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Nouvelles de la culture partageable et tout ce qui tourne autour : Wins & Fails

Fri, 11 Jan 2013 20:36:25 +0000 - (source)

Article publié sur linuxfr.org.

Win : sortie de Decay sous CC-BY-NC

Decay, le film dont on parlait ici, est sorti fin novembre. Et au contraire de ce que mon commentaire pessimiste laissait craindre, le film est sous une licence autorisant la modification : la CC-BY-NC.

Des copies de l’œuvre, en différentes qualités, sont disponibles au téléchargement sur cette page : http://www.decayfilm.com/pages/download.html , en direct download ou en bittorrent. Le format utilisé est le MP4(H264+AAC), mais il ne faudra pas très longtemps je suppose pour voir apparaître des copies dans des formats de qualité qui respectent la liberté de chacun (par exemple MKV(VP8+vorbis), ou mieux : MKV(VP8+opus)).

Des sous-titres dans différentes langues devraient être bientôt disponibles ici : http://www.universalsubtitles.org/fr/videos/mbnPjuJ3GR0y/en/464311/

Le film en lui-même est un survival horror de zombies d’une heure seize, tout ce qu’il y a de plus classique : un groupe de gens qui veille dans les sous-sols du LHC au CERN, une couille dans le réacteur, on s’affole en tapant très vite n’importe quoi sur les claviers, tout est bloqué, la seule solution pour sortir est d’arpenter les kilomètres de tunnels mal éclairés et infestés de créatures affamées et pas sympathiques dont la présence résulte de ladite couille évoquée précédemment. Des cris, de l’hémoglobine, de la sueur et des coups de barre à mine.

Points négatifs : les acteurs sont mous, les dialogues sont bof, et le script pas terrible. Sur certains dialogues le son mériterait d’être retravaillé (les variations d’intensité collent pas avec l’image), mais ça, ça peut être corrigé a posteriori.

Points positifs : Qualité d’image excellente, rien à redire. Et encore, je n’ai vu que la version 720p. Le montage est correct, rien d’exceptionnel, à part peut-être la scène de plein air finale, plutôt intéressante d’un point de vue cinématographique. On notera aussi le soin apporté aux génériques de début et de fin, ainsi qu’à la musique, qui est sous licence libre CC-BY : https://archive.org/details/Decay2012OST (c’est du mp3, là encore si vous en partagez des copies, faites-le de préférence dans un format ouvert comme vorbis ou opus).

Finalement, on est un peu à l’opposé de The Tunnel [1]. Dans The Tunnel, les acteurs étaient convaincants et l’image, found-footage style oblige, était de qualité très moyenne. Mais ces deux éléments permettaient de maintenir la tension pour obtenir un vrai film d’horreur qui fait peur. Dans Decay, le passage qui m’a le plus horrifié était certainement celui de l’amphithéâtre au début, où on voit que presque tout le monde a un MacBook. Là pour le coup on était en plein dans l’ambiance « zombie ». Mais après, je n’ai pas frissonné une seule fois.

On me répondra que les auteurs de Decay ne cherchaient sûrement pas à gagner un oscar et ont créé ce projet avant tout pour le fun. Il faut avouer que ce n’est pas la première fois qu’une équipe de physiciens crée une œuvre pour le fun au CERN, avec des précédents comme le Large Hadron Rap, ou le groupe pop Les Horribles Cernettes.

Pour finir, le point qui va certainement intéresser le plus les DLFPiens : entre 0:17:23 et 0:17:33, on voit deux moniteurs afficher un écran de login qui n’est autre que celui de la distribution Scientific Linux. C’est la première fois à ma connaissance que GNU/Linux apparaît dans un long-métrage partageable n’ayant pas pour sujet GNU/Linux lui-même.

On voit aussi apparaître des shells de temps à autre, mais l’image est souvent trop floue pour savoir avec exactitude quelles sont les commandes bidons que les acteurs y entrent en fronçant les sourcils.

Devant mon peu d’enthousiasme face à ce qui s’avère être un film de zombie amateur banal dont le principal mérite est – et il faut le reconnaître – d’avoir été tourné dans un décor à 5 milliards d’euros unique au monde, certains diront que je suis un gros con râleur et rabat-joie, étant donné que quand des gens font un film amateur pour le fun sans but lucratif, je râle parce que c’est pas partageable, et quand des gens font un film pour le fun, sans but lucratif, et sous licence partageable, je râle parce que c’est amateur. Et ils risqueraient d’avoir raison.

C’est pourquoi je vais finir sur l’essentiel : cette œuvre, parce qu’elle est publiée sous une licence autorisant le partage et la modifications, constitue indéniablement un pas en avant pour la culture partageable, et mérite donc toute sa place dans la section « Win » de cet article.

Possible Win : Lancement du projet Daala par Xiph.org

La fondation Xiph.org, à laquelle on doit bon nombre de codecs et de formats multimédia ouverts et libres aimerait créer un nouveau codec vidéo pour concurrencer un futur codec de MPEG-LA : le très prometteur H265.

Pour l’instant rien n’est joué, mais si ce projet réussissait, cela serait une excellente nouvelle pour le libre, qui tient déjà le haut du pavé dans le domaine de la compression audio lossless avec FLAC, dans le domaine de la compression audio lossy avec Opus, et dans le domaine des conteneurs multimédia avec MVK. Passer numéro 1 dans le domaine de la compression vidéo avec pertes permettrait au libre de dominer le monde des formats multimédia (au moins sur le plan technique, mais avec l’adoption future des brevets logiciels en Europe, je ne me fais pas trop de souci quant à l’adoption rapide de Opus et Daala).

Possible Win : Nina Paley cherche un logiciel d’animation vectorielle libre

Il a été longtemps reproché à Nina Paley d’utiliser Flash pour ses travaux. Non pas pour des raisons éthiques (les formats SWF et FLA sont ouverts, et Nina Paley diffuse les sources de ses travaux en Flash), mais pour des raisons pragmatiques d’une part (les logiciels libres capables de reconnaître les formats Flash sont très limités), et des raisons d’image d’autre part (la porte-drapeau de la culture libre, reconnue et admirée par tant de libristes, crée ses œuvres en s’appuyant sur des technologies non-libres : ça la fout mal).

Aujourd’hui, Nina Paley a de plus en plus envie de se passer de Flash, et envisage d’utiliser un logiciel libre pour réaliser ses créations, pourvu qu’on lui en offre un qui corresponde à ses attentes. L’article de son blog est très intéressant (parmi ses doléances on trouve plein d’inconvénients typiques du modèle privateur, notamment le problème de la compatibilité des formats), elle détaille ses besoins, explique que les solutions existantes (Synfig) ne lui conviennent pas, et parmi les commentaires, on trouve les réponses de grands pontes du logiciel libre, et ce croisement des mondes du logiciel libre et de la culture libre fait plaisir à voir.

FAIL : Crypton Future Media s’ouvre aux cultures communautaires…mais en fait non.

L’annonce a fait grand bruit dans le monde de la culture partageable. Crypton Future Media embrasse la culture populaire et collaborative, et entre de plain-pied dans le XXIème siècle ! Hatsune Miku devient une référence culturelle partageable !

Ne vous réjouissez pas trop vite et gardez la tête froide. L’information n’est pas aussi belle qu’elle en a l’air.

D’une part, si on fait abstraction du corporate bullshit du CEO de Crypton Future Media et du généreux déballage d’autocongratulation qui constitue l’essentiel de l’article de blog sur creativecommons.org célébrant l’événement, il reste le titre : « Hatsune Miku rejoint la communauté Creative Commons ». Voilà. Pas la communauté du libre, pas la culture populaire, pas la communauté du partageable, non : la communauté Creative Commons.

On sait depuis belle lurette que « rejoindre la communauté Creative Commons » ne signifie pas « être libéré », « entrer dans la culture partageable », « entrer dans la culture populaire » ou « être en phase avec le XXIème siècle ». Certaines CC sont pourvues de l’horrible clause ND, qui est l’antithèse même de la culture et du partage. Pas droit aux sous-titres, aux transcripts, aux doublages, aux mashups, aux samples, aux remix, aux remasterisations, aux réinterprétations, aux adaptations, aux reprises, aux filtres, aux découpages, aux montages, aux traductions, à tellement de choses que même les personnes dont le but et simplement de donner à autrui une chance de profiter de l’œuvre, sans aller jusqu’à l’intégrer à sa culture, sont laissées de côté.

Mais dans notre cas, réjouissons-nous : la licence choisie est la CC-BY-NC, qui autorise le partage et la modification, à des fins non-commerciales. Sauf que…

Vous n’alliez bien-sûr pas imaginer que les musiques, les voix et les chansons seraient libérées. Crypton Future Media n’a mis sous CC que la vitrine qui lui permet de vendre son produit. C’est un comportement que nous allons de plus en plus rencontrer dans le futur : de la même façon que les entreprises de matériel informatique modernes et branchées fournissent des pilotes libres depuis que opensource is sexy, mais prennent bien soin de continuer à imposer des firmwares proprios pour les faire tourner afin de garder un minimum de pouvoir sur l’utilisateur, les industries de la culture vont de plus en plus libérer (ou « creative-commonsser ») les « métadonnées » de la culture, c’est-à-dire tout ce qui tourne autour des produits qu’ils vendent, sans pour autant libérer les œuvres qui constituent leur fond de commerce. Le but ? Rendre légale la pub gratuite que leur font les internautes en intégrant ces références à leur propre culture.

Et cela se confirme lorsqu’on constate que…

Q11 Is there any other rule that I need to keep in mind?

A11 When you copy or modify the Characters, please do not distort, mutilate, modify or take other derogatory action in relation to the Characters that would be prejudicial to Crypton’s honor or reputation (please see Section 4e. of the full license). Some examples of prohibited uses include use in an overly violent context or in a sexual context.

(L’emphase est de moi.)

Les connaisseurs auront bien entendu reconnu la fameuse clause anti-naziporn des Creative Commons 3.0.

(Pour ceux qui ne sont pas familiers avec le terme « naziporn », sachez que c’est le terme qu’emploie Nina Paley pour se moquer des artistes effrayés par la possibilité qu’on puisse modifier une œuvre comme on le veut (« Some people ask me : « What if somebody uses your work to do naziporn ? » »). Certains auront noté la similarité godwinesque avec le terme « pédonazi », utilisé par certains activistes pour se moquer des politiciens effrayés par l’Internet.

Donc la clause anti-naziporn ne s’appelle pas officiellement clause anti-naziporn. Mais j’aime bien l’appeler comme ça.)

Si vous n’avez pas lu les licences Creative Commons, je vous conseille de le faire, on trouve des choses très drôles dedans. Et notamment la fameuse clause (4e. dans le cas de la CC-BY-NC) :

Except as otherwise agreed in writing by the Licensor or as may be otherwise permitted by applicable law, if You Reproduce, Distribute or Publicly Perform the Work either by itself or as part of any Adaptations or Collections, You must not distort, mutilate, modify or take other derogatory action in relation to the Work which would be prejudicial to the Original Author’s honor or reputation. Licensor agrees that in those jurisdictions (e.g. Japan), in which any exercise of the right granted in Section 3(b) of this License (the right to make Adaptations) would be deemed to be a distortion, mutilation, modification or other derogatory action prejudicial to the Original Author’s honor and reputation, the Licensor will waive or not assert, as appropriate, this Section, to the fullest extent permitted by the applicable national law, to enable You to reasonably exercise Your right under Section 3(b) of this License (right to make Adaptations) but not otherwise.

(L’emphase est de moi.)

On notera le délicieux vocabulaire utilisé (« mutilate », waow O_o) qui ferait passer la modification d’une copie d’une œuvre suivant des critères moraux trop différents de ceux de l’auteur pour une boucherie sanglante (« Le salaud, y m’a mutilé mon œuvre ! Ça fait super mal !… :’-( » ), avec cris d’horreur, coups de tronçonneuse et viande collée aux murs.

(Sur le coup j’ai cru qu’il s’agissait d’un truc similaire aux sections invariantes de la GFDL, où l’auteur doit préciser ce qu’il veut interdire, mais visiblement non, les CC 3.0 semblent avoir pour dépendance la loi du pays d’origine, ce qui, si j’ai bien compris, voudrait dire qu’une œuvre sous CC-BY ou CC-BY-SA est non-libre si l’auteur réside au Japon ou dans un pays ayant un code de l’honneur similaire ! Moi qui aime bien jouer à des jeux libres – complètement libres – en plus de fouiller dans les dossiers data pour vérifier les licences de chaque objet/asset/map/son/musique/texture je vais en plus devoir vérifier la nationalité des auteurs !)

Bon, manque de pot, je ne connais pas super bien la loi japonaise, donc je ne saurais dire avec exactitude ce que signifie « honor and reputation », mais visiblement, les législateurs japonais sont tout aussi réactionnaires que nous autres cul-serrés occidentaux puisque Some examples of prohibited uses include use in an overly violent context or in a sexual context.

Ah oui parce que le sexe, c’est quelque chose qui porte atteinte à l’honneur ou à la réputation. Au cas où vous l’auriez oublié je vous le rappelle. Saymal. Pas bien. Caca. Si vous êtes un Créateur® et que vous surprenez un jour vos personnages en train de copuler sur un imageboard, allez chercher le seau d’eau tout de suite ! Le crucifix, les gousses d’ail, les grands ciseaux, quelque chose ! Si quelqu’un tombait là-dessus, ça pourrait vous faire bobo à l’honneur ou à la réputation, on vous reprocherait de pas faire attention à vos œuvres, de ne pas tenir vos personnages en laisse dans le cyberespace, etc. On veut bien que vous autorisiez la reproduction de vos créations, mais pas devant tout le monde. Non mais.

Même chose pour le « overly violent context ». Sauf que là, en plus c’est pas précis du tout. Y a-t-il une limite précise entre le « pas trop violent » et le « trop violent » ? Est-elle la même pour tout le monde ? Ce serait bien que Crypton Future Media donne plus de détails, parce que la violence, c’est large : entre un petit doigt dans l’œil et un gros défonçage de gueule avec la morgenstern de Tanguy [2], il y a tout un éventail ! [3]

Mais il y a pire encore. En lisant cette clause, vous n’aurez pas manqué de penser aux centaines d’images dérivées d’Hatsune Miku que vous avez rencontrées en lurkant sur les imageboards. Vous vous êtes dit que cette mise sous Creative Commons n’étant pas rétroactive, ces images n’en devenaient subitement autorisées pour autant. Puis vous vous êtes dit que certaines de ces images étaient loin d’être en accord avec la clause évoquée ci-dessus (si, vous y avez pensé, ne mentez pas je le sais), notamment celles qui suivent la rule #34.

34. There is porn of it, no exceptions.

Vous savez comme moi que cette règle empirique, et peut-être plus ou moins autoréalisatrice est une exagération, ce qui est d’ailleurs confirmé par la rule #35 :

35. If no porn is found of it, it will be made.

« it », correspond donc à n’importe quel élément de l’ensemble « toutes les œuvres et références culturelles », culturelles au sens relatif du terme (= qui a été intégré comme référence dans la société ou dans un sous-groupe de taille significative au sein de cette société). Le processus d’application des rules #34 et #35 est donc étroitement lié à l’entrée d’une œuvre dans la culture : au début l’œuvre est totalement inconnue (ou connue par trop peu de monde), puis se répand progressivement dans la société jusqu’à toucher suffisamment d’individus pour qu’on puisse la considérer comme une œuvre culturelle, et finalement, une version porn apparaît au détour d’un intertube.

L’application de la rule #34 est donc indissociable du caractère culturel d’une œuvre. On sait que vouloir qu’une œuvre soit culturelle tout en en empêchant le partage via les moyens permis par la technologie est contradictoire. Vouloir qu’une œuvre soit culturelle et en empêcher la modification ou certaines formes de modification au nom du bon goût l’est tout autant.

On pourrait faire la même remarque pour les autres règles dont l’application atteste du caractère culturel d’une œuvre ou d’une référence (liste non-exhaustive) :

34.2. There are ponies of it, no exceptions.
46. There is furry porn of it. No exceptions.
63. For every male character there is a female version. No Exceptions.
63.2. For every female character there is a male version. No Exceptions.
63.3. For every asexual character there is a version for each sex. No Exceptions.
91. There is gay porn of it, no exceptions.

(On notera que la rule #34.2 repose elle-même sur une œuvre culturelle et sous-entend donc la combinaison d’au moins deux œuvres culturelles, sauf dans le cas d’une yodawgisation, enfin on ne va pas s’étendre.)

Les rules #46 et #91 sont des extensions de la rule #34, donc rien de bien nouveau. Les autres amènent des hypothèses intéressantes : on peut s’amuser à imaginer un pays ou une région du monde où la culture dominante voudrait que la ponification soit immorale. Déguiser des personnages en poneys de toutes les couleurs serait vu comme choquant, et l’auteur original se sentirait blessé dans son amour-propre honneur. Même chose pour une société où la transsexualité serait profondément choquante : l’application des rules #63 et #63.2 serait vu comme un sacrilège et nécessiterait réparation.

En choisissant la CC-BY-NC, Crypton Future Media ne fait donc pas un pas vers la culture partageable-modifiable, pas plus que les trop nombreux utilisateurs de CC-BY-NC-ND. Le studio fait même pire, puisque là où les licences de type *-ND sont neutres, la licence choisie défend une vision particulière du Bien et du Mal, permettant aux auteurs de se servir arbitrairement de leur droit d’interdiction de la modification pour tenter d’imposer leur propre morale.

[1] Dont je me suis rendu compte après vérification qu’il est sous BY-NC-ND, alors que je pensais qu’il était sous BY-NC-SA au moment où j’ai écrit cet article, donc loin de moi l’intention de lui faire de la pub. Pour ma défense, je dirai que j’ai vu The Tunnel à l’époque où je voyais la culture partageable avec des yeux de non-initié, et où le *ND ne me dégoûtait pas autant que maintenant.

[2] Private joke Linuxfr. Lurk moar si tu veux comprendre. :)

[3] À ce sujet on remarquera quelques commentaires intéressants sous l’article de creativecommons.org : https://creativecommons.org/weblog/entry/35879#comment-456823

(BTW, merci aux admins de Linuxfr pour la relecture)


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