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Drones en manifestation : La Quadrature contre-attaque

Mon, 26 Oct 2020 11:06:40 +0000 - (source)

Nous venons de déposer un nouveau recours devant le tribunal administratif de Paris, en urgence, pour que la préfecture de police cesse sa surveillance par drones des manifestations. Alors que le Conseil d’État était clair en mai dernier et déclarait illégale l’utilisation des drones par la police parisienne, celle-ci fait depuis mine de ne rien voir et continue aujourd’hui de déployer, à chaque manifestation, son arsenal de surveillance par drones. Il est temps d’y mettre fin, à nouveau.

En mai dernier, le Conseil d’État donnait raison à La Quadrature du Net en estimant que la surveillance par drones est interdite pour faire respecter les mesures restrictives du confinement. Bien au-delà de cas particuliers, ce sont des principes forts, s’appuyant sur un raisonnement général en matière de droit à la vie privée et de droit à la protection des données personnelles, qui ont été dégagés. Le Conseil d’État a ainsi estimé que l’usage de drones porte une atteinte particulière aux droits et libertés et que, en l’absence d’encadrement réglementaire, leur usage reste interdit.

Cette décision de justice n’a nullement gêné la préfecture de police. Grâce à votre aide précieuse, nous avons pu documenter l’usage policier actuel des drones pour surveiller les manifestations parisiennes tout au long de ces derniers mois et présenter photos et vidéos qui attestent que la police nationale et la gendarmerie utilisent de manière systématique les drones pour surveiller les manifestations.

Pourtant, la surveillance des manifestations est d’autant plus grave qu’il s’agit de moments d’expressions politiques. Comme nous l’analysions en 2019, la surveillance des manifestant·es à l’aide de technologies de reconnaissance faciale est également aujourd’hui déjà possible, depuis 2012. Le gouvernement, par la voix du ministre de l’intérieur Gérald Darmanin, ne se cache d’ailleurs pas que l’objectif de ces drones n’est pas seulement le maintien de l’ordre, mais bel et bien, in fine, d’identifier les personnes qui manifestent. Et le récent « Schéma national du maintien de l’ordre » ne fait que le confirmer.

Notre premier recours contre les drones avait été rendu possible grâce à un article de Mediapart dans lequel la préfecture de police détaillait fièrement son usage des drones. Depuis, cette dernière refuse systématiquement de répondre aux journalistes. Ce silence en dit long sur le malaise du côté de la police qui sait que son activité de surveillance est aujourd’hui purement illégale.

Il est important de relever un autre silence : celui de la CNIL. L’autorité affirmait pourtant en mai, pour sauver les apparences, s’intéresser à la question des drones alors que le Conseil d’État constatait déjà leur illégalité. Aujourd’hui, plus de cinq mois après ce commentaire, rien ne semble bouger du côté de l’autorité chargée de faire respecter le droit en matière de vie privée…

En parallèle, la détermination politique de renforcer le pouvoir de la police est plus que jamais présente : la récente proposition de loi « relative à la sécurité globale » prévoit déjà d’autoriser, de façon extrêmement large, les drones pour surveiller les manifestations et identifier les manifestant·es. Nous reviendrons dessus bientôt, mais espérons déjà qu’une nouvelle victoire devant les juges permettra de freiner le blanc-seing que le groupe LREM à l’Assemblée nationale veut donner à la police, et mettra fin à l’utilisation de ce dispositif de surveillance de masse.


Menace de dissolution du CCIF : une inacceptable atteinte aux libertés associatives et à l’égalité des droits

Wed, 21 Oct 2020 10:05:18 +0000 - (source)

Dès 2015, La Quadrature du Net a eu l’occasion de travailler avec une poignée d’associations militantes, dont le CCIF, contre l’État d’urgence et ses nombreuses dérives. Elle signe aujourd’hui cet appel, rappelant le danger que fait peser sur les libertés – dans l’espace numériques et au-delà – la dissolution arbitraire d’organisations de la société civile.


Associations, collectifs, avocat·es, universitaires et membres de la société civile, signataires de ce texte, bouleversé.e.s et choqué.e.s par l’assassinat de Samuel Paty, expriment leur consternation et leur colère à la suite des déclarations du ministre de l’Intérieur, M. Gérald Darmanin, annonçant la volonté du gouvernement de dissoudre plusieurs associations, dont le Collectif Contre l’Islamophobie en France – CCIF, une structure avec laquelle nous collaborons régulièrement.

La contribution du CCIF au débat public sur la question des discriminations est incontestable. Le racisme et la stigmatisation des personnes musulmanes, ou considérées comme telles, est une réalité en France depuis des décennies. S’attaquer à une association de défense des droits de la minorité musulmane met en péril un combat plus que jamais nécessaire dans une société à la cohésion sociale fragilisée.

Le CCIF participe aux démarches inter-associatives de défense et de promotion des libertés et droit fondamentaux, comme c’est le cas dans le cadre du réseau « Anti-terrorisme, droits et libertés » dont il est membre ainsi que plusieurs signataires de ce texte. Le CCIF s’est également associé à plusieurs initiatives de la société civile mettant en garde contre les dérives de la mise en œuvre de l’état d’urgence sanitaire. Tout aussi légitime et essentielle est l’action que ce collectif mène au plan judiciaire pour lutter contre la banalisation des discours d’incitation à la haine raciale dans le débat public.
La dissolution administrative des associations par décret en Conseil des ministres, mesure qui existe en droit français depuis 1936, ne peut intervenir que lorsque de strictes conditions sont remplies, des conditions que le CCIF ne remplit pas. Sa dissolution s’apparenterait à une attaque politique contre une association dont l’action est essentiellement centrée autour de la lutte contre le racisme subi au quotidien par les musulman-es. L’action du CCIF dérange parce qu’elle révèle, ici et là, la manière dont notre société discrimine les personnes musulmanes. En cela, l’action du CCIF rejoint celle de toutes les associations de lutte contre les discriminations (origine, handicap, genre, orientation sexuelle, pauvreté…) dont l’action tend fatalement à remettre en cause les structures, règles et dispositifs majoritaires à raison des inégalités qu’ils créent.

La stratégie de stigmatisation choisie par le ministre de l’Intérieur est dangereuse puisqu’elle vise des personnes et des associations en raison de leur appartenance religieuse, réelle ou supposée, alors qu’elles n’ont aucun lien avec le terrorisme ou les discours haineux. Cette posture autoritaire bat en brèche des principes essentiels de l’État de droit, qui protègent contre les accusations collectives, les procédures abusives et non fondées sur des faits précis.

La dissolution arbitraire d’associations n’est une manière ni juste, ni efficace de défendre la liberté d’expression ou la sécurité collective. Seuls les fanatiques religieux et l’extrême droite ont quelque chose à gagner à cette dissolution ; l’État de droit a tout à y perdre.

Nous demandons au gouvernement de renoncer à la dissolution du CCIF, de respecter la liberté d’association et la liberté d’expression, inscrites dans la Constitution de notre République.

Signataires :

Associations : Action Droits des musulmans*, APPUII, Collectif « Les citoyens en alerte », La Quadrature du Net*, REAJI, Tous Migrants, VoxPublic*

Avocat.es : Me Asif Arif, Me Nabil Boudi*, Me Emmanuel Daoud*, Me Adelaïde Jacquin*, Me Jérôme Karsenti*, Me Raphaël Kempf*, Me Myriame Matari, Me Lucie Simon*, Me Stephen Suffern, Me Flor Tercero*

Universitaires : Marie-Laure Basilien-Gainche (Univ. Jean Moulin Lyon 3, membre honoraire de l’Institut Universitaire de France)*, Vanessa Codaccioni (Univ. Paris 8)*, Stéphanie Hennette-Vauchez (Univ. Paris Nanterre)*, Olga Mamoudy (Univ. Valenciennes)*, Sébastien Milleville (Univ. Grenoble-Alpes) Stéphanie Renard (Univ. Bretagne Sud), Julien Talpin (CNRS)

* = membres du Réseau antiterrorisme, droits et libertés.


Dossier : Faire d’Internet un monde meilleur

Sun, 18 Oct 2020 08:00:14 +0000 - (source)

L’an dernier, l’association Ritimo a proposé à La Quadrature du Net de rédiger un dossier de fond sur un sujet de notre choix. Le dossier complet est déjà disponible sur le site de Ritimo. De notre côté, nous allons publier progressivement chacun des articles du dossier dans les semaines à venir. On commence ici avec l’introduction.

Au commencement, Internet était un espace d’expérimentation sans chef, nous étions libres de nous déplacer, de nous exprimer, d’inventer et de créer. Dans les années 2000, la sphère marchande s’est mise à y prendre de plus en plus de place. La publicité s’y est développée et s’est présentée comme un moyen de financer des services en ligne. Grâce aux données sur les utilisateurs de ces services, les méthodes de ciblage publicitaire ont évolué et ont séduit de plus en plus d’annonceurs. Ce nouveau marché de la publicité en ligne était bien trop obnubilé par sa rentabilité pour se préoccuper des droits des personnes vivant derrière ces données.

Dans le même temps, Internet restait un espace d’expression et prenait de plus en plus de place dans la société. Les États se sont inquiétés de cet espace grandissant sur lequel ils n’exerçaient pas un contrôle assez fort et ont commencé à chercher à mettre en place des mesures pour surveiller et réguler Internet. Lutte contre le partage d’œuvres couvertes par le droit d’auteur, lutte contre le terrorisme, la pédopornographie, les fausses informations, la « haine »… Tout est devenu prétexte à surveiller et à censurer ce qui circule sur Internet. Finalement, les technologies qui semblaient si émancipatrices à leurs débuts se sont trouvées être un parfait allié de la surveillance d’État. L’apprentissage statistique, cette méthode utilisée par l’industrie publicitaire consistant à rassembler de très grandes quantités de données pour établir des corrélations et cibler les personnes susceptibles d’être réceptives à une publicité, devient un outil fabuleux pour repérer des comportements inhabituels dans une foule, par exemple.

C’est ainsi que pour des motivations bien différentes, les États et les grosses entreprises du numérique ont trouvé dans les technologies développées ces vingt dernières années les leviers nécessaires pour augmenter leur emprise sur leurs citoyens ou leurs clients.

Le présent dossier proposé par La Quadrature du Net s’intéresse dans un premier temps aux mécanismes qui motivent les États et les entreprises à surveiller, censurer, voire manipuler la population. Les premiers articles détaillent l’impact de ces réductions de libertés, sur la société et sur les personnes, d’un point de vue politique et philosophique. Ils décrivent la mise en silo de la société à différents niveaux : de l’enfermement imposé par les géants du numérique à la stérilisation de nos rues et espaces publics imposée par l’accroissement de la surveillance.

Pour lutter contre cette mise sous surveillance de nos vies, La Quadrature entend remettre en question les réflexes de solutionnisme technologique vers lesquels les décideurs politiques tendent de plus en plus sans réflexions préalables. Pour construire un Internet plus respectueux des libertés, La Quadrature développe des alternatives politiques et présente les initiatives existantes. Construire cet Internet libre et émancipateur demande de remettre en question certains principes qui ont été imposés par les géants du web : des espaces clos, des règles pour limiter et contrôler le partage de la connaissance et de la création, etc.

C’est à ces perspectives optimistes qu’est consacrée la deuxième partie de ce dossier. Elle se veut aussi être un appel à imaginer cet « autre monde »…


Le Sénat autorise Darmanin à nous surveiller en violation du droit européen

Thu, 15 Oct 2020 10:28:03 +0000 - (source)

Hier, sur demande du ministère de l’Intérieur, le Sénat a autorisé les services de renseignement à conserver leurs « boites noires », alors même que ces dispositifs venaient d’être dénoncés par la Cour de justice de l’Union européenne.

Introduites par la loi de renseignement de 2015, les « boites noires » sont des dispositifs analysant de façon automatisée l’ensemble des communications circulant sur un point du réseau de télécommunications afin, soi-disant, de « révéler des menaces terroristes ». Cette surveillance de masse n’avait été initialement permise qu’à titre expérimental jusqu’à la fin de l’année 2018. Cette expérimentation avait été prolongée jusqu’à la fin de l’année 2020 par la loi antiterroriste de 2017.

Voyant la fin d’année arriver, le ministère de l’Intérieur a souhaité prolonger ses pouvoirs d’encore un an, par un projet de loi déposé le 17 juin dernier et que nous dénoncions déjà (le texte prolonge aussi les mesures de l’état d’urgence intégrées dans le droit commun par la loi SILT de 2017). Le 21 juillet, l’Assemblée nationale a adopté le projet de loi, et c’était au tour du Sénat de se prononcer.

Le 6 octobre, entre temps, un évènement majeur est intervenu et aurait dû entrainer la disparition immédiate de ce texte. La Cour de justice de l’Union européenne s’est prononcée sur la loi renseignement et nous a donné raison sur de nombreux points, notamment sur les boites noires.

La Cour a constaté que, en droit français, une « telle analyse automatisée s’applique de manière globale à l’ensemble des personnes faisant usage des moyens de communications électroniques » et que « les données faisant l’objet de l’analyse automatisée sont susceptibles de révéler la nature des informations consultées en ligne » (le gouvernement ayant avoué au cours de l’instruction que les boites noires analysent l’URL des sites visités). D’après la Cour, cette « ingérence particulièrement grave » ne saurait être admise qu’à titre exceptionnel « face à une menace grave pour la sécurité nationale qui s’avère réelle et actuelle ou prévisible », « pendant une période strictement limitée ». Enfin, les boites noires doivent faire « l’objet d’un contrôle effectif soit par une juridiction, soit par une entité administrative indépendante, dont la décision est dotée d’un effet contraignant ».

Les exigences de la Cour sont beaucoup moins strictes que celles que nous espérions obtenir en allant devant elle – nous voulions l’interdiction pure et simple de toute surveillance de masse. Il n’empêche que ses exigences sont bien plus strictes que celles du droit français. L’article L851-3 du code de la sécurité intérieure autorise les boites noires de façon générale et par principe, sans être conditionnée à la moindre « menace réelle et actuelle » – menace qu’on ne saurait identifier aujourd’hui, d’ailleurs. Le droit français n’encadre ces mesures dans aucune « période strictement limitée » mais les autorise au contraire depuis cinq ans de façon ininterrompue. Enfin, le contrôle des boites noires a été confié à la CNCTR qui, en droit, n’a aucun pouvoir contraignant.

Le droit français viole clairement le droit européen. La Cour de justice l’a déclaré sans ambigüité. En réaction, les sénateurs auraient dû refuser immédiatement et automatiquement la prolongation demandée par le ministère de l’intérieur. Ses boites noires sont illégales et, s’il tient vraiment à les maintenir, il n’a qu’à corriger sa loi.

Qu’ont fait les sénateurs ? Ils ont prolongé les boites noires pour une année entière au lieu des sept mois votés par l’Assemblée (sur les dispositifs de la loi SILT, les sénateurs ont carrément décidé de les pérenniser sans débat). Sinon, rien. Les pleins pouvoirs ont été reconduits dans les mains de Darmanin. Tant pis pour l’État de droit.

Le texte, examiné en lecture accélérée, va maintenant passer en commission mixte paritaire où l’Assemblée et le Sénat chercheront un compromis – qui ne s’annonce pas vraiment en faveur de nos libertés. Ensuite, tel que le ministre de l’intérieur l’a rappelé au Sénat, il proposera bientôt une nouvelle loi renseignement qui, entre autres choses, entend bien autoriser de façon pérenne les boites noires. La bataille sera ardue : commençons-la dès maintenant.


« S’opposer à la 5G pour dire notre refus de l’informatique dominante »

Sat, 10 Oct 2020 09:00:10 +0000 - (source)

Tandis que La Quadrature du Net vient de publier sa position commune sur la 5G, nous entamons la publication d’une série de points de vue plus personnels. Suite à sa participation à une journée d’action anti-5G le 19 septembre dernier, Félix Tréguer, membre du collectif, a réagi aux critiques qui s’étaient fait jour sur notre liste de discussion. Nous publions ici une version légèrement remaniée de ce texte partagé le le 24 septembre dernier.

Ma participation comme représentant de La Quadrature du Net à une journée de mobilisation contre la 5G à Lyon, samedi 19 septembre, a suscité des réactions nombreuses et pour le moins contrastées.

Parmi elles, des réactions assez hostiles, rageuses ou moqueuses, qui ont fait suite aux quelques éléments partagés sur les réseaux sociaux pour expliquer le sens ma participation. En prenant part à une table ronde et à un atelier organisés dans le cadre de cette journée, j’aurais donné – et La Quadrature du Net à travers moi – du crédit aux « obscurantistes », « dingos anti-ondes » et autres adeptes de la « fake science ». Or, s’il est vrai qu’on trouvait des textes relevant clairement de la désinformation scientifique sur certains des sites associés à cette journée, il serait trompeur et dangereux de la réduire à cela.

L’événement était organisé par plusieurs collectifs locaux (anti-5G, anti-Linky, anti-surinformatisation, écologistes) et couvrait les trois grandes catégories de critiques adressées à la 5G : aspects sanitaires, coût écologique et celle dont on parle beaucoup moins et pour laquelle nous étions justement invités, à savoir l’accentuation de la surveillance numérique. L’invitation à y intervenir m’a été faite par des gens du collectif stéphanois « Halte au contrôle numérique » qui ont pris une part active dans l’organisation de cette journée.

Nous nous sommes rencontrés l’hiver dernier dans le cadre d’une conférence organisée à Saint Étienne où j’étais venu parler de notre campagne Technopolice. Au sein de La Quadrature, on était plusieurs à avoir auparavant pu échanger avec des membres du collectif, et nous étions vraiment enthousiastes quant à leurs actions de terrain : chiffro-fêtes, projections et débats publics autours de documentaires, déambulations festives contre l’« atelier Google », travail d’information et de résistance au projet de capteurs sonores « intelligents » dans un quartier populaire du centre-ville de Saint Étienne, happening contre la réunion organisée (finalement annulée) par le député Jean-Michel Mis sur la reconnaissance faciale (où les participants étaient venus affublés d’un masque à son effigie). Bref, des militants aux parcours divers qui inventent des choses ensemble et obtiennent de belles victoires, et en qui l’on a spontanément confiance.

Alors certes, il y a dans la mouvance anti-Linky/anti-5G, des gens peu crédibles, en particulier parmi celles et ceux qui se mobilisent autour des risques associés aux champs électro-magnétiques (les « anti-ondes »). C’est regrettable, mais c’est un peu le problème inhérents aux espaces horizontaux dans des collectifs militants qui tâchent de s’ouvrir – un point de faiblesse classique des mouvements décentralisés comme l’est la mouvance anti-Linky (un autre exemple serait celui des Gilets Jaunes). Peut-on pour autant caricaturer l’ensemble du mouvement, voire même sa seule composante « anti-ondes », en le réduisant à ces gens-là ? Je ne crois pas.

Quand j’ai discuté de ma participation avec les autres membres de La Quadrature, le risque de s’associer à des groupes récusant les règles de la controverse scientifique et du débat de société a tout de suite été identifié. Mon avis, c’était qu’il fallait refuser cette caricature du mouvement dans son ensemble. Je trouvais vraiment dommage que, à quelques jours du lancement de la vente aux enchères des fréquences 5G, on s’interdise – au nom de la pureté militante et par peur des raccourcis, au prétexte qu’une des franges du mouvement serait « infréquentable » – d’exprimer notre solidarité. Alors même qu’on tombait d’accord au sein de La Quadrature sur la nécessité de nourrir nous aussi une critique de la 5G, je pensais qu’à partir de notre point de vue spécifique, nous pouvions revendiquer un objectif commun au sein d’une coalition ouverte et par nature hétérogène.

D’ailleurs, des alliances hétérogènes, La Quadrature en fait très régulièrement avec d’autres ONG inscrites dans notre champ, des partis politiques, des entreprises : on signe des lettres ouvertes écrites par d’autres malgré des nuances qui nous semblent parfois manquer, on assiste à des événements organisés par des gens que l’on n’apprécie guère, en rappelant souvent que notre participation ne vaut pas soutien (et avec comme ligne rouge de ne jamais laisser le moindre doute quant au fait que nous sommes un collectif anti-raciste, anti-sexiste, anti-homophobie, anti-transphobie, anti-fasciste…). Après tout, les âneries pseudo-scientifiques et les mensonges, on en entend également plein dans la bouche des promoteurs très en vue de la 5G sans que ça n’émeuve grand monde, et il y a là un regrettable deux poids, deux mesures.

Je ne veux vraiment pas m’attarder sur ce sujet, mais je trouve aussi qu’il y a quelque chose d’assez malsain dans l’agressivité opposée aux « anti-ondes ». Quand l’ANSES estime à 5% la part de personnes électro-sensibles, et quand bien même les scientifiques n’arrivent pas à établir de lien probant entre les ondes présentes dans notre environnement quotidien et ces symptômes, on ne peut pas, à mon sens, se moquer de la posture anti-ondes comme si « La Science » avait tranché ce débat une fois pour toutes. Certes, on ne doit pas nécessairement donner le bénéfice du doute aux anti-ondes, mais on sait aussi que la science n’est pour une grande part qu’une série de postulats que l’on n’a pas encore réussi à infirmer. On ne sait pas tout, et dès lors qu’il y a des choses non-élucidées sur des pathologies très largement observées, le doute scientifique et un sens élémentaire de l’empathie devraient nous inviter à une humilité compréhensive vis-à-vis de la souffrance de ces personnes, et à une écoute attentive lorsqu’elles expriment leur défiance vis-à-vis du fonctionnement des agences sanitaires et qu’elles documentent les conflits d’intérêt qui les entourent.

Mais bref. Je n’étais pas à Lyon pour ça. J’étais à Lyon pour dire que, depuis son positionnement spécifique, sans être d’accord sur tout ce qui s’était dit dans la journée, La Quadrature était solidaire de l’objectif affiché, à savoir faire obstacle au déploiement de la 5G. Avec nos raisons à nous, que j’ai personnellement résumé en ces termes sur les réseaux sociaux (ce qui, j’en conviens, n’était pas l’endroit adapté) :

  • Parce que, tout en constatant les affres de l’informatisation et l’échec global de nos luttes pour un Internet libre, on peut continuer à penser que le numérique pourrait avoir un visage bien différent, et que
    manifestement la #5G nous éloigne toujours plus de cet horizon …
  • Parce que, à les lire, le futur que les promoteurs zélés de la #5G nous préparent, c’est l’accélération de presque tout ce qui déraille déjà dans la société numérique : société « sans contact », automatisation, déshumanisation.
  • Parce que la #5G, toujours à lire les industriels qui planchent dessus, c’est notamment la fuite en avant programmée de la société de surveillance : vidéosurveillance et autre gadgets de la #Technopolice, #IoT spywares, etc.
  • Parce que les discours des défenseurs de la #5G contribuent dores et déjà à instituer le monde-machine qu’ils fantasment, à le banaliser, à le rendre incontournable et désirable, à orienter les investissements et la R&D. Que, hélas, leur science fiction transforme notre réalité.
  • Parce que la #5G est une technologie technocratique et coûteuse, qu’elle est imposée par « en haut » en raison d’intérêts économiques et politiques dans lesquels nous ne nous retrouvons pas. Et qu’en dépit de tout cela, le pouvoir a l’audace de la présenter comme incontestable.

Je voudrais revenir un instant sur « l’échec global de nos luttes » que j’évoquais. Je crois en effet que l’activisme numérique – celui des logiciels libres, des réseaux libres, de la lutte contre la surveillance et la censure d’Internet – doit, tout en gardant l’expertise technique et juridique qui a fait sa force, se renouveler et s’ouvrir. Cela passe notamment par le fait de sortir de notre zone de confort pour nous ouvrir aux questionnements technocritiques et écologistes, de nous livrer à des alliances nouvelles capables de faire grossir nos luttes, de les rendre plus populaires, plus disséminées, en expérimentant de nouveaux modes d’action. C’est en substance ce qu’on expliquait il y a trois ans dans notre « revue stratégique » et c’est bien ce qu’on essaie de faire à notre petite échelle, par exemple avec la campagne Technopolice. Or, c’est aussi cela que permet l’opposition à la 5G.

Alors oui, on est d’accord : il n’y a rien d’intrinsèque ni même de très spécifique à la 5G dans les arguments évoqués ci-dessus. Ces problèmes, ce sont pour l’essentiel ceux du processus d’informatisation dans son ensemble, et ceux des technosciences en général. La 5G n’est qu’une couche de plus sur un substrat déjà bien moisi. Mais – et c’est là que je veux en venir – s’opposer à son déploiement, c’est aussi une manière de tenter de se ménager des marges de manœuvre dans nos luttes, en tâchant d’éviter que la situation ne s’empire. En conclusion de la contre-histoire d’Internet que j’ai publié l’an dernier, j’avais résumé les choses comme ça :

Près de quarante ans [après le début du processus d’informatisation], tandis que la « gouvernance par les données » sert de nouveau mode de gouvernement, que les protections juridiques associées à l’État de droit sont tendanciellement dépassées, la technologie informatique continue sa « marche en avant » au service du pouvoir. Un tel constat doit nous interroger : et si, en nous en tenant aujourd’hui à des approches éthiques, juridiques, technologiques ou organisationnelles pour tenter de corriger les pires aspects des technologies modernes, nous ne faisions qu’acter notre propre impuissance ? Cette  interrogation fait directement écho à Foucault, et à la question stratégique centrale évoquée dans ses écrits sur les liens entre pouvoir et « capacités » (où il mentionne expressément les capacités [technologiques] associées aux « techniques de communication ») : « Comment déconnecter la croissance des capacités et l’intensification des relations de pouvoir ? » (…).

Malgré les espoirs des premiers hackers et autres pionniers quant aux possibilités ouvertes par la micro-­informatique, ce découplage entre pouvoir et technologie se fait toujours grandement désirer. L’informatique prolifère désormais dans nos foyers, sur nos corps, et dans l’espace public urbain où notre capacité à nous rassembler a historiquement constitué une des modalités de contestation les plus efficaces. À l’heure où le Big Data et l’intelligence artificielle s’accompagnent d’une recentralisation phénoménale des capacités de calcul, un tel découplage entre pouvoir et informatique paraît moins probable que jamais. Et si l’on admet qu’il n’adviendra pas dans un futur proche, alors il est urgent d’articuler les stratégies classiques à un refus plus radical opposé à l’informatisation du monde.

Il se trouve que, dans notre société, le refus collectif d’une technologie, c’est presque de l’ordre du blasphème. Sébastien Soriano, le président de l’Arcep, a beau dire « #Parlons5G », il est lui aussi très clair sur le fait que la 5G se fera (ou, pour le citer, que « la France ouvrira pourtant la voie à la 5G »). Ou l’art de la concision pour illustrer la profonde inanité de la « démocratie technique » que les institutions prétendent mettre en œuvre, que ce soit d’ailleurs sur la 5G, la reconnaissance faciale ou l’intelligence artificielle : des pseudo-consultations où le principal objectif pour le pouvoir est d’assurer « l’acceptabilité sociale » de ces technologies.

Cela fait plus de dix ans que je participe à La Quadrature du Net et je peux vous dire qu’on en a fait des débats, des rapports, des réponses à des consultations, des communiqués pour dénoncer ou proposer. On en a déposé beaucoup, des amendements et des recours pour tenter de promouvoir une informatique à échelle humaine, qui ne soit pas toute entière construite contre nos droits. Et même si je continue de penser que le travail que nous faisons est utile et nécessaire, nos quelques victoires ne changent rien au fait que l’on perd chaque jour du terrain ; que l’informatique dominante surveille, domine, automatise, déshumanise ; qu’elle est très coûteuse en ressources. Quant aux artisans de l’Internet décentralisé et émancipateur, ils tiennent bon, mais les politiques publiques les relèguent toujours plus loin aux marges de l’économie numérique.

La Quadrature est d’autant plus fondée à s’opposer aujourd’hui à la 5G que, depuis dix ans, une partie de notre action – souvent restée inaperçue il faut bien le dire – a porté sur les politiques du secteur télécom, notamment s’agissant du spectre radio-électrique. En mai 2011, nous revendiquions la libération de l’accès aux fréquences pour favoriser le développement de réseaux télécoms suivant la logique des biens communs – soit l’exact inverse des mises aux enchères prisées dans le secteur depuis les années 1990. L’année suivante, nous avions dénoncé la vente par l’État des fréquences dévolues à la 4G. Plus récemment, en lien avec le projet de recherche européen netCommons, La Quadrature s’est aussi battue aux côtés des opérateurs télécoms associatifs de la Fédération FDN et de nombreux autres réseaux communautaires à travers le monde pour porter une revendication simple : démocratiser les télécoms. Nous avons même obtenu quelques avancées, à la fois modestes et historiques. Inscrites dans le code européen des télécommunications adopté fin 2018, elles se heurtent aujourd’hui à l’indifférence totale des responsables publics.

Convenons au moins de ça : le déploiement de la 5G ne nous rapprochera pas d’un iota de nos objectifs. Les gains en puissance de calcul, en capacités de stockage, ou comme en l’espèce en vitesses de transmission et de latence, ont essentiellement pour effet de renforcer l’informatique de contrôle que l’on est censés combattre. La 5G présente des risques importants pour la neutralité du Net. Il est très clair qu’elle ne bénéficiera nullement aux hébergeurs alternatifs comme Framasoft et ses CHATONS, ni aux opérateurs de la Fédération FDN. Tout porte à croire qu’elle fera en revanche les choux gras des multinationales qui dominent déjà le secteur – de Google à Netflix en passant par Thales – et des alliances public-privé formées pour nous surveiller et nous administrer.

Affirmer collectivement notre refus de l’informatique dominante, c’est aussi ça le sens de l’opposition à la 5G. Alors soit : notre opposition ne porte pas tant sur un protocole que sur la logique qui le produit et qu’il reproduit, à savoir l’informatisation de tout au travers de choix arbitrés technocratiquement, au mépris des droits et de la démocratie. La 5G n’est qu’un des symptômes d’un problème bien plus large. Mais en attendant que le monde change, en attendant qu’il produise des techniques en accord avec nos valeurs politiques, elle est un très bon moyen de contester l’innovation technologique en revendiquant le droit d’appuyer sur la touche « STOP ».

Tout ça pour vous dire que je n’ai aucun regret à être allé à cette journée.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Brisons le totem de la 5G

Fri, 09 Oct 2020 15:05:37 +0000 - (source)

La Quadrature du Net refuse le futur promis par les promoteurs de la 5G.

Nous refusons le rêve d’Ericsson pour qui la 5G ouvrira à la « smart surveillance » un marché de 47 milliards de dollars d’ici 2026. Nous refusons que la vidéosurveillance puisse représenter le marché le plus important des objets connectés permis par la 5G, estimé à 70% en 2020, puis 32% en 2023. Nous refusons le fantasme sécuritaire dans lequel « l’obtention d’image d’une très haute qualité ouvre la voie à l’analyse intelligente de la vidéo via l’IA ». Nous refusons l’ambition de l’ancien employé de Safran, Cédric O, de procéder au déploiement de la 5G quoi qu’il en coûte.

Peu importe que ces promesses soient crédibles ou non, nous mettons en garde contre ce qu’elles représentent. Elles sont le rappel, fait par une industrie techno-sécuritaire qui n’existe que pour elle-même et impose partout son agenda, que nous n’avons jamais eu notre mot à dire sur ces grands programmes industriels ; que cette industrie et ses relais au sein de l’État s’arrogent le droit de nous contrôler au travers de leurs innombrables gadgets, quitte à participer à la ruine de ce monde ; quitte à risquer ce qu’il nous reste d’humanité.

Si l’industrie de la surveillance a fait de la 5G le totem de son monde fantasmé, il nous faut briser ce totem. Nous l’affirmons avec d’autant plus de détermination que nous savons que les politiques en matière de télécoms pourraient avoir un visage bien différent, que les réseaux télécoms pourraient être faits pour les gens et par les gens. Partout en Europe et dans le monde, des alternatives existent. Elles se heurtent malheureusement à l’indifférence coupable et intéressée des gouvernants.

À La Quadrature, les débats sur la 5G ont commencé il y a déjà quelques temps et sont parfois très animés. Au delà de la position commune affichée ici, nous prévoyons de publier différentes tribunes qui seront recensées ci-dessous afin de donner à voir les nuances dans nos positionnements.

 

 

 


La censure de l’art pour banaliser la surveillance

Thu, 08 Oct 2020 16:50:03 +0000 - (source)

La Quadrature du Net s’inquiète de la censure par le Studio national d’arts contemporains Le Fresnoy, à Tourcoing, de l’artiste Paolo Cirio, suite à une intervention du ministre de l’intérieur Gérald Darmanin, et de syndicats de policiers, qui demandait dans un tweet la déprogrammation de son exposition « Capture », au motif que celle-ci serait une « mise au pilori » des policiers. En France, l’expression est libre, et le fait que l’art questionne de manière tout à fait légale l’arrivée de la reconnaissance faciale dans la société européenne ne devrait en aucun cas devenir une raison de censurer une telle exposition.

Le 1er octobre, Paolo Cirio, artiste contemporain, lançait un site web, capture-police.com pour annoncer une une exposition au Fresnoy à partir du 15 octobre, portant sur l’importance du débat européen sur la reconnaissance faciale. « L’exposition Capture est constituée de visages d’officiers de police français. L’artiste a collecté 1000 images publiques de policiers prises durant des manifestations en France. Capture commente l’usage et le mésusage potentiel de technologies d’intelligence artificielle et de reconnaissance faciale en questionnant les jeux d’asymétrie du pouvoir. Le manque de règles de respect de la vie privée de ce type de technologie finit par se retourner contre les mêmes autorités qui invitaient à son utilisation » L’exposition ainsi que le site web sont donc tout à fait licites de notre point de vue, la zone de saisie d’un nom sous chacun image de policier étant en réalité inactive, et ne collectant donc aucune données. L’exposition pose pourtant de manière originale et forte la question de l’arrivée de technologies de reconnaissance faciale dans la société.

Le même jour, le ministre de l’intérieur s’offusquait publiquement et menaçait l’artiste de poursuites. Le lendemain, le syndicat de police Synergie publiait une lettre du studio d’arts contemporain Le Fresnoy annonçant l’annulation de l’exposition, annulation dont l’artiste n’était à cette heure pas encore prévenu ! La pression à la fois du ministre de l’intérieur et d’un syndicat de police sur une exposition d’art contemporain démontre l’asymétrie des pouvoirs que l’exposition comptait précisément mettre en lumière : le gouvernement ne défend la vie privée que de la police, tandis que cette même police a déjà enregistré la photo de 8 millions de personnes dans le fichier de traitement des antécédents judiciaires (voir notre analyse) et se permet d’analyser illégalement ces images par reconnaissance faciale (nous avons contesté ce pouvoir en justice).

« Nous demandons depuis longtemps l’interdiction des technologies de reconnaissance faciale dans l’espace public tant au niveau du droit français que du droit européen. Gérald Darmanin montre à nouveau ses ambitions autoritaires et son mépris des principes démocratiques, faisant pression sur un artiste, qui ne souhaitait qu’apporter dans l’espace public un débat légitime : faut-il autoriser des technologies liberticides dans l’espace public ? » réagit Benjamin Sonntag, membre de la Quadrature du Net.


Surveillance : une défaite victorieuse

Tue, 06 Oct 2020 13:34:20 +0000 - (source)

Premier communiqué de presse à chaud

La Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) vient de rendre une décision très attendue en matière de surveillance. Depuis près de quinze ans, l’État français imposait aux fournisseurs d’accès à Internet et de téléphonie de conserver les données de connexion de l’ensemble de la population (qui parle à qui, quand, d’où). La Quadrature du Net, aux côtés de FDN, FFDN et Igwan.net, contestait devant les juridictions de l’UE la légalité du droit français en la matière.

Une première lecture rapide nous laisse penser qu’il s’agit d’une défaite victorieuse. En effet, si la Cour affirme que la France ne peut plus imposer cette conservation généralisée des données de connexion, elle fait apparaître un certain nombre de régimes d’exception importants. Cette décision est une défaite au sens où ces exceptions réduisent la protection de la vie privée et conduiront inévitablement à des abus, que nous détaillerons plus tard.

Cependant, aussi décevant soit-il, l’arrêt de ce matin dessine un cadre juridique qui est beaucoup plus protecteur des libertés et de la vie privée que l’état actuel du droit français. Par exemple, si l’État peut toujours obliger les fournisseurs d’accès à Internet à conserver les adresses IP de toute la population, ces adresses ne peuvent plus être utilisées que dans le cadre des enquêtes sur la criminalité grave ou dans les affaires de sécurité nationale (notamment, de terrorisme). Autre victoire importante, les hébergeurs de sites web ne peuvent plus être contraints par la loi à surveiller pour le compte de l’État l’ensemble de leurs utilisateurs, en gardant en mémoire qui publie quoi, avec quelle adresse IP, quand, etc.

Le droit français se retrouve ainsi en contradiction flagrante avec la décision de la CJUE : le principe de conservation généralisée est refusé par la Cour alors qu’il est la règle en droit français. La Cour acte que les mécanismes français de contrôle des services de renseignement ne sont pas suffisants, et nous veillerons lors de la réforme annoncée du droit français à ce que les garde-fous nécessaires soient renforcés.

Cet arrêt, de 85 pages, nécessitera une longue et minutieuse analyse dans les semaines et les mois à venir.


Le déguisement des trackers par Cname

Mon, 05 Oct 2020 07:38:28 +0000 - (source)

Aujourd’hui, nous allons vous expliquer comment marche, à quoi sert, et quelles sont les conséquences du « Cname Cloaking » ou « déguisement par Cname », une technique désormais utilisée par les sociétés de publicité, marketing et surveillance ou suivi des internautes pour outrepasser la protection des systèmes anti pub ou anti tracking comme uBlock origin, Adblock et autres

Le tracking / suivi des internautes, c’est quoi ?

Les sites de media les plus visités (par exemple lemonde.fr, lefigaro.fr, mais aussi des sites comme marmiton.org ou leboncoin.fr) faisant beaucoup de visites, ils veulent pouvoir monétiser le fait que de nombreux internautes viennent sur leur pages web, et en profiter pour afficher de la publicité autour des contenus qu’ils publient, ce qui permet de financer tout ou partie de leur entreprise.
Ces sites ont donc peu à peu ajouté plein de contenus externes à leur page web, des contenus venant d’autres entreprises, soit pour afficher de la publicité, pour collecter des statistiques de visite, ou pour suivre des internautes d’un site à l’autre et ainsi créer des profiles précis, permettant de leur afficher des publicités plus ciblées, donc supposément plus efficaces, donc qui rapporteraient plus.
On appellera donc « tracking » tout contenu d’un site web qui n’est pas géré par la boite produisant ce site, mais qui vient d’un tiers, et dont le but est une de ces 3 finalités : statistiques, affichage publicitaire, création de profil consommateur. Notez que parfois un contenu tiers rentre dans plusieurs de ces catégories en même temps.
Prenons un exemple. Si je vais sur lefigaro.fr, mon navigateur reçoit une page web qui est constituée d’un document principal (la page web), ainsi que des fichiers supplémentaires, fournis par lefigaro (ou parfois par un tiers pour des questions d’optimisation) qui permettent d’afficher des images, des animations, une police de caractère, une jolie mise en page etc.
Ensuite, tout un tas de trackers sont chargés, servis par divers tiers, ici on trouve du criteo, du brightcove, appnexus, taboola. On les voit en rouge dans cette vidéo, car mon bloqueur de pub, uBlock Origin, empêche leur chargement dans la page.
On voit qu’une fois la page chargée, mon navigateur a fait 94 requêtes pour un total de 1.2 méga-octets transférés. Si on charge la même page sans bloqueur de pub, on voit mon navigateur faire pas moins de 650 requêtes pour un total de 10.5 méga-octets ! On comprend donc facilement pourquoi les internautes veulent utiliser un adblocker : cela fait économiser beaucoup de temps, de puissance machine pour télécharger, décoder et afficher ces éléments inutiles, ainsi que de bande passante (Dans la consommation de ressource du numérique, je n’ai jamais vu d’étude sérieuse prenant en compte cette surcharge du fait de la surveillance, du suivi, de la pub, des statistiques… alors qu’on le voit, cela pèse parfois très lourd !)
Ce que l’on a donc appris, c’est qu’il y a de nombreuses entreprises tierces chargées d’afficher de la publicité, fournir des statistiques ou suivre les internautes d’un site à l’autre pour tenter de les profiler et vendre la publicité plus cher. Ce que l’on voit aussi, c’est que ces éléments de pages sont sur des noms de domaine distincts, les rendant facilement identifiable par un bloqueur de pub, ce qui permet leur blocage.

Le Cname Cloaking, c’est quoi ?

Afin de contrer la présence de plus en plus importante de logiciel de blocage de publicité, les entreprises de tracking ont trouvé une manière détournée de pouvoir nous suivre quand même : le Cname Cloaking. Le principe technique est assez simple : au lieu de fournir les outils de tracking via une adresse située sur un nom de domaine identifiable (comme criteo.com ou eulerian.com), le site web souhaitant surveiller l’utilisateur crée un sous-domaine de son domaine principal, qui pointe chez le fournisseur de tracking.
Petit point technique : sur Internet, on utilise un service, nommé le DNS, qui permet de savoir où est situé sur Internet un nom de domaine donné. Par exemple, utilisant le DNS, je peux savoir que sonntag.fr est à l’adresse IP (qui est l’équivalent sur Internet des adresses postales) 91.194.60.2. Ainsi chaque éditeur de site ou fournisseur a une ou plusieurs Adresses IP où il héberge ses infrastructures.
On va prendre pour notre exemple le domaine 01net.com, qui utilise le Cname Cloaking à ce jour.
Si je me rends sur 01net.com, je constate l’utilisation d’un sous-domaine « 5ijo.01net.com » qui pointe vers l’adresse IP 109.232.197.179 appartenant non pas à 01net, mais à Eulerian !
La méthode proposée est malgré tout peu pratique parce que l’adresse IP du fournisseur de tracking est susceptible de changer, le propriétaire du site web ne crée donc pas un pointage DNS direct depuis son nom (ici 5ijo.01net.com) vers l’adresse IP de son prestataire tracker, mais crée un sous-domaine de type Cname, appelé aussi Alias en français, qui pointe vers un autre domaine, qui lui pourra enfin pointer vers l’adresse IP finale.
Si je regarde en détail où pointe notre exemple sur Internet, je constate que 5ijo.01net.com est un Cname ou alias vers 01net.eulerian.net. Qui est lui-meme un alias vers atc.eulerian.net, qui enfin pointe vers l’adresse IP que notre navigateur devrait joindre.
Ainsi, Eulerian peut choisir de changer l’adresse IP cible en toute autonomie. Et 01net.com trompe les internautes en leur faisant croire qu’ils téléchargent un contenu du site 01net.com, alors que leur navigateur est en train de télécharger un script de tracking chez Eulerian… Cette technique, utilisant un Cname DNS pour cacher le nom du véritable fournisseur de tracking est donc nommée « Cname Cloaking » ou « Déguisement par Cname ».
Ce faisant, et pendant quelques mois, les outils de protection contre le pistage comme uBlock Origin ont été trompé et laissaient passer ces appels à Eulerian qui pouvaient donc nous traquer en toute discrétion. Je vous rassure, c’est corrigé depuis, et uBlock empêche bien ce genre d’usage.
On peut donc déjà affirmer que cette technique est en soi une rupture de confiance entre l’internaute qui vient visiter un site, et le site éditeur. Mais pire, cela peut poser, et pose, un problème grave de sécurité !

Quel problème de sécurité pose le Cname Cloaking ?

Disposer d’un sous-domaine de son domaine pointant chez un tiers est un gros problème de sécurité. Pourquoi ? Parce que les cookies, ces petits blocs de données échangés entre un éditeur de site web et votre navigateur, peuvent être partagés au sein d’un même nom de domaine. 
Un cookie est une donnée envoyée par un site web à un navigateur, qui est ensuite renvoyée par le navigateur au site web pour toutes les pages suivantes consultées par le même navigateur sur le même nom de domaine. Cela permet par exemple de rester authentifié dans un espace privé, pour l’abonnementà un site restreint, l’accès à une messagerie etc.
Ainsi, si 01net.com envoie à mon navigateur un cookie, ce dernier sera renvoyé par le navigateur pour toute page située sur www.01net.com, mais aussi sur 5ijo.01net.com !
Or, ces cookies sont souvent liés à des informations personnelles : identifiant unique d’un internaute, accès à son compte dans un espace privé, gestion d’abonnement etc.
Pire : les journalistes de 01net se connectent probablement au site pour en modifier le contenu via le nom de domaine 01net.com lui-même. Dans ce cas, leur cookie, qui les identifie en tant que journaliste autorisé à publier sur le site, est partagé avec Eulerian ! Il faut donc une confiance très forte dans les tiers concernés par les pages utilisant le Cname Cloaking ! Et pire qu’une confiance dans ces tiers, il faut une totale confiance dans la sécurité des sites de ces tiers, ainsi qu’une confiance dans l’ensemble des salariés et prestataires travaillant pour ces tiers et disposant d’accès aux serveurs.
En clair, l’utilisation du Cname Cloaking peut s’avérer devenir une véritable faille de sécurité qui pourrait permettre des fuites de cookie liés à des informations personnelles soit d’internautes connectés au site, soit des propriétaires et éditeurs du site lui-même !

Conclusion ?

On a donc découvert comment le Cname Cloaking permet à des éditeurs de site web de vous traquer sans vous le dire, et de la manière la plus discrète possible, au risque de faire fuiter de nombreuses données personnelles, tant des internautes que des employés ou journalistes du site web concerné ! Cette technologie a été très utilisée il y a quelques années mais semble l’être moins aujourd’hui (par exemple, libération l’utilisait il y a quelques mois, avec le sous-domaine f7ds.liberation.fr, encore visible dans le DNS, mais je n’ai pas trouvé trace sur leur site de l’utilisation de ce sous-domaine à ce jour.)
Cependant, je ne pense pas que l’utilisation d’une telle bidouille soit en soi un problème juridique, c’est plutôt à mon avis le manque flagrant de respect du consentement des internautes obtenu librement, qui devrait donner lieu à de lourdes sanctions. Les sites que nous avions pu voir utiliser ce type de technologie par le passé étant encore, à ce jour, dans une totale illégalité dans leur respect du RGPD, règlement européen censé protéger les internautes contre l’usage abusif et non consenti de leurs données personnelles, règlement pour lequel la CNIL n’a à ce jour, puni personne de manière significative.
En conclusion, je me contenterai de vous préconiser d’installer, si ce n’est pas déjà fait, un bloqueur de publicité et de tracking sur votre navigateur web. Personnellement je recommande uBlock Origin pour Firefox, (ou pour chrome) qui a toujours été de confiance et d’excellente qualité. Mieux : si vous utilisez déjà un bloqueur de pub, invitez vos familles et amis à faire de même, assurez-vous que toutes et tous soient ainsi bien protégés !
De plus, uBlock origin s’installe très bien sur un navigateur Firefox pour mobile. Sur mon Android, j’ai ainsi pu installer Firefox Mobile, et y ai ajouté uBlock origin pour me protéger du gros des publicités et économiser beaucoup de batterie et de bande passante sur mon forfait 4G ! Rendez-vous sur  https://bloquelapub.net/ pour en savoir plus

Pour en savoir plus :

Criteo, société française de tracking, dépouillée par PixelDeTracking https://www.pixeldetracking.com/fr/criteo-geant-marketing-surveillance-francais
Une étude très complète sur le Cname Cloaking, en anglais sur le site de l’APNIC (organisme international chargé des adresses IP pour l’asie / pacifique) https://blog.apnic.net/2020/08/04/characterizing-cname-cloaking-based-tracking/


[Franceinter.Fr] La reconnaissance faciale se met en place à bas bruit

Sun, 04 Oct 2020 17:22:25 +0000 - (source)

Interdite sur la voie publique en France, la reconnaissance faciale en temps réel fait malgré tout son chemin. Plusieurs municipalités testent des dispositifs qui s’en rapprochent, avant sa possible autorisation pour les Jeux olympiques de Paris en 2024. […]

À Marseille (Bouches-du-Rhône), la Cannebière est équipée d’une cinquantaine de caméras intelligentes. Elles ne reconnaissent pas formellement les gens, mais identifient des situations bien précises. « Ce projet a été mis en place 2019, détaille Felix Treguer, membre fondateur de l’association La Quadrature du net. Un algorithme d’analyse automatisée reconnaît des comportements et des événements suspects, et déclenche automatiquement des alertes et des suivis dans le centre de supervision. »

Concrètement, il s’agit de repérer des objets abandonnés, des individus au sol, des taggeurs ou de la destruction de mobilier urbain. « Une fois que les caméras ont filmé et que les vidéos sont archivées, la police peut utiliser des filtres, complète Martin Drago, juriste pour La Quadrature du net, c’est-à-dire repérer des visages ou des silhouettes, pour identifier les personnes. » […]

https://www.franceinter.fr/emissions/secrets-d-info/secrets-d-info-05-septembre-2020

NDLRP – Le teaser vidéo de cette enquête radiophonique et écrite est à retrouver aussi sur le Peertube de La Quadrature du Net :


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