univers. Dans cette image, l’univers apparaissait comme un vaste automate, soumis à des lois déterministes et réversibles, dans lesquelles il était difficile de reconnaître ce qui pour nous caractérise la pensée : la cohérence et la créativité.
(Ilya Prigogine, Les lois du chaos, Champs Flammarion 1994)

Je suis @ploum, ingénieur écrivain. Abonnez-vous par mail ou RSS pour ne rater aucun billet (max 2 par semaine). Je suis convaincu que Printeurs, mon dernier roman de science-fiction vous passionnera. Commander mes livres est le meilleur moyen de me soutenir et de m’aider à diffuser mes idées !

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Lectures, productivité, bandes dessinées et bitcoinshttps://ploum.net/?p=6707http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20201201_115048_Lectures__productivite__bandes_dessinees_et_bitcoinsTue, 01 Dec 2020 10:50:48 +0000Quelques liens et lectures diverses, pour nourrir votre sérendipité. Ces dernières semaines, ma bibliothèque semble se remplir de livres écrits par des gens que j’apprécie, au web comme à la ville (sauf Valery Bonneau, le seul avec qui je n’ai jamais échangé de vive voix).

Lectures égocentrées

Le confinement a perturbé la logistique de mon éditeur. La plupart des romans Printeurs devraient arriver chez ceux qui l’ont commandé dans le courant de la semaine prochaine. Quelques veinards l’ont reçu en avance dont Sebsauvage qui vous donne son avis en cours de lecture.

https://sebsauvage.net/links/?SlHGmQ

Iceman, de son côté, répond par un billet de blog à mon billet de blog sur la correspondance par mail. J’aime retrouver cette philosophie de l’échange intellectuel par écrit comme la blogosphère nous l’a offert au début des années 2000.

https://cheziceman.wordpress.com/2020/11/30/reflexion-correspondre-plutot-que-mal-communiquer/

Une blogosphère que Facebook a tuée. Avec pour résultat une surveillance généralisée et un abrutissement total que dénonce de manière hilarante Valery Bonneau dans cette courte et excellente nouvelle « Une cuite de Shrödinger » (rappel : son recueil est en vente, je le conseille).

https://www.valerybonneau.com/nouvelles-noires/cuite-schrodinger

Trump

Conséquence directe ? L’élection de Trump en 2016. Bon, on a assez prêté attention à Trump pendant quatre longues années et il est temps de passer à autre chose. En guise de conclusion, je partage entièrement l’opinion de François De Smet. Cela fait quatre ans que j’ai exactement la même théorie que lui : Trump ne voulait pas vraiment être élu. Mais il faut tirer les enseignements de cette élection et ne pas se satisfaire de tout ce qui n’est pas Trump.

https://francoisdesmet.blog/2020/11/03/cher-donald-trump/

La victoire de Trump aurait été la preuve que le populisme et l’anti-intellectualisme jusqu’à l’absurde fonctionnent. Mais, en quelques sortes, il a gagné. Il a démontré ce qu’une grande partie des électeurs voulaient : des paroles au lieu des actes, des sentiments et non des réalités ainsi qu’une légitimité à cracher sa haine.

https://newrepublic.com/article/160212/republican-party-dead-its-trump-cult-now

Sa victoire en 2020 aurait été un modèle morbide pour toutes les autres démocraties. La victoire de Biden, de justesse, n’est cependant pas une bonne nouvelle.

Après quatre ans à saccager notre société et notre planète à un rythme effréné, nous revenons à l’ancienne méthode : saccager notre société et notre planète à un rythme diplomatiquement acceptable. La corruption polie plutôt que celle sauvage.

Le destin des USA et, à cause de leur influence, d’une grande partie du monde, se jouait entre deux bliches, deux hommes blancs riches et quasi octogénaires. Comment parler d’avenir ?

Productivité et faire carrière

Un avenir dédié à la productivité ?

Au fond, à quoi nous sert d’améliorer notre productivité ? À avoir du temps libre ou bien à travailler encore plus ? En choisissant la première solution, on est moins attractif sur le marché de l’emploi que ceux qui choisissent la seconde. Nous sommes donc obligés de passer notre temps à optimiser notre productivité pour pouvoir travailler encore plus.

https://zandercutt.com/2019/02/18/were-optimizing-ourselves-to-death/

Et comme nous travaillons plus, nous sommes forcés de créer des emplois qui sont soit inutiles, soit destructeurs. J’en parle assez régulièrement sur ce blog et j’avais résumé le tout en 5 points.

https://ploum.net/les-5-reponses-a-ceux-qui-veulent-preserver-lemploi/

Une fois productif, on peut postuler pour un emploi et découvrir le monde fabuleux du travail !

Jeune ingénieur, j’ai été vite confronté dans ma carrière au choix de devenir « spécialiste » ou « manager ». La langue de bois corporate prétendait qu’il n’y avait pas de différence de traitement ni de statut. Malgré ma naïveté, j’ai très vite compris que les managers avaient beaucoup plus de pouvoir, de reconnaissance et d’opportunités de carrière. Un manager peut toujours changer de crèmerie pour aller vers le plus offrant. Être spécialiste d’un code source propriétaire propre à votre employeur vous met pieds et poings liés, pantalon baissé, à la merci de votre… manager. Ce billet revient en profondeur sur cette asymétrie.

https://www.spakhm.com/p/parallel-tracks

Astuce pour les étudiants et jeunes ingénieurs : refusez de passer trop de temps à apprendre du code propriétaire qui n’existe pas en dehors de votre boîte. Soyez francs et dites ouvertement que les seules compétences qui vous intéressent sont celles que vous pouvez monnayer à l’extérieur le jour où la boîte n’a plus besoin de vous. De mon côté, je me suis spécialisé au début de ma carrière dans les prototypes n’utilisant que des technos Open Source. Avant de devenir manager…

D’ailleurs, vous voudriez vraiment devenir spécialiste de ce genre de code ?

https://linuxfr.org/news/encore-un-exemple-de-code-spaghetti-toyota

Souvenez-vous, les entreprises ne veulent pas que vous utilisiez vos capacités de réflexion. C’est d’ailleurs indispensable pour devenir manager.

http://www.slate.fr/story/124061/entreprises-gens-intelligents-stupides

Bandes dessinées

Découverte dans une bouquinerie de Monsieur Mardi-Gras Descendres, par Éric Liberge. Une bande dessinée étrange : un squelette dans un monde de squelettes ! L’idée est géniale, l’univers absurde à souhait. On peut cependant regretter que l’intrigue se complexifie inutilement, que l’histoire et la lisibilité en pâtissent vers la fin. Cela reste néanmoins un ovni à découvrir. À la limite de la bande dessinée culte.

Et si, comme moi, vous attendez avec impatience la suite d’UW2, un billet de Bajram à lire absolument. Car derrière l’œuvre se cache l’humain. Tout mon respect à Bajram.

https://www.bajram.com/2019/11/23/des-nouvelles-duniversal-war/

Sciences et Covid

Un billet très intéressant sur l’origine de nos unités de mesure. Et sur la difficulté de les établir.

https://couleur-science.eu/?d=926182–lorigine-de-nos-unites-de-mesure

Nassim Nicholas Taleb explique les erreurs statistiques que commettent ceux qui sont contre le port du masque ou minimisent son efficacité.

https://medium.com/incerto/the-masks-masquerade-7de897b517b7

Thierry Crouzet, lui, revient sur l’importance de l’hygiène des mains, grande oubliée au profit du port du masque. Or, sans hygiène des mains, le masque ne sert à rien voire fait pire (vu qu’on le réajuste). Les deux billets sont en fait assez alignés : l’hygiène des mains partout et tout le temps, le masque dans les endroits confinés ou lorsque la distanciation physique n’est pas possible.

https://tcrouzet.com/2020/11/24/covid-point-sur-la-polemique-mains-aerosols/

Au fait, le covid a impacté salement les projets de certains développeurs indépendants, dont mes potes de Codefathers (je vous rassure, ils sont meilleurs en code qu’en jeux de mots moisis). Si jamais vous cherchez des gens bien pour développer votre projet, n’hésitez pas !

https://codefathers.be/

Bitcoin

J’ai oublié de fêter un anniversaire particulier : les 10 ans de mon premier billet de blog traitant de Bitcoin. J’y fais énormément d’erreurs de compréhension de la monnaie, notamment tombant dans le piège de l’historique du troc (qui est entièrement faux. Je recommande à ce sujet la lecture du livre de David Graeber : « Dette, 5000 ans d’histoire »).

https://ploum.net/monnaie-de-geek-monnaie-de-singe/

Il y a une décennie, j’écrivais notamment :

« Actuellement, un bitcoin vaut plus ou moins 0,07€ » et « Je n’y investirai donc pas toutes mes économies, mais j’adore le principe ».

Ça a assez mal vieilli. J’aurais dû y investir toutes mes économies. Par contre, ma réponse à la question « Est-ce le bon moment pour investir dans les cryptomonnaies » n’a pas changé depuis 2018.

https://ploum.net/est-ce-le-bon-moment-pour-investir-dans-les-crypto-monnaies/

Bonnes lectures et bonne semaine à tou·te·s !

Je suis @ploum, ingénieur écrivain. Abonnez-vous par mail ou RSS pour ne rater aucun billet (max 2 par semaine). Je suis convaincu que Printeurs, mon dernier roman de science-fiction vous passionnera. Commander mes livres est le meilleur moyen de me soutenir et de m’aider à diffuser mes idées !

Ce texte est publié sous la licence CC-By BE.

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Gemini, le protocole du slow webhttps://ploum.net/?p=6700http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20201127_092752_Gemini__le_protocole_du_slow_webFri, 27 Nov 2020 08:27:52 +0000Les possibilités infinies du HTML ont complexifié le web. À tel point qu’est né Gemini, un protocole dont le but est d’être et de rester le plus simple possible. Un nouveau réseau dédié à ceux qui veulent écrire et lire en ligne. Mais loin d’être un simple réseau, Gemini ouvre également la voie à une véritable mouvance : le slow web.

Les développeurs informatiques savent bien que tout projet finit, un jour ou l’autre, par devenir une sorte de monstre de Frankenstein, une horreur qui fait un peu de tout très mal à un coût très élevé, mais rien de bien. En 2020, force est de constater que c’est exactement ce qui est arrivé au web.

Le moindre site web fait désormais plusieurs mégaoctets, se charge en plusieurs fois rendant impossible toute utilisation sur une connexion instable, déplaçant des éléments de la page au moment où on essaye de cliquer. Le même site appelle des centaines de codes divers ralentissant les ordinateurs les moins puissants, remplissant la RAM, faisant des navigateurs des monstres de complexité.

Je souhaite lire un article ? Encore faut-il qu’il charge correctement puis que je le trouve sur la page, entre des myriades de publicités, des logos, des extraits d’autres articles, des vidéos qui se lancent toutes seules. Pour chaque site, je dois apprendre à utiliser une nouvelle ergonomie. Tout ça pour simplement lire un lien que j’avais naïvement suivi.

Parfois, après avoir paramétré les cookies et accepté les conditions du site (vous vous souvenez, je veux juste lire un article dont j’ai trouvé le lien), je ne trouve aucun contenu. Erreur temporaire ? Ou bien est-ce l’un de mes nombreux bloqueurs (de pubs, de JavaScript, d’avertissements, de trackers) qui a bloqué par erreur le contenu ? Peu importe, hors de question de tout désactiver. Sur le web, comme sur Tinder, il faut sortir couvert. Le web est à ce point complexe qu’il faut s’en protéger comme d’une maladie !

Inutile de se lamenter sur le passé et sur une époque idéalisée où le web était plus simple. Souvenez-vous, nous avions les popups, les gifs animés et les musiques midi dans des frames cachées. Ça ne me manque pas. Constatons tout de même que le web est devenu une couche essentiellement applicative et particulièrement peu adaptée à un usage simple : écrire, publier, partager et lire des textes.

Parmi les geeks, surtout les plus âgés, la recherche du retour au simple partage de texte est une véritable tendance.

https://cheapskatesguide.org/articles/beauty-of-text.html

Certains tentent de regagner une certaine clarté d’esprit et d’indépendance en développant de nouveaux navigateurs web simplifiés, en ne postant plus que du texte brut sur leurs serveurs web ou, au contraire, en reprenant l’habitude de surfer en ligne de commande, voire en se reconnectant sur le vénérable réseau Gopher.

http://len.falken.ink/misc/writing-for-the-internet-across-a-human-lifetime.txt

https://dataswamp.org/~lich/musings/links-browser.html

Si Gopher est simple, mais trop limité et le web trop complexe, peut-être manque-t-il d’une solution intermédiaire ? C’est ce qu’ont pensé les auteurs du protocole Gemini, protocole qui tire son nom des missions astronautiques du même nom qui eurent lieu entre les missions simples Mercury et les missions ultra-complexes Apollo.

La page principale du projet Gemini, à lire pour découvrir et explorer (le protocole est lui-même remarquablement court ) :

https://gemini.circumlunar.space/

Si le web permet d’accéder à du contenu HTML via le protocole http://, Gemini permet d’accéder à du contenu Markdown via le protocole Gemini://.

Le markdown est simplifié, car l’objectif de Gemini est clair : ne pas permettre d’étendre le protocole et empêcher tout espionnage des visiteurs. L’utilisateur, surfant via un client Gemini, se contente de lire du texte avec des titres, des sous-titres et des mises en exergue voire des citations. Rien d’autre ! Même les liens sont limités à un seul par ligne.

Pas de couleurs, pas de design, pas de mise en page (et pas toujours d’images). Le seul lien entre un auteur et son lecteur est le texte, le contenu. Au lecteur de faire ses choix pour rendre la lecture la plus agréable possible.

Inutile d’ajouter que je suis absolument conquis par le concept. Mais est-ce que Gemini peut remplacer le web ?

Pas du tout. Ce n’est pas l’objectif. Aveuglés par l’idéal monopolistique rabâché par la Silicon Valley, nous en venons à juger que tout ce qui ne peut pas avoir de monopole est un échec. Notre seule métrique étant l’argent, nous concluons que tout ce qui n’enrichit pas des investisseurs est une perte de temps. Mais, comme Mastodon le fait pour Twitter, Gemini n’a pas pour objectif de remplacer. Simplement de proposer une alternative, un autre type d’espace partagé. Le simple fait qu’être utilisé prouve que ces espaces sont un succès.

https://write.as/eloquence/why-mastodon-and-the-fediverse-are-doomed-to-fail

100% des utilisateurs de Gemini sont aussi utilisateurs du web. Une grande partie des contenus sur Gemini sont également disponibles sur le web classique. Il n’empêche que j’éprouve un plaisir incroyable à lancer Amfora (mon client Gemini en ligne de commande, screenshot en illustration) et à surfer sur Capcom, qui agrège les contenus postés récemment sur le réseau.

https://github.com/makeworld-the-better-one/amfora

gemini://gemini.circumlunar.space/capcom/ (ce lien est ma page de démarrage dans Amfora)

Comme il est très simple de coder des clients Gemini, le choix est déjà large.

https://kwiecien.us/gemini-client-review.html

On peut accéder à des services comme Wikipédia, Hacker News, Lobste.rs depuis Gemini.

gemini://gempaper.strangled.net/mirrorlist/

J’ai personnellement ressenti deux gros manques : un agrégateur RSS, pour s’abonner à un gemlog (un blog sur Gemini) et un service pour collecter mes lectures (comme Pocket ou Wallabag). Ce dernier manque est cependant intéressant parce que cela me force à lire directement ce que je trouve intéressant, à me concentrer plutôt que papillonner. J’ai d’ailleurs pris le pli de n’utiliser qu’un seul onglet dans Amfora !

Gemini a été conçu pour qu’un codeur moyen puisse développer un serveur et un client Gemini en moins d’une journée (à comparer avec votre client web qui représente des années d’efforts par des milliers de développeurs). Je trouve cependant dommage de ne pas avoir profité de l’occasion pour insister sur la décentralisation. La légèreté du texte permettrait d’imaginer que les contenus ne soient pas stockés sur un seul serveur, mais soient distribués.

Mais, avant toute évolution technique, les auteurs de Gemini insistent sur un point : il faut du contenu. Il y’a presque plus de logiciels liés au projet que de sites Gemini ! Si vous voulez contribuer à Gemini, postez du contenu sur Gemini. Si vous avez un serveur web, n’hésitez pas à lire la documentation pour installer un serveur Gemini (c’est court et simple). Sinon, certains services vous proposent d’héberger votre gemlog.

https://gemlog.blue/

Ploum.net sur Gemini ? Vous vous doutez bien que cela occupe mes pensées et que je suis en train de réfléchir à la meilleure manière de le faire. Ce ne sera peut-être pas la plus rapide, mais c’est une de mes priorités. Je pense qu’il est nécessaire de développer aujourd’hui de nouveaux réseaux, légers, simples, rapides. Respectueux autant de notre attention que de la consommation électrique. Une espèce de slow web, un internet accessible depuis des connexions très aléatoires et depuis des terminaux e-ink ou du matériel de récupération. Par exemple le téléphone Mudita dont l’OS est open source.

https://mudita.com/products/pure/muditaos

L’idée de ce slow web me fait rêver. Je vous ai dit dans le billet précédent à quel point j’appréciais l’email. L’email et Gemini sont parfaitement complémentaires et pourraient un jour être suffisants pour se nourrir intellectuellement, ne gardant le web traditionnel que pour l’administratif. Je ne suis d’ailleurs pas le seul à imaginer ce futur.

https://kwiecien.us/why-i-love-thunderbird.html

Slow web ? Cela fait trop penser à des problèmes de connexion. Il faudrait un mot pour décrire ce concept. Que pensez-vous de Permacomputing ? Mot qui englobe également l’idée de rendre durable toute la chaine qui relie les participants au réseau.

L’idée n’est pas de moi, mais de Solderpunk, le co-créateur du protocole Gemini et auteur d’un gemlog que j’ai découvert au hasard de mes lectures… sur le réseau Gemini bien sûr.

gemini://gemini.circumlunar.space/~solderpunk/gemlog/permacomputing.gmi

Vous l’avez compris, je suis fan. Et impatient que mon blog soit disponible sur ce réseau. N’hésitez pas à me communiquer vos écrits et vos trouvailles sur Gemini !

Je suis @ploum, ingénieur écrivain. Abonnez-vous par mail ou RSS pour ne rater aucun billet (max 2 par semaine). Je suis convaincu que Printeurs, mon dernier roman de science-fiction vous passionnera. Commander mes livres est le meilleur moyen de me soutenir et de m’aider à diffuser mes idées !

Ce texte est publié sous la licence CC-By BE.

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Pour un logiciel de correspondance plutôt qu’un client mailhttps://ploum.net/?p=6694http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20201123_121107_Pour_un_logiciel_de_correspondance_plutot_qu___un_client_mailMon, 23 Nov 2020 11:11:07 +0000Plaidoyer en faveur d’un logiciel de relations épistolaires électroniques, échanges sacrifiés au culte de l’instantanéité.

J’aime l’email. Je ne me lasse pas de m’émerveiller sur la beauté de ce système qui nous permet d’échanger par écrit, de manière décentralisée. D’entretenir des relations épistolaires dématérialisées à l’abri des regards (si l’on choisit bien son fournisseur). Je l’ai déjà dit et le redis.

https://ploum.net/email-mon-amour/.

Pourtant, l’indispensable email est régulièrement regardé de haut. Personne n’aime l’email. Il est technique, laborieux. Il est encombré de messages. Alors toute nouvelle plateforme nous attire, nous donne l’impression de pouvoir communiquer plus simplement qu’avec l’email.

Beaucoup trop d’utilisateurs sont noyés dans leurs emails. Ils postposent une réponse avant que celle-ci ne soit noyée dans un flux incessant de sollicitation. Entrainant, effet pervers, une insistance de l’expéditeur.

Désabusé, la tentation est grande de se tourner vers cette nouvelle plateforme aguichante. Tout semble plus simple. Il y’a moins de messages, ils sont plus clairs. La raison est toute simple : la plateforme est nouvelle, les échanges entre les utilisateurs sont peu nombreux. Dès le moment où cette plateforme sera devenue particulièrement populaire, votre boîte à messages se retrouvera noyée tout comme votre boîte à email. Tout au plus certaines plateformes s’évertuent à transformer vos boîtes en flux, de manière à vous retirer de la culpabilité, mais entrainant une perte d’informations encore plus importante.

https://ploum.net/comment-jai-fui-le-flux-pour-retrouver-ma-boite/

C’est pour cela que l’email est magnifique. Après des décennies, il est toujours aussi utile, aussi indispensable. Nous pouvons imaginer un futur sans Google, un futur sans Facebook. Mais un futur sans email ?

L’email pourrait être merveilleux. Mais aucun client mail ne donne envie d’écrire des mails.

Je rêve d’un client mail qui serait un véritable logiciel d’écriture. Pas d’options et de fioriture. Pas de code HTML. Écrire un email comme on écrit une lettre. En mettant l’adresse du destinataire en dernier, comme on le fait pour une enveloppe.

Un logiciel d’écriture d’email qui nous aiderait à retrouver un contact avec sa correspondance plutôt qu’à permettre l’accomplissement d’une tâche mécanique. Un logiciel qui nous encouragerait à nous désabonner de tout ce qui n’est pas sollicité, qui marquerait des mails les correspondances en attente d’une réponse. Qui nous encouragerait à archiver un mail où à le marquer comme nécessitant une action plutôt qu’à le laisser moisir dans notre boîte aux lettres.

Bref, je rêve d’un client mail qui me redonne le plaisir d’interagir avec des personnes, pas avec des fils de discussions ou des onomatopées.

D’un autre côté, j’abhorre ces tentatives de classement automatique qui fleurissent, par exemple sur Gmail. Outre qu’elles augmentent le pouvoir de ces algorithmes, elles ne font que cacher le problème sans tenter d’y remédier. Si les mails doivent être triés comme « promotions » ou « notifications », c’est la plupart du temps que je n’avais pas besoin de les voir en premier lieu. Que ces emails n’auraient jamais dû être envoyés.

Enfin, un véritable logiciel de correspondance devrait abandonner cette notion de notification et de temps réel. Une fois par jour, comme le passage du facteur, les courriels seraient relevés, m’indiquant clairement mes interactions pour la journée.

De même, mes mails rédigés ne seraient pas envoyés avant une heure fixe du soir, me permettant de les modifier, de les corriger. Mieux, je devrais être forcé de passer en revue ce que j ‘envoie, comme si je me rendais au bureau de poste.

En poussant le bouchon un peu plus loin, les mails envoyés pourraient prendre une durée aléatoire pour être remis. Un lecteur de mon blog a même imaginé que cette durée soit proportionnelle à la distance, comme si le courriel était remis à pied, à cheval ou en bateau.

Car l’immédiateté nous condamne à la solitude. Si un mail est envoyé, une réponse reçue instantanément, l’ubiquité du smartphone nous oblige presque à répondre immédiatement. Cela même au milieu d’un magasin ou d’une activité, sous peine d’oublier et de penser paraitre grossier.

La réponse à la réponse sera elle aussi immédiate et la conversation s’achèvera, les protagonistes comprenant que ce ping-pong en temps réel ne peut pas durer plus de quelques mots.

Paradoxalement, en créant l’email, nous avons détruit une fonctionnalité majeure des relations épistolaires : la possibilité pour chacune des parties de répondre quand l’envie lui prend et quand elle est disponible.

Jusqu’au 20e siècle, personne ne s’étonnait de ne pas recevoir de réponse à sa lettre pendant plusieurs jours voire pendant des semaines. Écrire une lettre de relance était donc un investissement en soi : il fallait se souvenir, garder l’envie et prendre le temps de le faire.

Cette temporisation a permis une explosion de la créativité et de la connaissance. De grands pans de l’histoire nous sont accessibles grâce aux relations épistolaires de l’époque. De nombreuses idées ont germé lors d’échanges de lettres. Pouvez-vous imaginer le 21e siècle vu par les yeux des historiens du futur à travers nos emails ?

Une lettre était lue, relue. Elle plantait une graine chez le destinataire qui méditait avant de prendre sa plume, parfois après plusieurs brouillons, pour rédiger une réponse.

Une réponse qui n’était pas paragraphe par paragraphe, mais bien une lettre à part entière. Une réponse rédigée en partant du principe que le lecteur ne se souvenait plus nécessairement des détails de la lettre initiale. Aujourd’hui, l’email nous sert à essentiellement à « organiser un call » pour discuter d’un sujet sur lequel personne n’a pris le temps de réfléchir.

Des parties d’échecs historiques se sont déroulées sur plusieurs années par lettres interposées. Pourrait-on imaginer la même chose avec l’email ? Difficilement. Les échecs se jouent désormais majoritairement en ligne en temps réel.

Pourtant, le protocole le permet. Il s’agit simplement d’un choix des concepteurs de logiciel d’avoir voulu mettre l’accent sur la rapidité, l’immédiateté, l’efficacité et la quantité.

Il ne faudrait pas grand-chose pour remettre au centre des échanges écrits la qualité dont nous avons cruellement besoin.

Nous utilisons le mail pour nous déresponsabiliser. Il y’a une action à faire, mais en répondant à l’email, je passe la patate chaude à quelqu’un d’autre. Répondre le plus rapidement, si possible avec une question, pour déférer le moment où quelqu’un devra prendre une décision. Tout cela au milieu d’un invraisemblable bruit publicitaire robotisé. Nous n’échangeons plus avec des humains, nous sommes noyés par le bruit des robots tout en tentant d’échanger avec des agents administratifs anonymes. Nous n’avons plus le temps de lire ni d’écrire, mais nous croyons avoir la pertinence de prendre des décisions rapides. Nous confondons, avec des conséquences dramatiques, efficience et rapidité.

Pour l’interaction humaine, nous nous sommes alors rabattus sur les chats. Leur format nous faisait penser à une conversation, leur conception nous empêche de gérer autrement qu’en répondant immédiatement.

Ce faisant, nous avons implicitement réduit l’interaction humaine à un échange court, bref, immédiat. Une brièveté et une rapidité émotive qui nous pousse à agrémenter chaque information d’un succédané d’émotion : l’émoji.

Nous en oublions la possibilité d’avoir des échanges lents, profonds, réfléchis.

Parfois, je rêve d’abandonner les clients mails et les messageries pour un véritable client de correspondances. De sortir de l’immédiateté du chat et de la froideur administrative du mail pour retrouver le plaisir des relations épistolaires.

Update : Brandon Nolet semble avoir des idées similaires aux miennes.

https://bnolet.me/posts/2019/07/conversing-through-email/

Photo by Liam Truong on Unsplash

Je suis @ploum, ingénieur écrivain. Abonnez-vous par mail ou RSS pour ne rater aucun billet (max 2 par semaine). Je suis convaincu que Printeurs, mon dernier roman de science-fiction vous passionnera. Commander mes livres est le meilleur moyen de me soutenir et de m’aider à diffuser mes idées !

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Technologies et dépendanceshttps://ploum.net/?p=6688http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20201119_123655_Technologies_et_dependancesThu, 19 Nov 2020 11:36:55 +0000Quelques liens et conseils de lecture pour réfléchir sur nos dépendances à la technologie et à la superficialité.

Couché sur le dos, j’allume des séries. Je zappe. Quand mon attention déraille, je lance des sites d’actualités que je déroule à l’infini. Les actualités évitent de penser. Contrairement à une fiction, il n’y a rien à comprendre, rien à chercher. Il suffit de se laisser happer par l’émotion brute pendant quelques secondes. Puis de continuer à faire défiler le site. Je reprends ensuite une série.

Printeurs, chapitre 9

L’addiction au smartphone, un poncif sur lequel tout semble avoir été dit. Depuis le mode d’emploi simple et efficace pour se libérer écrit par Korben aux analyses poussées de Cal Newport, est-il utile de revenir sur le sujet ?

Oui, car ce n’est pas uniquement le smartphone le problème. Nos addictions sont toutes différentes. Depuis l’addiction physique au fait d’être devant un écran (traitée notamment par Michel Desmurget dans l’excellent « TV Lobotomie »), l’addiction aux contacts sociaux, l’addiction aux actualités, l’addiction aux jeux …

Écrit en 2009, bien avant la vague des réseaux sociaux, le court texte Technology is Heroin offre une formidable analogie pour prendre du recul et comprendre notre dépendance à la technologie. Le point clé est l’inverse de ce que dit le titre : « Heroin is Technology ». En effet, l’héroïne était au départ une solution technologique innovante en vente libre pour se sentir bien. Pourquoi s’en passer ? Ce n’est qu’au fil du temps que certains effets pernicieux ont commencé à se faire sentir.

http://tiny-giant-books.com/Entry1.html?EntryId=recgcpfuOFUesUpRy

Comme l’héroïne, les nouvelles technologies ne font que manipuler un équilibre chimique cérébral issu de millénaires d’évolution pour nous procurer du plaisir facilement. Mais tout plaisir trop facile entraine un comportement morbide : évitement des difficultés, perte d’énergie, refuge dans les paradis artificiels. Ce que Cal Newport appelle « escapism ».

Les fabricants de technologies, tout comme les dealers, ont très vite compris l’intérêt de créer des consommateurs addicts. Cet effet a été renforcé par l’apparition de monopoles technologiques, apparition rendue possible par la politique reaganienne qui a détricoté les lois antitrust pour les rendre le moins efficaces possible.

https://getpocket.com/explore/item/has-dopamine-got-us-hooked-on-tech

Les militants de longue date qui dénoncent l’abus des monopoles technologiques ne manquent pas (et, à ma petite échelle, j’en fais partie). Paradoxalement, ils sont très peu médiatiques. Au contraire d’anciens employés de ces mêmes monopoles qui ont fait fortune grâce à cette addiction et qui, soudain, se lancent dans une seconde carrière de militant. C’est dangereux, car s’ils apportent une vision de l’intérieur, ils ne sont pas neutres, ils découvrent seulement cet aspect de leur ancien métier et ils sont très loin d’être objectifs. Comme le dit Aral Balkan : 
— À tous ceux qui me demandent ce que je pense du film Netflix « The social dilemma », je réponds : que pensez-vous du texte « The prodigal Techbro » ?

Un texte qui, paraphrasant la parabole biblique du fils prodigue, nous montre que nous célébrons souvent quelqu’un qui tente de se repentir en oubliant complètement ceux qui, depuis le début, ont fait attention à ne pas commettre d’actions néfastes.

https://conversationalist.org/2020/03/05/the-prodigal-techbro/

D’ailleurs, la solution la plus souvent préconisée par les « techbros repentis » (essentiellement ce que j’appelle des bliches, des hommes blancs et riches), c’est… « plus de tech ». Le problème ne serait que du design. Il n’y aurait rien de sociologique, politique là derrière. Tu parles Charles…

C’est exactement le danger dénoncé par « The prodigal techbro ». Une personne qui a fait sa fortune dans la tech, qui a l’intuition d’un problème, mais qui ne peut pas imaginer le résoudre autrement qu’en développant une solution technologique.

https://www.fastcompany.com/3051765/how-our-tech-addiction-and-constant-distraction-is-a-solvable-design-problem

Car si on creuse un peu, on se rend compte que la pollution mentale tant dénoncée n’est pas qu’un artefact technologique, un simple problème qu’une « bonne tech » pourrait résoudre. Elle est réellement volontaire et encouragée par les monopoles tech, même dans ses aspects les plus sombres et clairement illégaux. En bref, le problème n’est pas technologique, il est humain à la base.

https://getpocket.com/explore/item/how-facebook-helps-shady-advertisers-pollute-the-internet

Ce concept du prophète techbro repenti et blanchi est souvent aggravé par le syndrome du polymathe. Un polymathe, c’est quelqu’un qui excelle dans plusieurs domaines forts différents. L’exemple que j’aime donner est Bruce Dickinson, chanteur d’Iron Maiden et l’une des plus belles voix de l’histoire du métal, pilote d’avion gros porteur (licence commerciale) et escrimeur olympien. Il est également auteur de romans. Les véritables polymathes de ce genre sont incroyablement rares. Pour la plupart, ce sont des gens avec une spécialité bien précise et des centres d’intérêt vers d’autres domaines. Le problème c’est qu’il est difficile pour un non-expert de faire la différence entre un véritable expert et un amateur qui a lu deux livres sur le sujet. On aura une tendance naturelle à accorder beaucoup de valeur à l’opinion d’une personne spécialiste, même si elle s’exprime sur un domaine qui n’est pas le sien. La pandémie l’a démontré amplement : une certitude en blouse blanche devant une caméra est bien plus médiatique que mille études statistiques démontrant que l’on ne sait pas grand-chose et que la prudence est de mise.

https://applieddivinitystudies.com/2020/09/28/polymath/

Un autre aspect du problème c’est que les personnes qui parlent de ce sujet, à savoir les journalistes web, sont dépendantes des effets néfastes du même web pour vivre. Ils doivent créer des addictions à leur propre site pour vivre ! On a donc une relation symbiotique entre des pseudo-experts qui « ont vu la lumière » après avoir fait fortune en accaparant le cerveau des gens et des journalistes sans le sou qui parlent d’eux pour gagner de quoi (sur)vivre en accaparant les mêmes cerveaux. (le fait que l’article suivant soit sur Medium illustre l’ampleur du problème)

https://medium.com/message/the-hypocrisy-of-the-internet-journalist-587d33f6279e

Le pire ? Tout cela pourrit nos vies et notre cerveau, mais cela ne fait pas spécialement vendre mieux. C’est une sorte de course à l’armement. Faire plus de pubs ne fait pas vendre plus, mais ne pas faire de pub fait perdre des ventes. Lorsque cette bulle va un jour se dégonfler, cela ne risque de ne pas être joli joli.

https://www.wired.com/story/ad-tech-could-be-the-next-internet-bubble/

La publicité pourrit toute notre société. Notre étrange rapport aux stars qui ne sont plus adulées pour des accomplissements, mais parce qu’elles sont… des stars n’en est qu’un exemple parmi tant d’autres. Au Royaume-Uni, 54% des adolescents de 16 ans ont pour plan de vie de « devenir une célébrité ».

https://www.theguardian.com/commentisfree/2016/dec/20/celebrity-corporate-machine-fame-big-business-donald-trump-kim-kardashian

Et ne croyez pas que les populations éduquées soient préservées. La recherche de prestige est même devenue l’ambition majeure des jeunes diplômés qui se ruent dans les entreprises qui sont « prestigieuses ». Si le prestige comme conséquence de l’excellence est peut-être une bonne chose, la recherche du prestige avant l’excellence entraine une course vers la médiocrité où l’apparence est le seul atout.

Le problème, c’est que nous n’avons plus de mesure de l’excellence. Pour faire la différence entre un expert qui a étudié, avec compétence, un domaine pendant 20 ans et un internaute qui a lu des opinions sur des forums, il faut généralement avoir une certaine expertise soi-même. L’excellence est donc une perte de temps et la sélection naturelle nous pousse vers une culture d’apparence, de mensonge et de déconnexion de la réalité qui n’est pas sans rappeler les mouvances religieuses.

https://wesdesilvestro.com/the-prestige-trap

L’exemple est frappant dans mon pays où le parti écologiste a réussi faire voter une loi pour « sortir du nucléaire », entrainant un désinvestissement complet des infrastructures nucléaires alors que le nucléaire est aujourd’hui l’énergie la plus écologique. L’apparence et la médiatisation ont pris le pas sur la compétence et la réalité, avec des résultats dramatiques.

Au final, on en est réduit à s’acheter tout. Même les amis histoire de montrer qu’on est populaire, qu’on a du prestige. Même si c’est un mensonge et que tout le monde le sait.

https://namok.be/blog/?post/2014/04/25/comment-acheter-des-amis

Enfermés dans nos petits plaisirs faciles et addictifs, nous n’avons plus l’énergie ni le temps de cerveau pour la difficulté, étape essentielle à l’excellence. Nous en sommes réduits à simuler, à nous mentir à nous même et à faire du marketing pour tout et n’importe quoi.

D’ailleurs, à propos de faire du marketing : l’addiction à la technologie et la publicité sont des thèmes centraux de Printeurs, mon premier roman de science-fiction à paraître le 24 novembre. Si vous commandez votre exemplaire avant cette date, vous pourrez rejoindre le club très select des lecteurs privilégiés qui recevront chaque chapitre du tome 2 au fur et à mesure de son écriture ! Une opportunité unique et prestigieuse de briller dans les cocktails mondains.

https://www.plaisirvaleurdhistoire.com/shop/29-utopies-p2p

Si la crise du coronavirus a malheureusement impacté votre portefeuille, mais que le cœur y est, j’ai encore des exemplaires suspendus à distribuer (et vous pourrez également bénéficier du tome 2 en exclusivité). Envoyez-moi un mail !

https://ploum.net/le-roman-suspendu/

Je regarde défiler les milliers de messages de ces télépass persuadés de détenir des vérités secrètes pour la simple raison qu’elles leur font du bien et qu’ils se les racontent en groupe. Ils se sentent soudainement importants, ils se sentent exister, ils se créent une identité dans une société qui ne veut même plus d’eux comme simple rouage. Comme eux, je me sens seul, inutile, dans le noir. Comme eux, je ressens le désir, la bouffée d’espoir que représente une information qui me rendrait supérieur, important. Ou, pour le moins, pas complètement, désespérément inutile.

Printeurs, chapitre 9

Photo by engin akyurt on Unsplash

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Miniaventure cycliste : ma traversée des Flandreshttps://ploum.net/?p=6661http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20201110_103949_Miniaventure_cycliste___ma_traversee_des_FlandresTue, 10 Nov 2020 09:39:49 +0000D’Ostende à Louvain-la-Neuve à vélo, en passant par le célèbre mur de Grammont. Comme je prends beaucoup de plaisir à lire les miniaventures cyclistes de Thierry Crouzet, je me suis dit que j’allais raconter les miennes également.

Je suis tellement mal après un trajet en voiture que la moindre escapade familiale est le prétexte à une aventure en vélo. Nous partons passer le week-end à la mer ? Pourquoi ne rentrerais-je pas en vélo me propose ma tendre épouse ?

Excellente idée sauf que le trajet est de 165km, une distance que je n’ai encore jamais couverte d’une seule traite. Ma dernière miniaventure m’avait également laissé un goût amer à cause d’une double crevaison.

J’étais donc assez stressé, particulièrement sur le matériel. Quant à ma condition, on verra bien. Je suis également conscient que les dernières heures se rouleront dans la nuit. Prévoyant, je monte déjà mes phares. J’ai également prévu une veste de pluie, une doudoune, une casquette d’hiver et des jambières au cas où la température chuterait trop. Le tout occupe mon sac de cadre et justifie l’appelation « bikepacking » pour ce trip même si je ne l’ouvrirais finalement pas.

Il faut reconnaitre ce miracle des vêtements de cyclisme moderne : je passerai la journée sans enlever n’y rajouter la moindre couche, sans éprouver le moindre inconfort dans un sens ou dans l’autre durant 10h passant de 20°C à 6°C, alternant les efforts et les pauses.

Après un petit-déjeuner copieux, je m’élance donc de la digue ostendaise, un peu tardivement. Je me retrouve sur une voie verte, une piste cyclable rectiligne qui traverse la campagne flamande. Elle est pleine à craquer de cyclistes et de joggeurs, le vent est fort et j’ai du mal à rouler à plus de 22km/h.

J’aperçois, au loin, un couple de cyclistes plus sportifs. Je tente de les rattraper, ce qui me mettra plus d’un kilomètre de quasi-sprint. Une fois dans leurs roues, je profite pour me laisser emporter pendant…à peine 300m avant qu’ils ne bifurquent. Avec un vent comme celui-là, l’effet d’aspiration est incroyablement fort.

Au bout de 30km de lignes droites, durant lesquelles je ne peux m’empêcher d’imaginer Thierry Crouzet pestant sur la Floride, mon compteur marque un dénivelé de … 8m !

Il faudra attendre le 50e kilomètre pour escalader la toute première côtelette, toute mignonne : le Poelberg. Au « sommet » (ce qui est un bien grand mot) se trouve un centre de repos/cafétéria pour les cyclistes qui semble fermé à cause du confinement. L’idée est sympathique !

Le sommet du Poelberg. Vertigineux… ou pas !

La voie verte est terminée et la trace alterne entre des chemins boueux au milieu des champs, quelques rares bocages et, surtout, de longues pistes cyclables bordées par des routes nationales.

Heureusement, nous sommes en Flandres et les pistes cyclables sont sur site propre, très sécurisées. À aucun moment le cycliste ne se sent en danger. Il n’empêche que c’est moche, bruyant. Les villages traversés sont tous identiques, alternants concessionnaires automobiles et friteries.

La trace fait de son mieux pour m’éloigner des nationales, mais comme j’ai encore plus de cent bornes à faire, je ne suis pas toujours d’humeur à aller rouler 2km dans la boue plutôt que de faire 500m en ligne droite sur une nationale.

Nationale qui se révèlera bloquée par un combi de policiers qui m’avait dépassé toute sirène hurlante quelques kilomètres plus tôt. Je comprends qu’il y’a un incendie un peu plus loin (j’avais d’ailleurs observé la fumée depuis la colline en face), mais le détour ne m’arrange pas. C’est l’un des rares endroits où il n’y a pas de chemins parallèles. Je m’éloignerai alors un peu au pif pour découvrir quelques kilomètres d’un petit chemin boisé, un des plus beaux tronçons du parcours.

J’essaie de faire des arrêts réguliers, mais encore faut-il trouver un lieu propice. C’est amusant comme certains endroits s’imposent pour faire une pause alors que dans un autre décor, on peut rouler plus de 30 bornes sans vouloir s’arrêter malgré la fatigue.

Après 75km, je débouche sur la place d’Oudernaade, sous un soleil éclatant. Un jeune cycliste de l’équipe Trek Segafredo fait un photo shoot. Les bancs sont accueillants. Je me pose. Avant d’aviser un kebab. J’ai déjà consommé 3 barres d’énergie, mon estomac réclame du gras et du salé. Je prends un burger de poulet et quelques frites, pile poile ce qui me fallait. Je repars. D’après mon roadbook, le mur de Grammont ne devrait pas tarder.

À l’ombre de l’hôtel de ville d’Oudenaarde

Je n’ai jamais vu le mur de Grammont, mais ayant plusieurs expériences du mur de Huy, je sais à quel point ces difficultés peuvent couper les jambes. Je stresse un peu, je me prépare psychologiquement.

Il s’avère que je m’étais trompé dans mon roadbook. Je passe 25km à attendre que Grammont apparaisse au moindre virage. C’est au kilomètre 100 que j’arrive enfin sur la place du célèbre village.

Tout est propre et décoré en l’honneur du fameux mur. Dans les vitrines, des panneaux retracent les exploits historiques des cyclistes. Je fais une micropause, j’avale un bonbon et je découvre en enfourchant mon vélo que je m’étais garé sur une ligne gravée dans le sol qui indique le début du segment « Mur de Grammont » sur Strava.

Depuis la place, je gravis une petite montée en pavés bien plats et propres, je tourne à gauche en suivant les flèches. La route est bordée de panneaux célébrant le mur. Elle monte légèrement, je garde un rythme calme, je tourne à droite dans un petit chemin qui monte entre les arbres.
— On y est, me dis-je !

Je suis dépassé par une cycliste que je laisse partir, ne souhaitant pas présumer de mes forces. J’ai pas mal de poids sur mon vélo chargé et 100km dans les pattes.

La montée tourne brusquement à gauche puis encore à gauche. Sans forcer, il me reste encore deux vitesses et mon rythme cardiaque ne dépasse pas le 155. Je continue et j’aperçois la fameuse chapelle alors que je rattrape ma cycliste de tout à l’heure qui semble avoir un peu coincé.

J’arrive à la chapelle, étonné, pas du tout essoufflé. Il y’a plein de touristes.

Le sommet du fameux mur. C’est tout ?

Je ne peux m’empêcher de comparer avec le mur de Huy qui est autrement plus difficile. Dans le mur de Huy, impossible de mouliner. Je suis toujours à la limite de mettre le pied à terre, en poussant comme un forcené avec ma vitesse la plus facile. Quand j’arrive au sommet du mur de Huy, je m’écroule généralement. J’explose mes pulsations, je suis vidé.

Par contre, d’un point de vue marketing, le mur de Huy est une petite ruelle obscure bien cachée dans un coin de la ville. Il est très difficile à trouver si on ne connait pas. Au sommet, rien n’indique qu’on est arrivé. Il s’agit plus d’un plateau et d’une route qui continue.

Quant aux pavés ? À Grammont ils sont propres, lisses. C’est un plaisir de rouler dessus. Rien qu’autour de chez moi, je peux citer cinq montées plus abruptes et aux pavés bien défoncés qui sont un enfer à gravir.

Je suis tellement surpris qu’une fois la photo faite, je continue immédiatement mon chemin. Pas besoin de pause. Alors que le soleil commence à se coucher, je me dirige vers Hal. J’apprécie les couleurs du crépuscule sur les champs à peine bosselés à perte de vue.

Hal est une ville très moche, remplie de magasins. Je fais une halte dans un square sous le buste de Léopold II qui regarde avec bienveillance des nègres stylisés lui apporter une représentation du Congo. Je m’étonne que ce square n’ait pas encore été vandalisé avant de me rappeler que je suis en Flandre, pas à Bruxelles.

Je m’échappe de Hal par de petites montées sèches, de celles que j’apprécie particulièrement, et gagne le bois de Hal, bois où j’ai longuement couru lorsque je travaillais à proximité.

Il fait nuit noire, mais le chemin forestier est rectiligne et dégagé. Mon phare fait des merveilles. J’apprécie d’être dans les bois la nuit. Un vrai moment de plaisir trop vite passé avant de déboucher à Colipain, un endroit que je connais bien. Je suis en Wallonie. Je traverse le zoning industriel où j’ai travaillé pour gagner l’ancienne ligne de chemin de fer qui va m’amener à la gare de Braine-l’Alleud.

À partir d’ici, je connais la région par cœur. Et, psychologiquement, cela se révèle un calvaire. Je connais en effet toutes les difficultés qui m’attendent. Il fait nuit noire, j’ai 130km dans les jambes et, surtout, je commence à avoir un mal de ventre affreux.

À chaque fois que je fais des longues distances, je me tape un mal de ventre. Je ne sais pas si c’est l’abus des sucres des barres d’énergie, le fait que je bois trop ou que je ne supporte pas les électrolytes. Chaque coup de pédale est un enfer que je n’arrive pas à soulager. Je ne peux surtout plus boire ni manger, mais, du coup, je n’ai plus d’énergie.

Je traverse Braine-l’Alleud puis le champ de bataille de Waterloo par Hougoumont sous l’œil du lion illuminé. Je descends vers la vallée de Lasne. Ma trace m’a fait prendre des chemins pavés qui secouent mon estomac. Qu’ils viennent un peu voir à Lasne ceux qui disent que les pavés de Grammont sont une épreuve.

Pour sortir de la vallée, ma trace passe par la rue de la gendarmerie, une côte assez fameuse dans la région. Je me dis que je préfère cette côte-là à l’escalade par Couture-Saint-Germain ou par Chapelle-Saint-Lambert. La rue de la gendarmerie fait une grande boucle que je coupe par un petit chemin pentu, en pavé. Encore une fois, je rigole en songeant au mur de Grammont.

Je continue ensuite vers Céroux. Un chemin que j’ai parcouru des centaines de fois. Mais, la fatigue aidant, les pavés me semblent effroyablement durs, mon estomac est retourné. Et ce n’est pas fini, d’autres chemins pavés se succèdent sur les hauteurs d’Ottignies. Je sais bien que ce sont les derniers. À partir de là, je me laisse descendre jusqu’au bois des rêves, que je traverse dans le noir, je contourne le lac de Louvain-la-Neuve avant la dernière escalade jusqu’à mon lit. De manière étonnante, celle-ci se passera très bien. Si l’on excepte mon mal de ventre, les jambes tournent parfaitement alors que mon compteur affiche 165km et 10h en selle. Je sonne pour qu’on m’ouvre le garage et réveille mon fils qui était en train de s’endormir. Mais je suis content de le voir, de serrer ma femme dans mes bras avant d’aller prendre ma douche.

Je suis dans cet état que j’appelle « au bout de la fatigue ». Tellement crevé que dormir est difficile. Je soulage instantanément mon mal de ventre grâce à deux remèdes miracles : de la tisane et du fromage blanc. Le fromage blanc m’apaise, comme s’il absorbait l’excès de sucre et d’acidité. Je soupçonne que l’effet de la tisane ou du thé est essentiellement de la chaleur. Lors de mon trip avec Thierry, j’avais également éprouvé cette envie fulgurante d’un thé chaud.

Je dois peut-être apprendre à manger et boire moins. Je devrais tenter de me passer d’électrolytes.

Quoiqu’il en soit, j’adore ces miniaventures, ces journées hors du temps sur un vélo à parcourir un pays, à sentir chaque mètre de paysage, à croiser des visages que l’on re reverra jamais, à connecter avec mon histoire tout ce qui n’est que points sur une carte. J’aime me retrouver le nez dans mon cockpit, les pieds sur les pédales.

J’aime aussi d’avoir un objectif, d’être forcé d’arriver quelque part, sans raccourci possible pour dépasser la douleur et la fatigue. En temps normal, je n’aurais jamais été de Braine-l’Alleud à chez moi en pleine nuit. Avec 130km dans les jambes et pas d’autres options, cela devient tout simplement une évidence.

Le bikepacking, ce sont avant tout des rencontres, des nouveaux visages…

Je suis @ploum, ingénieur écrivain. Abonnez-vous par mail ou RSS pour ne rater aucun billet (max 2 par semaine). Je suis convaincu que Printeurs, mon dernier roman de science-fiction vous passionnera. Commander mes livres est le meilleur moyen de me soutenir !

Ce texte est publié sous la licence CC-By BE.

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Et si Al Gore était devenu président des États-Unis en 2000 ?https://ploum.net/?p=6643http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20201102_092131_Et_si_Al_Gore_etait_devenu_president_des_Etats-Unis_en_2000__Mon, 02 Nov 2020 08:21:31 +0000Une dizaine de votes. C’est ce qui a permis à Georges Bush de devenir président face à Al Gore, vice-président sortant, en 2000. Que serait devenu le monde si la dizaine de votes avait, au contraire, fait peser la balance en faveur d’Al Gore ? Aurions-nous eu Obama et Trump ? Google et Facebook ?

En 2000, dans certains cantons de Floride, la méthode de vote consiste à percer un trou à côté de son candidat. Malheureusement, les trous ne sont parfois pas clairement marqués (un morceau de papier reste attaché, les fameux « hanging chads »). De plus, les trous ne sont parfois pas alignés avec le bon candidat. Certains candidats anecdotiques feront des scores étonnants, car leur trou se révèle très proche du nom « Al Gore ». Face à ces incertitudes, un recomptage est inévitable.

Naïve et tellement sûre de sa victoire en Floride (ce qui s’avérera mathématiquement exact), l’équipe d’Al Gore choisit de la jouer en « gentleman », faisant confiance au recomptage et au processus démocratique. L’équipe de Georges Bush décide de ne pas respecter ces règles tacites, intimidant les recompteurs, jouant de la pression médiatique pour empêcher le recomptage. Le recomptage doit être interrompu pour éviter une escalade dans les tensions que déchainent les républicains. Georges Bush est déclaré vainqueur des petits cantons contestés et donc de la Floride et donc des États-Unis d’Amérique ! L’histoire est incroyablement racontée par Jane Mcalevey qui était justement chargée du recomptage et qui a vu la situation déraper, a tenté d’agir, mais s’est fait reprendre à l’ordre, car Al Gore voulait garder de la dignité.

https://jacobinmag.com/2020/10/trump-coup-florida-2000-recount

L’élection de Georges Bush marque peut-être la fin d’un semblant de dignité dans le débat politique. Elle démontre que l’on peut mentir, tricher et gagner sans scrupules. Le CEO de Diebold, fournisseur de machines de votes électroniques, avait d’ailleurs déclaré qu’il ferait tout ce qui était en son pouvoir pour faire gagner Bush. Dans certains endroits où le vote électronique était de mise, Bush devait même obtenir plus de votes que d’habitants. Al Gore a préféré perdre dignement que de se lancer dans un combat acharné. Au grand désarroi d’une jeunesse acquise à Al Gore et qui manifestera sa déception sur Internet avec le slogan « Not My President » (20 ans plus tard, la comparaison avec Trump ferait passer Bush pour un intellectuel progressiste !).

Tout les coups sont permis. Une leçon que les démocrates n’avaient toujours pas assimilée en 2016, année où Trump remporta la même Floride alors que les votes anticipés avaient donné à Hillary Clinton un avantage mathématiquement insurmontable.

https://www.palmerreport.com/opinion/rigged-election-hillary-clintons-early-voting-lead-florida-mathematically-insurmountable/114/

Les démocrates semblent accepter un jeu de dupes où la seule manière de l’emporter n’est pas de gagner l’élection, mais de la gagner suffisamment pour que les tricheries républicaines ne soient pas suffisantes. Seul Obama y parviendra. Notons que 2004 est la seule élection où les républicains remportent le vote populaire depuis 1988. Mais l’équipe de Biden ne se laissera certainement pas faire en cas de résultat serré entre lui et Trump.

https://fivethirtyeight.com/features/a-contested-2020-election-would-be-way-worse-than-bush-v-gore/

Al Gore président

Imaginons un moment qu’Al Gore ne se soit pas laissé faire. Qu’il soit devenu président. Le monde aurait-il été fondamentalement différent ?

Devenu président en janvier 2001, Al Gore décide de lancer l’économie des États-Unis sur les rails du développement durable : panneaux solaires, éoliennes. Il veut faire des États-Unis la première puissance mondiale sur le marché de l’écologie.

Les attentats du 10 septembre 2001 modifient largement l’ambiance qui règne dans le pays. Le cabinet d’Al Gore déclare un programme militaire appelé : « Peace on Earth ». L’objectif ? Pacifier les zones où naissent les pulsions terroristes. Des militaires américains débarquent en Afghanistan. Certains conseillers proposent une présence militaire accrue au Koweït et en Irak, mais Al Gore veut étouffer économiquement ces pays en faisant baisser le prix du baril de pétrole. Certains conseillers militaires se désolent. Ils veulent une « War on Terror » et pensent que les militaires ne sont pas là pour appliquer un programme de hippie.

Cette stratégie n’a pas les effets escomptés : le pétrole se consomme comme jamais. La classe moyenne américaine souffre d’une économie qui n’est pas entièrement prête pour la transition. Certes, l’emploi est au beau fixe, mais les républicains entretiennent l’idée que les taxes n’ont jamais été aussi hautes. De plus, la popularité des démocrates chez les militaires est en chute libre.

En 2003, l’entreprise Google fait faillite. Sous la conduite de la secrétaire d’État Hillary Clinton, le gouvernement américain a déclaré inconstitutionnelle l’exploitation des données privées à des fins publicitaires. Hillary Clinton n’a pas eu le choix : des journalistes ont en effet révélé qu’elle était en pourparlers secrets pour que Google aide le gouvernement américain à mettre en place un système d’espionnage généralisé des citoyens afin de lutter contre le terrorisme. Dans l’opposition, le parti républicain n’a pas laissé passer cette opportunité de démontrer que les démocrates sont un parti de riches qui espionne et exploite les pauvres. La bulle Internet de 2000 finit de se dégonfler pour que les démocrates puissent se racheter une conscience morale. Seules les entreprises Amazon et Microsoft semblent tirer leur épingle du jeu.

En 2004, Al Gore se fait réélire de justesse, mais la popularité des démocrates est en chute libre. La baisse d’émission du CO2 s’est accompagnée d’une baisse de l’emploi. Les Américains n’ont jamais été aussi endettés.

En 2008, un républicain d’à peine 50 ans devient le premier président noir des États-Unis. Michael Steele est conservateur, opposé à l’avortement et, surtout, il nie le réchauffement climatique. Il a mené sa campagne sur Twitter, un réseau social par SMS qui a réussi à négocier avec Apple pour obtenir une place sur l’écran du tout nouvel iPhone. Steve Jobs ne veut pas d’installation d’applications non Apple, mais un accord a été trouvé : Apple est devenu un actionnaire majoritaire de Twitter. Twitter est automatiquement fourni avec chaque iPhone.

https://en.wikipedia.org/wiki/Michael_Steele

Comme vice-président, Steele a choisi un autre républicain conservateur, plus expérimenté et plus âgé : Herman Cain.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Herman_Cain

Deux hommes noirs à la maison blanche. Le parti républicain devient le parti de l’intégration. Le parti démocrate est perçu comme un parti de riches blancs qui militent pour l’écologie au détriment de l’économie et du bien être des classes populaires. En 2012, Hillary Clinton tente de faire basculer l’élection en jouant sur le droit des femmes et le féminisme. L’idée est bonne, mais Hillary Clinton n’est pas la bonne personne. Le féminisme devient, comme l’écologie, une forme de blague récurrente, une manière pour les républicains de pointer du doigt ces démocrates déconnectés de la réalité. Michael Steele le clame lors d’un discours de campagne un peu avant sa réélection :

« Mesdames, êtes-vous vraiment à plaindre en Amérique ? Que voulez-vous de plus ? Nous vous adorons ? Vous avez le meilleur rôle près de nos enfants ! Je vous le demande : qu’est-ce qui est plus important ? Empêcher la température d’augmenter d’un dixième de degré et faire en sorte que les homosexuels se marient ? Ou bien s’assurer que chaque Américain et chaque Américaine aie un travail, un salaire et de quoi nourrir ses enfants ? Chaque parti a ses priorités, vous connaissez les miennes… »

En 2016, le parti démocrate poursuit son virage à gauche avec Bernie Sanders et Elizabeth Warren qui s’affrontent durant les primaires. Bernie Sanders est plus populaire sur Internet, mais le parti pousse Warren, plus modérée et plus jeune. Elle devient la première femme présidente des États-Unis.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Elizabeth_Warren

Warren l’emporte face à un Mitt Romney qui peine à sortir d’une image d’homme blanc riche, exactement la caricature que Steele faisait des démocrates. Romney a fait l’erreur de miser une grosse partie de sa campagne sur le réseau social TheFacebook qui est très populaire dans les universités. Mais, contrairement à Twitter, il n’est pas disponible sur l’iPhone, uniquement sur les BlackBerry. Il touche donc beaucoup moins les classes populaires. TheFacebook a également des soucis de trésorerie. Le projet n’est pas rentable, le précédent Google enterre toute tentative de monétisation des données. Les investisseurs sont sur le point de quitter le bateau. La startup Instagram a été rachetée par Apple qui semble étendre son hégémonie sur tout l’Internet mobile. Un procès pour abus de position dominante est en cours.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Mitt_Romney

En 2020, Elizabeth Warren joue sa réélection dans une situation tendue. L’épidémie de COVID-19 a fait plus de 80.000 morts et les républicains l’accusent de ne pas avoir géré la crise correctement. Elle a hérité du bourbier afghan, passé sous silence dans les médias durant les années Steele, et n’est pas du tout populaire face aux militaires qui réclament un recentrage sur le pays. D’un point de vue économique, le monopole Apple a été démantelé comme AT&T en son temps. La Silicon Valley est remplie de petites entreprises qui fonctionnent bien. Le chômage diminue chaque année. Mais peu de ces entreprises sont cotées en bourse. Le SP500, qui reste noyauté par les grosses industries du passé, est en chute libre. Les démocrates ont beau tenter d’expliquer que le SP500 est un indicateur du passé, peine perdue. Warren a face à elle un Paul Ryan aux dents particulièrement longues. Présenté comme le « Kennedy républicain », ce catholique fait des ravages chez les immigrés, les noirs et les populations plus religieuses. Il promet de redresser l’économie et de sortir de ce qu’il appelle une « présidente hippie déconnectée des réalités ».

https://fr.wikipedia.org/wiki/Paul_Ryan

En filigrane, la planète retient son souffle. Ryan va-t-il mettre à mal les décennies d’effort pour sensibiliser les nations au réchauffement climatique ? Les États-Unis vont-ils abandonner complètement leur rôle de gendarme du monde, laissant les Russes et les Chinois se développer en Afrique ?

La question est importante. Comme tous les quatre ans, le destin de la planète semble se jouer entre une poignée d’électeurs dans un obscur canton de Floride…

Photo par JD Lasica.

Je suis @ploum, ingénieur écrivain. Abonnez-vous par mail ou RSS pour ne rater aucun billet (max 2 par semaine). Je suis convaincu que Printeurs, mon dernier roman de science-fiction vous passionnera. Commander mes livres est le meilleur moyen de me soutenir !

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Lectures 6: Épanadiplose sur la peur, la sécurité et la résistancehttps://ploum.net/?p=6637http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20201029_160138_Lectures_6___Epanadiplose_sur_la_peur__la_securite_et_la_resistanceThu, 29 Oct 2020 15:01:38 +0000Quelques liens et conseils de lecture pour réfléchir sur notre rapport à l’autre, à la peur et à notre désir de sécurité.

La peur et la fiction

Moi qui n’accroche que rarement à la fantasy, je suis en train de dévorer une préversion d’« Adjaï aux mille visages » dont le crowdfunding se termine bientôt (et qui a grand besoin de votre soutien). Je le conseille chaudement !

https://fr.ulule.com/adjai/

D’ailleurs, si vous avez raté la campagne Printeurs, vous pouvez en profiter pour vous rattraper. 20€ pour le livre Printeurs en version papier et les versions électroniques d’Adjaï et de Printeurs, tome 2 (que je dois encore écrire). Vous aurez aussi la possibilité de recevoir les chapitres de Printeurs 2 par mail au fur et à mesure de l’écriture !

https://fr.ulule.com/adjai/?reward=660832

Sous le couvert d’une palpitante histoire de voleuse amorale qui change d’apparence et de sexe à volonté, Adjaï explore le concept d’identité, de fluidité de genre et de parentalité. Mais un autre aspect revient régulièrement (notamment dans une scène qui fera sourire les rôlistes chevronnés) : celui de la peur de l’autre, de la peur de l’inconnu et de l’insécurité.

Une peur complètement irrationnelle qui nous pousse vers les comportements les plus dangereux. Une peur le plus souvent attisée par les auteurs de fiction, car… c’est plus facile pour faire avancer l’histoire.

https://slate.com/technology/2020/10/cory-docotorow-sci-fi-intuition-pumps.html

Un exemple parmi tant d’autres : notre peur du nucléaire est complètement absurde, surtout quand on compare le nombre de morts et les dégâts causés par les alternatives au nucléaire (le charbon, notamment, mais le solaire et l’éolien restent beaucoup plus dangereux que le nucléaire). Mais c’est une peur qui a été nourrie par une quantité impressionnante de science-fiction au sortir d’Hiroshima.

https://sceptom.wordpress.com/2014/08/25/la-vraie-raison-pour-laquelle-certains-detestent-le-nucleaire-brave-new-climate/

Comme le souligne Cory Doctorrow plus haut, les auteurs de science-fiction ont une réelle responsabilité. Ursula Le Guin enfonçait le clou il y a quelques années : on a besoin d’écrivains qui savent faire la différence entre écrire et faire un produit qui se vend bien. Je pense qu’Adjaï est un exemple magnifique de livre qui nous ouvre à la différence.

https://parkerhiggins.net/2014/11/will-need-writers-can-remember-freedom-ursula-k-le-guin-national-book-awards/

L’intuition et la peur

Il faut bien avouer qu’il est difficile de lutter contre une peur intuitive (prendre l’avion) tout en risquant notre vie tous les jours sans réfléchir (prendre la voiture). C’est le piège de l’intuition.

https://ploum.net/mon-second-velo-et-le-piege-de-lintuition/

Karl Popper le résume magnifiquement dans son « Plaidoyer pour l’indéterminisme ».

« Je considère l’intuition et l’imagination comme extrêmement importantes : nous en avons besoin pour inventer une théorie. Mais l’intuition, précisément parce qu’elle peut nous persuader et nous convaincre de la vérité de ce que nous avons saisi par son intermédiaire, peut nous égarer très gravement : elle est une aide dont la valeur est inappréciable, mais aussi un secours qui n’est pas sans danger, car elle tend à nous rendre non critiques. Nous devons toujours la rencontrer avec respect et gratitude, et aussi avec un effort pour la critique très sévèrement. »

La sécurité et l’intuition

L’intuition est rarement aussi mise à mal que lorsqu’on parle de sécurité.

Pour tenter d’analyser les mesures de sécurité, j’ai mis en place un framework dit des « 3 piliers ». Le principe est simple : toute mesure qui n’améliore pas l’un des piliers n’est pas sécuritaire. Elle est au mieux inutile, au pire nuisible.

https://ploum.net/les-3-piliers-de-la-securite/

L’exemple le plus frappant : les militaires en rue ? Phénomène dont je me moquais à outrance dans la nouvelle « Petit manuel d’antiterrorisme ».

https://ploum.net/petit-manuel-dantiterrorisme/

Une autre mesure absurde qui fait pire que bien ? Les contrôles dans les aéroports.

https://www.vox.com/2016/5/17/11687014/tsa-against-airport-security

Oh, et vous savez quoi ? L’espionnage de toutes nos communications pendant plus d’une décennie, un espionnage dénoncé par Snowden et qui lui vaut, aujourd’hui encore, de devoir se cacher. Et bien ça n’a servi à rien. Pas un prout de terroriste n’a été empêché.

https://tutanota.com/blog/posts/nsa-phone-surveillance-illegal-expensive/

Les abus et la sécurité

Servi à rien ? C’est vite dit. Parce que c’est notamment grâce à ce programme et cette volonté politique post-11 septembre que Google existe. Comme le raconte Shoshana Zuboff dans « The Age of Surveillance Capitalism », les pratiques de Google, qui préfiguraient l’analyse des données à des fins publicitaires, ont failli être interdites en 2001. Puis le 11 septembre a eu lieu. Et les services secrets américains se sont tournés vers Google en disant : « On vous laisse espionner tout le monde à la condition que vous nous aidiez à faire pareil. »

https://en.wikipedia.org/wiki/The_Age_of_Surveillance_Capitalism

Le tout grâce à des recherches financées par les mêmes institutions publiques quelques années plus tôt.

https://qz.com/1145669/googles-true-origin-partly-lies-in-cia-and-nsa-research-grants-for-mass-surveillance/

Dans un tout autre registre, la bande dessinée « Inhumain », du trio Bajram/Mangin/Rochebrune illustre à quel point la sécurité absolue est le pire des cauchemars. Des navigateurs spatiaux s’écrasent sur une planète occupée par une tribu humaine amicale, bienveillante et totalement soumise au « Grand Tout ». Sans être un chef-d’œuvre, la lecture est plaisante (je suis un homme simple. Je vois Bajram sur la couverture, j’achète sans discuter).

https://www.bajram.com/livres/inhumain/

La résistance et les abus

Lire, c’est résister. C’est peut-être pour cela que les plateformes qui promeuvent réellement la lecture sont désormais illégales. Heureusement, Orel Auwen vous invite pour une petite visite guidée.

https://serveur410.com/dans-lombre-dinternet-des-bibliotheques-illegales/

J’espère de tout cœur que Printeurs et Aïdja aux mille visages seront rapidement disponibles sur ces plateformes !

Bonne fin de semaine et bonnes lectures. Car, si vous ne prenez pas le temps de lire, vous n’avez pas le temps de résister.

Photo by Apollo Reyes on Unsplash

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La politique du doigt mouilléhttps://ploum.net/?p=6610http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20201026_123339_La_politique_du_doigt_mouilleMon, 26 Oct 2020 11:33:39 +0000Ce que la crise du coronavirus exemplifie à l’extrême est un problème qui gangrène nos institutions depuis plusieurs années : le fait que les décisions sont prises à l’intuition par une minorité. Que la communication et l’affect aient désormais plus d’importance que la rationalité et les faits. Bref, que tout se décide désormais au doigt mouillé.

Contre cette tendance, les spécialistes et les scientifiques ne peuvent pas lutter. En effet, un véritable scientifique commencera toujours par affirmer qu’il y’a beaucoup de choses qu’il ne sait pas. Qu’il n’est certain de rien. Qu’il faut tester des hypothèses. Bref, qu’il faut faire preuve d’humilité.

Humilité qui nécessite une érudition, une expertise : la seule chose que je sais c’est que je ne sais rien. Humilité qui peut permettre de convaincre les individus, mais qui n’est malheureusement pas « médiatique ».

https://cenestquunetheorie.wordpress.com/2020/05/27/methode-4-lhumilite-epistemique-la-clef-pour-convaincre-ethiquement/

Au contraire, lorsqu’on n’a pas étudié un domaine pendant des années, il est tellement simple d’avoir l’impression que l’on sait, de confondre intuition, opinion et décision. De croire que la réalité se plie face à nos certitudes. La certitude est l’apanage des ignorants.

C’est, depuis des millénaires, le fonds de commerce des religions. Enseigner qu’une croyance a plus d’importance que l’observation de la réalité. C’est la raison pour laquelle j’affirme haut et fort que les discours « anti-science » et toutes les formes de foi sont d’une prétention infinie : cela revient à dire que l’on est détenteur d’une vérité unique et absolue. Bref que l’on est plus intelligent que tous les humains passés, présents et futurs.

https://ploum.net/la-science-na-pas-reponse-a-tout/

Cette perversion mentale est particulièrement flagrante chez les politiciens qui n’essaient même pas de prendre des décisions sensées, mais pour qui, de par le fonctionnement de nos démocraties, jaugent toute action à l’aulne de sa popularité, entrant de ce fait dans une boucle de résonnance avec leur propre public, attisant les idéologies extrêmes.

Cette victoire de l’idéologie sur la philosophie, nous en avons un exemple historique sous les yeux avec le déclin intellectuel de l’Islam aux alentours de l’an 1200. Alors que l’Europe nageait dans l’obscurantisme religieux, le monde arabe, concentré sur son expansion commerciale plutôt que militaire, brillait par ses philosophes, ses scientifiques. Jusqu’au jour où d’obscures sectes musulmanes ont pris le pouvoir et ont décidé que le Coran (où du moins l’interprétation qu’en faisait une clique de potentats) était la seule source de vérité.

https://www.thenewatlantis.com/publications/why-the-arabic-world-turned-away-from-science

La crise du coronavirus nous démontre à quel point nos politiciens sont, par construction de notre système, ineptes. Les réseaux sociaux les trompent en leur faisant croire qu’ils sont en contact avec la population, qu’ils comprennent les gens, qu’ils sont populaires. Ce mensonge n’est qu’un artefact technologique qui, sous prétexte d’optimiser les revenus publicitaires de quelques entreprises, enferme une minorité dans une bulle de résonnance hyperaddictive, mais décorrélée de la réalité.

https://ploum.net/le-mensonge-des-reseaux-sociaux/

Une réalité qui est qu’aujourd’hui encore, une quantité non négligeable de la population (principalement paupérisée et peu connectée) ne sait pas ce qu’est le covid. Bien sûr, on préfère oublier cela. La bulle médiatique n’est pas le reflet de la réalité, mais ses addicts, dont l’immense majorité des politiciens, tentent de transformer la réalité pour qu’elle corresponde à leurs croyances. Un phénomène qui n’est rien d’autre qu’une forme de religiosité, nourrissant l’idéologie plutôt que la raison.

Mais le coronavirus n’est qu’un révélateur. Et les politiciens ne sont qu’un exemple des plus extrêmes. Dans les entreprises privées, la majorité des managers et des CEO prend désormais des décisions intuitives, rapides et sans aucun moyen d’en mesurer les effets. Une mesure ne semble pas avoir l’effet escompté ? Plutôt que de la remettre en question on prend cela comme un signal qu’il faut l’appliquer encore plus fort. Un effet positif se dégage ? On prend cela comme un confirmation qu’il faut l’appliquer… encore plus fort.

Sans les réseaux sociaux et les médias de masse, les décisions devraient être pensées et réfléchies, car il serait hors de question de les modifier trop souvent. Nul n’est censé ignorer la loi. Chaque loi devrait donc également être diffusée, atteindre la population.

L’ère de la connexion donne aux politiciens la croyance qu’ils peuvent changer d’avis plusieurs fois par jour. Le nombre de likes leur fait croire qu’une multitude les soutient, que tout le monde est au courant. Pire : que pour continuer à être visible, il est souhaitable de changer les règlements régulièrement, d’apporter de la nouveauté.

Nous gérons nos pays et nos entreprises sur le modèle des sites web rentabilisés par la publicité : faire du clic, faire du buzz, faire de statistiques. Il n’est plus un commerce, plus une association qui ne cherche à optimiser son nombre de visiteurs et ses likes sur Facebook sans que cela soit positivement corrélé avec son chiffre d’affaires.

Les CEOs des très grosses entreprises n’ont d’ailleurs rien à craindre. Ils font tout pour ne pas mesurer l’impact de leurs décisions. La société fait de l’argent ? C’est grâce à eux et ils auront un bonus. La société n’en fait pas : c’est une mauvaise exécution des employés. Au pire, le CEO sera démis de ses fonctions avec un parachute doré. Il est désormais avéré que les CEOs ne font pas mieux que des décisions aléatoires. Leurs bonus mirobolants ne récompensent donc aucun risque, aucune compétence, mais sont de facto une rente sur le copinage.

Les scientifiques ne sont évidemment pas en reste. La recherche s’est transformée en une course à la publication. Les résultats incertains sont immédiatement transformés en titres sensationnalistes. Les codes sources sont très rarement partagés, la reproductibilité est nulle. Quand, tout simplement, l’idéologie ne prend pas le pas sur la méthode scientifique.

Exemple frappant : deux économistes à tendance très conservatrice ont choisi de démontrer que l’endettement d’un pays arrêtait sa croissance. Ce papier, incroyablement influent, inventa le concept d’austérité dont les Grecs et de nombreux Européens furent les victimes.

Mais afin d’établir le lien entre déclin de croissance et endettement, les auteurs se contentèrent d’établir une moyenne de plusieurs pays. Méthodologiquement, le principe de tirer une généralité sur une moyenne est complètement faux. Pour s’en convaincre, il suffit de s’imaginer que si Jeff Bezos rentre dans un stade bondé, chaque spectateur est en moyenne multimillionnaire.

La méthodologie est donc fausse. Mais même en l’admettant, le résultat ne démontre rien. En moyenne, les pays endettés de plus de 90% ont une croissance de près de 3%. C’est en revoyant les calculs que des chercheurs ont découvert qu’une erreur de la formule dans Excel ne prenait pas tous les pays en compte.

https://theconversation.com/the-reinhart-rogoff-error-or-how-not-to-excel-at-economics-13646

Mais nul ne s’est trop penché dessus, car, idéologiquement, la décision de l’austérité était intuitive. L’austérité ne fonctionne pas et n’est justifiée que par une erreur de calcul. On continue de l’appliquer car personne n’osera prendre la décision inverse.

Aujourd’hui, on découvre que la manière la plus efficace et la moins chère de lutter contre la pauvreté est de… donner de l’argent aux pauvres. De fournir un logement décent aux sans-abris. Cela fonctionne. Au Canada, une étude a montré que donner 7500$ à des sans-abris était en moyenne suffisant pour les tirer de la misère. Que ceux qui avaient reçu de l’argent dépensaient 34% en moins que les autres en drogues et alcools. Que ça coutait moins cher que de les héberger dans un centre.

https://edition.cnn.com/2020/10/09/americas/direct-giving-homeless-people-vancouver-trnd/index.html

Malheureusement, tout cela va à l’encontre de l’idéologie selon laquelle « tout salaire doit être mérité par un travail » (nonobstant le fait que les riches « font travailler leur argent »). Naïvement, on pourrait croire que lutter contre la pauvreté fait l’unanimité. Ce n’est pas le cas.

Les gauchistes et écologistes ne sont pas épargnés par ce misérabilisme intellectuel. Un exemple des plus frappants en est le rejet du nucléaire. Le nucléaire est, à ce jour l’énergie la plus propre, la plus sûre jamais inventée. L’effet nocif des radiations en cas d’accident est des millions de fois moins important que l’effet nocif, avéré et permanent, de la pollution de l’air par les centrales à charbon. Cependant, ces 20 dernières années, nous avons augmenté notre dépendance au charbon par simple rejet irrationnel du nucléaire. Et je n’aborde même pas la mouvance antivaccins.

Comme le résume Vaclav Smil : « Les gens n’ont rien à faire du monde réel ».

https://www.transitionsenergies.com/vaclav-smil-les-gens-nen-ont-rien-a-faire-du-monde-reel/

L’idéologie avant la raison et l’intuition avant les faits sont les pires des gestions. Le monde s’en accommodait grâce à une tendance naturelle au progrès. Mais la pandémie fait éclater au grand jour l’incompétence épistémique de nos institutions politiciennes.

Mais plutôt que de rejeter tout en bloc, de tomber dans le populisme, je vous invite à réfléchir à la voie de la modération. Oui, le port du masque partout est absurde. Mais le masque reste utile. Le couvre-feu est une atteinte à nos libertés. Mais peut-être que c’est une mesure qui peut avoir un impact important. Apprenons l’humilité que nos décideurs ne peuvent pas se permettre d’afficher.

Le 21ème siècle doit être le siècle de la prise de décision rationnelle et consciente. De l’acceptation que toute mesure doit être mesurée, doit être remise en question régulièrement et qu’il n’est pas de posture morale plus élégante pour un politicien que de dire « Je me suis trompé, changeons de cap ».

À ce titre, je me réjouis de lire « Vaincre les épidémies » de Didier Pittet et Thierry Crouzet.

https://tcrouzet.com/2020/10/22/la-voix-de-la-sagesse-dans-la-crise-covid/

Et n’oubliez pas que consulter les malheurs du monde en boucle peut avoir un impact néfaste sur votre santé. C’est justement ce qui arrive dans la dernière nouvelle (drôle) de Valéry Bonneau que je vous invite à lire en guise de conclusion.

https://www.valerybonneau.com/nouvelles-noires/tako-tsubo

Si nous pouvons retenir une chose des milliers de morts du Coronavirus c’est que la politique du doigt mouillé ne fonctionne pas et que les certitudes idéologiques sont les premières causes de mortalité et de souffrance. Que l’éducation est notre seul espoir. Que les immenses progrès scientifques et philosophiques de notre époque sont nés de la lecture des livres, pas des tweets.

https://www.calnewport.com/blog/2020/06/27/on-the-exceptionalism-of-books-in-an-age-of-tweets/

Vous savez ce qui vous reste à faire : coupez Facebook, Twitter et la presse. Entrez dans la résistance, ouvrez un livre !

Bonnes lectures et bonne semaine.

Photo by Karl JK Hedin on Unsplash

Je suis @ploum, ingénieur écrivain. Abonnez-vous par mail ou RSS pour ne rater aucun billet (max 2 par semaine). Je suis convaincu que Printeurs, mon dernier roman de science-fiction vous passionnera. Commander mes livres est le meilleur moyen de me soutenir !

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Lectures 5 : lire, écrire, laisser des traces…https://ploum.net/?p=6603http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20201015_143747_Lectures_5____lire__ecrire__laisser_des_traces___Thu, 15 Oct 2020 12:37:47 +0000Quelques liens en lien avec ma quête d’écrire pour tracer ma voie, pour laisser ma trace. Mais au fond, quelles traces voulont nous laisser ?

Être écrivain

Orel Auwen m’a interviewé pour son blog. Au menu, quelques explications sur l’historique du projet Printeurs, sur ma vision de l’écriture, mais également sur les projets d’écriture que j’aimerais réaliser dans le futur. Si jamais vous connaissez un éditeur intéressé, faites-moi signe !

https://serveur410.com/ploum-transforme-des-billets-en-roman/

Je viens de terminer la toute dernière relecture sur épreuve de Printeurs. Et, c’est le cas de le dire, c’est éprouvant. Je touche mon rêve d’être écrivain. Et comme je le disais.

C’est lorsqu’on touche un de ses rêves du bout des doigts, lorsqu’il nous semble accessible qu’il nous apparait soudainement dans sa réalité crue, dans son imperfection.

https://ploum.net/le-cauchemar-dune-vie-de-reve/

Mais Margueurite Duras le dit beaucoup mieux que je ne le ferai jamais dans son livre « Écrire ».

Dans la vie, il arrive un moment, et je pense que c’est fatal, auquel on ne peut pas échapper, où tout est mis en doute : le mariage, les amis, surtout les amis du couple. Pas l’enfant. L’enfant n’est jamais mis en doute. Et ce doute grandit autour de soi. Ce doute, il est seul, il est celui de la solitude. On peut déjà nommer le mot. Je crois que beaucoup de gens ne pourraient pas supporter ça que je dis là, ils se sauveraient. C’est peut-être pour cette raison que chaque homme n’est pas écrivain. Oui. C’est ça, la différence. C’est ça la vérité. Rien d’autre. Le doute, c’est écrire. Donc c’est l’écrivain, aussi. Et avec l’écrivain tout le monde écrit. On l’a toujours su.

Le paradoxe académique

Encore un témoignage d’un universitaire qui a quitté le milieu académique. Mais cette fois-ci, ce n’est pas à cause de la surcharge administrative, c’est à cause de la « course à la publication ». Un témoignage qui illustre à quel point la motivation de publier peut aller à l’encontre des intérêts de la science.

https://reyammer.io/blog/2020/10/03/the-good-the-bad-and-the-bye-bye-why-i-left-my-tenured-academic-job/

Aventures

J’ai toujours autant de plaisir à lire les aventures cyclistes de Thierry. Et toujours aussi jaloux. Devrais-je écrire les miennes plus souvent ?

https://tcrouzet.com/2020/10/06/mini-aventure-teleportation-dans-laude-par-le-train/

Cela me rappelle cette réflexion que j’avais sur le besoin d’être dehors à l’heure où l’air conditionné a bouleversé le monde moderne :

https://ploum.net/la-boue-ou-lair-conditionne/

Mon besoin d’être dehors rentre malheureusement en conflit avec mon besoin d’écrire. C’est peut-être cela le secret de Thierry : il fusionne les deux activités. Il crée ses traces à vélo pour laisser sa trace.

Ergonomie et Bépo

Je n’ai vraiment commencer à écrire qu’après avoir appris le Bépo. Je peste chaque jour contre l’ergonomie des claviers de laptop. Je rêve d’un laptop ou d’un Freewrite avec un clavier orthogonal. Je ne suis pas le seul, mais certains vont vraiment très très loin dans leur recherche d’une solution idéale :

https://blog.scottlogic.com/2020/10/09/ergo-rabbit-hole.html

Pour ceux qui ne connaissent pas, j’avais raconté l’histoire du Bépo sur le Framablog en 2011 :

https://framablog.org/2011/12/19/bepo-clavier-libre-ploum/

Écologie et bagnoles

Honda annonce se retirer de la Formule 1 en 2021 pour consacrer ce budget à développer des technologies permettant d’arriver à la neutralité carbone. Il est vrai que la F1 n’est pas un sport très écologique (notez que, quand vous voyez le nombre de voitures et motos sur une course, le cyclisme professionnel ne l’est guère non plus).

https://arstechnica.com/cars/2020/10/honda-shocks-f1-says-it-will-quit-the-sport-after-2021/

Le spécialiste belge de la F1, Gaetan Vigneron, relativise l’annonce. Ce n’est pas la première fois que Honda quitte la F1 et l’annonce écologique n’est certainement que la façade marketing pour une décision politico-financière. Ceci dit, Gaetan Vigneron revient sur l’aspect écologique avec une phrase malheureuse qui en dit très long sur la psychologie d’une partie de sa génération :

Bien sûr c’est bien de lorgner vers les technologies du futur et la neutralité zéro carbone, mais tout cela ne va-t-il pas trop vite… (sic)

Non Monsieur Vigneron ! On ne peut pas aller « trop vite ». Il y’a une urgence absolue. Cette simple phrase renforce mon idée que la F1 reste un symbole de l’automobile machiste, virile et polluante. Elle doit changer rapidement ou disparaitre. Il y’a des traces qu’on aimerait ne pas laisser…

https://www.rtbf.be/sport/moteurs/f1/detail_formule-1-honda-tire-la-prise-une-bonne-chose-pour-personne?id=10599173

Mes recommandations BD

J’étais un peu effrayé par le pitch de « Traquemage », par Lupano et Relom. J’avais peur de tomber dans la parodie fantasy facile type Donjon de Naheulbeuk, genre propice aux blagues d’intiés et à l’humour scatologique. Mais Traquemage tient ses promesses : une véritable aventure contant les péripéties d’un jeune berger, de sa chèvre couillonne Myrtille et de Pompette, la fée alcoolique. C’est drôle, délirant, bien rythmé sans tomber trop souvent dans la facilité. Après deux albums, j’ai envie de savoir la suite !

Belle découverte également, « Soleil Froid », par Pécau et Damien. Une aventure post-apocalyptique en 3 volumes qui se passe dans une France ravagée par une grippe aviaire particulièrement mortelle. L’originalité est le parti pris délicieusement amoral et les décors familiers (pour une fois qu’on n’est pas aux États-Unis). Les personnages ne cherchent qu’une chose : survivre, peu importe le prix (la scène de l’hôpital est splendide de simplicité). La survie finira néanmoins par se transformer en quête, avec révélations et rédemptions finales qui rendent la facture de l’ensemble un peu plus classique, mais qui a le bon goût de se clôturer efficacement.

Enfin, j’ai finalement pris le temps de lire un classique qui encombrait ma liste de lecture depuis longtemps : « Aâma », de Frederik Peeters. Un chef-d’œuvre onirique, à mi-chemin entre les mondes d’Aldébaran et l’Incal. Comme toutes les œuvres de ce genre, Aâma souffre un peu vers la fin, lorsque la frontière entre l’onirisme psychédélique et le portnawak se brouille. À titre personnel, j’appelle ce moment fait de sensations pures dans lequel tombent énormément d’histoires de SF la « zone Jodorowsky ». Une zone dont Aâma se sort plutôt bien, conférant à l’œuvre globale une saveur toute particulière et un statut culte mérité.

Photo by RetroSupply on Unsplash

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Devenir millionnaire en déplaçant la virgule du Bitcoin ?https://ploum.net/?p=6585http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20201012_104609_Devenir_millionnaire_en_depla__ant_la_virgule_du_Bitcoin___Mon, 12 Oct 2020 08:46:09 +0000C’est une question que j’entends souvent lorsque je parle de cryptomonnaie : ne pourrait-on pas déplacer la virgule pour avoir plus de bitcoins ?

Peut-on déplacer la virgule du Bitcoin ? Oui !

Le code du logiciel Bitcoin étant Open Source, n’importe qui peut le modifier pour en déplacer la virgule. Il affichera alors que vous avez 100 ou 1000 bitcoins au lieu d’un seul. Bien entendu, il ne s’agit que d’un affichage. Au moment du premier paiement, seule la valeur originale sera comptée. Vous pouvez rajouter des zéros au crayon sur votre billet de 10€ et prétendre que vous avez 1000€. Mais le premier magasin venu vous ramènera à la réalité.

Il est par contre possible de se mettre d’accord pour que tous les utilisateurs du Bitcoin déplacent la virgule ensemble. C’est exactement ce qu’on fait les Français en 1958, en passant de l’ancien au nouveau franc (même si eux ont décidé de déplacer la virgule dans l’autre sens pour avoir moins de francs).

En juin 2011, je militais activement sur le célèbre forum Bitcointalk pour un déplacement de la virgule de trois décimales vers la droite. Un autre utilisateur, MoonShadow, lança même un sondage, mais, cette fois-ci, proposant un déplacement de la virgule de six décimales vers la droite. Notre raisonnement commun était clair : alors qu’un bitcoin vaut environ 10 dollars, si on déplace la virgule, il y’aura un effet psychologique de garder le « nouveau bitcoin » entre 1 et 10 dollars, augmentant la valeur de « l’ancien bitcoin ». Ce raisonnement très naïf se révèle entièrement faux, mais nous ne le savions pas.

https://bitcointalk.org/index.php?topic=13144.0;topicseen

Cependant, l’idée de déplacer la virgule n’était pas neuve. En avril 2009, Satoshi lui-même parlait déjà de bouger la virgule pour rendre l’unité bitcoin plus simple à échanger.

https://nakamotostudies.org/emails/satoshi-reply-to-mike-hearn/

Ce déplacement aurait-il changé les choses ?

Techniquement, il s’agissait en tout et pour tout d’afficher la virgule sur une autre place dans le logiciel. D’un point de vue du code, tout resterait exactement pareil. La seule différence étant que ceux qui possédaient un bitcoin en auraient désormais un million.

L’idée derrière cette réflexion était qu’en dépassant la valeur nominale de un dollar par bitcoin, l’usage du bitcoin risquait de devenir peu pratique pour les paiements courants. On se retrouverait en permanence à gérer de très petits nombres, de types 0,001 bitcoin.

Malgré l’avis initial de Satoshi et le soutien de la communauté de l’époque (plus de deux tiers des 150 participants à ce sondage ont répondu en faveur du déplacement de la virgule), les développeurs n’en ont pas tenu compte et le prix d’un bitcoin s’est envolé, atteignant 1000$ en 2013 et 19000$ en 2017 avant de revenir à 10000$ en 2020, suscitant un incroyable battage médiatique et un intérêt du grand public.

Dirigeons-nous un instant dans l’univers parallèle 40bz2. Dans cette galaxie, la virgule a bel et bien été déplacée. Ce n’est qu’une question d’affichage et tout le reste, absolument tout le reste est resté identique : les mineurs, les échanges, les altcoins. Une seule ligne dans un logiciel change l’affichage d’un chiffre. C’est tout !

Pourtant, ce simple déplacement de la virgule a entrainé des différences profondes. Malheureusement, la communication entre univers parallèles n’est pas parfaitement au point. L’image est floue. Tout au plus peut-on tenter de deviner. En 2011 et 2012, les premiers participants se sont retrouvés millionnaires en bitcoins. Le prix du bitcoin a peut-être monté un peu plus vite, atteignant 1$ pour 1000 bitcoins dès 2012. Par contre, les médias n’ont pas pu titrer sur le caractère « cher » ou « bon marché » d’un bitcoin. C’est trop petit, pas assez intéressant. La bulle est sans doute arrivée plus tardivement. Est-ce que le prix est monté plus fort ou moins fort ? Mon Einsteinphone ne permet pas de le dire.

Tout ce que l’on peut faire est revenir dans notre bon vieil univers familier.

Bitcoinnaires et millionnaires en satoshis

Tout naturellement, la communauté s’est adaptée et parle désormais de satoshis pour les transactions courantes. Le prix d’un bitcoin semble désormais beaucoup trop cher pour le grand public. À chaque conférence, je dois rappeler que l’on peut acheter des fractions de bitcoins, qu’il n’est pas nécessaire d’en acheter un entier. Je me retrouve également à expliquer que les prix d’un ether, d’un litecoin ou d’un bitcoin ne sont en rien comparables. Les modes d’émission de la monnaie sont très différents. L’important n’est pas le prix, mais la fraction de l’économie totale que vous achetez. Mathématiquement, le nombre de bitcoins ne pourra jamais excéder 21 millions. Le nombre d’ether n’est, lui, en théorie pas limité. Les deux économies sont donc complètement différentes. L’un n’est pas « plus cher » que l’autre.

Quoiqu’il en soit, mon espoir de devenir un jour millionnaire en bitcoins s’est bel et bien envolé. Il ne reste que la possibilité de devenir millionnaire en satoshis (il y’a 100 millions de satoshis dans un bitcoin, en octobre 2020, un million de satoshis coûtent donc 110$).

Peut-être que, dans pas tellement longtemps, on ne parlera plus de milliardaires ou millionnaires, mais de bitcoinnaires. Mais si, vous savez bien : ces personnes tellement riches qu’elles possèdent un bitcoin tout entier. Les veinardes !

L’idée n’est pas complètement saugrenue lorsqu’on sait que la limite théorique de 21 millions de bitcoins sera atteinte en 2140. Le nombre d’êtres humains possédant un capital d’au moins 1 million de $ (patrimoine immobilier compris) varie entre 20 et 35 millions selon les estimations. Cela signifie que si vous connaissez quelqu’un dont la fortune globale personnelle est au moins de 1 million de dollars, il fait partie des 35 millions les plus riches de la planète, les 0,5%. En Europe, près de 2,5% de la population est millionnaire.

En comparant les chiffres, on se rend compte que même si l’usage du Bitcoin était réservé aux millionnaires en dollars, il n’y aurait pas assez de bitcoins pour tout le monde. Pire, en tenant en compte des bitcoins irrémédiablement perdus, on arrive à moins d’un demi-bitcoin par millionnaire.

À ce titre, utiliser le mot « bitcoinnaire » pour désigner une personne très riche fera peut-être bientôt partie du vocabulaire courant. Ou peut-être que le Bitcoin aura rejoint depuis longtemps le cimetière des projets précurseurs inutilisés comme Napster. Bitcoin va-t-il disparaitre ou créer un monde de bitcoinnaires ? C’est la question à devenir bitconnaire, seul le futur nous le dira. 

Une chose est certaine : une simple virgule dans un logiciel peut changer le monde. En fait, elle l’a déjà fait.

Photo by Ramiro Mendes on Unsplash

Je suis @ploum, ingénieur écrivain. Abonnez-vous par mail ou RSS pour ne rater aucun billet (max 2 par semaine). Je suis convaincu que Printeurs, mon dernier roman de science-fiction vous passionnera. Commander mes livres est le meilleur moyen de me soutenir !

Ce texte est publié sous la licence CC-By BE.

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Lectures 4 : un tournant civilisationnelhttps://ploum.net/?p=6580http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20201002_180952_Lectures_4___un_tournant_civilisationnelFri, 02 Oct 2020 16:09:52 +0000Quelques liens en vrac que vous pouvez lire sans vous connecter aux réseaux sociaux. Je reçois de nombreux mails enthousiastes pour ce type de billets au format « brêves ». C’est donc un format qui semble apporter de la valeur, mais qui, ironiquement, n’a aucune chance de « faire le buzz ». Tant mieux, ce n’est pas ce que vous et moi cherchons. On n’est pas bien là, entre nous ? Au fait, vous préférez des billets plus courts et plus fréquents ? Ou on continue ?

Minimalisme numérique

J’en parle souvent, mais c’est important de ne pas l’oublier : même quand on ne les utilise pas, nos smartphones nous rendent bêtes. Le simple fait d’avoir un smartphone à portée de main nous déconcentre.

https://www.calnewport.com/blog/2020/09/22/do-smartphones-make-us-dumber/

Le problème chez les adultes, c’est que pour se concentrer, il faut induire un certain sentiment d’urgence, sentiment qui produit des hormones qui nous donnent envie de passer à l’action et donc de nous déconcentrer. Il faut apprendre à passer outre ce cap pour approcher la concentration profonde et efficace.

https://www.calnewport.com/blog/2020/09/29/on-the-neurochemistry-of-deep-work/

Un bon exemple en la personne de Trump. En analysant ses tweets, on peut découvrir qu’il dort de moins en moins longtemps et que cela a un impact direct sur… ses tweets eux-mêmes ! Moins il dort, moins ses tweets sont positifs et moins ils génèrent de l’engagement. Trump ne m’intéresse pas, mais on peut facilement généraliser cette observation à soi-même.

https://www.psychnewsdaily.com/analysis-of-trumps-tweets-show-hes-sleeping-less-and-getting-angrier/

Il faut dire qu’il y’a de quoi être énervé, car, quand on prend du recul, notre technologie mirobolante fonctionne mal. Très mal. Ça clignote partout, mais faîtes un peu l’exercice de noter tout ce qui « ne va pas » dans une journée. Je suis ingénieur en informatique et j’ai passé plus d’une heure de ma matinée à tenter de me connecter à un site du gouvernement avec ma carte d’identité électronique.

https://tonsky.me/blog/tech-sucks/

Ce n’est pas un hasard si je me tourne de plus en plus vers le minimalisme numérique.

https://ploum.net/series/distraction-free/

Mais je suis loin d’être le seul. Exemple très proche du mien avec l’écrivaine Florie Vine.

https://florieteller.com/minimalisme-numerique/

Personnellement, je tente de ne plus créer de compte nulle part, de les supprimer (je vous en reparlerai), de ne plus télécharger de logiciels, de réduire mes besoins. Malheureusement, ceux qui conçoivent certains de mes logiciels ne font pas toujours pareil. Mozilla est actuellement sur la sellette. Alors que Firefox dégringole dans les parts de marché, que les seules sources de revenus proviennent, indirectement, du capitalisme de surveillance, le salaire des exécutifs n’a fait qu’augmenter. Comme dans les banques.

http://calpaterson.com/mozilla.html

Fierté

Beaucoup d’écrivains ont des pages Wikipédia. Mais combien sont cités dans les exemples du Wiktionnaire ? J’ai découvert que j’en fais partie. J’en suis très fier.

https://fr.wiktionary.org/wiki/salvation

Imaginaires & Vélo

J’aime beaucoup les nouvelles noires de Valéry Bonneau. Du coup, j’ai été content de découvrir qu’il sortait un recueil papier. Pas forcément pour les relire immédiatement, mais parce qu’elles méritent une place dans ma bibliothèque. Souvenez-vous d’Umberto Eco : une bibliothèque n’est pas la liste de ce qu’on sait, c’est une mine de ce qu’on ne connait pas encore.

https://www.valerybonneau.com/bibliographie/dans-la-foule-nouvelles-noires-pour-se-rire-du-desespoir-volume-5

Et même si je ne suis pas fan du format podcast, je n’ai pas pu résister de contribuer modestement au projet d’Antoine et Léa.

https://www.kisskissbankbank.com/fr/projects/nos-spheres-le-podcast-qui-interroge-nos-imaginaires-sociaux-et-politiques/tabs/description

Thierry Crouzet a organisé un tour en vélo de l’Hérault au mois d’avril. J’avais très envie de participer, mais le covid est passé par là. Finalement, ils ont été deux à le faire en septembre. Et c’est un régal à lire.

https://tcrouzet.com/2020/09/28/bikepacking-dans-la-tourmente/

Un régal et à la fois une frustration intense de ne pas avoir été présent. Mon expérience de 2019 me donne encore des fourmis dans les jambes. Je ne sais pas encore comment ni où ni avec qui, mais, en 2021, j’espère remettre le couvert.

https://ploum.net/de-la-mediterranee-a-latlantique-en-vtt/

J’avais séparé les sections « Imaginaires » et « Vélo ». Puis je suis retombé sur ce billet de Thierry :

https://tcrouzet.com/2019/02/15/le-velo-comme-ecriture/

Effondrement

Le problème du Covid ne serait pas la contagiosité, mais la variabilité de cette contagiosité. Les mesures à prendre pour une maladie à contagiosité variable sont très différentes. Continuez à éviter les réunions de famille, les sorties cinéma et les restaurants bondés.

https://www.theatlantic.com/health/archive/2020/09/k-overlooked-variable-driving-pandemic/616548/

De toute façon, si vous craignez un effondrement civilisationnel, j’ai une bonne nouvelle. Il ne va pas arriver. Nous sommes tout simplement en plein dedans. Avec de la chance, on y survit.

https://gen.medium.com/i-lived-through-collapse-america-is-already-there-ba1e4b54c5fc

Pour maximiser nos chances de survies, cependant, il faut peut-être accepter de prendre des décisions rationnelles. Notamment sur le fait que l’énergie nucléaire est la plus propre, la plus sûre et la plus efficace que nous ayons sous la main. Et que les radiations sont certainement beaucoup moins dangereuses que ce l’on peut croire.

https://www.bbc.com/news/science-environment-54211450

Journalisme

Le procès pour l’extradition de Julian Assange est l’occasion de condamner le fait de… faire du journalisme, tout simplement.

https://www.jonathan-cook.net/blog/2020-09-22/guardian-silent-assange-trial/

Le tout en l’accusant de broutilles techniques parce qu’il n’y a pas grand-chose d’autre dont on peut accuser Assange sans immédiatement accuser l’ensemble de la profession des journalistes.

https://dissenter.substack.com/p/prosecutors-password-cracking-conspiracy

Aucun média ne prend la défense d’Assange. Normal, les « journalistes » modernes sont désormais payés par les subventions publiques et par les grands groupes industriels.

https://ploum.net/la-mort-de-la-presse-tant-mieux/

L’imprimerie

Dans un billet que j’estime extrêmement important, je défendais l’idée selon laquelle l’imprimerie était un véritable tournant civilisationnel.

https://ploum.net/il-faudra-la-construire-sans-eux/

C’est avec surprise que j’ai découvert, au détour d’un roman très célèbre, que je bredouillais des idées défendues avec autrement de talent par un illustre prédécesseur. Je vous laisse deviner :

Chapitre 2 : Ceci tuera cela

À notre sens, cette pensée avait deux faces. C’était d’abord une pensée de prêtre. C’était l’effroi du sacerdoce devant un agent nouveau, l’imprimerie. C’était l’épouvante et l’éblouissement de l’homme du sanctuaire devant la presse lumineuse de Gutenberg. C’était la chaire et le manuscrit, la parole parlée et la parole écrite, s’alarmant de la parole imprimée ; quelque chose de pareil à la stupeur d’un passereau qui verrait l’ange Légion ouvrir ses six millions d’ailes. C’était le cri du prophète qui entend déjà bruire et fourmiller l’humanité émancipée, qui voit dans l’avenir l’intelligence saper la foi, l’opinion détrôner la croyance, le monde secouer Rome. Pronostic du philosophe qui voit la pensée humaine, volatilisée par la presse, s’évaporer du récipient théocratique. Terreur du soldat qui examine le bélier d’airain et qui dit : La tour croulera. Cela signifiait qu’une puissance allait succéder à une autre puissance. Cela voulait dire : La presse tuera l’église.

[…]

L’invention de l’imprimerie est le plus grand événement de l’histoire. C’est la révolution mère. C’est le mode d’expression de l’humanité qui se renouvelle totalement, c’est la pensée humaine qui dépouille une forme et en revêt une autre, c’est le complet et définitif changement de peau de ce serpent symbolique qui, depuis Adam, représente l’intelligence.

[…]

En même temps que les arts, la pensée s’émancipe de tous côtés. Les hérésiarques du moyen âge avaient déjà fait de larges entailles au catholicisme. Le seizième siècle brise l’unité religieuse. Avant l’imprimerie, la réforme n’eût été qu’un schisme, l’imprimerie la fait révolution. Ôtez la presse, l’hérésie est énervée. Que ce soit fatal ou providentiel, Gutenberg est le précurseur de Luther.

Vous avez bien entendu reconnu la plume de Victor Hugo dans « Notre-Dame de Paris ». Je ne résiste pas à vous donner un dernier extrait, issu du chapitre : « Gringoire a plusieurs bonnes idées de suite rue des Bernardins ».

– Qu’avez-vous donc tant qui vous attache à la vie ?
– Ah ! mille raisons !
– Lesquelles, s’il vous plaît ?
– Lesquelles ? L’air, le ciel, le matin, le soir, le clair de lune, mes bons amis les truands, nos gorges chaudes avec les vilotières, les belles architectures de Paris à étudier, trois gros livres à faire, dont un contre l’évêque et ses moulins, que sais-je, moi ? Anaxagoras disait qu’il était au monde pour admirer le soleil. Et puis, j’ai le bonheur de passer toutes mes journées du matin au soir avec un homme de génie qui est moi, et c’est fort agréable.

Je vous souhaite le même bonheur que Gringoire, d’excellentes lectures et un bon week-end !

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Je suis @ploum, ingénieur écrivain. Abonnez-vous par mail ou RSS pour ne rater aucun billet (max 2 par semaine). Je suis convaincu que Printeurs, mon dernier roman de science-fiction vous passionnera. Commander mes livres est le meilleur moyen de me soutenir !

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Comment j’ai fui le flux pour retrouver ma boîtehttps://ploum.net/?p=6575http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20200928_145741_Comment_j___ai_fui_le_flux_pour_retrouver_ma_boiteMon, 28 Sep 2020 12:57:41 +0000Nous interagissons avec l’information de deux façons : à travers une boîte, inbox, ou un flux. Mais le choix de ce mode d’interaction est loin d’être anodin !

Historiquement, nos interactions avec l’information se sont modelées sur celles du monde physique. L’information arrive dans une boîte que nous devons vider régulièrement. La fameuse inbox. Tout ce qui arrive dans une boîte doit être traité, même si cela est fait rapidement.

Il suffit de penser à une boîte aux lettres : si on ne la vide pas régulièrement, elle déborde et cesse de remplir son office. La boîte aux lettres remplie informe d’ailleurs le facteur et les voisins que le courrier délivré n’a plus d’effet.

En conséquence, le fonctionnement en boîte demande une certaine rigueur et régularité. Jusqu’au début du 21e siècle, le fonctionnement du courriel était similaire.

Cependant, deux innovations font subitement perturber cet état de fait. La généralisation du spam et l’apparition de GMail, offrant 1 Go d’espace pour nos emails là où les fournisseurs traditionnels oscillaient entre 10Mo et 100Mo.

Ces deux innovations combinées vont rendre le fait de vider sa boîte mail de plus en plus difficile, mais, surtout, de moins en moins nécessaire.

L’apparition du flux

Si la quantité d’informations est telle qu’il est impossible de la traiter, un nouveau paradigme mérite d’être exploré. Ce paradigme, popularisé par Facebook et Twitter à quelques mois d’écarts en 2006, c’est le flux.

Contrairement à la boîte, les éléments ne s’entassent pas dans le flux. Ils ne font que passer. Le flux donne une impression d’inéluctabilité, de soulagement. Avec le flux, je ne dois pas tout traiter, car c’est impossible. Je peux me contenter de picorer, de m’abreuver selon mon envie. Du moins, en théorie.

Le flux ne demande plus de rigueur, plus de volonté.

Le modèle est tellement puissant que le succès des messageries reposant sur ce concept est immédiat (Whatsapp, Messenger, Telegram et d’autres). On ne reçoit plus un message. On consulte une discussion infinie et permanente qu’on ne peut plus quitter.

Si l’avantage du flux est qu’il n’oblige pas de traiter l’information de manière structurée, qu’il permet d’être passif, son désavantage est qu’il oblige à être passif, qu’il empêche d’être structuré. Toute personne souhaitant reprendre le contrôle sur les informations qu’elle reçoit se voit noyée. Si le flux voulait nous libérer de devoir en permanence vider nos boîtes, il est impossible d’en décrocher. Il est permanent, il nous enchaîne et souligne toute l’information qui nous échappe.

La tentation de reprendre le contrôle

Le flux est infini. Il souligne donc l’infinité d’informations qui aurait pu nous être utile, nous amuser, nous intéresser. Il ne nous permet pas de dire « J’ai traité tout mon courrier, j’ai lu tout mon journal ». Il crée une angoisse permanente de rater des opportunités (FOMO, Fear Of Missing Out).

Pour certains, la solution est de continuer à suivre le flux jusqu’au moment où l’on retrouve une information connue. Cela revient à se surcharger mentalement pour tenter d’utiliser le flux comme une boîte.

Outre la surcharge mentale et le stress que crée ce mode d’utilisation, il a également le défaut de n’être plus applicable dès le moment où les créateurs du flux décident de rendre ce dernier imprévisible. Il est prouvé qu’une dose d’aléatoire est extrêmement addictive. Cerise sur le gâteau, sous couvert d’aléatoire il est désormais possible de personnaliser les informations que chacun va trouver dans son flux.

Alors que l’utilisateur naïf croit picorer dans une rivière, s’abreuver à une fontaine infinie de sérendipité, il rend en fait son jugement disponible à des algorithmes qui choisissent expressément ce qui a le plus de chances de le faire rester sur le site, de le faire réagir voire de le rendre plus sensible à la publicité d’un annonceur.

Le retour à la boîte

Après plus d’une décennie à tenter de transformer mon univers informationnel en un flux, je ne peux que constater l’étendue des dégâts. Le retour à la boîte n’est pas seulement souhaitable, il m’est indispensable. C’est une question de survie.

Certes, la boîte nécessite une rigueur. Une rigueur qui devient vite une habitude, un réflexe. Trouvez-vous difficile de vous assurer que votre boîte aux lettres physique ne déborde pas ? Et bien ce n’est pas plus difficile avec la boîte aux lettres virtuelles une fois que la machine est enclenchée.

Si une boîte mail contient 3432 mails avec un subtil jeu de lu/non lu et d’étoiles pour savoir ce qui est important et ce qui ne l’est pas, ce n’est plus une boîte, c’est devenu un flux. En étant très strict avec mon inbox 0, ma boîte mail est une réelle boîte qui m’a redonné le plaisir de communiquer par mail.

En ce qui concerne les informations que je souhaite consulter, les articles que je souhaite lire, j’utilise le RSS. Si l’on parle souvent de « flux RSS », le nom est trompeur. Tout comme l’email, le RSS apporte des éléments dans une de mes boîtes, mon lecteur RSS.

Le fait de garder séparées mes boîtes informationnelles « mail » et « RSS » a plusieurs avantages. Premièrement, je sais que ce qui est dans le RSS n’est pas urgent. Je peux ne pas le consulter si je n’en éprouve pas l’envie. Deuxièmement, je sais que ce n’est pas important. Si mon lecteur RSS déborde, par exemple au retour de vacances, je peux tout marquer comme lu sans arrière pensée. Enfin, là où le mail me force (et c’est une bonne chose) à prendre une action, le simple fait de lire un élément de mon lecteur le fait sortir de ma boîte. Le lecteur RSS se vide donc très rapidement en appuyant sur la touche « J » (raccourci pour « élément suivant » dans flus.io).

Si je ne peux pas « perdre » un élément passé dans mon flux RSS, je le rajoute dans Pocket. Pocket qui est mon inbox d’articles à lire. Une de plus.

D’ailleurs, dans un monde parfait certains flux RSS arriveraient directement dans Pocket, car je sais que je ne veux en rater aucun article. J’ai tenté de le faire avec Zappier, mais ce ne fut guère concluant.

En résumé, je dispose d’une boîte mail qui est importante et urgente, d’une boîte RSS qui n’est ni importante ni urgente et d’une boîte Pocket qui est importante, mais pas urgente.

Et les flux dans tout ça ?

Je cherche désormais à fuir les flux comme la peste. Si je veux suivre un compte Twitter, je le fais via Nitter dans mon lecteur RSS. Idem pour les comptes Mastodon. Je reste néanmoins exposé aux flux sur Whatsapp, Signal et pour les interactions sur Mastodon.

Je rêve de me débarrasser totalement des flux.

Mais cela n’est pas sans conséquence. Car les boîtes se vident. Et une fois mes boîtes vides, je suis confronté à ce que le flux tente de nous ôter : la solitude, la clarté d’esprit voire l’ennui. Un ennui salutaire qui n’est pas toujours facile alors qu’une partie de mon cerveau réclame à grands cris des gratifications rapides que seul le flux peut m’apporter.

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Lectures 3https://ploum.net/?p=6569http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20200922_152228_Lectures_3Tue, 22 Sep 2020 13:22:28 +0000Quelques liens en vrac que vous pouvez lire sans vous connecter aux réseaux sociaux.

RSS, mailing-list et réseaux sociaux

J’ai posté un article expliquant comment les réseaux sociaux nous faisaient croire que nous avions une audience alors que c’était l’inverse. Un paradigme que j’avais déjà dénoncé lorsque j’avais découvert des messages envoyés sur mon compte Facebook plusieurs années auparavant. J’ai déjà également dénoncé le faux impact publicitaire sur les réseaux sociaux. Il s’avère que les publicités sont très souvent des arnaques. Notamment cette histoire d’un spécialiste de l’e-commerce qui a vu son compte dépenser 4000$ en publicités facebook pour du matériel vietnamien.

Le professeur de droit Eric Posner attire d’ailleurs l’attention sur la dangerosité de se créer un profil Twitter pour se créer une réputation, arguant que la seule réputation qu’on se fait est celle de faire des petites phrases courtes.

Il s’avère que, à l’exception des gens qui vivent des réseaux sociaux, je reçois un nombre incalculable de réactions qui me confortent dans cette idée que Facebook éloigne au lieu de rapprocher, qui avouent avoir perdu contact avec mon blog suite aux réseaux sociaux, n’avoir découvert que très tard la campagne Ulule Printeurs (jusque demain !), notamment grâce à Sebsauvage. Je constate également un retour en grâce du RSS et des mailing-listes, notamment les mailing-listes payantes via Substack.

Dimitri Regnier a fait une courte comparaison des solutions de mailing-list :

D’ailleurs, je vous invite à vous inscrire à la mienne ou à me suivre via RSS. je m’engage à ce que les contenus soient identiques.

Des bienfaits de la lecture

J’en ai déjà parlé mais la lecture, la vraie dans un livre, est une vraie gymnastique du cerveau. Pour entretenir son cerveau, il faut lire tous les jours. Le top du top ? Lire de la fiction ! En lisant de la fiction, vous activez toutes les aires de votre cerveau. Votre cerveau vit littéralement l’histoire, crée des souvenirs, des expériences, des apprentissages, des nouvelles connexions. Bref, lisez plus de fiction ! (Ça tombe bien, y’a justement un très bon roman de science-fiction à commander, je ne vous l’ai pas déjà dit ?)

Je rêve toujours de créer un réseau de lecture décentralisé, directement accessible depuis une liseuse e-ink. Les idées fusent dans le domaine comme cette proposition de GoodReads décentralisé :

Politique et Covid

J’aime beaucoup François De Smet. Un philosophe entré en politique, ça hausse un peu le niveau, ça fait plaisir à lire. Il signe ici un court, mais percutant éditorial sur le port des signes religieux.

D’ailleurs, on se plaint beaucoup de nos politiques et même s’ils ne font que le quart du tiers de ce qu’ils promettent, il faut souligner la chance de vivre dans une Europe où la présidente tient un discours sur l’importance de l’écologie, de l’accueil de l’autre, du respect de la différence et du soutien à la science. D’accord, ce ne sont que des mots mais, dans d’autres parties du monde (suivez mon regard), même les mots sont effroyables.

Cela fait plusieurs semaines que j’annonce que si l’épidémie de grippe traditionnelle est virulente cet hiver, on saura que toutes nos mesures, nos masques, nos distanciations, nos gels sont de la poudre aux yeux. Sauf que la saison de la grippe, c’est maintenant dans l’hémisphère sud. Et que la grippe saisonnière est… 200x moins importante que d’habitude. Du jamais vu.

En supersimplifiant, cela signifie que toutes les mesures que l’on prend et qui nous embêtent sont efficaces. Vous avez 200x moins de chance d’attraper le covid avec les mesures actuelles que sans. 200x moins de chances d’être hospitalisé Le masque m’ennuie beaucoup mais les mesures fonctionnent ! Après, il faudra se poser les questions de l’impact psychologique…

Absurdité académique

J’ai beaucoup glosé sur l’absurdité administrative des universités. J’ai écrit un essai sur le sujet, mais rien ne vaut The Utopia of Rules, du très regretté David Graeber (je ne fais pas à l’idée qu’il soit mort…)

Il s’avère que je ne suis pas le seul. Voici le témoignage d’un excellent cryptographe qui a préféré monter sa boîte pour travailler aux sujets qui l’intéressaient car les comités chargés de lui accorder une bourse ne savaient pas de quoi il parlait. Comme il le dit lui-même, si on lui avait donné une bourse de 5 ans pour faire de la recherche et montrer au bout de 5 ans son travail, il aurait signé à deux mains. Mais plutôt que faire des rapports et devoir justifier le temps passé, il a préféré trouver une autre voie. Ce qui en dit long sur « l’élite intellectuelle » qui reste dans nos universités. Ce ne sont pas les meilleurs cerveaux, ce sont les meilleurs bureaucrates…

Écologie

Le plastique est majoritairement non-recyclable. La frénésie du recyclage du plastique serait une action du lobby pétrolier avec deux objectifs : premièrement nous faire croire que le plastique est écolo et, deuxièmement, rejeter la faute de la pollution plastique sur les particuliers qui « ne recyclent pas ». Ce qu’on vit avec le plastique est similaire à ce qu’on a vécu avec la cigarette il y’a 50 ans.

Un article incroyablement intéressant sur la culture des forêts en taillis (« coppicing ») et sur la relation entre l’homme et son environnement. Avec cette équation magnifique de simplicité : jusqu’au 19ème siècle, tout bois de chauffage était cultivé dans les 15km de son utilisation. Au-dessus de cette distance, l’énergie nécessaire au transport est supérieure à l’énergie fournie par le bois. Le pétrole a rompu les équilibres.

Paranormal

Carrie Poppy a un jour habité dans une maison hantée : sensation étrange, bruits bizarres. Elle s’est renseignée et, aujourd’hui, elle enquête sur les phénomènes paranormaux. Elle aimerait nous dire que, dans 9 cas sur 10, la science triomphe et qu’une explication simple et rationnelle est trouvée. Ce n’est pas le cas. C’est dans 10 cas sur 10. Mais l’explication rationelle de sa maison hantée est encore plus terrifiante qu’un fantôme !

Tour de France

Je viens de finir « Socrate à vélo », écrit par Guillaume Martin, brillant 11ème du dernier tour de France. Lecture amusante pour qui aime la philosophie et le vélo. Avec mon fils de 3 ans, on a pris l’habitude de regarder ensemble les derniers kilomètres de chaque étape. Il adore Guillaume Martin car, comme papa, « il écrit des livres et fait du vélo ». Il tente de le trouver dans le peloton sur l’écran. Il m’a demandé plusieurs fois pourquoi je n’étais pas dans la course. J’ai beau lui expliquer que ce sont les meilleurs du monde, il ne comprend pas que je n’en fasse pas partie (c’est flatteur !). Mais, durant la dernière semaine, son préféré, c’était Pogacar. « Ça c’est le livre de Guillaume Martin et moi je suis… Pogacaaaar ! ». Personnellement, je soutenais Roglic. À 3 ans, il a déjà de meilleurs pronostics que moi…

Écriture

Il vous reste 33h pour commander, si ce n’est pas encore fait, votre exemplaire de Printeurs. C’est incroyablement important pour moi parce qu’on est aux portes des 450 exemplaires, ce qui signifierait un contrat automatique pour un tome 2, tome 2 que vous pourriez choisir de recevoir durant son écriture, un épisode par semaine. Vos réactions pourraient même influencer l’histoire ! Du coup, je suis en train de réfléchir à l’histoire. Et j’ai même proposé au « chef de l’Internet » d’y jouer son propre rôle.

Bref, chaque exemplaire compte ! (et si votre escarcelle s’y refuse, contactez-moi pour un roman suspendu)

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Le mensonge des réseaux sociauxhttps://ploum.net/?p=6560http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20200918_142026_Le_mensonge_des_reseaux_sociauxFri, 18 Sep 2020 12:20:26 +0000La promesse que les réseaux sociaux ont fait aux créateurs de contenus n’a pas été tenue.

Pour les créateurs comme moi, la promesse des réseaux sociaux semble claire. Nous permettre de créer une communauté facilement joignable tout en donnant à nos créations l’opportunité d’atteindre de nouvelles personnes.

En échange, nous, créateurs, faisons de la publicité permanente pour lesdits réseaux sociaux, nous les animons, nous créons du contenu souvent exclusif voire même nous acceptons de payer pour diffuser nos créations. Sans oublier que nous vendons notre temps, notre vie privée ainsi que celle des membres de notre communauté.

Un pacte pour le moins faustien. Mais est-il rempli ?

Avec plus de 2.600 abonnés à ma page Facebook, près de 6.500 sur Twitter, 2.500 sur Mastodon, 1.500 sur Linkedin, 1.100 sur Medium et 1.100 amis Facebook, on pourrait dire que « ma communauté » est de 15.000 comptes. En admettant que certains me suivent sur plusieurs réseaux, 10.000 semble plus réaliste. Un joli chiffre.

Vraiment ?

De ces 10.000 comptes, il faut retirer les bots qui suivent automatiquement ce qui passe à leur portée, les comptes temporaires, les comptes qui ne sont plus utilisés, les comptes commerciaux qui ne vous suivent qu’en espérant un « follow back », les comptes des personnes décédées.

Ajoutons que les personnes qui vous suivent, mais qui suivent également 2000 ou 3000 autres personnes n’ont statistiquement aucune chance de voir vos messages.

Enfin, parmi les véritables comptes actifs qui ne suivent pas beaucoup de personnes, encore faut-il que l’algorithme du réseau social décide d’afficher votre message ou avoir la chance de poster dans les minutes qui précèdent le moment où vos abonnés vont consulter leur flux.

Au final, un message posté sur les réseaux sociaux est « affiché » (même pas lu) une ou deux centaines de fois. Pour une grosse dizaine de visites sur mon billet de blog (d’après les statistiques des réseaux sociaux eux-mêmes).

Les réseaux sociaux me font croire que j’ai une communauté de plus de 10.000 membres. C’est un mensonge. Les réseaux sociaux me font croire que je peux atteindre ma communauté. C’est un second mensonge.

Peut-être faut-il payer ? Pour l’expérience, j’ai décidé de dépenser 50€ en publicités chez Facebook et 50€ en publicités chez Twitter. L’objectif ? Promouvoir mon roman Printeurs. Dans les deux cas, j’ai obtenu, d’après les statistiques des réseaux sociaux eux-mêmes, beaucoup de visites et de clics. En regardant de plus près, je constate que tous les retweets obtenus sont issus de faux comptes Twitter. Que les clics n’ont eu aucun effet. Aucun livre n’a été vendu suite à ces promotions.

Tentant de prévenir à tout prix ma « communauté » que je publiais un roman, que c’était important pour moi et que c’était le moment de me soutenir pour ceux qui en avaient l’envie et les moyens, je me suis retrouvé à spammer sans relâche les réseaux sociaux. Certains, à raison, se sont sentis harcelés. D’autres, qui me suivent sans lire chacun de mes billets de blog, m’ont demandé de quoi je parlais. Ils n’avaient vu aucun des précédents messages, ils ne savaient pas ce qu’était ce « Printeurs » qui apparaissait pour la première fois dans leur flux. Certains ne sont toujours pas au courant aujourd’hui ! (alors que les préventes s’achèvent ce mercredi !)

Pour toucher ma « communauté », les réseaux sociaux font pire que mal. Ils me font croire qu’il y’a une communication là où elle se réduit à quelques interactions entre les mêmes personnes.

Mais, au moins, on pourrait espérer que les réseaux sociaux me permettent de toucher de nouvelles personnes.

Cela arrive, parfois. Cela s’appelle un « buzz ». C’est imprévisible, aléatoire. Cela m’est arrivé plus d’une fois, souvent pour des billets qui, selon moi, ne le méritaient pas. C’est de plus en plus difficile, car tout le monde cherche à faire le buzz. L’objectif n’est plus d’informer ou de partager, juste de faire le buzz. Ce n’est pas mon métier.

Mais ai-je touché l’utilisateur qui a choisi de ne pas avoir de compte de réseau social pour raison philosophique ? Celle qui a supprimé ses comptes pour raisons professionnelles ou suite à un harcèlement. Celui qui a un compte, mais qui n’en a jamais vu l’intérêt, qui ne l’utilise pas vraiment. Celle qui s’y intéresse, mais qui n’a pas acquis le réflexe, qui l’oublie pendant plusieurs mois, qui n’a pas le temps.

Ces personnes existent. Elles sont nombreuses. Peut-être plus nombreuses que la population des addicts aux réseaux sociaux. J’en croise tous les jours. Une longue conversation téléphonique avec un lecteur de mon blog qui n’a jamais eu de compte m’a ouvert les yeux.

Toutes ces personnes ne peuvent être atteintes par les réseaux sociaux. Pire : en optimisant ma communication pour les réseaux sociaux, je les exclus.

Là encore, pour un créateur, les réseaux sociaux sont un mensonge.

J’ai rempli ma part du contrat. J’ai produit du contenu pour les réseaux sociaux. J’ai fait leur promotion partout, jusque sur mon blog et dans mes conférences en demandant à être suivi. J’ai même payé pour être diffusé. J’ai, indirectement, vendu la vie privée de mes lecteurs.

Qu’ai-je obtenu en échange ? Une impression d’importance, une impression d’audience, impression qui se dissipe vite lorsqu’il s’agit de vendre un vrai livre.

Les réseaux sociaux sont un mensonge pour les créateurs, pour les utilisateurs, pour tous ceux qui pensent communiquer. Ils m’avaient déjà rendu injoignables.

C’est la raison pour laquelle je pense me concentrer sur l’écriture de livres et sur mon blog. Si vous voulez me soutenir, achetez mes livres, abonnez-vous à ma mailing-liste ci-dessous (ou par RSS), parlez de mes écrits à vos amis, mais ne me suivez plus sur les réseaux sociaux ! Ils sont un mensonge.

Certains pensent que j’y perdrais grandement en visibilité. Je prends le risque. Je ne supporte pas le mensonge.

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Le jour où je n’ai pas rencontré David Graeberhttps://ploum.net/?p=6557http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20200916_100832_Le_jour_ou_je_n___ai_pas_rencontre_David_GraeberWed, 16 Sep 2020 08:08:32 +0000Alors que je descendais du bus au milieu d’une petite bourgade irlandaise, je me fis la réflexion que le lieu était particulièrement étrange pour la tenue de ce qui se voulait une conférence internationale sur la démocratie.

Le voyage avait été long, je n’étais pas payé, mais j’avais accepté de donner une keynote pro bono pour une raison très simple : je partageais l’affiche avec David Graeber, dont j’avais dévoré les livres.

Depuis des années, je m’insurgeais contre l’absurdité politique de la « création d’emplois ». En 2012, j’intitulai ce phénomène « le creusage et rebouchage de trous ». J’ai même donné une conférence TEDx sur le sujet. Malgré le succès relatif de mes idées, j’avais l’impression de prêcher dans le désert. Jusqu’à ce que David Graeber popularise les « Bullshit Jobs » dans un article de 2013.

Là où j’avais une intuition, Graeber apportait une érudition et une vision anthropologique professionnelle. Après l’article sur les Bullshit Jobs, je me penchai sur sa bibliographie. Je dévorai le pourtant épais « Dette, 5000 ans d’histoire », un livre qui, bien que fort critiqué, me semblait plus profond que le célèbre « Sapiens » de Harari tout en apportant une approche originale de l’histoire de l’humanité. Mais c’est avec « Utopia of Rules » que Graeber touche au génie. En remettant en question avec justesse et un cynisme mordant nos certitudes les plus ancrées sur notre société. Une lecture que je recommande entre toutes.

L’homme était brillant, intéressant. Je partageais beaucoup de centres d’intérêt avec lui. Je me réjouissais de le rencontrer, car je désirais lui expliquer mes théories sur une démocratie décentralisée gouvernée à travers la blockchain. Partageant avec lui un idéal anarchiste, j’étais très curieux d’entendre son analyse politique et sociologique de mes idées essentiellement inspirées par la technologie décentralisée.

Nos discussions s’étaient, jusqu’à présent, essentiellement tenues via Twitter, en public ou par message privé. J’avais tenté de le contacter par mail plusieurs fois, mais, sur Twitter, il m’avoua que le chiffre en rouge sur l’icône en forme d’enveloppe comportait cinq chiffres, qu’il répondait uniquement aux mails qui arrivaient quand il ouvrait sa messagerie. Comme il se plaignait que beaucoup de ses articles étaient refusés par les magazines grand public, je le poussai plusieurs fois, sans succès, à ouvrir un blog personnel.

Repensant à nos échanges tout en explorant le sentier côtier qui jouxtait mon hôtel, j’envoyai plusieurs messages pour savoir s’il devait arriver le soir même ou le lendemain et s’il acceptait mon invitation à dîner.

Sa réponse, au bout de plusieurs messages de ma part, fut une question un brin irritée : « What is that thing you are talking about ? »

Une boule dans la gorge, je lui expliquai qu’il s’agissait d’une conférence internationale sur la démocratie, conférence pour laquelle nous devions tous deux donner une keynote. Nos photos respectives étaient même sur l’affiche !

Après plusieurs minutes de silence, David m’expliqua qu’il était à Londres, légèrement grippé. Mais que de toute façon, les organisateurs ne payant rien, pas même son voyage, il ne se sentait nullement engagé. Qu’il ne viendrait pas.

La déception était pour moi à son comble. Et je n’étais qu’au bout de mes mauvaises surprises (en tout et pour tout, le public de la conférence se limitera à une vingtaine de personnes). Heureusement, ce fut pour moi l’occasion de revoir mon ami Costa Vayenas (auteur de Democracy in the Digital Age, que je recommande également). Je m’offris également deux bons bains en mer d’Irlande. La mer froide soigne les pensées les plus noires.

Au comble de la déception, mon premier réflexe fut d’appeler ma femme. J’étais venu en Irlande pour rencontrer David Graeber, je me retrouvais dans un bled au milieu de nulle part alors qu’il était à Londres. Elle me consola en me disant que j’aurais bien d’autres occasions de le rencontrer. Que nos chemins finiraient par se croiser.

Elle avait, une fois n’est pas coutume, tort. Le 3 septembre 2020, je tombai sur un tweet de Vinay Gupta annonçant la mort de David Graeber. Plusieurs fois, j’avais annoncé que mon rêve intellectuel était d’être assis à une table entre David et Vinay. La vision du futur de ces deux intelligences me semblait tellement complémentaire. En lisant le tweet, je fus immédiatement convaincu qu’il s’agissait d’une mort métaphorique. Que Graeber avait révélé un aspect de sa personnalité qui ne plaisait pas du tout à Vinay. J’en étais tellement persuadé que je fus glacé d’effroi en lisant le tweet original de l’épouse de David Graeber. David Graeber est décédé subitement le 2 septembre 2020.

Il laisse derrière lui une humanité qui a gravement besoin d’intellectuels assez malins pour analyser, assez talentueux pour communiquer et assez courageux pour parler franchement de la bullshitization de notre monde. Pour accepter, comme David Graeber, de payer le prix de leur franc-parler.

Je lui dédie mon essai « Despair and Hope » , largement inspiré par la lecture de « The Utopia of Rules ».

Mais, alors que le retour de mon escapade en Irlande fut un enfer (tous les vols vers Bruxelles furent annulés, je vous passe les détails), je digérai une leçon fondamentale de vie que venait de m’enseigner Graeber : « Tu ne dois rien à personne. Même si tu fais des déçus, tu ne leur dois rien. »

Il l’avait écrit en 600 pages. Je l’ai compris en un message Twitter.

C’est en rentrant d’Irlande, le message de David dans ma poche, que mon épouse acheva de me convaincre d’arrêter de faire des conférences gratuites et de me concentrer sur ce que je voulais vraiment faire. Pas sur ce que je pensais que les autres voulaient que je fasse.

Merci, David ! Que tes idées et tes combats ne se reposent jamais !

Photo prise le même jour par l’auteur.

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Le roman suspenduhttps://ploum.net/?p=6551http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20200914_145702_Le_roman_suspenduMon, 14 Sep 2020 12:57:02 +0000Rendre la lecture financièrement accessible à tou·te·s. Et avoir la satisfaction d’être lu.

Ma carrière d’écrivain se concentre sur deux objectifs : écrire et être lu.

J’ai cette intuition que lire un seul de mes romans sera toujours plus important que lire tous mes billets de blog combinés. Que j’y apporte plus d’idées, plus de profondeur. Qu’en étant lu, un de me livres peut faire grandir le lecteur, lui faire considérer le monde sous un autre angle. C’est, selon de nombreux témoignages, ce que j’avais réussi avec « Le blog d’un condamné ».

Afin d’être lu, mon travail principal d’écrivain est d’éviter de mettre les bâtons dans les roues de mes lecteurs. Lisez, partagez, copiez, prêtez, donnez ! Mes livres ne vivent que si on les lit, si on les fait voyager, si on en écorne les pages, si on les annote, si on partage des extraits ou le texte complet.

Beaucoup de maisons d’édition pensent que cette philosophie n’est financièrement pas rentable. N’en déplaise à mon comptable, je souhaite être lu plutôt que de devenir riche. C’est d’ailleurs pour cette raison que j’ai pris le risque de m’associer avec une jeune maison d’édition qui me proposait un projet de version du roman sous Creative Commons.

Je suis conscient que dépenser 20€ pour un roman (plus 6€ de frais de port pour les Français, victimes d’une aberration administrative) est un luxe. Pour certains, c’est même un luxe malheureusement hors de portée.

C’est pourquoi j’ai souhaité que la campagne Ulule Printeurs s’accompagne d’un « Roman suspendu ».

Le principe est simple : vous commandez deux romans, vous n’en recevez qu’un seul et le second sera donné soit à des personnes ne pouvant se l’offrir, soit à des bibliothèques publiques.

En tant qu’auteur, je double cette offre. Cela signifie que pour chaque roman suspendu commandé, j’en offre un second, financé par mes droits d’auteur.

En clair, pour 38€, vous achetez un exemplaire de Printeurs et vous en offrez deux ! Vous pouvez également choisir de recevoir deux exemplaires afin d’en donner un à la bibliothèque de votre choix.

Si vous souhaitez bénéficier d’un roman suspendu, pour vous-même ou pour le projet de votre choix, contactez-moi par email. Nos échanges seront, bien entendu, confidentiels et je ne peux garantir d’accéder à toutes les demandes (cela dépendra, évidemment, du nombre de suspensions disponibles).

Si Printeurs ne me rendra vraisemblablement pas riche, le plus important pour moi est d’être lu. Et, sans fausse modestie, alors que je termine ma toute dernière relecture du manuscrit, je me dis que les idées partagées dans Printeurs sont essentielles pour construire le monde de demain.

« — Que fais-tu Nellio ?

— Ils veulent le printeur ? Et bien on va leur donner le printeur ! »

Printeurs, chapitre 40

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Lectures 2https://ploum.net/?p=6540http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20200911_163235_Lectures_2Fri, 11 Sep 2020 14:32:35 +0000Quelques liens en vrac que vous pouvez lire sans vous connecter aux réseaux sociaux. Je galère pour mettre en place une mailing-liste liée à mon blog pour vous permettre de vous abonner.

RSS

Plutôt que de picorer sur les réseaux sociaux, permettant à ceux-ci de décider ce que vous aller voir et lire, l’essentiel de mes lectures web provient dorénavant des flux RSS.

  • J’ai pris un abonnement à flus.io mais, Marien, son créateur, est en train de bosser sur un nouveau produit, une sorte de mélange entre Pocket et un aggrégateur RSS. Je me réjouis de tester cela ! Son blog est une très belle expérience d’auto-entrepreneuriat.
  • Je cherche à mettre en place une mailing-list permettant de recevoir mes billets par mail. Rien ne fonctionne sous WordPress. J’hésite à mettre en place une mailing-liste liée à mon flux RSS. Ou alors, je migre rapidement vers Write.as.

Mises-à-jour

Jeune geek, j’adorais mettre à jour mes logiciels, découvrir des nouvelles fonctionnalités voire même des bugs. Mais alors que je cherche à regagner ma concentration, je découvre à quel point les mises à jour forcées sont envahissantes et perturbantes. Le pire étant lorsque je suis soumis à une deadline et que le clavier de mon mac plante (ce qui arrive trop souvent) et que je redémarre pour découvrir que, pendant plus d’une heure, le système va se mettre à jour. Même Zettlr m’ennuie à chaque démarrage !

Les deux articles se complètent merveilleusement pour décrire une situation qui n’est à l’avantage ni des utilisateurs, ni des développeurs mais uniquement… du marketing et des managers !

Jaron Lanier

Un très bel interview avec Jaron Lanier. Si vous ne le connaissez pas, je vous conseille très chaudement son livre « Ten Arguments For Deleting Your Social Media Accounts Right Now ». J’ai plus de mal à finir « Who Owns The Future » car il tente de justifier la création d’emplois.

Jaron Lanier est, avec Cal Newport, une de mes sources d’inspiration : ce sont deux personnes qui écrivent des réflexions très intéressantes et ne sont pas du tout sur les réseaux sociaux.

Cory Doctorow

S’il est sur les réseaux sociaux, Cory Doctorow n’en est pas moins extrêmement intéressant. Je vous ai déjà recommandé la lecture de son essai « How to Destroy Surveillance Capitalism ». Je serais très intéressé de le voir face à Jaron Lanier (les deux approches sont complémentaires mais parfois contradictoires).

Pendant ce temps, Cory Doctorow annonce sur son blog Pluralistic le lancement d’une campagne Kickstarter. L’objectif ? Mettre à mal le monopole d’Amazon sur les livres audio et l’obligation des DRM. J’ai bien entendu contribué (même si je n’aime pas les livres audio) et me suis offert sa trilogie Little Brother en epub.

Cryptos

Politique

Bandes dessinées

  • Le Bourreau, par Gabella. Si le thème de départ est intéressant, les fautes de français à toutes les bulles et l’intrigue qui devient rapidement un fouilli de superhéros moyen-âgeux rend cette série parfaitement dispensable.
  • La confrérie du crabe, par Gallié et Andreae. Cinq enfants se retrouvent dans un hôpital pour se faire extraire leur « crabe » (la symbolique n’est pas vraiment subtile). Mais l’opération ne se passe pas comme prévu. Si la fin dans le troisième tome est très prévisible et convenue, si l’histoire tient sur un confetti, les deux premiers tomes offrent une ambiance fantastique très classique mais bien rendue. À emprunter dans votre bibliothèque/médiathèque.

Printeurs

Comme vous pouvez le voir en photo, ma plus grosse lecture de la semaine reste Printeurs. Manuscript définitif à rendre pour lundi !

Le premier pallier à 150 exemplaires précommandés assurera la diffusion de Printeurs sous licence Creative Commons dans un fichier print@home.

Bonnes lectures et bon week-end à tou·te·s !

Je suis @ploum, ingénieur écrivain. Printeurs, mon dernier roman de science-fiction, est disponible en précommande. Abonnez-vous pour recevoir mes billets, partagez-les autour de vous et n'hésitez pas à me soutenir sur Paypal. Votre soutien, même symbolique, compte beaucoup pour moi. Merci !

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Ceci est une publicité ciblée pour vous vendre un livre les dénonçanthttps://ploum.net/?p=6535http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20200908_105147_Ceci_est_une_publicite_ciblee_pour_vous_vendre_un_livre_les_denon__antTue, 08 Sep 2020 08:51:47 +0000Les affres morales d’un chantre de la déconnexion qui vous spamme sur les réseaux sociaux afin de promouvoir sa prose.

Depuis deux années, je me bats contre l’hégémonie des réseaux sociaux dans ma vie, dans la vie. Je croyais que ma déconnexion de trois mois m’aurait permis de faire le tour du sujet. Je n’étais qu’au début de ma réflexion et de mon travail.

Ces derniers mois me procuraient une certaine fierté. Grâce aux RSS (via flus.io), je restais connecté et inspiré tout en me passant presque entièrement des réseaux sociaux. J’ai supprimé certains comptes, j’ai délaissé d’autres.

Mais voilà que je me retrouve à devoir faire la promotion de mon roman Printeurs. Printeurs qui, ironiquement, dénonce la publicité à outrance, l’envahissement permanent. Printeurs qui, en cas de succès, m’ouvrirait certaines portes que je regarde avec envie depuis mon enfance.

Mes principes moraux vacillent, mais j’ai tellement envie que Printeurs soit un succès. En combiné, plus de dix mille comptes me suivent sur Facebook, Twitter et Mastodon. Depuis la création de ce blog, vous êtes des centaines à m’avoir écrit que vous me lisez fidèlement. Printeurs a été lu plusieurs milliers de fois sur la plateforme Wattpad. Mais, lorsqu’il s’agit de mettre la main au portefeuille pour un produit réel, ces chiffres ne sont qu’un rideau de fumée. Le like est facile, bon marché. Il ne signifie rien.

Vendre est difficile. Vendre n’est pas mon métier. Je dirais même plus que je déteste vendre. J’ai l’impression d’arnaquer les gens.

Ce que je désire au plus profondément de moi, c’est être lu. C’est que vous partagiez mes textes, mes livres. Pour être lu, il faut être édité. Pour être édité, il faut vendre.

Alors que mon nouveau mode de vie me soulageait de courir après la gloire des followers et des likes, me permettait de me concentrer sur la lecture et la réflexion plus profonde, la campagne Ulule Printeurs me fait replonger. Je guette les chiffres de vente, je parcours les forums et les réseaux sociaux. Je vous spamme à tout va.

C’est aussi pour cela que je cherche à mettre en place une newsletter sur ce blog. Afin de pouvoir toucher directement ceux que mes projets intéressent.

Car, sur les réseaux sociaux, la surenchère est obligatoire. Malgré des milliers de followers, chaque publication ne sera vue, au petit bonheur la chance, que quelques dizaines de fois. Et elle sera noyée parmi d’autres. Je suis obligé de crier, de répéter, d’insister pour sortir du lot.

Je n’arrive plus à me concentrer sur autre chose.

Je rêve de pouvoir me passer de ce marketing outrancier, mais je ne sais pas comment faire.

Peut-être que vous pouvez m’aider. Par exemple en recommandant Printeurs dans vos cercles férus de science-fiction. Mais je vous demande déjà tant. Je vous ennuie déjà tellement avec cette campagne. Je cherche à vous contaminer avec le chaos qui règne dans mon esprit. Je tente de vous manipuler comme Eva le fait à Nellio.

Mais c’est pour la bonne cause.

C’est pour vous vendre un livre qui dénonce l’hyperconsumérisme publicitaire !

Alors, commandez-le tandis que je me débats dans les affres de mes paradoxes moraux !

Je suis @ploum, ingénieur écrivain. Printeurs, mon dernier roman de science-fiction, est disponible en précommande. Abonnez-vous pour recevoir mes billets, partagez-les autour de vous et n'hésitez pas à me soutenir sur Paypal. Votre soutien, même symbolique, compte beaucoup pour moi. Merci !

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Printeurs, le premier roman imprimé en 3Dhttps://ploum.net/?p=6526http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20200904_114819_Printeurs__le_premier_roman_imprime_en_3DFri, 04 Sep 2020 09:48:19 +0000Lancement d’une campagne de crowfunding pour précommander mon premier roman de science-fiction.

Alors que je discutais vulgarisation blockchain et cryptomonnaies avec Ludom, le fondateur de la jeune maison d’édition suisse PVH, il m’a brusquement demandé s’il m’arrivait d’écrire autre chose que du technique.

Il avait en effet lancé la collection « Ludomire » consacrée à la littérature de l’imaginaire et cherchait à agrandir son catalogue. Je l’ai immédiatement redirigé vers mon feuilleton Printeurs que mes lecteurs les plus fidèles connaissent bien. Une histoire que vous êtes nombreux à m’avoir demandée au format papier.

Ludom a été immédiatement séduit à la condition que je retravaille le texte pour transformer un feuilleton en véritable roman. Après de longs mois de relectures, de réunions en visioconférence, de modifications profondes de certains personnages et l’écriture de deux nouveaux chapitres, j’ai le plaisir de vous annoncer que Printeurs sortira en novembre.

Cependant, Ludom voulait garder l’esprit OpenSource/Fablab du roman jusque dans le processus d’édition. Il a alors eu l’idée de réaliser une campagne de crowdfunding pour « libérer » Printeurs. Si nous prévendons 150 exemplaires, les fichiers définitifs servant à l’impression du roman seront distribués sous licence Creative Commons. Tout le monde pourrait alors imprimer sa propre version de Printeurs. En 3D. Enfin, presque, mais je trouvais que le titre sonnait bien.

La campagne Printeurs sur Ulule.

Cette campagne de crowdfunding est également particulièrement importante pour le futur de Printeurs et des éditions PVH. Alors que les livres PVH rencontrent un franc succès en Suisse, il est impossible de trouver ses ouvrages dans les librairies belges et françaises. Les réseaux de distribution sont en effet réticents à signer des contrats avec de jeunes maisons d’édition, forçant ces dernières à se rabattre sur Amazon.

Ludom et moi-même croyons encore en la force du réseau des libraires. Nous souhaitons, si possible, éviter de nourrir l’ogre Amazon. Une belle campagne de crowdfunding serait un extraordinaire atout de négociation avec les distributeurs en France et en Belgique.

Si la campagne se passe bien, Ludom est également déjà intéressé par publier mes prochains romans. Comme j’ai très envie de les écrire et de vous les partager, je croise les doigts !

Merci de partager cette campagne auprès de tous les amateurs de science-fiction et de littérature autour de vous. Cela n’a l’air de rien, mais vous êtes en train de m’aider à lancer ma carrière d’écrivain. Un rêve que je caresse depuis ma plus tendre enfance…

Merci et, n’oubliez pas le lien Ulule.

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Lectures 1https://ploum.net/?p=6518http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20200903_114002_Lectures_1Thu, 03 Sep 2020 09:40:02 +0000Quelques liens en vrac que vous pouvez lire sans vous connecter aux réseaux sociaux.

Je souhaite me libérer le plus complètement possible des réseaux sociaux et des plateformes propriétaires. Pourtant, je continue à y poster des lectures que je trouve intéressantes à partager mais pour lesquelles je ne prends pas la peine d’écrire un article de blog. Dommage. Pour tenter de remédier à cette situation, je tente l’expérience de poster régulièrement des billets de liens en vrac (inspirés entre autres par Tristan Nitot).

Small Web

Ce retour aux sites personnels semble être une tendance de fond assez forte, appelée parfois « Small Web » :

Personnellement, je vous recommande de me suivre par RSS. J’envisage également de lancer une newsletter qui enverrait automatiquement mes billets dans votre boîte mail. Si cela vous intéresse, inscrivez-vous sur la page d’accueil de ce blog (tout en haut).

Déconnexion

  • Ray Bradbury critiquait déjà l’hyperconnexion. Visionnaire et à la fois hyperconservateur. Nos enfants seront certainement immunisés contre cette hyperconnexion qui me dérange tant.
  • How to Destroy Surveillance Capitalism, par Cory Doctorow. Un livre en ligne (ou un très long article), ironiquement publié sur Medium mais qui résume tout ce que vous devez savoir sur le sujet. Brillant, écornant au passage Zouboff. Doctorow prend en compte ce phénomène de résilience, d’adaptation de l’humain, chose que nous avons tendance à perdre et oublier en vieillissant. À lire absolument (Attention, ne s’affiche pas complètement dans Pocket).
  • Les machines à écrire connectées. Ce projet n’est qu’un parmi les dizaines que j’ai vu passer ces derniers mois. J’écris moi-même sur un Astrohaus Freewrite qui est ce qui se rapproche le plus. Mais le logiciel propriétaire, plein de bugs, lié à un cloud propriétaire est très fatiguant. Je rêve de lancer ma propre startup de production de machine à écrire avec écran e-ink et OS ouvert permettant d’écrire, de programmer, de compiler, de répondre à ses mails sans être distrait par une connexion permanente. Je planche sur le sujet depuis plus d’un an, j’en rêve !
  • Tout ça car on a oublié que l‘Internet devrait être construit pour ses utilisateurs.

Société

  • Même les États-Unis deviennent de moins en moins religieux. De manière intéressante, le degré de religiosité d’un pays est directement corrélé avec le degré de corruption. Mais on se rend compte que la religion a surtout pour objectif de réduire les femmes à un rôle de reproductrices dans des sociétés où la survie de l’espèce est menacée. Comme disait Asimov (je paraphrase de mémoire) : « Si être maman était une aspiration tellement nécessaire pour les femmes, les religions et les gouvernements n’auraient pas besoin de le répéter à longueur de journée. »
  • Diriger un gouvernement comme on dirige un business est la pire erreur. Tout simplement parce qu’un business peut faire faillite. Le business ou ses membres pourront alors être aidés par le gouvernement. Mais si le gouvernement fait faillite ? (Je recommande le blog de Doug Belshaw).
  • Thierry Crouzet sur l’abus des masques et l’oubli de l’hygiène des mains. Faut bien avouer que porter un masque toute la journée dans la rue et de voir les gens l’enlever pour fumer une clope ou pour se parler, ça me fait dire que la mesure est loin d’être la panacée !
  • Everything I know, des retranscriptions de longues conférences de Buckminster Fuller. Je suis dans la seconde session.

Bonnes lectures à tou·te·s et bonne rentrée !

Photo by Alfons Morales on Unsplash

Je suis @ploum, ingénieur écrivain. Printeurs, mon dernier roman de science-fiction, est disponible en précommande. Si vous avez apprécié ce texte, n'hésitez pas à me soutenir sur Paypal, en achetant et diffusant mon livre autour de vous et en vous abonnant à mes billets. Votre soutien, même symbolique, compte beaucoup pour moi. Merci !

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Le cauchemar d’une vie de rêvehttps://ploum.net/?p=6484http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20200823_142624_Le_cauchemar_d___une_vie_de_reveSun, 23 Aug 2020 12:26:24 +0000Lorsque j’ai travaillé dans l’industrie du Web, j’avais coutume de dire que les clients voulaient un bouton pour faire A, un bouton pour faire B, un bouton pour faire C, un bouton pour faire D, mais, surtout, surtout, une interface simple avec un seul bouton.

Je croyais qu’il s’agissait avant tout de maladresse dans un domaine où, après tout, c’était moi le professionnel.

Mais je crois à présent qu’il s’agit d’une partie essentielle de la psyché humaine : nous ne savons pas ce que nous voulons !

Nous croyons savoir. Nous avons l’intuition que c’est simple. Jusqu’au moment où nous devons nous confronter à la réalité. J’aimerais vivre à la campagne, loin du bruit, mais disposer de toutes les facilités sans devoir prendre la voiture. J’aimerais une maison petite et minimaliste avec un grand salon, une bibliothèque, une cuisine ouverte, un bureau séparé, une chambre d’amis. J’aimerais être reconnu pour ma réussite professionnelle, consacrer du temps à ma famille, mais, surtout, avoir du temps pour mes projets personnels.

Nous avons tous nos rêves, nos espoirs, nos idéaux. Ils nous poussent à avancer, ils nous font espérer. Lorsque nous n’avons pas le choix, nous envions, nous idéalisons, mais nous ne sommes jamais confrontés à nos paradoxes ou au prix à payer.

Nous avons tous déjà eu l’expérience d’avoir une idée géniale sans pour autant l’exprimer, sans arriver à la communiquer, la mettre en pratique. Cela arrive parfois au réveil ou, pour certains, lors de l’usage de stupéfiants. L’idée est pourtant parfaite, géniale. Que manque-t-il ?

J’ai fini par accepter que je suis beaucoup moins génial que je ne le crois parfois. C’est ma capacité à percevoir les contradictions qui s’éteint. L’analytique rationnel s’étant endormi, l’intuitif trouve soudain l’idée exceptionnelle. Forcément : une maison à la campagne avec toutes les facilités accessibles, c’est génial. Un site web avec plein de fonctionnalités, mais un seul bouton, c’est génial. Ce n’est malheureusement pas réaliste.

C’est la raison pour laquelle les logiciels auront toujours des bugs. Un logiciel fait toujours exactement ce qu’on lui dit de faire. Mais aucun humain ne sait parfaitement ce qu’il veut du logiciel. L’humain communiquera toujours imparfaitement ses désirs, car ceux-ci sont une notion floue, changeante et contradictoire.

Jusqu’à la question ultime : quelle vie ai-je envie de vivre ?

S’il n’y avait aucune limite financière, voire familiale, quelle serait ma vie de rêve ? Non pas comme un concept flou ( « Je rêve d’être écrivain et scénariste de films » ), mais comme un plan réaliste, au jour le jour ?

Je ne sais pas. Je pense que personne ne le sait.

C’est peut-être pour ça que les gens riches et célèbres ne sont pas épargnés, bien au contraire, par la dépression et le suicide. C’est peut-être pour ça que des multimilliardaires continuent à aller travailler tous les jours dans un bureau au lieu de vivre des vacances permanentes qui font fantasmer ceux qui ne peuvent s’en offrir qu’une ou deux semaines par an. C’est peut-être pour cela que les travailleu·r·se·s affirmaient tou·te·s vouloir passer plus de temps avec leur famille jusqu’à ce que le lockdown du coronavirus nous démontre que c’était très souvent un enfer.

C’est lorsqu’on touche un de ses rêves du bout des doigts, lorsqu’il nous semble accessible qu’il nous apparait soudainement dans sa réalité crue, dans son imperfection.

Le prix à payer nous saute aux yeux. Les contradictions nous frustrent. On en vient même à regretter le temps où le rêve était inaccessible, où il n’était que cela… un rêve.

On nous a appris à croire en nos rêves, mais ce n’est pas vrai. Les rêves mentent. Ce sont de beaux mensonges cependant. Ils nous font vibrer. Il faut les savourer. Les artistes et les poètes ne font pas autre chose que nous donner l’impression qu’ils ont compris nos rêves, qu’ils nous aident à les partager. Ce sont des menteurs professionnels et nous les admirons pour cela.

Toute la société actuelle est basée sur ce mensonge. Nous ne payons pas pour des solutions à nos problèmes. Nous payons pour un rêve entretenu par les vendeurs, le marketing voire l’ingénieur qui prétend écouter le problème du client. Nous payons pour les remercier d’avoir entretenu un rêve qui nous a été imposé.

La réelle liberté ne serait-elle pas d’arriver à reconstruire ses propres rêves ? Des rêves personnels, individuels ? Mais en sommes-nous encore seulement capables ?

Pour sauver le monde, nous devons réapprendre à construire nos rêves plutôt que de se laisser imposer ceux qui servent l’intérêt des autres. Nous devons réapprendre à payer le véritable prix de nos rêves. À nous passer de l’exposition permanente aux rêves des autres dans laquelle nous nous engluons. À considérer la réalité de nos souhaits les plus profonds plutôt que les désirs instagramables que nous souhaitons provoquer chez les autres.

Nous devons apprendre à nous poser des questions incroyablement difficiles : comment ai-je envie de vivre les quelques centaines de millions de secondes qu’il me reste ? Et quel prix suis-je prêt à payer pour cela ?

Photo by Noah Silliman on Unsplash

Je suis @ploum, écrivain électronique. Si vous avez apprécié ce texte, n'hésitez pas à me soutenir sur Paypal ou en millibitcoins 34pp7LupBF7rkz797ovgBTbqcLevuze7LF. Vos soutiens réguliers, même symboliques, sont une réelle motivation et reconnaissance. Merci !

Ce texte est publié sous la licence CC-By BE.

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Le cauchemar d’une vie de rêvehttps://ploum.net/?p=6484http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20200823_132624_Le_cauchemar_d___une_vie_de_reveSun, 23 Aug 2020 11:26:24 +0000Lorsque j’ai travaillé dans l’industrie du Web, j’avais coutume de dire que les clients voulaient un bouton pour faire A, un bouton pour faire B, un bouton pour faire C, un bouton pour faire D, mais, surtout, surtout, une interface simple avec un seul bouton.

Je croyais qu’il s’agissait avant tout de maladresse dans un domaine où, après tout, c’était moi le professionnel.

Mais je crois à présent qu’il s’agit d’une partie essentielle de la psyché humaine : nous ne savons pas ce que nous voulons !

Nous croyons savoir. Nous avons l’intuition que c’est simple. Jusqu’au moment où nous devons nous confronter à la réalité. J’aimerais vivre à la campagne, loin du bruit, mais disposer de toutes les facilités sans devoir prendre la voiture. J’aimerais une maison petite et minimaliste avec un grand salon, une bibliothèque, une cuisine ouverte, un bureau séparé, une chambre d’amis. J’aimerais être reconnu pour ma réussite professionnelle, consacrer du temps à ma famille, mais, surtout, avoir du temps pour mes projets personnels.

Nous avons tous nos rêves, nos espoirs, nos idéaux. Ils nous poussent à avancer, ils nous font espérer. Lorsque nous n’avons pas le choix, nous envions, nous idéalisons, mais nous ne sommes jamais confrontés à nos paradoxes ou au prix à payer.

Nous avons tous déjà eu l’expérience d’avoir une idée géniale sans pour autant l’exprimer, sans arriver à la communiquer, la mettre en pratique. Cela arrive parfois au réveil ou, pour certains, lors de l’usage de stupéfiants. L’idée est pourtant parfaite, géniale. Que manque-t-il ?

J’ai fini par accepter que je suis beaucoup moins génial que je ne le crois parfois. C’est ma capacité à percevoir les contradictions qui s’éteint. L’analytique rationnel s’étant endormi, l’intuitif trouve soudain l’idée exceptionnelle. Forcément : une maison à la campagne avec toutes les facilités accessibles, c’est génial. Un site web avec plein de fonctionnalités, mais un seul bouton, c’est génial. Ce n’est malheureusement pas réaliste.

C’est la raison pour laquelle les logiciels auront toujours des bugs. Un logiciel fait toujours exactement ce qu’on lui dit de faire. Mais aucun humain ne sait parfaitement ce qu’il veut du logiciel. L’humain communiquera toujours imparfaitement ses désirs, car ceux-ci sont une notion floue, changeante et contradictoire.

Jusqu’à la question ultime : quelle vie ai-je envie de vivre ?

S’il n’y avait aucune limite financière, voire familiale, quelle serait ma vie de rêve ? Non pas comme un concept flou ( « Je rêve d’être écrivain et scénariste de films » ), mais comme un plan réaliste, au jour le jour ?

Je ne sais pas. Je pense que personne ne le sait.

C’est peut-être pour ça que les gens riches et célèbres ne sont pas épargnés, bien au contraire, par la dépression et le suicide. C’est peut-être pour ça que des multimilliardaires continuent à aller travailler tous les jours dans un bureau au lieu de vivre des vacances permanentes qui font fantasmer ceux qui ne peuvent s’en offrir qu’une ou deux semaines par an. C’est peut-être pour cela que les travailleu·r·se·s affirmaient tou·te·s vouloir passer plus de temps avec leur famille jusqu’à ce que le lockdown du coronavirus nous démontre que c’était très souvent un enfer.

C’est lorsqu’on touche un de ses rêves du bout des doigts, lorsqu’il nous semble accessible qu’il nous apparait soudainement dans sa réalité crue, dans son imperfection.

Le prix à payer nous saute aux yeux. Les contradictions nous frustrent. On en vient même à regretter le temps où le rêve était inaccessible, où il n’était que cela… un rêve.

On nous a appris à croire en nos rêves, mais ce n’est pas vrai. Les rêves mentent. Ce sont de beaux mensonges cependant. Ils nous font vibrer. Il faut les savourer. Les artistes et les poètes ne font pas autre chose que nous donner l’impression qu’ils ont compris nos rêves, qu’ils nous aident à les partager. Ce sont des menteurs professionnels et nous les admirons pour cela.

Toute la société actuelle est basée sur ce mensonge. Nous ne payons pas pour des solutions à nos problèmes. Nous payons pour un rêve entretenu par les vendeurs, le marketing voire l’ingénieur qui prétend écouter le problème du client. Nous payons pour les remercier d’avoir entretenu un rêve qui nous a été imposé.

La réelle liberté ne serait-elle pas d’arriver à reconstruire ses propres rêves ? Des rêves personnels, individuels ? Mais en sommes-nous encore seulement capables ?

Pour sauver le monde, nous devons réapprendre à construire nos rêves plutôt que de se laisser imposer ceux qui servent l’intérêt des autres. Nous devons réapprendre à payer le véritable prix de nos rêves. À nous passer de l’exposition permanente aux rêves des autres dans laquelle nous nous engluons. À considérer la réalité de nos souhaits les plus profonds plutôt que les désirs instagramables que nous souhaitons provoquer chez les autres.

Nous devons apprendre à nous poser des questions incroyablement difficiles : comment ai-je envie de vivre les quelques centaines de millions de secondes qu’il me reste ? Et quel prix suis-je prêt à payer pour cela ?

Photo by Noah Silliman on Unsplash

Je suis @ploum, ingénieur écrivain. Printeurs, mon dernier roman de science-fiction, est disponible en précommande. Si vous avez apprécié ce texte, n'hésitez pas à me soutenir sur Paypal, en achetant et diffusant mon livre autour de vous et en vous abonnant à mes billets. Votre soutien, même symbolique, compte beaucoup pour moi. Merci !

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L’attentehttps://ploum.net/?p=6479http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20200727_173132_L___attenteMon, 27 Jul 2020 15:31:32 +0000Notre vie n’est plus qu’une attente. L’attente du prochain message, de la prochaine notification, de la prochaine nouvelle, de la prochaine tâche.

En devenant hyperproductifs, nous avons réduit le temps consacré à la pratique. Nous nous concentrons avec une efficacité redoutable pour respecter une échéance. Avant d’attendre.

Nous appelons ça le repos, la consultation de nouvelles, la distraction. C’est en réalité une attente, un entre-deux.

Nous espérions que nos engins connectés puissent meubler nos temps morts, puissent nous rendre productifs lorsque nous étions forcés d’attendre. En réalité, nous attendons désormais de nous connecter. Notre téléphone ne nous occupe plus dans la file. C’est le serveur qui interrompt notre connexion pour nous apporter le café.

Les emails, les chats ont rendu les interactions permanentes. Si au départ, ces outils nous permettaient d’attendre notre prochaine rencontre, aujourd’hui une rencontre est une attente avant de nous replonger dans nos outils.

Le rêve d’une humanité connectée est en passe de se réaliser. Mais cet incroyable espace partagé s’est révélé une gigantesque salle d’attente. Ensemble, nous attendons, qui l’amour, qui la reconnaissance, qui la gloire, qui un renouveau politique.

Nous ne réalisons pas que ceux qui trouvent ou cessent d’attendre s’éclipsent subtilement. Nous attendons. Nous consacrons plus d’énergie à tenter de promouvoir nos réalisations qu’à les accomplir. Nous lisons à toute vitesse pour remporter des challenges de lecture, nous voulons faire rire nos enfants pour en partager la photo. Notre vie est une attente pour nous reconnecter à la salle d’attente, celle où nous dévorons et partageons les conseils pour vivre une vie meilleure.

Et lorsque nous croyons briser le cercle vicieux, lorsque nous pensons nous reconnecter à nous-mêmes plutôt qu’au reste du monde, nous attendons avec impatience ce moment où nous pourrons enfin le partager, le faire exister à travers le regard virtuel des autres en train d’attendre.

Photo by Anthony Tran on Unsplash

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L’attentehttps://ploum.net/?p=6479http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20200727_163132_L___attenteMon, 27 Jul 2020 14:31:32 +0000Notre vie n’est plus qu’une attente. L’attente du prochain message, de la prochaine notification, de la prochaine nouvelle, de la prochaine tâche.

En devenant hyperproductifs, nous avons réduit le temps consacré à la pratique. Nous nous concentrons avec une efficacité redoutable pour respecter une échéance. Avant d’attendre.

Nous appelons ça le repos, la consultation de nouvelles, la distraction. C’est en réalité une attente, un entre-deux.

Nous espérions que nos engins connectés puissent meubler nos temps morts, puissent nous rendre productifs lorsque nous étions forcés d’attendre. En réalité, nous attendons désormais de nous connecter. Notre téléphone ne nous occupe plus dans la file. C’est le serveur qui interrompt notre connexion pour nous apporter le café.

Les emails, les chats ont rendu les interactions permanentes. Si au départ, ces outils nous permettaient d’attendre notre prochaine rencontre, aujourd’hui une rencontre est une attente avant de nous replonger dans nos outils.

Le rêve d’une humanité connectée est en passe de se réaliser. Mais cet incroyable espace partagé s’est révélé une gigantesque salle d’attente. Ensemble, nous attendons, qui l’amour, qui la reconnaissance, qui la gloire, qui un renouveau politique.

Nous ne réalisons pas que ceux qui trouvent ou cessent d’attendre s’éclipsent subtilement. Nous attendons. Nous consacrons plus d’énergie à tenter de promouvoir nos réalisations qu’à les accomplir. Nous lisons à toute vitesse pour remporter des challenges de lecture, nous voulons faire rire nos enfants pour en partager la photo. Notre vie est une attente pour nous reconnecter à la salle d’attente, celle où nous dévorons et partageons les conseils pour vivre une vie meilleure.

Et lorsque nous croyons briser le cercle vicieux, lorsque nous pensons nous reconnecter à nous-mêmes plutôt qu’au reste du monde, nous attendons avec impatience ce moment où nous pourrons enfin le partager, le faire exister à travers le regard virtuel des autres en train d’attendre.

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The Story Behind an Open Source Software Un-Maintenancehttps://ploum.net/?p=6470http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20200707_153156_The_Story_Behind_an_Open_Source_Software_Un-MaintenanceTue, 07 Jul 2020 13:31:56 +0000How a broken screen kicked me out of developing an Open Source software and how the community revived it 6 years later

When I discovered the FLOSS world, at the dawn of this century, I thought developers were superheroes. Sort of semi-gods that achieved everything I wanted to do with my life like having their face displayed on planet.gnome.org, their name on the Wikipedia page describing their software or launching a free software company sold for millions. (Spoiler: I didn’t achieve the latter.) I was excited like a groupie when I could have a casual chat with Federico Mena Quintero or hang out with Michael Meeks.

I never understood why some successful developers suddenly disappeared and left their software un-maintained. I was shocked that some of them started to contribute to proprietary software. They had everything!

Without surprise, I followed that exact same path myself a few years later, without premeditation. All it took was for my laptop’s screen to break while I was giving a conference about, note the irony, Free Software.

But let’s tell things in order.

Starting a FLOSS project

As a young R&D engineer in my mid-twenties, I quickly discovered the need for an organisational system in order to get things done. Inspired by the Getting Things Done book, I designed my own system but found no software to implement it properly. Most todo software was either too simplistic (useful only for groceries) or too complex (entering a task required to fill tenth of fields in an awful interface). To some extent, this is still the case today. No software managed to be simple and yet powerful, allowing you to take notes with your todos, to have a start date before which it would make no sense to work on the task or to have dependencies between tasks.

I decided to write my own software and convinced my lifelong friend Bertrand to join me. In the summer of 2009, we spent several days in his room drawing mockups on a white board. We wanted to get the UX right before any coding.

Long story short: it looks like we did the right choices and the Getting Things GNOME! (yep, that was the name) quickly became popular. It was regularly cited in multiple Top 10 Ubuntu apps, widely popular in the Ubuntu app store. We even had many non-Linux users trying to port it to Windows because there was no equivalent. For the next four years, I would spend my nights coding, refactoring, developing and creating a community.

The project started to attract lots of contributors and some of them, like Izidor and Parin, became friends. It was a beautiful experience. Last but not least, I switched to a day job which involved managing free software development with a team of rock stars developers. I was literally paid to attend FOSDEM or GUADEC and to work with colleagues I appreciated. And, yes, my head was on planet.gnome and GTG had its own Wikipedia page.

The great stall

Unfortunately, 2014 started with a lay-off at Lanedo, the company I was working for. I started being involved in the local startup scene. I was also giving conferences about Free Software. During one, the screen of my laptop suddenly stopped working. I was able to finish because of the projector, but my laptop was now requiring an external screen.

Being broke and jobless, I bought the cheaper laptop I could find. A Chromebook. With the Chromebook, I started investigating web services.

This is perhaps one of my biggest regrets: not having developed GTG as a webapp. If I had, things would probably have been very different. But I didn’t like web development. And still don’t like it today. In the end, it was not possible to code for GTG on the Chromebook.

After a few months, I landed a job at Elium. My friend and CEO Antoine convinced me to try a company Macbook instead of a Linux laptop. I agreed to do the test and started to dive into the Apple world.

I never found a Todo app that was as good as GTG so I started to try every new shiny (and expensive) thing. I used Evernote, Todoist, Things and many other. I wanted to be productive on my Mac. The Mac App Store helped by showering me in recommendations and new arrivals of fantastic productivity apps.

I didn’t want to acknowledge it but, in fact, I had suddenly abandoned GTG. I didn’t even have a working Linux computer.

I was not worried because there were many very skilled and motivated contributors, the main one being Izidor. What I didn’t imagine at the time was that Izidor went from being a bored student to a full-time Google employee with a real life outside free software.

A Free Software project needs more than developers. There’s a strong need for a “community animator”. Someone who will take decisions, who will communicate and be the heartbeat of the project. It’s a role often forgotten when done by the lead dev. I always was the main animator behind GTG, even at times when I was writing less code than other contributors. Something I didn’t realise at the time.

And while I spent 6 years exploring productivity on a Mac, GTG entered hibernation.

Rebirth

Users were not happy. Especially one : Jeff, who was also a community contributor and is an open source expert. In 2019, he decided to get GTG back from the grave. Spoiler: he managed to do it. He became the heartbeat of GTG while a talented and motivated developer showed up to his call: Diego.

They managed to do an incredible amount of work and to release GTG 0.4. Long live to them! Video of GTG 0.4.

I didn’t write any code but helped as I could with my advice and my explanations of the code. It’s a strange feeling to see your own creation continuing in the hands of others. It makes me proud. Creating a software from scratch is hard. But living to see your software being developed by others is quite an accomplishment. I’m proud of what Diego and Jeff are doing. This is something unique to Open Source and I’m grateful to live it.

What is funny is that, at the same time Jeff called for a reboot of GTG, I went back to Linux, tired of all the bells and whistles of Apple. I was looking for simplicity, minimalism. It was also important for me to listen again to my moral values. I was missing free software.

In hindsight, I realise how foolish my quest of productivity was. I had spent 6 years developing a software to make me more productive. When I realised that and swore to not develop a productivity software anymore,  I spent the next 6 years trying every new productivity gadget in order to find the perfect combo.

It was enough. Instead of trying to find tools to be productive, I decided to simply do what I always wanted to do. Write.

Changing my perspective led me to the awful realisation that people are not using tools because they are useful but because they are trendy. They rationalise afterward why they use the tool but tools are not made to fill real needs. Needs are, instead, created to justify the use of a fun tool. A few years ago, creating a project was all about “let’s create a Slack about the subject”. Last year it was Notions. This year it’s Airtable. When you have a hammer, everything looks like a nail.

After so many years developing and testing every productivity software out there, I can assure you that the best productivity system should, at the very least, not depend on complex app to access your data. By using Markdown files in a very simple and effective folder structure, I’m able to have the most productive system I ever had. A system that could have worked 12 years ago, a system that does not depend on a company or an open source developer. I don’t even need GTG nor GNOME anymore. I’m now working fully in Zettlr on Regolith with a pen and a Moleskine. I’m now able to focus on a couple of big projects at a time.

Jeff would probably say that I evolved from a chaos warrior to a “goldsmith”. At least for the professional part because I can ensure you the parenting part is still fully on the chaos side. Nevertheless, the dedication of Jeff demonstrated that, with GTG, we created a tool which can become an essential part of chaos warrior’s productivity system. A tool which is useful without being trendy, even years after it was designed. A tool that people still want to use. A tool that they can adapt and modernise.

This is something incredible that can only happen with Open Source.

Thanks Bertrand, Izidor, Parin, Jeff, Diego and all the contributors for the ride. I’m sorry to have been one of those “floss maintainers that disappear suddenly” but proud to have been part of this adventure and incredibly happy to see that the story continues. Long live Getting Things GNOME!

Photo by krisna iv on Unsplash.

Je suis @ploum, écrivain électronique. Si vous avez apprécié ce texte, n'hésitez pas à me soutenir sur Paypal ou en millibitcoins 34pp7LupBF7rkz797ovgBTbqcLevuze7LF. Vos soutiens réguliers, même symboliques, sont une réelle motivation et reconnaissance. Merci !

Ce texte est publié sous la licence CC-By BE.

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The Story Behind an Open Source Software Un-Maintenancehttps://ploum.net/?p=6470http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20200707_143156_The_Story_Behind_an_Open_Source_Software_Un-MaintenanceTue, 07 Jul 2020 12:31:56 +0000How a broken screen kicked me out of developing an Open Source software and how the community revived it 6 years later

When I discovered the FLOSS world, at the dawn of this century, I thought developers were superheroes. Sort of semi-gods that achieved everything I wanted to do with my life like having their face displayed on planet.gnome.org, their name on the Wikipedia page describing their software or launching a free software company sold for millions. (Spoiler: I didn’t achieve the latter.) I was excited like a groupie when I could have a casual chat with Federico Mena Quintero or hang out with Michael Meeks.

I never understood why some successful developers suddenly disappeared and left their software un-maintained. I was shocked that some of them started to contribute to proprietary software. They had everything!

Without surprise, I followed that exact same path myself a few years later, without premeditation. All it took was for my laptop’s screen to break while I was giving a conference about, note the irony, Free Software.

But let’s tell things in order.

Starting a FLOSS project

As a young R&D engineer in my mid-twenties, I quickly discovered the need for an organisational system in order to get things done. Inspired by the Getting Things Done book, I designed my own system but found no software to implement it properly. Most todo software was either too simplistic (useful only for groceries) or too complex (entering a task required to fill tenth of fields in an awful interface). To some extent, this is still the case today. No software managed to be simple and yet powerful, allowing you to take notes with your todos, to have a start date before which it would make no sense to work on the task or to have dependencies between tasks.

I decided to write my own software and convinced my lifelong friend Bertrand to join me. In the summer of 2009, we spent several days in his room drawing mockups on a white board. We wanted to get the UX right before any coding.

Long story short: it looks like we did the right choices and the Getting Things GNOME! (yep, that was the name) quickly became popular. It was regularly cited in multiple Top 10 Ubuntu apps, widely popular in the Ubuntu app store. We even had many non-Linux users trying to port it to Windows because there was no equivalent. For the next four years, I would spend my nights coding, refactoring, developing and creating a community.

The project started to attract lots of contributors and some of them, like Izidor and Parin, became friends. It was a beautiful experience. Last but not least, I switched to a day job which involved managing free software development with a team of rock stars developers. I was literally paid to attend FOSDEM or GUADEC and to work with colleagues I appreciated. And, yes, my head was on planet.gnome and GTG had its own Wikipedia page.

The great stall

Unfortunately, 2014 started with a lay-off at Lanedo, the company I was working for. I started being involved in the local startup scene. I was also giving conferences about Free Software. During one, the screen of my laptop suddenly stopped working. I was able to finish because of the projector, but my laptop was now requiring an external screen.

Being broke and jobless, I bought the cheaper laptop I could find. A Chromebook. With the Chromebook, I started investigating web services.

This is perhaps one of my biggest regrets: not having developed GTG as a webapp. If I had, things would probably have been very different. But I didn’t like web development. And still don’t like it today. In the end, it was not possible to code for GTG on the Chromebook.

After a few months, I landed a job at Elium. My friend and CEO Antoine convinced me to try a company Macbook instead of a Linux laptop. I agreed to do the test and started to dive into the Apple world.

I never found a Todo app that was as good as GTG so I started to try every new shiny (and expensive) thing. I used Evernote, Todoist, Things and many other. I wanted to be productive on my Mac. The Mac App Store helped by showering me in recommendations and new arrivals of fantastic productivity apps.

I didn’t want to acknowledge it but, in fact, I had suddenly abandoned GTG. I didn’t even have a working Linux computer.

I was not worried because there were many very skilled and motivated contributors, the main one being Izidor. What I didn’t imagine at the time was that Izidor went from being a bored student to a full-time Google employee with a real life outside free software.

A Free Software project needs more than developers. There’s a strong need for a « community animator ». Someone who will take decisions, who will communicate and be the heartbeat of the project. It’s a role often forgotten when done by the lead dev. I always was the main animator behind GTG, even at times when I was writing less code than other contributors. Something I didn’t realise at the time.

And while I spent 6 years exploring productivity on a Mac, GTG entered hibernation.

Rebirth

Users were not happy. Especially one : Jeff, who was also a community contributor and is an open source expert. In 2019, he decided to get GTG back from the grave. Spoiler: he managed to do it. He became the heartbeat of GTG while a talented and motivated developer showed up to his call: Diego.

They managed to do an incredible amount of work and to release GTG 0.4. Long live to them! Video of GTG 0.4.

I didn’t write any code but helped as I could with my advice and my explanations of the code. It’s a strange feeling to see your own creation continuing in the hands of others. It makes me proud. Creating a software from scratch is hard. But living to see your software being developed by others is quite an accomplishment. I’m proud of what Diego and Jeff are doing. This is something unique to Open Source and I’m grateful to live it.

What is funny is that, at the same time Jeff called for a reboot of GTG, I went back to Linux, tired of all the bells and whistles of Apple. I was looking for simplicity, minimalism. It was also important for me to listen again to my moral values. I was missing free software.

In hindsight, I realise how foolish my quest of productivity was. I had spent 6 years developing a software to make me more productive. When I realised that and swore to not develop a productivity software anymore,  I spent the next 6 years trying every new productivity gadget in order to find the perfect combo.

It was enough. Instead of trying to find tools to be productive, I decided to simply do what I always wanted to do. Write.

Changing my perspective led me to the awful realisation that people are not using tools because they are useful but because they are trendy. They rationalise afterward why they use the tool but tools are not made to fill real needs. Needs are, instead, created to justify the use of a fun tool. A few years ago, creating a project was all about « let’s create a Slack about the subject ». Last year it was Notions. This year it’s Airtable. When you have a hammer, everything looks like a nail.

After so many years developing and testing every productivity software out there, I can assure you that the best productivity system should, at the very least, not depend on complex app to access your data. By using Markdown files in a very simple and effective folder structure, I’m able to have the most productive system I ever had. A system that could have worked 12 years ago, a system that does not depend on a company or an open source developer. I don’t even need GTG nor GNOME anymore. I’m now working fully in Zettlr on Regolith with a pen and a Moleskine. I’m now able to focus on a couple of big projects at a time.

Jeff would probably say that I evolved from a chaos warrior to a « goldsmith ». At least for the professional part because I can ensure you the parenting part is still fully on the chaos side. Nevertheless, the dedication of Jeff demonstrated that, with GTG, we created a tool which can become an essential part of chaos warrior’s productivity system. A tool which is useful without being trendy, even years after it was designed. A tool that people still want to use. A tool that they can adapt and modernise.

This is something incredible that can only happen with Open Source.

Thanks Bertrand, Izidor, Parin, Jeff, Diego and all the contributors for the ride. I’m sorry to have been one of those « floss maintainers that disappear suddenly » but proud to have been part of this adventure and incredibly happy to see that the story continues. Long live Getting Things GNOME!

Photo by krisna iv on Unsplash.

Je suis @ploum, écrivain électronique. Printeurs, mon dernier roman de science-fiction, est disponible en précommande jusqu'au 24 septembre. Si vous avez apprécié ce texte, n'hésitez pas à me soutenir sur Paypal ou en millibitcoins 34pp7LupBF7rkz797ovgBTbqcLevuze7LF. Vos soutiens réguliers, même symboliques, sont une réelle motivation et reconnaissance. Merci !

Ce texte est publié sous la licence CC-By BE.

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Une page de pub avant la fin du mondehttps://ploum.net/?p=6463http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20200706_234403_Une_page_de_pub_avant_la_fin_du_mondeMon, 06 Jul 2020 21:44:03 +0000La publicité n’est pas si mauvaise. Parfois elle agit. Avec sa propre éthique, il est vrai.

Si elle a lutté durant des décennies pour éviter qu’on interdise la promotion de la cigarette ou de l’alcool, si elle continue à vouloir nous faire acheter des gros SUV en nourrissant nos enfants de canettes et de barres sucrées, elle choisit ses combats.

Numerama rapporte qu’une publicité pour des vélos électriques aurait été censurée, car pouvant induire que l’automobile polluait. La publicité choisit ses combats.

Mais rassurez-vous, votre cerveau l’aura vite oublié.

Car pour lire cet article, Numera vous forcera tout d’abord à visionner une publicité pour un SUV.

La prochaine fois que vous vous demanderez pourquoi on ne fait rien contre le réchauffement climatique, rappelez-vous cette anecdote. Rappelez-vous que tout ce qui touche de près ou de loin à la publicité est coupable. Que même les publicités pour les vélos électriques ne nous sauveront pas ! La publicité, c’est le contraire de l’éducation. C’est transformer nos cerveaux pour les rendre disponibles à des messages simplistes. Le succès des anti-vaccins ou de ceux qui croient que la terre est plate ? Des cerveaux qui ont appris pendant des années à ne surtout pas réfléchir.

La publicité est partout ! Même au bord des circuits de course automobile (alors qu’à la vitesse où ils roulent, ça m’étonnerait que les pilotes aient le temps de les lire).

Tous sont coupables : Les publicitaires, les annonceurs, les.supports, les plateformes et tous ceux qui visionnent la pub sans tenter de s’en protéger activement.

Quoi ? Il ne reste plus grand monde ?

C’est bien là le problème…

Photo by Ploum on Unsplash. Screenshot contribué par Ledub.

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Si elle a lutté durant des décennies pour éviter qu’on interdise la promotion de la cigarette ou de l’alcool, si elle continue à vouloir nous faire acheter des gros SUV en nourrissant nos enfants de canettes et de barres sucrées, elle choisit ses combats.

Numerama rapporte qu’une publicité pour des vélos électriques aurait été censurée, car pouvant induire que l’automobile polluait. La publicité choisit ses combats.

Mais rassurez-vous, votre cerveau l’aura vite oublié.

Car pour lire cet article, Numera vous forcera tout d’abord à visionner une publicité pour un SUV.

La prochaine fois que vous vous demanderez pourquoi on ne fait rien contre le réchauffement climatique, rappelez-vous cette anecdote. Rappelez-vous que tout ce qui touche de près ou de loin à la publicité est coupable. Que même les publicités pour les vélos électriques ne nous sauveront pas ! La publicité, c’est le contraire de l’éducation. C’est transformer nos cerveaux pour les rendre disponibles à des messages simplistes. Le succès des anti-vaccins ou de ceux qui croient que la terre est plate ? Des cerveaux qui ont appris pendant des années à ne surtout pas réfléchir.

La publicité est partout ! Même au bord des circuits de course automobile (alors qu’à la vitesse où ils roulent, ça m’étonnerait que les pilotes aient le temps de les lire).

Tous sont coupables : Les publicitaires, les annonceurs, les.supports, les plateformes et tous ceux qui visionnent la pub sans tenter de s’en protéger activement.

Quoi ? Il ne reste plus grand monde ?

C’est bien là le problème…

Photo by Ploum on Unsplash. Screenshot contribué par Ledub.

Je suis @ploum, écrivain électronique. Printeurs, mon dernier roman de science-fiction, est disponible en précommande jusqu'au 24 septembre. Si vous avez apprécié ce texte, n'hésitez pas à me soutenir sur Paypal ou en millibitcoins 34pp7LupBF7rkz797ovgBTbqcLevuze7LF. Vos soutiens réguliers, même symboliques, sont une réelle motivation et reconnaissance. Merci !

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Email, mon amour !https://ploum.net/?p=6458http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20200630_133131_Email__mon_amour__Tue, 30 Jun 2020 11:31:31 +0000Je me suis surpris à envoyer un long email à une personne que je suis depuis plusieurs années sur les réseaux sociaux. J’ai pris le temps de rédiger cet email. De le relire. De le corriger. De l’affiner. J’y exprime une idée simple que j’aurai pu lui envoyer sur Twitter, que ce soit en le mentionnant ou en messagerie privée. Je lui dis, tout simplement, que je ne souhaite plus interagir sur Twitter.

Le fait de prendre du temps, de réfléchir, de me relire m’a procuré un énorme plaisir. J’avais l’impression d’avoir apporté un petit quelque chose au monde, une clarification de mes idées, une main tendue, une piste de réflexion partagée. J’ai construit quelque chose d’intime, où je me révèle.

En tentant de regagner le contrôle de mon cerveau, j’ai retrouvé, sans le vouloir, l’art désuet de la relation épistolaire.

Nous avons oublié l’importance et la facilité de l’email. Nous l’avons oublié, car nous n’en avons pas pris soin. Nous laissons notre boîte aux lettres pourrir sous des milliers de messages non sollicités, nous perfectionnons volontairement l’art de remplir nos boîtes de courriels inutiles, inintéressants, ennuyeux sans plus jamais prendre le temps d’y déposer un courrier utile, écrit, intime.

Nous croyons que le mail est ennuyeux alors que ce sont nos pensées qui sont obscurément désertes. « Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement et les mots pour le dire viennent aisément », disait Boileau. Force est de constater que nos cerveaux sont désormais d’infernaux capharnaüms assiégés par d’innombrables tentatives de les remplir encore et encore. Anesthésiés par la quantité d’informations, nous ne trouvons d’échappatoire que dans la consommation.

Souhaitant soigner ma dépendance à Twitter, j’avais décidé de ne plus suivre que quelques comptes sélectionnés dans mon lecteur RSS grâce à l’interface Nitter. En quelques semaines, une froide vérité s’est imposée à moi : rien n’était intéressant. Nous postons du vide, du bruit. Une fois ôtées les fonctionnalités affriolantes, les notifications, les commentaires, le contenu brut s’avère misérable, souffreteux. J’avais pourtant sélectionné les comptes Twitter de personnes particulièrement intéressantes et intelligentes selon mes critères. Las ! Nous nous complaisons tous dans la même fange d’indignation face à une actualité très ciblée, le tout saupoudré d’autocongratulation. Réduite à quelques caractères, même l’idée la plus enrichissante se transforme en bouillie prédigérée conçue pour peupler un hypnotique défilement intinterrompu.

Un soir, alors que je profitais de ma douche pour articuler un concept théorique qui m’occupait l’esprit, j’ai réalisé avec effroi que je pensais en threads Twitter. Mon esprit était en train de diviser mon idée en blocs de 280 caractères. Pour le rendre plus digeste, plus populaire. J’optimisais spontanément certaines phrases pour les rendre plus « retweetables ».

En échange d’un contenu de piètre qualité, Twitter déformait mes pensées au point de transformer mon aquatique méditation vespérale en quête semi-consciente de glorioles et d’approbations immédiates. Le prix payé est inimaginable, exorbitant.

Ayant bloqué tous les sites d’actualité depuis belle lurette, je décidai que Twitter et Mastodon allaient suivre le même régime que Facebook et Linkedin : ne plus suivre personne. Je nourris désormais ma sérendipité d’écrits plus longs grâce à l’ancienne magie vaudoue du RSS.

Libéré, aéré, le cerveau retrouve soudain de la souplesse, de l’amplitude. Au détour d’une blague dans un forum que je suis, je crois deviner qu’un politicien a été mis en prison. L’information m’agresse. Elle occupe une place imméritée dans mon cerveau. Je n’avais pas envie de savoir cet inutile artefact qui sera vite effacé de la conscience publique. Comme un ancien fumeur soudainement allergique à la fumée, mon cerveau ne peut plus supporter les déchets pseudo-informationnels dont nous sommes abreuvés par tous les pores, par tous les écrans, par toutes les conversations.

Une fois débarrassé de cette gangue d’immondices, je me surprends à penser. Mes doigts se surprennent à vouloir écrire plutôt qu’à rafraîchir une page et réagir avec une émotion préfabriquée. Au lieu d’une démonstration publique de mon égotique fierté travestie en succédané de communication, j’ai envie de forger des textes, des histoires, de faire passer une information dans un contexte plus large, de lui donner le temps d’exister dans l’esprit des récipients. Et tant pis si ces derniers sont moins nombreux, moins enclins à m’injecter leurs likes chargés de dopamine.

Devant ma boîte aux lettres, immaculées grâce à une stricte observance des mes règles inbox 0 et de désabonnement, je guetterai la réponse comme un adolescent attend le facteur lui tendant une enveloppe parfumée. Et si elle ne vient pas, ma vie continuera sans que je sois obnubilé par un compteur de vues, de likes ou de partages.

L’outil de communication décentralisé web 5.0, 6.0 et 12000.0 existe déjà. C’est l’email. Nous n’avons tout simplement pas encore vraiment appris à l’utiliser. Nous tentons vainement de le remplacer ou de l’améliorer à grands coups d’interfaces et de fonctionnalités multicolores, car il expose la vacuité de nos interactions. Il met à nu que nous devrions faire un effort, changer notre cerveau et notre volonté. Tant que nous nous évertuerons à produire et consommer le plus de bruit possible en insatiables gloutonneries, tant que nous mesurerons notre succès avec d’autocrates statistiques, aucun système ne nous permettra de communiquer. Parce que ce n’est pas ce que nous cherchons. Parce que nous nous sommes perdus dans l’apparence et la quantité, jetant aux oubliettes l’idée même de qualité. Nous critiquons la faiblesse d’esprit et le court-termisme de nos politiciens sans réaliser que nous moquons notre propre reflet.

Lorsque nous serons assez mûrs pour tout simplement vouloir échanger de l’information de qualité, nous découvrirons que la solution était sous nos yeux. Si simple, si belle, si élégante, si décentralisée.

L’email.

Photo by Matt Artz on Unsplash

Je suis @ploum, écrivain électronique. Si vous avez apprécié ce texte, n'hésitez pas à me soutenir sur Paypal ou en millibitcoins 34pp7LupBF7rkz797ovgBTbqcLevuze7LF. Vos soutiens réguliers, même symboliques, sont une réelle motivation et reconnaissance. Merci !

Ce texte est publié sous la licence CC-By BE.

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Email, mon amour !https://ploum.net/?p=6458http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20200630_123131_Email__mon_amour__Tue, 30 Jun 2020 10:31:31 +0000Je me suis surpris à envoyer un long email à une personne que je suis depuis plusieurs années sur les réseaux sociaux. J’ai pris le temps de rédiger cet email. De le relire. De le corriger. De l’affiner. J’y exprime une idée simple que j’aurai pu lui envoyer sur Twitter, que ce soit en le mentionnant ou en messagerie privée. Je lui dis, tout simplement, que je ne souhaite plus interagir sur Twitter.

Le fait de prendre du temps, de réfléchir, de me relire m’a procuré un énorme plaisir. J’avais l’impression d’avoir apporté un petit quelque chose au monde, une clarification de mes idées, une main tendue, une piste de réflexion partagée. J’ai construit quelque chose d’intime, où je me révèle.

En tentant de regagner le contrôle de mon cerveau, j’ai retrouvé, sans le vouloir, l’art désuet de la relation épistolaire.

Nous avons oublié l’importance et la facilité de l’email. Nous l’avons oublié, car nous n’en avons pas pris soin. Nous laissons notre boîte aux lettres pourrir sous des milliers de messages non sollicités, nous perfectionnons volontairement l’art de remplir nos boîtes de courriels inutiles, inintéressants, ennuyeux sans plus jamais prendre le temps d’y déposer un courrier utile, écrit, intime.

Nous croyons que le mail est ennuyeux alors que ce sont nos pensées qui sont obscurément désertes. « Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement et les mots pour le dire viennent aisément », disait Boileau. Force est de constater que nos cerveaux sont désormais d’infernaux capharnaüms assiégés par d’innombrables tentatives de les remplir encore et encore. Anesthésiés par la quantité d’informations, nous ne trouvons d’échappatoire que dans la consommation.

Souhaitant soigner ma dépendance à Twitter, j’avais décidé de ne plus suivre que quelques comptes sélectionnés dans mon lecteur RSS grâce à l’interface Nitter. En quelques semaines, une froide vérité s’est imposée à moi : rien n’était intéressant. Nous postons du vide, du bruit. Une fois ôtées les fonctionnalités affriolantes, les notifications, les commentaires, le contenu brut s’avère misérable, souffreteux. J’avais pourtant sélectionné les comptes Twitter de personnes particulièrement intéressantes et intelligentes selon mes critères. Las ! Nous nous complaisons tous dans la même fange d’indignation face à une actualité très ciblée, le tout saupoudré d’autocongratulation. Réduite à quelques caractères, même l’idée la plus enrichissante se transforme en bouillie prédigérée conçue pour peupler un hypnotique défilement intinterrompu.

Un soir, alors que je profitais de ma douche pour articuler un concept théorique qui m’occupait l’esprit, j’ai réalisé avec effroi que je pensais en threads Twitter. Mon esprit était en train de diviser mon idée en blocs de 280 caractères. Pour le rendre plus digeste, plus populaire. J’optimisais spontanément certaines phrases pour les rendre plus « retweetables ».

En échange d’un contenu de piètre qualité, Twitter déformait mes pensées au point de transformer mon aquatique méditation vespérale en quête semi-consciente de glorioles et d’approbations immédiates. Le prix payé est inimaginable, exorbitant.

Ayant bloqué tous les sites d’actualité depuis belle lurette, je décidai que Twitter et Mastodon allaient suivre le même régime que Facebook et Linkedin : ne plus suivre personne. Je nourris désormais ma sérendipité d’écrits plus longs grâce à l’ancienne magie vaudoue du RSS.

Libéré, aéré, le cerveau retrouve soudain de la souplesse, de l’amplitude. Au détour d’une blague dans un forum que je suis, je crois deviner qu’un politicien a été mis en prison. L’information m’agresse. Elle occupe une place imméritée dans mon cerveau. Je n’avais pas envie de savoir cet inutile artefact qui sera vite effacé de la conscience publique. Comme un ancien fumeur soudainement allergique à la fumée, mon cerveau ne peut plus supporter les déchets pseudo-informationnels dont nous sommes abreuvés par tous les pores, par tous les écrans, par toutes les conversations.

Une fois débarrassé de cette gangue d’immondices, je me surprends à penser. Mes doigts se surprennent à vouloir écrire plutôt qu’à rafraîchir une page et réagir avec une émotion préfabriquée. Au lieu d’une démonstration publique de mon égotique fierté travestie en succédané de communication, j’ai envie de forger des textes, des histoires, de faire passer une information dans un contexte plus large, de lui donner le temps d’exister dans l’esprit des récipients. Et tant pis si ces derniers sont moins nombreux, moins enclins à m’injecter leurs likes chargés de dopamine.

Devant ma boîte aux lettres, immaculées grâce à une stricte observance des mes règles inbox 0 et de désabonnement, je guetterai la réponse comme un adolescent attend le facteur lui tendant une enveloppe parfumée. Et si elle ne vient pas, ma vie continuera sans que je sois obnubilé par un compteur de vues, de likes ou de partages.

L’outil de communication décentralisé web 5.0, 6.0 et 12000.0 existe déjà. C’est l’email. Nous n’avons tout simplement pas encore vraiment appris à l’utiliser. Nous tentons vainement de le remplacer ou de l’améliorer à grands coups d’interfaces et de fonctionnalités multicolores, car il expose la vacuité de nos interactions. Il met à nu que nous devrions faire un effort, changer notre cerveau et notre volonté. Tant que nous nous évertuerons à produire et consommer le plus de bruit possible en insatiables gloutonneries, tant que nous mesurerons notre succès avec d’autocrates statistiques, aucun système ne nous permettra de communiquer. Parce que ce n’est pas ce que nous cherchons. Parce que nous nous sommes perdus dans l’apparence et la quantité, jetant aux oubliettes l’idée même de qualité. Nous critiquons la faiblesse d’esprit et le court-termisme de nos politiciens sans réaliser que nous moquons notre propre reflet.

Lorsque nous serons assez mûrs pour tout simplement vouloir échanger de l’information de qualité, nous découvrirons que la solution était sous nos yeux. Si simple, si belle, si élégante, si décentralisée.

L’email.

Photo by Matt Artz on Unsplash

Je suis @ploum, écrivain électronique. Printeurs, mon dernier roman de science-fiction, est disponible en précommande jusqu'au 24 septembre. Si vous avez apprécié ce texte, n'hésitez pas à me soutenir sur Paypal ou en millibitcoins 34pp7LupBF7rkz797ovgBTbqcLevuze7LF. Vos soutiens réguliers, même symboliques, sont une réelle motivation et reconnaissance. Merci !

Ce texte est publié sous la licence CC-By BE.

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Rien ne sera jamais plus comme avant…https://ploum.net/?p=6450http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20200316_215351_Rien_ne_sera_jamais_plus_comme_avant___Mon, 16 Mar 2020 20:53:51 +0000Il y’aura un avant et un après Coronavirus

Quel moment étrange sommes-nous en train de vivre ? Une brève page d’humanité que nous vivons individuellement, confinés, et à l’échelle de la planète, connectés.

Depuis quelques jours, nous ne sortons plus de chez nous sauf pour prendre l’air, nous balader tout en saluant les passants du plus loin que nous puissions. Nous restons à la maison. Plus de réunion, plus de rendez-vous. Les enfants ne vont plus à l’école. Un week-end comme un autre. Mais un week-end qui va durer des semaines, un mois, peut-être plus.

Plus question d’aller au restaurant. Plus question de caser les enfants chez les grands-parents, plus question de regarder les résultats des courses cyclistes après une journée de boulot. Le temps semble s’être arrêté.

Difficile de penser à autre chose qu’à l’épidémie. Difficile de faire autre chose que de tenter de convaincre ceux qui pensent qu’on en fait trop, de s’inquiéter pour nos parents et, même si les statistiques sont en leur faveur, pour nos enfants. Difficile de ne pas penser à comment gérer les enfants si nous tombons tous les deux malades sans pouvoir faire appel aux grands-parents et si les provisions viennent à manquer.

Mais difficile également de ne pas réaliser que, dans notre position privilégiée, cette situation est un prix bien léger à payer si cela permet de sauver des vies.

À ceux qui parlent de catastrophisme, de paranoïa, je ne peux répondre que « quel est le coût d’avoir tort ? ». Est-il préférable de prendre trop de mesures pour une maladie bénigne ou, au contraire, de sous-estimer un fléau mortel ? Nous ne saurons jamais si nous en avons fait trop, mais nous pourrions regretter toute notre vie de ne pas en avoir fait assez.

Quoi qu’il en soit, la rapidité de réaction de l’humanité me convainc que rien ne sera plus jamais comme avant.

En quelques jours, porter un masque en public, habitude typiquement asiatique, est devenue une norme presque mondiale. Faire du télétravail et des téléconférences se révèle soudainement possible même chez les plus réfractaires. Quelques vieillards cacochymes qui toussent ont enfin réussi là où 20 années de réunions mondiales au sommet ont échoué : réduire la production mondiale de CO2 et de NO2.

Soudainement, les milliers d’avions en permanence dans le ciel ne se révèlent pas si indispensables que ça. Soudainement, les millions de tonnes de gadgets en plastique peuvent rester dans leurs conteneurs quelques mois de plus. Soudainement, nous pouvons vivre sans le nouvel iPhone.

La diminution de la pollution liée à cette quarantaine bientôt mondiale sauvera probablement plus de vies qu’elle ne protégera du Coronavirus.

Lorsque la menace s’éloignera, il faudra tout d’abord se battre avec des gouvernements qui auront du mal à rendre le pouvoir extrême qu’ils auront acquis en quelques semaines. Les luttes pour nos vies privées et pour nos libertés devront, pendant des décennies, affronter l’argument de la pandémie. Les abus seront nombreux, des régimes totalitaires se mettront en place insidieusement, profitant de l’aubaine, se camouflant sous des mesures de santé publique.

Mais même sans cela, nous ne reviendrons jamais à « la normale ».

Pour beaucoup, le télétravail sera désormais démontré comme efficace et faire chaque jour 2h de trajet ne se justifiera plus. Pour d’autres, il sera désormais impossible de camoufler que le monde se porte mieux sans leur creusage de trou, leur bullshit job. Certains métiers trop souvent oubliés seront enfin remis à l’honneur: personnel soignant, éboueurs, livreurs, postiers … On découvrira à quel point se passer d’enseignants, de restaurateurs et de personnel d’entretien est éprouvant. Peut-être aurons-nous appris, contraints et forcés, à vivre avec notre famille, à adopter un horaire et un mode de vie imposé par nos proches plutôt que par un patron obsédé de la pointeuse.

Nous commencerons à réfléchir sérieusement à l’idée de payer les gens un revenu de base pour rester à la maison, nous rendant compte que cela ne va pas détruire le monde, mais au contraire le sauver. Nous réaliserons que lorsque nos enfants nous accuseront de n’avoir rien fait pour le réchauffement climatique et que nous leur répondrons que c’était impossible, ils nous pointeront du doigt en disant : « Pourtant, en 2020, vous l’avez fait pour le Coronavirus ! ».

Nous attendons tous, avachis dans nos salons, le retour à la vie normale. Une vie normale qui ne reviendra plus, qui sera à jamais différente.

Oserons-nous encore un jour nous faire un bisou en nous croisant dans la rue, cette coutume qui parait tellement étrange, voire répugnante, pour certains Asiatiques ? Nous moquerons-nous encore de cette personne qui porte un masque dans la rue ? Serons-nous enfin convaincus que la santé n’est pas un bien et que le secteur ne doit pas être « rentable » ? Pourrons-nous enfin ne plus entendre ces abrutis criminels qui refusent tout vaccin et qui sont les bombes à retardement des prochaines épidémies ?

Car, oui, il y’en aura d’autres. Que ce soit dans un an, deux ans, dix ans ou cent ans. Une épidémie future que nous ne pourrons désormais plus nous empêcher d’attendre. De guetter. En prévision de laquelle nous garderons toujours un stock raisonnable de papier toilette, de masques et de gel désinfectant.

Nous ne pourrons également plus nous empêcher de réaliser que nous vivons avec nos proches, que nous les aimons et que, l’immense majorité du temps de notre vie, nous ne faisons que les croiser dans la cuisine et la salle de bain. Nous réaliserons enfin que ceux à qui nous tenons ne sont pas éternels, que nous les avons appelés plusieurs fois pendant la quarantaine alors que cela faisait peut-être 3 semaines, 6 mois ou 1 an que nous n’avions plus le temps de leur parler.

Ce tableur à compléter pour un client, ce rapport à terminer, cette réunion à organiser. Ces embouteillages journaliers pour s’asseoir face à un écran, cet ulcère évité de justesse. Ce match de foot au sommet à la télé. Ils étaient indispensables et, pourtant, nous avons pu soudainement nous en passer pendant plusieurs semaines. À quelles futilités consacrons-nous notre énergie, notre temps, notre vie ? Il sera désormais impossible de ne plus se poser la question.

Rien ne sera jamais plus comme avant.

Photo by Daniel Tafjord on Unsplash

Je suis @ploum, écrivain électronique. Si vous avez apprécié ce texte, n'hésitez pas à me soutenir sur Paypal ou en millibitcoins 34pp7LupBF7rkz797ovgBTbqcLevuze7LF. Vos soutiens réguliers, même symboliques, sont une réelle motivation et reconnaissance. Merci !

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Quel moment étrange sommes-nous en train de vivre ? Une brève page d’humanité que nous vivons individuellement, confinés, et à l’échelle de la planète, connectés.

Depuis quelques jours, nous ne sortons plus de chez nous sauf pour prendre l’air, nous balader tout en saluant les passants du plus loin que nous puissions. Nous restons à la maison. Plus de réunion, plus de rendez-vous. Les enfants ne vont plus à l’école. Un week-end comme un autre. Mais un week-end qui va durer des semaines, un mois, peut-être plus.

Plus question d’aller au restaurant. Plus question de caser les enfants chez les grands-parents, plus question de regarder les résultats des courses cyclistes après une journée de boulot. Le temps semble s’être arrêté.

Difficile de penser à autre chose qu’à l’épidémie. Difficile de faire autre chose que de tenter de convaincre ceux qui pensent qu’on en fait trop, de s’inquiéter pour nos parents et, même si les statistiques sont en leur faveur, pour nos enfants. Difficile de ne pas penser à comment gérer les enfants si nous tombons tous les deux malades sans pouvoir faire appel aux grands-parents et si les provisions viennent à manquer.

Mais difficile également de ne pas réaliser que, dans notre position privilégiée, cette situation est un prix bien léger à payer si cela permet de sauver des vies.

À ceux qui parlent de catastrophisme, de paranoïa, je ne peux répondre que « quel est le coût d’avoir tort ? ». Est-il préférable de prendre trop de mesures pour une maladie bénigne ou, au contraire, de sous-estimer un fléau mortel ? Nous ne saurons jamais si nous en avons fait trop, mais nous pourrions regretter toute notre vie de ne pas en avoir fait assez.

Quoi qu’il en soit, la rapidité de réaction de l’humanité me convainc que rien ne sera plus jamais comme avant.

En quelques jours, porter un masque en public, habitude typiquement asiatique, est devenue une norme presque mondiale. Faire du télétravail et des téléconférences se révèle soudainement possible même chez les plus réfractaires. Quelques vieillards cacochymes qui toussent ont enfin réussi là où 20 années de réunions mondiales au sommet ont échoué : réduire la production mondiale de CO2 et de NO2.

Soudainement, les milliers d’avions en permanence dans le ciel ne se révèlent pas si indispensables que ça. Soudainement, les millions de tonnes de gadgets en plastique peuvent rester dans leurs conteneurs quelques mois de plus. Soudainement, nous pouvons vivre sans le nouvel iPhone.

La diminution de la pollution liée à cette quarantaine bientôt mondiale sauvera probablement plus de vies qu’elle ne protégera du Coronavirus.

Lorsque la menace s’éloignera, il faudra tout d’abord se battre avec des gouvernements qui auront du mal à rendre le pouvoir extrême qu’ils auront acquis en quelques semaines. Les luttes pour nos vies privées et pour nos libertés devront, pendant des décennies, affronter l’argument de la pandémie. Les abus seront nombreux, des régimes totalitaires se mettront en place insidieusement, profitant de l’aubaine, se camouflant sous des mesures de santé publique.

Mais même sans cela, nous ne reviendrons jamais à « la normale ».

Pour beaucoup, le télétravail sera désormais démontré comme efficace et faire chaque jour 2h de trajet ne se justifiera plus. Pour d’autres, il sera désormais impossible de camoufler que le monde se porte mieux sans leur creusage de trou, leur bullshit job. Certains métiers trop souvent oubliés seront enfin remis à l’honneur: personnel soignant, éboueurs, livreurs, postiers … On découvrira à quel point se passer d’enseignants, de restaurateurs et de personnel d’entretien est éprouvant. Peut-être aurons-nous appris, contraints et forcés, à vivre avec notre famille, à adopter un horaire et un mode de vie imposé par nos proches plutôt que par un patron obsédé de la pointeuse.

Nous commencerons à réfléchir sérieusement à l’idée de payer les gens un revenu de base pour rester à la maison, nous rendant compte que cela ne va pas détruire le monde, mais au contraire le sauver. Nous réaliserons que lorsque nos enfants nous accuseront de n’avoir rien fait pour le réchauffement climatique et que nous leur répondrons que c’était impossible, ils nous pointeront du doigt en disant : « Pourtant, en 2020, vous l’avez fait pour le Coronavirus ! ».

Nous attendons tous, avachis dans nos salons, le retour à la vie normale. Une vie normale qui ne reviendra plus, qui sera à jamais différente.

Oserons-nous encore un jour nous faire un bisou en nous croisant dans la rue, cette coutume qui parait tellement étrange, voire répugnante, pour certains Asiatiques ? Nous moquerons-nous encore de cette personne qui porte un masque dans la rue ? Serons-nous enfin convaincus que la santé n’est pas un bien et que le secteur ne doit pas être « rentable » ? Pourrons-nous enfin ne plus entendre ces abrutis criminels qui refusent tout vaccin et qui sont les bombes à retardement des prochaines épidémies ?

Car, oui, il y’en aura d’autres. Que ce soit dans un an, deux ans, dix ans ou cent ans. Une épidémie future que nous ne pourrons désormais plus nous empêcher d’attendre. De guetter. En prévision de laquelle nous garderons toujours un stock raisonnable de papier toilette, de masques et de gel désinfectant.

Nous ne pourrons également plus nous empêcher de réaliser que nous vivons avec nos proches, que nous les aimons et que, l’immense majorité du temps de notre vie, nous ne faisons que les croiser dans la cuisine et la salle de bain. Nous réaliserons enfin que ceux à qui nous tenons ne sont pas éternels, que nous les avons appelés plusieurs fois pendant la quarantaine alors que cela faisait peut-être 3 semaines, 6 mois ou 1 an que nous n’avions plus le temps de leur parler.

Ce tableur à compléter pour un client, ce rapport à terminer, cette réunion à organiser. Ces embouteillages journaliers pour s’asseoir face à un écran, cet ulcère évité de justesse. Ce match de foot au sommet à la télé. Ils étaient indispensables et, pourtant, nous avons pu soudainement nous en passer pendant plusieurs semaines. À quelles futilités consacrons-nous notre énergie, notre temps, notre vie ? Il sera désormais impossible de ne plus se poser la question.

Rien ne sera jamais plus comme avant.

Photo by Daniel Tafjord on Unsplash

Je suis @ploum, écrivain électronique. Printeurs, mon dernier roman de science-fiction, est disponible en précommande jusqu'au 24 septembre. Si vous avez apprécié ce texte, n'hésitez pas à me soutenir sur Paypal ou en millibitcoins 34pp7LupBF7rkz797ovgBTbqcLevuze7LF. Vos soutiens réguliers, même symboliques, sont une réelle motivation et reconnaissance. Merci !


Ce texte est publié sous la licence CC-By BE.

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Despair and Hope: From the Stupidity of Academic Bureaucracy to the Poetry of Bitcoinhttps://ploum.net/?p=6441http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20200224_145537_Despair_and_Hope___From_the_Stupidity_of_Academic_Bureaucracy_to_the_Poetry_of_BitcoinMon, 24 Feb 2020 13:55:37 +0000This is not a structured essay. By letting ideas flow, I want you to share my pain and enlightenment, to travel from the stupid administrative inefficiency of our time to Bitcoin, from the fake marketed revolutions to the real social innovation which is happening right in front of us and might be our only hope to save us from ourselves.

Rambling on my own academic condition

In his essay “The Utopia of Rules: On Technology, Stupidity, and the Secret Joys of Bureaucracy” (a must read), David Graeber brings an incredible insight on administrative societies and describes the root of all problems with two simple yet powerful sentences : Administration used to be a tool to conduct poetic endeavours. Today, poetry and imagination are there to serve the administration.

As I’m struggling with my PhD, not because of the research itself but because of the administrative stupidity, the book shed a new light on my suffering.

Yes, my PhD subject had been accepted by some committee. But for some reason, I’m not a PhD student because I missed the “student” part of it. Nobody told me that I had to also become a student. And when I understood it, the absurdity of the procedure made me throw my laptop in rage after two weeks of effort.

Suffice to say that I had to find a certificate of employment for all my jobs between my master thesis and now. That I had to find back every possible certificate, to scan them and to upload them in a buggy web interface. That this took me several weeks (given the number of documents) and that, on completion, it basically sent me an email with my uploads attached, telling me that I had to go in an office to hand a list of documents, on paper, which were basically the list I had uploaded (with several unexplainable differences).

Previously, I already had to present the original version of my diploma to an administrative service who… gave me the diploma 12 years before. I had to present it not only once but on three different occasions. Because I was a lecturer, a researcher and a PhD student. Thus three different persons called at three different times. The salt of the joke is that I asked what I could do if I would have lost the paper. The answer was straightforward : “As you are from this university, our service would be able to give you a copy.”

This deep and unexplainable absurdity was the inspiration behind my short story “Ticket to Hell” where an atheist man realises that, after our death, we go to the hell we feared the most. Being a true materialist atheist, he never feared any kind of hell and finds himself in a dedal of administrative procedures. Every sequence in the story is something I experienced first-hand. I had so many anecdotes that I could not even put them all in the story. I removed some as “too unbelievable”.

But what strikes me the most is not that we have completely absurd and stupid procedures. It’s the fact that nobody seems to realise it. When pinpointing absurdities, it looks like I’m always the one not understanding it. Or, when I really have the point, I get that terrible yet universal answer: “Well, that’s how it is. You will not change it, better get used to it.”

As Graeber points it out, all human structures are now huge marketing bullshit machines. Everything has to be sold, no new idea can’t be even envisaged if we are not sure we could sell them. And selling became an administrative procedure by itself.

Most academics now have a full-time job: sell their research to some anonymous bureaucrat in exchange of a grant.

Grants are so complex and need so much paperwork that, in my country, there are grants to make the work done to get a grant. I’m not making this up. I was really on a project to get a 25k€ grant that would enable us to work on getting a larger grant. The small grant was part of the project since the start because even bureaucrats realised how hard it was to get the grant. I simply refused to start to fill out paper to receive money to be able to fill out even more papers.

Universities employ staff paid full time to help academics get grants. I met one and he suggested me a grant that would fit perfectly my area of research. There was a catch: a sixty pages long form to fill.

Well, what could take so many pages to fill, I asked?

Not the research description, because nobody cared. But I had to explain what product my research would bring to the market in 2 to 4 years. I had to already give the name of companies which whom I would be partnering to distribute the product. And I had to give an estimation of how many jobs the product will create. A product that needed a scientific breakthrough I had yet to make.

As I was in shock, I looked at the man in front of me in the eyes.
— How did you arrive in this office? I don’t understand…
— Well, it’s not by choice. I’m an astrophysicist.
— What ? But why are you not doing cool astrophysical stuff?
— Because there’s no public money for astrophysics. So I had to get this job, there’s money for that.

Let’s sink that in. There’s not enough public money to pay scientists but there’s public money to help scientists fill paperwork to get public money? Getting a grant is hard, by design. But, as I realised, having a grant is even worse!

The grant I had for one year was subjected to a rule which plague most of the people in my situation: timesheets.

It means that, besides several regular reports (which seems sensible), I had to fill out a form on a very old and buggy platform. The kind of platform that requires Internet Explorer 6 and tenth click to edit a case.

How often?

Every day!

Every damn day you have to tell the platform exactly what you did on an hourly basis. As the platform was a pain to use, it was agreed to do it once a month. Filling your whole month should be taking “only a few hours”.

That’s silly in essence but the worst is yet to come: those timesheets are carefully studied by some bureaucrats. If they consider that what you fill is not really relevant to your research, they don’t pay the grant for that day. The fact that they have no way to understand your research is irrelevant.

But what’s a bit more fun is that the grant is paid to the university which pay you a salary based on a contract. So if you don’t fill the timesheet, you are paid but the university is losing money.

That’s why there are multiple levels of supervision. First, for every 3 to 10 researchers, there’s now a project manager. His job is to make sure every researcher does its administrative tasks. He also often carries some of the administrative tasks that are common to the team but, in the end, he can’t help the researchers more than telling what to do. And, more than often, he doesn’t know. When you are conducting research across multiple departments, you have to deal with multiple project managers that often have contradictive visions.

Then you have the department secretaries, checking that all boxes are green for every researcher. Which makes things funnier because it means, from time to time, filling an Excel sheet to send her the data you already filled in other platforms.

To summarise, it’s hard to find money to do research. But there’s money to pay people to help you get the grant, to pay people to manage the grant and pay people that spend their time trying to not pay the grant or, at least, making sure that being paid is not easy. Money from your taxes that goes to Europe that distribute it, in my case, to the Walloon region who give it to the university who give it to me with each layer taking a cut and trying to make things harder for the layer below.

Seems silly? It’s only the beginning…

To ensure that a timesheet is “good”, several categories of tasks are agreed before the research project starts. When doing your timesheet, you must choose one category for every day then explain what you did in that category that specific day. And it should make some sense. My project had initially 12 very specific categories. None of them were even remotely adapted to my work because the grant was a generic one given before I arrived. Remember those 60-page paper to get a grant? It’s just for the fun. A grant is very often taken by a professor who will spread it around his team. In my case, the grant was unused for several years so I had to write reports for a time before I arrived to make it look better.

But all of that is not an issue by itself as I was instructed several times that, in the timesheets, I was not allowed to read, to attend conferences or lectures nor to write articles during my time. I had to “discover”, “build” or “test”. Teaching was not an option either.

I was part of a meeting where the chief bureaucrat responsible for my grant and several others met with all the involved professors and researchers. Professors travelled from the whole south part of the country for this meeting. For one afternoon, those very bright minds (I was the only not PhD in the room) had mainly one subject of discussion: the format of the timesheets.

At one point, the professor responsible for everything told the bureaucrat as she was complaining about us not filling the timesheets correctly: “Nobody here denies the importance of timesheets but…”. I loudly said: “Yes, I do!” but I was quickly muffled by my colleague and I thought that I would stay calm as it was my very first month on the job.

This is simply not stupid or a loss of time. It’s barbaric, a torture of the mind. I was suffering like I never did. My wife made me get out of the job because I was always in a terrible mood. The job didn’t want me either.

As I asked my PhD supervisor, “but when do you research”. He answered, “weekends. During the week, you buy the legitimacy to research during your free time.”

To add pain to injury, nobody seemed to agree with me. It was seen as an inevitable duty which takes less time if you don’t complain. I ended writing a timesheet generator that would make random sentences that appeared to be linked to my project. When I told my colleagues, thinking they would appreciate it, they were angry. Some were even afraid of the reputation of the team. They told me it was lying.

“It’s lying anyway. You can’t get sick, you can’t read, you can’t write, you can’t attend lectures nor conferences. You even have to put yourself on holiday when you are at a public conference in case the bureaucrats realise that you were not in your office that day but that’s OK because you can timesheet some fake work when you are on private holiday given by the university. All of that is OK for you but generating it randomly is not?”

Apparently, it was not. Publishing this piece alone is very stressful because I fear that most people will see it an exaggeration. It sounds like a ramble from an eccentric lunatic who was unable to comply with rules that others have accepted for decades.

For David Graeber, every ground breaking invention comes from eccentric individuals that can’t fit well in a rigid structure. I’m probably one of those.

Not that I will ever make any groundbreaking things but, as Graeber said, the only way to foster innovation is to get ten eccentrics and let them do whatever they want. Nine of them will lose your time but the tenth will invent something worth everything else.

My suffering in this system makes me probably one of the nine others. If eccentrics cannot become researchers, what will you get from research? Answers is simple: papers. Lots of papers. Academics are not trying to invent or discover anything. They are mostly trying to get papers published. The word “paper” itself is an ode to an anti-poetic administrative society.

From Bitcoin to blockchain

It’s not by accident that Bitcoin was invented out of nowhere by the anonymous Satoshi Nakamoto. Bitcoin could not have been invented by a private company, not to mention academia. It had to spur out of its open source roots. But even open source projects quickly tend to become bureaucratic structures with processes and acclaimed leaders were marketing your contribution is nearly as important as the quality of your code.

By being anonymous then disappearing, Satoshi Nakamoto was truly groundbreaking. Bitcoin is now part of the common good. Everyone can use the code, improve it, try to convince people to use it. Through Bitcoin, the sociological concept of “fork”, were a team splits, each continuing the project with their own vision, became purely technological and functional. The only remaining centralised bit is the name. Who can use the name “Bitcoin”? That’s why we had Bitcoin Cash, Bitcoing Gold, Bitcoin SV and so on.

By replacing fiat money with a decentralised open source project, Bitcoin was set to destroy governments and bureaucracies. Other projects such as Aragon or Colony.io clearly try to replace a centralised structure by a lean, adaptative decentralised one.

Then came the term “blockchain”.

While Bitcoin was mostly seen as a shady scam, a way to buy drugs, even from academics in the field, blockchain quickly carried the impression of an apolitical neutrality. Blockchain is boring. Blockchain is heavily studied, theorised. Blockchain is exciting because it can carry smart contracts. It can be used to track land ownership and pieces of art. It can be used for logistics. Let me underline it once again : who find “contracts” and “logistics” exciting?

While Bitcoin was set to destroy bureaucracy, blockchain is set to serve it.

Bureaucratic capitalism, an oxymoron according to David Graeber, has always used the same strategy: if you can’t destroy it, embrace it. Even the word “revolution” is now a word used to describe a smartphone with a bigger screen. The picture of Che Guevara is one of the most popular images printed on t-shirts produced in China by underage children then sold at an expensive price to western consumers.

The revolution has been marketed.

Same happened for Bitcoin. From an anonymous subversive project with a clear political message (block zero includes a clear reference to the bailout of the banks), it has become an anonymous commercial technology developed by IBM and studied by scholars. All that was needed was to change the name to “blockchain”. Blockchain, which is supposed to represent a decentralised technology, even evolved itself to allow the distinction between permission-less and permissioned blockchains. The later meaning that a central authority has to give a permission to the user of that specific blockchain. Yes, you understand it right: blockchain decentralisation can now be centralised. It’s just a cool new name for “distributed database”.

The remaining true chaotic believers in Bitcoin or other cryptocurrencies have simply been bought. How can you make the revolution if you are insanely rich and profiting of it? Would you try to subvert a system with your bitcoins if the system offers you literally millions of dollars for them? Better sell at least some of them on an exchange and buy a Lambo while it’s the good timing.

By the way, those crypto-exchanges are heavily centralised and regulated. The cryptocurrency fanatics themselves are now impatiently waiting for regulations on their assets in the hope that this would send a green light to other investors and make the price skyrockets.

Another anecdote illustrates this heavy trend. The Counterparty project had the goal to make a decentralised and unregulated exchange based on the Bitcoin protocol itself. Technically, this is simply awesome. Unlike many ICO (Initial Coin Offering, the launch of a new cryptocurrency) that were simply scams or weak projects designed to get easy money from naive investors, Counterparty tried to build stuff in such a way that developers themselves would not have any economic advantages over other users. Most projects offer tokens that you can buy with bitcoins or dollars that are going to the developers. To buy XCP, the CounterParty token, you have to destroy bitcoins, ensuring they can’t be used by anyone else later.

This is deeply groundbreaking.

Interestingly enough, the XCP token was, for sometimes, listed on some centralised exchanges before being removed. When Counterparty or another similar project will succeed and blacklisting or forbidding it will not be enough, there will still be the solution to corrupt the believers in the project by making them rich.

After all, the strategy works well with artists and researchers. Silent them with stupid bullshit jobs, complex administrative procedures. If they still manage to get their voice heard, transform them into a product, make them rich, popular so they don’t want to change the system anymore. Or, at the very least, they don’t have the credibility to do it.

Killing innovation in the name of fostering it

The vast complexity of our society becomes understandable as soon as you accept that any system tries to survive by avoiding and killing any change. While the naive version is to actively prevent any change, which ultimately leads to revolution, bureaucratic capitalism is pretending to foster change, announcing that we are living in an age of unparalleled progress. But, to protect children, this progress should be regulated. A bit like religious inquisitors burning and killing people in the name of love, pretending that this is the only way to create heaven on earth.

Patents are a particularly crystal clear stance of such hypocritical nonsense. In most industries, patents are the very metric of innovation. The words “patent pending” are, for most consumers, the synonym with an innovative solution to a problem.

Yet, the very purpose of patent is to prevent someone else to make use of an invention. Bitcoin itself is using some algorithm called ECDSA while a better solution existed for the same task: Schnorr. Unfortunately, Schnorr was patented, demonstrating that a patent is a way to actively kill innovation or, at least, slow it enough. The work to migrate Bitcoin from ECDSA to Schnorr is an order of magnitude bigger than simply starting with Schnorr. All that energy and time could have been saved without patents.

Getting a patent involves a nightmare of paperwork and, besides counsel fees, involves paying quite a lot of money. This ensures that nobody could get a patent but big bureaucratic corporations.

Having a patent validated doesn’t mean anything. It facts, it means that some anonymous bureaucrat from the patent office didn’t find any clear previous prior art in other patents. A patent can still be invalidated in court. But who can afford legal fees to go in court? Big administrative corporations, of course.

In my career, I worked once for a multinational company in the automotive industry. As a creative R&D engineer, I was given a white card to come with a prototype for a new feature. In only a few weeks, I came up with an algorithm that would automatically guess your destination based on your habits. This simple tool could be used to automatically set up the navigation system of the car as soon as you enter it, greatly improving your experience and warning you about traffic on roads for which you would not take the time to enter the destination in the system (there was no smartphone at the time).

My prototype worked remarkably well and was tested with the data of multiple colleagues. But I was instructed to make a patent out of it. I even received some training to learn how to make my patent the vaguest, to sounds like it includes other stuff already patented elsewhere. That way, it could be used by the company to attack other companies or to defend against such attacks. As I found that unethical, I could not do the required work and my algorithm was never released. I was told explicitly that nothing could be released if not patented, that was a company policy.

Twelve years later, I’ve yet to see one navigation system in a car that can do something that a young engineer could invent in a few weeks and that was highly praised by the testers.

This tells a lot about the state of innovation: through patents, innovation has been transformed into a bureaucratic process mastered by lawyers. There are even academic masters in “innovation” to ensure that no idea can spur spontaneously. The inventors, the engineers are working for nothing unless they can find the tiny bit of innovation that please both the marketing department, the legal department and the whole hierarchy.

Innovation in the academia?

Let me tell you, again, two anecdotes. When I was a student, one of my philosophy professors asked me to take a philosophical stance on a given subject. I explained it successfully. He followed by asking who was the philosopher saying that. I said I was. He was angry and told me that the whole point of the course was not to take my own stance but to know what true philosophers think. My answer was immediate :
— Can you prove that I’m not a true philosopher?
This ended the examination with the lowest successful grade.

Another professor asked me to analyse a 20-page text that was handed to us two weeks before. As I took the text out of my bag, he told be I was supposed to have read the text before.
— Yes, of course, but I did not study it by heart. Did you really expect me to analyse a text without even looking at it?
— Well, that’s how we always did.
— I’m not asking you what you did but if you find it smart or not.
— That’s not the point.
— As it is a philosophical class, I think this is the very essence of the point.
— Forget it, tells me what you remember about the text.

So I did but I pointed out that the text was really badly written and some sentences were not clear. I cited a sentence I remembered as notable and which seemed in contradiction with some part of the text.

— This sentence is not in the text. It’s not what the text is about.
— Well, let me show you, I underlined it (I made the gesture of putting the text out of my bag)
— No! You can’t take the text! You could have notes on it! It’s forbidden! said the professor with a panicked voice.
— Well, then let me show the sentence on your copy of the text.
He hands me the paper. I’m surprised : it’s in English while the text he gave us was in French.
— I don’t understand, mine was in French.
— Indeed, reply the professor. I gave you a translation I found. I thought it would be easier for you. But I prefer to read it myself in the original version.
— Excuse-me but… did you ever read the translation before giving it to us?
— Not really…
— So, basically, you are trying to judge how I memorised a text you didn’t even read yourself?
— …
— I think there’s nothing to add.

I was so angry that I walked out of the room without an eye for the teacher. I was 20 and willing to learn philosophy. Once again, I received the minimal succesful grade. A way to not see me anymore in their classes.

Those anecdotes are not only about two professors. They are the very essence of our system. When I write a blog post detailing some ideas, the negatives reactions are always about the fact that I’m not original, just saying the same thing as someone else. Or that I’m saying the opposite of some famous people. Or that, if I can’t cite who told it before me, then I can’t say anything.

All academic social sciences seem plagued with the same disease. You can’t have any opinion before reading and knowing all the opinions of the “great predecessors”. And once you know them, you are not allowed to differ from what they say. And you are not allowed to think like them because that woul’d be plagiarism.

The summary is clear and is what my philosophy professors were trying to teach me: you are not allowed to think at all. You are only allowed to recite the “great ancients” and to analyse what they said. This is, of course, reminiscent of every decadent civilisation.

Academia has turned upside down. People don’t go to university to learn anymore but to get an administrative form (called “diploma”) that will allow them, they hope, to land a useless but prestigious punching card job with a good salary in an administrative society. They may also use the opportunity to meet other people and create a network. Learning? When some skills will be necessary, they will be learned on-the-fly on a day-to-day basis. At the cost of losing depth and the big picture of the knowledge. If really needed, reading a book worth more than spending hours on a chair listening to someone who has a full-time job getting grants for his/her PhD students and which was selected for that job because she was one of the best to find grants and to memorise answers to arbitrary questions at an exam.

We are not doing innovation, we are doing marketing everywhere.

It’s hard to convince ourselves that we live in an incredible age of innovation. After all, all great science-fiction achievements have been stopped with the 20th century. We have yet to go back to the moon. We are excited to follow a small robot on Mars, something that we did in the seventies. Sure, we have a better camera but that’s all. We are excited by electric cars, something that existed since the inception of cars themselves, only because we were holding back any innovation in that field. Imagine telling someone from 1970 that, 50 years later, we will get excited by electric cars, rocket that barely put satellites in orbit and having a phone in our pocket. A phone that takes all our attention all the time.

As Graeber pointed out, huge bureaucratic infrastructures have historically served for what he calls “poetic purpose”. Poetic is not good nor bad. It’s basically irrational. Like building pyramids, cathedral or rockets to kill other countries or send a handful of men on the moon.

But the bureaucracy is so efficient, so strong that, in order to preserve itself, it now kills any means of innovation, any sense of purpose. Something as seemingly important as “saving the planet so we can live on it” seems impossible because, well, we have to put the administrative procedures in place. Kyoto or Rio or Paris agreements are nothing but transforming the “saving the planet” purpose in a bunch of administrative forms. It simply can’t work.

Administration doesn’t want to change and, thus, doesn’t want to save the planet. It is quite simple to demonstrate it: vastly increasing taxes on fuel looks like a sensible way to reduce consumption of such fuel. This has never been done at a scale, not because of rational arguments but because “it might cost jobs, it might slow the economy”. Well, the whole point is that jobs and growth is what is killing the planet.

We have built a machine to create meaningless jobs in order to foster an arbitrary virtual metric and nobody, by design of the machine, can shut it down even if not doing it implies destroying the whole planet.

As administrative structures seem to go hand in hand with centralised power, our only hope to get back to innovation and to poetic technology is having a look at what can be decentralised.

And this is why Bitcoin is so exciting. Bitcoin is truly decentralised. The defunct Moonshot Express project aimed at sending a bitcoin wallet to the moon. Everybody could then decide to send money to that wallet. Claiming the money on the wallet would involve going to the moon and bringing back a small metal piece. That would be innovative, groundbreaking. Poetic.

In my lengthy introduction, I tried to demonstrate that even “scientific taxes” does not pay researchers. It is used to build a huge bullshit factory around the word “research”. The same applies for entrepreneurship and innovation. There are even grants to help startups get patents!

Thanks to projects like Moonshot Express, citizens could instead send their money directly to the moon, fostering informal technological cooperation. As the project r.loop demonstrated, open source enthusiasts are ready to switch from purely software project to literally rocket science. All in a pure decentralised way. Decentralisation is becoming the politically correct word for anarchism.

This will be heavily disruptive. As Ladrière and Simondon explored it, a technology is disruptive by essence. If it does not disrupt the society, this is not innovation but product marketing.

As the visionary Vinay Gupta pointed out, technologies like Bitcoin and Ethereum, once you remove the “blockchain” marketing crap, enables a new kind of projects were decentralised investors give resources and directions, hoping to get benefits or only for the sake of supporting the project. Transparency and collaboration become the new default. Which is the opposite of an administration which can survive only thanks to its opaqueness.

Unfortunately, we are still living in a bureaucratic world dedicated to marketing. Today’s innovation has been transformed in a pure marketing machine. A company doesn’t sell innovation anymore. It innovates in order to serve the marketing.

Kickstarter and other crowdfunding websites are the epitome of this 100% marketing, no product approach. On Kickstarter, the customer is sold products that don’t exist yet and that have never been tested.

All Kickstarter pages are basically the same with a clean-looking video, some sketches of the product and pictures of smiling people using a fake version of the product. The customer is then asked to pay in advance and to wait.

Which, of course, means that the product is often not completed successfully. But, when it does, one quickly realises that what was good on video is, in fact, unusable in real life. Software is crappy, with an unfinished proprietary cloud platform and no iteration. But that’s not a real problem because, most of the time, we forgot that we paid for a given project two years before. The product is less important than looking cool on social networks. I like to call that “false good idea”. It often ends with the following discussion:

— Wow, look at that cool project.
— Well, it looks cool at first glance but, think about it. This would be unusable in real life.
— Oh, you are so negative. The idea is cool.

The marketing approach is so systematic that there are marketing agencies specialised in Kickstarter marketing to get you contributors. They even go as far as producing your “product” with your logo on it.

We could see Kickstarter as a contribution to research. Giving money without expecting any return. But the worst of all is probably that, given free rein on imaginative products, all we see on Kickstarter are plastic smartphones holders, backpacks for laptops or GPS chips to spy our kids.

We are so used to the imaginary world of marketers that we pay for the right of dreaming to use a product for which we have no need (else, we won’t accept to wait for months or years). Driven by carefully designed dopamine rushes, we tend to spend every waking moment in the curated world of those targeted ads.

Can we still have creative ideas?

As Graeber points out, the Internet, like patents, kill every inspiration because “it has already been done and it failed. Or, worst, because it succeeded.” Or, as I learned through my career : “If nobody has done it, there’s probably a good reason.”

Inventing is impossible. Only selling is acceptable.

Blockchain was no exception with the ICO frenzy. While ICO was, at first, seen as a sensible way for a project to raise money, the ICO bubble made people realise that you only need to create a token (which is a few lines of codes in the Ethereum blockchain) and a good website to raise millions of dollars.

As I was explaining it to my circles, everybody asked me why I was not launching my own cryptomoney. ICO are not about the underlying project anymore anyway. It’s purely about selling yours as the next Bitcoin that will hit 10,000$, despites all the economic fallacies.

Given all those gigantic scams, guess what the public asked?

More regulations of the ICOs! More administrative procedures.

ICO are still an incredible way to fund a project and to bring new kind of governance to decentralised systems. If we get it right, Bitcoin and subsequent technologies could become the administrative layers that would render bureaucracy obsolete.

Bitcoin itself is a pure piece of poetic technology.

But do we really want to break free of our virtual dream world?

After all, the rise of administrative bureaucracy as a goal by itself is heavily correlated with the rise of television which, as pointed out by Michel Desmurget in TV Lobotomie, is highly correlated with an education crisis.

Now that we constantly have in our pocket a television tailored to our short term desires and tastes, now that we forgot how to focus, how to think by ourselves, how to be creative (we grow up surrounded by screens and, as pointed out by Desmurget, this has severe and long-lasting impact on our brains), are we even willing to make the new revolution?

Not by cutting heads but by throwing our screens filled with ads, by stopping to give our hours to meaningless work, by refusing to do stuff that doesn’t make sense, even if we are paid to do it (our jobs) or we are forced to do it (legal forms)?

Don’t count on “democracy”. Elections are only used to choose some public bureaucrats. Ballot is only one kind of administrative form. The whole social choice theory field demonstrated that there’s no objective election system. Arrow theorem can be oversimplified as “voters are not deciding anything, it’s the voting system that makes the result” or “give me the result you want, I will design a voting system that makes it appear as the legit result for every voter”. Nevertheless, academic discussions about voting systems are still limited to “how can we vote using Internet” or, worse, “how can we build a social media to make people vote” (I’m not making this stuff up, those were real discussions I was involved with academic people and high-ranking European politicians).

The future cannot be administratively reduced to votes. As Vinay Gupta likes to say, the future is like another country. We should have diplomatic relationship with the future and not only sending them our trash. We should have a system that envision the future as a part of ourselves, something fluid, lean, permanently changing. Unlike the “Let’s throw that for after the elections” philosophy.

We like to criticise politicians. But they are doing exactly what the system asked them to do. You can throw them all, nothing will change because they are puppets of the system. A good way to illustrate it is that, if you shut down all media, you will realise it’s impossible for the vast majority of the population to know what kind of ideology has won the latest elections and is running the system. If you except some edge cases (that might be very important, like if you are an immigrant without passport in a country suddenly ruled by the extreme right), the system is mostly running alone. The time of reaction between a political action and its effect (when there’s one) is simply superior to the time between two elections. And after an election, the winner usually takes the time to undo everything the president did. In the end, nothing changes. I’m from a small country called Belgium where the electoral game is so complex, forming a government requires agreement between so many parties that it is borderline impossible.

This led the country to become officially without government for very long times, sometimes more than a year. This is for example currently the case.

In reality, nobody realises it. Except for the media, which could as well be describing something happening on another continent. There’s one exception: bureaucrats, who ends up taking decisions or waiting for decisions about which form should go where. If you are not a bureaucrat and not waiting for money from them, life is in fact easier without a government.

Advertising and media, which are in fact the same stuff, are building a world where politicians are supposed to take important decisions, where we should vote and fill out forms to create jobs in order to buy more stuff that will create even more jobs and make us happy.

Screens are made addictives to forbid us to disconnect from this virtuality, to prevent us to dream about innovations and see the world with naked eyes. Resistance looks futile, our future is doomed. Our only hope lies in poetry.

If we throw away our screens, if we start to boycott every single media, if we refuse to do absurd jobs, if we hang marketers and advertisers then we will be able to see the poetry. A poetry which could, maybe, save us all.

Photo by Dmitry Ratushny on Unsplash

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Despair and Hope: From the Stupidity of Academic Bureaucracy to the Poetry of Bitcoinhttps://ploum.net/?p=6441http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20200224_135537_Despair_and_Hope___From_the_Stupidity_of_Academic_Bureaucracy_to_the_Poetry_of_BitcoinMon, 24 Feb 2020 12:55:37 +0000This is not a structured essay. By letting ideas flow, I want you to share my pain and enlightenment, to travel from the stupid administrative inefficiency of our time to Bitcoin, from the fake marketed revolutions to the real social innovation which is happening right in front of us and might be our only hope to save us from ourselves.

Update September 9th 2020 : this essay is dedicated to the memory of David Graeber

Rambling on my own academic condition

In his essay “The Utopia of Rules: On Technology, Stupidity, and the Secret Joys of Bureaucracy” (a must read), David Graeber brings an incredible insight on administrative societies and describes the root of all problems with two simple yet powerful sentences : Administration used to be a tool to conduct poetic endeavours. Today, poetry and imagination are there to serve the administration.

As I’m struggling with my PhD, not because of the research itself but because of the administrative stupidity, the book shed a new light on my suffering.

Yes, my PhD subject had been accepted by some committee. But for some reason, I’m not a PhD student because I missed the “student” part of it. Nobody told me that I had to also become a student. And when I understood it, the absurdity of the procedure made me throw my laptop in rage after two weeks of effort.

Suffice to say that I had to find a certificate of employment for all my jobs between my master thesis and now. That I had to find back every possible certificate, to scan them and to upload them in a buggy web interface. That this took me several weeks (given the number of documents) and that, on completion, it basically sent me an email with my uploads attached, telling me that I had to go in an office to hand a list of documents, on paper, which were basically the list I had uploaded (with several unexplainable differences).

Previously, I already had to present the original version of my diploma to an administrative service who… gave me the diploma 12 years before. I had to present it not only once but on three different occasions. Because I was a lecturer, a researcher and a PhD student. Thus three different persons called at three different times. The salt of the joke is that I asked what I could do if I would have lost the paper. The answer was straightforward : “As you are from this university, our service would be able to give you a copy.”

This deep and unexplainable absurdity was the inspiration behind my short story “Ticket to Hell” where an atheist man realises that, after our death, we go to the hell we feared the most. Being a true materialist atheist, he never feared any kind of hell and finds himself in a dedal of administrative procedures. Every sequence in the story is something I experienced first-hand. I had so many anecdotes that I could not even put them all in the story. I removed some as “too unbelievable”.

But what strikes me the most is not that we have completely absurd and stupid procedures. It’s the fact that nobody seems to realise it. When pinpointing absurdities, it looks like I’m always the one not understanding it. Or, when I really have the point, I get that terrible yet universal answer: “Well, that’s how it is. You will not change it, better get used to it.”

As Graeber points it out, all human structures are now huge marketing bullshit machines. Everything has to be sold, no new idea can’t be even envisaged if we are not sure we could sell them. And selling became an administrative procedure by itself.

Most academics now have a full-time job: sell their research to some anonymous bureaucrat in exchange of a grant.

Grants are so complex and need so much paperwork that, in my country, there are grants to make the work done to get a grant. I’m not making this up. I was really on a project to get a 25k€ grant that would enable us to work on getting a larger grant. The small grant was part of the project since the start because even bureaucrats realised how hard it was to get the grant. I simply refused to start to fill out paper to receive money to be able to fill out even more papers.

Universities employ staff paid full time to help academics get grants. I met one and he suggested me a grant that would fit perfectly my area of research. There was a catch: a sixty pages long form to fill.

Well, what could take so many pages to fill, I asked?

Not the research description, because nobody cared. But I had to explain what product my research would bring to the market in 2 to 4 years. I had to already give the name of companies which whom I would be partnering to distribute the product. And I had to give an estimation of how many jobs the product will create. A product that needed a scientific breakthrough I had yet to make.

As I was in shock, I looked at the man in front of me in the eyes.
— How did you arrive in this office? I don’t understand…
— Well, it’s not by choice. I’m an astrophysicist.
— What ? But why are you not doing cool astrophysical stuff?
— Because there’s no public money for astrophysics. So I had to get this job, there’s money for that.

Let’s sink that in. There’s not enough public money to pay scientists but there’s public money to help scientists fill paperwork to get public money? Getting a grant is hard, by design. But, as I realised, having a grant is even worse!

The grant I had for one year was subjected to a rule which plague most of the people in my situation: timesheets.

It means that, besides several regular reports (which seems sensible), I had to fill out a form on a very old and buggy platform. The kind of platform that requires Internet Explorer 6 and tenth click to edit a case.

How often?

Every day!

Every damn day you have to tell the platform exactly what you did on an hourly basis. As the platform was a pain to use, it was agreed to do it once a month. Filling your whole month should be taking “only a few hours”.

That’s silly in essence but the worst is yet to come: those timesheets are carefully studied by some bureaucrats. If they consider that what you fill is not really relevant to your research, they don’t pay the grant for that day. The fact that they have no way to understand your research is irrelevant.

But what’s a bit more fun is that the grant is paid to the university which pay you a salary based on a contract. So if you don’t fill the timesheet, you are paid but the university is losing money.

That’s why there are multiple levels of supervision. First, for every 3 to 10 researchers, there’s now a project manager. His job is to make sure every researcher does its administrative tasks. He also often carries some of the administrative tasks that are common to the team but, in the end, he can’t help the researchers more than telling what to do. And, more than often, he doesn’t know. When you are conducting research across multiple departments, you have to deal with multiple project managers that often have contradictive visions.

Then you have the department secretaries, checking that all boxes are green for every researcher. Which makes things funnier because it means, from time to time, filling an Excel sheet to send her the data you already filled in other platforms.

To summarise, it’s hard to find money to do research. But there’s money to pay people to help you get the grant, to pay people to manage the grant and pay people that spend their time trying to not pay the grant or, at least, making sure that being paid is not easy. Money from your taxes that goes to Europe that distribute it, in my case, to the Walloon region who give it to the university who give it to me with each layer taking a cut and trying to make things harder for the layer below.

Seems silly? It’s only the beginning…

To ensure that a timesheet is “good”, several categories of tasks are agreed before the research project starts. When doing your timesheet, you must choose one category for every day then explain what you did in that category that specific day. And it should make some sense. My project had initially 12 very specific categories. None of them were even remotely adapted to my work because the grant was a generic one given before I arrived. Remember those 60-page paper to get a grant? It’s just for the fun. A grant is very often taken by a professor who will spread it around his team. In my case, the grant was unused for several years so I had to write reports for a time before I arrived to make it look better.

But all of that is not an issue by itself as I was instructed several times that, in the timesheets, I was not allowed to read, to attend conferences or lectures nor to write articles during my time. I had to “discover”, “build” or “test”. Teaching was not an option either.

I was part of a meeting where the chief bureaucrat responsible for my grant and several others met with all the involved professors and researchers. Professors travelled from the whole south part of the country for this meeting. For one afternoon, those very bright minds (I was the only not PhD in the room) had mainly one subject of discussion: the format of the timesheets.

At one point, the professor responsible for everything told the bureaucrat as she was complaining about us not filling the timesheets correctly: “Nobody here denies the importance of timesheets but…”. I loudly said: “Yes, I do!” but I was quickly muffled by my colleague and I thought that I would stay calm as it was my very first month on the job.

This is simply not stupid or a loss of time. It’s barbaric, a torture of the mind. I was suffering like I never did. My wife made me get out of the job because I was always in a terrible mood. The job didn’t want me either.

As I asked my PhD supervisor, “but when do you research”. He answered, “weekends. During the week, you buy the legitimacy to research during your free time.”

To add pain to injury, nobody seemed to agree with me. It was seen as an inevitable duty which takes less time if you don’t complain. I ended writing a timesheet generator that would make random sentences that appeared to be linked to my project. When I told my colleagues, thinking they would appreciate it, they were angry. Some were even afraid of the reputation of the team. They told me it was lying.

“It’s lying anyway. You can’t get sick, you can’t read, you can’t write, you can’t attend lectures nor conferences. You even have to put yourself on holiday when you are at a public conference in case the bureaucrats realise that you were not in your office that day but that’s OK because you can timesheet some fake work when you are on private holiday given by the university. All of that is OK for you but generating it randomly is not?”

Apparently, it was not. Publishing this piece alone is very stressful because I fear that most people will see it an exaggeration. It sounds like a ramble from an eccentric lunatic who was unable to comply with rules that others have accepted for decades.

For David Graeber, every ground breaking invention comes from eccentric individuals that can’t fit well in a rigid structure. I’m probably one of those.

Not that I will ever make any groundbreaking things but, as Graeber said, the only way to foster innovation is to get ten eccentrics and let them do whatever they want. Nine of them will lose your time but the tenth will invent something worth everything else.

My suffering in this system makes me probably one of the nine others. If eccentrics cannot become researchers, what will you get from research? Answers is simple: papers. Lots of papers. Academics are not trying to invent or discover anything. They are mostly trying to get papers published. The word “paper” itself is an ode to an anti-poetic administrative society.

From Bitcoin to blockchain

It’s not by accident that Bitcoin was invented out of nowhere by the anonymous Satoshi Nakamoto. Bitcoin could not have been invented by a private company, not to mention academia. It had to spur out of its open source roots. But even open source projects quickly tend to become bureaucratic structures with processes and acclaimed leaders were marketing your contribution is nearly as important as the quality of your code.

By being anonymous then disappearing, Satoshi Nakamoto was truly groundbreaking. Bitcoin is now part of the common good. Everyone can use the code, improve it, try to convince people to use it. Through Bitcoin, the sociological concept of “fork”, were a team splits, each continuing the project with their own vision, became purely technological and functional. The only remaining centralised bit is the name. Who can use the name “Bitcoin”? That’s why we had Bitcoin Cash, Bitcoing Gold, Bitcoin SV and so on.

By replacing fiat money with a decentralised open source project, Bitcoin was set to destroy governments and bureaucracies. Other projects such as Aragon or Colony.io clearly try to replace a centralised structure by a lean, adaptative decentralised one.

Then came the term “blockchain”.

While Bitcoin was mostly seen as a shady scam, a way to buy drugs, even from academics in the field, blockchain quickly carried the impression of an apolitical neutrality. Blockchain is boring. Blockchain is heavily studied, theorised. Blockchain is exciting because it can carry smart contracts. It can be used to track land ownership and pieces of art. It can be used for logistics. Let me underline it once again : who find “contracts” and “logistics” exciting?

While Bitcoin was set to destroy bureaucracy, blockchain is set to serve it.

Bureaucratic capitalism, an oxymoron according to David Graeber, has always used the same strategy: if you can’t destroy it, embrace it. Even the word “revolution” is now a word used to describe a smartphone with a bigger screen. The picture of Che Guevara is one of the most popular images printed on t-shirts produced in China by underage children then sold at an expensive price to western consumers.

The revolution has been marketed.

Same happened for Bitcoin. From an anonymous subversive project with a clear political message (block zero includes a clear reference to the bailout of the banks), it has become an anonymous commercial technology developed by IBM and studied by scholars. All that was needed was to change the name to “blockchain”. Blockchain, which is supposed to represent a decentralised technology, even evolved itself to allow the distinction between permission-less and permissioned blockchains. The later meaning that a central authority has to give a permission to the user of that specific blockchain. Yes, you understand it right: blockchain decentralisation can now be centralised. It’s just a cool new name for “distributed database”.

The remaining true chaotic believers in Bitcoin or other cryptocurrencies have simply been bought. How can you make the revolution if you are insanely rich and profiting of it? Would you try to subvert a system with your bitcoins if the system offers you literally millions of dollars for them? Better sell at least some of them on an exchange and buy a Lambo while it’s the good timing.

By the way, those crypto-exchanges are heavily centralised and regulated. The cryptocurrency fanatics themselves are now impatiently waiting for regulations on their assets in the hope that this would send a green light to other investors and make the price skyrockets.

Another anecdote illustrates this heavy trend. The Counterparty project had the goal to make a decentralised and unregulated exchange based on the Bitcoin protocol itself. Technically, this is simply awesome. Unlike many ICO (Initial Coin Offering, the launch of a new cryptocurrency) that were simply scams or weak projects designed to get easy money from naive investors, Counterparty tried to build stuff in such a way that developers themselves would not have any economic advantages over other users. Most projects offer tokens that you can buy with bitcoins or dollars that are going to the developers. To buy XCP, the CounterParty token, you have to destroy bitcoins, ensuring they can’t be used by anyone else later.

This is deeply groundbreaking.

Interestingly enough, the XCP token was, for sometimes, listed on some centralised exchanges before being removed. When Counterparty or another similar project will succeed and blacklisting or forbidding it will not be enough, there will still be the solution to corrupt the believers in the project by making them rich.

After all, the strategy works well with artists and researchers. Silent them with stupid bullshit jobs, complex administrative procedures. If they still manage to get their voice heard, transform them into a product, make them rich, popular so they don’t want to change the system anymore. Or, at the very least, they don’t have the credibility to do it.

Killing innovation in the name of fostering it

The vast complexity of our society becomes understandable as soon as you accept that any system tries to survive by avoiding and killing any change. While the naive version is to actively prevent any change, which ultimately leads to revolution, bureaucratic capitalism is pretending to foster change, announcing that we are living in an age of unparalleled progress. But, to protect children, this progress should be regulated. A bit like religious inquisitors burning and killing people in the name of love, pretending that this is the only way to create heaven on earth.

Patents are a particularly crystal clear stance of such hypocritical nonsense. In most industries, patents are the very metric of innovation. The words “patent pending” are, for most consumers, the synonym with an innovative solution to a problem.

Yet, the very purpose of patent is to prevent someone else to make use of an invention. Bitcoin itself is using some algorithm called ECDSA while a better solution existed for the same task: Schnorr. Unfortunately, Schnorr was patented, demonstrating that a patent is a way to actively kill innovation or, at least, slow it enough. The work to migrate Bitcoin from ECDSA to Schnorr is an order of magnitude bigger than simply starting with Schnorr. All that energy and time could have been saved without patents.

Getting a patent involves a nightmare of paperwork and, besides counsel fees, involves paying quite a lot of money. This ensures that nobody could get a patent but big bureaucratic corporations.

Having a patent validated doesn’t mean anything. It facts, it means that some anonymous bureaucrat from the patent office didn’t find any clear previous prior art in other patents. A patent can still be invalidated in court. But who can afford legal fees to go in court? Big administrative corporations, of course.

In my career, I worked once for a multinational company in the automotive industry. As a creative R&D engineer, I was given a white card to come with a prototype for a new feature. In only a few weeks, I came up with an algorithm that would automatically guess your destination based on your habits. This simple tool could be used to automatically set up the navigation system of the car as soon as you enter it, greatly improving your experience and warning you about traffic on roads for which you would not take the time to enter the destination in the system (there was no smartphone at the time).

My prototype worked remarkably well and was tested with the data of multiple colleagues. But I was instructed to make a patent out of it. I even received some training to learn how to make my patent the vaguest, to sounds like it includes other stuff already patented elsewhere. That way, it could be used by the company to attack other companies or to defend against such attacks. As I found that unethical, I could not do the required work and my algorithm was never released. I was told explicitly that nothing could be released if not patented, that was a company policy.

Twelve years later, I’ve yet to see one navigation system in a car that can do something that a young engineer could invent in a few weeks and that was highly praised by the testers.

This tells a lot about the state of innovation: through patents, innovation has been transformed into a bureaucratic process mastered by lawyers. There are even academic masters in “innovation” to ensure that no idea can spur spontaneously. The inventors, the engineers are working for nothing unless they can find the tiny bit of innovation that please both the marketing department, the legal department and the whole hierarchy.

Innovation in the academia?

Let me tell you, again, two anecdotes. When I was a student, one of my philosophy professors asked me to take a philosophical stance on a given subject. I explained it successfully. He followed by asking who was the philosopher saying that. I said I was. He was angry and told me that the whole point of the course was not to take my own stance but to know what true philosophers think. My answer was immediate :
— Can you prove that I’m not a true philosopher?
This ended the examination with the lowest successful grade.

Another professor asked me to analyse a 20-page text that was handed to us two weeks before. As I took the text out of my bag, he told be I was supposed to have read the text before.
— Yes, of course, but I did not study it by heart. Did you really expect me to analyse a text without even looking at it?
— Well, that’s how we always did.
— I’m not asking you what you did but if you find it smart or not.
— That’s not the point.
— As it is a philosophical class, I think this is the very essence of the point.
— Forget it, tells me what you remember about the text.

So I did but I pointed out that the text was really badly written and some sentences were not clear. I cited a sentence I remembered as notable and which seemed in contradiction with some part of the text.

— This sentence is not in the text. It’s not what the text is about.
— Well, let me show you, I underlined it (I made the gesture of putting the text out of my bag)
— No! You can’t take the text! You could have notes on it! It’s forbidden! said the professor with a panicked voice.
— Well, then let me show the sentence on your copy of the text.
He hands me the paper. I’m surprised : it’s in English while the text he gave us was in French.
— I don’t understand, mine was in French.
— Indeed, reply the professor. I gave you a translation I found. I thought it would be easier for you. But I prefer to read it myself in the original version.
— Excuse-me but… did you ever read the translation before giving it to us?
— Not really…
— So, basically, you are trying to judge how I memorised a text you didn’t even read yourself?
— …
— I think there’s nothing to add.

I was so angry that I walked out of the room without an eye for the teacher. I was 20 and willing to learn philosophy. Once again, I received the minimal succesful grade. A way to not see me anymore in their classes.

Those anecdotes are not only about two professors. They are the very essence of our system. When I write a blog post detailing some ideas, the negatives reactions are always about the fact that I’m not original, just saying the same thing as someone else. Or that I’m saying the opposite of some famous people. Or that, if I can’t cite who told it before me, then I can’t say anything.

All academic social sciences seem plagued with the same disease. You can’t have any opinion before reading and knowing all the opinions of the “great predecessors”. And once you know them, you are not allowed to differ from what they say. And you are not allowed to think like them because that woul’d be plagiarism.

The summary is clear and is what my philosophy professors were trying to teach me: you are not allowed to think at all. You are only allowed to recite the “great ancients” and to analyse what they said. This is, of course, reminiscent of every decadent civilisation.

Academia has turned upside down. People don’t go to university to learn anymore but to get an administrative form (called “diploma”) that will allow them, they hope, to land a useless but prestigious punching card job with a good salary in an administrative society. They may also use the opportunity to meet other people and create a network. Learning? When some skills will be necessary, they will be learned on-the-fly on a day-to-day basis. At the cost of losing depth and the big picture of the knowledge. If really needed, reading a book worth more than spending hours on a chair listening to someone who has a full-time job getting grants for his/her PhD students and which was selected for that job because she was one of the best to find grants and to memorise answers to arbitrary questions at an exam.

We are not doing innovation, we are doing marketing everywhere.

It’s hard to convince ourselves that we live in an incredible age of innovation. After all, all great science-fiction achievements have been stopped with the 20th century. We have yet to go back to the moon. We are excited to follow a small robot on Mars, something that we did in the seventies. Sure, we have a better camera but that’s all. We are excited by electric cars, something that existed since the inception of cars themselves, only because we were holding back any innovation in that field. Imagine telling someone from 1970 that, 50 years later, we will get excited by electric cars, rocket that barely put satellites in orbit and having a phone in our pocket. A phone that takes all our attention all the time.

As Graeber pointed out, huge bureaucratic infrastructures have historically served for what he calls “poetic purpose”. Poetic is not good nor bad. It’s basically irrational. Like building pyramids, cathedral or rockets to kill other countries or send a handful of men on the moon.

But the bureaucracy is so efficient, so strong that, in order to preserve itself, it now kills any means of innovation, any sense of purpose. Something as seemingly important as “saving the planet so we can live on it” seems impossible because, well, we have to put the administrative procedures in place. Kyoto or Rio or Paris agreements are nothing but transforming the “saving the planet” purpose in a bunch of administrative forms. It simply can’t work.

Administration doesn’t want to change and, thus, doesn’t want to save the planet. It is quite simple to demonstrate it: vastly increasing taxes on fuel looks like a sensible way to reduce consumption of such fuel. This has never been done at a scale, not because of rational arguments but because “it might cost jobs, it might slow the economy”. Well, the whole point is that jobs and growth is what is killing the planet.

We have built a machine to create meaningless jobs in order to foster an arbitrary virtual metric and nobody, by design of the machine, can shut it down even if not doing it implies destroying the whole planet.

As administrative structures seem to go hand in hand with centralised power, our only hope to get back to innovation and to poetic technology is having a look at what can be decentralised.

And this is why Bitcoin is so exciting. Bitcoin is truly decentralised. The defunct Moonshot Express project aimed at sending a bitcoin wallet to the moon. Everybody could then decide to send money to that wallet. Claiming the money on the wallet would involve going to the moon and bringing back a small metal piece. That would be innovative, groundbreaking. Poetic.

In my lengthy introduction, I tried to demonstrate that even “scientific taxes” does not pay researchers. It is used to build a huge bullshit factory around the word “research”. The same applies for entrepreneurship and innovation. There are even grants to help startups get patents!

Thanks to projects like Moonshot Express, citizens could instead send their money directly to the moon, fostering informal technological cooperation. As the project r.loop demonstrated, open source enthusiasts are ready to switch from purely software project to literally rocket science. All in a pure decentralised way. Decentralisation is becoming the politically correct word for anarchism.

This will be heavily disruptive. As Ladrière and Simondon explored it, a technology is disruptive by essence. If it does not disrupt the society, this is not innovation but product marketing.

As the visionary Vinay Gupta pointed out, technologies like Bitcoin and Ethereum, once you remove the “blockchain” marketing crap, enables a new kind of projects were decentralised investors give resources and directions, hoping to get benefits or only for the sake of supporting the project. Transparency and collaboration become the new default. Which is the opposite of an administration which can survive only thanks to its opaqueness.

Unfortunately, we are still living in a bureaucratic world dedicated to marketing. Today’s innovation has been transformed in a pure marketing machine. A company doesn’t sell innovation anymore. It innovates in order to serve the marketing.

Kickstarter and other crowdfunding websites are the epitome of this 100% marketing, no product approach. On Kickstarter, the customer is sold products that don’t exist yet and that have never been tested.

All Kickstarter pages are basically the same with a clean-looking video, some sketches of the product and pictures of smiling people using a fake version of the product. The customer is then asked to pay in advance and to wait.

Which, of course, means that the product is often not completed successfully. But, when it does, one quickly realises that what was good on video is, in fact, unusable in real life. Software is crappy, with an unfinished proprietary cloud platform and no iteration. But that’s not a real problem because, most of the time, we forgot that we paid for a given project two years before. The product is less important than looking cool on social networks. I like to call that “false good idea”. It often ends with the following discussion:

— Wow, look at that cool project.
— Well, it looks cool at first glance but, think about it. This would be unusable in real life.
— Oh, you are so negative. The idea is cool.

The marketing approach is so systematic that there are marketing agencies specialised in Kickstarter marketing to get you contributors. They even go as far as producing your “product” with your logo on it.

We could see Kickstarter as a contribution to research. Giving money without expecting any return. But the worst of all is probably that, given free rein on imaginative products, all we see on Kickstarter are plastic smartphones holders, backpacks for laptops or GPS chips to spy our kids.

We are so used to the imaginary world of marketers that we pay for the right of dreaming to use a product for which we have no need (else, we won’t accept to wait for months or years). Driven by carefully designed dopamine rushes, we tend to spend every waking moment in the curated world of those targeted ads.

Can we still have creative ideas?

As Graeber points out, the Internet, like patents, kill every inspiration because “it has already been done and it failed. Or, worst, because it succeeded.” Or, as I learned through my career : “If nobody has done it, there’s probably a good reason.”

Inventing is impossible. Only selling is acceptable.

Blockchain was no exception with the ICO frenzy. While ICO was, at first, seen as a sensible way for a project to raise money, the ICO bubble made people realise that you only need to create a token (which is a few lines of codes in the Ethereum blockchain) and a good website to raise millions of dollars.

As I was explaining it to my circles, everybody asked me why I was not launching my own cryptomoney. ICO are not about the underlying project anymore anyway. It’s purely about selling yours as the next Bitcoin that will hit 10,000$, despites all the economic fallacies.

Given all those gigantic scams, guess what the public asked?

More regulations of the ICOs! More administrative procedures.

ICO are still an incredible way to fund a project and to bring new kind of governance to decentralised systems. If we get it right, Bitcoin and subsequent technologies could become the administrative layers that would render bureaucracy obsolete.

Bitcoin itself is a pure piece of poetic technology.

But do we really want to break free of our virtual dream world?

After all, the rise of administrative bureaucracy as a goal by itself is heavily correlated with the rise of television which, as pointed out by Michel Desmurget in TV Lobotomie, is highly correlated with an education crisis.

Now that we constantly have in our pocket a television tailored to our short term desires and tastes, now that we forgot how to focus, how to think by ourselves, how to be creative (we grow up surrounded by screens and, as pointed out by Desmurget, this has severe and long-lasting impact on our brains), are we even willing to make the new revolution?

Not by cutting heads but by throwing our screens filled with ads, by stopping to give our hours to meaningless work, by refusing to do stuff that doesn’t make sense, even if we are paid to do it (our jobs) or we are forced to do it (legal forms)?

Don’t count on “democracy”. Elections are only used to choose some public bureaucrats. Ballot is only one kind of administrative form. The whole social choice theory field demonstrated that there’s no objective election system. Arrow theorem can be oversimplified as “voters are not deciding anything, it’s the voting system that makes the result” or “give me the result you want, I will design a voting system that makes it appear as the legit result for every voter”. Nevertheless, academic discussions about voting systems are still limited to “how can we vote using Internet” or, worse, “how can we build a social media to make people vote” (I’m not making this stuff up, those were real discussions I was involved with academic people and high-ranking European politicians).

The future cannot be administratively reduced to votes. As Vinay Gupta likes to say, the future is like another country. We should have diplomatic relationship with the future and not only sending them our trash. We should have a system that envision the future as a part of ourselves, something fluid, lean, permanently changing. Unlike the “Let’s throw that for after the elections” philosophy.

We like to criticise politicians. But they are doing exactly what the system asked them to do. You can throw them all, nothing will change because they are puppets of the system. A good way to illustrate it is that, if you shut down all media, you will realise it’s impossible for the vast majority of the population to know what kind of ideology has won the latest elections and is running the system. If you except some edge cases (that might be very important, like if you are an immigrant without passport in a country suddenly ruled by the extreme right), the system is mostly running alone. The time of reaction between a political action and its effect (when there’s one) is simply superior to the time between two elections. And after an election, the winner usually takes the time to undo everything the president did. In the end, nothing changes. I’m from a small country called Belgium where the electoral game is so complex, forming a government requires agreement between so many parties that it is borderline impossible.

This led the country to become officially without government for very long times, sometimes more than a year. This is for example currently the case.

In reality, nobody realises it. Except for the media, which could as well be describing something happening on another continent. There’s one exception: bureaucrats, who ends up taking decisions or waiting for decisions about which form should go where. If you are not a bureaucrat and not waiting for money from them, life is in fact easier without a government.

Advertising and media, which are in fact the same stuff, are building a world where politicians are supposed to take important decisions, where we should vote and fill out forms to create jobs in order to buy more stuff that will create even more jobs and make us happy.

Screens are made addictives to forbid us to disconnect from this virtuality, to prevent us to dream about innovations and see the world with naked eyes. Resistance looks futile, our future is doomed. Our only hope lies in poetry.

If we throw away our screens, if we start to boycott every single media, if we refuse to do absurd jobs, if we hang marketers and advertisers then we will be able to see the poetry. A poetry which could, maybe, save us all.

Photo by Dmitry Ratushny on Unsplash

Je suis @ploum, écrivain électronique. Si vous avez apprécié ce texte, n'hésitez pas à me soutenir sur Paypal ou en millibitcoins 34pp7LupBF7rkz797ovgBTbqcLevuze7LF. Vos soutiens réguliers, même symboliques, sont une réelle motivation et reconnaissance. Merci !

Ce texte est publié sous la licence CC-By BE.

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Se passer d’écran avec un téléphone e-inkhttps://ploum.net/?p=6432http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20200129_173557_Se_passer_d___ecran_avec_un_telephone_e-inkWed, 29 Jan 2020 16:35:57 +0000Vivre au quotidien avec le téléphone Hisense A5

Tout ce qui fait de la lumière nous hypnotise. Nous pouvons rester des minutes entières à contempler le crépitement des flammes d’un feu de camp. Lorsque nous rentrons dans une pièce avec une télévision allumée, notre regard est immédiatement attiré, aspiré.

Se passer des réseaux sociaux comme je l’ai fait avec ma déconnexion ? Ce n’est qu’une petite partie du problème. Nous avons toujours en permanence un écran dans notre poche, un écran que nous avons envie de consulter au moindre signe d’ennui, de temps mort. Un écran qui nous satisfait plus que lire quelques pages d’un livre ou de prendre quelques secondes pour méditer.

J’ai réalisé que je n’étais pas addict aux applications sur mon téléphone ou mon ordinateur, mais bien à l’écran lui-même. Que je coupe une activité et je me retrouve, presque consciemment, à tenter d’imaginer ce que je pourrais bien faire pour justifier de passer du temps sur un écran.

Un phénomène que je n’ai pas du tout avec ma liseuse. L’écran est essentiellement réfléchissant. Il n’y pas de mouvements fluides, hypnotiques, d’images.

Logiquement, je me suis mis à la recherche d’un téléphone e-ink, un téléphone sans écran lumineux, sans couleur. Plusieurs modèles ont vu le jour dans les années 2013-2014, mais aucun ne semble avoir eu de succès. Le seul modèle qui semble exister est le Hisense A5, que j’ai décidé d’acheter.

Premier contact

Initialement annoncé à 100$, le Hisense A5 coûte en réalité plus de 200$ sur la majorité des sites d’import. Ajoutez à cela les frais de douane et on est plus proche des 250€. Mais je devais de toute façon remplacer mon téléphone défectueux.

Le Hisense A5 tourne sous Android, mais est fourni en deux langues : anglais et chinois. Pas d’autre choix. À noter que la traduction est incomplète. Les idéogrammes chinois apparaissent un peut partout. Ce n’est pas dramatique, mais certains mouvements lancent des applications en chinois que je n’ai pas réussi à désinstaller. Un peu embêtant.

Autre point d’attention : les services Google ne sont pas installés sur le téléphone. Cela tombe bien, car je voulais justement me passer de Google, mais cela vient avec quelques surprises sur lesquelles je reviendrai.

Un peu de bidouillage est donc nécessaire pour installer vos applications : installer F-Droid et, depuis F-Droid, installer Aurora Store qui permet d’installer n’importe quelle application de l’appstore Google.

L’écran e-ink à l’usage

Le fait d’avoir un écran e-ink est une expérience étonnante. On s’habitue très vite au noir et blanc. L’écran possède deux modes d’affichage (un plus net, mais plus lent, pour les photos, et l’un rapide, pour l’interaction quotidienne). Il est facile de passer d’un mode à l’autre grâce à un raccourci et c’est vraiment très utile.

Après quelques jours, le fait de voir les écrans des autres téléphones semble incroyablement agressif. Ça bouge, c’est coloré, c’est violent. Le téléphone e-ink est incroyablement zen.

Autre particularité de l’e-ink : il est assez lent. Pas question de faire défiler des flux ou des news à toute vitesse. Loin d’être un problème, c’est au contraire une fonctionnalité incroyable. Pendant un temps mort, j’ai le réflexe de prendre mon téléphone avant de me dire « Mais pourquoi je prends ce truc ? Qu’est-ce que j’ai envie d’y faire ? ». Le téléphone e-ink est donc un véritable sevrage !

Pocket, en mode tournage de page, est dans son univers. C’est à peu près la seule application qui donne envie d’être utilisée sur ce téléphone.

Pocket sur le Hisense A5

Pour les applications quotidiennes, le fait d’être en e-ink n’est pas particulièrement handicapant. On s’habitue très vite sauf pour les applications mal conçues dans lesquelles on ne fait pas la différence entre l’activation et la désactivation, le gris foncé (désactivé) et le bleu foncé (activé) apparaissant de la même manière. C’est particulièrement frappant dans Garmin Connect et cela me fait dire que ces applications ne sont pas utilisables par les personnes avec des troubles de la vue comme le daltonisme.

Photos et vidéos

L’appareil photo fonctionne très bien et prend des photos tout à fait correctes, voire belles… une fois affichée sur un autre appareil ! C’est d’ailleurs assez amusant de ne pas pouvoir juger immédiatement du résultat d’une photo. On retrouve un peu l’esprit des appareils argentiques : prendre moins de photos (parce que l’interface est moins réactive et décourage le mitraillage) et ne pas les regarder avant d’être rentré à la maison.

La peur de rater une bonne photo est également une addiction problématique de nos smartphones. Il suffit de voir la foule lors des événements importants : tout le monde regarde le monde à travers son smartphone ! Un écran e-ink, sans résoudre le problème, le rend moins prégnant. Une sorte d’équilibre que je trouve acceptable : on peut prendre des photos, mais cela ne remplace pas la réalité.

Ce sentiment est également présent en voyage, alors que je reçois des photos de ma famille. L’appel vidéo en noir et blanc saccadé renforce l’impression d’éloignement, de distance. Je trouve cela personnellement une bonne chose, car cela permet de se rendre compte de l’importance d’une présence réelle, que le chat et la vidéo ne sont que des succédanés.

Autonomie

La merveille de l’écran e-ink est qu’il ne consomme presque rien ! Lors d’une journée normale, connecté sur le wifi avec un usage léger, je consomme entre 10 et 15% de batterie. En voyage, après une très longue journée en permanence sur la 4G, avec utilisation intensive du GPS, appels vidéo, prises de photo, je n’ai jamais réussi à descendre en dessous de 50% de batterie. En étant attentif (usage limité, mode avion quand pas utilisé), on peut sans problème dépasser la semaine.

Bref, ce téléphone est l’arme absolue du baroudeur : énorme autonomie et obligation de rester en permanence connecté au monde réel autour de soi !

Nous en discutions avec Thierry Crouzet : ce téléphone pourrait bien être le compagnon ultime du bikepacker. Grande autonomie, impossibilité de passer la soirée à trier les photos de la journée et permet de remplacer la liseuse.

En usage courant, je préfère très largement ma liseuse Vivlio, avec écran large, boutons physiques et sans distraction. Mais, en bikepacking où la fatigue rend la lecture très sporadique, le Hisense A5 serait suffisant, permettant d’économiser une grosse centaine de grammes de bagages.

La vie sans Google

Comme je l’ai signalé, ce téléphone ne permet pas d’installer les services Google. Que sont les services Google ? Une couche logicielle qui permet de lier une application avec votre compte Google.

Cela signifie que vous pouvez installez des apps à travers l’Aurora store, mais uniquement des apps gratuites. Cela signifie également qu’il est impossible de se connecter avec son compte Google. Google Maps fonctionne très bien, mais pas avec votre compte (ne vous permettant pas de partager votre position avec vos amis ou d’utiliser vos favoris). Cela veut dire également pas d’import facile de mes contacts depuis mon téléphone précédent.

Personnellement les manques les plus difficiles et pour lesquels je n’ai pas encore de solution sont Google Agenda et Google Musique. Je peste également contre le manque de Google Photos qui me permettait d’accéder immédiatement à mes photos depuis mon ordinateur. J’utilise Tresorit, mais la fonctionnalité d’importation de photos n’est pas vraiment au point et ne semble pas fonctionner sur ce téléphone (tout comme celle de Dropbox).

Autre manque qui m’a surpris : Strava refuse de se lancer sans les Google Services ! Brain.fm me prévient également qu’il ne fonctionnera pas, mais, après avoir accepté l’erreur, se lance sans problème. J’avoue que je ne saurais pas me passer de Brain.fm même si j’ai l’impression que la qualité de son dans mon casque Bluetooth est inférieure à mon téléphone précédent.

Pour le reste, tout fonctionne plutôt bien, y compris Google Maps ou mes gadgets Bluetooth. Certaines applications peuvent cependant avoir de petits soucis : l’appli météo que j’utilise n’arrive pas à obtenir une position. Signal ne me notifie parfois de certains messages que lorsque je lance manuellement l’application. Brain.fm plante parfois si j’utilise d’autres applications pendant qu’il tourne. Et Strava ne se lance pas du tout !

Conclusion

À la lecture de ce qui précède, il est évident que ce téléphone est réservé aux geeks prêts à bidouiller et à faire des sacrifices.

Cependant, pour un téléphone qu’il faut bidouiller et un système Android pas du tout prévu pour un téléphone e-ink, il se comporte incroyablement bien. Contrairement à un LightPhone, très joli sur papier, mais incroyablement limité dans la vie quotidienne (pas d’application bancaire, pas de système d’authentification à deux facteurs, pas moyen de trouver rapidement une adresse), le Hisense A5 est un véritable téléphone.

Je suis persuadé que des interfaces spécifiquement conçues pour e-ink changeront complètement la relation que nous avons avec nos écrans. Je le vois d’ailleurs avec le Freewrite qui, malgré tous ses problèmes software, change ma relation avec l’écriture.

Je crois que je ne pourrais déjà plus revenir à un téléphone traditionnel. J’attends juste que Protonmail sorte son appli agenda pour Android, que je trouve une solution de rechange pour streamer ma musique et ce téléphone sera presque parfait !

Cela signifie également que lorsque je n’ai pas besoin de mon laptop, je me balade désormais sans le moindre écran couleur. Une véritable libération !

Je suis @ploum, écrivain électronique. Si vous avez apprécié ce texte, n'hésitez pas à me soutenir sur Paypal ou en millibitcoins 34pp7LupBF7rkz797ovgBTbqcLevuze7LF. Vos soutiens réguliers, même symboliques, sont une réelle motivation et reconnaissance. Merci !

Ce texte est publié sous la licence CC-By BE.

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Tout ce qui fait de la lumière nous hypnotise. Nous pouvons rester des minutes entières à contempler le crépitement des flammes d’un feu de camp. Lorsque nous rentrons dans une pièce avec une télévision allumée, notre regard est immédiatement attiré, aspiré.

Se passer des réseaux sociaux comme je l’ai fait avec ma déconnexion ? Ce n’est qu’une petite partie du problème. Nous avons toujours en permanence un écran dans notre poche, un écran que nous avons envie de consulter au moindre signe d’ennui, de temps mort. Un écran qui nous satisfait plus que lire quelques pages d’un livre ou de prendre quelques secondes pour méditer.

J’ai réalisé que je n’étais pas addict aux applications sur mon téléphone ou mon ordinateur, mais bien à l’écran lui-même. Que je coupe une activité et je me retrouve, presque consciemment, à tenter d’imaginer ce que je pourrais bien faire pour justifier de passer du temps sur un écran.

Un phénomène que je n’ai pas du tout avec ma liseuse. L’écran est essentiellement réfléchissant. Il n’y pas de mouvements fluides, hypnotiques, d’images.

Logiquement, je me suis mis à la recherche d’un téléphone e-ink, un téléphone sans écran lumineux, sans couleur. Plusieurs modèles ont vu le jour dans les années 2013-2014, mais aucun ne semble avoir eu de succès. Le seul modèle qui semble exister est le Hisense A5, que j’ai décidé d’acheter.

Premier contact

Initialement annoncé à 100$, le Hisense A5 coûte en réalité plus de 200$ sur la majorité des sites d’import. Ajoutez à cela les frais de douane et on est plus proche des 250€. Mais je devais de toute façon remplacer mon téléphone défectueux.

Le Hisense A5 tourne sous Android, mais est fourni en deux langues : anglais et chinois. Pas d’autre choix. À noter que la traduction est incomplète. Les idéogrammes chinois apparaissent un peut partout. Ce n’est pas dramatique, mais certains mouvements lancent des applications en chinois que je n’ai pas réussi à désinstaller. Un peu embêtant.

Autre point d’attention : les services Google ne sont pas installés sur le téléphone. Cela tombe bien, car je voulais justement me passer de Google, mais cela vient avec quelques surprises sur lesquelles je reviendrai.

Un peu de bidouillage est donc nécessaire pour installer vos applications : installer F-Droid et, depuis F-Droid, installer Aurora Store qui permet d’installer n’importe quelle application de l’appstore Google.

L’écran e-ink à l’usage

Le fait d’avoir un écran e-ink est une expérience étonnante. On s’habitue très vite au noir et blanc. L’écran possède deux modes d’affichage (un plus net, mais plus lent, pour les photos, et l’un rapide, pour l’interaction quotidienne). Il est facile de passer d’un mode à l’autre grâce à un raccourci et c’est vraiment très utile.

Après quelques jours, le fait de voir les écrans des autres téléphones semble incroyablement agressif. Ça bouge, c’est coloré, c’est violent. Le téléphone e-ink est incroyablement zen.

Autre particularité de l’e-ink : il est assez lent. Pas question de faire défiler des flux ou des news à toute vitesse. Loin d’être un problème, c’est au contraire une fonctionnalité incroyable. Pendant un temps mort, j’ai le réflexe de prendre mon téléphone avant de me dire « Mais pourquoi je prends ce truc ? Qu’est-ce que j’ai envie d’y faire ? ». Le téléphone e-ink est donc un véritable sevrage !

Pocket, en mode tournage de page, est dans son univers. C’est à peu près la seule application qui donne envie d’être utilisée sur ce téléphone.

Pocket sur le Hisense A5

Pour les applications quotidiennes, le fait d’être en e-ink n’est pas particulièrement handicapant. On s’habitue très vite sauf pour les applications mal conçues dans lesquelles on ne fait pas la différence entre l’activation et la désactivation, le gris foncé (désactivé) et le bleu foncé (activé) apparaissant de la même manière. C’est particulièrement frappant dans Garmin Connect et cela me fait dire que ces applications ne sont pas utilisables par les personnes avec des troubles de la vue comme le daltonisme.

Photos et vidéos

L’appareil photo fonctionne très bien et prend des photos tout à fait correctes, voire belles… une fois affichée sur un autre appareil ! C’est d’ailleurs assez amusant de ne pas pouvoir juger immédiatement du résultat d’une photo. On retrouve un peu l’esprit des appareils argentiques : prendre moins de photos (parce que l’interface est moins réactive et décourage le mitraillage) et ne pas les regarder avant d’être rentré à la maison.

La peur de rater une bonne photo est également une addiction problématique de nos smartphones. Il suffit de voir la foule lors des événements importants : tout le monde regarde le monde à travers son smartphone ! Un écran e-ink, sans résoudre le problème, le rend moins prégnant. Une sorte d’équilibre que je trouve acceptable : on peut prendre des photos, mais cela ne remplace pas la réalité.

Ce sentiment est également présent en voyage, alors que je reçois des photos de ma famille. L’appel vidéo en noir et blanc saccadé renforce l’impression d’éloignement, de distance. Je trouve cela personnellement une bonne chose, car cela permet de se rendre compte de l’importance d’une présence réelle, que le chat et la vidéo ne sont que des succédanés.

Autonomie

La merveille de l’écran e-ink est qu’il ne consomme presque rien ! Lors d’une journée normale, connecté sur le wifi avec un usage léger, je consomme entre 10 et 15% de batterie. En voyage, après une très longue journée en permanence sur la 4G, avec utilisation intensive du GPS, appels vidéo, prises de photo, je n’ai jamais réussi à descendre en dessous de 50% de batterie. En étant attentif (usage limité, mode avion quand pas utilisé), on peut sans problème dépasser la semaine.

Bref, ce téléphone est l’arme absolue du baroudeur : énorme autonomie et obligation de rester en permanence connecté au monde réel autour de soi !

Nous en discutions avec Thierry Crouzet : ce téléphone pourrait bien être le compagnon ultime du bikepacker. Grande autonomie, impossibilité de passer la soirée à trier les photos de la journée et permet de remplacer la liseuse.

En usage courant, je préfère très largement ma liseuse Vivlio, avec écran large, boutons physiques et sans distraction. Mais, en bikepacking où la fatigue rend la lecture très sporadique, le Hisense A5 serait suffisant, permettant d’économiser une grosse centaine de grammes de bagages.

La vie sans Google

Comme je l’ai signalé, ce téléphone ne permet pas d’installer les services Google. Que sont les services Google ? Une couche logicielle qui permet de lier une application avec votre compte Google.

Cela signifie que vous pouvez installez des apps à travers l’Aurora store, mais uniquement des apps gratuites. Cela signifie également qu’il est impossible de se connecter avec son compte Google. Google Maps fonctionne très bien, mais pas avec votre compte (ne vous permettant pas de partager votre position avec vos amis ou d’utiliser vos favoris). Cela veut dire également pas d’import facile de mes contacts depuis mon téléphone précédent.

Personnellement les manques les plus difficiles et pour lesquels je n’ai pas encore de solution sont Google Agenda et Google Musique. Je peste également contre le manque de Google Photos qui me permettait d’accéder immédiatement à mes photos depuis mon ordinateur. J’utilise Tresorit, mais la fonctionnalité d’importation de photos n’est pas vraiment au point et ne semble pas fonctionner sur ce téléphone (tout comme celle de Dropbox).

Autre manque qui m’a surpris : Strava refuse de se lancer sans les Google Services ! Brain.fm me prévient également qu’il ne fonctionnera pas, mais, après avoir accepté l’erreur, se lance sans problème. J’avoue que je ne saurais pas me passer de Brain.fm même si j’ai l’impression que la qualité de son dans mon casque Bluetooth est inférieure à mon téléphone précédent.

Pour le reste, tout fonctionne plutôt bien, y compris Google Maps ou mes gadgets Bluetooth. Certaines applications peuvent cependant avoir de petits soucis : l’appli météo que j’utilise n’arrive pas à obtenir une position. Signal ne me notifie parfois de certains messages que lorsque je lance manuellement l’application. Brain.fm plante parfois si j’utilise d’autres applications pendant qu’il tourne. Et Strava ne se lance pas du tout !

Conclusion

À la lecture de ce qui précède, il est évident que ce téléphone est réservé aux geeks prêts à bidouiller et à faire des sacrifices.

Cependant, pour un téléphone qu’il faut bidouiller et un système Android pas du tout prévu pour un téléphone e-ink, il se comporte incroyablement bien. Contrairement à un LightPhone, très joli sur papier, mais incroyablement limité dans la vie quotidienne (pas d’application bancaire, pas de système d’authentification à deux facteurs, pas moyen de trouver rapidement une adresse), le Hisense A5 est un véritable téléphone.

Je suis persuadé que des interfaces spécifiquement conçues pour e-ink changeront complètement la relation que nous avons avec nos écrans. Je le vois d’ailleurs avec le Freewrite qui, malgré tous ses problèmes software, change ma relation avec l’écriture.

Je crois que je ne pourrais déjà plus revenir à un téléphone traditionnel. J’attends juste que Protonmail sorte son appli agenda pour Android, que je trouve une solution de rechange pour streamer ma musique et ce téléphone sera presque parfait !

Cela signifie également que lorsque je n’ai pas besoin de mon laptop, je me balade désormais sans le moindre écran couleur. Une véritable libération !

Je suis @ploum, écrivain électronique. Si vous avez apprécié ce texte, n'hésitez pas à me soutenir sur Paypal ou en millibitcoins 34pp7LupBF7rkz797ovgBTbqcLevuze7LF. Vos soutiens réguliers, même symboliques, sont une réelle motivation et reconnaissance. Merci !

Ce texte est publié sous la licence CC-By BE.

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Linux et minimalisme numériquehttps://ploum.net/?p=6424http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20191104_093333_Linux_et_minimalisme_numeriqueMon, 04 Nov 2019 08:33:33 +0000Petite chronique d’un retour aux sources et à l’essentiel d’un libriste de cœur.

L’intoxication numérique n’est pas simplement liée à la consommation quotidienne de Facebook. Les outils que nous utilisons pour être « productifs » ont également un coût énorme sur notre énergie mentale. Comme le souligne Cal Newport dans ses livres Deep Work et Digital Minimalism, nous avons tendance à ne considérer que le bénéfice potentiel d’un outil, nonobstant les coûts. Ce qui nous mène forcément à la conclusion absurde qu’« avoir l’outil est mieux que de ne pas l’avoir du tout ».

Dans mon esprit, ce surplus de consommation numérique s’est cristallisé avec l’App Store d’Apple. À travers des jolies images et des jolies couleurs, l’App Store avait pour objectif de me faire installer une énième application qui me rendrait plus productif, une énième application certes très jolie, mais dans laquelle je devrais migrer mes données existantes avant d’apprendre à l’utiliser avant de recommencer avec une autre quelques mois plus tard.

Excédé également par la non-configurablité, mais également par les bugs de MacOS, j’ai décidé de regagner ma liberté, de retourner à mes amours. 5 ans de Mac étaient une belle expérience, mais fini de jouer, j’ai désormais envie de revenir aux choses sérieuses.

Plutôt que de tenter une migration app pour app, en trouvant une application équivalente à chacun de mes usages, j’en ai profité pour faire le tri, pour lister toutes les apps et services que j’utilisais afin de les réduire au minimum.

La philosophie

Si j’investis dans un nouveau laptop, la question principale à se poser est « pour en faire quoi ? ». On peut tout faire aujourd’hui avec un ordinateur. Mais quel est mon objectif principal outre faire tourner Linux ?

Dans mon cas, il est très simple : écrire. Que ce soit pour mes projets personnels ou professionnels, je ramène désormais tout à l’écriture (d’ailleurs, si vous cherchez un écrivain/scénariste/vulgarisateur/futurologue, je fais également du mercenariat).

Outre les incontournables mails et un navigateur web, tout ce qui n’est pas directement lié à l’écriture doit être considéré de trop. Je me suis octroyé un seul plaisir : la lecture des flux RSS.

Pour le reste, je m’interdis toute distraction sur ce nouvel ordinateur. Les réseaux sociaux et les médias seront même bloqués. L’idée est que mon cerveau comprenne instinctivement que ce laptop ne sait faire qu’une seule chose : servir de machine à écrire. Plutôt que de lutter en permanence contre la tentation de me distraire, je rends la distraction impossible sur une machine particulière.

Cela résout également pas mal de questions concernant la compatibilité avec tel ou tel logiciel vaguement dispensable. S’il n’est pas indispensable pour me faire écrire (et, au fond, rien n’est indispensable pour écrire dans un fichier Markdown), alors la question ne se pose pas : il n’a pas sa place sur ma machine..

Le laptop

Si Linux me manquait affreusement et que je ne risque pas de regretter une seule seconde MacOS, je ne peux pas en dire autant de la finesse, de la légèreté et de la qualité d’écran d’un macbook. 900 grammes sans ventilateur ni le moindre bruit, difficile de faire mieux.

Mon choix se porte finalement sur le Star Lite de Starlabs. 1,1kg, c’est un peu lourd, un peu plus épais avec un mauvais écran. Mais, avantage non négligeable, il coûte littéralement le quart du prix d’un macbook. À ce tarif, je ne m’attends pas à un miracle.

Je suis surpris cependant par l’aspect général. Pas de plastique, mais cette espèce d’aluminium qui semble très solide. Tellement solide qu’ouvrir le laptop requiert à chaque fois un véritable effort des deux mains. Une fois ouvert, l’écran est nettement moins bon, ultra-sensible aux reflets et bouge légèrement quand je tape au clavier. Le clavier, lui, est l’excellente surprise après des années sur un macbook : quel confort d’avoir de véritables touches ! Je regrette juste que les touches à droite soient fort petites, car, en Bépo, la touche la plus à droite est le W. Il m’arrive très régulièrement de taper un retour à la ligne au lieu d’un W. Mais je ne vais pas me plaindre : le macbook était devenu littéralement inutilisable à cause d’un bug, visiblement très répandu, qui déplace le curseur aléatoirement au cours de la frappe.

Niveau performances, je ne sais pas si c’est le matériel ou Linux, mais tout est parfaitement réactif dans i3. Le macbook consommait très souvent beaucoup de CPU, les sites étaient lents à ouvrir et Antidote était littéralement inutilisable. Rien de tout ça dans le Star Lite, je retrouve une expérience fluide et normale du web et je me réconcilie avec Antidote. Dans un Gnome-shell, c’est une autre histoire, spécialement avec le trackpad. Car le trackpad est une véritable catastrophe. De temps en temps, et je soupçonne que c’est lié à la charge CPU, il va se bloquer, devenir erratique ou très lent.

Mais j’ai décidé de vivre avec, car je souhaite utiliser de plus en plus le clavier. Le Star Lite dispose d’ailleurs d’une touche magique pour complètement désactiver le touchpad. J’adore !

Bref, le Star Lite est loin d’être parfait, mais il est petit, portable, relativement léger, résistant, assez performant pour mon usage minimal et pas cher. Bien que n’ayant pas de ventilateurs, il est cependant bruyant : la RAM cliquète comme sur un vieux desktop des années 90. Je croyais que ça n’existait plus… Ça et l’infernale diode blanche qui m’éblouit en permanence pour me dire que mon laptop est allumé !

Mon workflow de travail

Une conclusion s’est très vite imposée à mes yeux : je devais minimiser les différents stockages de mes données. Il m’est arrivé plus d’une fois de chercher un fichier dans Evernote alors qu’il était dans mon Dropbox ou dans Notions, de ne plus savoir exactement ce que j’avais installé sur ma machine ou de savoir que j’avais interagit avec un partenaire sur un projet, mais sans savoir si c’était sur Slack, Evernote, Google Drive ou par mail.

J’ai, ces dernières années, tenté de me débarrasser des fichiers, d’avoir tout dans Evernote ou tout autre service concurrent que je testais. Mais je réalise aujourd’hui que les mails et les fichiers sont deux piliers incontournables. Ils existeront toujours et je devrai toujours travailler avec. Du coup, comment ne pas ajouter d’autres piliers ?

C’est tout simple : je n’utiliserais désormais plus que des fichiers traditionnels organisés à ma façon. Finis les stacks, les notebooks, les notes. Si un logiciel ne me permet pas de gérer mes données dans des fichiers dans un format ouvert et une structure que je contrôle, je ne considère même pas son utilisation (exit donc Joplin ou Notable, qui sont pas mal mais forcent une structure de répertoires).

En partant du postulat que chaque projet est un répertoire, j’ai, après plusieurs essais et erreurs, fini par aboutir à la structure suivante en 5 répertoires très simples.

Archives : comme le nom l’indique, Archives contient tous les projets terminés ou abandonnés. À noter que, plutôt que de classer par “type”, je considère tout comme un projet. Les photos de mon mariage, par exemple, sont dans un dossier “Mariage” qui contient également le PDF des invitations, le tableur de la liste d’invités et toutes les autres archives. C’est simple, mais il m’a fallu casser l’inclinaison à mettre les photos dans “Photos”, les pdf dans “documents”, etc.

inbox : un répertoire essentiellement vide qui contient les fichiers temporaires ou en transit. Un billet de train, un PDF à imprimer, un document téléchargé que je n’ai pas encore classé, etc.

Workbox : contient les projets en cours qui ne nécessitent pas une attention soutenue. Ce sont plutôt des projets en arrière-plan permanent. Par exemple, le dossier SPRL contenant tout ce qui est relatif à notre société est dans Workbox. Un dossier Aida4 contient tout ce qui est relatif au brevet d’apnée sur lequel je travaille pour le moment. Ma migration vers Linux ou ma recherche de laptop étaient également dans ce répertoire.

Frigobox : répertoire particulier, il contient tous les projets sur lesquels je souhaite m’investir, mais que je m’interdis de faire pour le moment pour éviter la dispersion. La relecture de Printeurs pour en faire un ebook digne de ce nom est par exemple dans Frigobox. Plusieurs billets de blog sont également là-dedans.

Focusbox : les projets sur lesquels je souhaite me concentrer. Quand je suis sur mon ordinateur, c’est dans ce répertoire que je dois être et travailler. Idéalement un et pas plus de 3 projets dans ce répertoire.

Ces 5 dossiers sont synchronisés grâce à Tresorit. J’ai également 3 autres dossiers qui ne sont pas sur Tresorit : Download, un répertoire pour tout ce qui est temporaire et qui peut être perdu, devel, un répertoire qui contient les dépôts git sur lesquels je travaille et Dropbox, pour avoir accès à certaines applications qui nécessitent Dropbox (dans mon cas, c’est la synchronisation avec le Freewrite).

Depuis quelques mois, j’utilise cette organisation et je suis abasourdi par son efficacité. Je ne cherche plus un fichier, j’ai toujours sous la main ce dont j’ai besoin et les fichiers ne s’accumulent pas dans mon HOME.

Mon HOME. Tout simplement.

Logiciels

J’ai insisté sur mon désir de simplification. Comme je cherchais à passer un un tiling window manager, afin de faire tout au clavier et de ne plus avoir de bureau, je suis tombé sur Regolith Linux, un projet qui est exactement ce dont j’avais besoin, à savoir une version d’Ubuntu où le bureau GNOME a été remplacé par i3, mais en gardant certains avantages de GNOME et en étant très accessible aux débutants grâce à un affichage facile des raccourcis clavier. Un bonheur !

Hormis les traditionnels Firefox, Geary (pour les mails) et Feedreader (pour les RSS), le seul logiciel important installé sur ma machine est Zettlr.

Zettlr, combiné à mon organisation en répertoires, a réussi à remplacer pas moins de 4 logiciels macOS. Le fait que tous les répertoires de mon HOME soient dans Zettlr est primordial. Tout semble soudain incroyablement facile et simple.

Zettlr remplace tout d’abord Ulysses comme logiciel d’écriture et d’organisation de mes textes. Il remplace également Evernote comme logiciel de prise de notes. D’ailleurs, je n’ai jamais réussi de manière satisfaisante à trouver un workflow entre Evernote et Ulysses. Mais il remplace également DayOne. J’ai en effet décidé de transformer mon journal personnel en simples fichiers markdown (voir mon script d’export de DayOne vers Markdown). Et, last but not least, il remplace Things, le dernier gestionnaire de todo que j’avais testé.

En effet, plutôt que d’avoir des todos dans un logiciel séparé, je me contente désormais d’écrire le mot magique “TODO” dans le fichier du projet concerné. Bon, je l’avoue, j’utilise également un carnet papier (mais, de toute façon, je jonglais entre différents carnets papier, mon gestionnaire de todo, mes notes Evernote).

Zettlr ne remplace parfaitement aucun de ces logiciels. Mais, dans une volonté de minimalisme, j’ai décidé d’accepter cette “dégradation”, de perdre en fonctionnalités. Je me rends compte, après plus d’un mois à ce rythme, que c’est extrêmement libérateur pour l’esprit. Je courais après la solution ultime alors que, fondamentalement, le coût mental de n’importe quelle solution est bien plus élevé que le bénéfice éventuel.

Tout cela m’a même motivé de me remettre à Vim grâce au livre de Vincent Jousse « Vim pour les humains ». J’essaie de voir si je pourrais répliquer, dans Vim, les fonctionnalités de Zettlr, à savoir la navigation par projet, le mode distraction-free, la création simple d’un fichier dans un projet. Je réfléchis également à passer mes mails et mes flux RSS en ligne de commande, pour utiliser les raccourcis Vim. Chantier en cours, notamment en terme de lisibilité de ma console.

Le retour à la maison

Après 5 années sous MacOS, je ressens mon retour sous Ubuntu comme un véritable retour à la maison. Je n’ai jamais été chez moi sur un Mac. J’ai besoin que mes outils soient alignés avec mes valeurs. Je fais partie de la famille du libre, c’est identitaire chez moi et je dois l’accepter. J’ai trahi mes idéaux par semi-obligation professionnelle, confort et curiosité, mais je me rends compte que cela ne me plait pas.

Je repense à tous ces outils, parfois excellents, qui ont été créés, qui sont devenus une startup avant de disparaitre. Au lieu de créer ma startup, j’ai créé avec mon ami Bertrand le logiciel libre Getting Things GNOME. Je lui ai consacré plusieurs années de ma vie qui s’est traduit en un certain succès d’estime. Contrairement à une startup, je n’en ai jamais tiré le moindre profit financier, mais, aujourd’hui, je suis fier de constater que le logiciel possède encore des utilisateurs qui tentent de le faire revivre. C’est toute la différence entre le propriétaire et le libre : le libre a une chance de survivre à ses fondateurs. Mais les fondateurs, eux, n’ont aucune chance d’en tirer de gros bénéfices.

Aujourd’hui, ce que je cherche dans le libre c’est avant tout la liberté, la simplification. Une simplification dont Ubuntu s’éloigne à mes yeux beaucoup trop, notamment avec son système Snap qui me fait trop penser à l’App Store. Je lorgne pour revenir à mon premier amour libriste, Debian.

En attendant que Regolith fonctionne sous Debian, je liste tout ce que j’ai installé qui n’est pas disponible pour Debian. Mon objectif est de garder cette liste la plus courte possible. Je vous la partage.

En libre, et qui pourrait donc se retrouve dans Debian : Regolith, Zettlr, starlabs-power (optimisation pour la batterie de mon laptop), Signal, Protonvpn-cli, bitwarden et f.lux (redshift ne m’a pas vraiment satisfait). Si vous connaissez un développeur Debian, je serais heureux de donner un coup de main pour faire entrer Zettlr dans l’OS universel !

En non-libre : Tresorit, Protonmail-bridge, Antidote, Minetime (pas moyen de trouver un calendrier libre correct), Dropbox, Remarkable.

Pour les services non-libres, j’utilise également Adguard (sous forme d’extension Firefox), Brain.fm (j’adore ce service qui me simplifie la vie au point de ne pas avoir à choisir quelle musique écouter pour me concentrer).

C’est à la fois beaucoup et pas grand-chose quand je vois tous les services que j’ai résiliés durant ces derniers mois.

Les petits problèmes

Alors, certes, il me reste encore pas mal à faire pour configurer mon laptop aux petits oignons. Mais je crois que c’est le propre du libriste : ce ne sera jamais pleinement terminé. En fait, c’est un plaisir de mettre les mains dans le cambouis plutôt que de tester un énième logiciel propriétaire.

Attention, âmes sensibles s’abstenir de lire la suite, car la définition de plaisir chez un geek libriste est particulièrement retorse.

Dans mon planning, j’ai notamment mis d’arriver à faire une recherche de fichiers depuis Rofi, de travailler ma config Zsh, de faire une config mail Notmuch compatible avec Mutt et Astroid, de me trouver un calendrier en ligne de commande, de tester une vimification du browser (genre Tridactyl, mais faut que je puisse bépoïser tout ça), arriver à désactiver le screensaver quand le laptop est sur secteur (particulièrement ennuyeux quand je donne cours) et faire fonctionner autokey (ou toute autre solution équivalente). Arriver également à lister les TODOs dans mes différents fichiers, par exemple grâce à un plugin Vim.

Si vous n’êtes pas un geek linuxien un peu hardcore, le paragraphe précédent doit être du pur chinois pour vous. C’est normal, c’est signe que je suis revenu dans mon élément naturel !

Il y’a 15 ans, je lançais ce blog avec l’optique de convertir les windowsiens à Linux, j’abandonnais Debian et Fvwm pour Ubuntu et GNOME afin de me mettre dans la peau d’un utilisateur lambda. Peut-être qu’aujourd’hui, je peux redevenir moi-même. Et tant pis si personne d’autre n’arrive à utiliser mon laptop.

De toute façon, il est en Bépo…

Photo by Patrick Fore on Unsplash

Je suis @ploum, écrivain électronique. Si vous avez apprécié ce texte, n'hésitez pas à me soutenir sur Paypal ou en millibitcoins 34pp7LupBF7rkz797ovgBTbqcLevuze7LF. Vos soutiens réguliers, même symboliques, sont une réelle motivation et reconnaissance. Merci !

Ce texte est publié sous la licence CC-By BE.

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Linux et minimalisme numériquehttps://ploum.net/?p=6424http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20191104_083333_Linux_et_minimalisme_numeriqueMon, 04 Nov 2019 07:33:33 +0000Petite chronique d’un retour aux sources et à l’essentiel d’un libriste de cœur.

L’intoxication numérique n’est pas simplement liée à la consommation quotidienne de Facebook. Les outils que nous utilisons pour être « productifs » ont également un coût énorme sur notre énergie mentale. Comme le souligne Cal Newport dans ses livres Deep Work et Digital Minimalism, nous avons tendance à ne considérer que le bénéfice potentiel d’un outil, nonobstant les coûts. Ce qui nous mène forcément à la conclusion absurde qu’« avoir l’outil est mieux que de ne pas l’avoir du tout ».

Dans mon esprit, ce surplus de consommation numérique s’est cristallisé avec l’App Store d’Apple. À travers des jolies images et des jolies couleurs, l’App Store avait pour objectif de me faire installer une énième application qui me rendrait plus productif, une énième application certes très jolie, mais dans laquelle je devrais migrer mes données existantes avant d’apprendre à l’utiliser avant de recommencer avec une autre quelques mois plus tard.

Excédé également par la non-configurablité, mais également par les bugs de MacOS, j’ai décidé de regagner ma liberté, de retourner à mes amours. 5 ans de Mac étaient une belle expérience, mais fini de jouer, j’ai désormais envie de revenir aux choses sérieuses.

Plutôt que de tenter une migration app pour app, en trouvant une application équivalente à chacun de mes usages, j’en ai profité pour faire le tri, pour lister toutes les apps et services que j’utilisais afin de les réduire au minimum.

La philosophie

Si j’investis dans un nouveau laptop, la question principale à se poser est « pour en faire quoi ? ». On peut tout faire aujourd’hui avec un ordinateur. Mais quel est mon objectif principal outre faire tourner Linux ?

Dans mon cas, il est très simple : écrire. Que ce soit pour mes projets personnels ou professionnels, je ramène désormais tout à l’écriture (d’ailleurs, si vous cherchez un écrivain/scénariste/vulgarisateur/futurologue, je fais également du mercenariat).

Outre les incontournables mails et un navigateur web, tout ce qui n’est pas directement lié à l’écriture doit être considéré de trop. Je me suis octroyé un seul plaisir : la lecture des flux RSS.

Pour le reste, je m’interdis toute distraction sur ce nouvel ordinateur. Les réseaux sociaux et les médias seront même bloqués. L’idée est que mon cerveau comprenne instinctivement que ce laptop ne sait faire qu’une seule chose : servir de machine à écrire. Plutôt que de lutter en permanence contre la tentation de me distraire, je rends la distraction impossible sur une machine particulière.

Cela résout également pas mal de questions concernant la compatibilité avec tel ou tel logiciel vaguement dispensable. S’il n’est pas indispensable pour me faire écrire (et, au fond, rien n’est indispensable pour écrire dans un fichier Markdown), alors la question ne se pose pas : il n’a pas sa place sur ma machine..

Le laptop

Si Linux me manquait affreusement et que je ne risque pas de regretter une seule seconde MacOS, je ne peux pas en dire autant de la finesse, de la légèreté et de la qualité d’écran d’un macbook. 900 grammes sans ventilateur ni le moindre bruit, difficile de faire mieux.

Mon choix se porte finalement sur le Star Lite de Starlabs. 1,1kg, c’est un peu lourd, un peu plus épais avec un mauvais écran. Mais, avantage non négligeable, il coûte littéralement le quart du prix d’un macbook. À ce tarif, je ne m’attends pas à un miracle.

Je suis surpris cependant par l’aspect général. Pas de plastique, mais cette espèce d’aluminium qui semble très solide. Tellement solide qu’ouvrir le laptop requiert à chaque fois un véritable effort des deux mains. Une fois ouvert, l’écran est nettement moins bon, ultra-sensible aux reflets et bouge légèrement quand je tape au clavier. Le clavier, lui, est l’excellente surprise après des années sur un macbook : quel confort d’avoir de véritables touches ! Je regrette juste que les touches à droite soient fort petites, car, en Bépo, la touche la plus à droite est le W. Il m’arrive très régulièrement de taper un retour à la ligne au lieu d’un W. Mais je ne vais pas me plaindre : le macbook était devenu littéralement inutilisable à cause d’un bug, visiblement très répandu, qui déplace le curseur aléatoirement au cours de la frappe.

Niveau performances, je ne sais pas si c’est le matériel ou Linux, mais tout est parfaitement réactif dans i3. Le macbook consommait très souvent beaucoup de CPU, les sites étaient lents à ouvrir et Antidote était littéralement inutilisable. Rien de tout ça dans le Star Lite, je retrouve une expérience fluide et normale du web et je me réconcilie avec Antidote. Dans un Gnome-shell, c’est une autre histoire, spécialement avec le trackpad. Car le trackpad est une véritable catastrophe. De temps en temps, et je soupçonne que c’est lié à la charge CPU, il va se bloquer, devenir erratique ou très lent.

Mais j’ai décidé de vivre avec, car je souhaite utiliser de plus en plus le clavier. Le Star Lite dispose d’ailleurs d’une touche magique pour complètement désactiver le touchpad. J’adore !

Bref, le Star Lite est loin d’être parfait, mais il est petit, portable, relativement léger, résistant, assez performant pour mon usage minimal et pas cher. Bien que n’ayant pas de ventilateurs, il est cependant bruyant : la RAM cliquète comme sur un vieux desktop des années 90. Je croyais que ça n’existait plus… Ça et l’infernale diode blanche qui m’éblouit en permanence pour me dire que mon laptop est allumé !

Mon workflow de travail

Une conclusion s’est très vite imposée à mes yeux : je devais minimiser les différents stockages de mes données. Il m’est arrivé plus d’une fois de chercher un fichier dans Evernote alors qu’il était dans mon Dropbox ou dans Notions, de ne plus savoir exactement ce que j’avais installé sur ma machine ou de savoir que j’avais interagit avec un partenaire sur un projet, mais sans savoir si c’était sur Slack, Evernote, Google Drive ou par mail.

J’ai, ces dernières années, tenté de me débarrasser des fichiers, d’avoir tout dans Evernote ou tout autre service concurrent que je testais. Mais je réalise aujourd’hui que les mails et les fichiers sont deux piliers incontournables. Ils existeront toujours et je devrai toujours travailler avec. Du coup, comment ne pas ajouter d’autres piliers ?

C’est tout simple : je n’utiliserais désormais plus que des fichiers traditionnels organisés à ma façon. Finis les stacks, les notebooks, les notes. Si un logiciel ne me permet pas de gérer mes données dans des fichiers dans un format ouvert et une structure que je contrôle, je ne considère même pas son utilisation (exit donc Joplin ou Notable, qui sont pas mal mais forcent une structure de répertoires).

En partant du postulat que chaque projet est un répertoire, j’ai, après plusieurs essais et erreurs, fini par aboutir à la structure suivante en 5 répertoires très simples.

Archives : comme le nom l’indique, Archives contient tous les projets terminés ou abandonnés. À noter que, plutôt que de classer par “type”, je considère tout comme un projet. Les photos de mon mariage, par exemple, sont dans un dossier “Mariage” qui contient également le PDF des invitations, le tableur de la liste d’invités et toutes les autres archives. C’est simple, mais il m’a fallu casser l’inclinaison à mettre les photos dans “Photos”, les pdf dans “documents”, etc.

inbox : un répertoire essentiellement vide qui contient les fichiers temporaires ou en transit. Un billet de train, un PDF à imprimer, un document téléchargé que je n’ai pas encore classé, etc.

Workbox : contient les projets en cours qui ne nécessitent pas une attention soutenue. Ce sont plutôt des projets en arrière-plan permanent. Par exemple, le dossier SPRL contenant tout ce qui est relatif à notre société est dans Workbox. Un dossier Aida4 contient tout ce qui est relatif au brevet d’apnée sur lequel je travaille pour le moment. Ma migration vers Linux ou ma recherche de laptop étaient également dans ce répertoire.

Frigobox : répertoire particulier, il contient tous les projets sur lesquels je souhaite m’investir, mais que je m’interdis de faire pour le moment pour éviter la dispersion. La relecture de Printeurs pour en faire un ebook digne de ce nom est par exemple dans Frigobox. Plusieurs billets de blog sont également là-dedans.

Focusbox : les projets sur lesquels je souhaite me concentrer. Quand je suis sur mon ordinateur, c’est dans ce répertoire que je dois être et travailler. Idéalement un et pas plus de 3 projets dans ce répertoire.

Ces 5 dossiers sont synchronisés grâce à Tresorit. J’ai également 3 autres dossiers qui ne sont pas sur Tresorit : Download, un répertoire pour tout ce qui est temporaire et qui peut être perdu, devel, un répertoire qui contient les dépôts git sur lesquels je travaille et Dropbox, pour avoir accès à certaines applications qui nécessitent Dropbox (dans mon cas, c’est la synchronisation avec le Freewrite).

Depuis quelques mois, j’utilise cette organisation et je suis abasourdi par son efficacité. Je ne cherche plus un fichier, j’ai toujours sous la main ce dont j’ai besoin et les fichiers ne s’accumulent pas dans mon HOME.

Mon HOME. Tout simplement.

Logiciels

J’ai insisté sur mon désir de simplification. Comme je cherchais à passer un un tiling window manager, afin de faire tout au clavier et de ne plus avoir de bureau, je suis tombé sur Regolith Linux, un projet qui est exactement ce dont j’avais besoin, à savoir une version d’Ubuntu où le bureau GNOME a été remplacé par i3, mais en gardant certains avantages de GNOME et en étant très accessible aux débutants grâce à un affichage facile des raccourcis clavier. Un bonheur !

Hormis les traditionnels Firefox, Geary (pour les mails) et Feedreader (pour les RSS), le seul logiciel important installé sur ma machine est Zettlr.

Zettlr, combiné à mon organisation en répertoires, a réussi à remplacer pas moins de 4 logiciels macOS. Le fait que tous les répertoires de mon HOME soient dans Zettlr est primordial. Tout semble soudain incroyablement facile et simple.

Zettlr remplace tout d’abord Ulysses comme logiciel d’écriture et d’organisation de mes textes. Il remplace également Evernote comme logiciel de prise de notes. D’ailleurs, je n’ai jamais réussi de manière satisfaisante à trouver un workflow entre Evernote et Ulysses. Mais il remplace également DayOne. J’ai en effet décidé de transformer mon journal personnel en simples fichiers markdown (voir mon script d’export de DayOne vers Markdown). Et, last but not least, il remplace Things, le dernier gestionnaire de todo que j’avais testé.

En effet, plutôt que d’avoir des todos dans un logiciel séparé, je me contente désormais d’écrire le mot magique “TODO” dans le fichier du projet concerné. Bon, je l’avoue, j’utilise également un carnet papier (mais, de toute façon, je jonglais entre différents carnets papier, mon gestionnaire de todo, mes notes Evernote).

Zettlr ne remplace parfaitement aucun de ces logiciels. Mais, dans une volonté de minimalisme, j’ai décidé d’accepter cette “dégradation”, de perdre en fonctionnalités. Je me rends compte, après plus d’un mois à ce rythme, que c’est extrêmement libérateur pour l’esprit. Je courais après la solution ultime alors que, fondamentalement, le coût mental de n’importe quelle solution est bien plus élevé que le bénéfice éventuel.

Tout cela m’a même motivé de me remettre à Vim grâce au livre de Vincent Jousse « Vim pour les humains ». J’essaie de voir si je pourrais répliquer, dans Vim, les fonctionnalités de Zettlr, à savoir la navigation par projet, le mode distraction-free, la création simple d’un fichier dans un projet. Je réfléchis également à passer mes mails et mes flux RSS en ligne de commande, pour utiliser les raccourcis Vim. Chantier en cours, notamment en terme de lisibilité de ma console.

Le retour à la maison

Après 5 années sous MacOS, je ressens mon retour sous Ubuntu comme un véritable retour à la maison. Je n’ai jamais été chez moi sur un Mac. J’ai besoin que mes outils soient alignés avec mes valeurs. Je fais partie de la famille du libre, c’est identitaire chez moi et je dois l’accepter. J’ai trahi mes idéaux par semi-obligation professionnelle, confort et curiosité, mais je me rends compte que cela ne me plait pas.

Je repense à tous ces outils, parfois excellents, qui ont été créés, qui sont devenus une startup avant de disparaitre. Au lieu de créer ma startup, j’ai créé avec mon ami Bertrand le logiciel libre Getting Things GNOME. Je lui ai consacré plusieurs années de ma vie qui s’est traduit en un certain succès d’estime. Contrairement à une startup, je n’en ai jamais tiré le moindre profit financier, mais, aujourd’hui, je suis fier de constater que le logiciel possède encore des utilisateurs qui tentent de le faire revivre. C’est toute la différence entre le propriétaire et le libre : le libre a une chance de survivre à ses fondateurs. Mais les fondateurs, eux, n’ont aucune chance d’en tirer de gros bénéfices.

Aujourd’hui, ce que je cherche dans le libre c’est avant tout la liberté, la simplification. Une simplification dont Ubuntu s’éloigne à mes yeux beaucoup trop, notamment avec son système Snap qui me fait trop penser à l’App Store. Je lorgne pour revenir à mon premier amour libriste, Debian.

En attendant que Regolith fonctionne sous Debian, je liste tout ce que j’ai installé qui n’est pas disponible pour Debian. Mon objectif est de garder cette liste la plus courte possible. Je vous la partage.

En libre, et qui pourrait donc se retrouve dans Debian : Regolith, Zettlr, starlabs-power (optimisation pour la batterie de mon laptop), Signal, Protonvpn-cli, bitwarden et f.lux (redshift ne m’a pas vraiment satisfait). Si vous connaissez un développeur Debian, je serais heureux de donner un coup de main pour faire entrer Zettlr dans l’OS universel !

En non-libre : Tresorit, Protonmail-bridge, Antidote, Minetime (pas moyen de trouver un calendrier libre correct), Dropbox, Remarkable.

Pour les services non-libres, j’utilise également Adguard (sous forme d’extension Firefox), Brain.fm (j’adore ce service qui me simplifie la vie au point de ne pas avoir à choisir quelle musique écouter pour me concentrer).

C’est à la fois beaucoup et pas grand-chose quand je vois tous les services que j’ai résiliés durant ces derniers mois.

Les petits problèmes

Alors, certes, il me reste encore pas mal à faire pour configurer mon laptop aux petits oignons. Mais je crois que c’est le propre du libriste : ce ne sera jamais pleinement terminé. En fait, c’est un plaisir de mettre les mains dans le cambouis plutôt que de tester un énième logiciel propriétaire.

Attention, âmes sensibles s’abstenir de lire la suite, car la définition de plaisir chez un geek libriste est particulièrement retorse.

Dans mon planning, j’ai notamment mis d’arriver à faire une recherche de fichiers depuis Rofi, de travailler ma config Zsh, de faire une config mail Notmuch compatible avec Mutt et Astroid, de me trouver un calendrier en ligne de commande, de tester une vimification du browser (genre Tridactyl, mais faut que je puisse bépoïser tout ça), arriver à désactiver le screensaver quand le laptop est sur secteur (particulièrement ennuyeux quand je donne cours) et faire fonctionner autokey (ou toute autre solution équivalente). Arriver également à lister les TODOs dans mes différents fichiers, par exemple grâce à un plugin Vim.

Si vous n’êtes pas un geek linuxien un peu hardcore, le paragraphe précédent doit être du pur chinois pour vous. C’est normal, c’est signe que je suis revenu dans mon élément naturel !

Il y’a 15 ans, je lançais ce blog avec l’optique de convertir les windowsiens à Linux, j’abandonnais Debian et Fvwm pour Ubuntu et GNOME afin de me mettre dans la peau d’un utilisateur lambda. Peut-être qu’aujourd’hui, je peux redevenir moi-même. Et tant pis si personne d’autre n’arrive à utiliser mon laptop.

De toute façon, il est en Bépo…

Photo by Patrick Fore on Unsplash

Je suis @ploum, écrivain électronique. Si vous avez apprécié ce texte, n'hésitez pas à me soutenir sur Paypal ou en millibitcoins 34pp7LupBF7rkz797ovgBTbqcLevuze7LF. Vos soutiens réguliers, même symboliques, sont une réelle motivation et reconnaissance. Merci !

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Mon philou a fait plouf !https://ploum.net/?p=6415http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20191003_002553_Mon_philou_a_fait_plouf__Wed, 02 Oct 2019 22:25:53 +0000

Phil a fait son dernier plouf. Comme tout bon apnéiste, il a pris sa dernière inspiration.

Ce serait tellement facile de parler de ton sourire omniprésent. Tout le monde le fait. Alors je profite de ce blog pour raconter une histoire rare : la seule fois où je t’ai vu ne pas sourire.

Tu conduisais la camionette. On te disait tous que, avec une remorque bringuebalante, 130km/h, c’était un peu rapide. Tu nous répondais « Boaf » en riant. On t’a dit qu’il y’a avait un combi de flic derrière nous. Tu nous as répondu « Boaf » en riant. Le combi de flic nous a fait signe de nous ranger sur le bas côté. On a éclaté de rire. Sauf toi. Tu es descendu tout penaud te faire sermonner. Tu avais un petit d’air d’enfant qui se fait gronder, tu ne riais pas.

Dans la camionnette, par contre, on était tous hilares !

Quand tu as repris le volant, tu as quand même fait « Boaf » et ton sourire est revenu.

L’eau noire de nos carrières n’aura plus la même saveur sans toi pour les agiter en crawlant comme un phoque parce que « ça te décoince les trompes d’eustache ». Les billets de ce blog seront un peu plus seuls maintenant que tu ne les liras plus, que tu ne m’enverras plus tes commentaires plein de tendresse et de jeux de mots foireux.

Notre seul espoir c’est que, là-bas, tu arrives à les embobiner avec une combine foireuse dont tu as le secret pour qu’on te renvoie ici, avec nous. Genre le coup du bateau prêté par l’université que tu as démonté pour tenter de le faire fonctionner sans clé de contact avant que l’on comprenne que, si tu n’avais pas la clé, c’est parce que l’université n’était pas au courant de sa générosité à ton égard.

Je préfèrais quand t’étais à la bourre que quand tu pars à l’avance. Tout risque de tourner trop rond sans toi.

Putain Mon Philou, tu nous manques déjà…

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Phil a fait son dernier plouf. Comme tout bon apnéiste, il a pris sa dernière inspiration.

Ce serait tellement facile de parler de ton sourire omniprésent. Tout le monde le fait. Alors je profite de ce blog pour raconter une histoire rare : la seule fois où je t’ai vu ne pas sourire.

Tu conduisais la camionette. On te disait tous que, avec une remorque bringuebalante, 130km/h, c’était un peu rapide. Tu nous répondais « Boaf » en riant. On t’a dit qu’il y’a avait un combi de flic derrière nous. Tu nous as répondu « Boaf » en riant. Le combi de flic nous a fait signe de nous ranger sur le bas côté. On a éclaté de rire. Sauf toi. Tu es descendu tout penaud te faire sermonner. Tu avais un petit d’air d’enfant qui se fait gronder, tu ne riais pas.

Dans la camionnette, par contre, on était tous hilares !

Quand tu as repris le volant, tu as quand même fait « Boaf » et ton sourire est revenu.

L’eau noire de nos carrières n’aura plus la même saveur sans toi pour les agiter en crawlant comme un phoque parce que « ça te décoince les trompes d’eustache ». Les billets de ce blog seront un peu plus seuls maintenant que tu ne les liras plus, que tu ne m’enverras plus tes commentaires plein de tendresse et de jeux de mots foireux.

Notre seul espoir c’est que, là-bas, tu arrives à les embobiner avec une combine foireuse dont tu as le secret pour qu’on te renvoie ici, avec nous. Genre le coup du bateau prêté par l’université que tu as démonté pour tenter de le faire fonctionner sans clé de contact avant que l’on comprenne que, si tu n’avais pas la clé, c’est parce que l’université n’était pas au courant de sa générosité à ton égard.

Je préfèrais quand t’étais à la bourre que quand tu pars à l’avance. Tout risque de tourner trop rond sans toi.

Putain Mon Philou, tu nous manques déjà…

Je suis @ploum, écrivain électronique. Si vous avez apprécié ce texte, n'hésitez pas à me soutenir sur Paypal ou en millibitcoins 34pp7LupBF7rkz797ovgBTbqcLevuze7LF. Vos soutiens réguliers, même symboliques, sont une réelle motivation et reconnaissance. Merci !

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Sauvons la planète de l’écologie hystériquehttps://ploum.net/?p=6405http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20190927_130856_Sauvons_la_planete_de_l___ecologie_hysteriqueFri, 27 Sep 2019 11:08:56 +0000Régulièrement, des lecteurs me demandent pourquoi je ne traite pas d’écologie sur ce blog. Après tout, la planète est en danger, il faut agir. Pourquoi ne pas écrire sur le sujet ?

La réponse est toute simple : je parle d’écologie. Souvent. Presque tout le temps. Je milite pour sauver la planète, je raconte des histoires pour sensibiliser mes lecteurs.

Mais, contrairement à cette hérésie médiatique et millénariste qui s’est emparée de l’humanité, je ne cherche pas à effrayer. Je veux que les choses changent réellement en traitant le problème à la racine.

En hurlant, en manifestant, en lapidant le malheureux qui aurait encore des ampoules à incandescence, nous ne faisons que hâter notre perte. Nous sommes en train de détruire nos enfants, d’en faire des névrosés, des intégristes. Nous leur montrons l’exemple d’une jeune femme qui brosse l’école pour traverser l’atlantique sur le voilier d’un milliardaire afin de servir de faire-valoir ou de repoussoir électoral aux politiciens. Nous les culpabilisons en leur disant d’agir, de s’agiter médiatiquement, en les décourageant de prendre le temps pour apprendre et réfléchir. Récemment, une gamine de sept ans à qui je tentais vainement d’expliquer que couper un arbre n’était pas un crime, que c’était parfois bénéfique et nécessaire, m’a répondu : « De toutes façons, je préfère mourir que de polluer ».

C’est extrêmement grave. Nous imposons notre culpabilité, notre sentiment d’impuissance à nos enfants. Nous les transformons en ayatollahs d’une idéologie aveugle, irrationnelle, cruelle, inhumaine. Une religion.

La dangereuse violence du potager

Le discours collapsologiste devient la norme. Tout le monde veut apprendre à cultiver son potager, à chasser pour survivre.

Mais personne ne réfléchit qu’il y’a une raison toute simple pour laquelle nous sommes passé à l’industrialisation. Ce n’est pas par plaisir que l’homme a construit des usines. Mais parce que c’est plus efficace, plus performant. Que cela a permit à la majorité de l’humanité de ne plus crever de faim et de misère.

Ce pseudo moyen-âge idéalisé auquel beaucoup aspirent signifie, avant toute chose, la famine en cas de mauvaise récolte ou d’accident, la mort par maladie, le handicap à vie pour de simples fractures.

Nous oublions que les chasseurs-cueilleurs et même les paysans du moyen-âge disposaient de plusieurs hectares par individu, ce qui leur permettait de subsister de justesse. Pour revenir à cet état, il faudrait d’abord se débarrasser de l’immense majorité de l’humanité. Et cela se ferait tout naturellement grâce à la guerre et aux massacres pour conquérir les territoires fertiles.

Si vous croyez à l’effondrement, ce n’est pas la permaculture que vous devez apprendre mais le maniement des armes. Ce ne sont pas les conserves qu’il faut stocker mais les munitions. Au moyen-âge, les villages étaient régulièrement razziés ou sous la protection d’un seigneur qui levait d’énormes impôts. Dans le monde des collapsologues, le maraîcher d’aujourd’hui est donc le serf de demain. Militer pour un retour au potager individuel, c’est littéralement militer pour la guerre, la violence, la lutte pour des ressources rares.

Le réchauffement climatique est un fait établi, indiscutable. Il sera probablement pire que prévu. L’inaction politique est bel et bien criminelle. Mais en devenant tous des survivalistes, nous créons une prophétie autoréalisatrice. Nous nous concentrons sur l’obstacle à éviter.

Traiter le mal à la racine et non ses symptômes

Pourtant, malgré les changements désormais inévitables de notre environnement, l’écroulement de la société n’est pas inexorable. Au contraire, nous sommes la société et celle de demain sera ce que nous voulons qu’elle soit. Nous pouvons accepter la situation comme un fait, utiliser notre intelligence pour prévoir, mettre en place les infrastructures qui rendront le réchauffement moins tragique en réduisant le nombre de morts.

Ces infrastructures sont tant techniques (eau, électricité, internet) que politiques et morales. En créant des outils de gouvernance décentralisés, nous pouvons augmenter la résilience de la société, nous pouvons asseoir les principes collaboratifs qui nous feront vivre au lieu de survivre. En militant pour la libre circulation des personnes, nous pouvons tuer dans l’œuf les conflits le long d’arbitraires frontières. En luttant contre les ségrégations, nous éviterons qu’elles ne se transforment en un communautarisme violent lorsque les ressources se raréfieront.

Avant toute chose, nous devons apprendre à traiter les causes, à comprendre au lieu de nous voiler la face en rejetant la faute sur des concepts arbitrairement vagues comme « les politiques », « l’industrie », « les riches » ou « le capitalisme ».

Pourquoi consommons-nous autant de ressources ? Parce que nous y sommes poussés par la publicité. Pourquoi y sommes-nous poussés ? Pour faire tourner l’économie et créer des emplois ? Pourquoi voulons nous créer des emplois ? Pour consommer ce que nous croyons vouloir à cause de la publicité. Nous devons sortir de ce cercle vicieux, le casser.

Il faut arrêter de créer de l’emploi. Il faut travailler le moins possible, nous sommes déjà trop productifs. Il faut décrédibiliser la publicité et le marketing. Il faut apprendre à être satisfait, à avoir assez. Or, c’est impossible dans un monde où le produit le plus vendu est désormais la malléabilité de notre cerveau. À travers Facebook et Google, nous sommes en permanence scrutés et façonnés pour devenir de bons consommateurs émotionnellement réactifs. Nous militons contre le réchauffement climatique sur… des pages Facebook ! Ce qui va nous exposer à des publicités pour des projets Kickstarter de vélos pliants jetables fabriqués au Turkménistan et à des posts “likés” à outrance qui renforcent nos croyances, tuant tout recul, tout esprit critique.

Chronique d’un effondrement souhaité

Si notre priorité est réellement la santé future de nos enfants, la mesure la plus simple et efficace serait d’interdire immédiatement la cigarette dans l’espace public, y compris l’électronique dont on remarque qu’elle est extrêmement nocive et pousse à l’usage du tabac chez les jeunes.

La cigarette est un marché hyper polluant dont l’objectif est de polluer les poumons des clients et de leur entourage tout en polluant les nappes phréatiques et nos sols (avec les mégots). Or, combien de marcheurs pour le climat s’en sont grillé une, souvent juste à proximité d’enfants ?

Comment peut-on un instant imaginer être crédible en demandant un respect assez abstrait de la planète à une entité abstraite que sont « les politiques » lorsqu’on n’est concrètement pas capable de respecter son propre corps ni celui de ses propres enfants ?

Après la cigarette, il faudrait attaquer la voiture. Avec une solution toute simple : augmenter le prix de l’essence. Transformer l’essence en gigantesque taxe de la voiture. Les mesures factuelles le prouvent : la consommation ne dépend que du prix. Une voiture qui consomme moins roulera plus si le prix n’est pas augmenté. Mais les gilets jaunes nous ont démontré avec quelle énergie nous sommes capables de nous battre pour avoir le droit de polluer plus, de consommer plus, de travailler plus.

Ce que nous disons à nos enfants, c’est qu’ils sont coupables, qu’ils doivent sauver le monde que nous détruisons sciemment. Nous leur faisons peur avec le glyphosate, qui pourrait éventuellement être toxique, même si ce n’est pas certain sur de petites doses, en leur servant un steak de viande rouge bio qui lui, est un cancérigène certain.

Nous entretenons leur peur avec l’aluminium dans les vaccins, avec les ondes wifi, avec le nucléaire alors qu’une seule journée dans les embouteillages sur l’autoroute et une soirée avec des fumeurs sont probablement plus néfastes pour le cerveau que toute une vie avec une antenne wifi sur la tête. Tous les effets secondaires des vaccins ne pourront jamais faire autant de mal qu’une simple épidémie de rougeole.

Les scientifiques qui travaillent sur le nucléaire et qui ont des solutions concrètes aux inconvénients de cette technologie (le danger d’explosion, les déchets) s’arrachent les cheveux car ils ne peuvent plus avoir de budget, ce qui a pour effet de réactiver des vieilles centrales dangereuses ou, pire, des centrales à charbon qui tuent silencieusement des milliers de gens chaque année en polluant notre atmosphère.

Nos peurs hystériques sont en train de créer exactement ce que nous craignons. L’écologie collapsologiste met en place presque volontairement la catastrophe qu’elle prédit. Au nom de l’amour de la terre, les grands inquisiteurs nous torturent afin que nos souffrances psychologiques rachètent les péchés de l’espèce.

L’apocalypse instagramable

Voir des millions de gens marcher pour le climat m’effraie autant que voir d’autres se réchauffer autour de braseros dans leur gilets fluos. J’ai l’impression de voir un troupeau écervelé, bêlant à la recherche d’un chef. Un troupeau qui ne sera satisfait que par des mesures absurdes, médiatiques, spectaculaires. Un troupeau qui a trop de pain et demande de plus grands jeux (car, oui, l’obésité tue plus aujourd’hui que la malnutrition).

La réalité n’est malheureusement jamais spectaculaire. Réfléchir n’est jamais satisfaisant. C’est d’ailleurs la raison, bien connue des psychologues, pour laquelle les théories du complot ont tant de succès. Nous voulons du spectaculaire, du bouleversant. Et le tout sans changer nos habitudes. On veut bien acheter des ampoules plus chères et manifester mais si le changement climatique devient trop dérangeant, on se contentera de dire que c’est un hoax des gaucho-scientifiques. Ou que c’est la faute des politiques.

Sortir du tout à l’emploi, refuser le consumérisme, prendre du recul sur notre rapport à l’information, repenser nos modes de gouvernance. Prévoir des infrastructures d’eau potable et d’électricité mondiale. Décentraliser Internet. Tout cela, malheureusement, n’est pas assez likable. Mélanie Laurent ne pourrait pas en faire un film. Greta Thunberg ne pourrait pas justifier une traversée de l’atlantique.

C’est tellement plus facile de crier à la destruction totale, de trembler de peur, de se réjouir parce que tout un quartier a réussi à faire pousser cinq tomates, de payer pour avoir l’honneur de sarcler la terre du champs de Pierre Rabhi ou de prendre un selfie sur Instagram avec une « star de la méditation qui prie pour l’union des consciences » (je n’invente rien). Ça fait moins peur de mourir à plusieurs, chante très justement Arno.

C’est plus facile, cela nous donne bonne conscience au moindre effort. Malheureusement, c’est au prix de la santé mentale de nos enfants. Nous sommes en train de détruire psychiquement une génération parce que nous refusons de pousser la réflexion, d’accepter nos erreurs, d’évoluer, de penser plus loin que les grammes de CO2 émis par notre voiture de société.

Un péché héréditaire

Ma génération était à peine née lorsque quelques australiens demandèrent à nos parents comment ils pouvaient dormir alors que leurs lits étaient en train de brûler. 32 années plus tard, force est de constater que nous n’avons fait que transformer une évidence scientifique en hystérie collective. Que nous n’avons fait que reporter la culpabilité, en la décuplant, sur la génération de nos enfants. Avec un effet positif quasiment nul.

La maison brûle mais au lieu de leur apprendre à se servir d’un extincteur ou à sauter par la fenêtre, nous leur enseignons à courir en cercle en hurlant le plus fort possible tout en prenant des selfies. Nous leur faisons couper les robinets et nous leur apprenons à disposer des cristaux magiques qui, par leur « énergie vibratoire », devraient éteindre l’incendie.

Notre seul espoir est qu’ils s’en rendent compte avant d’être définitivement traumatisés. Qu’ils nous envoient paître plus rapidement que ce que nous avons fait avec nos parents. Qu’ils nous renvoient à la figure nos marches pour le climat, nos supermarchés bio avec des parkings pour SUV, nos pages Facebook pour gérer les potagers partagés et nos partis écologistes qui veulent avant tout créer de l’emploi et détruire le nucléaire. « Tu faisais quoi papy pour lutter contre le réchauffement climatique ? » « On allait marcher dans la rue pour que d’autres fassent quelque chose ».

Plutôt que de mettre la pression sur les générations suivantes et d’accuser les générations précédentes, ne pourrait-on pas prendre nos responsabilités intergénérationnelles et s’y mettre tout de suite ? Ensemble ?

Parler d’écologie ? C’est peut-être avant tout lâcher le plaisir immédiat de l’indignation facile et parler de notre consommation, de notre responsabilité à sélectionner ce que nous donnons à ingurgiter à notre cerveau.

Photo by Siyan Ren on Unsplash

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Sauvons la planète de l’écologie hystériquehttps://ploum.net/?p=6405http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20190927_120856_Sauvons_la_planete_de_l___ecologie_hysteriqueFri, 27 Sep 2019 10:08:56 +0000Régulièrement, des lecteurs me demandent pourquoi je ne traite pas d’écologie sur ce blog. Après tout, la planète est en danger, il faut agir. Pourquoi ne pas écrire sur le sujet ?

La réponse est toute simple : je parle d’écologie. Souvent. Presque tout le temps. Je milite pour sauver la planète, je raconte des histoires pour sensibiliser mes lecteurs.

Mais, contrairement à cette hérésie médiatique et millénariste qui s’est emparée de l’humanité, je ne cherche pas à effrayer. Je veux que les choses changent réellement en traitant le problème à la racine.

En hurlant, en manifestant, en lapidant le malheureux qui aurait encore des ampoules à incandescence, nous ne faisons que hâter notre perte. Nous sommes en train de détruire nos enfants, d’en faire des névrosés, des intégristes. Nous leur montrons l’exemple d’une jeune femme qui brosse l’école pour traverser l’atlantique sur le voilier d’un milliardaire afin de servir de faire-valoir ou de repoussoir électoral aux politiciens. Nous les culpabilisons en leur disant d’agir, de s’agiter médiatiquement, en les décourageant de prendre le temps pour apprendre et réfléchir. Récemment, une gamine de sept ans à qui je tentais vainement d’expliquer que couper un arbre n’était pas un crime, que c’était parfois bénéfique et nécessaire, m’a répondu : « De toutes façons, je préfère mourir que de polluer ».

C’est extrêmement grave. Nous imposons notre culpabilité, notre sentiment d’impuissance à nos enfants. Nous les transformons en ayatollahs d’une idéologie aveugle, irrationnelle, cruelle, inhumaine. Une religion.

La dangereuse violence du potager

Le discours collapsologiste devient la norme. Tout le monde veut apprendre à cultiver son potager, à chasser pour survivre.

Mais personne ne réfléchit qu’il y’a une raison toute simple pour laquelle nous sommes passé à l’industrialisation. Ce n’est pas par plaisir que l’homme a construit des usines. Mais parce que c’est plus efficace, plus performant. Que cela a permit à la majorité de l’humanité de ne plus crever de faim et de misère.

Ce pseudo moyen-âge idéalisé auquel beaucoup aspirent signifie, avant toute chose, la famine en cas de mauvaise récolte ou d’accident, la mort par maladie, le handicap à vie pour de simples fractures.

Nous oublions que les chasseurs-cueilleurs et même les paysans du moyen-âge disposaient de plusieurs hectares par individu, ce qui leur permettait de subsister de justesse. Pour revenir à cet état, il faudrait d’abord se débarrasser de l’immense majorité de l’humanité. Et cela se ferait tout naturellement grâce à la guerre et aux massacres pour conquérir les territoires fertiles.

Si vous croyez à l’effondrement, ce n’est pas la permaculture que vous devez apprendre mais le maniement des armes. Ce ne sont pas les conserves qu’il faut stocker mais les munitions. Au moyen-âge, les villages étaient régulièrement razziés ou sous la protection d’un seigneur qui levait d’énormes impôts. Dans le monde des collapsologues, le maraîcher d’aujourd’hui est donc le serf de demain. Militer pour un retour au potager individuel, c’est littéralement militer pour la guerre, la violence, la lutte pour des ressources rares.

Le réchauffement climatique est un fait établi, indiscutable. Il sera probablement pire que prévu. L’inaction politique est bel et bien criminelle. Mais en devenant tous des survivalistes, nous créons une prophétie autoréalisatrice. Nous nous concentrons sur l’obstacle à éviter.

Traiter le mal à la racine et non ses symptômes

Pourtant, malgré les changements désormais inévitables de notre environnement, l’écroulement de la société n’est pas inexorable. Au contraire, nous sommes la société et celle de demain sera ce que nous voulons qu’elle soit. Nous pouvons accepter la situation comme un fait, utiliser notre intelligence pour prévoir, mettre en place les infrastructures qui rendront le réchauffement moins tragique en réduisant le nombre de morts.

Ces infrastructures sont tant techniques (eau, électricité, internet) que politiques et morales. En créant des outils de gouvernance décentralisés, nous pouvons augmenter la résilience de la société, nous pouvons asseoir les principes collaboratifs qui nous feront vivre au lieu de survivre. En militant pour la libre circulation des personnes, nous pouvons tuer dans l’œuf les conflits le long d’arbitraires frontières. En luttant contre les ségrégations, nous éviterons qu’elles ne se transforment en un communautarisme violent lorsque les ressources se raréfieront.

Avant toute chose, nous devons apprendre à traiter les causes, à comprendre au lieu de nous voiler la face en rejetant la faute sur des concepts arbitrairement vagues comme « les politiques », « l’industrie », « les riches » ou « le capitalisme ».

Pourquoi consommons-nous autant de ressources ? Parce que nous y sommes poussés par la publicité. Pourquoi y sommes-nous poussés ? Pour faire tourner l’économie et créer des emplois ? Pourquoi voulons nous créer des emplois ? Pour consommer ce que nous croyons vouloir à cause de la publicité. Nous devons sortir de ce cercle vicieux, le casser.

Il faut arrêter de créer de l’emploi. Il faut travailler le moins possible, nous sommes déjà trop productifs. Il faut décrédibiliser la publicité et le marketing. Il faut apprendre à être satisfait, à avoir assez. Or, c’est impossible dans un monde où le produit le plus vendu est désormais la malléabilité de notre cerveau. À travers Facebook et Google, nous sommes en permanence scrutés et façonnés pour devenir de bons consommateurs émotionnellement réactifs. Nous militons contre le réchauffement climatique sur… des pages Facebook ! Ce qui va nous exposer à des publicités pour des projets Kickstarter de vélos pliants jetables fabriqués au Turkménistan et à des posts “likés” à outrance qui renforcent nos croyances, tuant tout recul, tout esprit critique.

Chronique d’un effondrement souhaité

Si notre priorité est réellement la santé future de nos enfants, la mesure la plus simple et efficace serait d’interdire immédiatement la cigarette dans l’espace public, y compris l’électronique dont on remarque qu’elle est extrêmement nocive et pousse à l’usage du tabac chez les jeunes.

La cigarette est un marché hyper polluant dont l’objectif est de polluer les poumons des clients et de leur entourage tout en polluant les nappes phréatiques et nos sols (avec les mégots). Or, combien de marcheurs pour le climat s’en sont grillé une, souvent juste à proximité d’enfants ?

Comment peut-on un instant imaginer être crédible en demandant un respect assez abstrait de la planète à une entité abstraite que sont « les politiques » lorsqu’on n’est concrètement pas capable de respecter son propre corps ni celui de ses propres enfants ?

Après la cigarette, il faudrait attaquer la voiture. Avec une solution toute simple : augmenter le prix de l’essence. Transformer l’essence en gigantesque taxe de la voiture. Les mesures factuelles le prouvent : la consommation ne dépend que du prix. Une voiture qui consomme moins roulera plus si le prix n’est pas augmenté. Mais les gilets jaunes nous ont démontré avec quelle énergie nous sommes capables de nous battre pour avoir le droit de polluer plus, de consommer plus, de travailler plus.

Ce que nous disons à nos enfants, c’est qu’ils sont coupables, qu’ils doivent sauver le monde que nous détruisons sciemment. Nous leur faisons peur avec le glyphosate, qui pourrait éventuellement être toxique, même si ce n’est pas certain sur de petites doses, en leur servant un steak de viande rouge bio qui lui, est un cancérigène certain.

Nous entretenons leur peur avec l’aluminium dans les vaccins, avec les ondes wifi, avec le nucléaire alors qu’une seule journée dans les embouteillages sur l’autoroute et une soirée avec des fumeurs sont probablement plus néfastes pour le cerveau que toute une vie avec une antenne wifi sur la tête. Tous les effets secondaires des vaccins ne pourront jamais faire autant de mal qu’une simple épidémie de rougeole.

Les scientifiques qui travaillent sur le nucléaire et qui ont des solutions concrètes aux inconvénients de cette technologie (le danger d’explosion, les déchets) s’arrachent les cheveux car ils ne peuvent plus avoir de budget, ce qui a pour effet de réactiver des vieilles centrales dangereuses ou, pire, des centrales à charbon qui tuent silencieusement des milliers de gens chaque année en polluant notre atmosphère.

Nos peurs hystériques sont en train de créer exactement ce que nous craignons. L’écologie collapsologiste met en place presque volontairement la catastrophe qu’elle prédit. Au nom de l’amour de la terre, les grands inquisiteurs nous torturent afin que nos souffrances psychologiques rachètent les péchés de l’espèce.

L’apocalypse instagramable

Voir des millions de gens marcher pour le climat m’effraie autant que voir d’autres se réchauffer autour de braseros dans leur gilets fluos. J’ai l’impression de voir un troupeau écervelé, bêlant à la recherche d’un chef. Un troupeau qui ne sera satisfait que par des mesures absurdes, médiatiques, spectaculaires. Un troupeau qui a trop de pain et demande de plus grands jeux (car, oui, l’obésité tue plus aujourd’hui que la malnutrition).

La réalité n’est malheureusement jamais spectaculaire. Réfléchir n’est jamais satisfaisant. C’est d’ailleurs la raison, bien connue des psychologues, pour laquelle les théories du complot ont tant de succès. Nous voulons du spectaculaire, du bouleversant. Et le tout sans changer nos habitudes. On veut bien acheter des ampoules plus chères et manifester mais si le changement climatique devient trop dérangeant, on se contentera de dire que c’est un hoax des gaucho-scientifiques. Ou que c’est la faute des politiques.

Sortir du tout à l’emploi, refuser le consumérisme, prendre du recul sur notre rapport à l’information, repenser nos modes de gouvernance. Prévoir des infrastructures d’eau potable et d’électricité mondiale. Décentraliser Internet. Tout cela, malheureusement, n’est pas assez likable. Mélanie Laurent ne pourrait pas en faire un film. Greta Thunberg ne pourrait pas justifier une traversée de l’atlantique.

C’est tellement plus facile de crier à la destruction totale, de trembler de peur, de se réjouir parce que tout un quartier a réussi à faire pousser cinq tomates, de payer pour avoir l’honneur de sarcler la terre du champs de Pierre Rabhi ou de prendre un selfie sur Instagram avec une « star de la méditation qui prie pour l’union des consciences » (je n’invente rien). Ça fait moins peur de mourir à plusieurs, chante très justement Arno.

C’est plus facile, cela nous donne bonne conscience au moindre effort. Malheureusement, c’est au prix de la santé mentale de nos enfants. Nous sommes en train de détruire psychiquement une génération parce que nous refusons de pousser la réflexion, d’accepter nos erreurs, d’évoluer, de penser plus loin que les grammes de CO2 émis par notre voiture de société.

Un péché héréditaire

Ma génération était à peine née lorsque quelques australiens demandèrent à nos parents comment ils pouvaient dormir alors que leurs lits étaient en train de brûler. 32 années plus tard, force est de constater que nous n’avons fait que transformer une évidence scientifique en hystérie collective. Que nous n’avons fait que reporter la culpabilité, en la décuplant, sur la génération de nos enfants. Avec un effet positif quasiment nul.

La maison brûle mais au lieu de leur apprendre à se servir d’un extincteur ou à sauter par la fenêtre, nous leur enseignons à courir en cercle en hurlant le plus fort possible tout en prenant des selfies. Nous leur faisons couper les robinets et nous leur apprenons à disposer des cristaux magiques qui, par leur « énergie vibratoire », devraient éteindre l’incendie.

Notre seul espoir est qu’ils s’en rendent compte avant d’être définitivement traumatisés. Qu’ils nous envoient paître plus rapidement que ce que nous avons fait avec nos parents. Qu’ils nous renvoient à la figure nos marches pour le climat, nos supermarchés bio avec des parkings pour SUV, nos pages Facebook pour gérer les potagers partagés et nos partis écologistes qui veulent avant tout créer de l’emploi et détruire le nucléaire. « Tu faisais quoi papy pour lutter contre le réchauffement climatique ? » « On allait marcher dans la rue pour que d’autres fassent quelque chose ».

Plutôt que de mettre la pression sur les générations suivantes et d’accuser les générations précédentes, ne pourrait-on pas prendre nos responsabilités intergénérationnelles et s’y mettre tout de suite ? Ensemble ?

Parler d’écologie ? C’est peut-être avant tout lâcher le plaisir immédiat de l’indignation facile et parler de notre consommation, de notre responsabilité à sélectionner ce que nous donnons à ingurgiter à notre cerveau.

Photo by Siyan Ren on Unsplash

Je suis @ploum, conférencier et écrivain électronique. Si vous avez apprécié ce texte, n'hésitez pas à me soutenir sur Tipeee, Patreon, Paypal, Liberapay ou en millibitcoins 34pp7LupBF7rkz797ovgBTbqcLevuze7LF. Vos soutiens réguliers, même symboliques, sont une réelle motivation et reconnaissance. Merci !

Ce texte est publié sous la licence CC-By BE.

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How I learn to stop worrying and love the decentralized futurehttps://ploum.net/?p=6395http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20190917_155108_How_I_learn_to_stop_worrying_and_love_the_decentralized_futureTue, 17 Sep 2019 13:51:08 +0000Even if everybody is not realizing it consciously, our world is becoming incredibly more virtual, borderless and decentralized. Fighting the trend may only make the transition more violent. We may as well embrace it fully and ditch our old paradigms to prepare for a new kind of society.

How we built the virtual world

Virtual reality is always depicted by science fiction as something scary, something not so far away that allows us to spend our time connected to imaginary worlds instead of interacting with the reality. An artificial substitute to a good old-fashioned life, a drug, an addiction.

Is it a dystopian prediction? Nowadays, white-collar workers spend most of their wake time interacting through a screen. Answering emails for work, chatting with colleagues on Slack, attending online meetings on Skype, looking at their friends Instagram during breaks and commutes, playing games and watching series in the evening.

The geographical position of the people with whom we interact is mostly irrelevant. That colleague might be just a few metres across the room or in the Beijing office of the company. That friend might be a neighbour or a university acquaintance currently on a trip to Thailand. It doesn’t matter. We all live, to different degrees, in that huge global connected world which is nothing but a virtual reality.

This can be observed in our vocabulary. While, only a few years ago, we were speaking of “online meetings”, “remote working” and “chatting on the Internet”, those have become the norm, the default. It has to be specified when it’s not online. Job offers should announce that “remote working is not possible for this position”. There are “meetings” and “on-premise events”. You would specify that you meet someone “in person”. Even the acronym “LOL” is now commonly used as a verbal interjection “in real life”. That “real life” expression which is often used as if our online life was not real, as if most of our wake time was imaginary. As an anecdote, the hacker culture coined the term AFK, “Away From Keyboard”, to counter the negative connotation implied by “non-real life” but we are now connected without keyboard anyway.

Blinding ourselves to post-scarcity

Part of the appeal of our online lives might lie in the limitless capabilities. In that world, we are not bounded by the finite resources of matter. We can be everywhere in the world at the same time, we can take part in many discussions, we can consume many contents, learn, entertain ourselves. In fact, we can even have multiple identities, be our different selves. At the same time!

While most of our economy is based on scarcity of goods, the online world offers us a post-scarcity society. As businesses move online, barriers and limitations are gradually removed. The only remaining scarce resource is our time, our attention. That’s why the online economy is now dubbed “economy of attention” even if a better word would probably be “economy of distraction”. But even in the craziest science-fiction books, post-scarcity is rarely imagined, The Culture, by Iain M. Banks, being one of the famous exceptions.

In that new world where geographical location and passport identity don’t really matter, we rely on some technical “tricks” to apply the old rules and pretend nothing has changed. Servers use IP addresses to guess the country of the client computer and follow the local legislation, not even considering that using a VPN is a common practice. State officials use the geographical location of a physical hard drive to know which regulation to follow, trying to blind themselves to the fact that most data are now mirrored around the world. They might also use the country of residence of the owner of those computers, company or individual, to claim taxes. Copyright enforcements and DRM are only legal and technical ways to introduce artificial scarcity paradigms in a post-scarcity environment.

But those are mainly gimmicks. The very concepts of country, local regulation, border and scarcity of information is not making sense any more for the rich and educated part of the population. This was already the case for quite some time for the very rich and their tax-evasion schemes but it is becoming every day more and more accessible for the middle class. History repeats itself: what starts as luxury become more common and affordable before becoming an evidence which has always been there.

One might even say that’s one reason borders are becoming so violent and reckless: they are mainly trying to preserve their own existence, from invasive, annoying and meaningless controls at airports to literally going to war against poor people. Refugees are running away from violence and poverty while we try to prevent them to cross an imaginary line which exists only in our imagination. Lines that were drawn at some point in history to protect some scarce resources which are now abundant.

Is it going too far to dream about a borderless post-scarcity world?

The frogs in the kettle of innovation

Innovation and societal change happen very rarely through a single invention. An invention only makes sense in a broader context, when the world is ready. The switch is often so subtle, so quick that we immediately forget about our old notions. Just like the frog in a boiling water kettle, we don’t realize that a change is happening. We are still telling our children to eat all their plate because people are dying of hunger. But what if we told them that there are currently more people dying from eating too much?

If you invented the road bike during the Middle Ages, it would have been perceived as useless. Your first bike prototype would not cope with the roads and paths of that time. And it would anyway probably cost a lot more than a horse, which was able to travel everywhere. After the era of the horse and the era of the car, we are witnessing that bike might become the best individual transportation platform inside a city. In fact, it is already the case in cities like Amsterdam or Copenhagen.

Are Danish and Dutch bikes different? Absolutely not. The cities are. They were transformed to become bike-friendly just like we purposely transformed our cities to become car-friendly at the start of the twentieth century. Urban planners, car makers and economic interests worked together for decades to create a world where a city without cars is unthinkable. From luxury goods, cars became affordable then obvious. A city without cars? It would be like a country without borders, a citizen without citizenship…

As recently as 15 years ago, mobile Internet was seen as a useless toy by most but a few elite. You could only access WAP specific websites and the connection was awfully slow. This didn’t matter because most of our phones had black and white screens unable to display more than a few lines of text. Even laptops were heavy, slower and more expensive than their desktop counterpart. Plugging in an RJ45 cable was required to access the Internet. They were available in most hotel rooms.

In 2007, Apple invented the first “smartphone” with a screen and without a keyboard (much to the laughs of Blackberry owners). There was not even apps at the time but, suddenly, the infrastructure came into place. 2G became 3G became 4G. The market asked for better coverage from mobile phone operators. Developers started to design “apps”. Websites became “alternative mobile version available” then “mobile first” then “responsive”. In less than a decade, we moved from “mobile Internet” being a useless geek dream to the default reality. Most Internet usage is mobile nowadays. If not on a mobile phone, people work on a very light laptop in a coffee shop, connecting through their phone network because the coffee shop’s wifi is not fast enough for them. My own internet connection has half the speed that 4G on my phone. The move was so quick, so efficient that we immediately forgot what it was like to not have mobile Internet. We switched from “crazy geek dream” to a “granted normality” without intermediary steps. From a luxury to affordability to obvious in only a few years.

Blockchains are the first seed of true decentralization

We are witnessing the same process with blockchains and decentralization initiatives. Most people are currently dismissing it as “a geek dream”, “a bike in the Middle Ages”. But the infrastructure is moving. Some of today’s solutions will be dismissed, like WAP websites. Some are temporary measures. But the whole world is moving toward more decentralization, fewer borders, less material constraints, less scarcity.

Blockchains and decentralized technologies are only a thin layer of innovations applied on the whole telecommunication stack. They are the icing of the cake which may kill forever the whole idea of our world being a scattered set of countries randomly spread around the globe.

With the invention of Bitcoin and other cryptocurrencies, states become powerless when it comes to controlling citizens wealth and collecting taxes. What is their added value in a world where decisions can be taken through new collective and decentralized governance mechanisms? Citizens are starting to choose their country of citizenship as a service, comparing offers and advantages. While places like Monaco, Panama and Switzerland have long been on this market as an “exclusive club for the rich elite”, Estonia is pioneering the “country for digital nomads” niche with its e-citizen program. Countries are mostly becoming identity providers. But this might be temporary as a state-certified identity may become the next RJ45 cable: useful only in some circumstances for a given set of people, unknown to others. Identity will move from “a name on a passport issued by an arbitrary state” to something a lot more subtle, more related to your reputation amongst your peers. Being stateless may become common.

Fighting decentralization or helping to build it?

This evolution might be exciting for technologists facing the painfully slow heaviness of a centralized administration designed in the 19th century, for activists fighting corruption. But it might also frighten the social-minded people who see the state as a tool of redistribution and protection of the minorities.

The danger would be to focus only on possible problems to fight this globalization trends as a whole, opposing the decentralization technologies themselves. Some may try to preserve the nation state paradigm at all cost with a simple argument : “We cannot let people decide by themselves”. In a way or another, every single argument against decentralization is a variation of this authoritarian thinking.

But don’t worry. By its very nature, decentralization is resilient. It cannot be stopped. Fighting it can only add more violence to the transition. Fear of decentralization will probably give fuel to opposition forces with specific interests like authoritarian states and centralized monopolies but, on the historical level, this will be nothing more than a hiccough.

The question we are facing is straightforward: how to build a decentralized and borderless future respectful of our values?

The answer is, of course, a lot more complicated as we have very different, sometimes conflicting set of values. One thing seems clear: we cannot blindly trust one centralized power to do it for us. As shown by the Trump election or the Brexit, the representative democracy paradigm itself is failing as it is now merely a game of stealing your attention to gain your vote. Decentralization will be built, well, it goes without saying, in a decentralized way. In fact, it is happening right now.

Where the states have failed

Decentralization is not “nice to have”. It is a mandatory requirement to address issues where states have demonstrated their incompetence. In the best scenarios, governments are making really slow progress while, in some case, they are simply worsening the situation or opposing any form of resolution.

Global warming is one of the failures of our heavy and slow nation-state world. Despite a palpable sense of urgency, there’s a shared feeling that “nothing has been done”, that the states cannot handle the situation. Heads of state are proud to sign an “agreement” with the name of a city but is it enough?

Governments and states were designed to handle local communities and to go at war with each other, not to manage a global society. Most public administrations are still following a military-like chain-of-command design. What can we expect when nearly 8 billion humans are relying on a few hundred brains to solve the most important global problems?

Historically, every centralized regime has died under its own weight and has been overthrown by chaotic and decentralized collective intelligence.

By investing and building more decentralized solution, we are effectively building a new society where horizontal collaboration is the new norm. We are translating our values into code with the hope that this will preserve those values as there might be no chiefs to impose them any more. Today’s decentralized software projects are, right now, writing in their code what they think an identity should be, what the relations between two humans should be, what the minimal rights should be, what is allowed or not. Sometimes it is highly explicit and even the goal of the project, such as Duniter, a cryptocurrency with a built-in basic income mechanism, sometimes it is subtle and implicit. In any case, the source code we are writing today is the constitution of tomorrow.

Solving the unsolvable, inventing tomorrow

Our societies evolved because we were living in an infinite world with very scarce resources to survive. Today, we are transitioning toward a world where the planet is the only scarce resource while everything else is abundant.

What we choose to work on is telling a story about the future we want to build. This is a deep responsibility and may explain why so much effort goes into decentralization.

Because the goal of decentralization is not to overthrow centralized regime but to collectively solve problems where our billions of brains are needed. The end of states, the evolution of identity and the post-scarcity society will only be consequences.

Photos by Matthieu Joannon, Alina Grubnyak, Alina Grubnyak again and Clarisse Croset on Unsplash

Je suis @ploum, écrivain électronique. Si vous avez apprécié ce texte, n'hésitez pas à me soutenir sur Paypal ou en millibitcoins 34pp7LupBF7rkz797ovgBTbqcLevuze7LF. Vos soutiens réguliers, même symboliques, sont une réelle motivation et reconnaissance. Merci !

Ce texte est publié sous la licence CC-By BE.

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How I learn to stop worrying and love the decentralized futurehttps://ploum.net/?p=6395http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20190917_145108_How_I_learn_to_stop_worrying_and_love_the_decentralized_futureTue, 17 Sep 2019 12:51:08 +0000Even if everybody is not realizing it consciously, our world is becoming incredibly more virtual, borderless and decentralized. Fighting the trend may only make the transition more violent. We may as well embrace it fully and ditch our old paradigms to prepare for a new kind of society.

How we built the virtual world

Virtual reality is always depicted by science fiction as something scary, something not so far away that allows us to spend our time connected to imaginary worlds instead of interacting with the reality. An artificial substitute to a good old-fashioned life, a drug, an addiction.

Is it a dystopian prediction? Nowadays, white-collar workers spend most of their wake time interacting through a screen. Answering emails for work, chatting with colleagues on Slack, attending online meetings on Skype, looking at their friends Instagram during breaks and commutes, playing games and watching series in the evening.

The geographical position of the people with whom we interact is mostly irrelevant. That colleague might be just a few metres across the room or in the Beijing office of the company. That friend might be a neighbour or a university acquaintance currently on a trip to Thailand. It doesn’t matter. We all live, to different degrees, in that huge global connected world which is nothing but a virtual reality.

This can be observed in our vocabulary. While, only a few years ago, we were speaking of “online meetings”, “remote working” and “chatting on the Internet”, those have become the norm, the default. It has to be specified when it’s not online. Job offers should announce that “remote working is not possible for this position”. There are “meetings” and “on-premise events”. You would specify that you meet someone “in person”. Even the acronym “LOL” is now commonly used as a verbal interjection “in real life”. That “real life” expression which is often used as if our online life was not real, as if most of our wake time was imaginary. As an anecdote, the hacker culture coined the term AFK, “Away From Keyboard”, to counter the negative connotation implied by “non-real life” but we are now connected without keyboard anyway.

Blinding ourselves to post-scarcity

Part of the appeal of our online lives might lie in the limitless capabilities. In that world, we are not bounded by the finite resources of matter. We can be everywhere in the world at the same time, we can take part in many discussions, we can consume many contents, learn, entertain ourselves. In fact, we can even have multiple identities, be our different selves. At the same time!

While most of our economy is based on scarcity of goods, the online world offers us a post-scarcity society. As businesses move online, barriers and limitations are gradually removed. The only remaining scarce resource is our time, our attention. That’s why the online economy is now dubbed “economy of attention” even if a better word would probably be “economy of distraction”. But even in the craziest science-fiction books, post-scarcity is rarely imagined, The Culture, by Iain M. Banks, being one of the famous exceptions.

In that new world where geographical location and passport identity don’t really matter, we rely on some technical “tricks” to apply the old rules and pretend nothing has changed. Servers use IP addresses to guess the country of the client computer and follow the local legislation, not even considering that using a VPN is a common practice. State officials use the geographical location of a physical hard drive to know which regulation to follow, trying to blind themselves to the fact that most data are now mirrored around the world. They might also use the country of residence of the owner of those computers, company or individual, to claim taxes. Copyright enforcements and DRM are only legal and technical ways to introduce artificial scarcity paradigms in a post-scarcity environment.

But those are mainly gimmicks. The very concepts of country, local regulation, border and scarcity of information is not making sense any more for the rich and educated part of the population. This was already the case for quite some time for the very rich and their tax-evasion schemes but it is becoming every day more and more accessible for the middle class. History repeats itself: what starts as luxury become more common and affordable before becoming an evidence which has always been there.

One might even say that’s one reason borders are becoming so violent and reckless: they are mainly trying to preserve their own existence, from invasive, annoying and meaningless controls at airports to literally going to war against poor people. Refugees are running away from violence and poverty while we try to prevent them to cross an imaginary line which exists only in our imagination. Lines that were drawn at some point in history to protect some scarce resources which are now abundant.

Is it going too far to dream about a borderless post-scarcity world?

The frogs in the kettle of innovation

Innovation and societal change happen very rarely through a single invention. An invention only makes sense in a broader context, when the world is ready. The switch is often so subtle, so quick that we immediately forget about our old notions. Just like the frog in a boiling water kettle, we don’t realize that a change is happening. We are still telling our children to eat all their plate because people are dying of hunger. But what if we told them that there are currently more people dying from eating too much?

If you invented the road bike during the Middle Ages, it would have been perceived as useless. Your first bike prototype would not cope with the roads and paths of that time. And it would anyway probably cost a lot more than a horse, which was able to travel everywhere. After the era of the horse and the era of the car, we are witnessing that bike might become the best individual transportation platform inside a city. In fact, it is already the case in cities like Amsterdam or Copenhagen.

Are Danish and Dutch bikes different? Absolutely not. The cities are. They were transformed to become bike-friendly just like we purposely transformed our cities to become car-friendly at the start of the twentieth century. Urban planners, car makers and economic interests worked together for decades to create a world where a city without cars is unthinkable. From luxury goods, cars became affordable then obvious. A city without cars? It would be like a country without borders, a citizen without citizenship…

As recently as 15 years ago, mobile Internet was seen as a useless toy by most but a few elite. You could only access WAP specific websites and the connection was awfully slow. This didn’t matter because most of our phones had black and white screens unable to display more than a few lines of text. Even laptops were heavy, slower and more expensive than their desktop counterpart. Plugging in an RJ45 cable was required to access the Internet. They were available in most hotel rooms.

In 2007, Apple invented the first “smartphone” with a screen and without a keyboard (much to the laughs of Blackberry owners). There was not even apps at the time but, suddenly, the infrastructure came into place. 2G became 3G became 4G. The market asked for better coverage from mobile phone operators. Developers started to design “apps”. Websites became “alternative mobile version available” then “mobile first” then “responsive”. In less than a decade, we moved from “mobile Internet” being a useless geek dream to the default reality. Most Internet usage is mobile nowadays. If not on a mobile phone, people work on a very light laptop in a coffee shop, connecting through their phone network because the coffee shop’s wifi is not fast enough for them. My own internet connection has half the speed that 4G on my phone. The move was so quick, so efficient that we immediately forgot what it was like to not have mobile Internet. We switched from “crazy geek dream” to a “granted normality” without intermediary steps. From a luxury to affordability to obvious in only a few years.

Blockchains are the first seed of true decentralization

We are witnessing the same process with blockchains and decentralization initiatives. Most people are currently dismissing it as “a geek dream”, “a bike in the Middle Ages”. But the infrastructure is moving. Some of today’s solutions will be dismissed, like WAP websites. Some are temporary measures. But the whole world is moving toward more decentralization, fewer borders, less material constraints, less scarcity.

Blockchains and decentralized technologies are only a thin layer of innovations applied on the whole telecommunication stack. They are the icing of the cake which may kill forever the whole idea of our world being a scattered set of countries randomly spread around the globe.

With the invention of Bitcoin and other cryptocurrencies, states become powerless when it comes to controlling citizens wealth and collecting taxes. What is their added value in a world where decisions can be taken through new collective and decentralized governance mechanisms? Citizens are starting to choose their country of citizenship as a service, comparing offers and advantages. While places like Monaco, Panama and Switzerland have long been on this market as an “exclusive club for the rich elite”, Estonia is pioneering the “country for digital nomads” niche with its e-citizen program. Countries are mostly becoming identity providers. But this might be temporary as a state-certified identity may become the next RJ45 cable: useful only in some circumstances for a given set of people, unknown to others. Identity will move from “a name on a passport issued by an arbitrary state” to something a lot more subtle, more related to your reputation amongst your peers. Being stateless may become common.

Fighting decentralization or helping to build it?

This evolution might be exciting for technologists facing the painfully slow heaviness of a centralized administration designed in the 19th century, for activists fighting corruption. But it might also frighten the social-minded people who see the state as a tool of redistribution and protection of the minorities.

The danger would be to focus only on possible problems to fight this globalization trends as a whole, opposing the decentralization technologies themselves. Some may try to preserve the nation state paradigm at all cost with a simple argument : “We cannot let people decide by themselves”. In a way or another, every single argument against decentralization is a variation of this authoritarian thinking.

But don’t worry. By its very nature, decentralization is resilient. It cannot be stopped. Fighting it can only add more violence to the transition. Fear of decentralization will probably give fuel to opposition forces with specific interests like authoritarian states and centralized monopolies but, on the historical level, this will be nothing more than a hiccough.

The question we are facing is straightforward: how to build a decentralized and borderless future respectful of our values?

The answer is, of course, a lot more complicated as we have very different, sometimes conflicting set of values. One thing seems clear: we cannot blindly trust one centralized power to do it for us. As shown by the Trump election or the Brexit, the representative democracy paradigm itself is failing as it is now merely a game of stealing your attention to gain your vote. Decentralization will be built, well, it goes without saying, in a decentralized way. In fact, it is happening right now.

Where the states have failed

Decentralization is not “nice to have”. It is a mandatory requirement to address issues where states have demonstrated their incompetence. In the best scenarios, governments are making really slow progress while, in some case, they are simply worsening the situation or opposing any form of resolution.

Global warming is one of the failures of our heavy and slow nation-state world. Despite a palpable sense of urgency, there’s a shared feeling that “nothing has been done”, that the states cannot handle the situation. Heads of state are proud to sign an “agreement” with the name of a city but is it enough?

Governments and states were designed to handle local communities and to go at war with each other, not to manage a global society. Most public administrations are still following a military-like chain-of-command design. What can we expect when nearly 8 billion humans are relying on a few hundred brains to solve the most important global problems?

Historically, every centralized regime has died under its own weight and has been overthrown by chaotic and decentralized collective intelligence.

By investing and building more decentralized solution, we are effectively building a new society where horizontal collaboration is the new norm. We are translating our values into code with the hope that this will preserve those values as there might be no chiefs to impose them any more. Today’s decentralized software projects are, right now, writing in their code what they think an identity should be, what the relations between two humans should be, what the minimal rights should be, what is allowed or not. Sometimes it is highly explicit and even the goal of the project, such as Duniter, a cryptocurrency with a built-in basic income mechanism, sometimes it is subtle and implicit. In any case, the source code we are writing today is the constitution of tomorrow.

Solving the unsolvable, inventing tomorrow

Our societies evolved because we were living in an infinite world with very scarce resources to survive. Today, we are transitioning toward a world where the planet is the only scarce resource while everything else is abundant.

What we choose to work on is telling a story about the future we want to build. This is a deep responsibility and may explain why so much effort goes into decentralization.

Because the goal of decentralization is not to overthrow centralized regime but to collectively solve problems where our billions of brains are needed. The end of states, the evolution of identity and the post-scarcity society will only be consequences.

Photos by Matthieu Joannon, Alina Grubnyak, Alina Grubnyak again and Clarisse Croset on Unsplash

Je suis @ploum, conférencier et écrivain électronique. Si vous avez apprécié ce texte, n'hésitez pas à me soutenir sur Tipeee, Patreon, Paypal, Liberapay ou en millibitcoins 34pp7LupBF7rkz797ovgBTbqcLevuze7LF. Vos soutiens réguliers, même symboliques, sont une réelle motivation et reconnaissance. Merci !

Ce texte est publié sous la licence CC-By BE.

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À la poursuite du minimalisme numériquehttps://ploum.net/?p=6384http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20190909_131839_A_la_poursuite_du_minimalisme_numeriqueMon, 09 Sep 2019 11:18:39 +0000Souvent galvaudé, essentiellement transformé en argument marketing, le mot « minimalisme » est difficile à définir. Il évoque à la fois un design épuré et une frugalité volontaire.

Mais c’est Cal Newport, dans son livre « Digital Minimalism », qui en donne une définition qui me convient et qui m’inspire. Le minimalisme, c’est la prise en compte du coût total de possession d’un bien ou d’un abonnement à un service.

Si l’on vous offre un objet, vous avez intuitivement l’impression d’être gagnant. Sans rien payer, vous êtes propriétaire de cet objet. Mais l’achat ne représente qu’une fraction du coût total de possession. Il va en effet falloir ranger cet objet, ce qui prend du temps et de l’espace. Il va falloir le gérer, ce qui est une charge mentale. L’entretenir, le nettoyer. Puis, fatalement, il va falloir vous en débarrasser, ce qui demande souvent un effort, une gestion et du temps. Parfois, il faut même payer même si d’autres fois, vous pouvez récupérer un peu d’argent en le revendant. Mais s’en débarrasser représente également une charge émotionnelle si l’objet était un cadeau ou si vous avez construit un attachement sentimental à cet objet. Une charge sentimentale qui peut devenir un fardeau.

En tout et pour tout, chaque objet que nous possédons a donc un coût énorme, même si nous ne l’avons pas payé. Mais il peut également avoir un bénéfice, c’est d’ailleurs tout l’intérêt de l’objet.

Le minimalisme consiste donc à évaluer le rapport coût total/bénéfice de chacune de nos possessions et se débarrasser de ce pour quoi le bénéfice n’est pas assez important. Le minimalisme, c’est donc lutter contre l’intuition que « posséder, c’est mieux que ne rien avoir », une logique consumériste inculquée à grand renfort de marketing dans nos malléables neurones.

Dans son best-seller, la grande prêtresse du rangement Marie Kondo ne dit pas autre chose. Sous prétexte de « rangement », elle passe 200 pages à nous convaincre de jeter, jeter et encore jeter (dans le sens « se débarrasser », donner étant acceptable, mais, aujourd’hui, même les associations de recyclage de vêtements croulent sous des tonnes de loques dont ils ne savent que faire ).

La subtilité de la définition du minimalisme de Cal Newport, c’est que la notion de coût et de bénéfice est intiment personnelle. Elle dépend de vous et de votre vie. Le minimalisme de l’un sera très différent de celui de l’autre. Il ne s’agit donc pas de réduire ou d’unifier, mais de conscientiser nos usages. En ce sens, le minimalisme devient alors l’opposé de l’extrémisme. Il est individualiste, devenant une sorte de quête de simplicité propre à chacun.

Mon expérience de bikepacking n’est finalement rien d’autre qu’une quête minimaliste exacerbée. En bikepacking, chaque gramme superflu se paye comptant. Outre le poids, l’encombrement est également un facteur important. Il est tout naturel que je cherche à appliquer les mêmes préceptes au monde numérique.

Dans le monde numérique, le coût est plus difficile à quantifier. Chez moi, il pourrait se résumer à l’adéquation à mes besoins, l’efficacité et le respect de mes valeurs éthiques.

Retour à Linux

Depuis 5 ans, j’utilise principalement un Mac, souvenir de mon dernier employeur. Si l’expérience fut intéressante, j’éprouve un besoin viscéral de retourner sous Linux. Tout d’abord parce que je trouve que MacOS est un système effroyablement mal pensé (apt-get, où es-tu ?), aux choix ergonomiques parfois douteux (la croix qui minimise l’app au lieu de la fermer) sans pour autant que ce soit plus stable et moins buggué qu’un Linux.

Mais la première des causes, c’est que je suis un libriste dans l’âme, que l’univers Apple et son consumérisme d’applications propriétaires va à l’encontre de mes valeurs.

Plutôt que de tenter de trouver des équivalents Linux à toutes les apps que j’utilise depuis ces dernières années, j’ai décidé de simplifier ma façon de travailler, de m’adapter.

Ainsi, j’ai remplacé Ulysses, Evernote, DayOne et Things par une seule application : Zettlr. Alors, certes, je perds beaucoup de fonctionnalités, mais le bénéfice d’une seule application est énorme. Pour être honnête, cette migration n’est pas encore complète. J’utilise encore rarement Evernote pour prendre une note sur mon téléphone (Zettlr n’a pas de version mobile) et je n’ai pas encore complètement fait mon deuil de certaines fonctionnalités de DayOne pour migrer mon journal (j’ai d’ailleurs réalisé un script DayOne vers Markdown).

La raison de cette procrastination ? Je n’ai tout simplement pas encore trouvé d’ordinateur qui me convient pour installer Linux. Car si je n’aime pas MacOS, il faut reconnaitre que le matériel Apple est extraordinaire. Mon macbook pèse 900g, avec un écran magnifique. Il se glisse dans l’espace d’une feuille A4 et tient toute une journée de travail sur une charge voire toute une semaine lorsque je suis en vacances et ne l’utilise qu’une heure ou deux par jour.

Et, non, Linux ne s’installe pas sur ce modèle (sauf si je suis prêt à me passer de clavier, de souris et à perdre la mise en veille).

J’ai donc regardé du côté de Purism, dont j’aime beaucoup la philosophie, mais leurs laptops restent bien trop gros et lourds. Sans compter que le chargeur n’est pas USB-C et je ne suis pas prêt à abandonner le confort d’un seul chargeur dans mon sac à dos.

Le Starlabs MK II Lite correspond à tous mes critères. Malheureusement, il n’est pas disponible. Je l’avais précommandé, mais, devant les retards à répétition, j’ai annulé ma commande (j’apprécie cependant la transparence et la réactivité de leur support).

J’attendais beaucoup du Slimbook Pro X qui s’est révélé beaucoup trop grand à mon goût, assez moche et potentiellement bruyant (le Macbook est fanless, un confort que je vais avoir du mal à abandonner).

Les marques « classiques » ne m’aident pas beaucoup. Le Dell XPS 13 semble correspondre à mes désirs (malgré qu’il possède un ventilateur), mais je n’arrive pas à le commander dans sa version Ubuntu. Car, oui, tant qu’à faire, j’aimerais au moins favoriser une marque qui fait nativement du Linux. Peut-être que j’en demande trop…

En attendant, je garde mon macbook dont le plus gros défaut, outre MacOS, reste le clavier inconfortable.

Clavier en mobilité

Pour l’écrivain que je tente d’être tous les jours, le clavier est le dispositif le plus important. C’est pourquoi je dis parfois que mon passage au Bépo a été un de mes investissements les plus fructueux. Dans ma quête de minimalisme, j’ai d’ailleurs arrêté de prendre des notes au stylet ou au dictaphone dans Evernote. Notes qui pourrissaient et que je devais convertir, des mois plus tard, en notes écrites. Vider mon Evernote de ses 3000 notes m’a fait prendre conscience de la futilité de l’exercice.

Soit je prends note directement avec un clavier pour commencer un texte, soit je fais confiance à mon cerveau pour faire évoluer l’idée. Dans mes 3000 notes Evernotes, j’ai retrouvé jusqu’à cinq versions différentes de la même idée, parfois séparées de plusieurs années. Prendre des notes rapides n’est donc pas une aide pour moi, mais une manière de me déculpabiliser. Devenir minimaliste est donc également un travail de lâcher-prise sur certaines fallacieuses impressions de contrôle.

Pouvoir écrire partout et être mobile est ma principale motivation d’avoir un laptop léger et petit. Mais le confort d’un véritable clavier me manque. J’ai adoré mes années sur un Typematrix. Lorsque je veux retrouver le plaisir d’écrire, je me tourne vers mon Freewrite, mais il est lourd, encombrant et particulièrement buggué.

Je rêve donc d’un clavier Bluetooth qui serait orthogonal, ergonomique, adapté au Bépo et portable. Je découvre plein de nouveautés sur le forum des bépoistes mais je n’ai pas encore trouvé la perle rare. Lors de mes trips vélos, j’utilise un simple clavier Moko qui, pour ses 25€, fait très bien son boulot et est limite plus agréable que le clavier natif du macbook.

Tout cela me fait réfléchir. Peut-être n’est-ce pas un laptop que je devrais acheter pour mettre Linux, mais une tablette connectée à un clavier Bluetooth ? Tant que je peux l’utiliser sur mes genoux dans un hamac, cela me semble en effet une solution acceptable. Dans cette optique, j’ai testé Ubuntu Touch sur une vieille tablette Nexus 7. Malheureusement, le système reste trop limité. Je regrette qu’Ubuntu Touch ne soit plus aussi activement développé, car j’adorerais avoir un téléphone « convergent » (qui peut se brancher sur un grand écran pour devenir un véritable ordinateur de bureau).

Le téléphone

Et justement, puisqu’on parle de téléphone. Mon OnePlus 5 commence à rendre l’âme (il n’accepte de charger que sporadiquement et son écran est fendu). Comment le remplacer ?

J’adore le concept Librem 5 de Purism. Mais je constate qu’abandonner Android n’est pas possible pour moi à cause de deux raisons majeures : les applications bancaires et les gadgets Bluetooth. Non, je ne veux pas abandonner ma montre profondimètre Garmin et mon GPS de vélo Wahoo. Ces deux appareils contribuent grandement à mon plaisir et mon bien-être dans la vie, le coût de garder Android me semble faible en comparaison. C’est d’ailleurs aussi une raison qui me fait abandonner l’idée d’un LightPhone (outre son cloud propriétaire).

Tant qu’à garder Android, pourquoi ne pas prendre le téléphone le plus léger et petit possible ? Et bien tout simplement parce que je n’en trouve pas. Je suis entré dans un magasin Fnac et j’ai découvert avec amusement qu’il était impossible de différencier les téléphones en exposition. Une longue file de rectangles noirs (ils étaient éteints) d’exactement la même taille ! J’avais l’impression d’être dans une parodie. Le Palm Phone, qui est une exception notable à ce triste conformisme, n’est disponible qu’aux US comme un téléphone de secours. Dommage…

Du coup, peut-être qu’opter pour un FairPhone 3 aurait du sens. J’avoue ne pas être 100% convaincu, ne sachant pas trop ce qui est réellement éthique dans leur démarche et ce qui est du marketing, une forme de green-fair-washing.

Une chose est sûre : je ne compte pas garder l’Android de Google. J’attends de voir ce que proposera /e/, mais, au pire, je me tournerai vers LineageOS.

La tablette

Même si, Android, ce n’est potentiellement pas si mal. Une tablette e-ink Onyx Boox est d’ailleurs annoncée sous Android 9.

Comme tablette e-ink, j’utilise pour le moment un Remarkable. Le Remarkable utilise un logiciel propriétaire, un cloud propriétaire et une app de synchronisation propriétaire dont la version Linux n’est plus mise à jour.

Pour être honnête, j’utilise peu le Remarkable, mais de manière efficace. Il sert à faire des croquis, prendre des notes en réunion ou, son usage principal chez moi, lire des papiers scientifiques et des mémoires que j’annote. Il a remplacé l’imprimante.

Passer à un concurrent tournant sous Android me permettrait de ne plus utiliser leur cloud et leur app propriétaire. Si, en plus, je pouvais connecter un clavier Bluetooth, je tiendrais là une machine à écrire de rêve.

Par contre, je refuse de me lancer dans les projets Kickstarter ou Indiegogo qui n’ont pas encore été rigoureusement testé. D’ailleurs, ma quête de minimalisme m’a conduit à supprimer mes comptes sur ces plateformes pour éviter la tentation de dépenser des sous dans des projets qui seront forcément décevant car ils ne font que vendre du rêve.

La liseuse

Évidemment, ce serait encore mieux de pouvoir connecter un clavier Bluetooth à ma liseuse, que j’ai toujours avec moi, quelle que soit la situation.

Il faut dire qu’après avoir passé en revue des tas de liseuses, j’ai enfin trouvé la perle rare : la Vivlio Touch HD (Vivlio = Pocketbook = Tea en ce qui concerne le hardware).

Fine, légère, disposant de bouton pour tourner les pages, d’un rétroéclairage anti-lumière bleue et quasi étanche, la liseuse permet, moyennant un peu de chipotage, d’utiliser l’app CoolReader qui me permet de lire en mode inversé (blanc sur fond noir). Seuls la prise de notes et le surlignage laissent fortement à désirer.

Mais une liseuse avec laquelle je peux facilement prendre des notes dans des passages de livres et sur laquelle je peux connecter un clavier, c’est mon rêve ultime. Je ne désespère pas.

Logiciels

Le minimalisme se révèle également dans le logiciel. Je vous ai déjà parlé de Zettr, qui remplace désormais 4 applications payantes à lui tout seul.

Mais comment tenter de favoriser l’open source, la simplicité et la compatibilité inter plateforme ? Comment protéger ma vie privée et mes données ?

Les no-brainers

Certaines solutions s’imposent d’elles-mêmes. Bitwarden, par exemple, remplace très avantageusement 1password, Dashlane ou LastPass (des solutions que j’ai toutes utilisées pendant plus d’un an chacune). À l’usage, Bitwarden est simple et parfait. Certes moins joli, mais tellement efficace. J’ai même migré certaines notes Evernote sécurisées dans Bitwarden. Bien sûr, j’ai pris la version payante pour soutenir les développeurs.

Outre l’open source, un aspect très important pour moi est la protection de mes données.

C’est la raison pour laquelle j’utilise principalement Signal pour clavarder. Je tente de convertir tous mes contacts (faites moi plaisir, installez Signal sur votre téléphone, même si vous ne pensez pas l’utiliser. Ça fera plaisir à ceux qui souhaitent protéger leur vie privée). Pour les réfractaires, je dois malheureusement encore garder un compte Whatsapp. Je conserve également un compte Facebook pour une seule et simple raison : participer au groupe de discussion des apnéistes belges. Sans cela, je ne serais pas informé des plongées ! Heureusement, mes amis d’Universal Freedivers postent de plus en plus systématiquement les infos sur leur blog, que je suis par RSS. Quand j’aurai la conviction de ne plus rater d’activités, j’effacerai définitivement mon compte Facebook (comme j’ai effacé mon compte Instagram et comme je compte bientôt supprimer mon compte Linkedin).

Mais je vous parlerai une autre fois de ma quête de suppression de comptes qui m’a emmené à effacer, un à un, près de 300 comptes éparpillés sur le net.

Parfois, un compte peut se révéler utile, mais ne l’est que rarement. C’est le cas d’Airbnb ou Uber. Ma solution est de désinstaller l’app et de ne l’installer qu’en cas de besoin. Cela me permet de ne pas être notifié des mises à jour, de ne pas être espionné par l’app, etc.

Le gros du boulot

Jusque là, c’est relativement simple. Le gros du boulot reste mon compte Google. J’ai déjà migré une bonne partie de mes mails vers Protonmail. Et je garde un œil sur son concurrent le plus actif : Tutanota.

Le gros problème de Protonmail et de Tutanota reste le manque d’un calendrier. Protonmail prétend y travailler depuis des années. Tutanota a même déjà un premier calendrier (trop) simpliste. C’est la dernière chose qui me bloque vraiment avec Google.

Il faut dire qu’un bon calendrier, ce n’est pas évident. Sous MacOS, j’utilise Fantastical et je n’ai pas encore trouvé d’équivalent sous Linux (notamment pour ajouter des événements en langage naturel). Peut-être Minetime.ai ? Mais de toute façon, je devrai composer avec le calendrier qu’offriront Tutanota ou Protonmail.

Dernier lien avec Google ? Ce n’est pas tout à fait vrai. Google Music est en effet un service que je trouve très performant. J’y ai uploadé tous mes MP3s depuis des années et je l’utilise gratuitement. Il fait des mixes aléatoires dans mes chansons préférées de manière très convaincante. J’ai bien tenté de jouer avec Funkwhale, mais on en est très loin (déjà, la plupart de mes musiques ne s’uploadent pas, car trop grosses…).

Google Maps reste également l’application la plus pratique et la plus performante pour tracer des trajets, même avec des transports en commun. Ceci dit, je guette Qwant Maps, car je préfère la qualité des données Open Street Maps (et non, OSMAnd n’est pas utilisable quotidiennement).

J’utilise également Google Photo, qui est incroyablement pratique pour sauvegarder toutes mes photos. Ceci dit, je pourrai m’en passer, car mes photos sont désormais également automatiquement sauvegardées sur Tresorit, un équivalent chiffré à Dropbox.

Une cible mouvante

Pour être honnête, j’espérais arriver un jour à une « solution parfaite » et vous décrire les solutions que j’avais trouvées. Je me rends compte que le chemin est long, mais, comme le disent mes framapotes, la voie est libre.

La voie est libre…

Mon idéal, mon objectif est finalement assez mouvant. Le minimalisme n’est pas un état que l’on atteint. C’est une manière de penser, de réfléchir, de conscientiser pour s’améliorer.

Je suis un libriste plein de contradictions et, plutôt que de le cacher, j’ai décidé d’être ouvert, de partager ma quête avec vous pour récolter vos avis, vos conseils et, qui sait, vous donner également des idées. Ce billet n’est finalement qu’une introduction à un chemin que j’espère partager avec vous.

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Je suis @ploum, écrivain électronique. Si vous avez apprécié ce texte, n'hésitez pas à me soutenir sur Paypal ou en millibitcoins 34pp7LupBF7rkz797ovgBTbqcLevuze7LF. Vos soutiens réguliers, même symboliques, sont une réelle motivation et reconnaissance. Merci !

Ce texte est publié sous la licence CC-By BE.

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À la poursuite du minimalisme numériquehttps://ploum.net/?p=6384http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20190909_121839_A_la_poursuite_du_minimalisme_numeriqueMon, 09 Sep 2019 10:18:39 +0000Souvent galvaudé, essentiellement transformé en argument marketing, le mot « minimalisme » est difficile à définir. Il évoque à la fois un design épuré et une frugalité volontaire.

Mais c’est Cal Newport, dans son livre « Digital Minimalism », qui en donne une définition qui me convient et qui m’inspire. Le minimalisme, c’est la prise en compte du coût total de possession d’un bien ou d’un abonnement à un service.

Si l’on vous offre un objet, vous avez intuitivement l’impression d’être gagnant. Sans rien payer, vous êtes propriétaire de cet objet. Mais l’achat ne représente qu’une fraction du coût total de possession. Il va en effet falloir ranger cet objet, ce qui prend du temps et de l’espace. Il va falloir le gérer, ce qui est une charge mentale. L’entretenir, le nettoyer. Puis, fatalement, il va falloir vous en débarrasser, ce qui demande souvent un effort, une gestion et du temps. Parfois, il faut même payer même si d’autres fois, vous pouvez récupérer un peu d’argent en le revendant. Mais s’en débarrasser représente également une charge émotionnelle si l’objet était un cadeau ou si vous avez construit un attachement sentimental à cet objet. Une charge sentimentale qui peut devenir un fardeau.

En tout et pour tout, chaque objet que nous possédons a donc un coût énorme, même si nous ne l’avons pas payé. Mais il peut également avoir un bénéfice, c’est d’ailleurs tout l’intérêt de l’objet.

Le minimalisme consiste donc à évaluer le rapport coût total/bénéfice de chacune de nos possessions et se débarrasser de ce pour quoi le bénéfice n’est pas assez important. Le minimalisme, c’est donc lutter contre l’intuition que « posséder, c’est mieux que ne rien avoir », une logique consumériste inculquée à grand renfort de marketing dans nos malléables neurones.

Dans son best-seller, la grande prêtresse du rangement Marie Kondo ne dit pas autre chose. Sous prétexte de « rangement », elle passe 200 pages à nous convaincre de jeter, jeter et encore jeter (dans le sens « se débarrasser », donner étant acceptable, mais, aujourd’hui, même les associations de recyclage de vêtements croulent sous des tonnes de loques dont ils ne savent que faire ).

La subtilité de la définition du minimalisme de Cal Newport, c’est que la notion de coût et de bénéfice est intiment personnelle. Elle dépend de vous et de votre vie. Le minimalisme de l’un sera très différent de celui de l’autre. Il ne s’agit donc pas de réduire ou d’unifier, mais de conscientiser nos usages. En ce sens, le minimalisme devient alors l’opposé de l’extrémisme. Il est individualiste, devenant une sorte de quête de simplicité propre à chacun.

Mon expérience de bikepacking n’est finalement rien d’autre qu’une quête minimaliste exacerbée. En bikepacking, chaque gramme superflu se paye comptant. Outre le poids, l’encombrement est également un facteur important. Il est tout naturel que je cherche à appliquer les mêmes préceptes au monde numérique.

Dans le monde numérique, le coût est plus difficile à quantifier. Chez moi, il pourrait se résumer à l’adéquation à mes besoins, l’efficacité et le respect de mes valeurs éthiques.

Retour à Linux

Depuis 5 ans, j’utilise principalement un Mac, souvenir de mon dernier employeur. Si l’expérience fut intéressante, j’éprouve un besoin viscéral de retourner sous Linux. Tout d’abord parce que je trouve que MacOS est un système effroyablement mal pensé (apt-get, où es-tu ?), aux choix ergonomiques parfois douteux (la croix qui minimise l’app au lieu de la fermer) sans pour autant que ce soit plus stable et moins buggué qu’un Linux.

Mais la première des causes, c’est que je suis un libriste dans l’âme, que l’univers Apple et son consumérisme d’applications propriétaires va à l’encontre de mes valeurs.

Plutôt que de tenter de trouver des équivalents Linux à toutes les apps que j’utilise depuis ces dernières années, j’ai décidé de simplifier ma façon de travailler, de m’adapter.

Ainsi, j’ai remplacé Ulysses, Evernote, DayOne et Things par une seule application : Zettlr. Alors, certes, je perds beaucoup de fonctionnalités, mais le bénéfice d’une seule application est énorme. Pour être honnête, cette migration n’est pas encore complète. J’utilise encore rarement Evernote pour prendre une note sur mon téléphone (Zettlr n’a pas de version mobile) et je n’ai pas encore complètement fait mon deuil de certaines fonctionnalités de DayOne pour migrer mon journal (j’ai d’ailleurs réalisé un script DayOne vers Markdown).

La raison de cette procrastination ? Je n’ai tout simplement pas encore trouvé d’ordinateur qui me convient pour installer Linux. Car si je n’aime pas MacOS, il faut reconnaitre que le matériel Apple est extraordinaire. Mon macbook pèse 900g, avec un écran magnifique. Il se glisse dans l’espace d’une feuille A4 et tient toute une journée de travail sur une charge voire toute une semaine lorsque je suis en vacances et ne l’utilise qu’une heure ou deux par jour.

Et, non, Linux ne s’installe pas sur ce modèle (sauf si je suis prêt à me passer de clavier, de souris et à perdre la mise en veille).

J’ai donc regardé du côté de Purism, dont j’aime beaucoup la philosophie, mais leurs laptops restent bien trop gros et lourds. Sans compter que le chargeur n’est pas USB-C et je ne suis pas prêt à abandonner le confort d’un seul chargeur dans mon sac à dos.

Le Starlabs MK II Lite correspond à tous mes critères. Malheureusement, il n’est pas disponible. Je l’avais précommandé, mais, devant les retards à répétition, j’ai annulé ma commande (j’apprécie cependant la transparence et la réactivité de leur support).

J’attendais beaucoup du Slimbook Pro X qui s’est révélé beaucoup trop grand à mon goût, assez moche et potentiellement bruyant (le Macbook est fanless, un confort que je vais avoir du mal à abandonner).

Les marques « classiques » ne m’aident pas beaucoup. Le Dell XPS 13 semble correspondre à mes désirs (malgré qu’il possède un ventilateur), mais je n’arrive pas à le commander dans sa version Ubuntu. Car, oui, tant qu’à faire, j’aimerais au moins favoriser une marque qui fait nativement du Linux. Peut-être que j’en demande trop…

En attendant, je garde mon macbook dont le plus gros défaut, outre MacOS, reste le clavier inconfortable.

Clavier en mobilité

Pour l’écrivain que je tente d’être tous les jours, le clavier est le dispositif le plus important. C’est pourquoi je dis parfois que mon passage au Bépo a été un de mes investissements les plus fructueux. Dans ma quête de minimalisme, j’ai d’ailleurs arrêté de prendre des notes au stylet ou au dictaphone dans Evernote. Notes qui pourrissaient et que je devais convertir, des mois plus tard, en notes écrites. Vider mon Evernote de ses 3000 notes m’a fait prendre conscience de la futilité de l’exercice.

Soit je prends note directement avec un clavier pour commencer un texte, soit je fais confiance à mon cerveau pour faire évoluer l’idée. Dans mes 3000 notes Evernotes, j’ai retrouvé jusqu’à cinq versions différentes de la même idée, parfois séparées de plusieurs années. Prendre des notes rapides n’est donc pas une aide pour moi, mais une manière de me déculpabiliser. Devenir minimaliste est donc également un travail de lâcher-prise sur certaines fallacieuses impressions de contrôle.

Pouvoir écrire partout et être mobile est ma principale motivation d’avoir un laptop léger et petit. Mais le confort d’un véritable clavier me manque. J’ai adoré mes années sur un Typematrix. Lorsque je veux retrouver le plaisir d’écrire, je me tourne vers mon Freewrite, mais il est lourd, encombrant et particulièrement buggué.

Je rêve donc d’un clavier Bluetooth qui serait orthogonal, ergonomique, adapté au Bépo et portable. Je découvre plein de nouveautés sur le forum des bépoistes mais je n’ai pas encore trouvé la perle rare. Lors de mes trips vélos, j’utilise un simple clavier Moko qui, pour ses 25€, fait très bien son boulot et est limite plus agréable que le clavier natif du macbook.

Tout cela me fait réfléchir. Peut-être n’est-ce pas un laptop que je devrais acheter pour mettre Linux, mais une tablette connectée à un clavier Bluetooth ? Tant que je peux l’utiliser sur mes genoux dans un hamac, cela me semble en effet une solution acceptable. Dans cette optique, j’ai testé Ubuntu Touch sur une vieille tablette Nexus 7. Malheureusement, le système reste trop limité. Je regrette qu’Ubuntu Touch ne soit plus aussi activement développé, car j’adorerais avoir un téléphone « convergent » (qui peut se brancher sur un grand écran pour devenir un véritable ordinateur de bureau).

Le téléphone

Et justement, puisqu’on parle de téléphone. Mon OnePlus 5 commence à rendre l’âme (il n’accepte de charger que sporadiquement et son écran est fendu). Comment le remplacer ?

J’adore le concept Librem 5 de Purism. Mais je constate qu’abandonner Android n’est pas possible pour moi à cause de deux raisons majeures : les applications bancaires et les gadgets Bluetooth. Non, je ne veux pas abandonner ma montre profondimètre Garmin et mon GPS de vélo Wahoo. Ces deux appareils contribuent grandement à mon plaisir et mon bien-être dans la vie, le coût de garder Android me semble faible en comparaison. C’est d’ailleurs aussi une raison qui me fait abandonner l’idée d’un LightPhone (outre son cloud propriétaire).

Tant qu’à garder Android, pourquoi ne pas prendre le téléphone le plus léger et petit possible ? Et bien tout simplement parce que je n’en trouve pas. Je suis entré dans un magasin Fnac et j’ai découvert avec amusement qu’il était impossible de différencier les téléphones en exposition. Une longue file de rectangles noirs (ils étaient éteints) d’exactement la même taille ! J’avais l’impression d’être dans une parodie. Le Palm Phone, qui est une exception notable à ce triste conformisme, n’est disponible qu’aux US comme un téléphone de secours. Dommage…

Du coup, peut-être qu’opter pour un FairPhone 3 aurait du sens. J’avoue ne pas être 100% convaincu, ne sachant pas trop ce qui est réellement éthique dans leur démarche et ce qui est du marketing, une forme de green-fair-washing.

Une chose est sûre : je ne compte pas garder l’Android de Google. J’attends de voir ce que proposera /e/, mais, au pire, je me tournerai vers LineageOS.

La tablette

Même si, Android, ce n’est potentiellement pas si mal. Une tablette e-ink Onyx Boox est d’ailleurs annoncée sous Android 9.

Comme tablette e-ink, j’utilise pour le moment un Remarkable. Le Remarkable utilise un logiciel propriétaire, un cloud propriétaire et une app de synchronisation propriétaire dont la version Linux n’est plus mise à jour.

Pour être honnête, j’utilise peu le Remarkable, mais de manière efficace. Il sert à faire des croquis, prendre des notes en réunion ou, son usage principal chez moi, lire des papiers scientifiques et des mémoires que j’annote. Il a remplacé l’imprimante.

Passer à un concurrent tournant sous Android me permettrait de ne plus utiliser leur cloud et leur app propriétaire. Si, en plus, je pouvais connecter un clavier Bluetooth, je tiendrais là une machine à écrire de rêve.

Par contre, je refuse de me lancer dans les projets Kickstarter ou Indiegogo qui n’ont pas encore été rigoureusement testé. D’ailleurs, ma quête de minimalisme m’a conduit à supprimer mes comptes sur ces plateformes pour éviter la tentation de dépenser des sous dans des projets qui seront forcément décevant car ils ne font que vendre du rêve.

La liseuse

Évidemment, ce serait encore mieux de pouvoir connecter un clavier Bluetooth à ma liseuse, que j’ai toujours avec moi, quelle que soit la situation.

Il faut dire qu’après avoir passé en revue des tas de liseuses, j’ai enfin trouvé la perle rare : la Vivlio Touch HD (Vivlio = Pocketbook = Tea en ce qui concerne le hardware).

Fine, légère, disposant de bouton pour tourner les pages, d’un rétroéclairage anti-lumière bleue et quasi étanche, la liseuse permet, moyennant un peu de chipotage, d’utiliser l’app CoolReader qui me permet de lire en mode inversé (blanc sur fond noir). Seuls la prise de notes et le surlignage laissent fortement à désirer.

Mais une liseuse avec laquelle je peux facilement prendre des notes dans des passages de livres et sur laquelle je peux connecter un clavier, c’est mon rêve ultime. Je ne désespère pas.

Logiciels

Le minimalisme se révèle également dans le logiciel. Je vous ai déjà parlé de Zettr, qui remplace désormais 4 applications payantes à lui tout seul.

Mais comment tenter de favoriser l’open source, la simplicité et la compatibilité inter plateforme ? Comment protéger ma vie privée et mes données ?

Les no-brainers

Certaines solutions s’imposent d’elles-mêmes. Bitwarden, par exemple, remplace très avantageusement 1password, Dashlane ou LastPass (des solutions que j’ai toutes utilisées pendant plus d’un an chacune). À l’usage, Bitwarden est simple et parfait. Certes moins joli, mais tellement efficace. J’ai même migré certaines notes Evernote sécurisées dans Bitwarden. Bien sûr, j’ai pris la version payante pour soutenir les développeurs.

Outre l’open source, un aspect très important pour moi est la protection de mes données.

C’est la raison pour laquelle j’utilise principalement Signal pour clavarder. Je tente de convertir tous mes contacts (faites moi plaisir, installez Signal sur votre téléphone, même si vous ne pensez pas l’utiliser. Ça fera plaisir à ceux qui souhaitent protéger leur vie privée). Pour les réfractaires, je dois malheureusement encore garder un compte Whatsapp. Je conserve également un compte Facebook pour une seule et simple raison : participer au groupe de discussion des apnéistes belges. Sans cela, je ne serais pas informé des plongées ! Heureusement, mes amis d’Universal Freedivers postent de plus en plus systématiquement les infos sur leur blog, que je suis par RSS. Quand j’aurai la conviction de ne plus rater d’activités, j’effacerai définitivement mon compte Facebook (comme j’ai effacé mon compte Instagram et comme je compte bientôt supprimer mon compte Linkedin).

Mais je vous parlerai une autre fois de ma quête de suppression de comptes qui m’a emmené à effacer, un à un, près de 300 comptes éparpillés sur le net.

Parfois, un compte peut se révéler utile, mais ne l’est que rarement. C’est le cas d’Airbnb ou Uber. Ma solution est de désinstaller l’app et de ne l’installer qu’en cas de besoin. Cela me permet de ne pas être notifié des mises à jour, de ne pas être espionné par l’app, etc.

Le gros du boulot

Jusque là, c’est relativement simple. Le gros du boulot reste mon compte Google. J’ai déjà migré une bonne partie de mes mails vers Protonmail. Et je garde un œil sur son concurrent le plus actif : Tutanota.

Le gros problème de Protonmail et de Tutanota reste le manque d’un calendrier. Protonmail prétend y travailler depuis des années. Tutanota a même déjà un premier calendrier (trop) simpliste. C’est la dernière chose qui me bloque vraiment avec Google.

Il faut dire qu’un bon calendrier, ce n’est pas évident. Sous MacOS, j’utilise Fantastical et je n’ai pas encore trouvé d’équivalent sous Linux (notamment pour ajouter des événements en langage naturel). Peut-être Minetime.ai ? Mais de toute façon, je devrai composer avec le calendrier qu’offriront Tutanota ou Protonmail.

Dernier lien avec Google ? Ce n’est pas tout à fait vrai. Google Music est en effet un service que je trouve très performant. J’y ai uploadé tous mes MP3s depuis des années et je l’utilise gratuitement. Il fait des mixes aléatoires dans mes chansons préférées de manière très convaincante. J’ai bien tenté de jouer avec Funkwhale, mais on en est très loin (déjà, la plupart de mes musiques ne s’uploadent pas, car trop grosses…).

Google Maps reste également l’application la plus pratique et la plus performante pour tracer des trajets, même avec des transports en commun. Ceci dit, je guette Qwant Maps, car je préfère la qualité des données Open Street Maps (et non, OSMAnd n’est pas utilisable quotidiennement).

J’utilise également Google Photo, qui est incroyablement pratique pour sauvegarder toutes mes photos. Ceci dit, je pourrai m’en passer, car mes photos sont désormais également automatiquement sauvegardées sur Tresorit, un équivalent chiffré à Dropbox.

Une cible mouvante

Pour être honnête, j’espérais arriver un jour à une « solution parfaite » et vous décrire les solutions que j’avais trouvées. Je me rends compte que le chemin est long, mais, comme le disent mes framapotes, la voie est libre.

La voie est libre…

Mon idéal, mon objectif est finalement assez mouvant. Le minimalisme n’est pas un état que l’on atteint. C’est une manière de penser, de réfléchir, de conscientiser pour s’améliorer.

Je suis un libriste plein de contradictions et, plutôt que de le cacher, j’ai décidé d’être ouvert, de partager ma quête avec vous pour récolter vos avis, vos conseils et, qui sait, vous donner également des idées. Ce billet n’est finalement qu’une introduction à un chemin que j’espère partager avec vous.

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Je suis @ploum, conférencier et écrivain électronique. Si vous avez apprécié ce texte, n'hésitez pas à me soutenir sur Tipeee, Patreon, Paypal, Liberapay ou en millibitcoins 34pp7LupBF7rkz797ovgBTbqcLevuze7LF. Vos soutiens réguliers, même symboliques, sont une réelle motivation et reconnaissance. Merci !

Ce texte est publié sous la licence CC-By BE.

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De la Méditerranée à l’Atlantique en VTT…https://ploum.net/?p=6308http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20190826_124644_De_la_Mediterranee_a_l___Atlantique_en_VTT___Mon, 26 Aug 2019 10:46:44 +0000Une palpitante aventure de Thierrix et Ploumix, irréductibles cyclixs qui résistent encore et toujours à l’empire d’Automobulus.

Coincé dans la chaussure de vélo à semelle en carbone ultra-rigide, mon pied glisse sur un rocher pointu. Mon gros orteil hurle de douleur en s’écrasant dans une fente. La pédale de mon vélo surchargé laboure mon mollet droit alors que ma monture me déséquilibre et m’envoie une enième fois au tapis. Je ferme les yeux un instant, je rêve de m’endormir là, au bord du chemin. J’ai faim. J’ai sommeil. J’ai mal dans toutes mes articulations et sur toute ma peau. Ma chaussette a été déchirée par une branche qui m’a entaillé la cheville. Les ronces ont labouré mes tibias. Je ne sais plus quel jour nous sommes, depuis combien de temps nous pédalons. Je serais incapable de donner ma position sur une carte. J’ai vaguement en tête les noms de hameaux que nous avons traversé ce matin ou hier ou avant-hier ou que nous espérons atteindre ce soir. Je les mélange tous. Mon estomac se révulse à l’idée d’avaler une enième barre d’énergie sucrée. À quand date mon dernier repas chaud ? Hier ? Avant-hier ?

Thierry m’a dit qu’on était là pour en chier avant de disparaitre à toute vitesse dans les cailloux, rapide comme un chamois dans des pentes pierrailleuses qui lui rappellent sa garigue natale. Il va devoir m’attendre. Loin de son agilité, je me traine, animal pataud et inadapté. Je souffre. J’ai poussé mon vélo dans des kilomètres de montées trop raides. Je le retiens maladroitement dans des kilomètres de descentes trop escarpées. Ça valait bien la peine de prendre le vélo.

Mon désespoir a évolué. J’espérais atteindre une ville digne de ce nom pour trouver un vrai restaurant. Puis j’ai espéré atteindre une ville tout court, pour remplir ma gourde d’eau fraiche non polluée par les électrolytes sensés m’hydrater mais qui me trouent l’estomac. J’en suis passé à espérer une route, une vraie. Puis un chemin sur lequel je pourrais pédaler. Voire un chemin tout court où chaque mètre ne serait pas un calvaire. Où les escarpements de rochers pointus ne laisseraient pas la place à des océans de ronces traversés d’arbres abbatus.

On est là pour en chier.

Je suis perdu dans la brousse avec un type que je n’avais jamais vu une semaine plus tôt. Le fils d’un tueur qui a la violence dans ses gênes, comme il l’affirme dans le livre qu’il m’a offert la veille de notre départ mais que, heureusement, je n’ai pas encore lu. Peut-être cherchait-il à m’avertir. Mais qu’allais-je faire dans cette chebèque ?

J’en chie. Et, pour être honête, j’aime ça.

Cette aventure, nous avons décidé de vous la raconter. Sans nous consulter. Chacun notre version personnelle. À vous de relever les incohérences, un jeu littéraire géant des 7 erreurs. Vous avez pu lire la version de Thierry. Voici la mienne.

Prologue

Tout a commencé des années plus tôt. Aucun de nous deux ne se rappelle quand. Thierry et moi nous lisons mutuellement, nous avons des échanges épistolaires sporadiques qui parlent de littérature, d’auto-édition, du revenu de base, de science-fiction. Je l’admire car sur un sujet que je traite en quelques bafouilles bloguesques, il est capable de pondre un livre, de le faire éditer. Je le lis avidement et suis flatté de découvrir avec surprise qu’il me cite dans « La mécanique du texte ». Nous avons la même culture SF, le même mode de fonctionnement. À l’occasion de son séjour en Floride, Thierry découvre le bikepacking, la randonnée en autonomie en vélo. Une discipline qui me fait rêver depuis pluiseurs années mais dans laquelle je n’ai jamais osé m’investir. Thierry, lui, s’y jette à corps perdu et partage ses expériences sur son blog.

Mon épouse me pousse à le contacter pour organiser un périple à deux. Elle sent mon envie. Thierry ne se fait pas prier. En quelques mails, l’idée de base est bouclée. Nous allons relier sa méditerrannée natale à l’atlantique en VTT. Il me conseille sur le matériel et se lance dans un travail de bénédictin pour écrire une trace, un itinéraire fait de centaines de sorties VTT publiées sur le net par des cyclistes de toute la France et qu’il aligne patiemment, bout à bout.

De mon côté, je ne m’occupe que de mon matériel et de mon entrainement. J’ai peur de ne pas être à la hauteur.

Dernier entrainement

27km, 633d+

Une vilaine insolation et un poil de surentrainement m’ont assommé depuis fin juillet. Nous sommes quelques jours chez mes cousins dans les Cévennes. Je n’ai plus roulé depuis 10 jours et une vilaine inquiétude me travaille : ne serais-je pas ridicule face à Thierry ? Moi qui n’ai jamais grimpé le moindre col, moi pour qui la montée la plus longue jamais réalisée en vélo est le mur de Huy.

Mon cousin Adrien me propose une balade. Il va me lancer sur le col de la pierre levée, près de Sumène. Nous partons, je suis heureux de sentir les pédales sous mes pieds. Le col se profile très vite. Après quelques dizaines de mètres, je trouve mon rythme et, comme convenu, j’abandonne Adrien. Je monte seul. Le plaisir est intense. Je suis tellement bien dans mon effort que je suis un peu déçu de voir le sommet arriver si rapidement. J’ai gravi un col. Certes, un tout petit, mais j’ai adoré ça. Les jambes en redemandent.

Mon premier col

Échauffement

54km, 404d+

Je stresse un peu à l’idée de rencontrer Thierry en chair et en os. Enfin, comme tous bons cyclistes, nous sommes plutôt en os qu’en chair.

Rencontrer des connaissances épistolaires est toujours un quitte ou double. Soit la personne se révèle bien plus sympa en vrai qu’en ligne, soit le courant ne passe pas du tout et la rencontre signifie le glas de tous nos échanges.

Je suis d’autant plus nerveux que je vais loger chez Thierry avec ma femme et mes enfants pendant trois jours. J’ai garanti à ma femme que c’était un type bien. En vérité, je n’en sais rien. De son côté, elle veut jauger l’homme à qui elle va confier son mari pendant 10 jours.

Au moment où je sonne au portail de la maison de Candice Renoir (dont je n’avais jamais entendu parler mais c’est ce qu’indique Google Maps), mon angoisse est à son paroxysme. Une inquiétude sociale permanente chez moi que je camouffle depuis plus de 30 ans sous une jovialité et un enjouement sincère mais énergivore.

Dès les premières secondes, je suis rassuré. Thierry est de la première catégorie. S’il pousse des coups de gueule en ligne (et hors-ligne), il est affable, spirituel, intéressant, accueillant. Il me fait me sentir tout de suite à l’aise. Par contre, le vélo passe avant tout. J’ai à peine le temps de sortir mon sac, d’embrasser mes enfants qu’il me fait sauter sur ma bécane pour aller découvrir la garigue avec Fred et Lionel, deux de ses comparses.

La route s’élève vite sur des pistes de gravel. Mon domaine. J’aime quand ça monte, quand le fin gravier roulant crisse sous les pneus. À la redescente, je déchante. Les passages plus caillouteux et plus techniques me forcent à mettre pied à terre.

– Heureusement qu’on a choisi un itinéraire roulant et non-technique.
– Parfois, on passe par là, me lancent-ils en pointant d’étroits sentiers ultra escarpés que je devine à peine dans la piquante végétation.

Mon vélo est un tout rigide. Je ne suis pas un vététiste. Je cumule les handicaps. Mais, heureusement, je compense. Je monte les bosses et je sais affronter le vent. Je tire donc notre mini-peloton dans une très longue ligne droite le long du canal du midi.

Je suis rassuré sur ma forme et mes jambes. Un peu moins sur ma technique. Mais je suis heureux comme un prince de partager une trace sur Strava avec Thierry et ses amis, d’avoir découvert la garigue.

Maintenant, 48h de repos ordonne Thierry. Ou plutôt 48h de préparation des vélos, du matériel, des dernières courses. 48h émotionnellement difficile pour le mari et le père que je suis car je ne sais pas quand je vais revoir ma famille. Le dernier soir, les enfants s’endorment difficilement. Ils sentent ma nervosité. Je suis réveillé à 6h. Le milieu de la nuit pour un nocturne comme moi. J’ai dormi quelques heures. Bien trop peu. J’embrasse mon ainée qui dort profondément. Ma femme et mon fils me font au revoir de la main. Je tente de graver cette image dans ma mémoire, comme un soldat qui part au front.

Jour 1 : premier col

116km, 2150d+

Au revoir !

Nous tournons le coin de la rue. Je ne suis pas de la race des marins qui partent plusieurs mois. Abandonner ma famille pour une dizaine de jours est plus difficile que je ne le pensais. Mais, très vite, le vélo prend le dessus. Nous roulons dans le territoire de Thierry. Il connait les chemins par cœur. J’ai l’impression d’une simple promenade, que nous serons rentrés pour midi.

Rapidement, nous arrivons à Pezenas pour prendre un petit déjeuner. Nous quittons les sentiers battus et rebattus de Thierry mais il est encore à l’aise, proche de son univers. Le chemin se révèle parfois très technique voire impraticable à vélo. Heureusement, ce n’est jamais que sur quelques centaines de mètres, je me m’inquiète pas outre-mesure car les kilomètres défilent.

Nous faisons une pause à Olargues. Je constate que nous n’avons rien mangé de chaud depuis la veille au soir. Dans une ruelle aveugle, un petit boui-boui à l’aspect miteux est le seul établissement ouvert. La patronne, une jeune femme énergique, nous accueille avec un énorme sourire en se pliant en quatre pour nous faire plaisir. Elle se propose de nous faire des crèpes salées avant de retourner sermoner son mari qui, très gentil, semble un peu empoté.

Depuis plusieurs kilomètres, un mur de montagnes se profile à l’horizon. Thierry ne cesse de me répéter que, ce soir, nous dormirons au sommet.

Ce soir, nous dormirons là bas en haut !

J’ai peur.

Je demande à Thierry de faire une pause dans un vague parc pour dormir un quart d’heure. Je me prépare mentalement. Je fais des exercices de respiration.

Nous repartons ensuite. Au pied des montagne, la trace de Thierry révèle sa première erreur majeure. Elle traverse ce qui, assurément, semble un verger puis un champs. De chemin, point. Heureusement, il ne s’agit que de quelques centaines de mètres durant lesquels je pousse mon vélo dans une brouissaille plutôt éparse.

Dans la broussaille…

Le champs débouche sur le hameau de Cailho, quelques maisons construites à flanc de montagne. Je ne le sais pas encore mais nous sommes déjà dans le col. Quelques lacets de bitumes plus loin, la trace s’enfonce dans un chemin de graviers. J’ai pris quelques mètres d’avance sur Thierry. Au premier virage, je m’arrête pour vérifier que nous sommes sur la même route. Dès que je l’aperçois derrière moi, je me remets à pédaler, à mon rythme.

Je pédale sans relâche. Dans les tournants caillouteux, mon vélo surchargé à parfois du mal à tourner assez sec mais je grimpe, les yeux rivés sur mon altimètre. Je sais que nous dormirons à 1000m ce soir. Nous ne sommes pas encore à 400m.

Alors, je pédale, je pédale. Je me mets au défi de ne pas m’arrêter. Défi que je rompt à 800m d’altitude pour ouvrir un paquet de bonbons powerbar et m’injecter une dose de glucose concentrée. Je repars immédiatement. Je souffre mais la dopamine afflue à torrent dans mon cerveau obnubilé par mon compteur et ma roue avant.

994m. 993. 992. 990. J’ai franchi le sommet. Je m’écroule dans l’herbe, heureux. J’ai grimpé un col de près de 1000m avec un vélo surchargé après 116km. J’ai adoré ça. Thierry me rejoint. Nous apercevons un magnifique lac entre les arbres. Vézoles. Notre étape.

Nous ne sommes pas seuls. Le site est fréquenté par de nombreux campeurs et randonneurs. Le temps de trouver un coin désert et nous plantons la tente avant que je m’offre un plongeon dans une eau à 23°C.

Nous n’échangeons pas plus de quelques phrases avant de nous retirer dans nos cocons. Ce n’est pas nécessaire. Nous sommes tous les deux heureux de la journée. En me glissant dans mon sac de couchage, je me sens fier d’être désormais un bikepacker. Je suis convaincu que nous avons passé le plus difficile. Ça va être du gâteau. J’écris dans mon journal que j’ai connu ma journée la plus difficile sur un vélo. J’ai l’impression d’être arrivé.

Il y’a un côté sauvage, hors du temps avec le bikepacking. Il n’y a plus de conventions, de civilisation. On mange dès qu’on peut manger et que l’occasion se présente. On dort quand on peut dormir. On souffre sans savoir quand ça s’arrêtera. On croise des gens, des villes qui ne sont que des instantanés dans un voyage qui semble sans fin. On est complètement seul dans sa douleur, dans son effort, dans son mental. Et on a la satisfaction d’avoir tout ce qu’il faut pour vivre sur soi. On avance et on n’a plus besoin de rien, de personne.

Quelle aventure !

Comme c’est la première fois que je monte cette tente, j’ai mal tendu certaines parties. La toile claque au vent toute la nuit. J’ai l’impression que l’on rôde autour de nos vélos. Je ne dors que d’un œil. Je suis aussi trop excité par notre performance. Je me réveille toutes les heures. Thierry lancera le signal du réveil un peu avant 7h. J’ai l’impression que je n’ai pas dormi pour la deuxième nuit consécutive.

Jour 2 : perdu dans la traduction

67km, 1630d+

Départ du lac de Vézoles. Petit-déjeuner prévu dans 13km à La Salvetat-sur-Agout. Une paille. Surtout que ça va descendre. Je pars à jeun. Grave erreur. La trace se perd dans des pistes noires VTT. Des montées et descentes infinies de pierrailles, du type de celles qu’on voit sur les vidéos Youtube de descente en se demandant « mais comment ils font ? ». Avec un vélo tout rigide chargé de sacs, le chemin tient du calvaire.

On est encore fringuants au départ !

Une des attaches de mon sac de guidon Apidura se rompt. Je suis déçu par la fragilité de l’ensemble. Thierry me confie qu’ils n’ont sans doute jamais fait de VTT chez Apidura. Lui-même a du pas mal bricoler son sac pour l’attacher. Avec un sac bringuebalant, le calvaire risque de se transformer en enfer. J’ai heureusement une illumination : j’ouvre le sac et m’empare de la ceinture de mon bermuda civil avec laquelle je fabrique une fixation qui se révélera bien plus stable et solide que l’attache originale. Nous repartons.

Souvent, la trace semble s’enfoncer dans les bois. Elle ne correspond plus à rien. Sur Google Maps ou Open Street maps, nous sommes dans une zone déserte. Après ma seconde chute, je constate que le jeune n’est pas une bonne idée. J’engouffre une barre d’énergie. Cela me permettra de tenir les 3h que nous mettrons à sortir de cet enfer et atteindre La Salvetat-sur-Agout.

Il est pas loin de 11h, la foule a envahi le village, c’est jour de marché. Nous nous attablons à la terrasse d’une boulangerie pour enfiler des pains au chocolat et des espèces de parts de pizzas carrées. Nous avons fait à peine 13km mais je me dis que, désormais, ça va rouler.

C’est d’ailleurs vrai pendant quelques kilomềtres. Nous traversons le lac de la Raviège. J’ai envie de me baigner mais il faut rouler.

Thierry me certifie que, les cailloux, c’est terminé. Je ne sais pas s’il y croit lui-même ou s’il tente de préserver mon moral.

Très vite, la trace redevient folle. Elle semble traverser en lignes droites des zones vierges sur tous les logiciels de cartographie. Mais elle ne nous laisse pas le choix : aucune route ne va dans la bonne direction.

Nous empruntons des sentiers qui semblent oubliés depuis le moyen-âge. La pieirraille alterne avec la végétation dense. Aucune ville, aucune agglomération. Les villages ne sont que des noms sur la carte avant de se révéler des mirages, un couple de maisons borgnes se battant en duel et nous ayant fait entretenir le faux espoir d’une terrasse de café.

Il est 14h quand, après un petit bout de départementale, nous arrivons à un restaurant que Thierry avait pointé sur l’itinéraire. Le seul restaurant à 20km à la ronde. Une pancarte indique « fermeture à 14h30 ». Nous nous asseyons, prêts à commander. Le serveur vient nous annoncer qu’il ne prend plus les commandes. Le ton est catégorique, je tente vainement de négocier.

J’apprendrai au cours de ce raid que la crèpe du permier jour aura été une exception. En France, le tout n’est pas seulement de trouver un restaurant. Encore faut-il que le restaurant soit ouvert et de tomber dans l’étroite fenêtre où il est acceptable de prendre les commandes. Certaines de nos expériences friseront le burlesque voire la tragi-comédie.

Il est 14h et nous devons nous contenter de 3 maigres morceaux de fromage.

Nous repartons. Il était dit que la journée serait placé sous le signe de l’enfer vert, de la brousse. L’après-midi ne fera pas exception.

Cela fait plusieurs kilomètres que la trace nous emmène sur une route au goudron transpercé par les herbes folles. Pas de croisement, pas d’embranchement. Mais, naïf, je suis persuadé qu’une route mène forcément quelque part.

Nous apprendrons à nos dépends que ce n’est pas toujours le cas. Après plusieurs centaines de mètres de descente, la route nous amène face à une maison faites de bric et de broc. Un chien nous empêche de continuer. Un homme barbu sort, peu amène.

— Vous êtes chez moi ! éructe-t-il.
— Nous suivons la route, explique Thierry. Il ajoute que nous n’avons pas vu d’embranchement depuis des kilomètres, que notre trace ne fait que traverser.

L’homme nous jauge.

— Vous n’avez qu’à remonter jusqu’aux abeilles. Il y’a un chemin.

Effectivement, je me souviens avoir croisé des ruches. Nous remontons péniblement la pente. Peu après les ruches, un semblant de chemin semble se dessiner pour peu que l’on fasse un réel effort d’imagination. Ce chemin n’existe sur aucune carte, aucune trace. En fait, il ne semble exister que comme une légère éclaircie entre les ronces.

D’ailleurs, au détour d’un virage, il se termine abruptement par des masses d’arbres abattus. Pas moyen de passer. J’aperçois, en contrebas, ce qui semble être la continuation du chemin. Nous traversons quelques dizaines de mètres de végétation pour le rejoindre avant de continuer. Après plusieurs centaines de mètres, flagellés par les ronces et les branches basses, nous avons la certitude d’avoir mis plus d’une heure pour contourner la maison de cet antipathique anachorète. Il nous faut désormais sortir du trou, escalader la paroi opposée.

Au beau milieu de la forêt, la trace nous fait traverser ce qui est assurément un jardin entouré de fils électriques. D’une maison de pierre jaillit la musique d’une radio.

— Ne t’arrête pas ! me souffle Thierry. Pas question de se faire détourner une fois de plus.

Nous enjambons les câbles, traversons l’espace à mi-chemin entre le jardin et la clairière, glissons sous la barrière suivante. Le chemin se termine abruptement et s’est écarté de notre trace. Je pars à pied, en éclaireur. Après quelques centaines de mètres dans les ronces et les arbrisseaux aux branches lacérantes, je découvre un chemin plusieurs mètres en contrebas. J’appelle Thierry. Nous faisons descendre les vélos. Le chemin est encombré d’arbres abattus.

Pas trop roulant…

Je suis épuisé. Nous ne faisons que monter et descendre de nos vélos, monter et descendre en altitude, monter et descendre des chemins creux. Il est déjà tard lorsque nous croisons une départementale flanquée de trois maisons que la carte intitule pompeusement « Sénégats ». Ici, tout groupe d’habitations a droit à son nom. Il faut dire qu’ils sont tellement rares.

La trace continue tout droit dans ce qui semble une pente abrupte. Je suggère de nous offrir un détour et d’escalader le tout par la départementale qui zigzague. Thierry interroge une passante au fort accent irlandais. Elle confirme que ça grimpe et qu’elle n’a jamais emprunté ce sentier jusqu’au bout, même à pied.

Nous prenons la départementale en nous interrogeant sur ce qui peut bien emmener une irlandaise ici, dans ce coin où la civilisation se résume à une étroite bande de bitume qui quadrille maladroitement un univers de creux, de trous où même la réception GSM se révèle sporadique.

Il est tard. Nous n’avons fait que 60km mais la question du ravitaillement se fait pressante.

Thierry a pointé Saint-Pierre-de-Trivisy. Une bourgade qui dispose, selon la carte, d’une station d’essence, d’un restaurant, d’une boulangerie et d’un camping. La grande ville !

Il est passé 18h quand nous arrivons. La station d’essence se révèle être un carrossier devant laquelle rouille une antique pompe. Les magasins de première nécessité ne sont pas encore arrivés jusque dans cette partie du pays. Le restaurant n’ouvrira que dans 48h. La boulangerie est logiquement fermée. Nous ne trouvons pas le camping, le désespoir m’envahit, la ville est déserte, glauque.

Soudain, un jeune couple apparait, sourire aux lèvres, un enfant en poussette. Ils ont l’air de vacanciers. Nous nous encquérons d’un endroit où manger. Ils nous suggèrent le snack du camping, juste derrière l’église.

Le camping se révèle un véritable centre de loisirs avec piscine et plaine de jeux. Le snack, lui, ne prend les commandes qu’à partir de 19h, Nous sommes trop tôt sauf pour les desserts. Qu’à cela ne tienne, nous commandons chacun deux crêpes comme entrée et, à 19h pêtante, deux entrecôtes frites. Le tout arrosé d’un dessert.

Vous êtes végétariens ? Pas aujourd’hui !

Jamais nourriture ne m’a semblé si délicieuse.

Le bikepacking, c’est aussi fuir la civilisation. Retourner à l’état sauvage. Les traversées de villages semblent incongrues. Pour chaque personne croisée, nous sommes une erreur, un aventurier. Nous sommes seuls, différents. Mais, après seulement 48h, la civilisation manque. Un vrai repas chaud, une douche, une toilette. Tout ce que nous considérons comme acquis devient un luxe. Même la nourriture ou l’eau fraiche se font rare. Lorsqu’une opportunité de manger apparait, on ne choisit pas. On prend tout ce qui passe car on ne sait pas quand sera la prochaine se présentera .

Fuir la civilisation et se rendre compte des ses bienfaits. Malgré la colère et la déception d’avoir fait si peu de kilomètres, le bikepacking me transforme !

En échange de 22€, le camping nous octroie le droit de planter nos tentes sur une fine bande d’herbe qui sert de parking jouxtant les sanitaires.

Nous voyant arriver avec notre barda, un campeur s’avance spontanément.

— Vous n’avez certainement pas envie de commencer à cuisiner. J’ai justement fait beaucop trop de pâtes. Et j’ai du melon.

Je suis touché par ce simple geste d’humanité. Mais je dois refuser à contrecœur en expliquant qu’on vient à l’instant de s’offrir une entrecôte.

Je commence à mieux maitriser le montage de ma tente et je m’endors presqu’instanément. Avant de glisser dans les bras de morphée, j’ai la conscience de constater que notre sympatique voisin ne partage pas que ses repas. Il aggrémente également le camping de ronflements gargantuesques. Mais je me détache du bruit et me laisse bercer.

Thierry n’arrivera pas à en faire autant. Il passera la nuit à siffler, taper dans les mains et puiser dans sa réserve sudiste de jurons pour le faire taire, le tout au plus grand amusement des deux filles du dormeur qui passent la nuit à glousser. Un orage violent déchire le ciel. Notre tonitruant voisin m’a justement confié que le camping avait été innondé deux jours auparavant. Je guette, vérifie mes sacs. Mais la tente tient parfaitement le coup. Au matin, elle sera déjà presque sèche et tout au plus devrais-je ajouter une goutte d’huile sur la chaine de mon vélo.

Nous repartons et, pour la première fois depuis le départ, je sens que la fatigue gagne également Thierry. Cela me rassure, j’avais l’impression d’avoir affaire à un surhomme. Mais il passe mieux les sentiers en cailloux que les ronflements d’un dormeur.

Jour 3 : les rivières ne sont pas un long fleuve tranquille

102km, 1700d+

Chaque jour se révèle fondamentalement différent. Alors que nous avions eu de la garrigue, des petites buttes sèches et de la caillasse le premier jour, des creux et des bosses vallonnées emplies de végétation le second jour, voici que les chemins se transforment en maigres routes, que les bosses se font plus pentues mais plus roulantes. Je suis dans mon élément, je roule, je prends du plaisir à escalader toutes ces pentes qui me semblent désormais courtes mais qui sont plus longues que tout ce que j’ai jamais fait autour de chez moi. Nous descendons à toute allure vers Albi, les kilomètres défilent. Thierry est moins à l’aise : si son VTT avec suspension à l’avant le faisait flotter dans la caillasse, il lui donne l’impression de coller au bitume. Mais les chemins sont encore nombreux. Les paysages sont sublimes, la civilisation est désormais omniprésente. Nous ne faisons que la contourner mais sa présence rassurante flotte autour de nous, spectre ricanant à notre naïve tentative de lui échapper.

Les tapes-culs !
L’écrivain-philosophe inspiré par le paysage

Nous traversons Albi en trombe, juste le temps de boire un verre au pied de la cathédrale. De retour dans les champs, la trace semble nous ammener au milieu des herbes face à un panneau qui proclame « Pas de droit de passage » avec une autorité de façade.

La journée précédente nous a servi de leçon. Si il n’y a pas l’air d’avoir de chemin, si Open Street Maps n’indique pas de chemin, alors ne nous acharnons pas et contournons l’obstacle. Cette stratégie nous permettra d’enfiler les kilomètres.

Dans les waides, comme on dit par chez moi…

Nous nous arrêtons pour déjeuner à Monestiés, village charmant et plein de caractère. Aux hameaux de maisons isolées ont en effet succédés ces petites bourgades semi-touristiques où l’on respire une atmosphère pseudo-médiévale pour mieux attirer les rédacteurs de guides du routard.

La terrasse du restaurant est agréable mais, bien entendu, nous sommes en dehors des heures de cuisine. Il faudra se contenter d’une assiette de charcuterie à la limite du comestible.

Mais j’ai pris le pli du véritable bikepacker : toute calorie est bonne à prendre, tu ne sais pas quand seras la suivante. La quantité prime sur la qualité, peu importe l’heure et l’endroit.

Nous continuons notre route jusque Laguépie, autre patelin pitoresque à cheval sur un embranchement de l’Aveyron.

Un bord de rivière a même été amménagé en coin baignade avec jeux gonflables et maitres nageurs. Alors que Thierry s’installe à la terrasse locale, je lui glisse :
– Tu me donnes 5 minutes ?

Sans attendre la réponse, j’enfile prestemment mon maillot et plonge sous son regard héberlué dans l’Aveyron. 4:49 plus tard, très exactement, j’en ressors et le rejoins. Il n’a pas envie de plonger. Il est en mode vélo, pas natation. Mais contrairement à lui, qui vit au bord de son étang, je ne laisse jamais passer une seule occasion de m’immerger. Nous repartons et Thierry me propose de suivre l’Aveyron pour éviter de grimper sur le plateau. Notre prochaine étape, Najac, est en effet au bord de la rivière.

Dans la flotte…

En longeant le cours d’eau, nous nous perdons un instant de vue. J’ai continué tout droit et j’ai loupé un embranchement. J’entends la voix de Thierry, sur la gauche, sur un chemin qui s’écarte fortement.
— Rho, c’est dur ici, il faut pousser, c’est de la pierre.
— Moi je suis sur une piste VTT balisée orange, c’est super roulant, lui répondis-je.

Il fait demi-tour pour me suivre. Je ne le sais pas encore mais je viens de commettre la pire erreur de la journée.

Loin de s’arrêter nettement, la piste orange devient simplement de moins en moins franche. Certains obstacles surgissent : la piste est effondrée et il faut descendre dans les cailloux jusqu’au niveau de la rivière pour réescalader ensuite et retrouver une piste qui, bien que balisée, est clairement de moins en moins pratiquable. Elle va jusqu’à disparaitre presque totalement. Nous peinons dans un enfer de caillasse et de végétation. À notre gauche, une falaise à pic. À notre droite, la rivière. Entre les deux, un vague espoir. Faire demi-tour ? Cela implique de repasser toutes les difficultés franchies. L’Aveyron fait des tours et des détours. Je pointe un pont sur la carte. Notre seule chance.

Ça commence à sentir le roussi…
Après ce passage, je n’aurai même plus la force de dégainer mon appareil photo, ça deviendra pire…

Tant bien que mal nous arrivons au fameux pont. C’est un chemin de fer qui passe une dizaine de mètres au-dessus de nos têtes. Thierry ne voit pas ce qu’on peut faire. Je prétends avoir deviné un chemin qui montait vers le pont. Nous faisons demi-tour et, cette fois, mon intuition se révèle juste. Nous débouchons sur un chemin de fer après quelques mètres d’orties et d’herbes folles. Nous traversons rapidement et franchissons le pont tout en restant à distance respectueuse des rails. Juste après le pont, un sentier nous conduit vers un chemin de halage en cailloux blancs. Une autoroute pour nos vélos. Najac se rapproche, nous sommes sortis de l’enfer. Il nous a fallu des heures pour franchir les quelques derniers kilomètres. Je suis épuisé.

Soudain, au détour d’une boucle de l’Aveyron, Najac se profile. Je sursaute.
— Tu vas me faire escalader ça ?

Najac

Car Najac est un véritable nid d’aigle perché sur un éperon rocheux. La trace nous emmène au village par un sentier moyen-âgeux aux rochers aussi acérés que la pente. Je pousse avec difficulté mon vélo sur un petit pont couvert d’herbes qui a sans doute vu passer Ramiro et Vasco avant moi.

Le village en lui-même est tout en pentes et escarpements. Mais sur une surface roulante, la pente ne me fait pas peur, nous roulons à la recherche d’un restaurant ouvert. Une habitante nous conseille un établissement. La terrasse est étroite mais dispose de plusieurs tables de libres. Nous nous installons. Il est 19h50 et le serveur vient nous informer qu’il ne prend plus les commandes.

C’est absurde. On dirait un gag à répétition. Heureusement, nous avons croisé un autre restaurant sur le chemin. Le personnel est plus accueillant mais le hamburger, franchement frugal, mettra très longtemps à arriver. À la table d’ầ côté, une parisienne se passionne pour nos aventures. Elle pose plein de questions et nous remerciera pour avoir passé une excellente soirée.

Je me rends compte à quel point le bikepacking fait de nous des voyageurs, des étrangers permanents. Alors que les automobilistes se téléportent sans attirer l’attention, nous avons vu chaque mètre de paysage depuis la méditerrannée. Nous sommes de passage. Nous pouvons effrayer comme passionner mais nous ne laissons pas indifférent.

Nous prenons un dessert. Il prendra encore plus de temps que le burger à arriver. Il fait nuit noire quand nous arrivons au camping qui borde l’Aveyron au pied de Najac. Toute cette escalade n’aura servi qu’à manger un piètre hamburger, je peste.

L’accueil du camping est fermé. Près des sanitaires, la musique joue à fond entrecoupée par une version maladroite du Connemara reprise sur un synthé bon marché. Des gosses hurlent et se poursuivent dans les douches et les toilettes en claquant les portes. N’ayant pas trouvé d’emplacement libre, nous jetons notre dévolu sur un maigre carré d’herbes devant une caravane qui semble à l’abandon. Je suis tellement fatigué que, toute la nuit, je stresse à l’idée que Thierry m’annonce qu’il est 7h. À 5h du matin, des camions déchargent de la pieraille à grand fracas pendant une demi-heure. À 7h, nous émergeons dans un camping trempé par l’humidité de la rivière. Nos vélos, no sacs, nos tentes semblent sortis du cours d’eau lui-même.

Alors que nous nous éclipsons en catimini, j’observe mes fêtards d’hier qui se rendent aux sanitaires. Je me demande s’ils apprécient ce genre de vacances où s’ils n’ont financièrement pas d’autre choix.

Jour 4 : Entre les ronces et les humains

100km, 1600d+

À peine sorti du camping et nous attaquons, à froid et à jeun, 5km d’ascension à 6% de moyenne. Je me sens plein d’énergie mais j’ai appris à me connaitre. Je me lève trop tôt, je dors trop peu. Mon énergie ne va pas durer. Une fois le col franchi, la somnolence s’empare de moi. Comme tous les matins, je vais devoir lutter jusque 11h-midi contre une irrépréssible envie de dormir. Le seul remède ? Dormir jusque 9h. Mais ce n’est malheureusement pas au programme.

Nous nous arrêtons dans une boulangerie borgne, dans un petit village. J’avale deux pains au chocolat pas très bons. Mon estomac commence à se plaindre de ce régime de barres d’énergie, de plateaux charcuterie/fromage et de pains au chocolat. Durant toute la matinée, j’ai des reflux acides particulièrement désagréables. J’espère prendre un thé à Villefranche-de-Rouergue, la grande ville du coin.

Mais la banlieue de Villefranche ne donne pas confiance. Nous arrivons sur une hauteur d’où nous surplombons la ville, grise, industrielle, morne. Si nous descendons dans le centre, sans certitude de dégotter une terrasse à cette heure matinale, il faudra tout remonter. Thierry propose de continuer. Je lui emboite la roue. Villefranche ne me revient pas. J’ai sommeil, j’ai de l’acide dans l’œsophage, les petits pains au chocolat sont sur le point de ressortir et je dis à Thierry :
— Je rêve d’un thé chaud. Un Earl Grey.
— Vu les bleds qu’on va rencontrer, y’a peu de chance.

Et puis se produit ce qu’il convient d’appeler, dans la tradition Boutchik, un miracle. Alors que nous traversons Laramière, un enième bled d’une dizaine de maison qui comporte plus de chèvres que d’habitants, je m’arrête à côté d’un panneau. Une cloche l’orne avec la mention : « Pour le bar, sonnez la cloche ».

Allez-y !

Je n’ai pas le temps d’essayer qu’un homme s’approche de nous, indécis.
– Vous venez pour le bar ?
– Vous avez du thé ?
– Euh, je vais voir. C’est une amie qui a ouvert le bar, elle est partie, je vais voir ce que je peux faire.

Miracle, il nous ramène un thé qui me semblera délicieux et qui calmera complètement mes aigreurs. Complètement baba-cool déjanté, le ding-dong bar, c’est son nom, requiert normalement une carte de membre mais bon, c’est pour le fun. Deux thés et deux parts de gâteau nous couteront la bagatelle de 2€. Sans oublier le passage par les toilettes sèches cachées derrière une planche branlante. Sans doute la partie la plus difficile pour moi. Défequer dans un trou que je creuse dans la forêt, ça me plait encore. Dans les campings où les restaurants, je désinfecte la planche et ça passe en essayant de ne pas trop réfléchir. Mais les toilettes sèches, j’ai vraiment du mal. Comme je suis tout le contraire d’un constipé, dans ce genre de raid je ne peux pas m’offrir de faire la fine fesse.

On n’en parle jamais mais chier est un des éléments les plus incontournables. Il y’a ceux qui peuvent se retenir plusieurs jours et, à l’opposé du spectre, moi, qui doit minimum aller avant de dormir, au réveil et deux ou trois fois sur le reste du parcours. Entre les toilettes publiques, celles des bars et les zones sauvages de forêt, il faut bien calibrer ses besoins. Tout comme pour la bouffe, je ne perds jamais une occasion de chier car je ne sais pas quand la suivante se présentera.

Soulagé, reposé avec une sieste de quelques minutes, je ressors requinqué du ding-dong bar avant de me rassasier avec un fish-and-chips potable au prochain bled. Passage par un dolmen et puis on réattaque les montées et les descentes, avec de véritables petits cols sur des chemins caillouteux et des passages à près de 20%. Je m’accroche, ce sont certainement les passages que je préfère. Surtout une fois au sommet. Tel un muletier, je constate que mon vélo avance mieux dans ce genre de situation quand je jure et crie. Mais c’est surtout du cinéma car j’adore ça.

Au détour d’un sommet, un splendide village moyen-âgeux nous apparait entre les arbres. Saint-Cirq-Lapopie. Thierry m’explique que c’est connu, c’est un joli village touristique. Je n’en avais jamais entendu parler et ne formalise pas. Nous descendons par un petit sentier de type GR, difficilement praticable en vélo et ne recontrons qu’un promeneur. Le chemin se termine abruptement. L’enfer se déchaine brusquement.

Vu de haut, cela a l’air magnifique !

Saint-Cirq-Lapopie n’est pas connu ni touristique. Il est très connu et très touristique. De notre sentier désert, nous débouchons dans une masse compacte d’humains suant, suintant, parlant fort, fumant, achetant des babioles hors de prix et se prenant en photo. Se glisser avec nos vélo jusqu’à une terrasse relève du parcours du combattant. À la moitié de notre glace, Thierry se lève, rapidement imité par moi. Un couple de fumeurs s’est installé à côté et l’air est devenu immédiatement irrespirable.
– C’est l’enfer, murmure Thierry.
– Je préfèrais la brousse du deuxième jour, rénchéris-je.

Dans notre misanthropie commune, nous nous comprenons sans avoir besoin d’en ajouter. Il est temps de fuir. Mais le sentier pour descendre de Saint-Cirq-Lapopie est un GR escarpé encombré de touristes à la condition physique parfois chancelante. Nous devons descendre très prudemment. Arrivé sur les rives du Lot, le même saint cirque (lapopie) continue pendant des kilomètres. Nous ramons à contrecourant d’un flot de touristes espérant à tout prix prendre le même selfie avant de redescendre.

Ce flot s’arrête brusquement avec la traversée d’un parking géant. Malheureusement, le chemin en fait autant. Les ronces et les cailloux me rappellent douloureusement l’épisode de Najac.

– Rha, dès qu’il y’a un peu moins de monde, on est envahi par les ronces.
– Les gens sont une forme de ronce.

Deux philosophes sur leurs vélos, c’est beau comme un quartrième de couverture de Musso. Tant bien que mal, nous suivons le cours du Lot. Plutôt mal que bien. Après un travers tout sauvage, nous récupérons un chemin nettement plus roulant. En bordure d’un champs, des arrosseurs éclaboussent dans notre direction. Thierry a peur d’être mouillé. Je ne peux retenir une exclamation moqueuse.

— Le sudiste a peur de quelques gouttes qui tombe du ciel ! Chez nous, tu ne ferais pas souvent du vélo si tu as peur d’être mouillé.

Je me dis que le chemin finira bien par arriver quelques part.

Et bien non. Après quelques kilomètres, deux voitures garées nous annoncent qu’il se termine en cul de sac. Sur le pas de la porte d’une maison esseullée, deux personnes nous regardent d’un air ébahi et nous informent qu’il faut faire demi-tour. Et que c’est loin. Mais Thierry ne veut pas aller aussi loin. Il a repéré un chemin en montée balisé VTT noir. J’avais espéré qu’il ne l’aurait pas vu.

– On va désormais éviter les rivières, me suggère-t-il.

C’est reparti pour de la pierraille avec 200m d’ascension sur un kilomètre. Je ne marche pas à côté de mon vélo, je tente vainement de le tirer alors que j’escalade ce qui a du être un chemin avant un glissement de terrain. Lorsque ça redevient roulant, il faut encore compter sur une petite centaine de mètre de dénivelé. Avant, ce n’est pas une surprise, de redescendre immédiatement vers Cahors.

Cahors où nous avons décidé de manger. Thierry a envie d’une pizza et, à peine entrés dans la ville, nous tombons sur une petite pizzéria qui répond à nos critères. Avant de m’installer, je m’attends à ce qu’on nous annonce que nous ne sommes pas dans les heures, que la lune n’est pas dans son bon quartier avec cet air typiquement français qui s’étonne même que vous osiez demander un truc aussi incroyable que de manger dans un restaurant.

Contre toute attente, nous sommes servis de manière rapide et très sympathique. L’explication tombe très vite du serveur : son beau-frère, kiné malvoyant, a décidé de plaquer son cabinet pour ouvrir une pizzéria. Et c’est aujourd’hui le premier jour.

Les pizzas étaient très bonnes mais Thierry ne veut pas s’éterniser. Il veut quitter la ville le plus vite possible pour trouver un endroit où dormir.

Nous sommes encore dans les maisons de Cahors que la trace bifurque vers un GR pierrailleux et vertigineux qui nous fait passer sous un pont d’autoroute. Le paysage est patibulaire, envahi de carcasses, de déchets. Au milieu d’un champs ferailles, un homme est assis. Devant nous, une meute de borders collies bloque le chemin et aboie. Certains grondent et montrent les dents. Je demande à l’homme d’appeler ses chiens.

Ça valait bien la peine de prendre le vélo, épisode 118…

Il fait un geste moqueur et rigole. Thierry se charge alors d’ouvrir le chemin en aboyant plus fort. C’est glauque et je propose de ne pas planter notre tente trop près.

Après une descente et une courte bosse, nous débouchons sur un plateau d’où s’élance justement un parapente.

Nous avons le souffle coupé. La vue est magnifique, presqu’à 360°. Nous dominons toute la vallé du Lot. C’est magnifique. Thierry propose de planter notre tente à cet endroit. Je propose quelques mètres en retrait, dans un creux protégé du vent par les buissons. J’ai l’intuition qu’un plateau qui sert de départ aux parapentes doit être légèrement venteux.

Je pars également vérifier la suite de notre trace pour éviter de discuter demain matin et pour passer le cap des 100km pour cette journée. Comme je le pensais, la trace descend le plateau suivant un GR presque vertical. Du genre « Au bord, tu ne vois le chemin qu’en te penchant. » Thierry me rassure, on retournera sur nos pas et on prendra une autre descente.

Nous profitons de la soirée face à ce paysage grandiose. Les villages s’allument dans la vallée, la nuit est magnifique.

Le roi du monde, le lendemain…

Je n’ai aucune idée de quel jour nous sommes, de quand nous sommes partis, de où nous sommes sur la carte. Nos aventures se mélangent. Je ne sais plus si un souvenir se rapporte à cet après-midi ou s’il est déjà vieux de trois jours. Sur mon téléphone, les photos des vacances avec ma famille semblent appartenir à une autre époque, une autre vie. Tout est tellement lointain. La déconnexion est totale. Mon cerveau ne pense qu’à pédaler. Pédaler, trouver à manger, pédaler. Planter la tente, pédaler. Une routine ennivrante.

Malgré quelques allées venues d’amoureux et de parapentistes désireux de passer, comme nous, la nuit sur le plateau, je passerai là une des nuits les plus paisibles.

Jour 5 : highway to sieste

62km, 900d+

Après une nuit dans le calme absolu au sommet de notre mamelon, à apprécier ma tente et mon sac de couchage, mon petit cocon, nous découvrons que la vallée est devenue une mer de nuages de laquelle nous émergeons. La vue est magnifique.

Pas trop envie de descendre là dedans moi…

Comme je l’avais prévu, la descente est difficile et se fait essentiellement à pied. Avant de croiser une route et de rouler dans la brume.

En plus des traditionnels pains au chocolat, le magasin dispose de quelques fruits. Je prends deux abricots et une banane. Des fruits sans saveur qui me sembleront délicieux avant de traverser un étroit pont, magnifique dans la brume, et de continuer à pédaler dans le froid.

La vue de mon guidon. T’as intérêt à en tomber amoureux car t’as le nez dedans en permanence !

Aujourd’hui, nous allons faire étape chez les beaux-parents de Thierry où sejournent sa femme et ses enfants. Il connait bien la région pour la parcourir en VTT. La fatigue aidant, il n’a pas trop envie de s’esquinter sur des difficultés qu’il connait. Et il souhaite arriver pour le déjeuner. Au lieu du VTT, nous passons par les routes où le vélo de Thierry a beaucoup moins de rendement. Je tente de l’aider en prenant de longs relais. J’aime sentir les kilomètres défiler. J’aime les petits coups de culs que l’on passe sur des petites routes. Je pédale avec plaisir, je grimpe. C’est dur, je souffre, mais la brieveté de l’étape rend tout psychologiquement plus facile. Nous arrivons finalement avant 13h, après 62km et presque 900m de dénivelé. Ça m’a semblé tellement facile comparé aux autres jours !

L’adrénaline tombe chez Thierry qui s’écroule à la sieste. Chez moi, elle est remplacée par l’adrénaline sociale. Peur de commettre un impair, peur d’être grossier chez des gens qui ne me connaissent pas et qui m’accueillent à bras ouverts.

Isa, la femme de Thierry, ne semble pas trop m’en vouloir de lui avoir piqué son mari pendant une semaine. Je suis très heureux de rencontrer ce personnage central du livre « J’ai débranché ».

Je prends une douche, fais une machine, nettoie mon vélo. Je vais dormir dans un vrai lit après un vrai repas. Des pâtes, un fruit ! C’est délicieux, j’en rêvais. Je vais faire une grasse mat. Tout cela me semble irréel. Dans mes souvenirs et les photos, les journées de notre périple se mélangent, se confondent. Tout n’est qu’un gigantesque coup de pédale. La seule chose qui me préoccupe, c’est le dénivelé qui reste. C’est de savoir si le chemin existe, si je vais passer. Si j’aurai assez d’eau pour la nuit. Si on va trouver à manger. Si j’ai de la batterie pour mon GPS.

Finalement, le camping sauvage est encore mieux que le camping. J’apprends même à apprécier de chier dans un trou que j’ai creusé.

Cela ne fait que 4 nuits que nous sommes partis… Je me sens tellement différent. Tellement déconnecté de tout le reste de l’univers.

Pourtant, ce n’est pas comme si j’avais envie de continuer ça pendant des mois. Nous sommes en mode extrême. La fatigue est partout. Je suis épuisé, mes fesses sont douloureuses, mon genou se réveille parfois, mes gros orteils sont en permanence engourdis, je rêve d’arriver à Biscarosse, de crier victoire.

Je rêve d’arriver. Mais je ne veux pas que cette aventure s’arrête…

Jour 6 : Mad Max Marmande

99km, 1150d+

Quel plaisir de dormir jusque 9h30. D’être cool, de prendre un petit déjeuner peinard. Je suis un peu gêné de m’immiscer dans la vie de famille de Thierry mais je profite pleinement de l’accueil chaleureux.

Départ à midi. Ça me convient super bien. Pas de gros coup de barre. Plein de petits coups de cul, des paysages toujours beaux même si moins spectaculaires. Et, petit à petit, l’univers se transforme. Tout est champs. Les chemins ne sont que de l’herbe entre deux cultures. Les routes sont fréquentées par des voitures qui roulent vite. Tout semble un peu à l’abandon, un peu sale. Les chiens aboient à notre passage voire nous courent après. Les habitants nous regardent d’un air soupçonneux depuis le pas de leur porte. Pas de galère si ce n’est des chemins coupés à contourner, quelques centaines de mètres à faire dans les labourés. Je regrette d’avoir un sac de cadre qui m’empêche d’épauler mon vélo et de profiter de mon entrainement de cyclocrossman.

Je prends un malin plaisir à chaparder quelques prunes sans descendre de mon vélo, sans m’arrêter. Si j’arrive à attraper la prune depuis le chemin, alors elle est à moi.

Nous n’étions pas en mode course et ça me convient très bien !

Marmande est une ville morte le 15 août. Tout semble fermé. Tout est sale, craignos. On croise un camping car et une voiture de l’équipe nationale belge de cyclisme. Je reconnais Rick Verbrugghe au volant. Je découvre que le tour de l’avenir partait aujourd’hui de Marmande. Cela ne semble pas avoir laissé la moindre gaité. Nous repérons une sorte de boulangerie puis un petit snack crado. Nous espérons trouver mieux. Tout est fermé. Une brasserie propose une carte alléchante. Mais pas de surprise : nous ne sommes pas dans les heures pour commander à manger. Nous retournons vers la boulangerie qui se révèle presque vide.

En désespoir de cause, nous nous rabattons sur l’infâme durum. À la guerre comme à la guerre et Marmande ressemble à une ville bombardée, détruite.

La finesse de la gastronomie locale…

Mon fessier est de plus en plus douloureux. Les jambes tournent bien mais le postérieur sera content de voir arriver la fin du périple. Dès que la route est plate, que le bas de mon dos repose sur la selle, je me mets à crier de douleur. Les applications de crème sont devenues de plus en plus fréquentes. Thierry n’en mène pas plus large, il sert les dents.

Où dormir. Tout est craignos, les terrains sont occupés par des fermes et leur matériel mal entretenu. Les odeurs autour du canal sont pestilentielles.

Thierry pointe un bois sur la carte. Nous nous y enfonçons au hasard. Au milieu, un champ a priori inoccupé. Nous y plantons notre tente entre deux nuées de moustiques. On verra bien demain…

Dernier campement

Je vois que Thierry en a marre. Cela ne l’amuse plus comme terrain. Il veut du VTT, de la pieraille. La pause de famille lui a certainement fait plus de tort que de bien. Contrairement à moi, il a retrouvé ses tracas quotidiens. Il a cassé son rythme. Son postérieur a juste eu le temps de devenir vraiment douloureux sans qu’ils puisse se reposer. De mon côté, même si mon postérieur est également douloureux, je retrouve des chemins comme je les aime, des sentiers creux entre les champs comme ceux qui parcourent mon Brabant-Wallon natal.

Je lui dit qu’on est là pour en chier.

Il ne répond pas.

Chacun son tour.

Jour 7 : un océan de monde

138km, 740d+

L’humidité est affreuse, pénétrante. En se réveillant au milieu du champs, nous retrouvons nos tentes, nos sacs et nos vélos comme passés à la lance d’incendie.

Je constate que nous avons traversé la fameuse frontière pain au chocolat/chocolatine. Elle s’était matérialisée discrètement par des étiquettes « chocolatines » dans les magasins mais, aujourd’hui, pour la première fois, le vendeur m’a repris quand j’ai demandé des pains au chocolat. « Vous voulez dire des chocolatines ? ». J’ai failli lui répondre « Ben oui, des couques au chocolat ! ».

Le programme initial de notre tour prévoyait de pousser jusqu’à Arcachon, de loger dans le coin avant de redescendre jusque Biscarosse le long de l’Atlantique. Mais les fesses de Thierry sont d’un autre avis. Arriver le plus vite possible et en ligne droite. Surtout que les chemins ne sont guère amusants. Du plat, toujours du plat. Si nous étions de véritables écrivains, nous parlerons de morne plaine, d’onde qui bout dans une urne trop pleine, de nous, héros dont Toutatis trompe l’espérance. Nous nous contentons de pester et de jurer.

La pause terrasse, c’est sacré !

Pause déjeuner à Saint-Symphorien. Il est 11h35. Nous souhaitons commander.
— Pas avant midi ! nous semonce un antipathique amphytrion.
Il faudra bien attendre midi quart pour qu’il daigne sortir son carnet de commande. Les paysages ont changé mais les coutumes de l’hospitalité française semblent immuables. Alors que nous partons, un couple de cyclistes âgé s’arrête. Je les admire. Mari et femme, plus proche des 80 ans que des 70 et pourtant toujours vétu en lycra sur des vélos de sports. Le gérant du restaurant n’aura pas la même sympathie que moi. À peine ont-ils posés leurs vélos qu’il leur annonce qu’il n’y a plus de tables ou plus de repas. Contemplant leur déception, je me contente de réenfourcher ma bécane pour repartir. Chaque pause m’offre quelques kilomètres de répit avant que mon fessier se rappelle à moi.

Sur mon GPS, quelque soit le niveau de zoom, nous sommes une petite flèche sur une longue ligne droite sans rien à droite ni à gauche. Une ligne droite qui se perd à l’horizon, c’est désespérant. Rien pour nous distraire de la douleur qui nous lacère le fessier.

Même le GPS est une longue ligne droite !

— À la prochaine zone d’ombre sur la route, je m’arrête pour remettre de la crème, dis-je.

Plusieurs kilomètres plus loin, rien n’a changé. Nous n’avons pas été dans l’ombre une seule fois. Je finis par m’arrêter au soleil tellement la douleur est intense. Je m’invente le jeu de rester en danseuse sur toute la longueur de ces patibulaires arroseurs automatiques, espèce de mats pour câble à haute tension vautrés dans des champs arrides.

Une ligne droite toute plate, le plus psychologiquement éprouvant !

Pour faire un peu d’animation, le bitume se transforme en sable. Si c’est un peu technique au début, j’en suis vite réduit à pousser ma bécane avant de repartir en pédalant dans les bruyères du bas-côté.

Par deux fois, une biche me regardera passer, curieuse, pas du tout effrayée. Je me dis que les chasseurs doivent s’en donner à cœur joie.

Bienvenue dans les landes !

La longue ligne droite finit abruptement par quelques centaines de mètres d’un single track tortueux et nous débouchons dans la ville de Biscarosse.

Nous n’avons pas choisi Biscarosse au hasard mais parce que c’est là qu’habitent mes cousins Brigitte et Vincent qui disposent de deux qualités : Premièrement, ils acceptent de nous accueillir, Thierry et moi. Deuxièmement, je les apprécie énormément et c’est une excellente excuse pour les revoir. Ce que j’avais oublié, malgré plusieurs séjours chez eux, c’est que Biscarosse est très grand et que leur maison est à près de 15km de la plage.

Thierry avait émis l’idée de s’arrêter chez mes cousins et de faire, symboliquement, les derniers kilomètres jusqu’à l’Atlantique le lendemain. Voire de pousser jusqu’à Arcachon. Son fessier n’est plus de cet avis. Nous prenons un thé glacé dans une terrasse du bourg et nous décidons de pousser jusqu’à la mer avant de revenir, de cloturer notre raid aujourd’hui.

Cette dernière pause terrasse est à l’image des commandes que l’on peut faire en bikepacking :
— 2 grand thés glacés, 2 bouteilles d’eau, 3 muffins au chocolat, 1 cookies et 2 grands smoothies.
— Vous êtes combien ?
— Deux, pourquoi ?

J’avoue éprouver un plaisir total à ne plus respecter aucune convention culinaire. Manger n’importe quand, n’importe comment, en grande quantité et en suivant uniquement mes envies. Le bonheur.

Nous repartons par la piste cyclable, que je connais pour l’avoir empruntée lors de mes visites précédentes. Malheureusement, je n’étais jamais venu en août et je suis sidéré par la foule de vélo chargés de parasols et de matelas pneumatiques qui l’encombre. Elle se révèle aussi plus longue que dans mes souvenirs. Heureusement, elle est également vallonnée, ce qui me procure un certain plaisir. Dans la bosse la plus raide, un jeune vététiste en tenue du club d’Arcachon et son père tentent de nous dépasser. J’ai beau avoir 120km au compteur et 10kg de sacs, je refuse de laisser filer. Je règle le fils tandis que Thierry règle le père. À une dizaine de mètres du sommet, j’entends le gamin gémir et craquer derrière moi. Je ressens une bouffée de fierté parfaitement puérile.

En arrivant dans Biscarosse-plage, je réalise que ce que nous avons vécu à Saint-Cirq-Lapopie n’était qu’un des premiers cercles de l’enfer. Les rues sont bondées. La plage est bondée. La mer est bondée jusqu’à une dizaine de mètres. L’horreur.

We did it !

— Tu ne vas quand même pas te baigner ? me demande Thierry tout en connaissant d’avance la réponse.
— Je vais me gêner. J’ai fait 650 bornes pour ça.

J’enfile mon maillot et me fraie un passage jusque dans les vagues. Dont je ressors presqu’immédiatement. Un bain de foule plutôt qu’un bain de mer.

Entre deux baigneurs, on peut même entrapercevoir de l’eau…

Sur mon GSM, Brigitte nous conseille de rentrer par la route plutôt que par la piste cyclable car c’est plus court. J’ai le souvenir d’une route très dangereuse mais nous suivons son conseil. Un cabriolet décapotable nous dépasse à toute allure en nous frôlant. Je me dis que ça ne va pas être de la tarte, dix bornes sur une nationale de ce type.

Mais quelques kilomètres plus loin, les voitures s’arrêtent. L’embouteillage du retour de la plage. Rouler à côté des voitures arrêtées devient jouissif. C’est avec un grand sourire que nous arrivons dans le centre de Biscarosse. Un cycliste arrive derrière moi et semble vouloir nous dépasser. Je m’arrête. C’est Vincent, mon cousin ! Je suis heureux de le voir. Nous lui emboitons la roue mais il fonce à toute allure dans la circulation Biscarossienne, nous entrainant dans un gymkhana infernal. À un carrefour où la circulation redevient fluide, Thierry reconnait le cabriolet qui nous avait dépassé. Nous avons été plus rapide que lui !

Une fois hors de la circulation, Vincent fonce à toute allure. Je me porte à sa hauteur :
— Tu as décidé de nous achever sur la fin ?
— Ben je ne sais pas à quelle vitesse vous roulez, fait-il, à peine essoufflé.
— On ne fait pas 140 bornes à ce rythme-là en tout cas !

C’est enfin l’arrivée chez eux et un dernier déclipsage de pédale. Je congratule Thierry et regarde mon vélo, posé à côté de moi. Une trace, c’est une partition. Nos vélos sont nos instruments. J’éprouve pour le mien ce qu’un violoniste doit éprouver pour un stradivarius. C’est un compagnon, une extension de moi. Je le touche, le caresse, le remercie pour la ballade.

J’ai déjà envie de le réenfourcher pour de nouvelles aventures.

Entre les vélos, une réelle amitié !

Derniers tours de roue et retour

25km, plat.

Thierry reprend le train le lendemain, après avoir empaqueté son vélo avec du plastique culinaire. La SNCF annonce avec fracas sur son site que certains TGV permettent de transporter un vélo monté. Je n’en trouve aucun. La mort dans l’âme, je dois me résigner à faire subir à mon fidèle compagnon un traitement qui me fait mal au cœur. Contrairement à Thierry, je ne démonte pas le guidon mais me contente de le tourner à 90°. Une idée de Vincent pour que je puisse facilement transporter mon « paquet » dont une seule roue est encore utilisable.

Tout y est !
Emballé, c’est pesé !

Mon vélo étant déjà démonté, Vincent me prête un VTT pour un dernier tour de roues dans la région. J’essaie même son fatbike durant quelques centaines de mètres. Les jambes ont envie de tourner mais les fesses, elles, souffrent encore beaucoup trop. Vincent a déjà une expérience de bikepacking, je tente de le motiver à remettre le couvert. Je sens qu’il n’est pas loin de craquer.

Vincent n’a pas l’air de suer ? Il avait un moteur sur son fatbike !

Le lundi, Vincent me dépose à la gare d’Ychoux. Un train pour gagner Bordeaux. Un TGV pour Paris en compagnie d’un autre cycliste monté à Ychoux avec moi. Nos vélos s’entassent sur une montagne de bagages. Arrivés à Paris, nous apprendrons que ces bagages appartiennent à une mère de deux jeunes enfants qui a éffectué le voyage par terre, ses enfants dans les bras. Sans le vouloir, j’ai entraperçu un papier qu’elle montrait au contrôleur et qui déclarait « Procédure de demande d’asile ». Je n’ose imaginer la vie de cette femme. Même si j’ai ma part de soucis et de problèmes, je me sens tellement chanceux d’être à la place que j’occupe. Arrivés à Paris, elle ne sais pas comment atteindre ses bagages, sous nos vélos, avec ses deux enfants dans les bras. Avec l’aide de l’autre cycliste, nous lui descendons tout son matériel et montons sa poussette. Pas le temps de trainer car j’ai une heure, montre en main, pour aller de la gare Montparnasse à la gare du Nord. Avec un vélo démonté. La traversée de la gare Montparnasse est déjà, en soi, une aventure. Mais, tout au long de mon trajet, je recevrai des nombreuses marques de gentillesses et d’aide de jeunes au look de racaille. Dans la rame de métro, un jeune beur en training se lève spontanément pour laisser sa place à une grosse dame en tailleur. Elle refuse, il insiste et ajoute qu’il descend à la prochaine.

Dans le TGV…
Le métro parisien…

J’ai le soupçon que les vrais parisiens sont tous en vacances.

À la descente du métro, j’entends des hurlements. Sur le quai d’en face, une quarantaine de noirs entourent un blanc en hurlant et en gesticulant. Je vois tomber de la chemise du blanc des boulettes de plastique noir. Sa chemise a été arrachée ou il l’a enlevée, révélant des tatouages qui me semblent d’inspiration extrême droite (croix celtique et caractères gothiques). Il pleure à chaudes larmes, non pas de douleur, il n’est clairement pas blessé, mais d’humiliation. Il pleure comme un enfant, sans retenue. Deux gardes de la sécurité blasés lui ordonnent de circuler. Je m’invente une histoire de dealers et de guerre de clans pour expliquer les images que j’ai entraperçues avant de me ruer vers le quai du Thalys.

Une sueur froide m’envahit en constatant qu’il y’a un portique de sécurité. Si je dois déballer mon vélo, ça ne va pas être de la tarte. Heureusement, un cerbère muni d’une mitraillette me jette à peine un regard. Je rentre avec mon vélo. Moi qui ai vécu pendant une semaine avec le strict minimum, je suis effaré par la quantité de bagages qu’emmènent les autres passagers. Je ne savais pas qu’il existait d’aussi grosses valises. Des valises que les propriétaires n’arrivent même pas à hisser dans le train tellement elles sont lourdes.

Dans le Thalys…

C’est le retour à Bruxelles puis à Ottignies. Dans le dernier train, je remonte mon vélo, prêt à pédaler immédiatement vers ma famille. Mais j’étais attendu, il sera dit que mon vélo avait fini son travail. Malgré les nombreux changements et la complexité de la traversée de Paris, cela fait à peine 6h que j’ai quitté Brigitte et Vincent. Je me sens reposé. Tout le contraire d’un trajet en voiture.

L’accueil !

Quelques impressions

Je rêvais de faire du bikepacking et la réalité s’est montrée à la hauteur. J’adore cette discipline. Une grande partie de ce succès doit certainement être attribuée à Thierry pour son travail sur la trace. Nous nous sommes également révélés similaires et complémentaires. J’ai aimé pédaler avec lui, je rêve de recommencer. J’aurais bien pédalé un jour ou deux de plus. Je ne sais pas s’il est du même avis mais je le remercie pour cette expérience.

Si j’aurais bien pédalé un jour ou deux de plus, je ne me sens pas encore prêt pour des périples de 3000 bornes…

Le bonheur c’est aussi de n’avoir souffert d’aucun problème mécanique. Mon vélo, réglé par Pat de chez Moving Store avant le départ, a été parfait. Tout au plus dois-je déplorer une certaine mollesse des freins les derniers jours. Peut-être qu’il aurait fallu purger le liquide de frein avant le départ. Mon Salsa Cutthroat s’est révélé en difficulté dans la pieraille mais, en contrepartie, parfaitement à l’aise partout ailleurs. Il faut dire que la mentalité du pilote y est également pour beaucoup. Il m’est arrivé quelques fois de suivre machinalement Thierry, abruti par la fatigue et de descendre à toute vitesse sans m’en rendre compte. Dès que je réalisais ce que je faisais, je freinais et je devais reprendre le reste de la descente à patte. Le seul réel défaut de mon vélo, outre la fragilité de sa peinture, est la cablerie externe. C’est dommage en 2019 et ça a posé de petits problèmes en s’accrochant dans les ronces des chemins. Un attache de cable s’est même cassée.

L’engin, dans les moments difficiles…

Physiquement, ma condition s’est révélée parfaite. Après le col du premier jour, je n’ai que rarement dépassé 140 de pulsations, je n’ai jamais été dans l’effort intense. Tout au plus dois-je noter un engourdissement des gros orteils, engourdissement qui perdure encore à ce jour, et une légère douleur dans les paumes. Je devrais changer de gants.

Et de selle. Car le pire fut sans conteste mon fessier. Charles, de Training Plus, a réglé mon vélo au quart de poil. Aucune douleur lombaire, aucune douleur de genoux (mes points sensibles). Mais il faut que je discute avec lui de choix de selle, cet arcane du vaudou cycliste.

Le plus dur dans le bikepacking est certainement le retour. À peine rentré, un mail de Thierry m’attendait dans ma boîte. Une phrase : « Le plus difficile, c’est de retrouver d’autres projets ».

Oui, j’ai envie de repartir. Dans sa cabane, mon destrier piaffe d’impatience. Mais je suis heureux de retrouver ma famille après tout ce temps, de serrer dans mes bras ma femme qui m’a poussé à entreprendre ce rêve. Et, je dois l’avouer, de retrouver les touches de mon clavier.

Je garde cependant une séquelle de ces nuits sous la tente, à l’aventure. Je ne sais plus dormir les fenêtres fermées… Je rêve déjà de repartir pédaler, de planter ma tente quelque part dans la nature.

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De la Méditerranée à l’Atlantique en VTT…https://ploum.net/?p=6308http://streisand.me.thican.net/ploum.net/index.php?20190826_114644_De_la_Mediterranee_a_l___Atlantique_en_VTT___Mon, 26 Aug 2019 09:46:44 +0000Une palpitante aventure de Thierrix et Ploumix, irréductibles cyclixs qui résistent encore et toujours à l’empire d’Automobulus.

Coincé dans la chaussure de vélo à semelle en carbone ultra-rigide, mon pied glisse sur un rocher pointu. Mon gros orteil hurle de douleur en s’écrasant dans une fente. La pédale de mon vélo surchargé laboure mon mollet droit alors que ma monture me déséquilibre et m’envoie une enième fois au tapis. Je ferme les yeux un instant, je rêve de m’endormir là, au bord du chemin. J’ai faim. J’ai sommeil. J’ai mal dans toutes mes articulations et sur toute ma peau. Ma chaussette a été déchirée par une branche qui m’a entaillé la cheville. Les ronces ont labouré mes tibias. Je ne sais plus quel jour nous sommes, depuis combien de temps nous pédalons. Je serais incapable de donner ma position sur une carte. J’ai vaguement en tête les noms de hameaux que nous avons traversé ce matin ou hier ou avant-hier ou que nous espérons atteindre ce soir. Je les mélange tous. Mon estomac se révulse à l’idée d’avaler une enième barre d’énergie sucrée. À quand date mon dernier repas chaud ? Hier ? Avant-hier ?

Thierry m’a dit qu’on était là pour en chier avant de disparaitre à toute vitesse dans les cailloux, rapide comme un chamois dans des pentes pierrailleuses qui lui rappellent sa garigue natale. Il va devoir m’attendre. Loin de son agilité, je me traine, animal pataud et inadapté. Je souffre. J’ai poussé mon vélo dans des kilomètres de montées trop raides. Je le retiens maladroitement dans des kilomètres de descentes trop escarpées. Ça valait bien la peine de prendre le vélo.

Mon désespoir a évolué. J’espérais atteindre une ville digne de ce nom pour trouver un vrai restaurant. Puis j’ai espéré atteindre une ville tout court, pour remplir ma gourde d’eau fraiche non polluée par les électrolytes sensés m’hydrater mais qui me trouent l’estomac. J’en suis passé à espérer une route, une vraie. Puis un chemin sur lequel je pourrais pédaler. Voire un chemin tout court où chaque mètre ne serait pas un calvaire. Où les escarpements de rochers pointus ne laisseraient pas la place à des océans de ronces traversés d’arbres abbatus.

On est là pour en chier.

Je suis perdu dans la brousse avec un type que je n’avais jamais vu une semaine plus tôt. Le fils d’un tueur qui a la violence dans ses gênes, comme il l’affirme dans le livre qu’il m’a offert la veille de notre départ mais que, heureusement, je n’ai pas encore lu. Peut-être cherchait-il à m’avertir. Mais qu’allais-je faire dans cette chebèque ?

J’en chie. Et, pour être honête, j’aime ça.

Cette aventure, nous avons décidé de vous la raconter. Sans nous consulter. Chacun notre version personnelle. À vous de relever les incohérences, un jeu littéraire géant des 7 erreurs. Vous avez pu lire la version de Thierry. Voici la mienne.

Prologue

Tout a commencé des années plus tôt. Aucun de nous deux ne se rappelle quand. Thierry et moi nous lisons mutuellement, nous avons des échanges épistolaires sporadiques qui parlent de littérature, d’auto-édition, du revenu de base, de science-fiction. Je l’admire car sur un sujet que je traite en quelques bafouilles bloguesques, il est capable de pondre un livre, de le faire éditer. Je le lis avidement et suis flatté de découvrir avec surprise qu’il me cite dans « La mécanique du texte ». Nous avons la même culture SF, le même mode de fonctionnement. À l’occasion de son séjour en Floride, Thierry découvre le bikepacking, la randonnée en autonomie en vélo. Une discipline qui me fait rêver depuis pluiseurs années mais dans laquelle je n’ai jamais osé m’investir. Thierry, lui, s’y jette à corps perdu et partage ses expériences sur son blog.

Mon épouse me pousse à le contacter pour organiser un périple à deux. Elle sent mon envie. Thierry ne se fait pas prier. En quelques mails, l’idée de base est bouclée. Nous allons relier sa méditerrannée natale à l’atlantique en VTT. Il me conseille sur le matériel et se lance dans un travail de bénédictin pour écrire une trace, un itinéraire fait de centaines de sorties VTT publiées sur le net par des cyclistes de toute la France et qu’il aligne patiemment, bout à bout.

De mon côté, je ne m’occupe que de mon matériel et de mon entrainement. J’ai peur de ne pas être à la hauteur.

Dernier entrainement

27km, 633d+

Une vilaine insolation et un poil de surentrainement m’ont assommé depuis fin juillet. Nous sommes quelques jours chez mes cousins dans les Cévennes. Je n’ai plus roulé depuis 10 jours et une vilaine inquiétude me travaille : ne serais-je pas ridicule face à Thierry ? Moi qui n’ai jamais grimpé le moindre col, moi pour qui la montée la plus longue jamais réalisée en vélo est le mur de Huy.

Mon cousin Adrien me propose une balade. Il va me lancer sur le col de la pierre levée, près de Sumène. Nous partons, je suis heureux de sentir les pédales sous mes pieds. Le col se profile très vite. Après quelques dizaines de mètres, je trouve mon rythme et, comme convenu, j’abandonne Adrien. Je monte seul. Le plaisir est intense. Je suis tellement bien dans mon effort que je suis un peu déçu de voir le sommet arriver si rapidement. J’ai gravi un col. Certes, un tout petit, mais j’ai adoré ça. Les jambes en redemandent.

Mon premier col

Échauffement

54km, 404d+

Je stresse un peu à l’idée de rencontrer Thierry en chair et en os. Enfin, comme tous bons cyclistes, nous sommes plutôt en os qu’en chair.

Rencontrer des connaissances épistolaires est toujours un quitte ou double. Soit la personne se révèle bien plus sympa en vrai qu’en ligne, soit le courant ne passe pas du tout et la rencontre signifie le glas de tous nos échanges.

Je suis d’autant plus nerveux que je vais loger chez Thierry avec ma femme et mes enfants pendant trois jours. J’ai garanti à ma femme que c’était un type bien. En vérité, je n’en sais rien. De son côté, elle veut jauger l’homme à qui elle va confier son mari pendant 10 jours.

Au moment où je sonne au portail de la maison de Candice Renoir (dont je n’avais jamais entendu parler mais c’est ce qu’indique Google Maps), mon angoisse est à son paroxysme. Une inquiétude sociale permanente chez moi que je camouffle depuis plus de 30 ans sous une jovialité et un enjouement sincère mais énergivore.

Dès les premières secondes, je suis rassuré. Thierry est de la première catégorie. S’il pousse des coups de gueule en ligne (et hors-ligne), il est affable, spirituel, intéressant, accueillant. Il me fait me sentir tout de suite à l’aise. Par contre, le vélo passe avant tout. J’ai à peine le temps de sortir mon sac, d’embrasser mes enfants qu’il me fait sauter sur ma bécane pour aller découvrir la garigue avec Fred et Lionel, deux de ses comparses.

La route s’élève vite sur des pistes de gravel. Mon domaine. J’aime quand ça monte, quand le fin gravier roulant crisse sous les pneus. À la redescente, je déchante. Les passages plus caillouteux et plus techniques me forcent à mettre pied à terre.

– Heureusement qu’on a choisi un itinéraire roulant et non-technique.
– Parfois, on passe par là, me lancent-ils en pointant d’étroits sentiers ultra escarpés que je devine à peine dans la piquante végétation.

Mon vélo est un tout rigide. Je ne suis pas un vététiste. Je cumule les handicaps. Mais, heureusement, je compense. Je monte les bosses et je sais affronter le vent. Je tire donc notre mini-peloton dans une très longue ligne droite le long du canal du midi.

Je suis rassuré sur ma forme et mes jambes. Un peu moins sur ma technique. Mais je suis heureux comme un prince de partager une trace sur Strava avec Thierry et ses amis, d’avoir découvert la garigue.

Maintenant, 48h de repos ordonne Thierry. Ou plutôt 48h de préparation des vélos, du matériel, des dernières courses. 48h émotionnellement difficile pour le mari et le père que je suis car je ne sais pas quand je vais revoir ma famille. Le dernier soir, les enfants s’endorment difficilement. Ils sentent ma nervosité. Je suis réveillé à 6h. Le milieu de la nuit pour un nocturne comme moi. J’ai dormi quelques heures. Bien trop peu. J’embrasse mon ainée qui dort profondément. Ma femme et mon fils me font au revoir de la main. Je tente de graver cette image dans ma mémoire, comme un soldat qui part au front.

Jour 1 : premier col

116km, 2150d+

Au revoir !

Nous tournons le coin de la rue. Je ne suis pas de la race des marins qui partent plusieurs mois. Abandonner ma famille pour une dizaine de jours est plus difficile que je ne le pensais. Mais, très vite, le vélo prend le dessus. Nous roulons dans le territoire de Thierry. Il connait les chemins par cœur. J’ai l’impression d’une simple promenade, que nous serons rentrés pour midi.

Rapidement, nous arrivons à Pezenas pour prendre un petit déjeuner. Nous quittons les sentiers battus et rebattus de Thierry mais il est encore à l’aise, proche de son univers. Le chemin se révèle parfois très technique voire impraticable à vélo. Heureusement, ce n’est jamais que sur quelques centaines de mètres, je me m’inquiète pas outre-mesure car les kilomètres défilent.

Nous faisons une pause à Olargues. Je constate que nous n’avons rien mangé de chaud depuis la veille au soir. Dans une ruelle aveugle, un petit boui-boui à l’aspect miteux est le seul établissement ouvert. La patronne, une jeune femme énergique, nous accueille avec un énorme sourire en se pliant en quatre pour nous faire plaisir. Elle se propose de nous faire des crèpes salées avant de retourner sermoner son mari qui, très gentil, semble un peu empoté.

Depuis plusieurs kilomètres, un mur de montagnes se profile à l’horizon. Thierry ne cesse de me répéter que, ce soir, nous dormirons au sommet.

Ce soir, nous dormirons là bas en haut !

J’ai peur.

Je demande à Thierry de faire une pause dans un vague parc pour dormir un quart d’heure. Je me prépare mentalement. Je fais des exercices de respiration.

Nous repartons ensuite. Au pied des montagne, la trace de Thierry révèle sa première erreur majeure. Elle traverse ce qui, assurément, semble un verger puis un champs. De chemin, point. Heureusement, il ne s’agit que de quelques centaines de mètres durant lesquels je pousse mon vélo dans une brouissaille plutôt éparse.

Dans la broussaille…

Le champs débouche sur le hameau de Cailho, quelques maisons construites à flanc de montagne. Je ne le sais pas encore mais nous sommes déjà dans le col. Quelques lacets de bitumes plus loin, la trace s’enfonce dans un chemin de graviers. J’ai pris quelques mètres d’avance sur Thierry. Au premier virage, je m’arrête pour vérifier que nous sommes sur la même route. Dès que je l’aperçois derrière moi, je me remets à pédaler, à mon rythme.

Je pédale sans relâche. Dans les tournants caillouteux, mon vélo surchargé à parfois du mal à tourner assez sec mais je grimpe, les yeux rivés sur mon altimètre. Je sais que nous dormirons à 1000m ce soir. Nous ne sommes pas encore à 400m.

Alors, je pédale, je pédale. Je me mets au défi de ne pas m’arrêter. Défi que je rompt à 800m d’altitude pour ouvrir un paquet de bonbons powerbar et m’injecter une dose de glucose concentrée. Je repars immédiatement. Je souffre mais la dopamine afflue à torrent dans mon cerveau obnubilé par mon compteur et ma roue avant.

994m. 993. 992. 990. J’ai franchi le sommet. Je m’écroule dans l’herbe, heureux. J’ai grimpé un col de près de 1000m avec un vélo surchargé après 116km. J’ai adoré ça. Thierry me rejoint. Nous apercevons un magnifique lac entre les arbres. Vézoles. Notre étape.

Nous ne sommes pas seuls. Le site est fréquenté par de nombreux campeurs et randonneurs. Le temps de trouver un coin désert et nous plantons la tente avant que je m’offre un plongeon dans une eau à 23°C.

Nous n’échangeons pas plus de quelques phrases avant de nous retirer dans nos cocons. Ce n’est pas nécessaire. Nous sommes tous les deux heureux de la journée. En me glissant dans mon sac de couchage, je me sens fier d’être désormais un bikepacker. Je suis convaincu que nous avons passé le plus difficile. Ça va être du gâteau. J’écris dans mon journal que j’ai connu ma journée la plus difficile sur un vélo. J’ai l’impression d’être arrivé.

Il y’a un côté sauvage, hors du temps avec le bikepacking. Il n’y a plus de conventions, de civilisation. On mange dès qu’on peut manger et que l’occasion se présente. On dort quand on peut dormir. On souffre sans savoir quand ça s’arrêtera. On croise des gens, des villes qui ne sont que des instantanés dans un voyage qui semble sans fin. On est complètement seul dans sa douleur, dans son effort, dans son mental. Et on a la satisfaction d’avoir tout ce qu’il faut pour vivre sur soi. On avance et on n’a plus besoin de rien, de personne.

Quelle aventure !

Comme c’est la première fois que je monte cette tente, j’ai mal tendu certaines parties. La toile claque au vent toute la nuit. J’ai l’impression que l’on rôde autour de nos vélos. Je ne dors que d’un œil. Je suis aussi trop excité par notre performance. Je me réveille toutes les heures. Thierry lancera le signal du réveil un peu avant 7h. J’ai l’impression que je n’ai pas dormi pour la deuxième nuit consécutive.

Jour 2 : perdu dans la traduction

67km, 1630d+

Départ du lac de Vézoles. Petit-déjeuner prévu dans 13km à La Salvetat-sur-Agout. Une paille. Surtout que ça va descendre. Je pars à jeun. Grave erreur. La trace se perd dans des pistes noires VTT. Des montées et descentes infinies de pierrailles, du type de celles qu’on voit sur les vidéos Youtube de descente en se demandant « mais comment ils font ? ». Avec un vélo tout rigide chargé de sacs, le chemin tient du calvaire.

On est encore fringuants au départ !

Une des attaches de mon sac de guidon Apidura se rompt. Je suis déçu par la fragilité de l’ensemble. Thierry me confie qu’ils n’ont sans doute jamais fait de VTT chez Apidura. Lui-même a du pas mal bricoler son sac pour l’attacher. Avec un sac bringuebalant, le calvaire risque de se transformer en enfer. J’ai heureusement une illumination : j’ouvre le sac et m’empare de la ceinture de mon bermuda civil avec laquelle je fabrique une fixation qui se révélera bien plus stable et solide que l’attache originale. Nous repartons.

Souvent, la trace semble s’enfoncer dans les bois. Elle ne correspond plus à rien. Sur Google Maps ou Open Street maps, nous sommes dans une zone déserte. Après ma seconde chute, je constate que le jeune n’est pas une bonne idée. J’engouffre une barre d’énergie. Cela me permettra de tenir les 3h que nous mettrons à sortir de cet enfer et atteindre La Salvetat-sur-Agout.

Il est pas loin de 11h, la foule a envahi le village, c’est jour de marché. Nous nous attablons à la terrasse d’une boulangerie pour enfiler des pains au chocolat et des espèces de parts de pizzas carrées. Nous avons fait à peine 13km mais je me dis que, désormais, ça va rouler.

C’est d’ailleurs vrai pendant quelques kilomềtres. Nous traversons le lac de la Raviège. J’ai envie de me baigner mais il faut rouler.

Thierry me certifie que, les cailloux, c’est terminé. Je ne sais pas s’il y croit lui-même ou s’il tente de préserver mon moral.

Très vite, la trace redevient folle. Elle semble traverser en lignes droites des zones vierges sur tous les logiciels de cartographie. Mais elle ne nous laisse pas le choix : aucune route ne va dans la bonne direction.

Nous empruntons des sentiers qui semblent oubliés depuis le moyen-âge. La pieirraille alterne avec la végétation dense. Aucune ville, aucune agglomération. Les villages ne sont que des noms sur la carte avant de se révéler des mirages, un couple de maisons borgnes se battant en duel et nous ayant fait entretenir le faux espoir d’une terrasse de café.

Il est 14h quand, après un petit bout de départementale, nous arrivons à un restaurant que Thierry avait pointé sur l’itinéraire. Le seul restaurant à 20km à la ronde. Une pancarte indique « fermeture à 14h30 ». Nous nous asseyons, prêts à commander. Le serveur vient nous annoncer qu’il ne prend plus les commandes. Le ton est catégorique, je tente vainement de négocier.

J’apprendrai au cours de ce raid que la crèpe du permier jour aura été une exception. En France, le tout n’est pas seulement de trouver un restaurant. Encore faut-il que le restaurant soit ouvert et de tomber dans l’étroite fenêtre où il est acceptable de prendre les commandes. Certaines de nos expériences friseront le burlesque voire la tragi-comédie.

Il est 14h et nous devons nous contenter de 3 maigres morceaux de fromage.

Nous repartons. Il était dit que la journée serait placé sous le signe de l’enfer vert, de la brousse. L’après-midi ne fera pas exception.

Cela fait plusieurs kilomètres que la trace nous emmène sur une route au goudron transpercé par les herbes folles. Pas de croisement, pas d’embranchement. Mais, naïf, je suis persuadé qu’une route mène forcément quelque part.

Nous apprendrons à nos dépends que ce n’est pas toujours le cas. Après plusieurs centaines de mètres de descente, la route nous amène face à une maison faites de bric et de broc. Un chien nous empêche de continuer. Un homme barbu sort, peu amène.

— Vous êtes chez moi ! éructe-t-il.
— Nous suivons la route, explique Thierry. Il ajoute que nous n’avons pas vu d’embranchement depuis des kilomètres, que notre trace ne fait que traverser.

L’homme nous jauge.

— Vous n’avez qu’à remonter jusqu’aux abeilles. Il y’a un chemin.

Effectivement, je me souviens avoir croisé des ruches. Nous remontons péniblement la pente. Peu après les ruches, un semblant de chemin semble se dessiner pour peu que l’on fasse un réel effort d’imagination. Ce chemin n’existe sur aucune carte, aucune trace. En fait, il ne semble exister que comme une légère éclaircie entre les ronces.

D’ailleurs, au détour d’un virage, il se termine abruptement par des masses d’arbres abattus. Pas moyen de passer. J’aperçois, en contrebas, ce qui semble être la continuation du chemin. Nous traversons quelques dizaines de mètres de végétation pour le rejoindre avant de continuer. Après plusieurs centaines de mètres, flagellés par les ronces et les branches basses, nous avons la certitude d’avoir mis plus d’une heure pour contourner la maison de cet antipathique anachorète. Il nous faut désormais sortir du trou, escalader la paroi opposée.

Au beau milieu de la forêt, la trace nous fait traverser ce qui est assurément un jardin entouré de fils électriques. D’une maison de pierre jaillit la musique d’une radio.

— Ne t’arrête pas ! me souffle Thierry. Pas question de se faire détourner une fois de plus.

Nous enjambons les câbles, traversons l’espace à mi-chemin entre le jardin et la clairière, glissons sous la barrière suivante. Le chemin se termine abruptement et s’est écarté de notre trace. Je pars à pied, en éclaireur. Après quelques centaines de mètres dans les ronces et les arbrisseaux aux branches lacérantes, je découvre un chemin plusieurs mètres en contrebas. J’appelle Thierry. Nous faisons descendre les vélos. Le chemin est encombré d’arbres abattus.

Pas trop roulant…

Je suis épuisé. Nous ne faisons que monter et descendre de nos vélos, monter et descendre en altitude, monter et descendre des chemins creux. Il est déjà tard lorsque nous croisons une départementale flanquée de trois maisons que la carte intitule pompeusement « Sénégats ». Ici, tout groupe d’habitations a droit à son nom. Il faut dire qu’ils sont tellement rares.

La trace continue tout droit dans ce qui semble une pente abrupte. Je suggère de nous offrir un détour et d’escalader le tout par la départementale qui zigzague. Thierry interroge une passante au fort accent irlandais. Elle confirme que ça grimpe et qu’elle n’a jamais emprunté ce sentier jusqu’au bout, même à pied.

Nous prenons la départementale en nous interrogeant sur ce qui peut bien emmener une irlandaise ici, dans ce coin où la civilisation se résume à une étroite bande de bitume qui quadrille maladroitement un univers de creux, de trous où même la réception GSM se révèle sporadique.

Il est tard. Nous n’avons fait que 60km mais la question du ravitaillement se fait pressante.

Thierry a pointé Saint-Pierre-de-Trivisy. Une bourgade qui dispose, selon la carte, d’une station d’essence, d’un restaurant, d’une boulangerie et d’un camping. La grande ville !

Il est passé 18h quand nous arrivons. La station d’essence se révèle être un carrossier devant laquelle rouille une antique pompe. Les magasins de première nécessité ne sont pas encore arrivés jusque dans cette partie du pays. Le restaurant n’ouvrira que dans 48h. La boulangerie est logiquement fermée. Nous ne trouvons pas le camping, le désespoir m’envahit, la ville est déserte, glauque.

Soudain, un jeune couple apparait, sourire aux lèvres, un enfant en poussette. Ils ont l’air de vacanciers. Nous nous encquérons d’un endroit où manger. Ils nous suggèrent le snack du camping, juste derrière l’église.

Le camping se révèle un véritable centre de loisirs avec piscine et plaine de jeux. Le snack, lui, ne prend les commandes qu’à partir de 19h, Nous sommes trop tôt sauf pour les desserts. Qu’à cela ne tienne, nous commandons chacun deux crêpes comme entrée et, à 19h pêtante, deux entrecôtes frites. Le tout arrosé d’un dessert.

Vous êtes végétariens ? Pas aujourd’hui !

Jamais nourriture ne m’a semblé si délicieuse.

Le bikepacking, c’est aussi fuir la civilisation. Retourner à l’état sauvage. Les traversées de villages semblent incongrues. Pour chaque personne croisée, nous sommes une erreur, un aventurier. Nous sommes seuls, différents. Mais, après seulement 48h, la civilisation manque. Un vrai repas chaud, une douche, une toilette. Tout ce que nous considérons comme acquis devient un luxe. Même la nourriture ou l’eau fraiche se font rare. Lorsqu’une opportunité de manger apparait, on ne choisit pas. On prend tout ce qui passe car on ne sait pas quand sera la prochaine se présentera .

Fuir la civilisation et se rendre compte des ses bienfaits. Malgré la colère et la déception d’avoir fait si peu de kilomètres, le bikepacking me transforme !

En échange de 22€, le camping nous octroie le droit de planter nos tentes sur une fine bande d’herbe qui sert de parking jouxtant les sanitaires.

Nous voyant arriver avec notre barda, un campeur s’avance spontanément.

— Vous n’avez certainement pas envie de commencer à cuisiner. J’ai justement fait beaucop trop de pâtes. Et j’ai du melon.

Je suis touché par ce simple geste d’humanité. Mais je dois refuser à contrecœur en expliquant qu’on vient à l’instant de s’offrir une entrecôte.

Je commence à mieux maitriser le montage de ma tente et je m’endors presqu’instanément. Avant de glisser dans les bras de morphée, j’ai la conscience de constater que notre sympatique voisin ne partage pas que ses repas. Il aggrémente également le camping de ronflements gargantuesques. Mais je me détache du bruit et me laisse bercer.

Thierry n’arrivera pas à en faire autant. Il passera la nuit à siffler, taper dans les mains et puiser dans sa réserve sudiste de jurons pour le faire taire, le tout au plus grand amusement des deux filles du dormeur qui passent la nuit à glousser. Un orage violent déchire le ciel. Notre tonitruant voisin m’a justement confié que le camping avait été innondé deux jours auparavant. Je guette, vérifie mes sacs. Mais la tente tient parfaitement le coup. Au matin, elle sera déjà presque sèche et tout au plus devrais-je ajouter une goutte d’huile sur la chaine de mon vélo.

Nous repartons et, pour la première fois depuis le départ, je sens que la fatigue gagne également Thierry. Cela me rassure, j’avais l’impression d’avoir affaire à un surhomme. Mais il passe mieux les sentiers en cailloux que les ronflements d’un dormeur.

Jour 3 : les rivières ne sont pas un long fleuve tranquille

102km, 1700d+

Chaque jour se révèle fondamentalement différent. Alors que nous avions eu de la garrigue, des petites buttes sèches et de la caillasse le premier jour, des creux et des bosses vallonnées emplies de végétation le second jour, voici que les chemins se transforment en maigres routes, que les bosses se font plus pentues mais plus roulantes. Je suis dans mon élément, je roule, je prends du plaisir à escalader toutes ces pentes qui me semblent désormais courtes mais qui sont plus longues que tout ce que j’ai jamais fait autour de chez moi. Nous descendons à toute allure vers Albi, les kilomètres défilent. Thierry est moins à l’aise : si son VTT avec suspension à l’avant le faisait flotter dans la caillasse, il lui donne l’impression de coller au bitume. Mais les chemins sont encore nombreux. Les paysages sont sublimes, la civilisation est désormais omniprésente. Nous ne faisons que la contourner mais sa présence rassurante flotte autour de nous, spectre ricanant à notre naïve tentative de lui échapper.

Les tapes-culs !
L’écrivain-philosophe inspiré par le paysage

Nous traversons Albi en trombe, juste le temps de boire un verre au pied de la cathédrale. De retour dans les champs, la trace semble nous ammener au milieu des herbes face à un panneau qui proclame « Pas de droit de passage » avec une autorité de façade.

La journée précédente nous a servi de leçon. Si il n’y a pas l’air d’avoir de chemin, si Open Street Maps n’indique pas de chemin, alors ne nous acharnons pas et contournons l’obstacle. Cette stratégie nous permettra d’enfiler les kilomètres.

Dans les waides, comme on dit par chez moi…

Nous nous arrêtons pour déjeuner à Monestiés, village charmant et plein de caractère. Aux hameaux de maisons isolées ont en effet succédés ces petites bourgades semi-touristiques où l’on respire une atmosphère pseudo-médiévale pour mieux attirer les rédacteurs de guides du routard.

La terrasse du restaurant est agréable mais, bien entendu, nous sommes en dehors des heures de cuisine. Il faudra se contenter d’une assiette de charcuterie à la limite du comestible.

Mais j’ai pris le pli du véritable bikepacker : toute calorie est bonne à prendre, tu ne sais pas quand seras la suivante. La quantité prime sur la qualité, peu importe l’heure et l’endroit.

Nous continuons notre route jusque Laguépie, autre patelin pitoresque à cheval sur un embranchement de l’Aveyron.

Un bord de rivière a même été amménagé en coin baignade avec jeux gonflables et maitres nageurs. Alors que Thierry s’installe à la terrasse locale, je lui glisse :
– Tu me donnes 5 minutes ?

Sans attendre la réponse, j’enfile prestemment mon maillot et plonge sous son regard héberlué dans l’Aveyron. 4:49 plus tard, très exactement, j’en ressors et le rejoins. Il n’a pas envie de plonger. Il est en mode vélo, pas natation. Mais contrairement à lui, qui vit au bord de son étang, je ne laisse jamais passer une seule occasion de m’immerger. Nous repartons et Thierry me propose de suivre l’Aveyron pour éviter de grimper sur le plateau. Notre prochaine étape, Najac, est en effet au bord de la rivière.

Dans la flotte…

En longeant le cours d’eau, nous nous perdons un instant de vue. J’ai continué tout droit et j’ai loupé un embranchement. J’entends la voix de Thierry, sur la gauche, sur un chemin qui s’écarte fortement.
— Rho, c’est dur ici, il faut pousser, c’est de la pierre.
— Moi je suis sur une piste VTT balisée orange, c’est super roulant, lui répondis-je.

Il fait demi-tour pour me suivre. Je ne le sais pas encore mais je viens de commettre la pire erreur de la journée.

Loin de s’arrêter nettement, la piste orange devient simplement de moins en moins franche. Certains obstacles surgissent : la piste est effondrée et il faut descendre dans les cailloux jusqu’au niveau de la rivière pour réescalader ensuite et retrouver une piste qui, bien que balisée, est clairement de moins en moins pratiquable. Elle va jusqu’à disparaitre presque totalement. Nous peinons dans un enfer de caillasse et de végétation. À notre gauche, une falaise à pic. À notre droite, la rivière. Entre les deux, un vague espoir. Faire demi-tour ? Cela implique de repasser toutes les difficultés franchies. L’Aveyron fait des tours et des détours. Je pointe un pont sur la carte. Notre seule chance.

Ça commence à sentir le roussi…
Après ce passage, je n’aurai même plus la force de dégainer mon appareil photo, ça deviendra pire…

Tant bien que mal nous arrivons au fameux pont. C’est un chemin de fer qui passe une dizaine de mètres au-dessus de nos têtes. Thierry ne voit pas ce qu’on peut faire. Je prétends avoir deviné un chemin qui montait vers le pont. Nous faisons demi-tour et, cette fois, mon intuition se révèle juste. Nous débouchons sur un chemin de fer après quelques mètres d’orties et d’herbes folles. Nous traversons rapidement et franchissons le pont tout en restant à distance respectueuse des rails. Juste après le pont, un sentier nous conduit vers un chemin de halage en cailloux blancs. Une autoroute pour nos vélos. Najac se rapproche, nous sommes sortis de l’enfer. Il nous a fallu des heures pour franchir les quelques derniers kilomètres. Je suis épuisé.

Soudain, au détour d’une boucle de l’Aveyron, Najac se profile. Je sursaute.
— Tu vas me faire escalader ça ?

Najac

Car Najac est un véritable nid d’aigle perché sur un éperon rocheux. La trace nous emmène au village par un sentier moyen-âgeux aux rochers aussi acérés que la pente. Je pousse avec difficulté mon vélo sur un petit pont couvert d’herbes qui a sans doute vu passer Ramiro et Vasco avant moi.

Le village en lui-même est tout en pentes et escarpements. Mais sur une surface roulante, la pente ne me fait pas peur, nous roulons à la recherche d’un restaurant ouvert. Une habitante nous conseille un établissement. La terrasse est étroite mais dispose de plusieurs tables de libres. Nous nous installons. Il est 19h50 et le serveur vient nous informer qu’il ne prend plus les commandes.

C’est absurde. On dirait un gag à répétition. Heureusement, nous avons croisé un autre restaurant sur le chemin. Le personnel est plus accueillant mais le hamburger, franchement frugal, mettra très longtemps à arriver. À la table d’ầ côté, une parisienne se passionne pour nos aventures. Elle pose plein de questions et nous remerciera pour avoir passé une excellente soirée.

Je me rends compte à quel point le bikepacking fait de nous des voyageurs, des étrangers permanents. Alors que les automobilistes se téléportent sans attirer l’attention, nous avons vu chaque mètre de paysage depuis la méditerrannée. Nous sommes de passage. Nous pouvons effrayer comme passionner mais nous ne laissons pas indifférent.

Nous prenons un dessert. Il prendra encore plus de temps que le burger à arriver. Il fait nuit noire quand nous arrivons au camping qui borde l’Aveyron au pied de Najac. Toute cette escalade n’aura servi qu’à manger un piètre hamburger, je peste.

L’accueil du camping est fermé. Près des sanitaires, la musique joue à fond entrecoupée par une version maladroite du Connemara reprise sur un synthé bon marché. Des gosses hurlent et se poursuivent dans les douches et les toilettes en claquant les portes. N’ayant pas trouvé d’emplacement libre, nous jetons notre dévolu sur un maigre carré d’herbes devant une caravane qui semble à l’abandon. Je suis tellement fatigué que, toute la nuit, je stresse à l’idée que Thierry m’annonce qu’il est 7h. À 5h du matin, des camions déchargent de la pieraille à grand fracas pendant une demi-heure. À 7h, nous émergeons dans un camping trempé par l’humidité de la rivière. Nos vélos, no sacs, nos tentes semblent sortis du cours d’eau lui-même.

Alors que nous nous éclipsons en catimini, j’observe mes fêtards d’hier qui se rendent aux sanitaires. Je me demande s’ils apprécient ce genre de vacances où s’ils n’ont financièrement pas d’autre choix.

Jour 4 : Entre les ronces et les humains

100km, 1600d+

À peine sorti du camping et nous attaquons, à froid et à jeun, 5km d’ascension à 6% de moyenne. Je me sens plein d’énergie mais j’ai appris à me connaitre. Je me lève trop tôt, je dors trop peu. Mon énergie ne va pas durer. Une fois le col franchi, la somnolence s’empare de moi. Comme tous les matins, je vais devoir lutter jusque 11h-midi contre une irrépréssible envie de dormir. Le seul remède ? Dormir jusque 9h. Mais ce n’est malheureusement pas au programme.

Nous nous arrêtons dans une boulangerie borgne, dans un petit village. J’avale deux pains au chocolat pas très bons. Mon estomac commence à se plaindre de ce régime de barres d’énergie, de plateaux charcuterie/fromage et de pains au chocolat. Durant toute la matinée, j’ai des reflux acides particulièrement désagréables. J’espère prendre un thé à Villefranche-de-Rouergue, la grande ville du coin.

Mais la banlieue de Villefranche ne donne pas confiance. Nous arrivons sur une hauteur d’où nous surplombons la ville, grise, industrielle, morne. Si nous descendons dans le centre, sans certitude de dégotter une terrasse à cette heure matinale, il faudra tout remonter. Thierry propose de continuer. Je lui emboite la roue. Villefranche ne me revient pas. J’ai sommeil, j’ai de l’acide dans l’œsophage, les petits pains au chocolat sont sur le point de ressortir et je dis à Thierry :
— Je rêve d’un thé chaud. Un Earl Grey.
— Vu les bleds qu’on va rencontrer, y’a peu de chance.

Et puis se produit ce qu’il convient d’appeler, dans la tradition Boutchik, un miracle. Alors que nous traversons Laramière, un enième bled d’une dizaine de maison qui comporte plus de chèvres que d’habitants, je m’arrête à côté d’un panneau. Une cloche l’orne avec la mention : « Pour le bar, sonnez la cloche ».

Allez-y !

Je n’ai pas le temps d’essayer qu’un homme s’approche de nous, indécis.
– Vous venez pour le bar ?
– Vous avez du thé ?
– Euh, je vais voir. C’est une amie qui a ouvert le bar, elle est partie, je vais voir ce que je peux faire.

Miracle, il nous ramène un thé qui me semblera délicieux et qui calmera complètement mes aigreurs. Complètement baba-cool déjanté, le ding-dong bar, c’est son nom, requiert normalement une carte de membre mais bon, c’est pour le fun. Deux thés et deux parts de gâteau nous couteront la bagatelle de 2€. Sans oublier le passage par les toilettes sèches cachées derrière une planche branlante. Sans doute la partie la plus difficile pour moi. Défequer dans un trou que je creuse dans la forêt, ça me plait encore. Dans les campings où les restaurants, je désinfecte la planche et ça passe en essayant de ne pas trop réfléchir. Mais les toilettes sèches, j’ai vraiment du mal. Comme je suis tout le contraire d’un constipé, dans ce genre de raid je ne peux pas m’offrir de faire la fine fesse.

On n’en parle jamais mais chier est un des éléments les plus incontournables. Il y’a ceux qui peuvent se retenir plusieurs jours et, à l’opposé du spectre, moi, qui doit minimum aller avant de dormir, au réveil et deux ou trois fois sur le reste du parcours. Entre les toilettes publiques, celles des bars et les zones sauvages de forêt, il faut bien calibrer ses besoins. Tout comme pour la bouffe, je ne perds jamais une occasion de chier car je ne sais pas quand la suivante se présentera.

Soulagé, reposé avec une sieste de quelques minutes, je ressors requinqué du ding-dong bar avant de me rassasier avec un fish-and-chips potable au prochain bled. Passage par un dolmen et puis on réattaque les montées et les descentes, avec de véritables petits cols sur des chemins caillouteux et des passages à près de 20%. Je m’accroche, ce sont certainement les passages que je préfère. Surtout une fois au sommet. Tel un muletier, je constate que mon vélo avance mieux dans ce genre de situation quand je jure et crie. Mais c’est surtout du cinéma car j’adore ça.

Au détour d’un sommet, un splendide village moyen-âgeux nous apparait entre les arbres. Saint-Cirq-Lapopie. Thierry m’explique que c’est connu, c’est un joli village touristique. Je n’en avais jamais entendu parler et ne formalise pas. Nous descendons par un petit sentier de type GR, difficilement praticable en vélo et ne recontrons qu’un promeneur. Le chemin se termine abruptement. L’enfer se déchaine brusquement.

Vu de haut, cela a l’air magnifique !

Saint-Cirq-Lapopie n’est pas connu ni touristique. Il est très connu et très touristique. De notre sentier désert, nous débouchons dans une masse compacte d’humains suant, suintant, parlant fort, fumant, achetant des babioles hors de prix et se prenant en photo. Se glisser avec nos vélo jusqu’à une terrasse relève du parcours du combattant. À la moitié de notre glace, Thierry se lève, rapidement imité par moi. Un couple de fumeurs s’est installé à côté et l’air est devenu immédiatement irrespirable.
– C’est l’enfer, murmure Thierry.
– Je préfèrais la brousse du deuxième jour, rénchéris-je.

Dans notre misanthropie commune, nous nous comprenons sans avoir besoin d’en ajouter. Il est temps de fuir. Mais le sentier pour descendre de Saint-Cirq-Lapopie est un GR escarpé encombré de touristes à la condition physique parfois chancelante. Nous devons descendre très prudemment. Arrivé sur les rives du Lot, le même saint cirque (lapopie) continue pendant des kilomètres. Nous ramons à contrecourant d’un flot de touristes espérant à tout prix prendre le même selfie avant de redescendre.

Ce flot s’arrête brusquement avec la traversée d’un parking géant. Malheureusement, le chemin en fait autant. Les ronces et les cailloux me rappellent douloureusement l’épisode de Najac.

– Rha, dès qu’il y’a un peu moins de monde, on est envahi par les ronces.
– Les gens sont une forme de ronce.

Deux philosophes sur leurs vélos, c’est beau comme un quartrième de couverture de Musso. Tant bien que mal, nous suivons le cours du Lot. Plutôt mal que bien. Après un travers tout sauvage, nous récupérons un chemin nettement plus roulant. En bordure d’un champs, des arrosseurs éclaboussent dans notre direction. Thierry a peur d’être mouillé. Je ne peux retenir une exclamation moqueuse.

— Le sudiste a peur de quelques gouttes qui tombe du ciel ! Chez nous, tu ne ferais pas souvent du vélo si tu as peur d’être mouillé.

Je me dis que le chemin finira bien par arriver quelques part.

Et bien non. Après quelques kilomètres, deux voitures garées nous annoncent qu’il se termine en cul de sac. Sur le pas de la porte d’une maison esseullée, deux personnes nous regardent d’un air ébahi et nous informent qu’il faut faire demi-tour. Et que c’est loin. Mais Thierry ne veut pas aller aussi loin. Il a repéré un chemin en montée balisé VTT noir. J’avais espéré qu’il ne l’aurait pas vu.

– On va désormais éviter les rivières, me suggère-t-il.

C’est reparti pour de la pierraille avec 200m d’ascension sur un kilomètre. Je ne marche pas à côté de mon vélo, je tente vainement de le tirer alors que j’escalade ce qui a du être un chemin avant un glissement de terrain. Lorsque ça redevient roulant, il faut encore compter sur une petite centaine de mètre de dénivelé. Avant, ce n’est pas une surprise, de redescendre immédiatement vers Cahors.

Cahors où nous avons décidé de manger. Thierry a envie d’une pizza et, à peine entrés dans la ville, nous tombons sur une petite pizzéria qui répond à nos critères. Avant de m’installer, je m’attends à ce qu’on nous annonce que nous ne sommes pas dans les heures, que la lune n’est pas dans son bon quartier avec cet air typiquement français qui s’étonne même que vous osiez demander un truc aussi incroyable que de manger dans un restaurant.

Contre toute attente, nous sommes servis de manière rapide et très sympathique. L’explication tombe très vite du serveur : son beau-frère, kiné malvoyant, a décidé de plaquer son cabinet pour ouvrir une pizzéria. Et c’est aujourd’hui le premier jour.

Les pizzas étaient très bonnes mais Thierry ne veut pas s’éterniser. Il veut quitter la ville le plus vite possible pour trouver un endroit où dormir.

Nous sommes encore dans les maisons de Cahors que la trace bifurque vers un GR pierrailleux et vertigineux qui nous fait passer sous un pont d’autoroute. Le paysage est patibulaire, envahi de carcasses, de déchets. Au milieu d’un champs ferailles, un homme est assis. Devant nous, une meute de borders collies bloque le chemin et aboie. Certains grondent et montrent les dents. Je demande à l’homme d’appeler ses chiens.

Ça valait bien la peine de prendre le vélo, épisode 118…

Il fait un geste moqueur et rigole. Thierry se charge alors d’ouvrir le chemin en aboyant plus fort. C’est glauque et je propose de ne pas planter notre tente trop près.

Après une descente et une courte bosse, nous débouchons sur un plateau d’où s’élance justement un parapente.

Nous avons le souffle coupé. La vue est magnifique, presqu’à 360°. Nous dominons toute la vallé du Lot. C’est magnifique. Thierry propose de planter notre tente à cet endroit. Je propose quelques mètres en retrait, dans un creux protégé du vent par les buissons. J’ai l’intuition qu’un plateau qui sert de départ aux parapentes doit être légèrement venteux.

Je pars également vérifier la suite de notre trace pour éviter de discuter demain matin et pour passer le cap des 100km pour cette journée. Comme je le pensais, la trace descend le plateau suivant un GR presque vertical. Du genre « Au bord, tu ne vois le chemin qu’en te penchant. » Thierry me rassure, on retournera sur nos pas et on prendra une autre descente.

Nous profitons de la soirée face à ce paysage grandiose. Les villages s’allument dans la vallée, la nuit est magnifique.

Le roi du monde, le lendemain…

Je n’ai aucune idée de quel jour nous sommes, de quand nous sommes partis, de où nous sommes sur la carte. Nos aventures se mélangent. Je ne sais plus si un souvenir se rapporte à cet après-midi ou s’il est déjà vieux de trois jours. Sur mon téléphone, les photos des vacances avec ma famille semblent appartenir à une autre époque, une autre vie. Tout est tellement lointain. La déconnexion est totale. Mon cerveau ne pense qu’à pédaler. Pédaler, trouver à manger, pédaler. Planter la tente, pédaler. Une routine ennivrante.

Malgré quelques allées venues d’amoureux et de parapentistes désireux de passer, comme nous, la nuit sur le plateau, je passerai là une des nuits les plus paisibles.

Jour 5 : highway to sieste

62km, 900d+

Après une nuit dans le calme absolu au sommet de notre mamelon, à apprécier ma tente et mon sac de couchage, mon petit cocon, nous découvrons que la vallée est devenue une mer de nuages de laquelle nous émergeons. La vue est magnifique.

Pas trop envie de descendre là dedans moi…

Comme je l’avais prévu, la descente est difficile et se fait essentiellement à pied. Avant de croiser une route et de rouler dans la brume.

En plus des traditionnels pains au chocolat, le magasin dispose de quelques fruits. Je prends deux abricots et une banane. Des fruits sans saveur qui me sembleront délicieux avant de traverser un étroit pont, magnifique dans la brume, et de continuer à pédaler dans le froid.

La vue de mon guidon. T’as intérêt à en tomber amoureux car t’as le nez dedans en permanence !

Aujourd’hui, nous allons faire étape chez les beaux-parents de Thierry où sejournent sa femme et ses enfants. Il connait bien la région pour la parcourir en VTT. La fatigue aidant, il n’a pas trop envie de s’esquinter sur des difficultés qu’il connait. Et il souhaite arriver pour le déjeuner. Au lieu du VTT, nous passons par les routes où le vélo de Thierry a beaucoup moins de rendement. Je tente de l’aider en prenant de longs relais. J’aime sentir les kilomètres défiler. J’aime les petits coups de culs que l’on passe sur des petites routes. Je pédale avec plaisir, je grimpe. C’est dur, je souffre, mais la brieveté de l’étape rend tout psychologiquement plus facile. Nous arrivons finalement avant 13h, après 62km et presque 900m de dénivelé. Ça m’a semblé tellement facile comparé aux autres jours !

L’adrénaline tombe chez Thierry qui s’écroule à la sieste. Chez moi, elle est remplacée par l’adrénaline sociale. Peur de commettre un impair, peur d’être grossier chez des gens qui ne me connaissent pas et qui m’accueillent à bras ouverts.

Isa, la femme de Thierry, ne semble pas trop m’en vouloir de lui avoir piqué son mari pendant une semaine. Je suis très heureux de rencontrer ce personnage central du livre « J’ai débranché ».

Je prends une douche, fais une machine, nettoie mon vélo. Je vais dormir dans un vrai lit après un vrai repas. Des pâtes, un fruit ! C’est délicieux, j’en rêvais. Je vais faire une grasse mat. Tout cela me semble irréel. Dans mes souvenirs et les photos, les journées de notre périple se mélangent, se confondent. Tout n’est qu’un gigantesque coup de pédale. La seule chose qui me préoccupe, c’est le dénivelé qui reste. C’est de savoir si le chemin existe, si je vais passer. Si j’aurai assez d’eau pour la nuit. Si on va trouver à manger. Si j’ai de la batterie pour mon GPS.

Finalement, le camping sauvage est encore mieux que le camping. J’apprends même à apprécier de chier dans un trou que j’ai creusé.

Cela ne fait que 4 nuits que nous sommes partis… Je me sens tellement différent. Tellement déconnecté de tout le reste de l’univers.

Pourtant, ce n’est pas comme si j’avais envie de continuer ça pendant des mois. Nous sommes en mode extrême. La fatigue est partout. Je suis épuisé, mes fesses sont douloureuses, mon genou se réveille parfois, mes gros orteils sont en permanence engourdis, je rêve d’arriver à Biscarosse, de crier victoire.

Je rêve d’arriver. Mais je ne veux pas que cette aventure s’arrête…

Jour 6 : Mad Max Marmande

99km, 1150d+

Quel plaisir de dormir jusque 9h30. D’être cool, de prendre un petit déjeuner peinard. Je suis un peu gêné de m’immiscer dans la vie de famille de Thierry mais je profite pleinement de l’accueil chaleureux.

Départ à midi. Ça me convient super bien. Pas de gros coup de barre. Plein de petits coups de cul, des paysages toujours beaux même si moins spectaculaires. Et, petit à petit, l’univers se transforme. Tout est champs. Les chemins ne sont que de l’herbe entre deux cultures. Les routes sont fréquentées par des voitures qui roulent vite. Tout semble un peu à l’abandon, un peu sale. Les chiens aboient à notre passage voire nous courent après. Les habitants nous regardent d’un air soupçonneux depuis le pas de leur porte. Pas de galère si ce n’est des chemins coupés à contourner, quelques centaines de mètres à faire dans les labourés. Je regrette d’avoir un sac de cadre qui m’empêche d’épauler mon vélo et de profiter de mon entrainement de cyclocrossman.

Je prends un malin plaisir à chaparder quelques prunes sans descendre de mon vélo, sans m’arrêter. Si j’arrive à attraper la prune depuis le chemin, alors elle est à moi.

Nous n’étions pas en mode course et ça me convient très bien !

Marmande est une ville morte le 15 août. Tout semble fermé. Tout est sale, craignos. On croise un camping car et une voiture de l’équipe nationale belge de cyclisme. Je reconnais Rick Verbrugghe au volant. Je découvre que le tour de l’avenir partait aujourd’hui de Marmande. Cela ne semble pas avoir laissé la moindre gaité. Nous repérons une sorte de boulangerie puis un petit snack crado. Nous espérons trouver mieux. Tout est fermé. Une brasserie propose une carte alléchante. Mais pas de surprise : nous ne sommes pas dans les heures pour commander à manger. Nous retournons vers la boulangerie qui se révèle presque vide.

En désespoir de cause, nous nous rabattons sur l’infâme durum. À la guerre comme à la guerre et Marmande ressemble à une ville bombardée, détruite.

La finesse de la gastronomie locale…

Mon fessier est de plus en plus douloureux. Les jambes tournent bien mais le postérieur sera content de voir arriver la fin du périple. Dès que la route est plate, que le bas de mon dos repose sur la selle, je me mets à crier de douleur. Les applications de crème sont devenues de plus en plus fréquentes. Thierry n’en mène pas plus large, il sert les dents.

Où dormir. Tout est craignos, les terrains sont occupés par des fermes et leur matériel mal entretenu. Les odeurs autour du canal sont pestilentielles.

Thierry pointe un bois sur la carte. Nous nous y enfonçons au hasard. Au milieu, un champ a priori inoccupé. Nous y plantons notre tente entre deux nuées de moustiques. On verra bien demain…

Dernier campement

Je vois que Thierry en a marre. Cela ne l’amuse plus comme terrain. Il veut du VTT, de la pieraille. La pause de famille lui a certainement fait plus de tort que de bien. Contrairement à moi, il a retrouvé ses tracas quotidiens. Il a cassé son rythme. Son postérieur a juste eu le temps de devenir vraiment douloureux sans qu’ils puisse se reposer. De mon côté, même si mon postérieur est également douloureux, je retrouve des chemins comme je les aime, des sentiers creux entre les champs comme ceux qui parcourent mon Brabant-Wallon natal.

Je lui dit qu’on est là pour en chier.

Il ne répond pas.

Chacun son tour.

Jour 7 : un océan de monde

138km, 740d+

L’humidité est affreuse, pénétrante. En se réveillant au milieu du champs, nous retrouvons nos tentes, nos sacs et nos vélos comme passés à la lance d’incendie.

Je constate que nous avons traversé la fameuse frontière pain au chocolat/chocolatine. Elle s’était matérialisée discrètement par des étiquettes « chocolatines » dans les magasins mais, aujourd’hui, pour la première fois, le vendeur m’a repris quand j’ai demandé des pains au chocolat. « Vous voulez dire des chocolatines ? ». J’ai failli lui répondre « Ben oui, des couques au chocolat ! ».

Le programme initial de notre tour prévoyait de pousser jusqu’à Arcachon, de loger dans le coin avant de redescendre jusque Biscarosse le long de l’Atlantique. Mais les fesses de Thierry sont d’un autre avis. Arriver le plus vite possible et en ligne droite. Surtout que les chemins ne sont guère amusants. Du plat, toujours du plat