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« Je ne suis pas féministe, je suis égalitariste »

2013-02-25T00:00:00+01:00 - (source)

Depuis quelques temps que je m’implique activement dans les débats sur le féminisme, il y a cet argument, qui revient souvent, et qui est non seulement inutile, mais surtout contre-productif. Je m’explique.

Lorsqu’on défend les valeurs féministes, par exemple en dénonçant un comportement sexiste, on a tendance à heurter la sensibilité des hommes, qui ne comprennent pas le problème. Se sentant attaqués, ils cherchent nativement à discréditer les attaques. Lorsqu’il s’agit de défenseurs de l’égalité, il est difficile de trouver des arguments cohérents. Alors ils attaquent la forme, à commencer par le nom « féminisme ».

« Je suis antiféministe ».

J’ai eu envie de mettre une très grosse paire de claques à l’auteur de cette phrase, que je considère comme un ami, et qui est très engagé dans les mêmes valeurs que moi : la défense des libertés, l’égalité, le partage. Se déclarer anti-féministe, ce n’est ni plus ni moins que de se déclarer contre l’égalité des genres. Parce que le féminisme n’a jamais été la lutte contre les hommes. Mais le fait est qu’avec des réactions spontanées comme celle-ci, il est vrai qu’on a rarement envie de faire un câlin à leur auteur.

Pourquoi se déclarer « antiféminisme », en fait ? Parce qu’on croit qu’il ne faut pas favoriser les femmes, et que la discrimination positive c’est mal ? Je suis assez d’accord, mais on ne parle pas de discrimination positive, ici.

Discrimination ?

Le féminisme, tel que je le vois (et tel qu’il est vu par celles et ceux qui partagent ces valeurs), c’est la lutte pour l’égalité des genres. Et, accrochez-vous bien, ça marche dans les deux sens. Les petites habitudes ancrées dans la société, comme celle qui veut qu’on paie le restaurant à une femme, sont aussi du sexisme, et sont aussi mal vues. Notez tout de même l’échelle : ce que les femmes vivent à cause du sexisme, c’est par exemple la peur constante d’être agressées lorsqu’elles se retrouvent dans la rue, tandis que ce que les hommes redoutent le plus, c’est de « devoir » payer le restaurant. Alors on combat toutes les formes de discrimination basées sur le genre, mais soyez honnêtes : ce sont les femmes, en immense majorité, qui en sont victimes.

Pourquoi on parle de féminisme, et pas d’égalitarisme ? Pour cette raison. Parce qu’on ne se voile pas la face, qu’on admet que le problème touche essentiellement les femmes, et parce qu’il ne faut pas l’oublier ni le nier. Ça s’appelle les « male tears », et c’est une réponse fort courante, quand on évoque des problèmes de sexisme : un homme répond « oui mais regardez-moi, j’ai des problèmes moi aussi », dans le but de détourner l’attention du problème initial (souvent en se cachant derrière un problème tout à fait minime). Demander à ce qu’on parle d’« égalitarisme » à la place de « féminisme », c’est la même logique : on détourne le regard du fait que ce sont quasi-exclusivement les femmes qui en sont victimes, on exige, en notre qualité de mâle, de profiter aussi de ce combat (alors que c’est déjà le cas), mais surtout, qu’on enlève cette référence exclusive aux femmes !

Alors on se dit « ho, faut pas le prendre comme ça, je cherche pas à mal, je veux juste qu’on soit précis sur le terme ». Mais l’effet concret est que l’on attaque les gens qui parlent de ces problèmes, qu’on les discrédite. Donc pour le coup, oui c’est antiféministe, parce qu’on utilise des arguments de forme pour dénigrer les arguments féministes. On se place contre eux, parce qu’on n’aime pas le nom. C’est ridicule, et c’est totalement contraire aux valeurs que la plupart de ceux que je connais défendent.

Féminisme VS masculinisme

Si vous avez suivi, on peut résumer bêtement « féminisme = lutte pour l’égalité ». Mais alors, quid du masculinisme, dont on entend parler ces derniers temps ? S’agit-il du pendant masculin de la lutte pour l’égalité ? C’est tout le contraire, en fait.

Pourquoi ne serait-ce pas le cas ? Parce que dans nos sociétés lourdement sexistes, l’homme est toujours en haut. C’est lui le privilégié, c’est lui qui a mis en place ce sexisme pour rester à la « bonne » place. Alors, lutter pour que les femmes soient mieux considérées, et appeler ça le masculinisme ? Ça n’a pas de sens. Par contre, lutter pour conserver, et même augmenter ses privilèges, ça ce sont les valeurs du masculinisme. Chercher à faire taire la lutte féministe, parce qu’on ne voudrait surtout pas partager le trône : « on n’est pas bien, entre couilles ? ». Le masculinisme, c’est la lutte pour le retour de la femme à la cuisine, pour revenir sur leurs droits. En somme, le culte du patriarcat.

Les privilèges masculins

Le simple fait d’être un homme a beaucoup d’implications en termes de sexisme. Vous pouvez être fervent féministe, il est important de ne pas ignorer cet état de fait : la société est construite sur des valeurs sexistes, et les hommes sont privilégiés. Par exemple, si vous êtes un homme :

Si vous avez répondu « oui » à ces affirmations, soit vous êtes d’une affligeante mauvaise foi, soit votre style de vie vous a certainement fait comprendre que, dans la majorité des cas, être un homme était mieux perçu en société. Les hommes ont le privilège de ne pas avoir peur en permanence dans la rue (une rue standard d’une ville standard d’un pays en paix, disons). Les hommes ont le privilège de ne même pas être conscients de ce privilège. Ce n’est pas un reproche, puisque ce n’est pas la faute des hommes, mais de la société. Seulement, il faut le savoir. Il faut savoir ce que peut être la vie d’une femme aujourd’hui. Je suis prêt à parier que ça fera relativiser certains qui trouvent que « les féministes en font un peu trop ».


Le mot de passe : Pourquoi, comment ?

2013-01-29T00:00:00+01:00 - (source)

On entend tout et son contraire au sujet des mots de passe et de leur gestion, en informatique. Alors je vais tenter de faire le point, en prenant tour à tour le point de vue de l’utilisateur, et du développeur en charge de la sécurité d’une application.

Côté utilisateur

Pourquoi un mot de passe ?

Un mot de passe est un élément d’authentification. Il s’agit d’une donnée secrète, normalement connue d’une seule personne. Pour vérifier qu’un interlocuteur est légitime, on vérifie s’il connaît ce secret partagé. Naturellement, dans une utilisation aussi simpliste (on ne parle même pas d’informatique), il apparaît naturellement que, lorsque l’on « prouve » son identité en fournissant le mot de passe, on n’est plus le seul à le connaître. Et que donc, si on l’utilise auprès de plusieurs tiers, ceux-ci peuvent se faire facilement passer pour nous. Si cela est possible, la sécurité apportée par le mot de passe est totalement compromise.

Faiblesses

On pense alors naturellement à utiliser un mot de passe différent pour chaque interlocuteur. Ça a du sens : si je m’authentifie avec un mot de passe a auprès de Alpha, mais que je n’utilise a nulle part ailleurs, Alpha n’aura que faire de ce mot de passe. Il ne pourra se compromettre que lui-même. Il est donc important de nepas réutiliser un mot de passe.

Réutilisation de
mot de passe — XKCD

Un mot de passe est censé être un secret. Donc pas devinable. Pour cela, il faut évidemment qu’il ne soit pas « logique ». Il est malheureusement plus que courant que des utilisateurs choisissent comme mot de passe leur date de naissance, le nom de leur poney, ou bien les premières lettres de leur clavier (quand ce n’est pas tout simplement « password » ou « 0000 »). Du coup, si je cherche à deviner le mot de passe de quelqu’un, j’ai tout à gagner à essayer ces combinaisons-là. Et ne vous dites pas « pas grave, j’ai mis une majuscule dans le nom de mon chien », ou « j’ai rajouté 007 à ma date de naissance », car cette attaque, appelée bruteforce, permet d’essayer des centaines milliers de combinaisons par seconde, et ce sans grand effort. Proscrivez impérativement les mots de passe simples à deviner.

Comment ?

Comment, alors, générer un mot de passe suffisamment robuste pour garantir un niveau de sécurité minimal ? Il y a plusieurs possibilités :

Une autre implémentation de cette solution m’a été indiquée : il s’agit d’une simple page HTML, que vous pouvez (et devriez) copier en local avant de l’utiliser. Ensuite, à partir d’un mot de passe principal et un nom de site/service, un mot de passe unique sera généré. * utiliser d’autres méthodes d’authentification, lorsque cela est possible. Par exemple, si vous utilisez ssh, il est possible de s’authentifier par le biais d’une clé DSA/RSA, ce qui est une méthode par la possession, en opposition avec une méthode par le connu. En clair, un serveur disposant de votre clé publique ne peut pas la réutiliser pour se faire passer pour vous, vu qu’il ne s’agit pas d’un secret partagé.

Mieux que le mot de passe : la phrase de passe

Phrase de
passe — XKCD

Sémantiquement, une phrase est une suite de mots. C’est cela dont il s’agit. Mais pas une suite de mots de passe, tels que « 6fQuhYP4EC EB9bWpLy78 6XcMGS5Y2P ». Une suite de mots courants de votre langue maternelle. Supposons une liste de 1750 mots courants français , dans laquelle on piochera quelques mots totalement au hasard. 5 mots peuvent suffire. Par exemple, ceux-ci :

nain, jambon, debout, désordre, mouchoir

Je le répète, il est crucial de choisir au hasard ces mots. On a sinon tendance à penser à des mots inspirés par notre environnement direct, et il suffit alors de connaître cet environnement pour deviner les mots possibles. Ici, les mots sélectionnés n’ont strictement aucun lien. D’un point de vue statistique, on a donc 1750^5 possibilités pour générer une phrase de passe par la méthode décrite. Mais le plus important est la possibilité de la remémorer. Car il est difficile, et il n’y a aucun moyen intelligent de retenir un mot de passe. Mais une phrase composée de mots courants peut être facilement mémorisée. Par exemple, imaginons une situation pouvant expliquer ces choix de mots :

un nain mange du jambon debout car c’est le désordre, et il n’a pas de mouchoir

Vous avez déjà retenu cette phrase de passe. Et elle est raisonnablement solide. Pour donner une idée de grandeur, avec 9 caractères alphanumériques contenant des majuscules, on a moins de possibilités (58^9). Et la complexité de mémorisation est incomparable.

Le problème avec cette solution est le besoin d’aléa. Elle n’est efficace que si les mots n’ont réellement aucun rapport, et la majorité des gens à qui on demande ça piocheront invariablement dans leur environnement.

Autres méthodes d’authentification

J’ai volontairement ici fait l’impasse sur les autres méthodes d’authentification, par exemple basées sur les tokens ou clés asymétriques. Non pas qu’il s’agisse de mauvaises solutions, bien au contraire, mais le seul thème des mots de passe est suffisamment complexe et intéressant à traiter.

Il faut également garder en tête un principe simple : c’est un être humain que l’on cherche à authentifier. C’est à dire qu’à partir d’un certain niveau de robustesse du mot de passe, le maillon faible devient évidemment l’utilisateur, et on ne peut pas l’améliorer informatiquement (sauf en le transformant en cyborg, mais ça mériterait de donner lieu à un autre billet).

Le mythe de la sécurité
— XKCD

Qu’en faire ?

On le dira toujours : on n’écrit pas un mot de passe. Ni sur un post-it collé sur son écran, ni sous son clavier, ni même dans un fichier ~/.keywords (ou autre). Mais naturellement, lorsque l’on est amené à connaître un grand nombre de mots de passe, il devient impératif de trouver une solution, sous peine de réutiliser les mots de passe ou de les rendre trop simples à découvrir, parce que ce sera naturel de ne pas perdre 10 minutes à se remémorer le moindre mot de passe.

Quoi qu’on en dise, il peut donc être justifié de noter ses mots de passe. Mais certainement pas en clair. Il existe plusieurs possibilités de bases chiffrées, comme par exemple la fonctionnalité de mot de passe principal de Firefox répond à ce besoin : les fichiers enregistrés dans le navigateur sont naturellement écrits sur le disque, mais sous une forme chiffrée par un mot de passe principal qui, lui, doit être retenu par l’utilisateur. Une autre possibilité est Keepassx, dont je parlais plus haut. Il s’agit d’un logiciel libre et interopérable, proposant les options qu’on s’attend de voir avec un tel logiciel. Quelques précautions de base s’imposent :

Côté développeur

Pourquoi un mot de passe ?

Un mot de passe est un élément d’authentification. Il s’agit d’une donnée secrète, normalement connue d’une seule personne. Pour vérifier qu’un interlocuteur est légitime, on vérifie s’il connaît ce secret. Naturellement, dans une utilisation aussi simpliste (on ne parle même pas d’informatique), il apparaît naturellement que, lorsqu’un utilisateur nous « prouve » son identité en fournissant son mot de passe, on le connaît aussi. Ce « on » peut être un site web, une société, bref plusieurs personnes peuvent avoir accès aux données. Et on a la responsabilité vis-à-vis de l’utilisateur de protéger son élément d’authentification.

Premièrement

On n’enregistre jamais le mot de passe d’un utilisateur en clair. Jamais jamais. Vraiment. Parce qu’il suffit de jeter un œil à la base de données, d’une façon ou d’une autre (par une intrusion informatique, ou par l’action d’un employé malveillant). Tout ce dont on a besoin est de pouvoir vérifier que le mot de passe d’un utilisateur est correct. Cela ne requiert pas nécessairement d’avoir soi-même le mot de passe pour le comparer.

Chiffrer ?

La cryptographie, l’art de rendre un message illisible à quiconque ne lui est pas destiné, c’est très bien. Mais chiffrer les mots de passe des utilisateurs avant de les stocker en base de données n’est pas une bonne idée. Car, si on doit pouvoir comparer le mot de passe, le destinataire du message se retrouve être l’application web qui l’a elle-même chiffrée. On retrouve alors le même problème : quiconque a accès à l’application peut déchiffrer facilement les mots de passe. En réalité, il faut qu’il soit impossible de retrouver les mots de passe.

Hacher

Il existe des fonctions cryptographiques qui permettent de générer des sommes de contrôle, des chaînes raisonnablement uniques construites à partir d’un message, ne permettant théoriquement pas de retrouver le message d’origine. Ainsi, deux chaînes proches génèrent deux empreintes parfaitement différentes. On peut se servir de ce principe pour ne stocker en base de données que les empreintes des mots de passe des utilisateurs. Lorsque quelqu’un tente de s’authentifier, il envoie son mot de passe, et notre application en génère l’empreinte, puis compare les deux empreintes. Si elles sont identiques, l’authentification est validée.

La fonction de hachage la plus connue est sans doute le MD5. Ne l’utilisez pas. Il est bien trop faible, et il est aujourd’hui facile, par le biais de tables de correspondances, de retrouver une chaîne capable de générer une empreinte donnée. Il y a bien d’autres algorithmes plus fiables. Nous verrons cela plus tard.

Saler

Il existe, pour les algorithmes courants (essentiellement md5 et sha1), des rainbow tables, fichiers contentant de grandes quantités d’empreintes, associées à la chaîne hachée. Ainsi, même avec les mots de passe hachés en base, il est parfois possible (notamment lorsque les utilisateurs ont de mauvaises habitudes d’utilisation de mots de passe) de retrouver un mot de passe à partir de son empreinte. Pour cela, on va ajouter un grain de sel, rendant l’empreinte plus unique. Concrètement, il s’agit d’un élément rajouté au mot de passe avant de le hacher. On peut par exemple définir une chaîne aléatoire, stockée en clair dans notre application (à un autre endroit que la base de données), qui sera ajoutée à la fin de chaque mot de passe avant qu’il passe à la moulinette du hachoir. Si notre sel est suffisamment grand et aléatoire, il a peu de chances d’être présent dans les rainbow tables.

Autre problème : peu importe l’algorithme, son principe est de générer une empreinte unique pour une chaîne donnée. Par conséquent, si deux utilisateurs utilisent par hasard le même mot de passe, leur empreinte sera la même. Ce qui n’est pas un dysfonctionnement de l’application, mais permet à un attaquant d’en déduire que les deux utilisateurs possèdent le même mot de passe. Si par hasard (et avec un peu de volonté et de patience), il s’avère que l’un des utilisateurs a écrit son mot de passe sur un post-it sur son écran, ou plus probablement s’il tombe dans le piège d’un mail de phishing, il est alors trivial de compromettre le second. Il est alors important d’ajouter un niveau de sécurité au stockage des mots de passe de notre application.

Ce dernier problème est lié au fait que notre sel est statique : on utilise le même pour tous les utilisateurs, donc on ne se prémunit pas de mots de passe identiques. Il faut alors rendre le sel dynamique, autrement dit d’en utiliser un différent pour chaque utilisateur. On peut par exemple utiliser l’identifiant unique d’un utilisateur comme base de sel (car un identifiant seul est trop court). Utilisons donc l’empreinte de l’identifiant, comme sel pour générer l’empreinte du mot de passe. Tous nos mots de passe seront donc bien différents en base. On a fini ?

Non.

Le sel est alors assez faible, car devinable (il s’agit de l’empreinte d’un identifiant numérique probablement auto-incrémenté, et parfois connu de tous les utilisateurs, si par exemple on l’utilise dans les URL. En gardant l’idée d’utiliser un sel dynamique, on peut le générer nous-mêmes, de façon pseudo-aléatoire. Il convient ensuite de le stocker, évidemment, sinon nous ne pourrons pas vérifier ultérieurement le mot de passe. Donc on a un sel, enregistré à côté de l’empreinte. Si ces données sont compromises, il n’est normalement pas possible (sauf faiblesse dans l’algorithme) de revenir au mot de passe initial à partir de ces éléments. À ce niveau-là, on a une sécurité acceptable pour notre application. Voyons jusqu’où on peut monter, et quels en sont les coûts.

Aller plus hauuuut ♫

Au stade où nous en sommes, il est toujours possible, si l’on parvient à récupérer les informations en base de données, d’attaquer sauvagement l’empreinte au bruteforce. Je répète le principe : on teste toutes les chaînes possibles avec cet algorithme, en y ajoutant le sel, jusqu’à ce que ça passe. Il est possible d’handicaper très sérieusement cette attaque : en utilisant une fonction de hachage lente. Car, si pour une application, on cherche à obtenir le meilleurs temps de réponse possible, l’étape d’authentification est normalement unique par session, et il ne s’agit pas d’une étape qui nécessite une grande réactivité. D’un autre côté, rendre plus lent le calcul d’une empreinte peut passer inaperçu auprès de notre utilisateur, tandis qu’un attaquant qui cherche à tester des millions de chaînes mettra beaucoup plus de temps à réaliser son attaque. Pour cela, on peut utiliser l’algorithme scrypt, auquel on peut demander de passer un temps donné sur le calcul d’une empreinte, ce qui fera différer celle-ci. Attention : scrypt est le nom de deux applications séparées : un utilitaire de chiffrement symétrique, et un algorithme de dérivation de clé. C’est ce dernier qui nous intéresse. Il faut également savoir que scrypt n’est pas présent par défaut dans tous les langages. Par exemple en python, il vous faudra installer (via pip) scrypt). Avec une durée d’exécution nettement supérieure aux autres méthodes, celle-ci est raisonnablement résistante au bruteforce.

Attention toutefois. L’utilisation de cet algorithme passe par un module tiers. Donc pas forcément validé par des experts. Et récupéré, via pip, en http en clair. Il n’y a donc pas de certification au sujet de ce code. Vous devez donc, avant de l’utiliser, vous assurer par vos propres moyens que ce module est digne de confiance.

Encore un peu ?

L’état de l’art consiste maintenant à isoler la partie de vérification du mot de passe, de façon matérielle si possible, en utilisant un HSM. On peut toutefois, et pour une sécurité moins bonne, opter pour une isolation logicielle, par exemple en désignant une machine virtuelle isolée du réseau, et accessible uniquement depuis notre application, qui sera seule à pouvoir traiter l’authentification. Ainsi, si notre application est compromise, la partie authentification est intacte, et les empreintes ne sont même pas connues (sauf compromission totale de l’infrastructure, évidemment, donc il ne faut pas négliger une bonne gestion des données confidentielles), même au sein d’un tel module.

Trop c’est trop ?

Sachez rester en terrain connu. Vous n’êtes pas un expert reconnu en cryptographie, alors n’inventez pas la roue. Ne vous dites jamais que jouer au petit chimiste et piocher ça et là des algorithmes que vous appliquerez les uns au-dessus des autres renforcera votre code, car c’est l’inverse qui se passera : vous ne saurez pas ce que vous faites, et il ne s’agira certainement pas d’une recommandation sérieuse de sécurité.

De la même façon, n’essayez jamais de créer votre algorithme de sécurité. Faites-le pour rire dans votre coin si vous voulez, mais ne vous amusez en aucun cas à l’utiliser en production, tant qu’il ne s’agira pas d’un standard reconnu.

Conclusion

Le mot de passe est une donnée critique dans un Système Informatique, et doit être traité en connaissance de cause. Il n’est pas nécessaire d’être un expert pour respecter les bons usages, il faut simplement qu’ils soient connus. Pour finir, je vous conseille un billet qui traite du même sujet en plus technique, en abordant d’autres points de vue.

Les images de utilisés sont l’œuvre de Randall Munroe, et sont publiées sous licence CC-by-nc sur XKCD.

Merci à Geoffroy Couprie, Skhaen, Rogdham et Progval pour la relecture et les ressources


Un hackerspace nantais

2013-01-07T00:00:00+01:00 - (source)

Suite à un rapide gazouillage, une réunion s’est aujourd’hui improvisée dans un bar de Nantes, dans l’optique de rassembler des gens intéressés pour la création d’un hackerspace. Compte-rendu.

Qu’est-ce qu’un hackerspace ?

Mateist

Je ne pense pas qu’il y ait de définition académique. Alors voici ma définition très personnelle. Nous n’avons pas évoqué ce que nous pensions être un hackerspace, et il me semble pertinent de le faire à l’avenir.

Un hackerspace est avant tout un lieu d’échange. De fait centré sur la technologie, mais ce n’est pas une limite. En réalité, c’est un endroit autonome, aussi indépendant que possible, dans lequel les gens viennent partager leurs connaissances, compétences, expériences, et idées. Par nature, il est donc raisonnablement anarchiste. À mon sens, il y a 3 notions à respecter impérativement :

C’est une définition très théorique, en fait, parce que je ne vois pas comment expliquer plus concrètement. Je pourrais expliquer ce qu’est le Nicelab, par exemple, mais chaque hackerspace est unique. En gros, on peut s’attendre à un bout de garage avec des barbu·e·s passionné·e·s qui bricolent des trucs étranges, codent pendant des heures en buvant de la bière, soudent ou dessoudent des appareils. Ou ça peut être complètement différent.

État des lieux

Je débarque fraîchement à Nantes, après avoir passé l’essentiel de ma vie à Nice. J’ai participé à la fondation du Nicelab, lancé en septembre 2011, et j’ai été depuis l’un des membres les plus actifs, ce qui me donne une certaine expérience pour faire la même chose en mieux ici. Car, bien qu’il y ait énormément de dynamisme, il n’y a pas encore de vrai hackerspace. En partie parce que les gens se sont focalisés sur la création du FAI local Faimaison, ce qui est une bonne chose. Maintenant que Faimaison tourne, et profitant de mon arrivée, j’ai commencé à secouer les choses pour relancer l’idée.

C’est un projet qui peut donc intéresser les gens de Faimaison, dont certains suivent l’idée de très près. Également les libristes de Linux Nantes, ou encore des hackers non-affiliés, qui seraient ravis de pouvoir partager leurs activités. Nantes est très dynamique à ce niveau, et entre Numerama et la Cantine Numérique d’un côté, et la myriade de start-ups technophiles de l’autre, un hackerspace sera une nouvelle pièce de brassage culturel.

Enfin, il y a déjà un fablab à Nantes, et d’après ce que j’ai compris, il est sur le point de faire une bouture. Les fablabs sont sensiblement différents des hackerspaces, entre autres pour leur finalité : même s’il est souvent possible dans un hackerspace de construire des choses, la finalité reste le partage de connaissances, et non la construction en soi. Peu importe que les gens viennent pour faire ou pas, dans un hackerspace. En bref, c’est assez complémentaire du hackerspace. Il y a d’ailleurs peut-être une opportunité là-dedans : le fablab pourrait fournir le local du hackerspace. Mais c’est pour l’instant une idée en l’air, et il faudra que tous les intéressés se rencontrent.

What do?

D’abord, en discuter. On l’a déjà fait ce soir, on était 4. Ce qu’on a rapidement dit, c’est qu’il semblait pertinent de s’installer en premier lieu à B17, le local associatif utilisé notamment par Faimaison et Linux Nantes. C’est un lieu sympa, grand, en centre-ville, très intéressant pour se retrouver. Il y a des PCs, du réseau, des tables, il n’y a pas besoin de plus pour lancer une dynamique. Si on peut y stocker une caisse de matériel et d’outillage pour faire un peu d’électronique de base, ça couvrira déjà 80% des activités que j’ai pu voir en un an d’existence du Nicelab. Alors certes, ça implique de mutualiser le lieu, donc de ne pas l’ouvrir comme bon nous semblerait, et ce sera compliqué d’y laisser du matériel un peu lourd (comme une perceuse à colonne). Mais il faut savoir faire des compromis, sinon on n’est pas prêts d’avancer. Et pour ne pas décider de trop de choses à 4, même si je suis assez partisan d’un fonctionnement faisocratique pour un tel projet, je proposerai dans les prochains jours de faire une nouvelle réunion, dans le but de faire connaissance et de commencer à échanger sur des projets. La suite se planifiera à ce moment, je n’ai pas de visibilité sur la façon dont les choses vont évoluer, étant donné qu’idéalement, il s’agira de la somme de ce que tous les membres y apporteront.


Vers le web Troipoinzéro !

2012-12-17T00:00:00+01:00 - (source)

Ceux qui me lisent depuis longtemps peuvent percevoir une évolution constante dans ce blog. Ou une régression, si vous préférez. Le fait est que depuis la version 2 (sur gordontesos.com), je suis passé à une version épurée de tout script, voire de tout appel externe : aucune image n’était appelée sur un autre serveur, pas même les avatars fournis par Gravatar, qui étaient récupérées en local. Pas de boutons de partage social non plus, notamment parce qu’il s’agit de petites saloperies traceuses, mais également parce que les gens qui veulent partager un billet n’ont pas besoin d’un bouton clignotant pour le faire.

Et bien je passe un nouveau cap. Bienvenue sur la quatrième mouture du Kikooblog du Poney ! À première vue, peu de différences, mais si vous regardez bien :

Wait, WHAT ?

Hormis le second point, tout s’explique par un fait très simple : le blog est maintenant statique. Donc, à l’heure d’une évolution parfois douteuse du web, je prends le sens inverse. Il y a deux vraies raisons derrière tout ça :

J’ai donc, influencé par Rogdham, choisi de tout migrer sous Pelican. Il s’agit d’un petit logiciel écrit en python, qui transforme tout bêtement du contenu écrit en Markdown (une syntaxe légère) en arborescence HTML, en y collant un template utilisant la syntaxe Jinja (qui tend à se standardiser). J’ai donc réécrit entièrement le template de la v3 du blog, en gardant simplement le CSS. Si vous vous posez la question, sachez que ça a été très rapide et simple. Pelican tourne donc sur ma machine en local, j’écris mes billets, et grâce à un joli Makefile, je génère l’intégralité des pages. Avec une commande supplémentaire, j’uploade ces pages sur le serveur. En fait, c’est un fonctionnement tout bête mais efficace. Avec un peu de git pour versionner tout ça et y accéder facilement sur n’importe lequel de mes postes, ça donne une possibilité de rédaction assez souple. Du coup, le serveur se retrouve à ne servir que du HTML pur, ce qui a de nombreux avantages. Mais aussi des inconvénients :

C’est tout pour aujourd’hui. Il reste quelques détails à peaufiner sur ce nouveau blog, mais tout devrait être corrigé rapidement.


Howto pratique : l’installation d’une Gentoo encore plus sécurisée

Sat, 18 Aug 2012 23:01:39 +0000 - (source)

Il y a un certain temps, j’avais écrit un billet expliquant étape par étape l’installation d’une Gentoo Linux avec des partitions intégralement chiffrées. Ma récente aventure avec FreeBSD sur une de mes machines, et mon retour sous Gentoo me donne l’occasion de pousser un peu plus loin cet objectif.

En effet, le simple fait de chiffrer un disque ne le rend pas totalement sécurisé par miracle. La faiblesse d’un système de chiffrement, en pratique, repose souvent dans la clé et la façon de la gérer par l’utilisateur. Parce qu’un chiffrement Rijndael bien barbu ne vaut rien si sa clé est la date de naissance de l’utilisateur, naturellement. Sans tomber dans cet extrême, la solution retenue précédemment avait quelques faiblesses :

Il existe donc une solution pas très complexe à cela, mais que je n’avais pas voulu essayer à l’époque (par peur de voir trop gros d’un coup, l’autre raison étant que les explications claires n’étaient pas encore écrites sur le guide utilisé) : stocker le noyau et l’initramfs sur un support amovible, qui serait sur moi en permanence, et qui par ailleurs contiendrait la clé de déchiffrement du disque, chiffrée en GPG. La dernière fois, utiliser GPG ne me semblait pas être une bonne idée, mais le fait de stocker la clé sur un support externe apporte une solution convenable à ce problème : on a maintenant une authentification forte (car basée sur 2 méthodes distinctes) pour déverrouiller la machine : il faut à la fois posséder le support externe et connaître la passphrase pour accéder au disque. Par ailleurs, au lieu d’avoir plusieurs partitions que l’on déverrouillera avec la même clé, on peut utiliser LVM pour créer des partitions logiques, stockées sur une seule partition physique, qui, elle, sera chiffrée en premier lieu.

En plus de cela, j’ai choisi de partir sur le projet Gentoo Hardened, qui est un ensemble de modifications et d’ajouts pensés pour la sécurité, sur la distribution Gentoo. Concrètement, il s’agit de l’ajout de PaX, SElinux, GRsec et autres modules améliorant la sécurité du système en consolidant les accès systèmes, fichiers, etc. Cette « déclinaison » de la Gentoo a la réputation d’être le meilleur choix de sécurité pour du GNU/Linux (les systèmes BSD étant encore un cran au-dessus, pour peu qu’on sache les utiliser comme il faut). Et pour finir, j’ai souhaité garder un système Libre, sans exception. Bien que non référencée dans les distributions GNU-compliant par la Free Software Foundation, deux petites astuces permettent de se prémunir de tout code non-libre dans son beau système. Non seulement parce que je crois qu’utiliser du logiciel libre me permet d’avoir confiance dans mon système, mais également par principe, sachant que j’utilise très peu de logiciels non-libres sur mes autres systèmes. C’est en quelque sorte un défi.

Disque dur chiffré, le retour

Pour rappel, les améliorations du système précédent sont donc :

Au moment de partitionner le disque, nous allons donc créer une seule partition, puisque c’est LVM qui, à l’intérieur, s’occupera de la segmenter en partitions logiques. Dans cet article, on supposera que le disque dur est /dev/sda. Avec fdisk ou votre outil de partitionnement préféré, supprimez donc tout, puis créez une unique partition qui prendra toute la capacité disponible (ce sera /dev/sda1). Cette partition sera un conteneur LUKS, qui, une fois ouvert, contiendra le VG de LVM, dans lequel seront nos 3 partitions : root (/), home (/home) et swap (non monté). Mais pour commencer, on génère la clé. Pour cela, je pioche dans le générateur de pseudo-aléa /dev/random une quantité raisonnable de données, que je découpe proprement pour avoir une chaîne alphanumérique de 255 caractères.

head -c 255 /dev/random | uuencode -m - | head -n -1 | tail -n +2 | tr -d '\n' | gpg --symmetric -a > sda1.gpg #puis on agite sauvagement la souris, ou on tape comme un goret sur son clavier, pour générer de l’entropie

Nous avons notre clé. Notez que nous avons pris soin de supprimer les retours à la ligne pour éviter une mauvaise surprise avec les pipes, bien qu’il ne devrait pas en avoir. Créons maintenant le conteneur LUKS.

gpg --quiet --decrypt sda1.gpg | cryptsetup -d - -v --cipher serpent-cbc-essiv:sha256 --key-size 256 luksFormat /dev/sda1

Notez bien le « -d - », il permet d’éviter le genre d’ennuis cité ci-dessus, et surtout, il sera utilisé par défaut par le script d’initialisation, alors il vaut mieux utiliser la même méthode. Ensuite, pour ouvrir le conteneur :

gpg --quiet --decrypt sda1.gpg | cryptsetup -d - luksOpen /dev/sda1 vg0

Le nom du volume LUKS (ici vg0) importe peu, et je fais confiance à votre imagination fertile pour attribuer un nom qui vous fera briller en société. Notre volume étant ouvert (mais pas formaté, ni monté) dans /dev/mapper/vg0, nous allons pouvoir en faire un VG, justement, et crééer les partitions à l’intérieur.

pvcreate /dev/mapper/vg0
vgcreate vg0 /dev/mapper/vg0 #le premier vg0 est le nom du volume, tandis que /dev/mapper/vg0 est la partition LUKS ouverte. Faut suivre hein
#on peut créer nos LV. Mettons que notre disque fait 100Go
lvcreate -n root -L 49g vg0
lvcreate -n home -L 49g vg0
lvcreate -n swap -L 2g vg0

Vous aurez compris que l’on a assigné 2Go de swap (l’équivalent de notre mémoire physique, au cas où on voudrait suspendre le système), puis que l’on a bêtement redistribué équitablement à /home et /. N’hésitez pas à personnaliser ces valeurs pour correspondre à vos besoins. Nous avons maintenant nos partitions, prêtes à recevoir un filesystem (XFS dans mon cas). Si jamais vous devez reprendre votre installation (à cause d’une tentative infructueuse de boot, par exemple), vous risquez de vous demander comment retrouver vos volumes LVM, après avoir déchiffré /dev/sda :

vgscan && vgchange -ay

Et vos partitions vous attendront sagement dans /dev/vg0/*. Activez le swap avec « mkswap /dev/vg0/swap && swapon /dev/vg0/swap », puis continuez l’installation classique du système. Après la compilation du noyau, il est inutile de l’installer, car nous n’utiliserons de toutes façons pas le /boot. À la place, installez sys-kernel/dracut, qui se chargera de générer un initramfs tout beau pour vous. Mais avant, spécifiez les modules que vous souhaitez compiler (j’indique mon propre choix, utile pour cette installation) :

echo 'DRACUT_MODULES="crypt crypt-gpg lvm"' >> /etc/make.conf
echo 'sys-kernel/dracut device-mapper' >> /etc/portage/package.use
emerge -va dracut

Ensuite, il vous faut un support amovible, tel qu’une bête clé USB. Commençons par effacer son MBR : après l’avoir insérée, et vérifié son nom de device (ici, /dev/sdb), installez syslinux, puis tapez :

emerge -va syslinux
dd if=/dev/zero of=/dev/sdb bs=1024k count=5 conv=notrunc
mke2fs -m0 /dev/sdb1
mkdir tempdir && cd tempdir
cp /usr/portage/distfiles/syslinux-*.tar.bz2 .
tar -xvjf syslinux-*.tar.bz2
cd syslinux-*
cat mbr/mbr.bin > /dev/sdb
mkdir /mnt/usb
mount /dev/sdb1 /mnt/usb
cd /mnt/usb
cp /usr/src/linux/arch/<arch>/boot/bzImage . #remplacez <arch> par votre architecture
cp syslinux-<version>/com32/menu/menu.c32 .
cp chemin/vers/sda1.gpg .

Il ne reste plus qu’à générer l’initramfs avant de rendre le médium bootable. À ce stade, vous êtes toujours en chroot, avec un système dont il y fort à parier dont le noyau diffère de celui que vous venez de compiler. Dracut va donc logiquement couiner, ne trouvant pas les modules du noyau actuel. Il faut donc d’abord générer les dépendances de modules pour le noyau actuel, puis générer l’initramfs en lui indiquant le bon répertoire pour les modules :

depmod `uname -r`

Avant d’utiliser dracut, on va le configurer un peu, histoire de s’assurer qu’il chargera les bons modules (ça serait bête de ne pas pouvoir utiliser gpg, par exemple). Tout ce que j’ai eu à faire a été de modifier cette ligne dans /etc/dracut.conf :

add_dracutmodules+="crypt crypt-gpg lvm dm selinux"

Nous sommes enfin prêts à générer l’image.

dracut -k /lib/modules/`uname -r`
mv initramfs-* initramfs-`uname -r`.img

Il nous reste cependant à configurer le programme de démarrage, extlinux. Créez un fichier extlinux.conf dans /mnt/usb, et adaptez son contenu selon le mien :

DEFAULT menu.c32
TIMEOUT 100
PROMPT 0
LABEL Gentoo
    MENU LABEL Gentoo ^Linux
    MENU DEFAULT
    KERNEL bzImage
    APPEND root=/dev/vg0/root rd.luks.key=/sda1.gpg initrd=initramfs-<version>.img

Vérifiez scrupuleusement les paramètres de boot, dans « APPEND ». Ils sont la principale source de boot foireux. Si vous désirez choisir une keymap précise (par défaut, ce sera en qwerty), ajoutez « vconsole.keymap=<keymap> », en insérant le nom de la keymap, fr-dvorak-bepo pour moi. On finit donc :

extlinux .
cd
umount /mnt/usb
sync

Et on tente le reboot. Naturellement, vérifiez que votre BIOS vous permet de booter sur un support amovible. N’oubliez d’ailleurs pas de brancher ledit support, ça évitera un arrachage de cheveux tout à fait inopportun. Si vous avez bien fait les choses, un joli menu s’affichera, vous proposant de booter votre noyal. Après validation, celui-ci se chargera, exécutera l’initramfs, qui analysera alors le disque, et, trouvant le keyfile que vous lui avez indiqué, vous demandera sa passphrase. Méfiez-vous de la keymap, si vous ne l’avez pas fixée manuellement. Ensuite, le système continue paisiblement son boot. Félicitations, vous venez de faire un pas de plus vers la paranoïa sécuritaire.

Gentoo, GNU/Linux libre ?

Pour finir, deux mots sur l’astuce évoquée, pour bénéficier d’un système 100% libre selon les termes très stricts de la FSF. Si vous êtes habitué de Portage, vous savez qu’il connaît la licence de chaque paquet, et que, si vous tentez d’installer certains programmes pas trop libres, il vous demandera d’accepter explicitement cette nouvelle licence. Et bien Portage permet de définir la politique d’acceptation des licences, et c’est très bien fait, car il possède des « sets » de licences, permettant de les trier facilement. Il suffit de spécifier votre choix dans /etc/make.conf. Par exemple, j’ai opté pour ça :

ACCEPT_LICENCE="-* @FREE"

Ce qui n’accepte que les programmes sous licence libre agréée par la FSF. Comme vous pouvez le voir, c’est simplissime. Il y a encore une chose à faire : le noyau Linux contient, dans ses sources officielles, des morceaux de code binaire non libre, essentiellement des drivers. Il existe un script permettant d’analyser les sources, de débusquer ces blobs et de les supprimer. Ainsi, les sources que vous compilerez seront propres. Naturellement, ça implique de se passer desdits drivers. Encore une fois, Portage nous vient en aide, puisqu’il offre un USE flag disponible sur tous les noyaux (par exemple sys-kernel/hardened-sources pour moi).

echo 'sys-kernel/hardened-sources deblob' >> /etc/portage/package.use
emerge -va hardened-sources

Et voilà le travail. Le script met un peu de temps à faire son boulot, mais ensuite, votre noyau ne contiendra que du logiciel libre ! Et avec les 2 astuces combinées, vous êtes certain de ne pas ajouter de logiciels non-libres sur votre système, hormis exceptions explicitement créées.


Howto pratique : l’installation d’une Gentoo encore plus sécurisée

2012-08-19T00:00:00+02:00 - (source)

Il y a un certain temps, j’avais écrit un billet expliquant étape par étape l’installation d’une Gentoo Linux avec des partitions intégralement chiffrées. Ma récente aventure avec FreeBSD sur une de mes machines, et mon retour sous Gentoo me donne l’occasion de pousser un peu plus loin cet objectif.

En effet, le simple fait de chiffrer un disque ne le rend pas totalement sécurisé par miracle. La faiblesse d’un système de chiffrement, en pratique, repose souvent dans la clé et la façon de la gérer par l’utilisateur. Parce qu’un chiffrement Rijndael bien barbu ne vaut rien si sa clé est la date de naissance de l’utilisateur, naturellement. Sans tomber dans cet extrême, la solution retenue précédemment avait quelques faiblesses :

Il existe donc une solution pas très complexe à cela, mais que je n’avais pas voulu essayer à l’époque (par peur de voir trop gros d’un coup, l’autre raison étant que les explications claires n’étaient pas encore écrites sur le guide utilisé) : stocker le noyau et l’initramfs sur un support amovible, qui serait sur moi en permanence, et qui par ailleurs contiendrait la clé de déchiffrement du disque, chiffrée en GPG. La dernière fois, utiliser GPG ne me semblait pas être une bonne idée, mais le fait de stocker la clé sur un support externe apporte une solution convenable à ce problème : on a maintenant une authentification forte (car basée sur 2 méthodes distinctes) pour déverrouiller la machine : il faut à la fois posséder le support externe et connaître la passphrase pour accéder au disque. Par ailleurs, au lieu d’avoir plusieurs partitions que l’on déverrouillera avec la même clé, on peut utiliser LVM pour créer des partitions logiques, stockées sur une seule partition physique, qui, elle, sera chiffrée en premier lieu.

En plus de cela, j’ai choisi de partir sur le projet Gentoo Hardened, qui est un ensemble de modifications et d’ajouts pensés pour la sécurité, sur la distribution Gentoo. Concrètement, il s’agit de l’ajout de PaX, SElinux, GRsec et autres modules améliorant la sécurité du système en consolidant les accès systèmes, fichiers, etc. Cette « déclinaison » de la Gentoo a la réputation d’être le meilleur choix de sécurité pour du GNU/Linux (les systèmes BSD étant encore un cran au-dessus, pour peu qu’on sache les utiliser comme il faut). Et pour finir, j’ai souhaité garder un système Libre, sans exception. Bien que non référencée dans les distributions GNU-compliant par la Free Software Foundation, deux petites astuces permettent de se prémunir de tout code non-libre dans son beau système. Non seulement parce que je crois qu’utiliser du logiciel libre me permet d’avoir confiance dans mon système, mais également par principe, sachant que j’utilise très peu de logiciels non-libres sur mes autres systèmes. C’est en quelque sorte un défi.

Disque dur chiffré, le retour

Pour rappel, les améliorations du système précédent sont donc :

Au moment de partitionner le disque, nous allons donc créer une seule partition, puisque c’est LVM qui, à l’intérieur, s’occupera de la segmenter en partitions logiques. Dans cet article, on supposera que le disque dur est /dev/sda. Avec fdisk ou votre outil de partitionnement préféré, supprimez donc tout, puis créez une unique partition qui prendra toute la capacité disponible (ce sera /dev/sda1). Cette partition sera un conteneur LUKS, qui, une fois ouvert, contiendra le VG de LVM, dans lequel seront nos 3 partitions : root (/), home (/home) et swap (non monté). Mais pour commencer, on génère la clé. Pour cela, je pioche dans le générateur de pseudo-aléa /dev/random une quantité raisonnable de données, que je découpe proprement pour avoir une chaîne alphanumérique de 255 caractères.

head -c 255 /dev/random | uuencode -m - | head -n -1 | tail -n +2 | tr -d '\n' | gpg --symmetric -a > sda1.gpg #puis on agite sauvagement la souris, ou on tape comme un goret sur son clavier, pour générer de l’entropie

Nous avons notre clé. Notez que nous avons pris soin de supprimer les retours à la ligne pour éviter une mauvaise surprise avec les pipes, bien qu’il ne devrait pas en avoir. Créons maintenant le conteneur LUKS.

gpg --quiet --decrypt sda1.gpg | cryptsetup -d - -v --cipher serpent-cbc-essiv:sha256 --key-size 256 luksFormat /dev/sda1

Notez bien le « -d - », il permet d’éviter le genre d’ennuis cité ci-dessus, et surtout, il sera utilisé par défaut par le script d’initialisation, alors il vaut mieux utiliser la même méthode. Ensuite, pour ouvrir le conteneur :

gpg --quiet --decrypt sda1.gpg | cryptsetup -d - luksOpen /dev/sda1 vg0

Le nom du volume LUKS (ici vg0) importe peu, et je fais confiance à votre imagination fertile pour attribuer un nom qui vous fera briller en société. Notre volume étant ouvert (mais pas formaté, ni monté) dans /dev/mapper/vg0, nous allons pouvoir en faire un VG, justement, et crééer les partitions à l’intérieur.

pvcreate /dev/mapper/vg0
vgcreate vg0 /dev/mapper/vg0 #le premier vg0 est le nom du volume, tandis que /dev/mapper/vg0 est la partition LUKS ouverte. Faut suivre hein
#on peut créer nos LV. Mettons que notre disque fait 100Go
lvcreate -n root -L 49g vg0
lvcreate -n home -L 49g vg0
lvcreate -n swap -L 2g vg0

Vous aurez compris que l’on a assigné 2Go de swap (l’équivalent de notre mémoire physique, au cas où on voudrait suspendre le système), puis que l’on a bêtement redistribué équitablement à /home et /. N’hésitez pas à personnaliser ces valeurs pour correspondre à vos besoins. Nous avons maintenant nos partitions, prêtes à recevoir un filesystem (XFS dans mon cas). Si jamais vous devez reprendre votre installation (à cause d’une tentative infructueuse de boot, par exemple), vous risquez de vous demander comment retrouver vos volumes LVM, après avoir déchiffré /dev/sda :

vgscan && vgchange -ay

Et vos partitions vous attendront sagement dans /dev/vg0/. Activez le swap avec « mkswap /dev/vg0/swap && swapon /dev/vg0/swap », puis continuez l’installation classique du système. Après la compilation du noyau, il est inutile de l’installer, car nous n’utiliserons de toutes façons pas le /boot. À la place, installez sys-kernel/dracut*, qui se chargera de générer un initramfs tout beau pour vous. Mais avant, spécifiez les modules que vous souhaitez compiler (j’indique mon propre choix, utile pour cette installation) :

echo 'DRACUT_MODULES="crypt crypt-gpg lvm"' >> /etc/make.conf
echo 'sys-kernel/dracut device-mapper' >> /etc/portage/package.use
emerge -va dracut

Ensuite, il vous faut un support amovible, tel qu’une bête clé USB. Commençons par effacer son MBR : après l’avoir insérée, et vérifié son nom de device (ici, /dev/sdb), installez syslinux, puis tapez :

emerge -va syslinux
dd if=/dev/zero of=/dev/sdb bs=1024k count=5 conv=notrunc
mke2fs -m0 /dev/sdb1
mkdir tempdir && cd tempdir
cp /usr/portage/distfiles/syslinux-*.tar.bz2 .
tar -xvjf syslinux-*.tar.bz2
cd syslinux-*
cat mbr/mbr.bin > /dev/sdb
mkdir /mnt/usb
mount /dev/sdb1 /mnt/usb
cd /mnt/usb
cp /usr/src/linux/arch/<arch>/boot/bzImage . #remplacez <arch> par votre architecture
cp syslinux-<version>/com32/menu/menu.c32 .
cp chemin/vers/sda1.gpg .

Il ne reste plus qu’à générer l’initramfs avant de rendre le médium bootable. À ce stade, vous êtes toujours en chroot, avec un système dont il y fort à parier dont le noyau diffère de celui que vous venez de compiler. Dracut va donc logiquement couiner, ne trouvant pas les modules du noyau actuel. Il faut donc d’abord générer les dépendances de modules pour le noyau actuel, puis générer l’initramfs en lui indiquant le bon répertoire pour les modules :

depmod `uname -r`

Avant d’utiliser dracut, on va le configurer un peu, histoire de s’assurer qu’il chargera les bons modules (ça serait bête de ne pas pouvoir utiliser gpg, par exemple). Tout ce que j’ai eu à faire a été de modifier cette ligne dans /etc/dracut.conf :

add_dracutmodules+="crypt crypt-gpg lvm dm selinux"

Nous sommes enfin prêts à générer l’image.

dracut -k /lib/modules/`uname -r`
mv initramfs-* initramfs-`uname -r`.img

Il nous reste cependant à configurer le programme de démarrage, extlinux. Créez un fichier extlinux.conf dans /mnt/usb, et adaptez son contenu selon le mien :

DEFAULT menu.c32
TIMEOUT 100
PROMPT 0
LABEL Gentoo
    MENU LABEL Gentoo ^Linux
    MENU DEFAULT
    KERNEL bzImage
    APPEND root=/dev/vg0/root rd.luks.key=/sda1.gpg initrd=initramfs-<version>.img

Vérifiez scrupuleusement les paramètres de boot, dans « APPEND ». Ils sont la principale source de boot foireux. Si vous désirez choisir une keymap précise (par défaut, ce sera en qwerty), ajoutez « vconsole.keymap= », en insérant le nom de la keymap, fr-dvorak-bepo pour moi*. On finit donc :

extlinux .
cd
umount /mnt/usb
sync

Et on tente le reboot. Naturellement, vérifiez que votre BIOS vous permet de booter sur un support amovible. N’oubliez d’ailleurs pas de brancher ledit support, ça évitera un arrachage de cheveux tout à fait inopportun. Si vous avez bien fait les choses, un joli menu s’affichera, vous proposant de booter votre noyal. Après validation, celui-ci se chargera, exécutera l’initramfs, qui analysera alors le disque, et, trouvant le keyfile que vous lui avez indiqué, vous demandera sa passphrase. Méfiez-vous de la keymap, si vous ne l’avez pas fixée manuellement. Ensuite, le système continue paisiblement son boot. Félicitations, vous venez de faire un pas de plus vers la paranoïa sécuritaire.

Gentoo, GNU/Linux libre ?

Pour finir, deux mots sur l’astuce évoquée, pour bénéficier d’un système 100% libre selon les termes très stricts de la FSF. Si vous êtes habitué de Portage, vous savez qu’il connaît la licence de chaque paquet, et que, si vous tentez d’installer certains programmes pas trop libres, il vous demandera d’accepter explicitement cette nouvelle licence. Et bien Portage permet de définir la politique d’acceptation des licences, et c’est très bien fait, car il possède des « sets » de licences, permettant de les trier facilement. Il suffit de spécifier votre choix dans /etc/make.conf. Par exemple, j’ai opté pour ça :

ACCEPT_LICENCE="-* @FREE"

Ce qui n’accepte que les programmes sous licence libre agréée par la FSF. Comme vous pouvez le voir, c’est simplissime. Il y a encore une chose à faire : le noyau Linux contient, dans ses sources officielles, des morceaux de code binaire non libre, essentiellement des drivers. Il existe un script permettant d’analyser les sources, de débusquer ces blobs et de les supprimer. Ainsi, les sources que vous compilerez seront propres. Naturellement, ça implique de se passer desdits drivers. Encore une fois, Portage nous vient en aide, puisqu’il offre un USE flag disponible sur tous les noyaux (par exemple sys-kernel/hardened-sources pour moi).

echo 'sys-kernel/hardened-sources deblob' >> /etc/portage/package.use
emerge -va hardened-sources

Et voilà le travail. Le script met un peu de temps à faire son boulot, mais ensuite, votre noyau ne contiendra que du logiciel libre ! Et avec les 2 astuces combinées, vous êtes certain de ne pas ajouter de logiciels non-libres sur votre système, hormis exceptions explicitement créées.


Panlithea : Néo-Gælith

Mon, 30 Jul 2012 19:46:59 +0000 - (source)

Voici enfin la suite de ma nouvelle, La Catatélie. Son écriture aura été laborieuse, et très longue. Je suis donc fier d’avoir pu la mener à bien, et j’espère à la fois qu’elle plaira, et qu’elle apportera des réponses aux interrogations levées précédemment. Je vous remercie par avance des différentes remarques, corrections, que je ne tarderai pas à incorporer au récit. J’en profite également pour remercier tous ceux qui m’ont aidé, de près ou de loin, à la rédaction de la précédente nouvelle, ainsi que celle-ci.

Sa licence est celle du blog, c’est à dire CC-by-sa. Et je ferai une version pdf bien jolie rapidement.

Journal d’Iskh — première entrée

Il me semble indispensable d’effectuer ce travail de mémoire. Pour ce que mes semblables et moi avons vécu récemment, et pour ce qui arrivera à l’avenir. J’ignore si d’autres ont eu la même initiative, mais je tiens à ce que que cela puisse être transmis aux futures générations, si jamais elles subsistent.

Mes souvenirs sont encore très confus, et pourtant, plusieurs ors se sont écoulés depuis notre arrivée. Je vais essayer de narrer le plus précisément possible ce que les miens ont enduré. Tout d’abord, il faut savoir que nous sommes un peuple qui défia les Âges. Espèce supérieure de notre monde, nous l’avons dominé sous toutes ses facettes. Nous l’avons colonisé, et continué notre expansion vertigineuse. Jusqu’à ce que tout autour de nous commence à se disloquer. Ces événements nous conduisirent à un exode massif, une fuite immédiate, ordonnée par le Dessus, la caste qui nous dirigeait. Des immenses portails composés d’arcane, surgis d’on ne sait où, apparurent, et nous permirent de sauver notre civilisation. Avec le maigre recul qu’il m’est donné de prendre aujourd’hui, je constate que nul salut ne nous attendait. En réalité, j’ai eu de la chance. Ceux qui, comme moi, arrivèrent de l’autre côté, ont eu de la chance. Car, parmi les centaines de milliers de Panlithes que j’avais pu observer autour de moi avant de franchir l’immense édifice, seules quelques centaines ont atteint la sortie. Et dans quel état…

Vous qui lirez ces mots, je vous implore de me croire, malgré l’effroi de la chose. Ce que je raconte, je l’ai vécu et vu, et cela restera ancré au plus profond de mon âme. Je n’ai aucun souvenir de mon propre passage : j’ai, semble-t-il, perdu connaissance en franchissant le voile du portail. Mais j’ai pu voir émerger de nouveaux arrivants. Je me tenais à distance respectable du point d’arrivée, et, régulièrement — j’entends par là tous les deux ou trois arcs —, une forme sombre naissait à la surface du voile semi-opaque, grossissait rapidement, avant d’éclater dans un éclair de lumière vive. Alors, on retrouvait au sol ce qu’autrefois on aurait appelé un Panlithe. Au début, je fus horrifié de la vision de ces êtres déchiquetés, dont le corps avait été partiellement désintégré. Les blessures étaient diverses, mais souvent gravissimes, et avaient touché la quasi-totalité des arrivants. Je garde le souvenir d’un homme, semblant assez vieux, qui se matérialisa, puis chuta. Je le pensai alors mort, mais il se releva doucement, vraisemblablement exténué, et très affaibli. Plusieurs personnes accoururent vers lui pour l’aider à tenir debout, avant de le guider vers des abris de fortune. Je pus observer avec effroi son corps, dont des parties avaient tout simplement disparues, laissant pendre ses entrailles luminescentes et presque translucides. Autour de moi, les séquelles étaient tout aussi écœurantes : ici, un individu avait perdu la moitié de son corps, sectionné au niveau de l’abdomen, là, un autre se tordait de douleur : il n’avait plus le moindre fragment de peau pour recouvrir sa chair. Des médecins improvisés tentaient de calmer ses souffrances du mieux possible, mais cela ne semblait pas apaiser le pauvre bougre. Ou encore, un bébé miraculeusement entier, recouvert des pieds à la tête des entrailles et du fluide vital de ce qui avait du être son parent, le protégeant de ses bras lors du passage. Pour ma part, j’ai perdu un bras, et de la peau sur une partie du visage. Malgré cela, nous pûmes constater avec surprise que nous étions toujours en vie, malgré des blessures visiblement létales. Personne n’avait d’explication à ce sujet, et nous avions bien d’autres préoccupations plus urgentes.

Ainsi, passé le désarroi de l’arrivée, nous avons pu constater où nous avions posé pied. Bien loin de la mégalopole étouffante que nous avions toujours connue, nous sommes tombés sur un paysage vierge, éclatant de couleurs vives et chatoyantes. Étrangement, la lumière ambiante ne semblait plus nous entourer, mais tombait maintenant du ciel, émise par un astre, chose que nous ne connaissions alors pas. Celui-ci portait son éclat sur des montagnes rocheuses nues, sur lesquelles nul bâtiment ne se hissait, sur d’immenses étendues de végétations, sur lesquelles il était évident que nul Panlithe n’avait jamais mis le pied. Tout autour de nous nous était étranger, les doux brins d’herbe caressant nos pieds, qui n’avaient connu que de plates routes modelées artificiellement. l’immense et dorénavant effrayant portail par lequel nous étions arrivés était situé au sommet d’une sorte de colline, nous permettant d’avoir une vue d’ensemble sur le paysage : à perte de vue, nulle trace visible de civilisation, seulement la nature, peut-être bien la même qui jadis avait proliféré sur Gælith…

Plus étrange encore, nous avons pu constater que l’astre qui brillait au dessus de nos têtes se déplaçait lentement, occasionnant des cycles d’alternance. Nous nous retrouvions ainsi la moitié du temps dans une obscurité profonde, dans laquelle ne brillaient que quelques points loin dans le ciel. Lorsque l’obscurité nous envahissait, certains d’entre nous crurent sentir des mouvements au loin, dans d’étranges et immenses forêts.

A l’heure où j’écris ces lignes, j’ai compté 5 de ces cycles, que les gens commencent à prendre comme référentiel temporel. Nous avons calculé qu’un jour dure environ 1,8 ors, c’est à dire très exactement 1838 arcs. Par ailleurs, le chaos n’a pas régné bien longtemps après notre sortie : les premiers venus eurent le bon sens de chercher à protéger le lieu de notre arrivée : des arcanistes amateurs cherchèrent à élever une bulle protectrice qui servirait de muraille aux Panlithes survivants. Cette opération fut désastreuse : les mages s’étouffèrent dès lors qu’ils cherchèrent à manipuler l’arcane. Leurs yeux vitreux semblaient appeler à l’aide tandis qu’ils ne parvenaient pas à produire mieux que quelques étincelles. L’un après l’autre, ils s’effondrèrent lourdement au sol, sans vie, un air horrifié sur leur visage. D’autres leur succédèrent rapidement, mus par le besoin urgent de protéger les leurs : usant de maintes précautions, ils parvinrent à puiser autour d’eux un infime flux d’arcane, qu’ils utilisèrent pour élever lentement mais sûrement le bouclier magique qui bientôt nous enveloppa tous, nous garantissant une sécurité minimale face à un environnement encore inconnu. Mais plus important, cette barrière rassura beaucoup les rescapés, qui purent se concentrer sur l’aide aux arrivants gravement blessés. Je ne suis d’ailleurs pas resté inoccupé ces premiers temps, utilisant la rigueur due à mon entraînement militaire pour coordonner les efforts. La vue de tous ces Panlithes agonisants, que nous essayions de sauver l’un après l’autre, en plus de ceux qui nous étaient arrivés sans vie, fut très dure à supporter. Faute de sauvetage promis par le Dessus, nous avons vécu l’enfer, et c’est presque un miracle que certains d’entre nous aient pu survivre…

Je crains pour mon peuple, et pour la postérité. Je relate tout ceci du mieux que je le peux. Actuellement, l’astre a disparu derrière l’horizon, et il ne me reste que peu de temps avant que l’obscurité ne m’empêche d’écrire. Mais je me suis promis de continuer ce récit. Il le faut, il nous faut des repères. Et sans mon bras, c’est peut-être ma seule façon de pouvoir être utile.

Journal d’Iskh — jour 6

Le sommeil n’a pas été facile à trouver. La souffrance est omniprésente au sein du camp de fortune. Chacun d’entre nous, ou presque, est horriblement mutilé. La vision du vieillard du premier jour me hante toujours. À la réflexion, j’ai certainement fait le même effet lors de ma propre sortie. Le flot ne discontinue pas : une équipe a pris le relais, comme toutes les nuits, pour s’occuper des arrivants et, faute de pouvoir pratiquer des soins, tente d’apaiser la douleur des pauvres âmes qui s’effondrent sur ce sol vierge. Au pied du portail, les fluides vitaux des blessés s’écoulent depuis notre arrivée. Le sol en est souillé, si bien que l’herbe, qui lorsque nous l’avons foulée était d’un paisible jaune pâle, se teinte aujourd’hui d’un inquiétant mauve foncé, et les brins se flétrissent peu à peu. Mais très honnêtement, c’est loin d’être notre priorité.

Cela fait cinq jours que je suis là, et trois que la bulle protectrice a été dressée. J’ignore comment les arcanistes parviennent à puiser la force nécessaire pour le maintenir en place, et ils ne fait aucun doute qu’ils l’ignorent eux aussi. Cette protection est d’une faiblesse évidente, et j’en viens à me demander si elle n’a pas été levée dans le seul but de rassurer artificiellement les personnes. Ceci étant, aucun danger supplémentaire ne s’est présenté, et nul n’a osé s’aventurer au-delà de la bulle. C’est un peu inquiétant : notre nombre augmente constamment, et nous sommes de plus en plus serrés. Il faut réfléchir à la suite avant d’être mis dos au mur.

Pour ma part, ma tâche a évolué : les premiers jours, je patrouillais le camp, cherchant à aider quiconque le demandait. Avec les nouveaux arrivants, les besoins ont évolué, et je me retrouve le plus souvent à transporter et distribuer, malgré mon handicap, quelques décoctions de fortune préparées par les arcanistes à base de l’herbe que nous foulons. Ça a été un gros risque, pour nous qui sommes habitués à une alimentation purement arcanique, de goûter ces végétaux inconnus, et nous avons eu de la chance : si les vertus nourrissantes de ces plantes ne sont guère satisfaisantes, elles nous permettent de gagner un tout petit peu de force, et nous en avons grandement besoin.

Il s’est passé quelque chose la nuit dernière. Rien d’extraordinairement grave, mais un petit événement qui a rapidement réveillé le camp entier et a provoqué la panique. Nous avions déjà remarqué au loin, à une distance de nous suffisante pour ne pas éveiller la crainte, une forêt dense aux couleurs variées. Je dois d’ailleurs reconnaître que dans l’obscurité, celle-ci est nettement moins accueillante. En tout cas, cette nuit, certains Panlithes ont cru apercevoir pendant quelques instants des lumières mouvantes luisant au-dessus des cimes. Cela a suffi à provoquer un vent de panique. Mais là où jadis, nous nous serions tous terrés dans nos habitations en attendant que ça passe, ici, il n’y avait nul toit pour nous protéger. Pour certains, il n’y avait pas même de peau pour recouvrir la chair. Alors ce fut une panique silencieuse. Les individus se recroquevillaient en pleurnichant, terrifiés de ressentir cette effroyable vulnérabilité. Personne ne dit mot, tous les regards étaient braqués sur la forêt, de nouveau obscure. Si bien que personne ne sut s’il y avait réellement eu ces lumières. Je ne sais trop quoi en penser. Nous ne connaissons encore rien de ce monde, et il se pourrait, tel l’astre au-dessus de nous, qu’il s’agisse d’un phénomène naturel. Je ne devrais sans doute pas me faire d’illusions à ce sujet, et rester sur mes gardes. Dans mon état actuel, je suis certainement dans l’incapacité totale de protéger qui que ce soit, mais mon entraînement et mon expérience me rendent plus apte à réagir rapidement et intelligemment en cas de menace.

Avec le temps, je trouve de moins en moins de temps pour écrire ces mémoires. Je suis fier de me rendre utile, mais j’espère que je parviendrai à continuer cette tâche, ou que quelqu’un saura prendre le relais.

Journal d’Iskh – Jour 7

J’ignore comment nous avons pu imaginer que nous subsisterions en consommant l’herbe que nous piétinons, et que nous polluons depuis notre arrivée. J’imagine sans peine qu’il s’agissait d’une solution d’urgence lors de notre arrivée, mais il faut reconnaître notre responsabilité pour la situation actuelle. Car nous sommes à court. Il ne nous reste plus d’herbe, hormis celle près du portail, totalement flétrie maintenant. Et visiblement, personne ne s’est demandé comment nous surmonterions ce problème. Il y a bien de l’herbe au-delà de notre faible bulle de protection, mais personne n’a eu l’audace de passer de l’autre côté. Enfin, j’imagine que quelqu’un le fera avant que nous ne mourions tous de faim. Ça pourrait même être moi, même si cette idée me révulse. J’espère également que nous trouverons rapidement une nouvelle source de nourriture.

Les arcanistes qui jusque là s’occupaient de préparer les décoctions en mélangeant ces herbes à ce qu’ils avaient pu produire de nectar d’arcane ont donc pu s’atteler à leurs recherches pour comprendre ce nouveau monde. Leur priorité semble être de réveiller leur arclé, qui chez presque tous les Panlithes réfugiés est devenue d’un gris terne, et ne provoque plus aucune sensation. Il est possible que cet appendice soit irrémédiablement détruit pour notre peuple, et même si personne n’évoque cette hypothèse à voix haute, je sens que tout le monde craint particulièrement que cela n’arrive, ou ne soit déjà arrivé. Nous avons toujours vécu en l’utilisant pour manipuler et maîtriser l’arcane, et ce lien est aujourd’hui rompu. Tout espoir n’est cependant pas perdu, puisque les arcanistes ont déjà réussi à créer la bulle protectrice par magie, et ce dès le second jour ici. C’est plus que prometteur, même si la performance porte la mort de plusieurs d’entre eux, et que sur Gælith, un seul Panlithe aurait été capable, sans entraînement spécifique, de monter une barrière infranchissable pour tout le camp.

Ce n’est cependant pas notre seul problème. La population continue de grandir de façon constante. Il semble que nous ayons dépassé le millier d’individus, et bien évidemment, la surface disponible reste la même, faute de pouvoir agrandir la bulle. Donc, fatalement, nous allons finir par nous agglutiner. Il faut prendre l’initiative de s’étendre au-delà de nos frontières initiales, mais sans organisation définie, personne ne prend d’initiative. Mais il se pourrait que cela puisse changer d’ici peu. Avec l’augmentation de la population, certains d’entre nous tentent de diriger les opération, vocifèrent des ordres, mais personne n’écoute de tels inconnus. Je ne sais pas ce que nous préparent les jours qui viennent, j’espère sincèrement que nous saurons réagir avant qu’il ne soit trop tard. Nous avons survécu, si tant est que l’on puisse utiliser ce terme étant donné la situation, à la destruction de notre monde, cela doit avoir un sens, nous ne sommes pas là pour rien.

Journal d’Iskh — Jour 8

Les choses commencent à devenir inquiétantes. Nos réserves sont totalement épuisées depuis l’aube, et personne ne propose de solution. Certains d’entre nous ont cédé à la panique. Pas au point de braver l’inconnu au-delà de la bulle, cependant, ce qui aurait pourtant été bien pratique. La plupart d’entre nous étant arrivée après qu’ait été dressée la bulle, ils ignorent même si l’air du dehors est respirable, et ils ne croient évidemment pas sur parole ce que leurs disent les premiers arrivés. On ne peut pas leur en vouloir, cela fait partie de notre culture : ne pas croire ce que disent ceux des autres clans. Or, depuis la catastrophe, il n’y a plus de clans.

C’est peut-être ce qui a favorisé cette situation, d’ailleurs. J’ai remarqué il y a plusieurs jours que des gens commençaient à se déplacer en groupes, se réunissaient, parlaient à voix basse entre eux. Lors d’une de mes rondes, je me suis enquis d’un de ces groupes, qui passait près de moi, composé d’une quinzaine d’individus. Celui qui tenait visiblement le rôle de leader s’est approché de moi et m’a parlé de punition divine, entre autres baragouinements. C’est parfaitement ridicule, les dieux n’ont jamais interféré dans nos vies, ils n’ont que faire de punitions. Nous sommes seuls responsables de notre vie. Mais depuis, ces groupes, qui semblent tous véhiculer la même idée, parviennent à se faire entendre de ceux qui cherchent à tout prix à être rassurés. Ceux-ci se mettent à les rejoindre. Cette situation est préoccupante, mais c’est la seule lueur d’espoir des Panlithes, pardon, des Sozlithes, car, vraisemblablement sur pression de ces illuminés, les gens demandent avec insistance que le nom de notre peuple soit ainsi changé. Ce n’est pas illogique, après tout. Nous ne sommes plus des Panlithes, quelque chose nous a changé lors du passage au travers ce portail infernal. Le peuple Panlithe a été détruit, anéanti, et nous sommes ses enfants. Alors qu’il en soit ainsi. Et comme s’il n’y avait rien de plus important que ce sujet, des bruits ont couru pour prétendre que ce nouveau monde nous avait été offert par les dieux pour reconstruire une civilisation. Ceux-là même qui ont propagé cette rumeur ont même, pour appuyer leur crédibilité, donné un nom à ce monde, un nom qui n’est plus le nôtre : Panlithea. Bienvenue sur Panlithea ! Bah, Pourquoi pas, ils peuvent dire ce qu’ils veulent mais nous avons des priorités autrement plus hautes.

Je n’ai jamais été doué avec l’arcane, et sur ce nouveau monde où celle-ci ne coule pas tout autour de nous comme c’était le cas sur Gælith, je suis bien incapable de me servir de magie. Mais j’étais un psaòplo, membre entraîné de l’Arme. Je savais traquer et torturer les traîtres. Mais je ne suis plus rien, il me manque un bras et je ne suis plus que l’ombre de ce que j’étais jadis. Pour être franc, la crainte que l’on me demande de participer à une expédition au-delà de la bulle m’empêche de dormir depuis un certain temps. J’ai honte de ce comportement égoïste, mais lorsque j’imagine me trouver en dehors de cet espace protégé, mes entrailles se figent. Je n’ai jamais connu peur pareille. Je souhaite que les miens fassent preuve de plus de courage que moi, sans quoi nous serions perdus.

Journal d’Iskh — Jour 9

Le groupe dont je parlais hier semble s’être organisé. Une Sozlithe est sortie du lot, assumant alors le rôle de leader, et il semble que ce soit elle qui ait tout organisé dès le début. Aujourd’hui, elle a pris publiquement la parole. Ce qui suit n’est pas une retranscription exacte, mais je vais tenter de rapporter son discours du mieux possible.

J’ai immédiatement remarqué, lorsqu’elle a pris la parole, l’atmosphère sereine qu’elle dégageait, en contraste absolu avec les traits de son visage, dont la peau était incroyablement claire et tirée. On lisait un épuisement immense dans son regard, et pourtant elle parlait d’une voix vive et pleine de sagesse, comme si elle portait comme fardeau une tâche cruciale. Elle a alors entamé son discours, et un silence respectueux s’est immédiatement installé autour d’elle, tandis que le petit groupe qui s’était rassemblé grossissait à vue d’œil.

« Frères Sozlithes, enfants meurtris du notre terre, écoutez-moi !
Écoutez-moi, car vous êtes perdus, chacun d’entre vous. Vous êtes rescapés de la tragédie qui nous a tous frappés. Rescapés, et victimes, comme moi qui ai perdu plusieurs organes internes. Mes jours sont comptés ici, mais je ne peux partir sans avoir partagé mes secrets.

Je me nomme Okhia. J’ai parlé à beaucoup de monde ici depuis mon arrivée, et il me semble être la seule à avoir reçu ce don. Drëmathos m’a parlé, durant mon passage dans le portail. Comme vous le savez, ceci ne s’est jamais produit depuis les Âges ancestraux. Mais il est venu à moi et m’a parlé. Il m’a révélé la raison de notre présence ici.

Nous sommes rescapés de la destruction de notre monde. Nous sommes voués à survivre, et repartir de zéro ici. Panlithea, notre nouvelle terre, n’est un cadeau de personne. Nul ne nous l’a offert. Nous nous y sommes raccrochés dans un bienheureux réflexe de survie. Je ne vous mentirai pas en affirmant que je sais des choses que vous ignorez au sujet de ce monde. Mais je sais que nous avons l’obligation, envers notre peuple disparu, de survivre et de recréer une civilisation. Il est évident que notre avenir se trouve à l’extérieur de cette bulle, qui nous étouffera si l’on persiste à s’y blottir.

Surmontons notre crainte, frères Sozlithes. Surmontons notre méfiance envers les nôtres. Ne nous agrippons pas à nos vieilles traditions claniques. Nous devons tendre la main vers nos semblables, car nous appartenons tous au même clan, celui des rescapés. Unissons-nous, et prenons dès à présent l’initiative d’explorer Panlithea, notre nouveau foyer. Je tiens à être de l’expédition, moi qui tiens à peine debout. Réunissez votre courage, et, je vous en prie, suivez-moi. Il nous faut découvrir cette terre, trouver des moyens de subsister et de reconstruire notre peuple. »

Je peux dire que son discours a eu de l’effet, et un vent de confiance a parcouru l’assistance. Nous avions certainement besoin d’entendre ces mots, et Okhia le savait. La passion dans ses mots était telle que personne n’a remis en doute sa vision. Je n’aurais pas cru ça possible, mais des gens se sont joints à elle après son allocution, visiblement pour se porter volontaires pour une expédition. Depuis, je me sens coupable de ne pas avoir eu le courage d’en faire de même. Nul doute que ces personnes étaient elles aussi blessées, plus ou moins gravement, et que je n’avais certainement pas à me plaindre à côté d’eux… Mais je n’ai pas eu leur courage, malgré mon expérience et mes connaissances. Cette lâcheté m’empêchera à nouveau de dormir, je le sens.

Journal d’Iskh — Jour 10

Évidemment. Je me suis engagé. Je ne réalise pas encore tout à fait mon geste, mais je l’ai fait. Je ne saurais expliquer pourquoi, peut-être par désespoir, peut-être bien même par espoir insufflé par Okhia. Moi qui redoutait ça plus que tout, me voilà même à la tête, à cause de mon expérience, de l’expédition au-delà de la bulle. Ça s’est passé plus facilement que je ne l’avais imaginé. Après avoir englouti ma maigre ration d’arcane concentrée synthétisée par les arcanistes, j’ai rejoint ce qui est depuis hier le point de rassemblement des apprentis explorateurs. Il ne m’a fallu guère longtemps pour localiser Okhia, car toute l’agitation semblait centrée autour d’elle. M’armant de tout mon courage, je me suis présenté à elle. Elle m’a dévisagé de haut en bas d’un œil expert, m’a posé des questions sur mes compétences, sur mon état de santé et sur le nombre de jours passés depuis mon arrivée. J’ai été surpris par la dureté de sa voix, à des lieues de la passion qu’elle avait déchaînée la veille, et par l’expérience qui ressortait de ses mouvements et sa façon de préparer le futur groupe. Je le lui ai fait remarquer, m’étonnant de l’énergie qu’elle dégageait, pour une mourante. Je n’ai eu en réponse qu’un sourire énigmatique et un vague « je vais mieux ». Peu importe après tout, c’est une bonne chose que nous ne soyons pas retardés par ses problèmes de santé.

À vrai dire, j’ai été la dernière personne à m’engager. Okhia a insisté pour que le groupe ne dépasse pas les 6 personnes, pour être plus réactif dans l’inconnu où nous irons. Tous les autres ont rejoint Okhia dès hier, ce qui n’a qu’accentué ma honte de ne pas avoir voulu faire face à mon devoir. L’expédition sera donc constituée d’Okhia, de deux Sozlithes visiblement assez jeunes, peut-être encore enfants, qui disent être frère et sœur, d’une ex-Sentinelle, d’un citoyen qui s’est montré très mal à l’aise à l’idée de notre mission, et de moi-même. Notre objectif est double : d’abord, nous devons nous aventurer au-delà de la bulle et explorer les environs, pour mieux savoir où nous sommes, et ce que nous pouvons trouver à portée, et ensuite enquêter sur les lueurs observées dans la forêt proche, qui s’est répétée plusieurs fois depuis le vent de panique d’il y a quelques jours, et à chaque fois en pleine nuit. Nous ignorons totalement le risque de cette mission, et nul ne peut nous préparer à ce que nous trouverons.

Malgré ma peur, je suis aujourd’hui convaincu de la nécessité de cette expédition. La situation dans le camp devient dramatique. Le flux d’arrivants est toujours constant, et quasiment sans nourriture, les pertes se multiplient. La bulle de protection maintenant une atmosphère hermétique autour de nous, les odeurs des corps en décomposition, sommairement entassés dans une construction en terre durcie, se répandent et deviennent insoutenables. Évidemment, nous n’avons aucun moyen d’inhumer nos compagnons comme sur Gælith, l’opération étant trop consommatrice d’arcane.

Nous avons passé le reste de la journée à nous préparer. Nous n’emporterons qu’un minimum de victuailles, espérant nous ravitailler par nous-mêmes, et surtout pour ne pas priver le camp. Nous devrons également nous débrouiller par nous-mêmes si nous avons besoin d’outils, ou même d’armes. Évidemment, puisque nous n’avons rien de tel ici. Cependant, nous avons, à la demande d’Okhia, bénéficié d’une importante aide. Sachant que j’écrivais ces mémoires, elle m’a interdit d’en parler, mais je me dois de l’évoquer tout de même. Une équipe d’arcanistes a été réunie dans une construction sommaire en retrait du camp. Nous avons tous attendu devant, et avons été appelés à tour de rôle. Lorsque ce fut mon tour, j’entrai pour trouver les arcanistes, au nombre de 5, disposés en cercle, les yeux fermés et la tête vers le ciel. L’atmosphère à l’intérieur était sensiblement différente, et je remarquai que, bien qu’hermétiquement fermée, la case était faiblement éclairée de l’intérieur, sans source visible. Je fis immédiatement le rapprochement avec l’arcane, qui nous enveloppait sur Gælith, et qui luisait d’elle-même. Les arcanistes m’invitèrent dans un murmure à me placer en leur centre. Je remarquai qu’ils tenaient à peine debout, tremblottant légèrement, et compris que maintenir leur concentration devait être un effort épuisant. Doucement, ils élevèrent les bras à l’horizontale, touchant quasiment les doigts de leurs voisins, de façon à former un cercle dont je devais être le centre. C’est alors que je décelai un très léger mouvement de l’air, tandis que la lueur gagnait en intensité. Au bout de quelques instants, je discernais clairement le mouvement, qui était en réalité celui de l’arcane autour de moi, que je voyais alors aussi nettement que celle qui circulait dans les tubes d’artiris jadis. Elle tourbillonnait autour de moi, mue par les arcanistes à l’œuvre. La lueur étant de plus en plus forte, elle commença à m’éblouir. Alors que dans un réflexe je recouvrais mes yeux, la voix d’un des arcanistes, qui semblait tourner autour de moi, me dit : « Ne bougez pas. Fermez les yeux ». Ce que je fis, et ce n’est qu’après environ un décat que je sentis le mouvement s’apaiser autour de moi. Je rouvris les yeux pour constater que, si elle n’avait pas disparue, la lueur était devenue nettement moins forte, mais toujours présente, et bien plus palpable que lors de mon entrée. Les arcanistes avaient repris leur position initiale, et ne faisaient plus un geste. C’est alors que je remarquai que leur arclé brillait telle qu’elle avait l’habitude d’être sur Gælith. Instincivement, je portai ma main à mon front, en direction de ma propre arclé, avant de faire deux constatations effarées. Tout d’abord, j’avais miraculeusement retrouvé la faculté de l’utiliser, et elle m’abreuvait à nouveau de sensations arcaniques. Mais surtout, je remarquai avec stupéfaction que le bras que j’avais levé était celui que j’avais perdu lors du passage du portail. J’observai l’endroit où devait se trouver ma main, et bien que je la sentais à nouveau comme faisant partie de mon corps, elle n’était pas là. Mais à la place, ma sensation de l’arcane retrouvée me permit de déceler une concentration inhabituelle de fluide arcanique. Mon bras s’était reconstruit par magie, et, bien que n’étant plus physique, je pouvais l’utiliser à nouveau ! Les arcanistes m’invitèrent à rejoindre la salle adjacente tandis que je prenais pleinement conscience de ce don. Là m’attendaient Okhia et les les deux jeunes Sozlithes de mon groupe. Au sourire de notre leader, je compris qu’elle avait elle-même reçu ce don récemment, ce qui avait écarté sa mort inéluctable, en remplaçant ses organes physiques par leur version éthérée mais néanmoins fonctionnelle. Elle m’expliqua sommairement ce qui venait de m’arriver. Je ne saurais relater les détails, mais elle m’a bien fait comprendre le prix à payer pour cette opération : elle n’avait été possible qu’avec les meilleurs arcanistes survivants de Panlithea, était très coûteuse en efforts de leur part, et l’opération était particulièrement risquée. Pour cette raison, nous seuls en avons bénéficié, et dans le secret. J’aurais du m’élever contre cette évidente injustice, mais par faiblesse et égoïsme, je ne l’ai pas fait. Nous avons alors effectué le reste de la préparation dans cette case, où le faible matériel que nous pouvions emporter était réuni, avant de rentrer dormir peu après le crépuscule, pour éviter d’être vus avec nos membres ainsi réparés.

Me voici alors, écrivant tout cela alors que je n’en ai pas l’autorisation, et que je devrais profiter de cette dernière nuit de sommeil, car nous partons demain, à l’aube. Je n’emporterai pas mon journal, car si je viens à disparaître, mon héritage sera perdu. J’ignore combien de temps durera notre expédition, ni si nous reviendrons un jour. S’il nous arrive malheur, je sais que notre peuple continuera de se battre pour survivre et se reconstruire sur Panlithea.

J’espère pouvoir finir ce journal.


Panlithea : Néo-Gælith

2012-07-30T00:00:00+02:00 - (source)

Voici enfin la suite de ma nouvelle, La Catatélie. Son écriture aura été laborieuse, et très longue. Je suis donc fier d’avoir pu la mener à bien, et j’espère à la fois qu’elle plaira, et qu’elle apportera des réponses aux interrogations levées précédemment. Je vous remercie par avance des différentes remarques, corrections, que je ne tarderai pas à incorporer au récit. J’en profite également pour remercier tous ceux qui m’ont aidé, de près ou de loin, à la rédaction de la précédente nouvelle, ainsi que celle-ci.

Sa licence est celle du blog, c’est à dire CC-by-sa. Et je ferai une version pdf bien jolie rapidement.

Journal d’Iskh — première entrée

Il me semble indispensable d’effectuer ce travail de mémoire. Pour ce que mes semblables et moi avons vécu récemment, et pour ce qui arrivera à l’avenir. J’ignore si d’autres ont eu la même initiative, mais je tiens à ce que que cela puisse être transmis aux futures générations, si jamais elles subsistent.

Mes souvenirs sont encore très confus, et pourtant, plusieurs ors se sont écoulés depuis notre arrivée. Je vais essayer de narrer le plus précisément possible ce que les miens ont enduré. Tout d’abord, il faut savoir que nous sommes un peuple qui défia les Âges. Espèce supérieure de notre monde, nous l’avons dominé sous toutes ses facettes. Nous l’avons colonisé, et continué notre expansion vertigineuse. Jusqu’à ce que tout autour de nous commence à se disloquer. Ces événements nous conduisirent à un exode massif, une fuite immédiate, ordonnée par le Dessus, la caste qui nous dirigeait. Des immenses portails composés d’arcane, surgis d’on ne sait où, apparurent, et nous permirent de sauver notre civilisation. Avec le maigre recul qu’il m’est donné de prendre aujourd’hui, je constate que nul salut ne nous attendait. En réalité, j’ai eu de la chance. Ceux qui, comme moi, arrivèrent de l’autre côté, ont eu de la chance. Car, parmi les centaines de milliers de Panlithes que j’avais pu observer autour de moi avant de franchir l’immense édifice, seules quelques centaines ont atteint la sortie. Et dans quel état…

Vous qui lirez ces mots, je vous implore de me croire, malgré l’effroi de la chose. Ce que je raconte, je l’ai vécu et vu, et cela restera ancré au plus profond de mon âme. Je n’ai aucun souvenir de mon propre passage : j’ai, semble-t-il, perdu connaissance en franchissant le voile du portail. Mais j’ai pu voir émerger de nouveaux arrivants. Je me tenais à distance respectable du point d’arrivée, et, régulièrement — j’entends par là tous les deux ou trois arcs —, une forme sombre naissait à la surface du voile semi-opaque, grossissait rapidement, avant d’éclater dans un éclair de lumière vive. Alors, on retrouvait au sol ce qu’autrefois on aurait appelé un Panlithe. Au début, je fus horrifié de la vision de ces êtres déchiquetés, dont le corps avait été partiellement désintégré. Les blessures étaient diverses, mais souvent gravissimes, et avaient touché la quasi-totalité des arrivants. Je garde le souvenir d’un homme, semblant assez vieux, qui se matérialisa, puis chuta. Je le pensai alors mort, mais il se releva doucement, vraisemblablement exténué, et très affaibli. Plusieurs personnes accoururent vers lui pour l’aider à tenir debout, avant de le guider vers des abris de fortune. Je pus observer avec effroi son corps, dont des parties avaient tout simplement disparues, laissant pendre ses entrailles luminescentes et presque translucides. Autour de moi, les séquelles étaient tout aussi écœurantes : ici, un individu avait perdu la moitié de son corps, sectionné au niveau de l’abdomen, là, un autre se tordait de douleur : il n’avait plus le moindre fragment de peau pour recouvrir sa chair. Des médecins improvisés tentaient de calmer ses souffrances du mieux possible, mais cela ne semblait pas apaiser le pauvre bougre. Ou encore, un bébé miraculeusement entier, recouvert des pieds à la tête des entrailles et du fluide vital de ce qui avait du être son parent, le protégeant de ses bras lors du passage. Pour ma part, j’ai perdu un bras, et de la peau sur une partie du visage. Malgré cela, nous pûmes constater avec surprise que nous étions toujours en vie, malgré des blessures visiblement létales. Personne n’avait d’explication à ce sujet, et nous avions bien d’autres préoccupations plus urgentes.

Ainsi, passé le désarroi de l’arrivée, nous avons pu constater où nous avions posé pied. Bien loin de la mégalopole étouffante que nous avions toujours connue, nous sommes tombés sur un paysage vierge, éclatant de couleurs vives et chatoyantes. Étrangement, la lumière ambiante ne semblait plus nous entourer, mais tombait maintenant du ciel, émise par un astre, chose que nous ne connaissions alors pas. Celui-ci portait son éclat sur des montagnes rocheuses nues, sur lesquelles nul bâtiment ne se hissait, sur d’immenses étendues de végétations, sur lesquelles il était évident que nul Panlithe n’avait jamais mis le pied. Tout autour de nous nous était étranger, les doux brins d’herbe caressant nos pieds, qui n’avaient connu que de plates routes modelées artificiellement. l’immense et dorénavant effrayant portail par lequel nous étions arrivés était situé au sommet d’une sorte de colline, nous permettant d’avoir une vue d’ensemble sur le paysage : à perte de vue, nulle trace visible de civilisation, seulement la nature, peut-être bien la même qui jadis avait proliféré sur Gælith…

Plus étrange encore, nous avons pu constater que l’astre qui brillait au dessus de nos têtes se déplaçait lentement, occasionnant des cycles d’alternance. Nous nous retrouvions ainsi la moitié du temps dans une obscurité profonde, dans laquelle ne brillaient que quelques points loin dans le ciel. Lorsque l’obscurité nous envahissait, certains d’entre nous crurent sentir des mouvements au loin, dans d’étranges et immenses forêts.

A l’heure où j’écris ces lignes, j’ai compté 5 de ces cycles, que les gens commencent à prendre comme référentiel temporel. Nous avons calculé qu’un jour dure environ 1,8 ors, c’est à dire très exactement 1838 arcs. Par ailleurs, le chaos n’a pas régné bien longtemps après notre sortie : les premiers venus eurent le bon sens de chercher à protéger le lieu de notre arrivée : des arcanistes amateurs cherchèrent à élever une bulle protectrice qui servirait de muraille aux Panlithes survivants. Cette opération fut désastreuse : les mages s’étouffèrent dès lors qu’ils cherchèrent à manipuler l’arcane. Leurs yeux vitreux semblaient appeler à l’aide tandis qu’ils ne parvenaient pas à produire mieux que quelques étincelles. L’un après l’autre, ils s’effondrèrent lourdement au sol, sans vie, un air horrifié sur leur visage. D’autres leur succédèrent rapidement, mus par le besoin urgent de protéger les leurs : usant de maintes précautions, ils parvinrent à puiser autour d’eux un infime flux d’arcane, qu’ils utilisèrent pour élever lentement mais sûrement le bouclier magique qui bientôt nous enveloppa tous, nous garantissant une sécurité minimale face à un environnement encore inconnu. Mais plus important, cette barrière rassura beaucoup les rescapés, qui purent se concentrer sur l’aide aux arrivants gravement blessés. Je ne suis d’ailleurs pas resté inoccupé ces premiers temps, utilisant la rigueur due à mon entraînement militaire pour coordonner les efforts. La vue de tous ces Panlithes agonisants, que nous essayions de sauver l’un après l’autre, en plus de ceux qui nous étaient arrivés sans vie, fut très dure à supporter. Faute de sauvetage promis par le Dessus, nous avons vécu l’enfer, et c’est presque un miracle que certains d’entre nous aient pu survivre…

Je crains pour mon peuple, et pour la postérité. Je relate tout ceci du mieux que je le peux. Actuellement, l’astre a disparu derrière l’horizon, et il ne me reste que peu de temps avant que l’obscurité ne m’empêche d’écrire. Mais je me suis promis de continuer ce récit. Il le faut, il nous faut des repères. Et sans mon bras, c’est peut-être ma seule façon de pouvoir être utile.

Journal d’Iskh — jour 6

Le sommeil n’a pas été facile à trouver. La souffrance est omniprésente au sein du camp de fortune. Chacun d’entre nous, ou presque, est horriblement mutilé. La vision du vieillard du premier jour me hante toujours. À la réflexion, j’ai certainement fait le même effet lors de ma propre sortie. Le flot ne discontinue pas : une équipe a pris le relais, comme toutes les nuits, pour s’occuper des arrivants et, faute de pouvoir pratiquer des soins, tente d’apaiser la douleur des pauvres âmes qui s’effondrent sur ce sol vierge. Au pied du portail, les fluides vitaux des blessés s’écoulent depuis notre arrivée. Le sol en est souillé, si bien que l’herbe, qui lorsque nous l’avons foulée était d’un paisible jaune pâle, se teinte aujourd’hui d’un inquiétant mauve foncé, et les brins se flétrissent peu à peu. Mais très honnêtement, c’est loin d’être notre priorité.

Cela fait cinq jours que je suis là, et trois que la bulle protectrice a été dressée. J’ignore comment les arcanistes parviennent à puiser la force nécessaire pour le maintenir en place, et ils ne fait aucun doute qu’ils l’ignorent eux aussi. Cette protection est d’une faiblesse évidente, et j’en viens à me demander si elle n’a pas été levée dans le seul but de rassurer artificiellement les personnes. Ceci étant, aucun danger supplémentaire ne s’est présenté, et nul n’a osé s’aventurer au-delà de la bulle. C’est un peu inquiétant : notre nombre augmente constamment, et nous sommes de plus en plus serrés. Il faut réfléchir à la suite avant d’être mis dos au mur.

Pour ma part, ma tâche a évolué : les premiers jours, je patrouillais le camp, cherchant à aider quiconque le demandait. Avec les nouveaux arrivants, les besoins ont évolué, et je me retrouve le plus souvent à transporter et distribuer, malgré mon handicap, quelques décoctions de fortune préparées par les arcanistes à base de l’herbe que nous foulons. Ça a été un gros risque, pour nous qui sommes habitués à une alimentation purement arcanique, de goûter ces végétaux inconnus, et nous avons eu de la chance : si les vertus nourrissantes de ces plantes ne sont guère satisfaisantes, elles nous permettent de gagner un tout petit peu de force, et nous en avons grandement besoin.

Il s’est passé quelque chose la nuit dernière. Rien d’extraordinairement grave, mais un petit événement qui a rapidement réveillé le camp entier et a provoqué la panique. Nous avions déjà remarqué au loin, à une distance de nous suffisante pour ne pas éveiller la crainte, une forêt dense aux couleurs variées. Je dois d’ailleurs reconnaître que dans l’obscurité, celle-ci est nettement moins accueillante. En tout cas, cette nuit, certains Panlithes ont cru apercevoir pendant quelques instants des lumières mouvantes luisant au-dessus des cimes. Cela a suffi à provoquer un vent de panique. Mais là où jadis, nous nous serions tous terrés dans nos habitations en attendant que ça passe, ici, il n’y avait nul toit pour nous protéger. Pour certains, il n’y avait pas même de peau pour recouvrir la chair. Alors ce fut une panique silencieuse. Les individus se recroquevillaient en pleurnichant, terrifiés de ressentir cette effroyable vulnérabilité. Personne ne dit mot, tous les regards étaient braqués sur la forêt, de nouveau obscure. Si bien que personne ne sut s’il y avait réellement eu ces lumières. Je ne sais trop quoi en penser. Nous ne connaissons encore rien de ce monde, et il se pourrait, tel l’astre au-dessus de nous, qu’il s’agisse d’un phénomène naturel. Je ne devrais sans doute pas me faire d’illusions à ce sujet, et rester sur mes gardes. Dans mon état actuel, je suis certainement dans l’incapacité totale de protéger qui que ce soit, mais mon entraînement et mon expérience me rendent plus apte à réagir rapidement et intelligemment en cas de menace.

Avec le temps, je trouve de moins en moins de temps pour écrire ces mémoires. Je suis fier de me rendre utile, mais j’espère que je parviendrai à continuer cette tâche, ou que quelqu’un saura prendre le relais.

Journal d’Iskh – Jour 7

J’ignore comment nous avons pu imaginer que nous subsisterions en consommant l’herbe que nous piétinons, et que nous polluons depuis notre arrivée. J’imagine sans peine qu’il s’agissait d’une solution d’urgence lors de notre arrivée, mais il faut reconnaître notre responsabilité pour la situation actuelle. Car nous sommes à court. Il ne nous reste plus d’herbe, hormis celle près du portail, totalement flétrie maintenant. Et visiblement, personne ne s’est demandé comment nous surmonterions ce problème. Il y a bien de l’herbe au-delà de notre faible bulle de protection, mais personne n’a eu l’audace de passer de l’autre côté. Enfin, j’imagine que quelqu’un le fera avant que nous ne mourions tous de faim. Ça pourrait même être moi, même si cette idée me révulse. J’espère également que nous trouverons rapidement une nouvelle source de nourriture.

Les arcanistes qui jusque là s’occupaient de préparer les décoctions en mélangeant ces herbes à ce qu’ils avaient pu produire de nectar d’arcane ont donc pu s’atteler à leurs recherches pour comprendre ce nouveau monde. Leur priorité semble être de réveiller leur arclé, qui chez presque tous les Panlithes réfugiés est devenue d’un gris terne, et ne provoque plus aucune sensation. Il est possible que cet appendice soit irrémédiablement détruit pour notre peuple, et même si personne n’évoque cette hypothèse à voix haute, je sens que tout le monde craint particulièrement que cela n’arrive, ou ne soit déjà arrivé. Nous avons toujours vécu en l’utilisant pour manipuler et maîtriser l’arcane, et ce lien est aujourd’hui rompu. Tout espoir n’est cependant pas perdu, puisque les arcanistes ont déjà réussi à créer la bulle protectrice par magie, et ce dès le second jour ici. C’est plus que prometteur, même si la performance porte la mort de plusieurs d’entre eux, et que sur Gælith, un seul Panlithe aurait été capable, sans entraînement spécifique, de monter une barrière infranchissable pour tout le camp.

Ce n’est cependant pas notre seul problème. La population continue de grandir de façon constante. Il semble que nous ayons dépassé le millier d’individus, et bien évidemment, la surface disponible reste la même, faute de pouvoir agrandir la bulle. Donc, fatalement, nous allons finir par nous agglutiner. Il faut prendre l’initiative de s’étendre au-delà de nos frontières initiales, mais sans organisation définie, personne ne prend d’initiative. Mais il se pourrait que cela puisse changer d’ici peu. Avec l’augmentation de la population, certains d’entre nous tentent de diriger les opération, vocifèrent des ordres, mais personne n’écoute de tels inconnus. Je ne sais pas ce que nous préparent les jours qui viennent, j’espère sincèrement que nous saurons réagir avant qu’il ne soit trop tard. Nous avons survécu, si tant est que l’on puisse utiliser ce terme étant donné la situation, à la destruction de notre monde, cela doit avoir un sens, nous ne sommes pas là pour rien.

Journal d’Iskh — Jour 8

Les choses commencent à devenir inquiétantes. Nos réserves sont totalement épuisées depuis l’aube, et personne ne propose de solution. Certains d’entre nous ont cédé à la panique. Pas au point de braver l’inconnu au-delà de la bulle, cependant, ce qui aurait pourtant été bien pratique. La plupart d’entre nous étant arrivée après qu’ait été dressée la bulle, ils ignorent même si l’air du dehors est respirable, et ils ne croient évidemment pas sur parole ce que leurs disent les premiers arrivés. On ne peut pas leur en vouloir, cela fait partie de notre culture : ne pas croire ce que disent ceux des autres clans. Or, depuis la catastrophe, il n’y a plus de clans.

C’est peut-être ce qui a favorisé cette situation, d’ailleurs. J’ai remarqué il y a plusieurs jours que des gens commençaient à se déplacer en groupes, se réunissaient, parlaient à voix basse entre eux. Lors d’une de mes rondes, je me suis enquis d’un de ces groupes, qui passait près de moi, composé d’une quinzaine d’individus. Celui qui tenait visiblement le rôle de leader s’est approché de moi et m’a parlé de punition divine, entre autres baragouinements. C’est parfaitement ridicule, les dieux n’ont jamais interféré dans nos vies, ils n’ont que faire de punitions. Nous sommes seuls responsables de notre vie. Mais depuis, ces groupes, qui semblent tous véhiculer la même idée, parviennent à se faire entendre de ceux qui cherchent à tout prix à être rassurés. Ceux-ci se mettent à les rejoindre. Cette situation est préoccupante, mais c’est la seule lueur d’espoir des Panlithes, pardon, des Sozlithes, car, vraisemblablement sur pression de ces illuminés, les gens demandent avec insistance que le nom de notre peuple soit ainsi changé. Ce n’est pas illogique, après tout. Nous ne sommes plus des Panlithes, quelque chose nous a changé lors du passage au travers ce portail infernal. Le peuple Panlithe a été détruit, anéanti, et nous sommes ses enfants. Alors qu’il en soit ainsi. Et comme s’il n’y avait rien de plus important que ce sujet, des bruits ont couru pour prétendre que ce nouveau monde nous avait été offert par les dieux pour reconstruire une civilisation. Ceux-là même qui ont propagé cette rumeur ont même, pour appuyer leur crédibilité, donné un nom à ce monde, un nom qui n’est plus le nôtre : Panlithea. Bienvenue sur Panlithea ! Bah, Pourquoi pas, ils peuvent dire ce qu’ils veulent mais nous avons des priorités autrement plus hautes.

Je n’ai jamais été doué avec l’arcane, et sur ce nouveau monde où celle-ci ne coule pas tout autour de nous comme c’était le cas sur Gælith, je suis bien incapable de me servir de magie. Mais j’étais un psaòplo, membre entraîné de l’Arme. Je savais traquer et torturer les traîtres. Mais je ne suis plus rien, il me manque un bras et je ne suis plus que l’ombre de ce que j’étais jadis. Pour être franc, la crainte que l’on me demande de participer à une expédition au-delà de la bulle m’empêche de dormir depuis un certain temps. J’ai honte de ce comportement égoïste, mais lorsque j’imagine me trouver en dehors de cet espace protégé, mes entrailles se figent. Je n’ai jamais connu peur pareille. Je souhaite que les miens fassent preuve de plus de courage que moi, sans quoi nous serions perdus.

Journal d’Iskh — Jour 9

Le groupe dont je parlais hier semble s’être organisé. Une Sozlithe est sortie du lot, assumant alors le rôle de leader, et il semble que ce soit elle qui ait tout organisé dès le début. Aujourd’hui, elle a pris publiquement la parole. Ce qui suit n’est pas une retranscription exacte, mais je vais tenter de rapporter son discours du mieux possible.

J’ai immédiatement remarqué, lorsqu’elle a pris la parole, l’atmosphère sereine qu’elle dégageait, en contraste absolu avec les traits de son visage, dont la peau était incroyablement claire et tirée. On lisait un épuisement immense dans son regard, et pourtant elle parlait d’une voix vive et pleine de sagesse, comme si elle portait comme fardeau une tâche cruciale. Elle a alors entamé son discours, et un silence respectueux s’est immédiatement installé autour d’elle, tandis que le petit groupe qui s’était rassemblé grossissait à vue d’œil.

« Frères Sozlithes, enfants meurtris du notre terre, écoutez-moi !
Écoutez-moi, car vous êtes perdus, chacun d’entre vous. Vous êtes rescapés de la tragédie qui nous a tous frappés. Rescapés, et victimes, comme moi qui ai perdu plusieurs organes internes. Mes jours sont comptés ici, mais je ne peux partir sans avoir partagé mes secrets.

Je me nomme Okhia. J’ai parlé à beaucoup de monde ici depuis mon arrivée, et il me semble être la seule à avoir reçu ce don. Drëmathos m’a parlé, durant mon passage dans le portail. Comme vous le savez, ceci ne s’est jamais produit depuis les Âges ancestraux. Mais il est venu à moi et m’a parlé. Il m’a révélé la raison de notre présence ici.

Nous sommes rescapés de la destruction de notre monde. Nous sommes voués à survivre, et repartir de zéro ici. Panlithea, notre nouvelle terre, n’est un cadeau de personne. Nul ne nous l’a offert. Nous nous y sommes raccrochés dans un bienheureux réflexe de survie. Je ne vous mentirai pas en affirmant que je sais des choses que vous ignorez au sujet de ce monde. Mais je sais que nous avons l’obligation, envers notre peuple disparu, de survivre et de recréer une civilisation. Il est évident que notre avenir se trouve à l’extérieur de cette bulle, qui nous étouffera si l’on persiste à s’y blottir.

Surmontons notre crainte, frères Sozlithes. Surmontons notre méfiance envers les nôtres. Ne nous agrippons pas à nos vieilles traditions claniques. Nous devons tendre la main vers nos semblables, car nous appartenons tous au même clan, celui des rescapés. Unissons-nous, et prenons dès à présent l’initiative d’explorer Panlithea, notre nouveau foyer. Je tiens à être de l’expédition, moi qui tiens à peine debout. Réunissez votre courage, et, je vous en prie, suivez-moi. Il nous faut découvrir cette terre, trouver des moyens de subsister et de reconstruire notre peuple. »

Je peux dire que son discours a eu de l’effet, et un vent de confiance a parcouru l’assistance. Nous avions certainement besoin d’entendre ces mots, et Okhia le savait. La passion dans ses mots était telle que personne n’a remis en doute sa vision. Je n’aurais pas cru ça possible, mais des gens se sont joints à elle après son allocution, visiblement pour se porter volontaires pour une expédition. Depuis, je me sens coupable de ne pas avoir eu le courage d’en faire de même. Nul doute que ces personnes étaient elles aussi blessées, plus ou moins gravement, et que je n’avais certainement pas à me plaindre à côté d’eux… Mais je n’ai pas eu leur courage, malgré mon expérience et mes connaissances. Cette lâcheté m’empêchera à nouveau de dormir, je le sens.

Journal d’Iskh — Jour 10

Évidemment. Je me suis engagé. Je ne réalise pas encore tout à fait mon geste, mais je l’ai fait. Je ne saurais expliquer pourquoi, peut-être par désespoir, peut-être bien même par espoir insufflé par Okhia. Moi qui redoutait ça plus que tout, me voilà même à la tête, à cause de mon expérience, de l’expédition au-delà de la bulle. Ça s’est passé plus facilement que je ne l’avais imaginé. Après avoir englouti ma maigre ration d’arcane concentrée synthétisée par les arcanistes, j’ai rejoint ce qui est depuis hier le point de rassemblement des apprentis explorateurs. Il ne m’a fallu guère longtemps pour localiser Okhia, car toute l’agitation semblait centrée autour d’elle. M’armant de tout mon courage, je me suis présenté à elle. Elle m’a dévisagé de haut en bas d’un œil expert, m’a posé des questions sur mes compétences, sur mon état de santé et sur le nombre de jours passés depuis mon arrivée. J’ai été surpris par la dureté de sa voix, à des lieues de la passion qu’elle avait déchaînée la veille, et par l’expérience qui ressortait de ses mouvements et sa façon de préparer le futur groupe. Je le lui ai fait remarquer, m’étonnant de l’énergie qu’elle dégageait, pour une mourante. Je n’ai eu en réponse qu’un sourire énigmatique et un vague « je vais mieux ». Peu importe après tout, c’est une bonne chose que nous ne soyons pas retardés par ses problèmes de santé.

À vrai dire, j’ai été la dernière personne à m’engager. Okhia a insisté pour que le groupe ne dépasse pas les 6 personnes, pour être plus réactif dans l’inconnu où nous irons. Tous les autres ont rejoint Okhia dès hier, ce qui n’a qu’accentué ma honte de ne pas avoir voulu faire face à mon devoir. L’expédition sera donc constituée d’Okhia, de deux Sozlithes visiblement assez jeunes, peut-être encore enfants, qui disent être frère et sœur, d’une ex-Sentinelle, d’un citoyen qui s’est montré très mal à l’aise à l’idée de notre mission, et de moi-même. Notre objectif est double : d’abord, nous devons nous aventurer au-delà de la bulle et explorer les environs, pour mieux savoir où nous sommes, et ce que nous pouvons trouver à portée, et ensuite enquêter sur les lueurs observées dans la forêt proche, qui s’est répétée plusieurs fois depuis le vent de panique d’il y a quelques jours, et à chaque fois en pleine nuit. Nous ignorons totalement le risque de cette mission, et nul ne peut nous préparer à ce que nous trouverons.

Malgré ma peur, je suis aujourd’hui convaincu de la nécessité de cette expédition. La situation dans le camp devient dramatique. Le flux d’arrivants est toujours constant, et quasiment sans nourriture, les pertes se multiplient. La bulle de protection maintenant une atmosphère hermétique autour de nous, les odeurs des corps en décomposition, sommairement entassés dans une construction en terre durcie, se répandent et deviennent insoutenables. Évidemment, nous n’avons aucun moyen d’inhumer nos compagnons comme sur Gælith, l’opération étant trop consommatrice d’arcane.

Nous avons passé le reste de la journée à nous préparer. Nous n’emporterons qu’un minimum de victuailles, espérant nous ravitailler par nous-mêmes, et surtout pour ne pas priver le camp. Nous devrons également nous débrouiller par nous-mêmes si nous avons besoin d’outils, ou même d’armes. Évidemment, puisque nous n’avons rien de tel ici. Cependant, nous avons, à la demande d’Okhia, bénéficié d’une importante aide. Sachant que j’écrivais ces mémoires, elle m’a interdit d’en parler, mais je me dois de l’évoquer tout de même. Une équipe d’arcanistes a été réunie dans une construction sommaire en retrait du camp. Nous avons tous attendu devant, et avons été appelés à tour de rôle. Lorsque ce fut mon tour, j’entrai pour trouver les arcanistes, au nombre de 5, disposés en cercle, les yeux fermés et la tête vers le ciel. L’atmosphère à l’intérieur était sensiblement différente, et je remarquai que, bien qu’hermétiquement fermée, la case était faiblement éclairée de l’intérieur, sans source visible. Je fis immédiatement le rapprochement avec l’arcane, qui nous enveloppait sur Gælith, et qui luisait d’elle-même. Les arcanistes m’invitèrent dans un murmure à me placer en leur centre. Je remarquai qu’ils tenaient à peine debout, tremblottant légèrement, et compris que maintenir leur concentration devait être un effort épuisant. Doucement, ils élevèrent les bras à l’horizontale, touchant quasiment les doigts de leurs voisins, de façon à former un cercle dont je devais être le centre. C’est alors que je décelai un très léger mouvement de l’air, tandis que la lueur gagnait en intensité. Au bout de quelques instants, je discernais clairement le mouvement, qui était en réalité celui de l’arcane autour de moi, que je voyais alors aussi nettement que celle qui circulait dans les tubes d’artiris jadis. Elle tourbillonnait autour de moi, mue par les arcanistes à l’œuvre. La lueur étant de plus en plus forte, elle commença à m’éblouir. Alors que dans un réflexe je recouvrais mes yeux, la voix d’un des arcanistes, qui semblait tourner autour de moi, me dit : « Ne bougez pas. Fermez les yeux ». Ce que je fis, et ce n’est qu’après environ un décat que je sentis le mouvement s’apaiser autour de moi. Je rouvris les yeux pour constater que, si elle n’avait pas disparue, la lueur était devenue nettement moins forte, mais toujours présente, et bien plus palpable que lors de mon entrée. Les arcanistes avaient repris leur position initiale, et ne faisaient plus un geste. C’est alors que je remarquai que leur arclé brillait telle qu’elle avait l’habitude d’être sur Gælith. Instincivement, je portai ma main à mon front, en direction de ma propre arclé, avant de faire deux constatations effarées. Tout d’abord, j’avais miraculeusement retrouvé la faculté de l’utiliser, et elle m’abreuvait à nouveau de sensations arcaniques. Mais surtout, je remarquai avec stupéfaction que le bras que j’avais levé était celui que j’avais perdu lors du passage du portail. J’observai l’endroit où devait se trouver ma main, et bien que je la sentais à nouveau comme faisant partie de mon corps, elle n’était pas là. Mais à la place, ma sensation de l’arcane retrouvée me permit de déceler une concentration inhabituelle de fluide arcanique. Mon bras s’était reconstruit par magie, et, bien que n’étant plus physique, je pouvais l’utiliser à nouveau ! Les arcanistes m’invitèrent à rejoindre la salle adjacente tandis que je prenais pleinement conscience de ce don. Là m’attendaient Okhia et les les deux jeunes Sozlithes de mon groupe. Au sourire de notre leader, je compris qu’elle avait elle-même reçu ce don récemment, ce qui avait écarté sa mort inéluctable, en remplaçant ses organes physiques par leur version éthérée mais néanmoins fonctionnelle. Elle m’expliqua sommairement ce qui venait de m’arriver. Je ne saurais relater les détails, mais elle m’a bien fait comprendre le prix à payer pour cette opération : elle n’avait été possible qu’avec les meilleurs arcanistes survivants de Panlithea, était très coûteuse en efforts de leur part, et l’opération était particulièrement risquée. Pour cette raison, nous seuls en avons bénéficié, et dans le secret. J’aurais du m’élever contre cette évidente injustice, mais par faiblesse et égoïsme, je ne l’ai pas fait. Nous avons alors effectué le reste de la préparation dans cette case, où le faible matériel que nous pouvions emporter était réuni, avant de rentrer dormir peu après le crépuscule, pour éviter d’être vus avec nos membres ainsi réparés.

Me voici alors, écrivant tout cela alors que je n’en ai pas l’autorisation, et que je devrais profiter de cette dernière nuit de sommeil, car nous partons demain, à l’aube. Je n’emporterai pas mon journal, car si je viens à disparaître, mon héritage sera perdu. J’ignore combien de temps durera notre expédition, ni si nous reviendrons un jour. S’il nous arrive malheur, je sais que notre peuple continuera de se battre pour survivre et se reconstruire sur Panlithea.

J’espère pouvoir finir ce journal.


Gratuit pour les filles ? Sérieusement ?

2012-06-25T00:00:00+02:00 - (source)

Sexisme à la Nuit du Hack

J’ai toujours été vaguement choqué par ce genre d’« offre commerciale », bien avant de prendre conscience de l’importance de la lutte pour l’égalité sociale des genres. Et, après une récente discussion à ce sujet et, surtout, un revirement d’opinion, je pense utile de poser mon opinion par écrit.

Les organismes, sociétés, ou autres, qui offrent l’entrée à un évènement ou lieu aux filles font preuve d’un sexisme sans appel. Voilà pourquoi.

« On ramène de la viande fraîche »

C’est bien évidemment l’argument souhaité par les organisateurs. Ramener des filles. Mais, quand on y pense, dans quel but ? Lorsque c’est pour une boîte de nuit, c’est naturellement pour favoriser les rencontres, et à la rigueur, cette volonté peut être louable, plus que la façon d’y parvenir du moins. Par contre, quand c’est dans le cadre de la Nuit du Hack, un évènement très ciblé, sans le moindre lien avec le meatspace, où se rencontrent des compétences de toutes sortes, ça me dérange profondément. Pour quelle raison voudrait-on faire en sorte qu’il y ait plus de femmes ? Favoriser les rencontres ? Mais c’est totalement hors de propos ! Les gens qui se rendent à cet évènement y vont pour apprendre, pour s’entraîner, certainement pas pour y rencontrer l’âme sœur ou un quelconque plan cul ! Et surtout, considérer uniquement un sexe de la sorte est un message lancé à tous les visiteurs : « les filles qui seront là sont présentes avant tout pour régaler vos pupilles ». On insulte proprement toute compétence intellectuelle des femmes, en les rabaissant à un simple bout de viande tout juste bon à être regardé par les hackers mâles, qui eux ont des compétences dignes d’être prises au sérieux (quand bien même beaucoup ne viennent que par curiosité, sans être des brutes de pentesting). J’espère ne surprendre aucun de mes lecteurs (d’autant plus après le billet d’Okhin) en rappelant qu’avoir des compétences est parfaitement distinct de son genre, qu’il soit naturel ou décidé. Évidemment, ce genre d’évènement a lieu dans le meatspace, mais je pense qu’il est important d’y importer cet aspect du cyberspace : la non-personnification des « gens ». Quelqu’un qui hack n’est ni un homme ni une femme, mais un individu.

Permettre aux hackers (nécessairement mâles) de se faire accompagner par leurs copines (nécessairement potiches)

Pour la NdH, je pense que c’est l’argument qui a conduit à ce choix. Mais c’est involontairement très vexant. Pour les raisons que je viens d’écrire. Ça stéréotype à l’extrême les gens de ce milieu. Il est vrai que les hackers sont majoritairement des hommes, c’est une statistique et l’on n’y peut rien. Par contre, favoriser cet état de fait en considérant que ceux qui viendront à cet évènement seront forcément des hommes est malsain. Les femmes hackers se rendant à la NdH (que ce soit seules ou accompagnées de quelqu’un qui n’y comprendra rien) sont insultées : on leur dit « c’est payant, mais parce que tu es une femme, tu ne comprends tellement rien au sujet qu’il ne serait pas juste de te faire payer ». Encore une fois, c’est involontaire, bien sûr. Mais la plus dure tâche du combat féministe est bien de lutter contre ces discriminations du quotidien. Et quid des couples différents ? Savoir que le milieu hacker, censément plus ouvert que la moyenne, s’abaisse à cette considération me chagrine profondément. À en croire certain, le hacker est un mâle hétérosexuel, point. C’est une vision des choses qu’il est impératif de hacker. Je n’ai malheureusement pas la possibilité d’y être, mais je participe à ma manière, en écrivant ce billet. J’espère que des gens sur place sauront se faire entendre.

Et si on appliquait nos principes ?

Sérieusement, ça serait vraiment trop difficile d’éviter ce genre d’actions débiles et discriminantes ? De faire payer les visiteurs, quels qu’ils soient ? D’abord, ça permettrait de rapporter un peu plus de financement pour l’évènement, ce qui est une bonne chose. Mais aujourd’hui, est-ce que des femmes viennent seulement parce que c’est gratuit ?

Ju a changé d’avis là-dessus en voyant des couples heureux se balader. Est-ce que ça n’aurait vraiment pas pu être le cas s’ils avaient du payer deux billets ? Et puis, si les filles devaient payer comme tout le monde, pourquoi ne pas baisser le prix des billets, après tout ? Autre possibilité, pourquoi ne pas opter pour un financement collaboratif de l’évènement, comme l’a fait le THSF ? C’est une solution qui a fait ses preuves, qui fonctionne souvent mieux que prévu, qui permet à des gens le donner plus qu’on ne leur demande, simplement parce qu’ils savent qu’ils permettent l’existence de l’évènement, et à l’inverse, si certains veulent participer mais n’ont pas forcément les moyens de se payer une place, ils en ont la possibilité.

C’est dans les deux sens

J’ai enfin été choqué par des réponses au tweet de Ju précité : « oui, c’est sexiste, mais ça me paie le restau pour ce soir ». C’est peut-être même pire que l’acte en lui-même. L’acceptation de la discrimination si elle va dans notre sens est une forme de légitimisation du sexisme en général. Il ne faut pas alors s’étonner d’entendre des hommes dire qu’ils trouvent que les femmes exagèrent avec les inégalités salariales, avec le viol, parce que c’est pas si grave que ça voyons… Non, ce n’est pas plus normal, dans un sens ou dans l’autre. Et quand on choisit de se battre pour l’égalité, ça ne signifie pas « être plus égaux que les autres ». Beaucoup se moquent du féminisme, en prétendant qu’il s’agit de « femmes qui veulent dominer le monde ». Il faut bien constater que c’est trop dur pour beaucoup d’oser se remettre en question et d’accepter que la simple égalité sociale est méritée.

Edit :* Ju a écrit sur le même sujet, mais pour défendre le point de vue opposé. Je vous encourage à le lire.

Edit 2 : Étant donné la migration de ce blog sous un format statique, il n’est plus possible de commenter les articles. Cependant, celui-ci avait généré une intéressante discussion, recopiée ici telle quelle.

Le 23 juin 2012 à 14 h 50 min, Noname a dit :

Ba c’est surtout pour aider à la reproduction du hacker qui sans ça risquerait une disparition certaine bientôt si on fait rien pour préserver l’espèce mais malheureusement les filles ne jouent pas le jeu d’ailleurs on signale qu’a la nuit du hack il y a beaucoup de garçons déguisés pour ne pas payer le prix de l’entrée .

Le 23 juin 2012 à 14 h 57 min, Gordon a dit :

Et ça se voit pas trop, la barbe ? :]

Le 23 juin 2012 à 15 h 16 min, Noname a dit :

ba les portiers font plus attention au décolleté qu’au reste donc ça passe ! Sinon on attend toujours le début de l’atelier t-shirts mouillés!

Le 23 juin 2012 à 15 h 03 min, deadalnix a dit :

Gordon, tu m’édite ce commentaire pour virer ça et tu me lourde le précédent ? J’ai foiré l’URL de mon site :D

Je comptais écrire dessus, mais ce que tu racontes la est exactement ce que j’aurais voulu écrire. Donc tout d’abord merci.

La France est un pays étrange sur le sujet. Il est schizophrène, ne sait pas s’il veut l’égalité des sexes ou non.

Comment justifier que l’écart des salaires est problématique quand l’on trouve normal que l’homme invite la femme au resto ou ailleurs, par exemple ? Comment veut-on que les femmes soient considérées en politique si elle ne sont la que pour remplir un quota légal, et non pour leur compétences ?

Dans les pays scandinaves par exemple, la parité est un sujet important. Il est par exemple très mal vu d’inviter une femme lors d’une sortie. Cela signifierait que l’on considère qu’elle est incapable de subvenir à ses besoin besoins et qu’elle a donc forcement besoin d’un homme pour le faire à sa place. En bref, on l’insulte. Dans l’autre sens, on ne constate pas les mêmes écarts de salaires que ce que l’on peut voir en France.

C’est un sujet sérieux sur lequel la France doit faire un choix. Ou bien on veut l’égalité, ou bien on ne la veut pas, mais la situation actuelle n’a strictement aucun sens.

Le 24 juin 2012 à 17 h 28 min, Ju a dit :

Ce que j’aime chez Gordon et toi, ce pourquoi vous êtes aussi mes amis, et ce que je retrouve souvent chez des copains bidouilleurs, c’est cet esprit curieux et cet envie d’égalité puisque dans le cyberspace, nous sommes finalement tous au même niveau (et c’est une très bonne chose. Et tu nous le montres encore plus avec ce commentaire. Ce n’est pas que l’homme qui invite la femme au resto, de mon point de vue, c’est aussi la nana qui l’accepte, le conçoit… alors qu’il est si sympa de s’inviter leur l’autre de temps en temps. Idem pour les cadeaux, etc. Mais il ne faut pas oublier que la Frane est un pays latin, méditerranéen et que, de par son histoire, reste cette image de « domination » masculine, même sur les offres d’emploi. On cherche un/une journaliste mis un rédacteur en chef…

Le 23 juin 2012 à 18 h 16 min, deuzeffe a dit :

Hello Gordon et lizot,

Il y a de l’idée, mais il faut pousser plus loin, voire retourner l’argument et l’interpréter différemment.

Comme toi, je mets de côté la gratuité des soirées dansantes, bien qu’on pourrait y développer le même genre de retournement (sans jeu de mots, merci).

Vous voulez, nous voulons hacker la société ? Alors oui, commençons par nous-mêmes. Commençons par nous libérer de ce leitmotiv bien-pensant, de ce confort de pensée, de cette pensée unique : la société n’est pas égalitaire entre les genres alors on va tout faire pour la forcer à l’être en faisant des lois, des règlements, des quotas, de l’égalitarisme imposé, que sais-je encore !?

Si on pensait autrement ? Si on pensait que « Gratuit pour les filles » n’est pas un appât, une condescendance, mais un cadeau, une invite à reconnaître que oui, nous ne sommes pas assez nombreuses en info., que oui, nos talents de hackeuses (en info. ou dans d’autres domaines) ne sont pas assez reconnus parce que, finalement, c’est notre lot quotidien (entre autre, celui que nous impose la société à la maison ou au boulot, mais pas que). Donc, renversons la charge de la preuve, nous risquons d’y voir plus clair et il se peut que cela devienne efficace.

Pourquoi les filles excellent au lycée puis partent sur des filières supérieures courtes comme si elles n’osaient pas pousser leurs études plus loin (je te laisse retrouver les réf. INSEE qui vont bien) ? Pourquoi les trouve-t-on plus en bio. qu’en sciences dures ? [là il y a un développement à faire qui n'a pas trop sa place ici] Pour quoi ? Pour qu’un pré carré soi-disant masculin soit préservé ? Je n’y crois pas non plus : les études socio. (pareil, je te laisse trouver les réf.) montrent que les dirigeantes ont à coeur de faire fructifier leur territoire et sont beaucoup efficaces dans la gestion des entreprises que les dirigeants qui sont plus enclins à l’étendre au risque de faire sombrer la structure par manque de solidité de fond. Donc pour quoi ?

Le « Gratuit pour les filles », c’est un cadeau d’égalité de respect qui nous est fait : la société ne vous permet pas, à vous les filles de participer de tout ce que vous êtes intellectuellement et moralement ? Qu’à cela ne tienne ! Venez, entrez, on /sait/ que vous avez des talents qui s’expriment différemment des nôtres, on /sait/ que vous pouvez vous sentir frustrées de ne pas pouvoir participer à votre juste valeur, alors, entrez, /nous/ on vous fait votre place.

Hackons notre pensées, nos mots, le hack matériel viendra de lui-même.

Mes 2F^Hcents.

Le 23 juin 2012 à 18 h 46 min, Gordon a dit :

Je ne suis pas du tout d’accord avec toi.

Tu parles de lois, quotas, égalité forcée. Ce n’est évidemment pas une solution. Il faut éduquer les gens pour faire considérer l’égalité des sexes comme normale, pas l’imposer par la rigueur. Ça n’a jamais marché, et ça ne marchera pas plus.

Ton principal argument est que la gratuité pour les femmes serait un « cadeau »… Dans ce cas, pourquoi le rôle des femmes ne serait-il pas de s’occuper des tâches ménagères, en cadeau pour les mâles qui mettent à manger sur la table ? Perso, je ne vois aucune différence. Et c’est ce que j’explique dans mon dernier point : ça me chagrine, parce qu’à partir du moment où on tire un profit personnel d’une inégalité, celle-ci ne semble plus importante.

En l’occurrence, que représente le prix d’entrée de la NdH ? La participation aux frais. Parce qu’on considère que les présents profitent de l’organisation, et doivent donc contribuer à ce qui a été mis en place pour eux. Comment peut-on alors justifier la gratuité pour une catégorie de personnes ?

Par ailleurs, tu parles de preuve de respect pour les femmes « techos », mais il est tout aussi faux de penser que toutes les femmes venant à un tel évènement sont des brutes, que de penser la même chose des hommes. Certain(e)s viennent par curiosité, d’autres pour accompagner, d’autre encore pour gagner le CtF… Qu’ils soient hommes ou femmes. Pourquoi devrait-on alors rendre hommage aux compétences de toutes les femmes présentes, et pas aux hommes, alors que dans les deux cas, il y a des gens très compétents comme des touristes ?

En gros, ce que tu défends ici, c’est justement la discrimination positive. Je n’aime pas du tout cette idée, parce qu’à un moment où un autre, elle retombera dessus, et aura l’effet parfaitement inverse. Par ailleurs, elle favorise encore une fois la différenciation des deux catégories, alors qu’il n’y aurait pas la moindre raison de le faire ici.

Je reste persuadé qu’on ne lutte pas contre une discrimination par la discrimination, mais par l’éducation et l’acceptation.

PS : « a société ne vous permet pas, à vous les filles de participer de tout ce que vous êtes intellectuellement et moralement ? » Bien sûr que si, elle le permet.

Le 23 juin 2012 à 19 h 34 min, deuzeffe a dit :

C’est bien ce que je craignais : je n’ai absolument pas réussi à faire comprendre que ce n’est pas de la discrimination positive. Tant pis.

PS : regarde la proportion des femmes dans différentes professions et tu verras que la société les cantonne systématiquement toujours dans les mêmes domaines, même s’ils ne correspondent pas à leurs capacités intellectuelles ou morales. Combien de laissées pour compte pour une NKM, une F. Pellerin, une L. de la Raudière ou une M. Billard ?

Et la société, c’est nous tous…

Le 23 juin 2012 à 19 h 42 min, Gordon a dit :

Je suis parfaitement d’accord avec ça, mais j’avoue que je ne comprends pas le rapport. Je sais bien que lorsque les quotas de parité sont imposés, on utilise les femmes pour les postes les moins importants, et c’est ce que je voulais dire par « l’égalité forcée est une mauvaise solution ».

Par contre, je ne vois pas en quoi faire ce geste peut être un cadeau. À première vue si, bien sûr, parce que fatalement, elles économisent de l’argent, mais je pense qu’on devrait considérer tous les visiteurs de la même façon. La meilleure façon de montrer l’égalité, c’est précisément ne pas montrer de différence de comportement.

Le 23 juin 2012 à 20 h 12 min, 2A a dit :

Hello, je suis assez d’accord avec miss deuzeffe en fait. Gordon, je suis d’accord avec toi aussi :o )

Mais amha on ne PEUT pas actuellement faire comme si notre societe etait juste, egalitaire ou que sais-je … Avant de causer d’egalite, il faut se dire qu’il y a un lourd retard a rattraper. Est ce qu’actuellement les filles peuvent tout faire comme les hommes ? Non. Donc faire des « cadeaux » (qui seraient plutot dus a mon sens) ? Oui :)

D’ailleurs pourquoi n’offrir que l’entree en boite, ou une conso pour les nanas ?? (1/ramener de la viande, 2/ la mettre a disposition du public masculin ?) N’est il pas la le soucis ?

Donc dans l’immediat le point de vue de deuzeffe me semble etre plus qu’urgent, et quand les choses auront changees on pourra faire payer les filles !

Le 23 juin 2012 à 20 h 31 min, Gordon a dit :

Et si une femme souhaite « faire comme si l’égalité existait » et veut qu’on lui demande de payer sa place comme tout le monde ? Dans ce cas, c’est l’organisation de la NdH qui fait la discrimination…

On se heurte à une divergence d’opinion que les arguments pourraient difficilement faire pencher. Soit.

Par contre, tu suggères qu’« offrir » la place à la NdH serait en quelque sorte une façon de « s’excuser » pour toutes les inégalités dans l’autre sens ? Je doute que ça soit l’objectif du combat féministe… ni même que ça suffise à accepter le reste.

Le 24 juin 2012 à 16 h 42 min, deadalnix a dit :

Je vais être rude, mais des fois il faut.

Tu es une fille c’est bien. Cette info est importante pour moi si je cherche à te sauter.

Quand on parle hacking, montre moi le code. Le reste, c’est du bruit.

Le 23 juin 2012 à 19 h 55 min, Kima a dit :

Il y a le fait que le milieu de hack est très masculin, et donc l’argument « On est aussi ouverts aux filles, on n’est pas machos ». Mais le résultat est effectivement assez foireux, et ne se distingue pas des offres du même genre, et cette fois ouvertement machistes, que l’on peut voir habituellement.

Le 23 juin 2012 à 20 h 34 min, deuzeffe a dit :

Il faut commencer tout doucement, avec le moins de rigorisme imposé (pas de quotas, pas de discrimination* positive) : donc, générosité envers les plus défavorisés, love, humanisme, toussa (je force un peu le trait pour essayer de me faire comprendre).

Et l’égalité, si, c’est avoir un comportement différent, adapté à chaque situation/groupe/personne/etc. pour qu’/in fine/ chacun puisse avoir la même possibilité d’évoluer (en gros). Tu ne donnes pas de chips (au vinaigre) à un bébé pour le nourrir ni de lait artificiel à un athlète de haut niveau pour qu’il explose ses records. (image exagérée mais toujours pour la même raison)

Et mon propos était aussi (surtout ?) sur le hack de la pensée, du langage. * tiens, encore un mot à hacker, ça…

Le 23 juin 2012 à 20 h 45 min, Gordon a dit :

« Tu ne donnes pas de chips (au vinaigre) à un bébé » Si ! Bon, ok, je ne suis pas prêt à être parent :D

Sinon, les raisons que tu évoques ont une justification médicale. Faire ou pas payer une certaine catégorie de personnes, c’est seulement du social.

Quand à la générosité, je l’exerce différemment, et, je l’espère, de manière plus concrète : je porte plus attention aux discriminations, et je prends bien plus facilement la défense d’une victime de discrimination plutôt qu’une autre (la victime en question pouvant naturellement être un homme, qu’on traiterait par exemple de goujat parce qu’il ne paie pas le restaurant à sa compagne).

Le 24 juin 2012 à 18 h 56 min, deuzeffe a dit :

Je comprends ton comportement. Mais j’en vois tellement qui, au prétexte de lutter contre La Discrimination, gomment et ignorent les différences, que je crains que cela tourne à l’égalitarisme et non se dirige vers légalité. J’espère me tromper.

Le 24 juin 2012 à 16 h 38 min, binnie a dit :

hello, je suis l’auteur du tweet « oui, c’est sexiste, mais ça me paie le restau pour ce soir » que tu cites.

crois bien que c’était évidemment une vanne désabusée. pas une quelconque validation de tout ça.

je suis complètement d’accord avec ton article, je n’ai juste plus l’envie ou l’énergie de m’insurger contre ce genre de truc, je suis fatiguée de tout ça.

j’ai fait des études d’informatique ou j’étais la seule fille de ma classe pendant une année entière, je bosse pratiquement qu’avec des mecs depuis dix ans, et je peux te dire que niveau combat féministe, j’ai donné.

aujourd’hui, je me contente de prendre ma place sans la mendier, en essaynt d’ignorer ce que je trouve anormal. il m’arrive encore de râler, mais je suis tombe dans l’àquoibonisme, notamment quand je me retrouve face à ce genre de trucs de tarification complètement wtf comme pour la nuit du hack. cela dit quand d’autres prennent le relai, qui plus est quand ce sont des garçons, je suis ravie. il ne faut pas laisser passer ce genre de trucs.

enfin, même si je ne suis pas d’accord avec les organisateurs, je ne voulais pas me passer de ces conférences sous pretexte que l’entrée était gratuite pour les femmes (et tout le truc que ça implique, que tu as très bien résumé.)

pour moi le plus important reste de me cultiver et satisfaire ma curiosité, avant tout.

Le 24 juin 2012 à 18 h 50 min, deuzeffe a dit :

Est-ce que tu penses qu’exiger de payer aurait pu changer la vision de choses de certains ?

Le 24 juin 2012 à 19 h 21 min, binnie a dit :

hello.

honnetement, non. je ne pense pas que cela aurait changé quoi la vision de qui que ce soit.

il y a encore une distinction des genre trop présente dans ce domaine pour qu’elle soit effacée avec quelques events qui s’employeraient à la gommer. le chemin sera bien plus long que ça.

à vrai dire, c’est surtout moi, et beaucoup d’autres garçons et filles, comme je le constate, qui poserions un regard différent, plus bienveillant, sur les choix d’organisation de cet event.

Le 24 juin 2012 à 18 h 51 min, Ju a dit :

héhé ! j’ai meme trollé en te proposant de trouver des chaises en disant qu’on est enceinte (d’ailleurs à ce propos http://seteici.midiblogs.com/archive/2011/04/28/martine-a-la-banque.html ) et oui, il m’arrive de profiter, tant pis pour ceux qui ne cherchent pas les bonnes combines ! pour le reste, je suis 100% d’accord avec toi sur la curiosité

Le 24 juin 2012 à 19 h 06 min, Gordon a dit :

Je prends le relais pour la lutte féministe, à mon échelle. Et peut-être que ça te remotivera de savoir que tu n’es pas seule à lutter :)

Le 24 juin 2012 à 19 h 23 min, binnie a dit :

merci o/ tu vas te faire des copines.

Le 24 juin 2012 à 19 h 27 min, Gordon a dit :

Pourquoi seulement des copines ? :)

Le 24 juin 2012 à 19 h 43 min, binnie a dit :

des copains et des copines. #fixed

et je constate que ce tweet https://twitter.com/binnie/status/216918429192556545 a été favé / rt autant par des garçons que par des filles, parmis mes followers.

on y arrive :]

Le 24 juin 2012 à 16 h 41 min, binnie a dit :

also : y a possbilité de récupérer le programme que tu as développé pour faire des slides text mode comme pour ta prez le week-end dernier à la cantine ? merci :)

Le 24 juin 2012 à 18 h 46 min, toto a dit :

http://gordon.re/files/t++.git et c’est un fork de tpp (http://www.synflood.at/tpp.html)

Le 24 juin 2012 à 19 h 01 min, Gordon a dit :

La banane a très bien répondu. Je ferai prochainement un billet, quand j’aurai implémenté suffisamment de fonctions de base. Bien sûr, vous pouvez d’ores et déjà m’envoyer des patches. Actuellement, la rétrocompatibilité avec TPP est cassée. Je le corrigerai rapidement.

Le 24 juin 2012 à 19 h 53 min, binnie a dit :

merci.

Le 24 juin 2012 à 17 h 08 min, Xavier a dit :

Merci pour cet article.

J’ai été moi aussi choqué par cela.

À la base, j’accompagnais une amie. Elle est beaucoup plus hackeuse/codeuse que je ne le suis, mais certaines conférences me semblaient intéressantes, donc j’ai acheté mon ticket.

Arrivés à l’entrée, j’ai présenté mon QR-code à la demoiselle du staff. Code validé, elle me dit « vous êtes un garçon donc vous avez un badge », et me tend également le t-shirt (immettable car taille XL, mais passons). Je reste devant le stand d’accueil, j’attends un truc qui n’arrive pas, puis je lance « mais, euh, y’a rien pour les filles ? » Sourire gêné de la staffeuse, « Eh bien non ». Je relance « non mais même pas un badge ? » Négatif. Mon amie me pousse vers la salle, lançant un « arrête d’essayer de gratter des trucs » en souriant. J’évoque le sexisme de la chose mais on passe rapidement aux conférence.

À l’intérieur, de nombreuses filles arboraient fièrement leur badge par-dessus leur t-shirt, donc je pense que la staffeuse de l’accueil a cru que mon amie m’accompagnais gentiment, quand c’était plus l’inverse (elle devait avoir un look trop normal, hohoho). Que même cet état d’esprit se retrouve au sein de l’équipe organisatrice de la NdH me fait un peu mal.

Le 24 juin 2012 à 18 h 30 min, emilie_1987 a dit :

Avec le mec de l’accueil j’ai eu le droit au t-shirt ^^

Ping : http://seteici.ondule.fr/2012/06/gratuit-pour-les-filles/

Le 24 juin 2012 à 18 h 19 min, emilie_1987 a dit :

Bonjour, je me permets de venir interagir sur le sujet. Pour un peu défendre mon côté féminin dans ce monde rempli d’hommes sans pour autant aller jusqu’à la partie politique.

Tout d’abord, je ne connaissais pas du tout que ce types de convention existait. En en apprenant plus sur l’histoire de cette nuit du hack dès la première conférence, j’ai tout de suite vu l’ampleur que ça avait. Je ne suis pas du tout de ce domaine-là. J’ai un niveau basique en informatique. Mais je suis toujours partante pour connaitre de nouvelles choses et enrichir mes connaissances dans l’informatique. Je suis venue accompagner mon partenaire qui lui est ingénieur dans la sécurité en informatique. Et il adore toutes ces choses là. Depuis quelques temps j’essaie un minimum de m’intéresser à ce qu’il fait mais comme dit plus haut, je suis aussi une geekette. Alors j’ai trouvé que justement s’était le moment de montrer que je suis capable de m’intéresser à son monde. En plus, le côtté gratuit était parfait et je connaissais bien les lieux pour y avoir travaillé (j’ai même retrouvé un ancien collègue pour dire).

Certes, c’est un domaine macho. J’avais l’impression d’être dans une fosse aux lions. Que dès que mon partenaire me laissait seul, y en a un qui serait venu me bouffer. Je me sentais épiée dès qu’il n’était plus là ou qu’il avait le dos tournée. C’était le côté dérangeant, et pourtant, je faisais partie des nanas qui étaient habillées classiques et pas en pouf comme j’ai pu le voir en fin de soirée. Quand je lisais certains tweets aussi, ça me faisait peur d’être cataloguée de viande fraiche. Hors, j’ai tout de même 25 ans alors je ne suis plus toute fraiche ^^ !

J’ai pu également revoir une amie qui elle est aussi dans une école d’ingé en informatique et qui m’a initié à ce qu’elle faisait. J’en étais très surprise de voir tout ce qu’elle connaissait. Elle animait un des stands. Pour être honnête, pour moi le mot hacker s’arrêtait à la profession hacker les forums des gens et les emmerder à poster des messages multiples ce qui m’a longtemps emmerdé pendant des années lorsque j’étais sur des forums ! Cette nuit du hack m’a permis de voir ce côté hacker autrement. Et j’ai pu ainsi donc voir comment la réel diversité de ce domaine. Et j’étais encore plus surprise de voir que je comprenais toutes les conférences, même en anglais. Quand je ne comprenais pas quelque chose, je n’hésitais pas à demander à mon partenaire. Et le voir aussi sérieux s’était juste trop chou. J’ai apprécié surtout les conférences du matin et celle sur le Hacking Mobile. J’en ai même pris des notes dans mon cahier.

Honnêtement, totu dépendra du lieu de l’année prochaine, mais je serais prête à payer si le prix reste à 50e maximum et je vais même investir dans un ordinateur portable pour la prochaine nuit du hack. J’ai pu rencontrer de superbes personnes. Pour moi ce genre d’évènements ne s’arrête pas qu’aux conférences et aux activités du hack. Mais à l’apprentissage, la découverte, la rencontre de nouvelles personnes lié à ce domaine ou non, à l’enrichissement personnel. Et ça ne me gênerait pas du tout d’y aller l’an prochain sans mon partenaire.

Le 24 juin 2012 à 18 h 33 min, Ju a dit :

la question est : y serais-tu allée si tu avais du payer 30 euros ? (au passage, contente de t’avoir rencontrée) et je plussoie pour ton amie qui animait l’atelier arduino-led, j’en parle d’ailleurs dans mon billet, super intéressant. Ton propos illustre bien ce que j’écris sur les couples dans mon billet, j’en ai vu plein comme vous. Ah oui, il y avait des pouffes à la fin ? raconte, raconte, raconte !

Le 24 juin 2012 à 18 h 36 min, emilie_1987 a dit :

Bah honnêtement je l’aurais fais, je voulais aller au paris-web mais vu le prix, laisse tomber ! Et ça faisait un moment que je voulais aller faire une conf comme celles-là ayant vu les 2 dernières pour PSES ^^

Oui, elles se sont montrées aux alentours de 22h30 ^^ elles étaient avec leur copain mais la façon dont elles s’habillaient laissait à désirer.

Le 24 juin 2012 à 19 h 05 min, Gordon a dit :

Juste un conseil, si tu comptes acheter un ordinateur pour l’année prochaine, blinde-le avant de l’apporter ;)

(par exemple, s’il tourne sous windows, je ne lui donne pas 5 minutes de durée de vie à la NdH ;) ) Le 24 juin 2012 à 19 h 10 min, emilie_1987 a dit :

T’en fais pas, je demanderais conseille à des pro avant ^^

Le 24 juin 2012 à 19 h 29 min, Biaise a dit :

Débile ce principe de gratuit pour les filles.

Que chaque participant qui a payé puisse inviter un noob gratuitement sur une journée du festival, pour lui faire découvrir, ça ce serait utile et ça ramènerait du monde ! :)

Et chuis d’accord avec le côté « viande fraiche ! lol » Déjà qu’en events hackers en tant que femmes on se coltine parfois des gros lourds, mais si en + l’organisation encourage cette idée de la fille qui est là pour décorer/accompagner/servir le thé/divertir…

Le 24 juin 2012 à 19 h 45 min, Aa a dit :

J’ai un peu bondi en lisant cette histoire d’entrée gratuite…

En fait ce qu’il faudrait savoir c’est la motivation derrière cette opération : est-ce que l’idée était d’avoir une ambiance « festive » en même temps que le hacking et alors on est dans la même mentalité que pour les boîtes de nuit, avoir « de la chair fraîche » ou, moins méchamment, varier un peu les publics ? Pas très classe mais compréhensible ;

Ou est-ce que l’idée était d’avoir plus de femmes participantes, de hackeuses ? Alors c’est très maladroit…

C’est un problème récurrent dans le milieu geek : on est très peu de femmes, vraiment peu. Mais il y a aussi très peu de noirs, très peu de handicapés, etc. En fait c’est juste un milieu très homogène, très « entre-soi », alors même que pris isolément les geeks ne sont pas machos ni rien, ils construisent juste une ambiance « de mecs » quand ils sont ensemble, et ça devient parfois rébarbatif pour des nanas, cercle vicieux…

Parmi les filles que je connais dans ce milieu (et selon mes opinions personnelles), en général on n’a pas envie d’être traitées autrement, pas envie d’être mises en avant, avantagées ou autre, on a juste envie d’être là naturellement, que ça semble normal à tout le monde… C’est très agaçant aussi par certains côtés d’être traitées différemment parce que femmes, ça enferme aussi dans une différence.

Il est très compliqué de trouver une bonne solution pour faire venir plus de filles dans ce genre d’évènements (ou de communautés), parce qu’en réalité le problème vient de bien plus loin, en premier lieu sans doute du peu de filles dans l’informatique en général. Donc je ne jetterai pas la pierre trop fort (mais je la jette quand même ^^) aux organisateurs si ils ont cru bien faire.

Simplement pour une prochaine fois, juste dire « venez accompagné, votre accompagnant a son entrée gratuite », c’est bien moins discriminant (si je suis une nana codeuse et mon copain non, si je suis homo, si je viens juste avec un pote qui découvre etc.). Peut être que dans les faits ça va juste faire venir plus de filles, pourquoi pas. Mais au moins ça ne sera pas discriminant…

Ah et sinon toute une équipe d’assoces libristes organise un « apéro diversité » en octobre, on va essayer de justement favoriser la diversité sous toutes ses formes (pas que les femmes) dans notre milieu de geeks, avec un esprit positif et ouvert : venez ! http://wiki.april.org/images/8/8e/Affiche-apero_diversite2012.svg :-)

Le 24 juin 2012 à 19 h 52 min, Gordon a dit :

Parfaitement d’accord avec toi, merci de ta contribution.

Juste un troll sur la fin : la diversité, c’est d’habiter à Paris (ou suffisamment près) ? ;)

Le 24 juin 2012 à 20 h 30 min, Aa a dit :

Rahhh dis pas ça, tu parles à une provinciale pure souche égarée malencontreusement à Paris… :D

L’idée c’est de commencer, mais l’idée de sortir de Paris est là aussi, bien sûr !

Le 24 juin 2012 à 20 h 28 min, Mitsu a dit :

La génétique a doté les hommes d’une plus grande capacité de réflexion et les femmes d’une plus grande capacité émotionnelle. Faut croire que l’évolution a trouvé ce qui est le mieux pour l’espèce (et ça peut changer à terme), mais quoi qu’il en soit: il y a une réelle différence physique et mentale entre les hommes et les femmes. C’est pas du sexisme, c’est un constat froidement scientifique. Ce qu’il faut impérativement souligner, c’est que c’est des TENDANCES: chacun est unique. Ça on peut pas le changer (et il ne faut pas le changer), libre à chacun d’être ce qu’il est et de vivre comme il l’entend.

Entre ce qu’on veut être et ce qu’on est il y a une différence qui peut être minime comme immense. Mon avis est que la société ne doit pas imposer une catégorisation aux individus, imposer une classe, une « place » pour chacun, un « modèle » individuel, familial ou sociétal. La loi sur la parité hommes/femmes en politique ? Profondément sexiste, rétrograde, discriminant, inégalitaire et dégradant, voilà ce que j’en dis. Et ces entrées gratuites pour les filles ? Pareil.

Présumer que les filles SANS DISTINCTION ne peuvent pas être intéressées par la NdH (parce que « c’est pas un truc de filles » ou parce qu’elles devraient juste être bonnes à accompagner leur geek de copain ou régaler les yeux des autres, peu importe les raisons) c’est une erreur immonde. Que je sache la NdH n’est pas un immense « speed dating » auquel il faut apporter de la chair fraîche (ou des animaux à l’abattoir, c’est selon). La NdH s’adresse à tou(te)s les intéressé(e)s qu’ils/elles soient accompagné(e)s ou pas, la discrimination XX / XY n’a pas lieu d’être. Pire: je vois ce « cadeau » fait aux filles comme une grosse insulte envers les filles, l’illustration que la catégorisation est assumée et imposée, pour des thèmes qui, rappelons-le, relèvent beaucoup plus des passions de chacun (et leur partage) que de la volonté de perpétuer l’espèce !!

(et d’ailleurs, qui a dit que la NdH se limitait aux homo sapiens ? les autres êtres vivants aussi sont dotés d’intelligence !)

Bref, que l’entrée soit à 20 € pour tous. Y compris pour les poneys :)

ps: … et pourquoi elle est payante, l’entrée ? ô_ô Le partage du savoir et des connaissances doit il être limité à ceux qui ont des euros, de la monnaie, voire tout simplement de la richesse matérielle ? J’aime pas ça, moi…

Le 24 juin 2012 à 20 h 39 min, Gordon a dit :

Pour ta dernière question, c’est tout bêtement que louer une salle de Disneyland, ça coûte des brouzoufs. Et que HZV ne peut pas se permettre de payer ça chaque année tout seul.

Sinon, évidemment qu’il y a des différences entre un homme et une femme. Et il y en a aussi entre nous deux, peut-être même plus. So ? On est tous des lolpixels avec une interface faite en viande, après, chacun se customise comme il veut. Effectivement, il n’y a pas lieu de catégoriser pour autant.

Le 24 juin 2012 à 21 h 01 min, Mitsu a dit :

(le sujet serait encore plus intéressant à étudier si l’on pouvait changer d’apparence physique et/ou de sexe génétique instantanément et à volonté, ainsi que le développement de la robotique adaptative, on en reparle dans quelques décennies ?)

Au sujet de la salle, des frais de location des lieux, il me semble mieux que la charge soit à ceux qui donnent et pas à ceux qui reçoivent. En clair: que les frais soient assurés par les exposants et pas du tout par les visiteurs. Au risque de se retrouver avec une salle sans exposants, mais ça à la limite c’est bien: les soirées hack dans les caves de chacun c’est la classe, c’est plus « dans l’esprit hack ». Promis si je descends sur Nice, j’apporte ma carte contrôleur SATA-miniUSB soudée/scotchée maison, ça va plaire à Gordon certainement :D

L’internet c’est magnifique parce que c’est anonyme/pseudonyme. Si je vous dis que je suis une fille: voilà, je suis une fille. Si je vous dis que je suis un garçon: voilà, je suis un garçon. Si je vous dis que je suis un renard panda roux à tricorne « tape & bones » avec bandeau pirate sur l’oeil gauche, .. bah voilà, considérez-moi ainsi car c’est le sens de mon pseudonymat actuel :) Chacun se juge non pas sur son apparence physique ou ses gênes, mais bien sur ce qui a été réalisé, pensé, communiqué, présenté au monde entier. Si l’internet doit sur ce point préfigurer la société de demain, j’adhère sans réserves dès maintenant ;)

Le 24 juin 2012 à 21 h 07 min, Gordon a dit :

C’est le choix qui a été fait par les orgas de la NdH. D’autres en ont fait d’autres : PSES est financé par ses sponsors, le THSF est financé collaborativement. On peut ne pas être content, mais dans ce cas, autant aller dans un autre ou faire le sien :)

Le 25 juin 2012 à 20 h 53 min, Ju a dit :

Ca vaudrait le coup de savoir cmbien coute la location ici http://www.disneylandparis-business.com/fr/conferences_reunions/centre_de_congres_du_disneys_hotel_newyork mais qqch me dit qu’on est sur des budgets faramineux par rapport au THSF

Le 24 juin 2012 à 21 h 26 min, Changaco a dit :

Je ne peux que plussoyer ce billet égalitariste.

Le 30 juin 2012 à 19 h 48 min, tr00ps a dit :

Bonjour.

Notre but a donner des acces gratuit aux femmes n est en aucun ca de ramener de la chair fraiche. Le pourcentage de femme reste relativement faible malgre une evolution depuis 2 ans.

Nous faisons la gratuite des femmes pour plusieurs raisons :

Que les conjointes copines peuvent un peut plus comprendre la passion de son partenaire sans que cela ne soit trop couteux Tanter de rendre le monde du hacking plus mixe.

Nous sommes ouvert a tout dialogues pour expliquer notre point de vue.

Notre but est une transmission d information et un partage du savoir pour tous. Femme homme jeune vieux etc…. un enfant n aurais pas payer non plus.

Entree gratuite pour les femmes n est pas forcememnt du sexisme.

Le 3 septembre 2012 à 14 h 39 min, Rouzz a dit :

Salut,

Comme beaucoup de post dans ce genre je suis d’accord sur le fond. Ce qui me dérange c’est que comme les autres tu ne vois que le coté « la femme est la victime ».

Je suis désolé mais pour moi ce genre de choses est aussi insultant et dérangeant pour l’homme que pour la femme. Cela insinue que les hommes qui viendraient avec leur copine s’en servent de trophée ou que forcément si y’a plus de fille ça attire les mecs (tu sais, ces pervers en manque qui ne cherche qu’à voir des paires de seins).

Et pourquoi en boîte de nuit on part du principe que c’est le mec qui vient pour pécho ? Ca marche dans les deux sens aussi, donc c’est pas plus normal qu’il y ait ce genre d’offres.


Gratuit pour les filles ? Sérieusement ?

Sat, 23 Jun 2012 13:35:05 +0000 - (source)

Sexisme à la Nuit du Hack

J’ai toujours été vaguement choqué par ce genre d’« offre commerciale », bien avant de prendre conscience de l’importance de la lutte pour l’égalité sociale des genres. Et, après une récente discussion à ce sujet et, surtout, un revirement d’opinion, je pense utile de poser mon opinion par écrit.

Les organismes, sociétés, ou autres, qui offrent l’entrée à un évènement ou lieu aux filles font preuve d’un sexisme sans appel. Voilà pourquoi.

« On ramène de la viande fraîche »

C’est bien évidemment l’argument souhaité par les organisateurs. Ramener des filles. Mais, quand on y pense, dans quel but ? Lorsque c’est pour une boîte de nuit, c’est naturellement pour favoriser les rencontres, et à la rigueur, cette volonté peut être louable, plus que la façon d’y parvenir du moins. Par contre, quand c’est dans le cadre de la Nuit du Hack, un évènement très ciblé, sans le moindre lien avec le meatspace, où se rencontrent des compétences de toutes sortes, ça me dérange profondément. Pour quelle raison voudrait-on faire en sorte qu’il y ait plus de femmes ? Favoriser les rencontres ? Mais c’est totalement hors de propos ! Les gens qui se rendent à cet évènement y vont pour apprendre, pour s’entraîner, certainement pas pour y rencontrer l’âme sœur ou un quelconque plan cul ! Et surtout, considérer uniquement un sexe de la sorte est un message lancé à tous les visiteurs : « les filles qui seront là sont présentes avant tout pour régaler vos pupilles ». On insulte proprement toute compétence intellectuelle des femmes, en les rabaissant à un simple bout de viande tout juste bon à être regardé par les hackers mâles, qui eux ont des compétences dignes d’être prises au sérieux (quand bien même beaucoup ne viennent que par curiosité, sans être des brutes de pentesting). J’espère ne surprendre aucun de mes lecteurs (d’autant plus après le billet d’Okhin) en rappelant qu’avoir des compétences est parfaitement distinct de son genre, qu’il soit naturel ou décidé. Évidemment, ce genre d’évènement a lieu dans le meatspace, mais je pense qu’il est important d’y importer cet aspect du cyberspace : la non-personnification des « gens ». Quelqu’un qui hack n’est ni un homme ni une femme, mais un individu.

Permettre aux hackers (nécessairement mâles) de se faire accompagner par leurs copines (nécessairement potiches)

Pour la NdH, je pense que c’est l’argument qui a conduit à ce choix. Mais c’est involontairement très vexant. Pour les raisons que je viens d’écrire. Ça stéréotype à l’extrême les gens de ce milieu. Il est vrai que les hackers sont majoritairement des hommes, c’est une statistique et l’on n’y peut rien. Par contre, favoriser cet état de fait en considérant que ceux qui viendront à cet évènement seront forcément des hommes est malsain. Les femmes hackers se rendant à la NdH (que ce soit seules ou accompagnées de quelqu’un qui n’y comprendra rien) sont insultées : on leur dit « c’est payant, mais parce que tu es une femme, tu ne comprends tellement rien au sujet qu’il ne serait pas juste de te faire payer ». Encore une fois, c’est involontaire, bien sûr. Mais la plus dure tâche du combat féministe est bien de lutter contre ces discriminations du quotidien. Et quid des couples différents ? Savoir que le milieu hacker, censément plus ouvert que la moyenne, s’abaisse à cette considération me chagrine profondément. À en croire certain, le hacker est un mâle hétérosexuel, point. C’est une vision des choses qu’il est impératif de hacker. Je n’ai malheureusement pas la possibilité d’y être, mais je participe à ma manière, en écrivant ce billet. J’espère que des gens sur place sauront se faire entendre.

Et si on appliquait nos principes ?

Sérieusement, ça serait vraiment trop difficile d’éviter ce genre d’actions débiles et discriminantes ? De faire payer les visiteurs, quels qu’ils soient ? D’abord, ça permettrait de rapporter un peu plus de financement pour l’évènement, ce qui est une bonne chose. Mais aujourd’hui, est-ce que des femmes viennent seulement parce que c’est gratuit ?

Ju a changé d’avis là-dessus en voyant des couples heureux se balader. Est-ce que ça n’aurait vraiment pas pu être le cas s’ils avaient du payer deux billets ? Et puis, si les filles devaient payer comme tout le monde, pourquoi ne pas baisser le prix des billets, après tout ? Autre possibilité, pourquoi ne pas opter pour un financement collaboratif de l’évènement, comme l’a fait le THSF ? C’est une solution qui a fait ses preuves, qui fonctionne souvent mieux que prévu, qui permet à des gens le donner plus qu’on ne leur demande, simplement parce qu’ils savent qu’ils permettent l’existence de l’évènement, et à l’inverse, si certains veulent participer mais n’ont pas forcément les moyens de se payer une place, ils en ont la possibilité.

C’est dans les deux sens

J’ai enfin été choqué par des réponses au tweet de Ju précité : « oui, c’est sexiste, mais ça me paie le restau pour ce soir ». C’est peut-être même pire que l’acte en lui-même. L’acceptation de la discrimination si elle va dans notre sens est une forme de légitimisation du sexisme en général. Il ne faut pas alors s’étonner d’entendre des hommes dire qu’ils trouvent que les femmes exagèrent avec les inégalités salariales, avec le viol, parce que c’est pas si grave que ça voyons… Non, ce n’est pas plus normal, dans un sens ou dans l’autre. Et quand on choisit de se battre pour l’égalité, ça ne signifie pas « être plus égaux que les autres ». Beaucoup se moquent du féminisme, en prétendant qu’il s’agit de « femmes qui veulent dominer le monde ». Il faut bien constater que c’est trop dur pour beaucoup d’oser se remettre en question et d’accepter que la simple égalité sociale est méritée.

Edit : Ju a écrit sur le même sujet, mais pour défendre le point de vue opposé. Je vous encourage à le lire.


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